La suprématie des forces de l’esprit ou science mentalique sur la puissance physique ou militaire

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 Les forces de l’esprit ou science neuronique dans la Fondation

       Isaac Asimov : Terre et Fondation Tome V

I- Les raisons apparentes d’un exil

         Le quatrième volume du cycle de Fondation d’Isaac Asimov s’intitule Fondation foudroyée. Au regard de l’hyper puissance physique de la Première Fondation et des forces inouïes de la psycho histoire de la Seconde, on pourrait s’attendre à une espèce de cataclysmes intergalactiques. Or, l’auteur nous conduit à une toute autre fin ; plus subtile, plus pacifique et plus inattendue. En effet, les deux Fondations avaient atteint des sommets dans leurs sciences et leurs forces respectives. Et puisque ni l’une ni l’autre ne désirait être souveraine chez soi et assumer l’égalité dans la vaste Galaxie, les deux Fondations se sont engagées dans la domination suprême de l’une sur l’autre ; pire, dans la destruction de l’une ou de l’autre afin qu’une seule puisse assurer le règne du Empire galactique.

   Le quatrième volume s’ouvre sur un conflit doctrinal entre le jeune et intuitif conseiller, Golan Trevize, et Madame le maire Harlan Branno. De quoi s’agit-il ? Golan Trevize ne peut concevoir que le plan Hari Seldon conçu depuis le début de l’histoire galactique, c’est-à-dire soit précisément depuis le début de l’expansion de l’espèce humaine dans toute la Galaxie, soit encore en mesure, après tant de siècles, d’être aussi précis dans la prévision du déroulement des événements humains. Après chaque apparition de ce grand savant sous forme d’hologramme, il est toujours en mesure de révéler comment les choses se passeraient dans l’ensemble au cours des temps à venir ; voire d’en apporter des corrections, s’il y a lieu, de telle sorte que le cours de la psycho histoire ne soit pas déviant. C’est pourquoi, les membres de la Première Fondation, instruits dans la science du Plan Seldon travaillent dans le sens des corrections de celui-ci, de sorte qu’ils suivent toujours la logique de son cours. C’est cette logique si précise dans la prévision ou la prédiction des événements futurs proches et lointains qui pose un réel problème à la raison de Trevize. Selon lui, ou bien il y a une manipulation des données de ce Plan, ou bien il est trop parfait. Ainsi, les Premiers Fondateurs, ayant voué un culte à la véridicité de ce plan, en sont venus à le considérer comme un dogme, une doctrine quasi religieuse par rapport à laquelle on ne transige pas. Or, Madame le maire Branno étant elle-même dans une telle posture mentale, ne peut souffrir les doutes de ce jeune conseiller intrépide, bouillant et quelque peu arrogant en raison de son don d’intuition qui, dans un raisonnement, une analyse lui permet de parvenir très rapidement à des conclusions exactes, précises, voire irréfutables.

   Pour éviter, soit de le mettre en prison, soit de le tuer, Madame le Maire propose à Golan Trevize une seule solution : l’exil forcé, avec le secret espoir qu’il ne puisse jamais revenir sur Terminus pour troubler la tranquillité de son règne. Elle lui confie la mission, hautement difficile et improbable, de trouver la Terre dont les traces des coordonnées ont totalement disparu des bibliothèques des diverses planètes habitées par des hommes sous la domination des Premiers Fondateurs. Pour accomplir cette mission, elle lui destine un croiseur de poche du tout dernier modèle, L’étoile-lointaine, au pilotage automatique, totalement informatisé, mais désarmée. Dans cette mission, Madame le Maire lui impose la compagnie du professeur Janov Pelorat, rat de bibliothèque et éminent savant, et même érudit des sciences des Antiquités. La mission de ce dernier est de pouvoir consulter les archives de l’immense et riche bibliothèque de Trantor afin de trouver des traces des coordonnées pouvant permettre de situer la Terre dans la Galaxie. Cependant, pour ne pas perdre de vue les chemins de traverse du Conseiller Golan Trevize, Harlan Branno pris soin de le faire suivre par un autre croiseur de poche aussi performant que L’étoile-lointaine. Celui-ci est piloté par Compor, l’ami de Golan Trevize qui l’a trahi en le vendant à Madame le Maire Branno. Compor est chargé de jouer le rôle d’espion, à l’insu de son ami, en suivant les traces de son croiseur, L’étoile-lointaine, aussi longtemps et aussi loin que possible.

   Le Professeur Pelorat, qui avait passé le plus clair de son existence dans les bibliothèques de Terminus, enquête de la résolution d’énigmes ou du déchiffrage des contes, des légendes et des énigmes de l’histoire ancienne, était tout heureux de se rendre sur Trantor. C’est ce que le Maire lui avait laissé entendre. Or, une fois dans les espaces lointains de Terminus, Trevize lui fait comprendre que sa destination, sa mission même est de trouver la Terre, lieu d’origine de la seule espèce intelligente de toute la Galaxie. Or, tout le monde était fasciné par les fastes d’antan de cette ville unique par sa splendeur, sa grandeur comme se plaît à le décrire Asimov : « Trantor !

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   Huit mille ans durant, Trantor avait été la capitale de la plus vaste et la plus puissante des entités politiques, embrassant une union de systèmes planétaires sans cesse grandissante. Douze mille ans plus tard, c’était devenu la capitale d’une entité politique englobant l’ensemble de la Galaxie. C’était le centre, le coeur, l’épitomé de l’Empire galactique. Il était impossible de penser à l’Empire sans penser à Trantor. L’Empire était déjà en pleine décadence lorsque Trantor avait atteint l’apogée de sa splendeur. En fait, personne alors ne remarqua qu’il avait perdu sa position dominante, effacé qu’il était par l’éclat métalique de Trantor.

   Éclat qui avait atteint son point culminant lorsque la cité avait recouvert toute la planète. On avait alors – autoritairement – limité la population au chiffre quarante-cinq milliards d’âmes, les seuls espaces verts subsistant en surface étant les jardins du palais impérial et le complexe université/bibliothèque.

     La surface entière de Trantor était recouverte de métal. Ses déserts comme ses zones fertiles avaient été engloutis pour être convertis en taupinières humaines, en jungles de bureaux, en complexes informatiques, en vastes entrepôts de vivres et de pièces détachées ; ses chaînes de montagnes rasées, ses gouffres comblés. Les corridors sans fin de la cité creusaient le plateau continental et les océans avaient été convertis en gigantesques réservoirs souterrains pour l’aquiculture qui était devenue la seule (et bien insuffisante) ressource locale en nourriture et en sels minéraux.

   Ses échanges avec les mondes extérieurs – grâce auxquels Trantor obtenait les matières premières qui lui faisaient défaut – étaient tributaires de ses mille spatioports, de ses dix mille vaisseaux de guerre, ses cent mille vaisseaux de commerce, son million de cargos spatiaux.

     Aucune cité de cette échelle ne pratiquait aussi strictement le recyclage. Aucune planète de la Galaxie n’avait fait un aussi large emploi de l’énergie solaire ni n’était allée aussi loin dans l’élimination des excédents de chaleur. Des radiateurs scintillants se déployaient jusque dans les couches raréfiées de la haute atmosphère sur la face nocturne, pour se rétracter à mesure que progressait le jour. Ainsi Trantor arborait-elle en permanence une asymétrie artificielle qui était presque le symbole de la planète.

   À son apogée, Trantor avait dirigé l’Empire !

     Elle le dirigeait tant bien que mal mais rien n’aurait pu le diriger convenablement. L’Empire était bien trop vaste pour être gouverné depuis une planète unique même sous la férule du plus dynamique des empereurs. Comment Trantor aurait-elle pu le gouverner mieux quand, en pleine décadence, la couronne impériale se voyait marchandée par des politiciens retors ou des imbéciles incompétents, tandis que la bureaucratie était devenue l’école de la corruption ?

   Mais même aux plus sombres moments, toute cette pesante machinerie gardait une certaine valeur en soi. L’Empire galactique n’aurait pu fonctionner sans Trantor.

     Il s’effritait régulièrement mais aussi longtemps que Trantor restait Trantor, subsistait un noyau d’Empire, maintenant toutes les apparences de la gloire, de la pérennité, de la tradition, du pouvoir – et de l’exaltation …

     Ce ne fut que lorsque l’impensable arriva, la chute de Trantor et sa mise à sac ; la mort pour des millions de ses citoyens et la famine pour des milliards d’autres ; la destruction de son épaisse carapace métallique, déchirée, perforée, fondue, sous les coups de la flotte « barbare» -, ce fut à ce moment seulement que l’Empire voulut bien admettre sa chute. Les survivants d’une planète jadis imposante achevèrent de détruire ce qui avait pu subsister et, en l’espace d’une génération, Trantor, qui avait été la plus grande planète qu’eût jamais connue la race humaine, n’était plus devenue qu’un inconcevable amas de ruines.

     Tout cela remontait à deux siècles et demi. Mais dans le reste de la Galaxie, on n’avait toujours pas oublié la Trantor d’avant. Elle continuerait de vivre éternellement, site de choix des romans historiques, symbole éternel ou souvenir du passé, et nom qui revenait sans cesse dans des expressions telles que : «Tous les astronefs atterrissent à Trantor », «Plus long que de chercher quelqu’un à Trantor », ou «Entre ça et Trantor, il y a un monde » (p.p.125-126).

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     Ainsi, Trantor, qui était la splendeur de toute la Galaxie, à la suite de sa décadence, de sa ruine et de la perte de sa grandeur d’autrefois, n’était plus qu’un lointain souvenir de ce passé glorieux. La description qu’en a donné Asimov en est la fidèle image. Les Trantoriens contemporains appellent désormais leur planète « Choyé », une déformation dialectale du terme « Foyer » utilisé en galactique classique. C’est dans ces ruines que la Seconde Fondation a trouvé le moyen de se nicher et de continuer à développer sa science mentale. A l’instar des joutes et des batailles que se livrent des hommes et des femmes dans la Première Fondation sur Terminus pour accéder au pouvoir, la lutte pour le pouvoir, c’est-à-dire pour occuper le poste de Premier Orateur fait rage au niveau de la Seconde Fondation.

     Or, à ce moment-là, le Grand Orateur Quindor Shandelesse, bien que fort âgé, escompte rester encore à son poste pendant dix ou douze ans. Mais deux adversaires de taille s’affrontent autour de lui pour occuper ce poste. Il s’agit de Stor Gendibal et d’une femme ambitieuse et redoutable, Delora Delarmi. Dans ce contexte, comme si on avait ourdi un complot pour l’éliminer, lors d’une activité physique dans la campagne choyenne, Gendibal eut des heurts avec des paysans choyens qui ont failli le mettre en difficulté malgré son pouvoir mentalique. Mais une paysanne choyenne, du nom de Sura Novi, réussit à calmer les paysans agressifs et, ainsi, à le tirer de ce pétrin. Pour la remercier, Gendibal l’invite à venir éventuellement le voir dans l’enceinte occupée par les chercheurs de la Seconde Fondation ; démarche qu’elle n’a pas hésité à effectuer quelque temps plus tard.

     Or, les Seconds Fondateurs, grâce au secret de leur science mentalique et/ou neuronique, ont su qu’un membre éminent de la Première Fondation, le conseiller Golan Trevize, s’est engagé dans l’espace galactique à la recherche des coordonnées de la Terre pour des raisons qui semblent lui échapper totalement. Dans la confrontation entre Stor Gendibal et Delora Delarmi, celle-ci suggère à son rival, que pour accéder au rang des Grands Orateurs historiques connus, il sied de s’élancer à la poursuite du conseiller Trevize afin de savoir quels sont réellement ses desseins ; dans l’espoir soit qu’il y perde son honneur en cas d’un échec, soit qu’il ne revienne pas de cette aventure à Trantor. Dans ce cas, ou même pendant sa longue absence, elle aurait tout loisir d’inverser le jeu des alliances des Second Fondateurs pour accéder au poste de Première Oratrice. Dans cette perspective, elle réussit à persuader Stor Gendibal d’emmener avec lui la paysanne choyenne, qui était désormais à son service.

     Grâce à la puissance exceptionnelle de son vaisseau, Golan Trevize, avec son compagnon Janov Pelorat, réussit par des sauts successifs et toute en douceur à parcourir des distances galactiques extraordinaires. Il franchit des parsecs sans encombre. Il parvient, ainsi, à atterrir sur Seychelle, une planète très éloignée de Trantor et de Terminus ; mais qui a des liens d’échanges commerciaux avec les Premiers Fondateurs. Seychelle dépend même, en un certain sens, de Terminus. Trevize et son compagnon y découvrent, par hasard, Compor. Celui-ci leur dévoile qu’il a reçu la mission par Madame le Maire de suivre leur trajet où qu’ils aillent. Entre autres révélations, à défaut des coordonnées de la terre, il leur parle de Comporellon, sa planète d’origine, qui aurait des informations sur la Terre, mère et origine de tous les hommes de la galaxie. Trevize et Pelorat apprennent par un savant de Seychelle, l’existence d’une planète singulière et même redoutée : Gaïa. Celle-ci serait la planète d’origine du Mulet dont les pouvoirs mentaliques exceptionnels en dérivent. Car c’est grâce à ceux-ci qu’il avait réussi à dominer toute la Galaxie pendant près de quatre ans jusqu’à sa destruction par une femme de la Seconde Fondation du nom de Bayta Darell.

       Ils apprennent également qu’après plusieurs tentatives des gouvernants de Seychelle de conquérir Gaïa, ou même d’établir des échanges commerciaux avec elle, tout a toujours échoué. D’où une forme de dépendance implicite de Seychelle par rapporta Gaïa. D’où également la peur terrible du petit peuple à l’égard de cette planète considérée par les mythes et les croyances populaires comme un lieu de malédiction ; voire de puissance surnaturelle. Ils apprennent aussi que Gaïa serait peut-être la terre qu’ils recherchent puisque ce serait une appellation similaire à la Terre. Cependant, si tel n’est pas le cas, ils pourraient y trouver des traces des coordonnées de celle-ci.

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II- De la raison effective et sous-jacente de l’exil de Golan Trevize et de trois actions différentes vers une issue concertée

    Avant de quitter Seychelle, Golan Trevize prit soin d’informer l’ambassadeur de Terminus de sa prochaine destination. Il lui fournit même les coordonnées de cette planète mystérieuse et tant redoutée par le petit peuple de Seychelle. Il l’instruit également Compor, son ami/ennemi, de son itinéraire vers Gaïa. Compor s’empresse alors d’en informer Harlan Branno, Maire et autorité souveraine de Terminus. Aussitôt, celle-ci, sans en aviser les instances institutionnelles de Terminus, partie prenante dans une décision engageant le destin du Terminus, entreprend, avec l’équipe dirigeante à sa botte, de rassembler et d’engager une flotte de vaisseaux superpuissants en direction de Seychelle. Or, Compor était, à l’insu des autorités politiques de Terminus, en lien avec le Second fondateur et futur Premier Orateur de Trantor, Stor Gendibal. Il l’informe des initiatives de Golan Trevize et de sa prochaine destination, Gaïa. Puisque le croiseur de poche de Compor, membre de la Première Fondation, est plus performant que le sien, il s’accorde avec lui pour échanger de vaisseau. Gendibal prend le sien pour poursuivre sa route vers les environs de Seychelle.

     Pendant ce temps, Trevize et son compagnon Pelorat avaient pu atteindre Gaïa. Là, les choses ne se passent pas comme ils pouvaient s’y attendre. Leur vaisseau est capturé par une énergie qui a réduit à l’impuissance tout son système de fonctionnement sophistiqué dès qu’ils ont abordé les alentours de Gaïa. Une jeune et belle fille, du nom de Joie, monte à bord de leur vaisseau totalement paralysé. Elle les accompagne jusqu’au Spatioport ; et, de là, jusqu’à la demeure d’un savant du nom de Dom. Celui-ci leur apprend que toutes cette péripétie a été organisées ou ourdie par Gaïa, une planète vivant sous le mode d’un super organisme et dont chaque composante a développé une puissante science mentalique susceptible d’avoir des effets à travers tout l’espace galactique. Tous les éléments de la planète, tous les vivants y compris les hommes eux-mêmes sont en connexion profonde les uns avec les autres continûment. Tout baigne dans l’unité intime de Gaïa. Telle est l’une des descriptions qu’en donne l’auteur de cette fabuleuse œuvre de fiction : « La décision que j’ai prise, expliqua ce dernier. De choisir Gaïa comme futur (remarque Trevize).

-Vous avez eu raison d’agir ainsi », répondit le vieillard, en levant ses yeux ridés, profondément enfoncés, pour considérer avec candeur l’homme de la Fondation, resté debout.

   «C’est vous qui le dites, que j’ai eu raison, observa Trevize non sans impatience.

-Je/nous/Gaïa le savons. C’est ce qui fait votre valeur à nos yeux. Vous avez la capacité de fonder des décisions correctes sur des données incomplètes et vous avez pris votre décision. Vous avez choisi Gaïa ! Vous avez rejeté l’anarchie d’un Empire galactique bâti sur la technologie de la Première Fondation, de même qu’un Empire galactique fondé sur le mentalisme de la Seconde Fondation. Vous avez estimé que ni l’un ni l’autre ne pourrait à long terme être stable. Et vous avez choisi Gaïa.

-Oui, dit Trevize. Exactement ! J’ai choisi Gaïa, un super-organisme ; une planète entière dotée d’un esprit et d’une personnalité propres, de sorte que, la citant, on est forcé d’inventer le pronom “je/nous/ Gaïa” pour exprimer l’inexprimable.» Il faisait les cent pas, incapable de tenir en place. « Et Gaïa doit au bout du compte devenir Galaxia, un super-superorganisme embrassant l’essaim entier de la Voie lactée. »

     Or, cette science qui confine à l’omniscience universelle et spatio-temporelle est résolument tournée vers la paix, l’innocence, la bonne intelligence mutuelle des êtres et de toutes choses, voire vers le respect de la vie de tout ce qui est. L’esprit de Gaïa milite pour la concorde universelle galactique. Gaïa, sachant que Golan Trevize est doué d’une intuition particulière tout en respectant sa liberté de penser, a mis tout en œuvre pour l’attirer sur cette planète.

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III- Le triomphe de la science mentalique et /ou neuronique de Gaïa

    Comme nous le verrons ultérieurement, la science neuronique est la plus puissante arme de défense de soi que la nature ait donné aux vivants. Mais, chez l’être humain, elle gît dans son cerveau à l’état d’inactivité. Autrement, chez tous les autres êtres vivants, elle se manifeste comme une perception supra – sensorielle, c’est-à-dire comme une lecture prédictive des actes à venir. Elle appréhende toute la réalité future et passée dans une sorte de présent éternitaire, comme le Cosmos lui-même, en tant que totalité éternelle, contient tout dans la dimension du présent qui est toujours gros de toutes les potentialités. Chez les hommes, descendants d’Homo sapiens, quand elle se développe ou quand elle a été éveillée, cultivée, réactivée, la science neuronique permet d’accéder à une perception des réalités totales, comprenant le passé, le présent et le futur, en se transformant en conscience-radiante, c’est-à-dire selon l’étymologie même du mot radiant (XIIIe siècle), qui rayonne, brille ou éclaire les phénomènes du type psychique tels que les représentations et/ou pensées, les sentiments, les émotions etc. Ainsi, elle confère la capacité immédiate de savoir ce qu’est un individu, y compris dans et à travers ses virtualités ; Aristote dirait ses potentialités. De même, en tant que perception supra – sensorielle, elle peut ainsi saisir, grâce aux émotions, aux pensées, aux états d’esprit d’un individu, ce qu’il s’apprête à faire, soit ses actions futures ; et s’il y a lieu, il est immédiatement neutralisé ou influencé dans un sens voulu, désiré par celui qui agit de la sorte sur lui. C’est cette science que cultive essentiellement la Seconde Fondation et qui explique sa supériorité sur la Première Fondation. Car la Seconde Fondation perçoit, comme en plein jour (d’où l’efficience et le sens de la conscience-radiante), les intentions et leurs conséquences des actions de la Première. Par exemple, avant même de déclencher une guerre, d’enclencher une arme les Seconds Fondateurs peuvent bloquer leurs initiatives et neutraliser toute action belliqueuse à leur égard. Tel est le sens de ces propos d’un Grand Orateur : « Autrement dit, des hommes ayant une conception fondamentale de la philosophie scientifique entièrement différente de toutes celles que nous connaissons…

   Le moindre petit fragment de phrase prenait aussitôt à leurs yeux la valeur d’une longue déclaration. Un geste, un grommellement, l’expression la plus fugitive – voire un silence judicieusement calculé – pouvaient fournir à ces initiés les informations les plus substantielles

     « Cette faculté psychique, que nous possédons, vous comme moi, n’a rien de particulièrement nouveau. En fait, elle existe à l’état latent dans le cerveau de chaque être humain. La plupart des hommes peuvent lire, plus ou moins grossièrement, les émotions d’autrui en les associant de manière empirique avec les expressions qu’elles suscitent sur le visage de celui qui les ressent, avec les inflexions de sa voix, et ainsi de suite. Bon nombre d’animaux possèdent cette faculté à un degré plus élevé. Ils utilisent, dans une grande mesure, le sens olfactif. Les émotions en question sont, bien entendu, beaucoup moins complexes.

     «En réalité, les humains sont capables de faire beaucoup mieux, mais l’apparition du langage parlé, voici un million d’années, a provoqué l’atrophie du contact émotionnel direct. La Seconde Fondation a eu le grand mérite de ressusciter ce sens oublié et de lui rendre au moins quelques-unes de ses facultés potentielles.

   « Mais il ne connaît pas son plein épanouissement à notre naissance. Une dégénérescence remontant à un million d’années constitue un obstacle de taille. Ce sens, nous devons l’exercer, de même que nous exerçons nos muscles. Or, c’est là que se situe la grande différence entre vous et nous : chez vous, ce sens est inné ».

   Ainsi, la force exceptionnelle des pouvoirs de l’esprit du Mulet venait du caractère inné de sa science neuroniques, à l’instar, mais à un niveau inférieur, de celle de Gaïa. Toutefois, les Seconds Fondateurs percevaient, eux aussi, la sphère de l’esprit du Mulet. Et ils pouvaient ainsi entreprendre de le combattre et de le vaincre comme Bayta Darell l’a fait.

   « Cela, nous avons pu l’établir par le calcul. Nous avons également pu calculer l’effet que produirait la possession d’un tel sens dans une collectivité humaine où cette faculté serait inconnue. Un voyant au royaume des aveugles … Nous avions calculé jusqu’à quel point la mégalomanie s’emparerait de vous et nous avons cru prendre nos mesures en conséquence. Mais nous avions négligé deux facteurs.

     «Le premier, c’est la portée considérable de votre faculté. C’est seulement dans la limite de notre champ visuel que nous pouvons, quant à nous, établir un contact émotionnel, ce qui explique que nous soyons plus désarmés que vous ne pourriez l’imaginer contre les armes physiques. Le sens de la vue joue chez nous un rôle considérable. Il en va pas de même pour vous. Nous savons pertinemment que vous tenez des hommes sous votre coupe mentale et maintenez avec eux un intime contact émotionnel, même lorsqu’ils se trouvent hors de la portée de votre vue ou de votre voix. Cela, nous l’avons découvert trop tard ».

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     Dès lors, Gaïa savait depuis bien longtemps que les deux Fondations, sœurs et ennemies, sont engagées dans une lutte à mort pour le pouvoir galactique exclusif. Pire, elles étaient sur le point de s’affronter ; ce qui aurait risqué de mettre en péril, par la violence du choc, toute la Galaxie. C’est pourquoi, sur Terminus, Gaïa a dû influencer Madame le Maire, Harlan Branno, pour faire en sorte qu’elle contraigne Golan Trevize, à l’exil et à la quête continue de la Terre. Or, en réalité, Branno croyait agir en usant de son libre arbitre, alors qu’elle était déterminée, en dehors de toute prise de conscience lucide, dans un sens fixé par une force qui la dépasse infiniment. Sur Trantor Sura Novi, dont l’esprit est mis au service du pouvoir d’action de Gendibal, est, en réalité, une composante unifiée de Gaïa. Malgré les prétentions de ce dernier dans ses capacités mentaliques à tout dominer, à tout influencer, même de très loin, Novi se contente d’écouter ses discours excessifs sur ses pouvoirs neuroniques également exagérés. Elle prête volontiers son esprit à Gendibal pour surveiller la moindre tentative, même à distance, de l’intrusion d’un autre esprit mentalique sur le sien ; ou tout essai d’influence de son propre esprit par un autre. En fait, sans intervenir directement sur sa conscience, elle oriente sa volonté vers le point de convergence de toutes les forces en présence. En ce lieu, une intercommunication est établie entre tous par la voie et par la voix mentaliques de Gaïa. Avant tout échange verbal, tout le monde se comprend par une espèce de voix intérieure émanée de nulle part.

      Or, Dom, comme on l’a vu auparavant, a fait comprendre Golan Trevize qu’il est la pièce maîtresse sur laquelle Gaïa se repose. En raison de son don d’intuition quasi infaillible, il doit user de son libre arbitre sans influence aucune d’une quelconque force mentalique sur sa liberté de décision. En effet, il est mis devant les choix suivants : il doit appuyer sur un ton de son vaisseau pour signifier son choix. Soit il choisit la Première Fondation, et dans ce cas, avec la dangereuse armada hypersophistiquée dont elle dispose, elle pourrait mettre en péril la survie des planètes de la Galaxie. Soit il choisit la Seconde Fondation, et dans ce cas, il n’y aura jamais de paix, de sérénité à espérer pour la Galaxie. Car il y aura toujours des querelles et des intrigues pour prendre le pouvoir, c’est-à-dire pour s’emparer du poste du Premier Orateur, comme Stor Gendibal s’apprête à le faire à Trantor. La vie de la Seconde Fondation n’est donc pas, malgré les apparences de civilité extrême, une sinécure. Ce sont des forces en confrontation perpétuelle. En outre, elle nourrit toujours, comme la Première Fondation, l’ambition de se dominer l’une l’autre afin de faire advenir le Grand Empire galactique sur lequel l’une ou l’autre compte régner seule à jamais. Soit son choix se porte sur Gaïa, et dans ce cas, l’esprit de Gaïa deviendra celui de Galaxia. Et la paix régnera à jamais sur toutes les planètes et tous les peuples de la Galaxie.

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IV- La collision manquée et l’illusion du triomphe de chaque Fondation : la Fondation foudroyée

     Golan Trevize, après maintes hésitations qui s’expliquent par le fait qu’il veut s’assurer qu’il agit, qu’il décide en toute connaissance de cause – ce qui veut dire qu’il n’est nullement influencé par Gaïa via Novi ou Joie –, choisit le camp/la cause de Gaïa. La confrontation entre les deux Fondations fut ainsi évitée. Dès lors, on assiste à un phénomène curieux. D’une part, Stor Gendibal est assuré d’avoir vaincu les Premiers Fondateurs par ses pouvoirs mentaliques, assistés et soutenus par ceux de la Seconde Fondation sur Trantor. Désormais, il peut rentrer chez lui auréolé d’une gloire qui lui conférera une aura exceptionnelle. D’abord, il figurera dans le rang des Grands Orateurs, qui ont marqué l’histoire de la Galaxie. Il a, ainsi, acquis un statut exceptionnel. Ensuite, en vertu de ces données éclatantes qui l’élèvent au-dessus de tout le monde, sa rivale Delora Delarmi serait contrainte de s’incliner devant lui en lui ouvrant la voie conduisant au poste de Grand Orateur de Trantor. Il accomplirait ainsi son ambition.

       D’autre part, de son côté, Harlan Branno prouve qu’en ayant agi ainsi, c’est-à-dire en étant elle-même présente sur le théâtre d’un événement exceptionnel dans l’histoire de la Première Fondation, elle a eu tout à fait raison par rapport à son équipe fidèle et à ses adversaires qui l’auraient empêchée s’ils avaient été informés de son intention de faire la guerre à la Seconde Fondation pour en finir définitivement avec celle-ci. Car elle est persuadée d’avoir gagné la bataille. Elle aussi peut repartir à Terminus auréolée de gloire militaire. Mieux, elle rentrera chez elle sous les acclamations des foules de Terminus. Ainsi, avec son rang de victorieuse de l’ennemie, elle peut, si elle le désire, briguer encore, pendant plusieurs années, le poste de Maire de Terminus.

     En réalité, nul ne sut ce qui s’est passé effectivement ; ni ce qu’a fait exactement Golan Trevize au cours de ce moment crucial. Nul ne sut qu’une force mentalique supérieure, semblable à celle du Mulet, et plus puissante encore quelle a, seule, pu triompher des intentions, des désirs, des ambitions belliqueuses de l’une et de l’autre Fondation : les forces de l’esprit mentalique de Gaïa, source de paix éternelle dans la Galaxie, expliquent cet état de fait ; et l’illusion de triomphe de l’une e de l’autre Fondation.

V- La quête de la Terre et le dévoilement de l’énigme de cette mystérieuse planète

     Golan Trevize, accompagné de Janov Pelorat et de joie vont poursuivre la recherche du lieu de la Galaxie où se situe la Terre, mère de tous les vivants, de la multitude, de la multiplicité et de la diversité des hommes et des autres espèces vivantes répandus dans et à travers toute la Galaxie. À travers diverses planètes en quête d’indices pouvant aider à situer la Terre, ils connaissent diverses péripéties dont certaines conséquences faillirent leur coûter la vie.

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     Ainsi, sur Comporellon, les autorités faillirent les arrêter. Surtout, elles cherchèrent des prétextes pour tenter de leur ravir leur vaisseau, L’étoile-lointaine. Sur Aurora, par exemple, la planète était peuplée uniquement par des chiens géants et sauvages qui faillirent les dévorer si Joie/Gaïa n’avait usé de son pouvoir mentalique pour les neutraliser l’espace d’un moment. Solaria était habitée par quelques centaines d’individus libres, autonomes et indépendants les uns par rapport aux autres. Ils étaient servis par des robots et ils avaient deux caractéristiques physiologiques : l’une résidait dans leur hermaphrodisme. Ils se considéraient comme des êtres humains complets puisqu’ils s’autofécondaient eux-mêmes. Quant à l’autre singularité, elle consistait dans le fait qu’ils avaient développé un cerveau équipé d’excroissance servant de transducteurs pour se défendre, sans usage d’arme létale ; et pour alimenter en énergie le fonctionnement de leurs robots et de l’éclairage de leurs domaines domestiques.

   En quittant précipitamment cette planète, ils ont emporté un(e) jeune solarien(ne) dont le robot nounou avait été détruit avec les autres et le maître des lieux par l’action de Joie. Elle a, ainsi, empêché ce dernier de les massacrer ou les anéantir, même à distance, par les pouvoirs de son cerveau comprenant des transducteurs. Melpomenia était une planète morte. Il n’y survivait qu’une espèce de mousse verte qui, au contact d’une source de chaleur ou d’oxygène, se mettait à proliférer dangereusement. Et elle pouvait ainsi étouffer les vivants. Quant à Alpha, c’était une planète dont la quasi-totalité de la surface était couverte d’eau. Il ne restait plus qu’une petite partie émergée où des hommes avaient trouvé refuge. Mais une jeune habitante, après avoir infecté sexuellement Golan Trevize par un virus contre lequel les habitants de la planète étaient immunisés, sauva le groupe d’une mort certaine en les avertissant de la mort qui les attendait et en les incitant à fuir aussitôt que possible. Car les habitants d’Alpha tuaient tous les visiteurs qui débarquaient sur leur planète de peur que d’autres mouvements migratoires d’hommes ne viennent les envahir dans cet espace réduit de leur planète.

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       Finalement, il trouve la terre. Mais, comme on le supputait partout où ils atterrissaient, la Terre était bien devenue radioactive par la volonté insensée de la recherche de la puissance physique (militaire) et par les guerres des hommes. D’où les vagues successives d’expansion des hommes vers d’autres planètes et de leur colonisation de celles-ci. Grâce à un incident provoqué par Falloum, le ou la Solarien(ne), Golan Trevize compris que la lune était habitée. Lorsqu’ils y arrivèrent, ils furent accueillis dans les profondeurs de celle-ci par des robots qui l’occupaient dont un robot, un personnage central, du nom de Daneel. Celui-ci leur révéla la raison de leur visite : il est la mémoire vive ou la bibliothèque de toute l’histoire de l’humanité dans la Galaxie. Il les informe que c’est lui qui a fait organiser, par l’action concertée des robots, la destruction totale des archives, dans les bibliothèques de toutes les planètes relatives aux coordonnées de la Terre afin d’éviter que les hommes soient tentés d’y retourner, à l’instar de Golan Trevize ; même si, dans son cas, il a été déterminé à entreprendre ce long voyage à travers la Galaxie jusqu’à la lune. Ce sont des robots qui furent chargés de donner à Gaïa, à ses habitants et à tous les éléments qui la composent la science mentalique et/ou neuronique qui les imprègne. Donc, leurs précepteurs, c’est-à-dire leurs formateurs ou leurs éducateurs ont bien été des robots. Ceux-ci avaient eux-mêmes hérité cette science des premiers hommes qui l’avaient développée et qu’ils servaient sur la Terre.

       Puisque Daniel Olivaw est devenu très vieux, il a besoin d’un jeune cerveau pour transférer les données intactes et conserver les archives et la mémoire de l’Humanité dispersée, à présent, à travers la Galaxie. Donc, leur venue sur la lune n’est pas un fait du hasard. Daneel Olivaw a oeuvré pour attirer Golan Trevize en vue de confirmer le choix de Gaïa dont l’esprit de paix, d’amour, de respect écologique et de toute forme de vie imprègnerait désormais toute la Galaxie en devenant Galaxia. Il est content de disposer désormais du cerveau du ou de la jeune Solarien(ne), cerveau plus adapté au transfert des données.

   Daneel Olivaw leur révèle, enfin, que l’Humanité toute entière doit son salut à un seul homme : Elijah Baley. C’est lui qui organisa, avec l’aide des robots, la colonisation de la Galaxie au moment où la terre commençait à devenir radioactive. Et Daneel a eu pour mission de récupérer tout ce qu’il pouvait de la Terre comme données pour les épargner d’une destruction certaine. Ainsi, la mémoire vive de l’humanité fut conservée pendant des millénaires dans le cerveau d’un robot comme le lieu absolument sûr et intemporel de son histoire, des archives de son passé. En effet, il aurait été risqué et imprudent de confier tout cela à un être humain, sachant que sa nature fait de lui quelqu’un de non fiable, versatile changeant très souvent, impossible d’être toujours lui-même. Il est constamment mû par des sentiments contradictoires. Il ne sait pas ce qu’il veut en réalité. Donc, un robot, c’est un mécanisme plus fiable pour garder des secrets aussi importants que les données qui expliquent la destruction de la planète Terre et l’expansion des descendants l’Homo sapiens, seuls vivants doués d’intelligence dans toute la Galaxie.

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