Une théorie de philosophie prospective de la fin de la vie humaine sur la terre

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La FIN possible de l’Humanité sur notre commune Terre

Introduction

   Dans l’absolu, à l’instar de Jésus Christ, qui a refusé de se prononcer clairement sur le moment précis de la fin des temps, laissant à Dieu seul le soin de décider de l’ultime fin du Monde, entendu à la fois comme manifestation des phénomènes physiques et comme réalités humaines, nul être humain n’est en mesure de la connaître aussi. Tel est le sens de ses paroles : « Quant à la date de ce jour, et à l’heure (la fin du monde), personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père seul » (La Bible de Jérusalem, Mt 24, 36).

       Nous savons qu’en raison des bornes de notre raison, fille superbe de notre conscience, qui est elle-même un hublot ridicule de notre cerveau sur le monde, aucun être humain, quelles que soient l’ampleur et la profondeur de son génie, n’est pas capable de savoir avec exactitude ce qu’est la Fin ultime ni ce qu’est le commencement absolu. Etant nous-mêmes, descendants de l’Homo Sapiens, fruits de l’expansion de l’univers il y a, dit-on aujourd’hui, 13 milliards 700 millions d’années, nous les derniers venus de cette Histoire universelle, nous sommes comme situés au milieu du gué.

Cependant, même si nous savons, par ailleurs, que notre intelligence est essentiellement réactive par rapport aux accidents que notre action ou notre volonté cause à la Nature, ou aux uns et aux autres, nous sommes seulement en mesure de penser les phénomènes. Et nos analyses concernant le destin des descendants d’Homo sapiens – pourquoi pas ? – peuvent s’inscrire dans le sens fondamental d’une philosophie prospective, non pas dans le sens des experts en économie qui prétendent révéler la réalité sur les futurs mouvements des marchés financiers. Il s’agit plutôt une contemplation pure des possibilités d’une temporalité grosse de demain en germe en elle suivant le destin que l’orgueilleuse Humanité inflige à tout ce qui est de façon inexorable. Tel est exactement le sens de ces deux extraits de livres.

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 Extraits de livres déjà publiés

I- Les fins accidentelles

« Voyant l’état effarant de la pollution des fonds marins, je ne pus m’empêcher de l’interroger sur le temps qui restait aux hommes à vivre sur cette planète.

S’il est vrai, comme le prétendent nos scientifiques, que la vie, celle de l’homme en particulier, vient des eaux marines, la mer ainsi assassinée par la densité de la pollution irréversible ne compromet-elle pas la vie humaine sur terre ? Au fond, quel est l’espoir de l’Homme quant à son avenir, s’il en a encore ? La prophétie des messies comme Jésus Christ, n’est-elle pas en train de s’accomplir ? Bref, la mort de l’Homme – sa fin sur terre – est-elle inéluctable ?

Des hommes se sont employés, tout au long de votre petite histoire (plus de douze millions d’années, qu’est-ce à côté de trois à six milliards d’années de l’âge de la vie comme vous l’estimez ?), à avertir les hommes des fins de leurs temps respectifs. Il suffit de parcourir votre passé pour s’en convaincre. Chaque fois qu’un cycle de votre vie va s’arrêter, des hommes singuliers et originaux surgissent pour les avertir et les instruire afin qu’ils soient en mesure d’impulser un mouvement salvateur à ce cycle de temps. Ne dites-vous pas que les hommes sont des acteurs de leur histoire ? Mais les hommes n’ont jamais l’intelligence des avertissements, parce qu’ils sont habités par la mort, surtout quand ils sont gagnés par la logique de leur propre destruction.

     Aujourd’hui, comme tu l’as montré, ils ne sont plus dans une histoire à cycles comportant encore la diversité des histoires possibles. Désormais, depuis environ mille ans, ils sont engagés, sur la surface de votre planète, dans l’Histoire dont la direction est absolument mortifère. Votre espèce est, alors, comme enchantée par l’attrait de sa propre mort. Elle n’entraînera pas, pour autant, les autres formes de vie qui sont dans les alvéoles de la terre. Engagée désormais dans un processus de la mort, de gré ou de force, l’humanité est menacée de toutes parts et elle périra suivant trois causes, entre autres possibilités.

La première, tu l’as montré dans ton To Eskaton.

Comment le sais-tu ?

-En face de moi, ta personne ne contient aucun secret qui puisse échapper à ma perception.

Il me regarda fixement pendant un certain temps avant d’ajouter :

En ce qui concerne les deux autres risques que l’Humanité fait courir à elle-même, je me contenterai de les indiquer en passant, car ces événements à venir ne me concernent pas encore sous ma forme de pur être. Ce sont les suivants : d’abord, les manipulations génétiques exposeront, à l’avenir, l’un de leurs produits à une conduction virale.

Des chercheurs de l’ancienne Union Soviétique ont même soutenu, en leur temps, qu’un laboratoire privé de recherches de l’Ouest aurait laissé échapper le virus mutant du SIDA pour des raisons mercantiles.

Il y en aura d’autres et d’autres encore, comme si votre espèce cherchait à se nuire elle-même ou à éliminer de la vie certains hommes parmi vous…Le virus dont je t’annonce l’arrivée prendra, dans l’organisme humain, la forme d’un monstre tueur. Ceci se fera à l’insu des chercheurs, qui sont tout entiers engagés dans une logique d’activité et de fonctionnement dont le sens leur échappe désormais. Ce « monstre tueur », sous forme virale, contaminera des chercheurs qui en deviendront, malgré eux, les vecteurs de l’expansion de ce virus. Les transports aériens feraient le reste pour le propager sur tous les continents. Alors, aucune vie humaine ne sera épargnée sur terre ; d’autant plus que toute la science de ton espèce réunie ne pourra lutter contre lui, et que son mode de contamination sera également inconnu. Il passera, en maître, des uns aux autres de façon invisible, toujours à leur insu.

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     Ensuite, parmi les fins possibles (je te dis possibles parce que vous courrez tous les risques que je te révèle ici) de la vie humaine sur terre, la plus redoutable pour ceux d’entre les hommes qui auraient encore l’existence terrestre en partage, sera le brouillard. Ce sera pire que tout ce que vous avez connu jusquelà, quand le temps viendra. En effet, des nuages denses couvriront le ciel au-dessus de vos têtes, empêchant ainsi les rayons du soleil de pénétrer jusqu’au sol. Les survivants auront l’impression que votre étoile se serait éteinte, alors qu’il n’en est rien. Personne ne verra son prochain à deux mètres de lui. Alors, l’effroi entrera dans le coeur de ces survivants de l’humanité et les poussera à s’entretuer sans répit ni pitié. Hagards et errant sur toute la surface de la terre, poussés par le hasard comme pour survivre, la proximité de deux individus sera le signe de leur mort. Ceux qui seraient épargnés des coups mortels mourront soit de faim et de soif, soit se briseront contre des obstacles, soit périront de froid, soit se noieront dans les eaux glaciales. Plusieurs siècles seront nécessaires pour dissiper ces mers de nuages épais au-dessus de la terre, fruit de l’intelligence humaine. Seuls survivront les animaux aquatiques des profondeurs des océans. Mais auparavant, les zones de la terre, que vous appelez aujourd’hui Tiers-Monde ou pays du Sud, deviendront les seuls oekoumènes  appropriées à la vie humaine.

       Pendant qu’il semblait se recueillir, je brûlais d’impatience d’entendre la suite de ce qu’il disait, même si ses propos étaient gravissimes quant au devenir de mon espèce.

Le dernier risque, dit-il, est de même nature que le précédent : vos machines volantes ramèneront de l’une des planètes du système solaire des roches pour les étudier. En réalité, la matière de chacune de ces sphères a une singularité par la structure propre de ses substances chimiques. La matière vit, il ne faut pas l’oublier ; il n’y a pas de matière inerte. Cette exo-matière est, par conséquent, incompatible avec les éléments qui composent et font fonctionner la vie sur terre selon ses modes d’être spécifiques. Au contact des molécules contenues dans le souffle, cette matière étrangère se transformera immédiatement et prendra possession du vivant. En peu de temps, l’individu contaminé sera étouffé et la mort s’ensuivra. Comme les hommes n’auraient pas la maîtrise de ses lois ou de sa logique de fonctionnement, cette matière s’emparera de tout ce qui respire pour s’y loger et le détruire. Les parasites, ainsi nommés par les codes de votre langage, et suivant la dimension du corps-sensation, qui prennent possession du corps d’un vivant, par exemple les poux, les acariens n’agissent pas selon le bien ou le mal. Ils se contentent de vivre suivant leur propre modalité de vivants. Le corps des autres est le lieu de leur vie, sans lequel ils seraient condamnés à disparaître. Tel sera le cas de ces phénomènes extra-terrestres auxquels votre curiosité donnera jour et qui vous suppléeront sur cette planète après vous avoir exterminés.

Ce ne sont donc pas des extra-terrestres qui viendraient exterminer l’espèce humaine pour prendre possession de la plus belle planète du système solaire ?

Lesquels ? Car il y en a une quantité innombrable. Leur nombre est incalculable, selon vos moyens, dans votre propre galaxie, à plus forte raison, dans votre univers ; sans compter tous les cosmos possibles et innombrables dont je t’ai parlé en partie seulement. Que voulez-vous qu’ils viennent faire ici ? Si, par malheur, quelques catégories de vivants extra-terrestres, comme vous dites-vous les appelez ainsi parce que vous croyez être le centre du monde- venaient à passer sur votre terre, vous risqueriez de les affronter avec vos moyens insignifiants, vos instruments de mort dérisoires par rapport à leur génie propre qui surpasse infiniment le vôtre. Comme vous êtes d’un superbe orgueil, d’une nature vaine, vous n’iriez pas au devant d’eux dans un esprit de bienveillance et de paix.

     Vous voudriez faire la guerre, comme un enfant qui gonfle ses muscles chétifs pour manifester sa force censée égale à celle de son père, et vous seriez aussi exterminés. Les extra- terrestres sont bien là où ils sont, comme tous les autres êtres dans leur dimension propre, sauf vous en ce lieu. Ils roulent dans leur cosmos, selon les dimensions qui leur sont propres et leur modalité de vie. Ils n’ont guère besoin de vous, ni vous de ces derniers. C’est vous qui rêvez d’eux ; et vous voudriez même les voir, comme si vous étiez en mesure de supporter leur face, si l’opportunité vous en était donnée. Cependant, vous ignorez que vous êtes vus de tous les côtés à votre insu. Vos sens, autant que tous vos autres moyens de connaissance vous limitent de toutes parts et vous adaptent parfaitement aux conditions de vie sur cette terre, aux confins de ce coin du ciel. D’ailleurs, ces êtres sont infiniment plus intelligents et plus sages que vous. Et leur technologie est aussi infiniment supérieure à la vôtre ; la preuve : certains d’entre eux sont déjà au milieu de vous, depuis bien longtemps, vous observent, vous étudient, mais vous ne pouvez les voir. C’est ce qui explique qu’il vous est même impossible de croire aucunement en leur présence parmi vous.

     Donc, contentez-vous d’être à votre place. Aimez-vous vous-mêmes, prenez du plaisir à votre existence. Votre vie est unique et elle est brève, trop éphémère. Mais elle est belle et les sens du corps vous procurent des joies immenses, innommables même, qu’on ne peut éprouver sous d’autres modalités. C’est ce qui accorde une valeur inestimable à votre corps-sensation, source de joies infinies éprouvées, intensément vécues dans l’instant de leur mise en branle.

Mais, trêve d’éloges du corps-sensation. Regarde plutôt ce paysage… »

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In Pierre Bamony : Les amours brisées d’un philosophe africain des Lumières (Roman historique, Mon Petit Editeur, Paris 2009)

II- DES MORTS CULTURELLES SPATIO-PARTIELLES

« Usure, Usure-Temporalité ou dynamique Hébreu-pharaon et son corollaire la Raison mécaniciste et Néantité constituent, ensemble, une trinité symbolique d’un cercle qui condamne la vie sur terre, surtout celle des hommes, à la vanité, à un élan désespéré, c’est-à-dire, en définitive, à la Mort. Dans cette perspective, la vie nous apparaît comme une force inutile, une activité absurde à laquelle l’homme tente de donner un sens. Ce faisant, il oublie qu’il s’agit, dans le fond, de combler le hiatus, l’inhérence creuse de son propre être. Mais, cette tentative est vaine, parce qu’en son inauguration même, la vie était vouée à l’échec. Car 1a vie, en l’occurrence, celle de l’espèce humaine, a surgi en ce monde comme par accident -ce qui, d’ailleurs, ponctuellement, hic et nunc, lui confère son incommensurable plénitude- mais sans lendemain. Le seul qui lui est propre et qui lui appartienne s’inscrit dans les horizons du moment.

   En effet, l’histoire de la vie et, singulièrement, celle de l’homme, eu égard à une durée sans signification, à une matière sans histoire inhérente propre, est absolument insignifiante. L’origine possible de l’Univers donne le tournis à notre débile raison dès lors qu’on en parle en termes de milliards d’années. Les sciences de la vie et de la matière semblent confirmer notre vision des choses lorsque nous affirmons que la vie humaine, notamment, est une énergie condamnée, dès son origine, à la mort. Un bref aperçu de sa durée et le mouvement mortifère actuel justifient cette perspective.

   Selon Albert Jacquard « il y a trois milliards et demi d’années apparaissent les premières cellules dotées d’une molécule d’A.D.N.: grâce à laquelle elles possèdent le pouvoir de se reproduire; le chromosome supportant cet A.D.N. est libre dans la cellule. Tel est le cas des bactéries, des virus, des algues bleues; ce sont des procaryotes.

   Deux milliards d’années plus tard, apparaissent les premières cellules eucaryotes…

Le grand événement se produit avec la réalisation d’êtres multicellulaires il y a sept cents ou huit cents millions d’années (c’est-à-dire au début du cinquième de l’histoire de la vie).

Les premiers poissons apparaissent il y a cinq cent millions d’années.

Enfin, il y a seulement (1) cinq ou six millions d’années, une branche des primates se détache, acquiert des propriétés spécifiques, évolue et aboutit, tout récemment, il y a cent ou deux cent mille ans, à homo, dit sapiens. »[1]

   Aussi loin qu’on peut remonter dans leur passé, ce qui caractérisait les hommes, selon la manière dont ils s’inséraient dans les limites d’un temps historique, a toujours été la multiplicité de leurs cultures, dans leur irréductible diversité et différence. Leur histoire obéissait plutôt à un mouvement concentrique ou homocentrique. L’image d’une ondulation provoquée par le jet d’un objet à la surface d’un étang limitée de toutes parts par la terre ferme et dessinant des sphères, des cercles ou des courbes concentriques qui vont s’échouer sur les berges, traduit bien l’histoire homocentrique des sociétés humaines telle, peut-être, que la Nature elle-même l’avait instituée ou voulue. S’il en était autrement, nous n’aurions guère, dans le temps du monde ou de la terre, autant de dissemblances ; il y ­aurait une même espèce humaine semblable à tous points de vue, ayant la même culture. Peut-être la Nature a-t-elle voulu éviter à elle-même cette homogénéité, facteur possible d’ennui, de routine. Bien au contraire, par nuances et par de petites touches, elle compose, suite à de multiples essais, sans doute, une superbe mosaïque d’hommes et de cultures en voie de disparition.

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     L’évolution dont on parle tant aujourd’hui, avait un sens conforme à la détermination même de la vie : naissance, nécessité de nutrition et donc d’organisation communautaire autour d’un projet, le travail. Mais le développement impliquait les diverses mutations individuelles ou collectives, au niveau de l’éthique ou de la morale, des arts, des échanges; en d’autres termes, mutations de l’être, de l’exister et de l’apparaître d’une société ou d’un ensemble de sociétés données. Une telle insertion temporelle comportait naturellement les générations continues, les décadences et les fins particulières de ces sociétés. La providence avait, pour ainsi dire, dans une telle logique d’historicité authentique, inscrit au coeur de leur durée particulière, de leur destinée finie, une certaine intemporalité de leurs totalités constitutives. Leur durée, certes circonscrite dans les horizons du moment, comme l’onde à la surface de l’eau se propage vers la berge et donc vers son échec, s’appréhendait sous l’angle de l’intensité de la vie. L’onde suit son mouvement tout simplement, autant qu’il durera ; la vie est ; vivre c’est être en son sein, une fois le processus de la génération achevée.

       Ainsi en était-il des sociétés humaines surgies comme la vie elle-même dans et par le temps, à l’abri d’une mort irréversible, certes, immédiate par l’évanescence des vies particulières, mais lointaine quant à la vie des sociétés elles­-mêmes, des communautés ou de l’ensemble des groupes compris dans l’espace de ces sphères, de cette ride vitale.

     Cette rupture avec une histoire homocentrique, particulière, diverse des multiples sociétés, s’est opérée avec l’avènement d’un phénomène unique dans le cours du temps du monde : la manifestation de l’Usure-Temporalité sous sa figure humaine d’Hébreu-Pharaon. Cette rupture est en même temps l’ouverture artificielle, fictive au Néant réalisée par ce principe. Le temps lui-même est subverti en tant que pure illusion ayant comme nature immanente essentielle, un avenir, un futur ouvert comme projet, sensé, directionnel de l’Humanité en sa totalité. On introduit dans la vie ce qu’elle même n’avait guère envisagé. Une telle immanence nous paraît une pure illusion. Elle fait penser à quelqu’un qui courrait après son ombre, voulant saisir l’insaisissable fantomatique.

   En effet, la subversion du temps réside en ce qu’il apparaît comme un vecteur orienté dans un sens supposé et non défini. Même dans la conception du temps comme devenir des philosophes grecs, il y a absence d’un temps orienté. Le devenir n’est pas défini. Il est seulement perçu comme mouvement absurde. A la limite, la seule motion qui lui est attribuée, c’est justement celle de la corruption. En devenant, à la manière du changement que le temps opère dans le vivant, ce temps pèche contre l’Etre en acheminant toute chose vers son terme, en l’occurrence, la mort. C’est dans ce sens que Platon affirme que le temps est l’image mouvante d’une éternité qui est, par essence, immobile, permanente. Ainsi, cette conception du temps linéaire, vecteur orienté vers une finalité non sous-jacente mais imaginée, supposée, relève d’une pure fiction mathématique qui subvertit les choses. Elle s’inscrit dans la logique même d’Hébreu­Pharaon, falsificateur par excellence et générateur d’ailleurs fictifs.

     Dès lors, ce sens extrinsèque au temps a toute l’apparence d’une évolution elle-même perçue comme une suite accumulative de transformations en vertu de ce même sens imaginaire. Dans cette perspective, l’histoire de l’humanité, en sa totalité – ce qui suppose niés le multiple culturel, les humanités particulières irréfragables – impliquerait l’idée d’une loi d’évolution. Celle-ci contiendrait des changements (qualitatifs ou quantitatifs ? ). Elle aurait une série d’étapes que franchirait cette humanité dans son devenir conçu de façon linéaire et dont on suppose qu’on pourrait assigner d’avance la succession. Ainsi, l’histoire s’écrit au futur à partir d’un présent qui donne sens à ce dernier. L’homme ou son histoire deviennent désormais lisibles, absolument transparents. Il est en progrès historiquement ; il est tension vers. Mais, vers quoi ? Vers la vie (et quelle vie ? ) ou vers la mort ?

     On comprend aisément que des auteurs, comme Edmund Burke et W. Rehberg, contemporains de Kant, voire plus tard Joseph de Maistre, aient vivement critiqué la conception kantienne de l’homme -le genre ou l’espèce humaine- dans son Idée d’une Histoire universelle au point de vue cosmopolitique. Tous se fondent, avec raison d’ailleurs, sur les folies de l’homme dans l’histoire pour rejeter la confiance dans le progrès de l’humaine raison (« Les Lumières ») et ne compter que sur la tradition et Dieu. La conception de l’histoire en tant que devenir orienté du temps des hommes et réalisation progressive d’une destination morale de l’humanité leur paraît l’expression achevée de l’arrogance d’une espèce rendue ivre d’elle-même par sa rupture avec des absolus séculaires qui avaient fait leur preuve. Pourquoi attendre de l’avenir d’une pareille espèce mieux que des acquis du passé ? Car, malheureusement, on doit se rendre à l’évidence que l’homme n’est pas perfectible : sa débile raison sera toujours tentée de se mettre au service des passions. Alors, il convient, non de déchaîner sa liberté, mais de chercher à la juguler, par un pouvoir, si besoin est, autoritaire. Toutefois, nous prenons nos distances par rapport aux dernières conclusions de ces auteurs.

     Le progrès de l’homme – l’Humanité dans sa totalité historiciste- obéit à une marche en avant ; il est mouvement dans une direction supposée définie. Mais quel sens donne-t-on à cette définition du progrès ? N’a-t-on pas oublié ou – à tout le moins ne trompe-t-on pas le monde entier sur ce point ? – que le progrès indéfini est une pure illusion mathématique, vraie pour les nombres et absolument insensée ou fausse pour ce qui est de l’être de l’homme et de son devenir ?

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   Supposons que le progrès soit perçu, voire défini comme une transformation lente ou rapide du moins bien (à définir) au mieux : quelle est exactement la nature de ce mieux ? Si on ne veut pas réduire le progrès aux innovations technologiques et techniques indéfinies, donc à ses aspects les plus matériels et les plus mécaniques, la nature du progrès devient problématique. En effet, la possession de la plus belle voiture, du dernier modèle de télévision ou de magnétoscope, d’une chaine hi-fi sophistiquée me comble-t-elle pour autant d’un bonheur incommensurable ? Ces objets matériels sont-ils capables de me guérir de mon mal-être existentiel ? De créer en moi le moindre sentiment d’amour ? Une telle acquisition me dispose-t-elle à une meilleure éthique susceptible de me convertir en bien et de me conférer la vertu de la bienveillance envers autrui ?

     Certes, il y a des nuances remarquables au niveau de la morale ou de l’éthique ; ou encore, des lumières de l’esprit qui auraient pu permettre une meilleure compréhension de l’autre. Si les conversions qualitatives de la personne humaine, de sa conscience se rencontrent parmi des individus aujourd’hui, globalement, l’homme contemporain n’a guère changé en mieux moralement malgré le fameux progrès qui reste indéfini. Rien n’indique que le Français, l’Anglais, l’Africain noir ou blanc ait progressé moralement par rapport à celui d’hier. Le sens de la solidarité, de l’humanitaire, de la bienveillance envers Autrui ou le lointain se rencontrait parmi des hommes aux siècles passés.

   Il est vrai qu’à la veille du XXI° siècle (ce livre a été publié en 2000), on se rencontre plus facilement qu’hier. Mais, ces occurrences n’ont pas pour autant amélioré la qualité des rapports mutuels de façon générale ni adouci les moeurs. Hormis les expériences profondes de l’amitié par-delà les frontières ou barrières culturelles, celles de la pigmentation de la peau des hommes, on doit reconnaitre que rien n’a changé. Mieux, l’impulsion de la vie, par le biais de l’amour, fait échec, en tout temps et en tout lieux à celles-là.

     Les Hommes, quels qu’ils soient et quelque continent qu’ils habitent, sont toujours aussi peu disposés à s’accepter, à coïncider les uns avec les autres, à vivre pleinement leurs mutuelles relations sous l’angle des valeurs ; et donc à alléger le poids de leurs conflits, agressivité et haine. Bien au contraire, en devenant banal, l’homme tend à perdre le mystère constitutif de sa personne qui invite à inaugurer des relations toujours nouvelles, un chemin vers cet inconnu qui fait la beauté de son être toujours en retrait par rapport à son paraître, à la révélation épiphénoménale de cet essentiel intérieur. Malgré le développement des sciences, humaines en particulier, d’une certaine ouverture des mentalités, l’homme continue à agir comme si les siècles qui passent et semblent l’élever ou le faire progresser n’avaient aucun effet sur le joug de la bête immonde tapie dans les entrailles ou les profondeurs de sa nature et de la nuit de celle-­ci.

     En effet, on tue toujours autant, on viole, on torture et on peaufine les formes de celle-ci pour faire souffrir plus intensément encore. La guerre, sous toutes ses formes (civile, religieuse, peuples belligérants, les particuliers entre eux dans les grandes villes etc. ) est constante et toujours menaçante de dérives vers des aspects extrêmes. Et pourtant, nous sommes supposés vivre dans le siècle le plus évolué et de plein progrès. A ce niveau, le citadin n’est pas mieux ou pire que l’homme des bois s’il en existe. La différence réside seulement en ce que le premier se gargarise d’un mot vain, se croit meilleur au sens d’humanité achevée ; bref, il pense qu’il a évolué et qu’il est en constant progrès. Le second vit et assume pleinement sa vie : il n’a cure des mots absurdes qui véhiculent des réalités insensées.

     Ainsi, le progrès, comme finalité collective au sens historique de l’humanité entière, qui devrait se manifester par des transformations supposées heureuses des sociétés ou des individus, demeure opaque quant à son sens précis. Quelle signification exacte doit-on donner à ce mot miraculeux ou thaumaturgique ? En outre, il est même difficile, voire impossible de déterminer, de façon claire le sens distinct du mouvement moderne appelé progrès, son objet et sa finalité réels.

       Et pourtant, ce devenir, qualifié de transformation dirigée, c’est-à-dire orienté vers un mieux être en soi indéfini, est au coeur de la problématique de conquête et du mouvement dynamique d’Hébreu-Pharaon. Ce principe finit, au bout de mille ans seulement d’histoire universelle au niveau du globe terrestre, par orienter les humanités elles-mêmes dans une direction à l’horizon de laquelle se tient la Mort ou Néantité. Pour atteindre le progrès qui est une pure illusion en soi dès lors qu’il est dénué d’objet et de sens précis, les humanités sont réduites à une même Humanité ; le multiple culturel est ramené à la Culture ou à la Civilisation en tant qu’elle est, dans son principe et son devenir, accumulation homogène.

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       Cependant, on devrait savoir qu’une histoire vectorielle, négatrice des histoires particulières et multiples, lesquelles sont plus conformes au Réel et à la Vie, est essentiellement mortifère. C’est dans ce sens qu’il est urgent pour chaque être humain, dès lors que chacun est concerné, de quelque façon, par le devenir actuel, de contribuer, à sa manière, à l’éveil des consciences au mouvement mortifère aveugle qui nous emporte tous en nous fascinant par son pouvoir et ses charmes aveuglants. Nous devons tous avoir à coeur de clamer haut : tous les aliénés de la Terre, réveillez-vous ! Prenez les armes de la conscience critique contre la dynamique mortifère de la Raison mécaniciste aveugle, trafiquante, mercantile, pourvoyeuse d’illusions et de mirages. Car elle nous pousse et nous accule à l’océan de la mort prochaine ; et aujourd’hui au statut du moins que rien, ou de simple moyen instrumental de production de la chose financière. Même vivants, nous n’existons pas ; nous sommes comme morts parce qu’elle a troqué (marchandisé même notre âme) notre humanité, nos vertus spirituelles contre l’esprit mercantile supposé la figure même du progrès de l’Humanité. Car, et c’est fort dommage pour notre espèce en sa totalité, il n’y a pas de progrès de l’Humanité. Il y a seulement une Humanité qui vit et existe en vertu d’un temps dont la durée est toujours intrinsèquement déterminée. Malheureusement, pour nous, vivants singuliers ou civilisations humaines particulières et générales, la pointe de la courbe est indépassable comme si la Providence a, pour ainsi dire, fixé définitivement le terme de notre croissance en la Nature.

       En effet, les transformations physiques irréversibles opérées par l’usure, sont essentiellement caractérisées par le progrès de l’homogène. En physique, on parle de l’égalisation spontanée des pressions, des températures, des potentiels qui acheminent à ou sont facteurs d’entropie. En ce sens, l’homogénéité universelle à laquelle nous assistons aujourd’hui, loin de nous conduire au progrès, c’est-à-dire vers le plus de vie, nous achemine au contraire à l’entropie culturelle, humaine en un mot, à la Néantité définitive de l’espèce humaine sur cette terre et, peut-être aussi, de toute forme de vie.

         Une telle vision des choses s’oppose à et contredit la thèse de Spencer au sujet de sa notion d’évolution. Celle-ci serait, selon lui, un progrès de l’homogène, par la différenciation, vers l’intégration ou l’hétérogène et l’individualisation. Le passage de l’hétérogène à l’homogène nous parait complètement erroné. Même au niveau du processus vital, le devenir ou la transformation cellulaire, une telle conception ne se justifie pas. Appliquée au mouvement intérieur et extérieur des sociétés, elle conduit simplement à la totalité comme négation du dissemblable, de la différence. Ceci est contraire à la vie qui nie l’homogène, lui fait absolument et constamment la chasse comme phénomène de mort. La seule nuance qu’on peut apporter sur ce point est la suivante : l’évolution, c’est-à-dire l’histoire de l’Humanité universelle d’aujourd’hui, serait alors le développement d’un principe interne mortifère, Hébreu-Pharaon, qui, d’abord, latent à travers l’histoire particulière des humanités singulières et dissemblables, s’actualise peu à peu et finit par devenir aujourd’hui manifeste en son essence « thanatotique ». Dès lors, la pensée de l’Etre, devient la pensée de l’étant « thanatotique », de la néantité en son être absolu.

     Ce que nous inspire ce monde dont le destin est désormais clair, c’est-à-dire scellé par et dans la mort de l’humanité en sa totalité, est l’image suivante : un cavalier solitaire qui éperonne son cheval à toute vitesse, dans une plaine unie, au crépuscule, vers le feu rougeoyant d’un immense soleil couchant. Il a l’illusion qu’il l’atteindrait comme pour l’arrêter ou pour le toucher, voire le prendre avant qu’il ne s’abime derrière les horizons illimités de l’espace. Tout occupé à activer son cheval, il ne réalise guère que déjà, l’ombre de la nuit le couvre de sa densité et de son épaisseur et l’avale ainsi comme par enchantement. Dans ce tableau, la Vie symbolise ce soleil fuyant, cette beauté crépusculaire évanescente ; la mort a, ici, le visage de la nuit profonde ; le cheval est le temps que l’Homme ou l’Humanité universalisée, homogénéisée dans l’orbis occidentalis, son cavalier, conduit vivement vers la Mort ou Néantité, vers la fin de la Vie.

       Cette perspective ou position est-elle la révélation de la disparition de l’espèce humaine de la surface de la terre ? Telle qu’elle est envisagée ici, la mort de l’homme est-elle une fatalité ou une simple possibilité ? Dans l’absolu, elle demeure irréfragable.

     Mais, relativement, elle se conçoit sous l’angle seulement de la possibilité dans les futurs immédiats, les siècles à venir ; à moins que le cavalier ne ralentisse la course folle de son cheval, pour attendre l’aube, annonce et signe d’une temporalité déterminée par la Vie, c’est-à-dire constitutive de futurs lointains. »

In Pierre Isso-Amien BAMONY

TO ESKHATON, LE TRIANGLE DE LA MORT (Thot, Grenoble, 2000)

[1] Les hommes et leurs gènes, Paris, Flammarion, Coll. Dominos, P.P.70-71, 1944

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