La femme et les interdits (susulu) des kwala ou clans chez les Lyéla (Burkina Faso)

« Cet ensemble complexe de relations interindividuelles, dans une cour lyel, s’organise autour d’interdits (susulu). Certains d’entre eux débordent le cadre précis de la vie d’une enceinte familiale car ils concernent tous les membres d’un même Kwala et ils sont redoutés par tous en raison de la sanction qu’entraîne leur infraction ; ce qui met toujours en danger la vie des hommes.

Avant d’en analyser quelques-uns, voyons la situation particulière de la femme par rapport à ces susulu. En fait, les Lyéla pensent que la femme n’a pas de susulu au même titre que l’homme. En effet, selon Joseph Bado de Sienkou et les anciens de Goundi dont les dires s’accordent sur ce point, « dans les paroles de n’importe quel kwala, il n’y a pas de traces d’interdits concernant la femme. Ceci résulte de la nature même de celle-ci. En effet, les susulu du Kwala peuvent ôter la vie à un membre masculin du clan tout en préservant celle de la femme par laquelle une faute a été commise. Quand un homme couche avec une femme d’un membre de son Kwala, on ne demande pas de compte à la femme mais à l’homme ». Ainsi, comme elle n’a presque pas de susulu, on croit que le poison ne tue pas facilement une femme.

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Eve, l’angoisse du Dieu mâle

Eve, fille d’Eve, le féminin intemporel (Extraits de livre)

Chapitre premier : Eve, l’angoisse du Dieu[1] mâle

1-Malédiction ou mésinterprétation intentionnelle du 1er livre de la Genèse par le masculin.

    Avant de proposer une autre lecture, une autre représentation de ce texte dit de l’Ancien Testament, qu’on me permette de commencer par deux références qui situent bien mon intention. La première a trait à l’être de la Bible comme une somme d’histoires d’un peuple, les Hébreux, qui donne lieu à une infinité d’interprétations. C’est comme tel que j’en tirerai des analyses. Dans La Nouvelle Bible déchiffréeManuel biblique pour tous – il est en effet écrit : « La Bible est essentiellement le récit d’une histoire. La création est rapportée sous la forme d’un récit historique. La nation d’Israël, ses ancêtres, sont de l’histoire ; ses juges rois et prophètes font l’objet d’une chronique historique. Jésus Christ est présenté au moyen d’une narration de faits captivante, qui précède les affirmations dogmatiques à son sujet.

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Ulrike Schuerkens : Du Togo allemand aux Togo et Ghana indépendants.

Ulrike Schuerkens : Du Togo allemand aux Togo et Ghana indépendants. Paris, Editions L’Harmattan, 2001.619 pp. ISBN 2-7475-0248-1. Prix : 320FF ou 23 euro.

Histoire synchronique de la colonisation européenne en Afrique de l’Ouest : perspective d’une anthropologie historique.

L’ouvrage d’Ulrike Schuerkens s’inscrit résolument dans une perspective singulière de l’anthropologie historique. L’originalité et l’ambition de l’auteur réside dans le cas particulier du pays qui l’objet de cette étude, en l’occurrence, le Togo. En effet, ce pays a connu trois formes de colonisation européenne : l’allemande, la française et l’anglaise.

L’auteur s’attache à montrer, comme l’indique le sous-titre de son ouvrage, le « changement social sous régime colonial », les enjeux majeurs de l’anthropologie historique soucieuse de mettre en lumière les mutations opérées dans l’interactivité colonisateurs/colonisés, par-delà la problématisation de cette situation. Il s’agit de reconstruire ou de reconstituer, au niveau historique et théorique, les logiques de développement d’une société déterminée. L’analyse des différents moments de l’histoire de celle-ci permet de comprendre la nature des changements qui ont pu s’opérer, de façon concrète, à un moment donné de son passé. Dans le cas du Togo, Ulrike Schuerkens met en lumière les processus de changements dans la réalité des populations avant, pendant et après la colonisation. Si elle montre les mécanismes qui ont contribué à transformer la société togolaise, en particulier, celle des pays africains qui ont connu aussi l’aventure coloniale, en général, dans l’interaction des dialectiques socio- culturelles et économiques, elle ne nie pas pour autant la dynamique historique propre à ces populations antérieure à leur confrontation avec les peuples colonisateurs de l’Europe. Lire la suite