La décadence, Deuxième Partie. Un exemple : splendeur, gloire et chute de l’ordre des Templiers en France et dans le royaume franc de Palestine

 

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La puissance des armes est l’unique cause de la décadence des cultures et civilisations

Introduction : la décadence obéit-elle à une loi physique ou bien n’est-elle que l’effet des actions humaines ?

     Pendant nos prîmes années d’étudiant en Philosophie à Paris IV-Sorbonne, nous avions inconsciemment tellement renoncé à la vie de notre corps que nos camarades et amis de l’université nous appelaient, avec raison sans doute, « le rat de bibliothèque ». En effet, nous fréquentions assidûment les riches bibliothèques, ces temples du Savoir, de cette splendide et magnifique ville de Paris, dans l’intention d’explorer les sciences de toutes natures. Ce renoncement à la vie du corps avait un sens : comprendre, grâce aux livres et à la culture savante, le fait fondamental que toute chose soit vouée, comme par nécessité, à disparaître en ce monde. Or, nous découvrirons plus tard que ce ne sont pas dans les livres que nous avions trouvé l’explication possible de ce phénomène, mais en nous-mêmes. Car nous avions l’intention de découvrir un concept que les livres savants ont justement confirmé. Pour nous, toute chose est vouée à l’échec dans son essence de « persévérer en soi-même » (Spinoza, Ethique) éternellement par l’usure. Ce concept a permis de nous livrer à une démonstration théorique pour le prouver, pendant de longues années d’investigations. Celles-ci ont donné lieu à la publication du livre suivant : To Eskhaton, le triangle de la mort –Néantité – (Editions Thot, Grenoble, 2000).

    Au fond, aussi loin qu’on remonte dans le passé des descendants d’Homo sapiens, on s’aperçoit que l’interrogation sur la fin des choses est récurrente. L’homme, du fait même qu’il est humain, c’est-à-dire doué de conscience, a, pour ainsi dire, ce questionnement inscrit dans les abîmes de son être. C’est ainsi que l’un des plus brillants philosophes et historiens arabes, IBN Khaldûn (1332-1406), a consacré de longues pages sur le phénomène de la décadence dans son fabuleux ouvrage Discours sur l’Histoire universelle- Al-Muqaddima (Actes Sud, coll « Thesaurus » Sinbad, 1997). Dans une grande partie de cet ouvrage, l’auteur s’emploie à étudier les causes de l’émergence, de l’éclat et de la chute des dynasties à travers, notamment, les civilisations musulmanes. On peut comprendre sa thèse sous deux angles différents.
D’abord, la décadence se conçoit à l’instar des processus de la dégénérescence d’un organisme vivant. Selon lui « la durée naturelle de la vie humaine serait de cent vingt ans, d’après les médecins et les astrologues ». Tel est aussi, d’ailleurs, le sens des découvertes de la génétique contemporaine depuis les années 1950 environ : à savoir que chacun de nous peut vivre jusqu’à 120 ans environ, selon le code génétique ; ce que les musulmans savants connaissaient dès le Moyen âge. Mais, cet auteur ajoute que, en fonction de certaines circonstances ou aléas physiques, des conditions d’existence des peuples ou des individus, cette durée « peut être supérieure ou inférieure à cent vingt ans » (p. 260). Il en est de même pour la durée des dynasties. En effet, et de façon générale, aucune dynastie ne dure au-delà de trois générations. Il explique ce phénomène de la manière suivante : « une génération représente la durée moyenne d’une existence humaine, soit quarante ans ». En cet espace de temporalité, il faut tenir compte de la durée de la croissance, de celle de la maturité et, enfin, de celle de la dégénérescence physique et mentale. En ce sens, il y a une similarité entre la durée moyenne de la vie d’un homme, qui est la même que celle d’une génération, et la durée d’une dynastie qui ne s’étend pas au-delà de trois générations. Quelles sont les causes de ces processus historiques ?
Ensuite, l’auteur explique ce phénomène de décadence historique inéluctable à partir des grandes dynasties musulmanes d’origine religieuse. D’abord, une dynastie s’établit sur un territoire donné qu’elle s’emploie à élargir grâce aux conquêtes. Initialement, elle exige de pouvoir concilier les esprits et les intérêts divergents des tribus et des clans dont les membres sont culturellement ennemis. Dans le cas des dynasties religieuses, la religion double la force des liens spirituels ou de sang. Les dirigeants, notamment religieux, inculquent aux gens la certitude d’avoir la même vision spirituelle, d’adhérer à la même vérité unique et universelle dictée par Dieu lui-même. Ce faisant, ils en viennent, par la force de la foi, à mépriser la mort dans l’unité spirituelle. Ce facteur les rend comme invincibles parce qu’ils sont devenus insensibles aux injures faites au corps : souffrances, meurtrissures, douleurs, blessures profondes etc. Car leur Dieu est avec eux, et il les supporte en toutes leurs actions. Ce fut le cas des Abbâssides de Bagdad, des Omayyades en Espagne, des Almoravides et Almohades au Maghreb, voire de l’Empire byzantin, puisque les religions se succèdent les unes aux autres sur les mêmes territoires, les mêmes zones de la terre avec la même ambition d’asseoir leur pouvoir sur les hommes. Dieu apparaît, ainsi, comme un fabuleux prétexte pour instituer un pouvoir temporel grâce à l’heureux soutien des pouvoirs temporels déjà existants. D’où l’opportunisme de celles-ci.
Puis, le fondateur de la dynastie, en vertu de l’orgueil, de la fierté et de l’égoïsme proprement humains, concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Toute gloire lui est désormais destinée ; et il ne désire plus partager quoi que ce soit avec personne, comme aux heures du triomphe de la dynastie. Alors qu’auparavant, la dynastie vivait du strict nécessaire et de l’austérité – et ils s’en portaient fort bien – désormais avec l’accumulation des trésors de guerre et de conquête, très vite, elle se laisse choir dans le luxe, dans le goût du confort, dans la beauté des arts et, naturellement, la faiblesse des mœurs, notamment sexuelles. Les gens s’habituent facilement au luxe de la nourriture, aux fastes des vêtements et de leurs demeures. Ils rivalisent même, fièrement, avec d’autres pays ou empires de même niveau de vie, voire de niveau même supérieur ; du même genre de raffinement, de bonne chère etc. Dans cette logique, chaque génération veut surpasser les précédentes jusqu’à la fin de la dynastie sans que l’on puisse s’en apercevoir. La jouissance de l’ici et maintenant l’emporte sur tout autre préoccupation. L’empire du corps et ses charmes surpasse la clairvoyance de l’esprit. Pendant ce temps de jouissance des choses matérielles, la dynastie s’installe une douce inertie. Ses membres qui sont au pouvoir n’ont plus à se donner de la peine pour le conquérir ni même pour le conserver ou le défendre. Ils se contentent de se reposer tout en jouissant tranquillement de leurs acquis : pouvoir, belles demeures, beaux habits, luxe ostentatoire, abandon à la vie du sexe sans limite par la création de harems etc. Ainsi, ils font montre de leur richesse, de leur niveau de biens matériels, comme le fait de planter des jardins, d’installer l’eau courante dans leurs demeures riches ou leur palais, à l’instar de Grenade. Ainsi, on jouit paisiblement de la vie. Tout n’est que luxe et volupté de la vie.
Enfin, cette situation de confort a pour effet de corrompre les caractères les plus forts, les plus vigoureux et les plus combatifs du fait de toutes sortes de vices et de mauvaises habitudes : personne ne désire plus sacrifier sa vie pour défendre son territoire, ni non plus la vie de la dynastie. Celle-ci s’affaiblit et mine sa puissance par la dégénérescence de l’esprit et du corps de ses défenseurs et de ceux qui détiennent les pouvoirs politiques ou non. Les élites politiques, économiques et financières se livrent à des dépenses somptuaires qui dépassent leurs revenus : même les plus riches finissent par se ruiner. Et quand l’urgence presse les dirigeants de s’acquitter des dépenses militaires, ils sont désormais incapables d’y faire face. Bien au contraire, ils confisquent les biens de leurs sujets qui en ont encore pour satisfaire leur coût de luxe, leurs fêtes fastueuses et somptuaires. Ainsi, le souverain s’affaiblit par son aveuglement par rapport à la situation de son pays, son peuple s’appauvrit et son armée est en déroute à force de voir ses effectifs compressés en raison de la gourmandise déraisonnable des détenteurs du pouvoir politique en matière de dépense. Dès lors, la défense de la nation s’affaiblit et la dynastie décline. Bientôt, elle est vite balayée par des groupes barbares plus aguerris, plus courageux et même fort éloignés de la dégénérescence physique, morale et spirituelle à cause du luxe, de l’abondance, de la richesse matérielle, du confort et de la paresse à tous les niveaux de la vie civile.
En ce sens, les leçons de cette thèse permettent de comprendre les raisons de l’émergence, de la grandeur et de la décadence, voire de la chute de l’ordre temporel et spirituel des Templiers. Du moins, c’est ce que nous allons tenter de démontrer.

A- Les Templiers ou le mystère des moines guerriers

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Une représentation de Templiers

1) Une brève histoire

       Nous avons dû lire et consulter parfois un certain nombre d’ouvrages d’histoire de la France et, en particulier, des Templiers pour bien comprendre l’énigme de cet ordre religieux et laïc. Le lecteur verra, à la fin de cet article, quelques références bibliographiques à ce sujet. Mais, nous nous sommes surtout appuyés sur le brillant ouvrage d’écrivains anglais, en l’occurrence Michael Baigent, Richard Leigh et Henri Lincoln, L’Enigme Sacrée (Pygmalion, Paris 1993). Notre choix de cet ouvrage tient aux raisons suivantes : d’une part, en tant qu’historiens étrangers et grands spécialises des sociétés sécrètes de la civilisation judéo-chrétienne, nous avons jugé qu’ils étaient en mesure de faire preuve d’une certaine objectivité et de résultats d’investigation solides. D’autre part, ils se fondent sur une large et profonde érudition. Enfin, le sérieux de leurs recherches ont grandement inspiré l’écrivain américain, Dan Brown, dont le livre, Da Vinci code, a été un « best-seller » international.
Selon Michael Baigent, Richard Leigh, Henri Lincoln, l’histoire de ce qu’ils appellent les « moines guerriers» relève quelque peu d’une légende ou d’un mythe, comme celle, par exemple, d’Alexandre le Grand, qui a été écrite non pas de son vivant mais bien longtemps après sa mort ; certains historiens parlent même de 500 ans plus tard. En effet, c’est l’historien Guillaume de Tyr qui fit, le premier, allusion aux templiers dans son Historia Rerum transmarinarum entre 1115 et 1185. Il traite notamment de la vie du royaume franc de Palestine depuis son institution. Au moment des ses investigations historiques, ce royaume existe déjà depuis 70 ans ; et l’ordre du Temple depuis 50 ans. Donc, Guillaume de Tyr, faute de chroniqueurs contemporains (1127 et 1144) pour consigner les faits par écrit, a dû donc se contenter des données de la tradition orale, des récits populaires et des formes multiples de transmission semblable. Il n’en demeure pas moins que Tous les ouvrages ultérieurs sur les Templiers s’inspirent de son Historia Rerum transmarinarum.
Guillaume de Tyr situe la date de la fondation des « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » en 1118, laquelle a été créée par Hugues de Payns dans un but particulièrement désintéressé. Puisque les pèlerinages en Terre Sainte connaissaient un certain nombre de dangers, comme les attaques, les pillages, les agressions, les vols etc., Hugues de Payns et huit de ses compagnons informèrent le roi Baudouin 1er de leurs intentions. Celui-ci était roi de Jérusalem, et frère de Godefroy de Bouillon, qui avait conquis la ville Sainte dix-neuf ans auparavant. Quelles étaient leurs intentions ? Offrir leurs services au roi en vue d’assurer la sécurité des pèlerins contre les attaques des bandits, des pillards et contre les infidèles. Il s’agit ni plus ni moins d’assurer la police des routes conduisant au lieux Saints. Mieux, ils se proposèrent d’être les gardiens du Saint Sépulcre. Baudouin Ier leur accorda, comme demeure, toute une aile de son palais, construit sur les fondations de l’ancien Temple de Salomon. D’où le nom de l’ordre qui devint celui du Temple. Initialement les Chevaliers vivaient dans la pauvreté, le dénuement et la charité.

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Tenue d’un templier

      L’ordre ne tarda pas à connaître une renommée dans toute l’Europe et les autorités ecclésiastiques ne cessèrent de louer le courage de ses membres – au départ, ils n’étaient que neuf compagnons – . C’est dans ce sens que s’inscrit un texte de Bernard de Clairvaux, qui était alors la voie la plus respectée de toute la chrétienté. Ce texte rendait effectivement hommage aux qualités de la nouvelle chevalerie chrétienne puisqu’il reconnaissait que les Templiers représentaient l’exemple, par excellence, des valeurs chrétiennes les plus hautes. Aussi, quand Hugues de Payns et quelques-uns de ses compagnons se rendirent en Occident, ils furent triomphalement accueillis. À l’occasion de leur séjour en Europe, le pape ordonna la tenue d’un Concile à Troys, Cour des Comtes de champagne sous l’autorité spirituelle de Bernard de Clairvaux. Au cours de celui-ci, les Templiers furent reconnus comme membres d’un ordre militaire et religieux. On attribua à Hugues de Payns le titre « du grand maître » de cette communauté de moines soldats, à la fois guerriers mystiques, alliant la discipline austère du cloître au zèle martial peu éloigné d’une forme de fanatisme. D’où leur autre nom de « milice du Christ ». Saint-Bernard codifia les statuts du nouvel ordre sur le modèle de la vie des moines cisterciens : il s’agissait d’une règle de vie simple, sévère et pauvre.
En effet, les Templiers étaient soumis, comme les moines cisterciens, à la chasteté, à l’obéissance, à la pauvreté. Mais leur singularité par rapport aux moines consistait dans le fait qu’ils étaient tenus de couper leurs cheveux, mais de garder leur barbe, parfois longue. C’était le signe grâce auquel ils étaient aisément reconnaissables partout, notamment dans le pourtour méditerranéen. En matière de nourriture, de vêtements, voire d’autres données de la vie quotidienne, tout devait refléter, par leur double aspect militaire et monastique, leur idéal. Ils portaient tous, ces « chevaliers du Christ » des habits, capes ou robes de couleur blanche. Ces insignes signifiaient, selon les auteurs de ce brillant livre, l’aspect suivant : « le serviteur de Dieu abandonne une vie de ténèbres pour offrir à son créateur une vie toute de pureté et de lumière » (L’énigme Sacrée, p. 68). C’est pourquoi, « le Templier fait prisonnier ne demandera ni grâce ni rachat, mais devra combattre jusqu’à la mort ; il ne sera pas davantage autorisé à faire retraite, sauf si le nombre de ses assaillants est supérieur à trois ». Cet ordre des « moines soldats », par une bulle du pape Innocent II, ancien cistercien de Clairvaux et protégé de Saint-Bernard, en 1139, reçut des privilèges considérables. D’une part, ils ne dépendaient que de la tutelle exclusive du Saint-Siège et ne relevaient que de la seule autorité du pape. D’autre part, ces deux privilèges signifiaient qu’ils étaient désormais indépendants, de manière absolue, de tous pouvoirs temporels séculiers, à savoir : de toute autorité ecclésiastique, de tout roi ou prélat, de tout prince ; en somme, de toute autorité religieuse ou politique. C’est ainsi que « l’ordre du Temple peut-il désormais devenir un empire international autonome, un État n’ayant de compte à rendre qu’à lui-même ; là réside l’une des ses premières forces mais aussi l’une de ses principales ambiguïtés » (P. 69).

2) La splendeur et la gloire des « Chevaliers du Temple »

      En raison des immenses avantages accordés par le pape lui-même aux « moines guerriers », très vite, l’ordre connut une expansion extraordinaire dans toute l’Europe chrétienne, tout autant qu’en Palestine. Leur nombre s’accrut rapidement en attirant les plus jeunes fils (les cadets) des familles riches et de la noblesse de toute l’Europe. En outre, ils ne cessaient, très tôt, d’engranger sans cesse des dons de toutes natures et de toute importance : terres, dons en argent, voire dons de la totalité des possessions et richesses de ses propres membres. Aussi, en quelques décennies, l’ordre des Templiers devint propriétaire d’un grand nombre de domaines non seulement en France, mais aussi en Angleterre, en Flandre, au Portugal, en Espagne ; voire en Autriche, en Allemagne, en Hongrie et même en Terre Sainte et dans tout l’Orient. Certes, en vertu de leur vœu de pauvreté, les « moines guerriers » n’étaient pas individuellement riches. Cependant, ils consentaient à amasser beaucoup de richesses qu’on leur offrait au nom de leur ordre. On comprend alors qu’en un temps record, l’ordre des Templiers vit ses richesses s’accroître de façon démesurée. Car leur politique de gestion financière consistait toujours à recevoir essentiellement mais à ne jamais sortir l’argent ainsi accumulé. Dès lors, lorsque Hugues de Payns regagna la Palestine en 1130, il laissa à la vigilance et à la gestion des Templiers d’Europe de grandes enclaves sur tout le territoire européen.
En matière de vêtements, pour signifier leur singularité, en 1146, sous le pontificat du pape Eugène III, on ajouta une croix rouge « pattée » au manteau blanc des Templiers. Ainsi vêtus désormais, ils participèrent avec le roi de France, Louis VII, à la deuxième Croisade. En outre, le pape accorda, comme blason, la Croix d’étoffe vermeille au-dessus de leur cœur. Par ce « signe triomphal », ils signifiaient qu’ils ne pouvaient pas fuir devant un infidèle. Partout, sur les champs de bataille, ils prouvèrent leur réputation de courageux jusqu’à la témérité. Très disciplinés, les Templiers constituaient ainsi une troupe sans égale au monde. Ceci les inclina à cultiver un sentiment de fierté jusqu’à l’arrogance. Cette audace dans les combats, cette discipline au sein de leur troupe, comme le reconnaît le roi de France lui-même, évita à la deuxième Croisade, mal conçue, mal préparée et mal conduite d’éviter la débâcle dans l’expédition contre les Turcs en Palestine.

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Une croix rouge « pattée »

      Pendant une centaine d’années, l’ordre du Temple devint une réelle puissance internationale. Il s’engagea donc toutes les actions diplomatiques, s’immisça entre la noblesse et la monarchie des cours d’Europe. Et il fit régner sa loi en Terre Sainte. En Angleterre, il proposa sa médiation, en vue de les réconcilier, entre Henri de Plantagenêt et son archevêque Thomas Beckett. Il participa pendant longtemps aux débats et aux travaux des Parlements de Londres. Et son grand maître assista, aux côtés du roi Jean sans Terre, à la signature dite de la Grande charte. Dès lors, et dans cette perspective du poids des interventions de cette haute personnalité spirituelle, le grand maître des Chevaliers du Temps, était bien plus écouté et respecté que les prieurs et les Abbés. À propos de ce poids politique et spirituel majeur, les auteurs de L’Enigme Sacrée écrivent, en effet, ceci « Ainsi, lorsqu’en 1252, Henri III d’Angleterre ose défier les Templiers et menace de confisquer leurs biens, on assiste de la part du grand maître de l’ordre à « une réponse hautaine » qui, dans son audace, donne à réfléchir sur ses véritables pouvoirs. Qu’on en juge par ce dialogue : « vous, Templiers…, apostrophe le roi, avez tant de libertés et de chartes que vos immenses possessions vous remplissent d’orgueil et d’arrogance. Ce qui a été imprudemment donné doit donc être prudemment repris, et ce qui a été accordé de façon inconsidérée doit être retiré de façon réfléchie »
Ces propos attirent cette réplique cinglante du grand maître : « que dis-tu O roi ? Loin de toi ces parole malséantes et douloureuse à entendre. Aussi longtemps que tu exerceras la justice, tu règneras ; mais si tu l’enfreins, tu cesseras d’être » ».
Outre ces pouvoirs exorbitants qui surpassaient ceux des rois en Europe, malgré leur hostilité réciproque sur les champs de bataille, les Chevaliers du Temple exerçaient une très forte influence dans les rapports entre la chrétienté et le monde musulman tant en Europe, entre autres, l’Espagne, Rennes-le-château et ses environs, la Septimanie etc. Ils faisaient même preuve d’un très grand respect par rapport aux chefs des Sarrasins. Mieux, ils avaient établi des liens secrets avec la célèbre secte des Haschischin, dit-on leurs semblables en fanatisme religieux, de manière clandestine, c’est-à-dire à l’insu de l’église catholique. Ils se rendaient mutuellement service. Les Haschischin leur payaient même un tribut.

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Une complicité de deux ordres religieux

       Toutefois, la splendeur des Chevaliers du Temple ne se limitait pas uniquement à la diplomatie, à la guerre, aux intrigues politiques en Europe, en Terre Sainte ou dans tout l’Orient. Ils exerçaient d’autres activités tout aussi éminentes dont voici quelques-unes. D’une part, l’une de leurs grandes activités fut, sans conteste, la banque. En effet, ils avaient, au XIIIe siècle, un solide réseau de commanderies. Car ils avaient réussi à implanter celles-ci tant en Europe qu’au Proche-Orient, zone du monde où leur influence était devenue incontournable. Ce n’’était pas des usuriers au sens absolu du terme : ils assuraient surtout, suivant des taux d’intérêt modestes, à la fois la garde des fonds qui leur étaient confiés et leur transfert d’un territoire à un autre, d’un prêteur à un emprunteur, voire d’un pèlerin disparu ou victime de brigandages à ses héritiers. Auparavant, tous ces mouvements de fonds importants étaient assurés par les seuls Italiens, mais avec des risques majeurs. Ainsi, les Templiers avaient inventé un système plus sûr : sur une simple présentation d’un reçu, avec le sceau de l’ordre, les uns et les autres retiraient l’argent déposé dans l’une de leurs forteresses construites un peu partout en Europe et au Proche-Orient, pour le transférer sur un autre dépôt. Ils avaient, ainsi, inventé la première forme de ce qu’on pourrait appeler le « chèque ».
On comprend aisément que les riches particuliers comme les orfèvres et les marchands tout autant que les rois et les princes devinrent des clients et des débiteurs de ces nouveaux banquiers qu’étaient les Templiers. En ce sens, on pourrait les considérer comme les premiers « agents de change » de la civilisation européenne. Car la grande forteresse qu’ils avaient édifiée à Paris devint, finalement, le premier et « grand centre des finances européennes, et son trésorier un personnage considérable dans la vie administrative de la capitale française ; il gère les finances royales et, en l’absence du souverain, a pour mission de recevoir les sommes provenant de l’administration de ces domaines ».

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Une forme de tour des Templiers

      D’autre part, l’ordre des Templiers occupait une place majeure dans la vie intellectuelle de leur temps. En effet, ses membres faisaient généralement preuve d’esprit au spectre large en vertu de leur ouverture aux cultures et aux civilisations islamique et judaïque. De même, ils étaient ouverts aux nouvelles idées, aux sciences, aux nouvelles modalités de connaissances que les philosophes et ils s’instruisaient auprès des savants musulmans qui répandaient à travers tout le pourtour méditerranéen : sciences, méthode et idées héritées des philosophes grecs, notamment, de Platon et d’Aristote. En ce sens, les Templiers ont servi de médiateurs incontournables de la diffusion des savoirs, des technologies entre des savants et philosophes musulmans et ceux de la chrétienté, notamment de l’Europe. Leur ouverture d’esprit universel, leur curiosité, leur désir immense et avide de s’instruire propre aux membres de l’ordre des Templiers furent le ciment et l’une des sources de l’émergence et de la solidité de la civilisation judéo-chrétienne de l’Europe.
Enfin, l’apport novateur et éminent de l’ordre des Templiers à la culture européenne fut non négligeable en matière des technologies les meilleures et les plus avancées de leur temps. Ils avaient même le monopole de ces techniques et technologies novatrices. Qu’on en juge par ce qu’en disent les auteurs de L’Enigme Sacrée : « armuriers, tanneurs, tailleurs de pierre, topographes, architectes et ingénieurs militaires, ils {les Templiers} contribuent à l’élaboration des cartes, à la construction des routes, à la navigation. Ils possèdent leurs propres ports, leurs chantiers navals, et leur flotte, commerciale et militaire, sera parmi les premiers à utiliser le compas magnétique. Soldats confrontés aux blessures et aux maladies les plus diverses, ils n’hésitaient pas par ailleurs à faire usage des drogues, entretiennent dans leurs propres hôpitaux leurs propres médecins et leurs propres chirurgiens, et en matière d’hygiène et de certaines maladies nerveuses des conceptions extrêmement modernes » (p.71).

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Les Templiers et la diffusion des sciences et techniques de leur temps

      Finalement, grâce à leurs diverses et multiples activités, à leur volonté indéfinie de savoir, à leur intelligence et à leur ingéniosité, les Chevaliers du Temple réussirent à devenir très puissants et très riches en Europe et au Proche-Orient. Car ils réussissaient aisément tout ce qu’ils entreprenaient. Hélas, même religieux, ils étaient, d’abord, des hommes avec toute la faiblesse de la condition humaine. À leur sujet aussi, la conception d’IBN Khaldûn des phénomènes humains et naturels qui produisent la décadence, se vérifie toujours. En effet, en raison de leur puissance encombrante et de leurs richesses, les Chevaliers du Christ n’avaient pu échapper aux tentations de la nature humaine : l’arrogance, la brutalité, la corruption (ils étaient à la fois corrupteurs et corrompus), l’avidité de plus richesses, de fortune et de pouvoir en raison de leur règne, de leur domination en Europe et au Proche-Orient, notamment en Palestine où avait été érigé un puissant État franc.

B- La décadence de l’ordre des Templiers et le retour en Palestine de la puissance ennemie

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La chute des Templiers

1) L’inéluctable débâcle

        Quelles furent les causes de cette décadence ? D’abord, en Terre Sainte, il y a eu des bouleversements majeurs. En effet, en 1185, la mort du roi Baudouin de Jérusalem laissa son royaume dans la confusion générale. D’une part, profitant de cette situation Gérard de Ridefort, alors grand maître de l’ordre, trahit le serment qu’il avait donné au roi mourant, conduisit le royaume franc de Palestine à la catastrophe. D’autre part, Gérard de Ridefort manifesta une attitude de mépris par rapport aux Sarrasins. Ceci avait eu pour effet de rompre la longue trêve entre chrétiens et musulmans en Palestine et dans les territoires occupés pendant longtemps par le royaume franc de Palestine. D’où la reprise des hostilités. Car au cours du mois de juillet 1187, ce vaniteux et impétueux Gérard de Ridefort mena ses compagnons Templiers, avec l’armée des Croisés stationnés en Palestine, à la bataille désastreuse de Hattin. Les armées chrétiennes ainsi vaincues et presque décimées, deux mois plus tard, durent céder Jérusalem aux Sarrasins après 100 ans d’occupation chrétienne.
Pire, cette débâcle des forces des Chevaliers du Temple et de l’armée des Croisés amorça, dès lors, la dégradation continue de leur puissance. Ainsi, en 1291, le royaume franc d’outre-mer (Proche-Orient) perdit définitivement ses possessions et il fut contraint de laisser totalement la Terre Sainte aux mains des musulmans, en particulier des Turcs. Certes, il lui resta seulement la forteresse de Saint-Jean d’Acre. Là aussi, malgré l’admirable héroïsme des Templiers, sous la conduite du grand maître Guillaume de Beaujeu, le royaume franc fut défait. Après l’évacuation des femmes et des enfants par les bateaux, c’est-à-dire les galères de l’ordre, les Templiers poursuivirent les combats jusqu’à ce que les murs de la citadelle s’écroulèrent et ensevelir à la fois les assiégés et les assiégeants.

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La bataille désastreuse de Hattin

       Ensuite, les chevaliers du Temple, désormais définitivement privés de la Terre Sainte et de la défense de ses lieux sacrés, tentèrent de s’installer à Chypre. Mais ils n’avaient plus de raison d’être (la défense de la Terre Sainte), ni de pays infidèle à conquérir (tout le Moyen-Orient était désormais tombé aux mains des troupes turques), ils finirent par se tourner vers l’Europe en espérant y trouver des raisons susceptibles de justifier leur existence. Certes, un siècle avant la perte de la Palestine, ils avaient fondé un ordre de Chevalerie à leur image, celui des Chevaliers teutoniques, mi militaire mi religieux. Au XIIIe siècle, étant peu intéressés par le Proche-Orient, ceux-ci fondèrent le royaume indépendant au nord, c’est-à-dire aux frontières nord-est de la chrétienté. Plus précisément, ce royaume était situé sur la Baltique orientale, c’est-à-dire de la Prusse au golfe de Finlande et une partie du territoire russe occidental.
A leur image, les Chevaliers du Christ étaient tentés d’établir, dans cette même zone de l’Europe, un Etat qui serait totalement autonome, comme auparavant leur royaume l’était. Ils espéraient y jouir d’une immunité parfaite, de paix, de souveraineté totale de telle sorte qu’ils n’auraient de compte à rendre à personne. Toutefois, comme ils étaient déjà corrompus par une vie de luxe et de volupté, de richesse et de confort, ils ne purent s’habituer au rude climat de l’Europe orientale. Alors, ils choisirent de s’installer sur un territoire au climat plus clément, en l’occurrence le Languedoc.

2) La chute et la fin de l’ordre prestigieux et tout-puissant des Templiers

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      À propos de la chute des Templiers et de la tentative de leur installation en Europe, les auteurs de L’Enigme Sacrée écrivent ceci : « c’est alors qu’en 1306, le roi de France Philippe le Bel décide soudain de se débarrasser des Templiers. Arrogants, indisciplinés, ils représentent une force militaire bien supérieure à la sienne. Certes, il utilise ses services mais elle peut se révéler dangereuse dans la mesure où ses membres ne relèvent que de la seule autorité du pape. Or, le roi sait qu’ils contrôlent mal ces banquiers armés auxquels il doit beaucoup d’argent. Il a dû aussi leur demander asile dans leur forteresse lors d’une insurrection de la foule parisienne. Il y a pire encore : ils viennent d’avoir l’audace insensé de lui refuser son admission parmi eux ! Autant d’humiliations, ajoutées à la convoitise qu’il a de leurs richesses et à la crainte de les voir former un État indépendant qui le poussent agir brutalement : l’hérésies servira de justification » (p. 73).
En effet, après avoir fait périr, dans des conditions douteuses, les papes Boniface VIII et Benoit XI, Philippe le Bel installa au Saint-Siège son propre candidat, sous le nom de Clément V. Celui-ci ne pouvait, désormais, rien refuser au roi de France. Par de multiples moyens (espions introduits au sein des Templiers, aveu d’un commandeur renégat etc.), le roi de France dressa une liste d’accusations qui lui permit de donner l’ordre de la chasse aux Templiers dans tout son royaume. Ainsi, « a l’aube du vendredi 13 octobre 1307 », l’ordre d’arrestation des Templiers commença. « Ce jour-là tous les Templiers de France sont arrêtés et emprisonnés, leurs biens confisqués, leurs commanderies placées sous séquestre ». Toutefois, malgré l’exécution soudaine de la décision royale, Philippe le Bel n’eût pas gain de cause sur tous les tableaux. En effet, il ne put mettre la main sur le fabuleux « trésor les Templiers » qu’il convoitait. Leur immense fortune se volatilisa dans la nature. Sans doute, peu avant de leurs arrestations, il semblerait que les Templiers, ayant été avertis des funestes intentions de Philippe le Bel, avaient dû faire transporter leurs trésors en chariot jusqu’à la Rochelle ; du moins, selon certaines rumeurs. C’était, d’ailleurs, l’une des bases navales de l’ordre où 18 galères étaient stationnés. Étaient-ce ces galères qui l’auraient transporté hors d’atteinte des navires du roi de France ? Fut-il acheminé à Rome ? Peu probable puisque le pape Clément V était aux ordres du roi Philippe le Bel. Fut-il caché à Chypre, à Malte ? Il se pourrait bien. En réalité, là où le trésor des Templiers fut caché devin une énigme pour toute l’Europe ; une énigme jusqu’ici insondable.

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Le pape Clément V

 

 

 

 

          De quoi le roi de France accusait-il les Templiers ? Malgré les nombreuses questions et les tortures abominables que les inquisiteurs leur infligeaient, les aveux étaient généralement insensés. En fait, les Templiers, sous la violence de la torture leur avouaient de tout ce qui était conforme à la liste d’accusation du roi de France et ses sbires, entre autres des inepties suivantes : ils adoreraient un dieu appelé « Baphomet ». Au cours de rituels secrets, ils se prosterneraient devant une tête d’homme barbu qui aurait le pouvoir de leur parler ou de leur accorder des puissances occultes. Ces soldats du Christ, qui avaient offert leur vie entière pour défendre leur foi catholique, furent même accusés d’avoir craché sur la croix et renier Dieu. D’autres accusations avaient des liens avec leurs us et coutumes, comme le fait de pratiquer l’avortement, l’homosexualité, l’infanticide, voire de rituels obscènes au cours de cérémonies d’Initiation. C’est pourquoi, Philippe Le Bel était alors tout à fait justifié de leur infliger toutes les peines possibles, toutes terrifiantes, horribles et inhumaines les Unes autant que les autres : les emprisonner, les torturer sans limites avant de les brûler. Pire, « en mai 1312, il contraignit le pape Clément V d’ordonner la suppression pure et simple dans toute l’Europe de l’ordre des Templiers. Ainsi, « en mai 1314 enfin, le grand maître Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, montent à leur tour sur le bûcher. Avec eux, les Templiers cessent donc officiellement d’exister sur la scène de l’histoire, mais là aussi, ce n’est pas tout à fait vrai ».

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Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bûcher

     En effet, dans sa haine inextinguible contre les templiers et son influence considérable sur son valet installé au Saint-Siège, en l’occurrence Clément V, Philippe le Bel aurait voulu qu’aucun pays de la chrétienté n’eût pu épargner aucun templier. Mais les autres pays chrétiens, qui n’avaient pas de récriminations particulières contre les Templiers, refusèrent de suivre l’exemple de Philippe le Bel et les injonctions du pape. Ainsi, Édouard II d’Angleterre leur infligea un sort plus clément comme l’emprisonnement ; et leurs biens furent donnés aux chevaliers hospitaliers de Saint-Jean. Toutefois, l’Écosse fut le pays qui se montra le plus accueillant possible par rapport aux Templiers. D’une part, elle ne promulgua point la bulle papale qui ordonnait l’anéantissement total de l’ordre des Chevaliers du Temple. D’autre part, au regard de cette mansuétude, en 1314, les Templiers combattirent aux côtés de Robert Bruce, au moins, à la bataille de Bannockburn. Enfin, ils formèrent, en terre d’Écosse, une communauté solide au cours des quatre siècles suivants. Il en fut de même en Lorraine, qui faisait alors partie de l’Allemagne. Les Templiers y furent accueillis et protégés. Quelques-uns d’entre eux furent arrêtés et, très vite, innocentés. Mais ils coupèrent la barbe, renoncèrent à leurs costumes pour s’assimiler, ainsi, plus aisément à la population locale. En Allemagne même, en raison de leur influence et de leur pouvoir, ils menacèrent de prendre les armes pour se défendre si les autorités politiques (rois et princes) s’avisèrent les attaquer. Ils furent donc innocentés et s’intégrèrent aux Chevalier de Saint-Jean et aux Chevaliers Teutoniques. Les Templiers connurent un destin semblable en Espagne tout autant qu’au Portugal. Cependant, en ce dernier pays, ils changèrent de nom et s’appelèrent « les Chevaliers du Christ ». Ainsi, au XVIe siècle, on retrouva un grand nombre d’entre eux eux dans les activités maritimes. On comprend, dès lors, que de grands navigateurs portugais furent des chevaliers du Christ. Ce fut le cas de Vasco de Gama tout comme Henri le navigateur qui était grand maître de cet ordre. D’ailleurs, on le sait, les trois caravelles de Christophe Colomb traversèrent l’Atlantique à la conquête du Nouveau Monde pourtant les croix des «Chevaliers du Christ ».

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Caravelles de Christophe Colomb

     Au regard de ces données, il est reconnu qu’un peu partout en Europe, les Templiers purent survivre à l’hécatombe ordonnée par Philippe le Bel et son valet du Saint-Siège, Clément V, en 1307. Mieux, en 1522, selon les auteurs de cet ouvrage, « leurs descendants prussiens, les Chevaliers Teutoniques, alors sécularisés, renoncèrent définitivement à leurs liens avec Rome pour s’engager derrière le rebelle Martin Luther sur la voie de l’hérésie. Deux siècles après leur dissolution et bien qu’indirectement, les Templiers prenaient, ainsi, leur revanche sur l’église qui les avait trahis ». De défenseurs acharnés de l’église catholique pendant plus d’un siècle, ils devinrent ses ennemis redoutables.

Conclusion : la persistance du mystère des Chevaliers du Temple

     Finalement, nous venons de le montrer, les Chevaliers du Temple n’ont pas été décimés en Europe, comme l’auraient voulu Philippe le Bel et son valet du Saint-Siège. À leur sujet, beaucoup de rumeurs couraient dans toute l’Europe. Outre leurs biens matériels colossaux, supposés avoir disparu, on disait qu’ils étaient dotés de beaucoup de savoirs occultes : magiciens, alchimistes, sorciers et détenteurs de bien d’autres pouvoirs occultes. Ils auraient pratiqué aussi la géomancie et, pire, la nécromancie. On comprend alors les divers bruits qui couraient à leur sujet depuis l’origine jusqu’à nos jours, à travers les sociétés secrètes qui en seraient issues. C’est en ce sens que les auteurs de L’Enigme Sacrée écrivent : « la mystique qui les auréole ne va d’ailleurs pas disparaître avec eux, bien au contraire. Lors de son exécution dans l’îlot aux Juifs en mars 1314, tandis que son corps s’amenuise lentement sous la flamme, la voix de Jacques de Molay s’élève, citant le pape Clément et le roi Philippe à comparaître devant le tribunal de Dieu. Dans le mois qui suit, le pape meurt d’une supposée et soudaine dysenterie, et avant la fin de l’année Philippe le Bel rend l’âme à son tour, dans des circonstances demeurées obscures.{…} Mais le mystérieux halo entourant les Templiers devait atteindre des proportions mythiques en 1789 avec la Révolution française… Ils sont alchimistes, illuminés, occultistes, mages initiés à la sagesse suprême, maîtres maçons… Bref surhommes revêtus d’un impressionnant arsenal de pouvoirs et de connaissances ; ou bien encore héros et martyres, annonciateurs de l’esprit anticlérical qui marquera cette époque » (p. p. 77-78).
De nos jours, on compte un grand nombre de sociétés secrètes ou « ésotériques » qui continuent à se réclamer des templiers et, notamment, qui disposeraient de pouvoirs occultes dont ils auraient été parés. En tant qu’héritières directes de ces « moines guerriers », ces sociétés occultes pensent ou croient disposer de pouvoirs ésotériques comparables à ceux des Templiers. Ainsi en est-il de certaines loges maçonniques qui ont adopté le grade de «Templiers », des rituels et des terminologies qui remonteraient au premier ordre. Au XIXe siècle, en Allemagne et en Autriche, « l’ordre des Nouveaux Templiers » fut créé et dont le svastika est l’un de ses emblèmes. Les fondateurs de l’ « Anthroposophie », la théosophe H. P. Blavasky, et le philosophe Rudolph Steiner pensent que leur théorie se fonderait sur une « tradition de sagesse » qui trouverait, par l’intermédiaire des Rosicruciens, sa source chez les Templiers et les Cathares. Ceux-ci seraient les dépositaires des plus anciens secrets en matière de savoirs et de pouvoirs occultes, comme la chimie, l’astrologie, la géométrie sacrée, la numérologie, l’astronomie, science jumelle de l’astrologie etc. Même les « Rotary club », en Angleterre et partout ailleurs dans le monde, s’honorent du titre de Templier des temps présents. En réalité, malgré le soi-disant rayonnement des sciences de la matière et le triomphe de la techno-science, les mystères se vendent bien parce que l’être humain a bien besoin de croyances et non pas toujours de connaissances exactes. D’où le succès grandissant des sociétés secrètes qui se réclament des Templiers en vertu de leur prestige d’antan et des multiples pouvoirs, entre autres matériels, voire des moyens occultes de les acquérir en ce monde.

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Une réflexion sur “La décadence, Deuxième Partie. Un exemple : splendeur, gloire et chute de l’ordre des Templiers en France et dans le royaume franc de Palestine

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