Missions et/ou finalités

« En face d’un monde d’«idées modernes» qui aimerait confiner chacun dans un coin et dans une «spécialité», un philosophe serait contraint- s’il pouvait y avoir des philosophes aujourd’hui- de placer la grandeur de l’homme, la notion même de «grandeur», dans l’étendue et la diversité de l’esprit, dans une totalité faite de multiplicité : il fixerait même le rang et la valeur d’un homme d’après l’ampleur et la diversité de ce qu’il peut supporter et assumer selon la portée qu’il sait donner à sa responsabilité. Aujourd’hui le goût du temps et les vertus du temps débilitent et amenuisent la volonté ».

F. Nietzsche : Par-delà le bien et le mal, (§ 212, Idées/Gallimard, Paris 1971, p. 150)

Dans l’antiquité, le philosophe était considéré comme celui qui tente de savoir le plus de choses possible. Cela ne signifiait pas qu’il devait tout connaître de façon absolue ; ce qui reviendrait à le comparer aux Dieux tout-puissants et omniscients. Mais, dans cette quête perpétuelle d’un savoir adéquat, solide, vaste en même temps, il s’agissait davantage de faire reculer le plus possible l’amplitude de l’horizon des limites intrinsèques de notre esprit et, du même coup, celles de notre ignorance fondamentale.

En revanche, le monde contemporain, contrairement à cet idéal d’un cheminement continu dans l’acquisition des sciences variées et profondes, souffre d’une singulière défaillance qui confine quasiment à une espèce de pathologie mentale : la spécialisation dans les divers champs des savoirs. L’on croit ainsi atteindre des abysses dans la discipline dont on se targue d’avoir quelque maîtrise, qu’elle soit scientifique, technologue ou d’ingénierie etc. ; alors qu’on pâtit d’un genre nouveau d’autisme, c’est-à-dire de manques essentiels dans l’ample perception intellectuelle des phénomènes. C’est ce qui explique que même les intellectuels, docteurs, agrégés et autres diplômés des universités et des grandes écoles ne parviennent guère à se libérer de la tutelle de leurs a priori, des différentes sortes de préjugés qui obscurcissent le champ de leur conscience depuis l’enfance. Aussi, si cette crème de l’esprit est encore prisonnière de telles données de la culture, quelle qu’elle soit, on comprend que le progrès de l’Humanité soit véritablement compromise. Car, très vite, à son insu, l’on en vient à ériger des certitudes non scientifiques en dogmatismes de tous genres sous la férule des divers inconscients qui nous meuvent d’ordinaire : l’inconscient individuel, familial, l’inconscient collectif ethnique et/ou culturel, l’inconscient de l’humanité avec ses archétypes réfractaires à tout progrès de l’esprit, selon les schèmes établis par Karl Gustav Jung.

Face à cet amer constat, sources de multiples formes d’extrémismes au niveau des comportements et de la pensée et, conséquemment, de fermeture à l’autre au nom de croyances aveugles et de « formatages » inconscients de l’esprit humain, qui empêche ainsi tout progrès dans le sens d’une évolution vers l’achèvement de l’Humanité, voire la lumière et l’éclat des formes d’intelligibilité humaniste, c’est-à-dire dépouillée de la bête immonde endormie dans le fond de l’être humain, nous avons pensé qu’il fallait revenir aux fondamentaux de la culture savante, du moins dans la zone d’influence culturelle occidentale, en l’occurrence, la Philosophie et la Science. Car la séparation de l’une et de l’autre a fini par donner naissance à des savoirs à peu près qui a caractérisé le genre humain au XXe et qui se poursuit en ce début du XXIe siècle. Percevant les ravages intellectuels et les dangers pour les êtres humains de l’étroitesse de l’esprit en gestation en son temps, en l’occurrence, le XIXe siècle, Claude Bernard avait pourtant déjà tiré la sonnette d’alarme afin d’empêcher ainsi la rupture de la philosophie et de la science dans l’intérêt de l’une et de l’autre, d’une part, et de l’autre, en vue du progrès de l’esprit humain. C’est en ce sens qu’il écrit : « il faut chercher à briser les entraves des systèmes philosophiques et scientifiques, comme on briserait les chaînes d’un esclavage intellectuel. La vérité, si on peut la trouver, est de tous les systèmes… La philosophie et la science ne doivent donc point être systématiques ; elles doivent être unies sans vouloir se dominer l’une l’autre. Leur séparation ne pourrait être que nuisibles aux progrès des connaissances humaines. La philosophie tendant sans cesse à s’élever, fait remonter la science vers la cause ou vers la source des choses. Elle lui montre qu’en dehors d’elle il y a des questions qui tourmentent l’humanité, et qu’elle n’a pas encore résolues. Cette union solide de la philosophie et de la science est utile aux deux, elle élève l’une et contient l’autre. Mais si le lien qui unit la philosophie à la science vient à se briser, la philosophie, privée de l’appui et du contrepoids de la science, monte à perte de vue et s’égare dans les nuages, tandis que la science, restée sans direction et sans aspiration élevée, tombe, s’arrête ou vogue à l’aventure »

(Claude Bernard : Introduction à l’étude de la médecine expérimentale Flammarion, « Champs », Paris 1984, p.309)

Notre démarche s’inscrit dans la perspective d’une telle pensée de la destinée du genre humain et de l’unité de ses créations intellectuelles, culturelles diverses. A cette fin, nous nous proposons les missions suivantes :

-Ouvrir l’esprit humain à l’imaginaire pour stimuler la créativité ;

-apporter un regard novateur pour créer dans la diversité des auteurs, des disciplines, des approches des valeurs humaines prospectives et fondatrices d’une humanité en progrès (une évolution de l’esprit pour la paix et l’amour universels). A cet effet :

+Permettre que s’édifie un espace de collaboration, de communication entre tous ceux pour lesquels une telle problématique est un enjeu majeur en ce monde dit globalisé, et pourtant bien compartimenté encore et en luttes perpétuelles en vertu des besoins impérieux du bas ventre ou des intérêts marchands, commerciaux, économiques ;

+Favoriser la maturation, la poursuite d’investigations scientifiques (sciences dures et humaines) dans un esprit de libre création et inventivité, hors des dogmatismes, des certitudes des écoles de pensée universitaire ou non. Car la pensée porteuse du vrai n’appartient à aucune école, ni à aucune doctrine ;

+ Offrir un espace de réflexion et de confrontation des idées dans le respect absolu d’une éthique philosophique et scientifique, d’un collège moral de créateurs, de chercheurs, de penseurs, de doctes conscients des limites assignées par la nature à nos connaissances dans l’absoluité immédiate ; et ceci dans les divers champs des savoirs ;

+Créer un espace de réflexion critique sur l’action, les hommes politiques et les citoyens de tous les pays de notre commune terre, lesquels sont aujourd’hui dépossédés de leur pouvoir souverain par une minorité d’individus, les élites politiques de tous les pays. Il s’agira alors d’inventer une manière de reconquérir cette souveraineté volée, voire une alternative politique et économique aux diktats impérialistes du système économique libéral financier mortifère actuel.

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