Platon et la Réalité post-mortem Première Partie : Enquêtes anthropologiques sur les formes de communication avec l’invisible et/ou existence humaine post-mortem

« L’homme ne meurt pas : il change de coquille pour accéder à l’état d’Energie » (In Pierre Bamony : Le génie du cerveau humain et ses merveilles, L’Harmattan, Paris 2015)

Introduction : Des limites de nos sens et de la conscience, fille superbe du sensible

     Depuis des millénaires, notre cerveau, par souci d’adaptation de l’espèce humaine à son environnement vital, a fini par y accoutumer nos sens ; voire notre conscience qui en résulte. Aussi, nous avons une propension naturelle à croire que ce que nos sens perçoivent du monde est le réel et à penser que ce que notre conscience comprend est vrai. Or, nos sens ne nous livrent pas le monde tel qu’il est ; et la conscience ne peut accéder au vrai qui semble nous apparaître comme prochain. Bien au contraire, elle l’envisage comme un lointain horizon d’enquête perpétuelle. Nos sens sont des instruments de plaisir ou de déplaisir et non des outils de connaissance. C’est en ce sens que Platon, le premier grand scientifique et l’un des plus grands génies de l’Humanité, a proposé le moyen pour chaque être humain de se transfigurer en ce monde, comme il nous invite à le faire tous dans son fameux ouvrage, La République (livre VII, § « allégorie de la caverne) pour accéder au degré de compréhension rationnelle des phénomènes. Si nos sens constituent notre nature, celle-ci, à l’instar de tout ce qui relève et provient du sensible, est nécessairement borné. Platon compare cette enveloppe charnelle à une « caverne » où chacun de nous commence sa vie terrestre comme l’expérience d’une ombre épaisse. Notre seule perception est celle d’une dimension : une surface sur laquelle se projettent des spectres, des ombres du monde réel situé hors de celui-ci. Habitués à ne devoir nous contenter que cette seule et fausse perception des phénomènes, nous en venons naturellement à ne vivre que de fictions, d’opinions, de préjugés, de convictions et de leurs dogmatismes ; d’illusions de toutes sortes. Puisque cette perception du monde est erronée , nous ne vivons que de croyances et non de connaissances. Dans cet état mental, nos scepticismes sont redoutables par rapport au vrai savoir lequel est seulement accessible par la sortie du monde de la caverne pour monter, souvent très difficilement, vers le monde de la lumière, des connaissances rationnelles fondées sur les symboles mathématiques et les concepts philosophiques.

      Même quand on accède au monde de la raison, on n’est pas à l’abri de déchoir dans des formes de croyance, de savoir à peu près ou de pseudo-savoirs, de dogmatismes et de l’intolérance en raison du poids de leur paradigme. En effet, il n’y a pas de pire ennemi du progrès de l’intelligence et de l’originalité humaines que certains scientifiques ; du moins des pseudo-scientifiques totalement prisonniers du scientisme matérialiste. Cela tient au fait que, depuis les récentes performances de la technoscience, on n’en est venu à ériger celle-ci au rang d’une religion ou d’une divinité. On est parvenu, par notre admiration béate de la technoscience (qui n’est pas la science) à une sorte d’enthousiasme qui frise l’acte de foi religieux. Du moins, telle est la thèse de Laurent Schwartz, cancérologue ayant exercé comme tel à Harvard Medical School (Massachusetts General Hospital) avant de revenir en France et de se voir interdire de travailler et d’enseigner à l’Université dans sa spécialité, suite à la publication d’un livre reconnaissant les limites des traitements des cancers. Selon lui, « l’orthodoxie » scientifique « n’est que la plus puissante des hérésies » (Cancer – Guerir tous les malades ? – (Edit. Hugo & Compagnie, Paris 2013).

     Pourtant, la vérité scientifique devrait dépasser le champ des concepts surannés, intransitoires qui finit par scléroser l’entendement en se transformant en un pouvoir et/ou suprématie sans lien intelligent avec elle. Elle devrait éclairer les intelligences désireuses de savoirs nouveaux et éprises de vérité comme révélation de l’inouïe et non pas comme une perpétuelle répétition du Même. En effet, la vérité peut parfois être ésotérique et/ou exotique, c’est-à-dire mystérieuse, moins inaccessible à l’entendement ordinaire comme le montre la conception de l’immortalité de l’âme de Platon ; voire l’élégante équation d’Einstein E = mc2 qui a ouvert des horizons nouveaux d’intelligibilité en physique et en astrophysique. A ce sujet, nous ne devons pas oublier les problèmes de l’inertie considérable dans une population humaine donnée, en une temporalité donnée qui nuit grandement au progrès de l’esprit humain par la perte de curiosité. Celle-ci plonge la majorité des gens dans une sorte de paradigme ou poids de la « raison constituée » pour emprunter cette formule à André Lalande.

       Or, l’esprit scientifique doit être fondamentalement ouvert à toute pensée nouvelle, originale dès lors qu’elle pourrait permettre d’accéder à un degré élevé de compréhension des phénomènes. C’est en ce sens que Claude Bernard[1] a loué ce qu’il appelle « l’esprit philosophique » qui, par essence, est ouverture à toute recherche scientifique, par rapport à « l’esprit de système ». Qu’il soit philosophique ou scientifique, celui-ci borne les perspectives, ankylose l’esprit, emprisonne l’intelligence en devenant l’ennemi de tout progrès. Selon Claude Bernard, si la vérité existe, elle n’est point inhérente à un système quel qu’il soit. Elle se tient à l’horizon de toute recherche. Elle se tient devant nous et nous fait signe d’élever notre esprit à un haut niveau de compréhension des phénomènes, toujours en progrès, par la novation continue de la vision des choses.

     Cette pensée, d’une logique intuitive, est singulièrement instructive. Elle suggère l’idée que notre intelligence, quelle que soit son amplitude, est fondamentalement bornée. Même la raison qui dérive du monde intelligible selon Platon, laquelle aurait pu nous sauver des formes de dogmatisme et d’étroitesse rationnelles n’est pas non plus à l’abri des tentations de quelque pouvoir et des prismes déformants de l’esprit. Pire, la raison est limitée comme la conscience, sa génératrice. Si l’on poursuit la logique de la pensée de Claude Bernard, on pourrait penser que sens, conscience et raison sont des dimensions d’une finitude remarquable par lesquels le cerveau tâche de s’exprimer ; pire, elle y est obligée. D’où l’imperfection de leur savoir par rapport aux pouvoirs infinis du cerveau humain et qui les débordent grandement. Si, donc, nous jugeons les phénomènes, si nous les pensons et les concevons uniquement à travers ces facultés imparfaites de notre cerveau, nous aurons toujours tort en raison de notre ignorance crasse et donc de notre arrogance. Or, la physique quantique et l’anthropologie quantique nous enseignent l’humilité en nous révélant que l’univers humain et matériel est infiniment plus étrange, plus mystérieux et plus complexe qu’on ne l’imagine.

     Aussi, il faut lire les analyses qui suivent avec l’esprit de l’innocence d’un enfant qui cherche à découvrir, à apprendre et à s’instruire. À cet effet, il faut rejeter la vieille logique philosophico-scientifique qui pose, de manière dogmatique et nous trompe ainsi, qu’une chose est vraie ou fausse. En revanche, la physique quantique nous invite à reconnaître, avec humilité, que le monde n’est pas ainsi fait, c’est-à-dire en termes de vrai ou de faux, mais de possibilité. Tout est possible en ce monde du non déterminisme absolu, et non du déterminisme absolu. La thèse présente s’inscrit dans la perspective de notre conception de l’anthropologie quantique et du principe que « tout est possible dans l’univers » que nous connaissons toujours très mal, malgré les progrès de nos technologies, lesquelles ne sont pas de nature, hélas, à faire progresser l’amplitude de notre compréhension du Cosmos, de notre vie même.

I – Des contacts avec l’esprit d’une défunte : rencontre avec un berger de la Drôme provençale, Bernard Tardieu (Vesc)

   Commençons par poser un constat : l’être humain bien portant, de façon générale, pense moins à la mort qu’à dérouler les mailles de son existence, heureuse ou malheureuse, douce ou amère. Que chacun s’examine pour prendre acte de cette réalité. Pendant qu’il est dans l’agir et le mouvoir, la mort ne saurait être son projet, l’objet de ses soucis. Il est comme plongé au milieu d’un canal rempli d’eau tumultueuse qui l’emporte, l’agite en permanence. Qu’il se livre aux études, à la procréation et à l’éducation de sa progéniture, à une activité quelconque, bref aux servitudes quotidiennes de sa vie, qui occupent tout le champ de sa conscience en continue, il se vit, se pense en immortel, même sous son enveloppe charnelle. On comprend alors tout le sens de la thèse d’Epicure quand il dit : «  tant que nous sommes, la mort n’est pas là, et une fois que la mort est là, alors nous ne sommes plus. »[2]. Même la mort du lointain, du prochain reste toujours la mort d’autrui. Sa propre personne n’est guère concernée. Il compatit pour autrui sans que son ego soit en mesure de se mettre à sa place. Toutefois, un jour, il tombe du haut de son illusoire « immortalité » hic et nunc lorsque son médecin lui annonce qu’il est infecté d’une pathologie grave, comme une forme de cancer en phase critique. Le réseau de relations proches qui le sauvait de la solitude profonde, l’unique, l’ultime se rompt : celle qui consiste à faire face à sa propre mort comme factualité inéluctable. Tel est le sens de la célèbre Préface de François Mitterrand au livre de Marie Hennezel : « Au moment de plus grande solitude, le corps rompu au bord de l’infini, un autre temps s’établit hors des mesures communes. En quelques jours parfois, à travers le secours d’une présence qui permet au désespoir et à la douleur de se dire, les malades saisissent leur vie, se l’approprient, en délivrent la vérité. Ils découvrent la liberté d’adhérer à soi. Comme si, alors que tout s’achève, tout se dénouait enfin du fatras des peines et des illusions qui empêchent de s’appartenir. Le mystère d’exister et de mourir n’est point élucidé mais il est vécu pleinement.

Tel est peut-être le plus bel enseignement de ce livre : la mort peut faire qu’un être devienne ce qu’il était appelé à devenir ; elle peut être, au plein sens du terme, un accomplissement.

    Et puis, n’y a-t-il pas en l’homme une part d’éternité, quelque chose que la mort met au monde, fait naître ailleurs ? De son lit de paralysée, Danièle nous offre un ultime message : «Je ne crois ni en un Dieu de justice, ni en un Dieu d’amour. C’est trop humain pour être vrai. Quel manque d’imagination ! Mais je ne crois pas pour autant que nous soyons réductibles à un paquet d’atomes. Ce qui implique qu’il y a autre chose que la matière, appelons ça âme ou esprit ou conscience, au choix. Je crois à l’éternité de cela. Réincarnation ou accès à un autre niveau tout à fait différent… Qui mourra » verra !»

Tout est là, en peu de mots : le corps dominé par l’esprit, l’angoisse vaincue par la confiance, la plénitude du destin accompli »[3].

   Tout à fait à l’opposé de l’attitude de la plupart d’entre nous, qui ignorons la mort ou en sommes indifférents, Bernard Tardieu a toujours considéré celle-ci comme une évidence dont on n’a pas à avoir nullement peur. Il vit toujours avec l’idée de sa propre mort comme phénomène inévitable et qu’il assume en toute sérénité pour des raisons que nous découvrirons ci-dessous.

   Nous avons fait la connaissance de Bernard Tardieu au cours des années 2010 par l’intermédiaire de l’une de ses amies de Die. Lors de nos rencontres ultérieures, nous avons eu l’occasion, entre autres sujets de l’existence humaine, d’aborder avec lui les thèmes majeurs de nos investigations sur les pouvoirs du cerveau humain. Ce sujet nous a conduit à aborder la question de la mort et de la survie de l’âme au-delà de la fin de l’enveloppe charnelle. Ce fait lui a toujours semblé d’une évidence manifeste non en vertu d’une foi religieuse, catholique ou autres, mais d’après l’expérience qu’il a eue pendant près de huit ans avec l’esprit de sa défunte femme. Pour étoffer la validité de nos propres travaux sur cette question et pour confirmer les faits sur lesquels nous nous fondons pour accéder au plan de théorisation des phénomènes (nous avons même élargi nos recherches sur ces questions au cours des mois de juillet et d’août 2015), Bernard Tardieu nous prêta deux livres sur les phénomènes dits paranormaux mais que nous considérons comme liés aux pouvoirs phénoménaux du cerveau humain. Nous en ferons de longs développements dans les analyses présentes.

     Précisons, en passant, que nous procédons différemment des sciences de la nature. Selon Claude Bernard, entre autres fondateurs des sciences contemporaines, celles-ci se fondent sur un principe ternaire : l’observation des faits, l’hypothèse ou l’idée directrice à propos de ces faits, enfin, la mise au point d’un protocole expérimental pour vérifier ou infirmer cette idée préconçue et/ou directrice. Mais la faiblesse de cette démarche réside toujours dans le risque de simplification des phénomènes pour arriver à sa fin, en l’occurrence, la vérification d’un phénomène dans le cadre d’un contexte opératoire. Certes, elle donne lieu à des résultats remarquables mais au prix d’un réductionnisme rédhibitoire des faits matériels ou humains. Quant à nous, nous procédons autrement : en tenant compte de la complexité des phénomènes humains et non humains, nous nous fondons sur des faits qui relèvent du fonctionnement du cerveau pour cheminer progressivement vers la théorisation ou vers un certain degré de compréhension de ces phénomènes. C’est ainsi que nous avons remarqué, suite à la lecture de ces deux ouvrages, que leurs données s’inscrivent tout à fait dans la réalité des faits humains et matériels tels que nous les avons amplement analysés de nos récents travaux[4].

     Bernard Tardieu et moi-même avions promis de nous revoir pour approfondir ensemble l’expérience qu’il a vécue. Cette occasion eut lieu le lundi 27 de juillet 2015. Michelle Tardieu, son épouse, est morte d’une rupture d’anévrisme le 19 février 2004. Selon Bernard Tardieu, elle avait pressenti sa mort quelques jours auparavant ; ce qui fut confirmé en 2006 lorsque Bernard, sa fille Séverine, ses petits-enfants et son gendre allèrent consulter Michèle Decker en mars 2006 à Aubange en Belgique. La famille voulait s’assurer que c’était bien l’esprit de Michelle qui se manifestait à elle ; et s il était la cause des dictées et écritures automatiques qui leur ont été faites. Nous analyserons, ci-dessous, le cas de Michèle Decker et la concordance de l’ensemble des phénomènes en jeu dans nos investigations précédentes et présentes.

     Le couple Tardieu s’aimait beaucoup et il vivait comme en un état de fusion presque total. Aussi, la perte de sa moitié fut douloureuse à assumer. Cependant, quelques semaines plus tard, le poids de sa douleur fut quelque peu atténué par les manifestations de l’esprit de Michelle. Celles-ci se passèrent de deux manières différentes comme Bernard lui-même en témoigne : « tout a commencé un soir dans mon salon. Je remarquai le regard fixe de mon chien en un endroit précis de la pièce. Puis, je vis une lumière blanche intense qui illumina tout le salon. Elle devint une lueur et se transforma sous forme de fumée. Par la suite, Michelle – je l’ai toujours appelée Mimi – se manifesta à plusieurs reprises de cette manière. Parfois, elle inondait notre chambre de sa clarté, puis devenait une petite lueur ou une fumée légère. Elle signalait quelquefois sa présence près de moi par une grande fraîcheur, par une lueur ou une fumée qui effleurait mon visage. Elle se manifestait de la même manière à ma fille Séverine. Au début de ce phénomène, celle-ci en éprouvait de l’effroi. Mais, à cause de la fréquence de ce fait, elle finit par s’y habituer comme moi-même. Toutefois, Mimi ne venait pas nous rendre visite suivant notre désir de la revoir, mais d’après sa volonté propre, c’est-à-dire selon son gré. Séverine et moi-même avions fini par remarquer qu’elle venait nous voir parfois pour signaler le décès prochain de quelqu’un(e) dans notre voisinage. Mais elle ne nous disait pas exactement lequel allait mourir. Dès le départ, je n’avais nullement été épouvanté par ses apparitions. Bien au contraire, j’éprouvais une immense joie de sa présence et surtout de savoir que Mimi était en vie mais sous une autre forme d’existence. Ces manifestations tout comme l’écriture automatique ont duré pendant huit ans pour ma fille et trois ans pour ce qui me concerne.

     Comme Mimi revenait régulièrement pour nous voir, l’une de mes belles-sœurs m’a conseillé d’essayer d’établir des échanges avec elle par l’expérience de l’écriture automatique. J’ignorais auparavant comment ceci était possible et comment cela pouvait s’opérer. Alors, un jour, j’ai pris un crayon et une feuille vierge. Je me suis concentré en faisant le vide en moi-même et j’ai attendu. Puis, à un moment donné, ma main se mit à bouger toute seule ou plutôt sous la force, c’est-à-dire l’impulsion de l’énergie de l’esprit de Mimi. À cause de notre enveloppe charnelle, elle ne pouvait pas communiquer directement avec nous, c’est-à-dire Séverine et moi-même. On avait ainsi trouvé le moyen de contourner cet obstacle majeur. Ainsi, grâce à l’écriture automatique elle a pu s’exprimer et nous révéler des histoires cachées de notre famille. Parmi celles-ci, je te confie seulement deux faits qui nous ont permis, après coup, de mieux comprendre le comportement de certains membres de notre famille.

     D’abord, elle nous révéla que nous avions déjà vécu au XIXe siècle ; c’est-à-dire que notre famille présente est une réincarnation. Nous nous aimions comme aujourd’hui ; et nous étions très unis. Je m’appelais alors Paul Seunel. Ma fille, Séverine, s’appelait Louise-Marie et Michelle se prénommait Marie. On vivait dans un village du nom d’Aumont en Franche-Comté. Nous avions une ferme. Par des recherches sur Internet, Séverine a retrouvé la localisation de ce village. Mais, comme nous ne pouvons partir nulle part à cause des soins quotidiens de nos bêtes, nous n’y sommes jamais allés pour consulter les archives de la mairie ou de la paroisse d’Aumont. Elle nous révéla qu’elle était morte prématurément : elle fut étranglée par des voleurs de nuit. Je compris, après coup, pourquoi Mimi, de son vivant, avait horreur qu’on lui touche le cou. Cela devait s’expliquer par le fait que, dans une vie antérieure, elle était décédée par étranglement. Nous étions mariés en 1812. Et Louise-Marie, (Séverine) comme telle, est morte en 1900.

     L’autre révélation concerne son propre père André Abadie. Voici, dans les grandes lignes, l’histoire de cet homme. En fait, la famille nous avait toujours dit qu’il était un enfant trouvé. C’est pourquoi, au lieu de s’appeler André Jouve, comme sa famille dite adoptive, il s’appelait André Abadie. Or, Mimi nous révéla le fond de l’histoire, les secrets de famille alors bien gardés. André Abadie a été acheté deux fois. En effet, le couple Jouve ne pouvait pas avoir d’enfant à cause de leur mariage consanguin. Puisqu’il avait suffisamment de moyens financiers, le mari, avec l’accord de son épouse, décida d’acheter un utérus : et il coucha avec une jeune fille moyennant finance, à condition de récupérer l’enfant à la naissance. Plus tard, cette jeune fille voulut faire du chantage en menaçant de révéler l’affaire. Le couple dut acheter son silence moyennant finances. C’est pourquoi, André Abadie connaissait sa mère ; ce qui aurait été impossible si c’était effectivement un enfant abandonné. Après coup, nous avons compris beaucoup de choses concernant cet homme : d’abord, André Abadie ressemblait beaucoup aux Jouve ; ensuite, la méchanceté rédhibitoire de cet homme. Je passe sous silence la dureté, la méchanceté et la terreur de ses comportements parmi nous…

     Mimi nous avait dit de nous hâter d’aller chercher les photos et les documents relatifs à l’histoire d’André Abadie, qui étaient cachés dans le tiroir du milieu de la commode de la famille. Mais l’une des sœurs de Mimi, voulant garder les secrets de la famille, les récupéra très vite, probablement pour mieux les cacher ou pour les détruire. Elle voulait aussi que cette histoire soit portée à la connaissance de tous les membres de la famille afin d’alléger les consciences des uns et des autres du poids de cette affaire scabreuse, surtout pour protéger la santé mentale et physique des enfants et des petits-enfants. Mimi nous a révélé aussi que, contrairement aux propos de la famille selon lesquels Paul Jouve aurait émigré à l’étranger, la vérité est tout autre : dans sa jeunesse, celui-ci avait tenté d’abuser une jeune fille du village. L’affaire fut connue de tous. Pour éviter l’ignominie, la famille l’avait exilé en Belgique où il avait été accueilli par des gens. Plus tard, il put s’acheter une boutique ; ce qui expliquait son aisance financière… »

     Bernard Tardieu poursuivi l’expérience de l’écriture automatique, comme nous l’avons dit précédemment, pendant trois ans ; et sa fille Séverine durant huit ans. Lors de notre entretien, nous lui avons posé la question : pourquoi l’arrêt de ces expériences d’écriture automatique ? La réponse de notre ami fut la suivante : « l’une de mes amies de Valence, Marie-Françoise, est médium. Un jour, elle me fit mander par téléphone pour m’informer que Mimi s’était éloignée de notre famille. Selon elle, chaque âme a un chemin à parcourir de l’autre côté de notre vie. Mimi était restée auprès de nous par amour. Mais, au fur et à mesure de son cheminement de l’autre côté de notre vie sous sa forme terrestre, elle s’est éloignée progressivement de nous. Puisque nous avions établi une communication avec le monde de l’au-delà, une âme en peine s’était engouffré dans ce canal pour transférer ses peines, sa douleur, ces maux sur nous. Ainsi, elle aurait pu nous causer beaucoup de torts et provoquer beaucoup de malheurs à notre famille si Marie-Françoise n’avait été avertie de ce problème. Telle est donc la raison de la fin de cette expérience de communication avec l’esprit de Mimi. Nous savons à présent qu’elle est bien heureuse là où elle est allée… »

     L’une des Belles-sœurs de Bernard Tardieu, c’est-à-dire l’épouse de l’un de ses frères, ne croyait guère en la survie de l’âme, ni, à plus forte raison, à la possibilité de communiquer avec un quelconque esprit. Comme personne ne peut persuader un sceptique avéré, comme Michelle, sa belle-sœur, il n’a pas insisté. Le bonheur résultant de cette expérience qui comblait le cœur de sa fille Séverine et le sien lui importait plus que tout. Bernard a aménagé une bergerie sur les hauteurs de Vesc qu’il appelle le « Grangeon ». Or, un soir, ses frères et leurs conjointes avaient décidé d’aller passer la nuit là-haut. Pendant que tout le monde échangeait paisiblement à l’intérieur, Michelle sortit pour prendre l’air au sommet de la colline, où une table est construite en son centre pour les repas. Alors, elle vit apparaître non loin d’elle une lumière extraordinaire. Elle était tellement sidérée par cette apparition soudaine qu’elle ne put bouger jusqu’à ce que le phénomène disparaisse. Puis elle se précipita à l’intérrieur pour se recueillir. Le lendemain matin, elle confia à Bernard cette expérience qu’elle vécut au cours de la nuit.

 vie-mort

La lumière

      Nous reproduisons quelques exemplaires de feuilles d’écriture automatique que Bernard Tardieu nous avait fait l’amitié de nous confier pour les besoins de nos recherches, en toute confiance.

André Abadie

Famille Jouve Famille Abadie

Réponses de MIMI aux questions de sa fille

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Vie antérieure 2

Vien antérieure (XIXe siècle)

Village d'Aumont en Francehe-Comté

     A propos de la réincarnation, les esprits imbus d’eux-mêmes ou prisonniers du scepticisme sensible, voire assez arrogants pourraient considérer ces faits comme imaginaires ou de purs fantasmes d’un pauvre berger qui se berce d’illusions dans sa campagne profonde. Nous allons montrer qu’il n’en est guère ainsi. Le phénomène de la réincarnation n’est pas, n’est plus l’apanage des seules croyances religieuses orientales ou asiatiques (hindouisme, bouddhisme, taoïsme, shintoïsme etc.), voire de l’ancienne Egypte et des peuples de l’Afrique subsaharienne qui en sont issus, mais une réalité qui a pris corps au sein de la civilisation occidentale, chrétienne et scientifique. Prenons le cas de Patrick Drouot. Il fit des études de Physique à l’université de Columbia à New York avant de revenir en France en vue d’entreprendre une carrière universitaire dans sa discipline. Mais aux Etats-Unis, plus précisément à Chicago, il avait eu l’opportunité de rencontrer le professeur Gregory Paxson qui travaillait depuis plusieurs années sur des méthodes de réminiscences des vies antérieures. Il avait aussi fait la connaissance de Ian Stevenson[5], éminent professeur de l’université de Virginie qui avait entrepris une série d’enquêtes pointues sur des cas d’enfants singuliers pendant plusieurs années et dans différents pays du monde : l’Inde, l’Alaska, le SRI Lanka, le Brésil, le Liban, le Canada etc. Parmi des milliers de témoignages, il en a retenu seulement 20 cas qu’il a jugés infiniment plus crédibles et saisissants. En effet, dans leur jeune âge, ceux-ci présentaient des souvenirs spontanés de ce qui paraissait bien avoir été des mémoires très précises de leurs vies antérieures.

       Dans un Entretien avec Erik Pigani en 1979 (Revue Psychologie Juillet-août 2014), Ian Stevenson aborde, entre autres sujets relatifs à ses recherches, sa méthode qui démontre, à l’évidence, les précautions méticuleuses qu’il avait prises, avec ses collaborateurs, dans la collecte, les tests et la vérification des témoignages, comme il l’explique lui-même « Nos enquêtes attachent beaucoup d’importance aux conditions dans lesquelles se sont effectuées les retrouvailles du sujet avec les lieux et les individus de sa précédente incarnation. Souvent, l’enfant donne à l’avance le nom de ses principaux parents « antérieurs », décrit le village et la maison dans laquelle il aurait vécu, etc.… Le premier test est parfois de lui demander d’indiquer le chemin de l’endroit où il veut retourner. Dans de nombreux cas, l’enfant s’avère capable de tracer l’itinéraire qui mène à son lieu d’existence antérieure, même lorsqu’on essaye de l’induire en erreur. La deuxième phase de vérification survient lors du contact entre les deux familles, celle de la personne décédée et celle du sujet qui prétend en être la réincarnation. On assiste alors à des phénomènes de reconnaissance : l’enfant peut désigner, au sein d’un groupe de personnes inconnues, son « ex-femme », sa mère et son père, ses frères, sœurs et enfants, amis et voisins, bref les personnes les plus significatives de son milieu précédent. La même capacité peut s’étendre à des lieux et des objets : le sujet fait allusion à des modifications d’architecture ou de décor, mentionne ou réclame des meubles, des jouets, ou des vêtements qui lui auraient appartenu dans son autre vie ».

   Cependant, Patrick Drouot, contrairement à la méthode scientifique employée par ce professeur pour accéder à l’intelligence de ces phénomènes, considère qu’on ne peut les expliquer sous l’angle de la raison cartésienne. Il s’agit de faits qui se situent au-delà des frontières de la science ; notamment de celle que nous appelons la technoscience. A propos du professeur Ian Stevenson, il écrit : « J’apprécie beaucoup l’homme, son caractère aimable et son esprit rigoureux. Mais mon problème avec lui comme avec tous les autres chercheurs qui mènent des investigations similaires aux siennes, c’est que je trouve leur démarche inappropriée au sujet. Je ne crois que l’on puisse « piéger » le phénomène de la réincarnation dans une évidence scientifique, ni qu’on puisse apporter la preuve de son existence (ou au contraire de son inexistence) à partir de la pensée cartésienne »[6].

      Poussé par la curiosité, Patrick Drouot désira connaître davantage l’univers des méthodes avérées de la mémoire des vies antérieures. Un jour, il consentit à se laisser guider par le professeur Gregory Paxson. A deux reprises, il put revivre des vies antérieures totalement différentes les unes des autres, suivant des contextes historiques et culturels également différents. Nous nous en tiendrons à deux de ses vies antérieures.

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1) « Toujours est-il que je voulus assister à ces séances de «régression dans les vies antérieures », ainsi qu’on les appelait. Je fus immédiatement fasciné. Voir des gens s’allonger, se relaxer, plonger en eux-mêmes et en ramener des «souvenirs» souvent précis et détaillés d’événements qui ne correspondaient à rien dans leur vie actuelle mais qui s’étaient en revanche souvent produits des siècles auparavant : voilà qui défiait totalement la raison et qui en tout cas dépassait résolument les notions que l’on m’avait depuis toujours inculquées, dans l’enfance, à l’école et plus tard à l’université.

     Et pourtant, ce prodige, des gens de tous âges, de toutes conditions et manifestement sains d’esprit l’expérimentaient avec constance. Que se passait-il alors dans leur tête ? Dévoré de curiosité, je décidai de tenter moi-même l’expérience.

     La première fois que je m’allongeai, je ramenai à la conscience la vie d’un moine au XIe siècle pendant la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Je décrivis avec moult détails non seulement l’abbaye dans laquelle je vivais mais encore la façon dont Guillaume le Conquérant constitua la flotte qui allait emmener son armée de l’autre côté de la Manche. Je racontai comment il avait réquisitionné jusqu’à la moindre barcasse disponible, comment il avait loué aux hommes du Nord leurs bateaux et leurs services pour transporter les chevaux, le fourrage et les hommes. Je me rendis vraiment compte que j’avais décrit tout cela avec précision en réécoutant la cassette enregistrée de la séance dès mon retour. Eberlué, profondément secoué je me ruai alors à la bibliothèque afin d’y consulter tous les ouvrages possibles sur le sujet. J’y retrouvai des détails que j’avais donnés, des éléments extrêmement précis ».

2) « J’ai longuement raconté dans Nous sommes tous immortels une séance que je fis en 1984, lors d’un voyage éclair à Chicago, avec Gregory Paxson. Cette fois-là, je retrouvai le souvenir de la vie d’une prêtresse celte, Govenka, qui avait vécu quatre mille ans plus tôt. Je racontai sa vie à l’écart du village, l’existence simple, dans une hutte, de celle qui servait de guide spirituel à tous ceux de sa tribu. Mais je ne me contentai pas de raconter. Au cours de cet extraordinaire « voyage », j’eus la sensation de faire en même temps qu’elle toutes les expériences de Govenka. Ce qu’elle vivait je le “vivais” aussi dans mon présent. Et pourtant, j’étais Patrick Drouot en 1984, à Chicago. De cela j’avais conscience mais en même temps j’étais là-bas, quatre mille ans plus tôt : je vivais littéralement deux époques à la fois. Et ce que je vivais à travers l’existence de cette prêtresse était proprement extraordinaire. J’accompagnai des mourants non seulement dans le passage difficile de la mort mais au-delà du monde physique. J’assistai à l’apparition dans une clairière d’un être de lumière. Cet être se nommait Veda. Il venait léguer à Govenka une partie de la connaissance du fond des âges oubliée par les hommes, notamment sur le cristal et les potentiels qui semblent être les siens de par sa structure même. Lorsque la clairière s’illumina devant Govenka ; lorsque Veda apparut, je me sentis dans mon présent complètement paralysé, incapable de proférer le moindre son. Cet être était véritablement là. Ce n’était pas une image. Je ressentais sa présence et la fantastique énergie qui en émanait. » J’ai écrit dans mon premier ouvrage que j’avais eu l’intuition – et plus tard la certitude – que cet être d’énergie m’avait communiqué à travers Govenka et en un temps très court – quelques secondes – une quantité fantastique d’informations : le contenu d’une bibliothèque entière. Par la suite, j’ai pu le vérifier et j’y reviendrai. Je voudrais seulement dire ici qu’à partir de cette expérience, le sens de ma recherche a changé. Parce que j’ai eu alors la certitude intime que Govenka et moi ne faisions qu’un, que nous étions la même entité, la même âme et que toute âme contient en elle toutes ses vies passées ».

   « Je voudrais seulement dire ici qu’à partir de cette expérience, le sens de ma recherche a changé ». En effet, tiraillé entre la gloire scientifique, les séminaires dans le monde entier, notamment aux Etats-Unis et en Amérique latine, jugeant qu’il n’était pas en mesure de tout assumer, Patrick Drouot dut choisir de s’adonner entièrement à la maîtrise des méthodes conduisant à l’évocation des mémoires des vies antérieures des individus. Aux Etats-Unis, la réincarnation n’est plus un phénomène de croyance, mais une évidence sur laquelle beaucoup de chercheurs en sciences ont même élaboré des méthodes thérapeutiques conduisant à l’équilibre psychique des sujets humains. Une méthode infiniment plus efficace que la psychanalyse qui croit qu’on peut se libérer de ses pathologies infantiles ou psychiques d’adultes par référence à un vieux mythe grec, en l’occurrence Œdipe dont les problèmes avec ses parents rendraient compte de ceux de tout être humain de par la terre entière ; même si les modes d’éducation sont totalement différents de ceux de l’Europe chrétienne. Aux Etats-Unis les praticiens ont fondé une association à cet effet : l’Association de Recherche et de Thérapie à travers les vies passées ou A.P.R.T. (Association for Past life Research and Therapy). Parmi ces chercheurs, on compte le psychiatre anglais Dennis Kelsey et sa femme médium Joan Grant, Joe Scranton ; et aux Etats-Unis Edith Fioré et Ernie Pecci, les Drs Stanislas Grof et Morris Netherton etc.

     Patrick Drouot, devenu praticien lui aussi, dans le domaine de l’exploration des vies antérieures remarque ceci : « J’ai fait jusqu’à aujourd’hui «voyager» plus de 1500 personnes individuellement dans leur passé et j’ai constaté que la plupart d’entre elles ont vu l’orientation de leur vie radicalement changer après quelques séances. C’est que cette expérience offre une occasion d’être confronté à soi-même, nu et sans barrage, de voir l’essence de son être qui n’a, à mon sens aucun équivalent. Car la première chose – bouleversante – qui apparaît lorsque l’on retrouve le souvenir d’une vie antérieure c’est que celle-ci nous ressemble. Notre conscience supérieure ne nous emmène pas au cinéma voir des documentaires historiques. Le scénario de nos vies antérieures apparaît très intimement lié à notre personnalité, à notre structure psychologique et même – ce n’est pas la moindre des surprises – à notre constitution physique ».

Ce physicien donne l’exemple, entre plusieurs autres, d’un homme qu’il a aidé à mieux se comprendre, c’est-à-dire à prendre acte de la cause de ses problèmes, et à mieux assumer son existence présente. Pour terminer sur ce point, celui de la réincarnation telle que Platon l’a déjà pensée, nous citerons ce cas intégralement.

   « Un exemple pour aider à comprendre ceci : Il y a quelques années j’ai rencontré un ingénieur qui travaillait pour une importante société nationale. Il était sorti bardé de diplômes d’une grande école. Lui-même était un être intelligent, raffiné et d’une grande culture. Cependant, à quarante ans, alors qu’il aurait largement pu être à la tête d’un service, il n’occupait qu’un poste subalterne sous les ordres de supérieurs beaucoup moins qualifiés que lui. Il en souffrait mais chaque fois qu’on lui proposait un poste plus important, il refusait. A vrai dire en ces instants il sentait invariablement monter en lui une vague de panique accompagnée de sueurs froides, tachycardie, sensation de nœud au plexus, etc.

     En l’espace de trois séances, cet homme ramena à la conscience une vie en Angleterre au XVIIIe siècle. Il y était directeur d’une fabrique. Or, un jour, le feu se déclara dans usine et se propagea à toute vitesse. Pris de panique, notre homme se montra incapable de faire procéder en bon ordre à l’évacuation des lieux par les employés. Par sa faute, une dizaine de personnes trouvèrent la mort et lui avec.

     En revivant l’horrible désastre, l’ingénieur du présent réalisa soudain qu’il fuyait lui-même les responsabilités depuis ce traumatisme. Son inconscient raisonnait ainsi : « Si je prends des responsabilités, je vais mourir ». A partir du moment où il comprit ceci il fut libéré de ses craintes et put commencer à prendre les responsabilités qui convenaient à sa valeur et à son niveau personnels. »

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Matière et esprit

        Ces faits appellent quelques remarques. D’abord, pour comprendre ces phénomènes, il faut se départir de ses conceptions et/ou perceptions ordinaires à propos de ces faits. En fait, concernant l’esprit ou l’âme, tout se passe comme si, avant l’entrée dans tout corps d’emprunt, celle ou celui-ci est asexué. Ce qui montre qu’elle ou il peut parfaitement et indifféremment naître masculin ou féminin, le genre sexuel n’ayant plus de sens. Elle/il se comporte exactement comme les neutrinos qui sont des particules élémentaires atypiques. En effet, les physiciens quantiques ont remarqué qu’ils oscillent en permanence, c’est-à-dire qu’ils se métamorphosent à leur guise. Ainsi, ils peuvent osciller entre trois saveurs : les saveurs électronique (associé à l’électron), muonique (associée au muon, qui est une sorte d’électron lourd), et tauique (associée au tau, un électron encore plus lourd que le muon). Dès lors, une telle hypothèse, celle qui pose que l’esprit humain immortel serait similaire au neutron qui compose en partie son être, n’a rien d’étonnant puisque, selon les astrophysiciens, tel que Trinh Xuan Thuan, l’homme est constitué des mêmes particules que les étoiles, les galaxies que l’on trouve dans la partie visible, soit 0,5 du contenu total en masse et en énergie, de l’univers. Il s’agit des protons, des neutrons et des électrons désignés sous le nom générique de « baryons ».

    Ensuite, beaucoup de parents de par le monde s’aperçoivent que leurs enfants, dès le bas âge, font preuve d’une idiosyncrasie (manière d’être propre à un individu) singulière. Ce qui se dessine comme leur tempérament initial finit par constituer leur personnalité de base. Quelle que soit la qualité de l’éducation reçue des parents, avec le souci du mieux qu’ils peuvent réaliser dans cette mission, aucun de leurs enfants ne garde qu’une trace fondamentalement commune et structurante de cette éducation. Chacun manifeste une personnalité propre sans aucun rapport intime, similaire avec celles des autres frères et sœurs. Tout se passe comme si l’éducation parentale glisse sur cette idiosyncrasie innée. A la limite, on pourrait dire que l’éducation parentale tendrait à corriger certains aspects trop affirmés s’ils s’avèrent aller à l’encontre de l’éthique familiale. En France, parmi nos amis, nous avons entendu plus d’un parent se demander comment ils ont pu engendrer un enfant de tel caractère si difficile et insupportable même pour eux et pour leurs autres enfants. Il en est de même de l’échec, dans certains cas, de la culture de la réussite, du mérite, de l’humanisme même. Serait-ce, ainsi, l’une des preuves de la réincarnation ?

   Enfin, concernant certains concepts fondamentaux de la philosophie comme la liberté, la conscience de soi etc., des questions se posent. En effet, comment puis-je affirmer que je suis libre, que j’ai conscience d’être moi-même si, malgré moi, une force commande toutes mes actions et conduit ma vie ? Dans le cadre de ces phénomènes, ces termes demandent à être réinterrogés.

       L’un des ouvrages que Bernard Tardieu nous prêta a été écrit par une mère de famille qui habitait à Aubange en Belgique à la frontière de la France et du Luxembourg. Elle s’appelait Michèle Decker. Mais elle est décédée le 29 août 2007 à la suite d’une longue maladie. Comme nous l’avons amplement montré dans notre livre (Le génie du cerveau humain et ses merveilles), en l’occurrence, le fait que notre cerveau sait la date de notre mort, mis à part le don divin qui fit de cette dame un phénomène au milieu des hommes, Michèle Decker sut, à l’avance, la date de la fin de sa vie sur terre. Elle la suggéra même à la fin de l’un de ses deux livres qu’elle a écrits pour témoigner de la proximité des vivants par rapport aux défunts et de l’immortalité de l’âme. Nous retiendrons son ouvrage suivant : La vie de l’autre côté – le témoignage bouleversant d’une mère de famille en contact avec l’invisible – (Presses du Châtelet, Paris 2004). Nous en tirerons de larges extraits pour montrer des similitudes avec l’expérience de Bernard Tardieu et aussi les recoupements, la ressemblance, la réalité même avec les témoignages des interviewés du Docteur Raymond Moody dans la deuxième partie de ces investigations. On notera également des points communs avec les données de nos recherches sur les pouvoirs du cerveau humain et sur la théorie platonicienne de l’immortalité de l’âme.

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II- Le phénomène Michèle Decker : l’effraction du versant invisible de l’univers des âmes humaines

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      Toutefois, avant l’avènement de Michèle Decker, il y a eu, au début du XXe, le cas d’une autre dame très célèbre dans le monde en raison de ses prodiges qu’aucune science ou aucune raison humaine n’est en mesure d’expliquer. Il s’agit de Rosemary Isabel Brown (1916-2001), une anglaise, qualifiée en son temps de plus grand et de plus célèbre médium. A son sujet, la revue « Science & N.D.E. » (N° 17 du 15 juillet 2015) remarque notamment : « Qui aurait pu se douter que le monde des musiciens allait se trouver stupéfait et bouleversé par le talent d’une simple ménagère anglaise qui composa, avec l’aide de grands musiciens décédés, d’innombrables œuvres, grâce à son incroyable médiumnité » ? En effet, dans son livre[7], elle rapporte que sa rencontre avec l’esprit de Liszt commença dès l’âge de sept. Mais elle ne pouvait en parler à personne autour d’elle de peur d’être traitée de démente. Au fur et à mesure que les visites de l’esprit de Liszt devenaient assidues, d’autres esprits de « ceux que l’on appelle les morts », dit-elle, vinrent aussi lui rendre visite. Mais elle n’en avait pas peur. Au départ, ce qui l’avait surprise, en voyant Liszt au pied de son lit, ce « fut ses cheveux blancs et son long habit noir dont elle ignorait qu’il s’agissait d’une soutane ». N’ayant pas un niveau d’instruction élevé (elle travailla à la poste dès l’âge de 15 ans), sous la recommandation de ses « visiteurs » musiciens, elle consentit à apprendre des leçons de musique, notamment de piano pendant trois ans et à acquérir un piano debout de seconde main. Alors elle commença à recevoir régulièrement des dictées musicales de Liszt, Chopin, Schubert, Beethoven, Bach, Brahms, Schumann, Debussy, Grieg, Berlioz, Rachmaninov, Monteverdi. Il existe aujourd’hui, grâce à elle, des compositions post-mortem de ces auteurs compositeurs défunts en question.

Rosemary Brown en pleine musicale écriture médiumnique

Rosemary Brown : En communication avec l’au-delà

         Nous avons acheté quelques œuvres de la dictée automatique de ces auteurs. Celles-ci sont le reflet exact des œuvres composées de leur vivant (la vie terrestre). Nous avons fait des comparaisons pour nous en rendre compte. Cette similitude si parfaite nous semble totalement inexplicable par les seuls pouvoirs de notre raison, enfant de la philosophie et de la science.

     Comme le fait remarquer la Revue « Science & N.D.E. », « La force de Rosemary Brown ne consiste pas seulement à avoir réussi à composer des œuvres musicales sous la dictée de compositeurs prestigieux, mais également à désirer des explications en ce qui concerne notre vie, notre mort et son après, afin que les personnes rencontrées ou bien encore ses lecteurs puissent avoir une connaissance de cet au-delà bien mystérieux pour la plupart des gens et sachent qu’il existe bel et bien une autre vie ailleurs et que la mort n’est pas la fin de tout ». C’est ainsi qu’un soir, alors qu’elle ne parvenait pas à trouver le sommeil, Donald Tovey, un compositeur mort en 1940, lui proposa de travailler ensemble. Et pendant deux heures, il lui dicta un long texte dont l’un des messages est le suivant : « En communiquant par la musique et la parole, un groupe organisé de musiciens qui ont quitté votre monde cherche à établir un précédent pour l’humanité. C’est dire que la mort physique n’est qu’une transition d’un état de conscience à un autre, au sein duquel chacun conserve sa propre individualité. [ … ] Nous ne transmettons pas de la musique à Rosemary Brown simplement dans le but d’offrir un éventuel plaisir d’écoute. Nous espérons que les implications de ce phénomène stimuleront l’intérêt sensible et sensitif de chacun et inciteront bon nombre d’individus intelligents et impartiaux à prendre en considération et à étudier les régions inconnues de l’esprit et de la psyché de l’homme». Qu’on en juge : une personne qui n’avait pas atteint un niveau élevé d’études universitaires, donc un progrès intellectuel conséquent de sa raison, ne pouvait tenir par et de soi-même un discours rationnel de cette qualité et de ce niveau de compréhension des phénomènes. C’est aussi la preuve, manifeste, qu’elle n’a pu l’imaginer ou l’inventer pour tromper sciemment ses contemporains.

       Comme certains d’entre ses contemporains refusaient absolument le fait qu’elle ait été en mesure de composer de si belles oeuvres, sans formation musicale approfondie, sous la dictée de musiciens et dont les différentes oeuvres reflètent parfaitement le style et l’esprit de ces musiciens défunts, un jour, elle demanda une explication à l’esprit de Liszt sur ces phénomènes qui nous paraissent si étranges, voire paranormaux. Dans la réponse que Liszt post-mortem lui donna, nous avons nous-mêmes trouvé une explication satisfaisante à certaines de nos interrogations qui étaient restées jusqu’ici sans réponse. En effet, dans le culte des ancêtres tel qu’on le trouve chez beaucoup de peuples de la terre, on reconnaît volontiers l’éternité des esprits de ceux-ci tout en admettant qu’ils peuvent s’incarner dans des corps des membres de leurs familles. En effet, « Liszt lui expliqua que notre venue sur Terre n’était pas faite dans la contrainte et que personne n’était obligé d’y aller. Qu’il n’y avait qu’une partie de nous qui était sur Terre, la seule partie de l’âme qui aurait été volontaire pour y venir ». C’est cette dernière phrase qui répond à nos questionnements et confirme l’hypothèse que nous avions émise, en l’occurrence, le fait qu’on ne peut résoudre le paradoxe du culte des ancêtres et l’idée de la réincarnation qu’en admettant que l’esprit puisse se dupliquer sans rien perdre de son essence primordiale (In De l’anthropologie quantique comme ultime science de l’homme, L’Harmattan 2015).

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       Quant au second phénomène du XXe-XXIe siècle, le premier extrait de son ouvrage rapporte l’avènement de cette mère de famille et son surgissement, par la curiosité et l’extraordinaire nouveauté des résultats de ces dictées, dans le monde des sciences de la matière. Tel est le sens de la Préface de Didier Van Cauwelaert, un célèbre écrivain qui a bien connu Michèle Decker et qui l’a même aidée dans la rédaction de ses ouvrages. Cet auteur écrit : « “J’ai rencontré Michèle Decker le 30 janvier 2002 au Festival Science – frontières de Cavaillon, ce rendez-vous annuel des prix Nobel de demain, qui confrontent en public leurs découvertes, leurs interrogations et les techniques de censure plus ou moins repérables qu’on utilise à leur encontre. De l’astrophysicien au biologiste, de l’écopharmacien au spécialiste des catastrophes naturelles, du sociologue traqueur de sectes à l’agriculteur en guerre contre les OGM, tous se retrouvent avec le même plaisir d’amitié pour une semaine de rêve lucide : le seul moyen de changer un jour le monde, en aidant l’évolution des consciences pour qu’elles résistent au désespoir, au fatalisme, à la raison d’État.

   Ce jour-là, dans le salon des petits déjeuners de l’hôtel du Parc, une dame énergique et paumée, traînant trois énormes sacs d’où dépassaient des plans roulés, des cahiers, des classeurs et des feuilles en vrac, interpellait vigoureusement les clients sur un ton de détresse : «Bonjour, y a-t-il des scientifiques parmi vous ? » Des têtes se levaient, des doigts, des croissants. Alors Michèle Decker allait se présenter, demandait à chacun sa spécialité, plongeait dans ses sacs : «Vous êtes astronome ? Ça doit être pour vous. » Et l’heureux élu recevait une liste de données, des graphiques, ou des pages de calculs entrecoupés de dessins. «Dites­ moi si ça veut dire quelque chose pour vous ; moi je reçois, mais je ne comprends rien.» Peu à peu, les importunés encore mal réveillés abandonnaient leur tasse, se levaient pour examiner les pièces, échangeaient les documents distribués à l’aveuglette. « C’est pas pour vous embêter, mais je suis belge, je vis àla campagne et je n’ai personne à qui parler de ça : j’en peux plus », expliquait la dame en vidant ses sacs pour qu’ils trouvent leur bonheur.

   Étonné par cette scène, mais déjà en retard pour la conférence que je devais donner sur les rapports entre la science et l’imaginaire, je traversais la salle en finissant ma tartine, slalomant entre les groupes où fusaient des commentaires varies : Dans le hall, je tombe sur le grand dessinateur et sinologue Patrice Serres, affalé dans un fauteuil, absorbé par l’étude d’une immense feuille déroulée couverte de symboles hermétiques. Je m’approche. « C’est dingue, murmure le géant barbu aux lunettes embuées, c’est l’alphabet présinaïtique. Elle a même écrit le nom du général Bébi..; Ces cinq idéogrammes, je les connais. Les quatre autres, là, ce sont des variantes simplifiées du sinaïtique. Mais les trente caractères restants, je ne les ai jamais vus … »

   Et il m’explique qu’en 1997, alors qu’on pensait que l’alphabet sinaïtique était le plus ancien du monde, on en découvrit un autre, dans la Vallée des Rois, avec des parentés certaines, mais datant de 1800 av. J – C. Selon toute probabilité, il avait été composé par des étrangers nomades : à partir des idéogrammes égyptiens désignant les mois lunaires, ils avaient coupé chaque dessin en deux pour obtenir vingt-quatre caractères, et fixer ainsi phonétiquement leur langue. Quant au général Bébi, qu’on situe historiquement de manière précise, il était chargé par le Pharaon de contrôler les marchands dans la Vallée des Rois. Or, cinq ans après cette découverte, aucune publication n’avait encore été effectuée, et il était donc impossible qu’une campagnarde belge connaisse ces idéogrammes. Des années de travaux sur l’origine de l’écriture chinoise avaient amené Patrice Serres à étudier cet alphabet avec un chercheur du CNRS, mais les initiés dans son cas se comptaient sur les doigts d’une main. «Et ce n’est pas tout, enchaîne-il, regardez la structure en escargot qui porte les caractères : c’est exactement de cette manière qu’écrivaient les présinaïtiques. Mais qui lui a donné ces infos ? »

   C’est là où le problème commence. Michèle Decker est femme de gendarme, elle élève ses trois enfants et cultive son potager dans un village perdu près de la frontière luxembourgeoise ; c’est une personne tout d’une pièce, autodidacte, les pieds sur terre et la main à la pâte. Un jour, dans des circonstances que vous allez découvrir en lisant son témoignage, l’au-delà surgit dans son train-train quotidien. «L’autre côté», plutôt, comme elle le nomme avec un mélange de prudence et de modestie. Et commence alors une double, une triple vie. Les consultations médiumniques, les «nettoyages» de maisons hantées, le radioguidage des âmes errantes, les demandes de guérison lorsque la médecine avoue son impuissance, et, entre deux lessives et trois ménages, ces « données» reçues par écriture automatique ou saisie intuitive sur son ordinateur. Ces pages de graffitis alphabétiques, de formules chimiques, de souvenirs de civilisations disparues, de calculs d’architecture expliquant les pyramides ou les cathédrales, ces descriptions de bactéries soignantes, ces consignes pour fabriquer des alliages inconnus … Tous ces kilos de papiers auxquels elle ne comprend rien, et qu’elle empile dans des paniers à linge.

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     L’authenticité, la portée et la nature inexplicable de certaines « données» sont évidentes pour les scientifiques qui, toutes disciplines confondues, se sont penchés sur le contenu de ses paniers à linge. D’autres informations demeurent pour eux incompréhensibles, noyées dans un charabia qui, par contraste, exalte la clarté du reste. Quant à ses motivations, au sens de sa démarche, c’est avant tout l’instinct de survie. Tiraillée entre les vivants et les morts, la pression de sa famille, le harcèlement des accros du tarot qui lui demandent leur avenir, leur guérison ou un retour d’affection, et l’insistance de « l’autre côté» qui dévide ses messages sans lui demander son avis, Michèle était au bord de craquer lorsque je l’ai rencontrée. Elle n’en pouvait plus de ces heures perdues à prendre sous dictée des révélations dénuées de sens pour elle, et sans usage pour les autres. Elle avait même lancé à ses « informateurs» un ultimatum : « Ou vous m’envoyez un scientifique pour m’expliquer ce que j’écris, ou j’arrête tout.» Huit jours plus tard, le biologiste Gilbert Maury, élève de Rémy Chauvin, entendait parler des données reçues par cette Belge inconnue, et, dans l’intention de la confronter à des spécialistes, l’appelait pour l’inviter au Festival Science – frontières.

     Aujourd’hui, deux ans après le « choc» de Cavaillon, Michèle Decker reste en contact avec certains chercheurs qui tentent de décrypter ses messages, et la font participer à leurs travaux. Mais les retards, les obstacles, les malentendus et l’opposition viscérale des cartésiens sectaires sont aussi puissants qu’au temps du physicien Yves Rocard, adulé en tant que père de la bombe atomique française, mais coupable d’avoir travaillé avec des sourciers pour comprendre le mécanisme de détection des très faibles signaux géophysiques. Alors Michèle en est toujours au même point, déchirée entre ce qu’elle voudrait et ce qu’on attend d’elle, sans savoir où cela mène, sacrifiant son temps, sa santé et sa vie de femme pour rester disponible aux demandes des chercheurs, sans se dérober pour autant aux appels au secours d’ici-bas comme aux solicitations d’ailleurs ».

   Michèle Decker est elle-même très surprise de ce qui lui arrivait et de son entrée dans le monde atmosphérique de la science, c’est-à-dire un monde qui rompt totalement avec ses préoccupations quotidiennes de mère de famille et de femme au foyer. Elle ne comprenait pas non plus ce qui lui arrivait : le surgissement des mondes cachés, ceux des entités, de l’esprit et/ou âme qui fait voler en éclats ses perceptions ordinaires. Elle fait subitement, malgré elle, la découverte et l’expérience des entités invisibles que nous avons appelées les « intraterrestres » dans nos divers travaux d’anthropologie quantique. Nous l’avons montré à maintes reprises : dans l’espace, même humain, nous ne sommes pas seuls. En fait, à notre insu, nous sommes constamment observés par des entités dont la modalité d’existence est d’être invisibles à l’instar d’autres vivants que nos yeux ordinaires sont incapables de percevoir. Ces entités – à défaut de trouver, pour le moment, un terme adéquat – nous côtoient et partagent notre espace avec nous. Les propos, ci-dessous, de Michèle Decker confirment bien nos intuitions et hypothèses qui datent d’une vingtaine d’années déjà.

     Effet, sur ce point, dans son préambule, elle remarque  ceci : « “Pour moi, le monde fut longtemps ce qu’il semblait être, tout simplement. L’«au-delà», le « domaine des esprits», l’« invisible», tout cela m’était étranger. Et soudain, en avril 1984, cet univers a basculé. Je me suis mise à voir et à sentir des images et des forces que j’étais seule à percevoir. Pourquoi est-ce arrive ? Pourquoi m’est-ce arrivé à moi ? Je l’ignore. Mais c’est ainsi, Depuis cette date, je vois ce « côté-ci» de la vie, mais j’en vois aussi 1’« autre côté », celui de ces présences cachées qui vivent autour de nous, nous accompagnent jour après jour et suivent, tout comme nous, le cours du temps. Nombre de personnes se posent la question de savoir si nous sommes « seuls en ce monde», s’il existe « autre chose», un univers « parallèle », «invisible ». Or cette question, pour moi, ne se pose plus. Non, nous ne sommes pas seuls. La vie est un tout dans lequel visible et invisible sont inséparables. Visible et invisible ne font qu’un. Ils évoluent et nous font évoluer l’un par l’autre. Ce sont les deux côtés de la vie. Pour ce qui me concerne, ils me sont désormais donnés ensemble. Aussi extraordinaire et incroyable que cela paraisse.

   Même l’idée que je me fais de la mort a changé. Je crois désormais que mourir signifie simplement passer d’un état vital à un autre. Curieusement, ce passage peut même avoir quelque chose de vivifiant ; il peut générer sérénité et harmonie.

Je dis ignorer pourquoi j’ai été «choisie» pour ce destin, j’ignore pareillement de quoi sera fait mon avenir. Suis-je censée aller « plus loin» encore ? Mystère. Ce dont je suis profondément persuadée, c’est d’avoir reçu une sorte de fonction à occuper, une mission à accomplir, à laquelle je me consacre de toute la force de mon âme, au mieux de mes capacities”.

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     A des milliers de kilomètres de la Belgique, c’est-à-dire le Burkina Faso, nous avons connu une prophétesse, Ebourbié Kando, dont l’histoire, les prouesses thérapiques, la vision du monde et des phénomènes humains et non humains est le fil conducteur du premier tome de notre dernier ouvrage (Le génie du ccerveau humain et ses merveilles). La rencontre de cette dame et la prise de contact des actes phénominaux grâce à l’éclosion des pouvoirs de son cerveau nous a conduit à reviser notre vision du monde et à renoncer à notre rationalisme, à notre dogmatisme même du genre philosophico-scientifique pour rechercher une autre modalité de compréhension des phénomènes. Michèle Decker présente de fortes similitudes dans sa transfiguration tout autant que dans sa nouvelle vision paranormale, du moins selon le sens commun, avec les données relatives à l’avènement de cette dame du Burkina Faso. La transfiguration de leur cerveau nous a conduit à retrouver un concept que nous avions suggéré il y a quelques années. En effet, pour comprendre autrement les phénomènes humains et non humains, nous avons proposé le concept d’Alfomeg[8]. Car nous souffrons de ne pouvoir faire voler en éclats les bornes de notre corps physique et de sa conscience insignifiante. Pour nous, Alfomeg est l’emboitement indéfini d’univers qui n’est rien d’autre que la Dimension première, initiale et ultime dans l’ordre des réalités profondes. C’est celui de l’Energie Eternelle ou, dans une moindre mesure, celui du cerveau humain. Cette Dimension n’est ni espace, ni temps, ni matière, ni énergie au sens physique du terme, qui existe sans exister vraiment. En cette réalité que nous ne pouvons imaginer ni penser en raison des bornes de notre matière charnelle, l’être d’Energie et/ ou esprit peut tout savoir en une fraction de seconde sans translation de localité, c’est-à-dire sans changer de place. À la limite, la vitesse de la pensée ou de l’imagination peut nous suggérer une certaine analogie des univers D’Alfomeg et de sa figuration physique qu’est notre cerveau.

       Nous avons montré, à la suite de Platon, que si notre enveloppe charnelle constitue pour nous une limite absolue à l’accès à la « plaine » des savoirs totaux, il en est tout autrement de l’être d’Energie. En effet, une fois dépouillé de cette source de l’Inscience (nous appelons ainsi l’Ignorance absolue, indépassable de l’être humain), nous savons tout puisqu’il n’y a plus ni temporalité, ni espace au sens physique du terme, ni limites. Telle est exactement l’expérience de ces deux dames. Michèle Decker, par exemple, décrit comment, malgré elle, elle a été comme contrainte d’accéder à l’univers des pouvoirs infinis du cerveau humain et aux visions inouïes qui lui sont intrinsèques. C’est ce qu’elle analyse d’une si belle manière :

« Une visite de grand-père

   “Je ne saurais oublier le 12 avril 1984 qui était un lundi. Ce jour-là, mon mari et moi avions rendez­ à 11heures chez le notaire. Nous allions devenir propriétaires de la maison où je suis née, où j’ai grandi.

   J’habite Aubange, en Belgique. Ce village situé tout près de la frontière française n’est pas grand, mais il figure à mes yeux une sorte de trait d’union entre le Luxembourg et la Gaume, entre la Lorraine joyeuse et la mystérieuse Ardenne. J’ai le privilège de vivre à la campagne, aussi je peux profiter des arbres, des plantes et des fleurs. La nature représente pour moi une présence vitale. Nous demeurons à quelques pas des pâturages, et je vois souvent de ma fenêtre le troupeau de vaches remonter paisiblement la rue. Le matin, la vie s’éveille doucement : les bruits, les parfums.

   C’est deux jours plus tard, que tout a commencé. Vers le début de l’après-midi, j’ai cru entendre un bruit faible et singulier, une sorte de chuchotement venait de l’une des chambres à l’étage. Doucement. j’entrouvre la porte. La pièce est vide. Le bruit cesse. Pourtant, quelque chose me surprend. Une odeur. Une odeur qui m’évoque immédiatement un souvenir familier – mais que je ne puis encore définir.

     C’est alors qu’une étrange impression s’empare de moi. Un sentiment d’insécurité. Presque de la peur. Et cette odeur qui flotte dans l’air, que j’essaie toujours d’identifier … Je suis certaine qu’elle appartient à mon enfance. Tout à coup un déclic se produit en moi. Je revois mon grand-père, mort depuis treize ans. À ce moment-là, je suis envahie par une vague de souvenirs qui me serrent le cœur. Mon grand-père était un homme simple. Il avait mené la vie sans histoire d’un ouvrier d’usine. Après le travail, il s’occupait à des travaux domestiques. Il aimait plaisanter, jouer avec les enfants. Un jour, il a été emporté par un cancer, et son départ a laissé un grand vide en moi.

   Il me semble maintenant qu’il est là, dans cette chambre. Non pas comme un souvenir, mais comme une présence effective. Je ne crois pas aux fantômes. Je ne me soucie ni des esprits ni des revenants ! Mais il règne autour de moi un climat étrange. En vérité, je ne vois rien de précis. Mais je ressens une présence. Quelque chose ? Quelqu’un ? L’air remue doucement, mais de façon perceptible.

   Je murmure, peut-être pour moi-même :

– C’est toi, grand-père ? Que veux-tu ?

   L’odeur, aussitôt, devient plus nette. J’ai l’impression, certes étrange, d’une réponse – une réponse proche, douce, secrète. Et ce parfum remonté de jadis me rassure. Bientôt, j’entends des pas sur le plancher. Je reconnais ceux de grand-père, cette façon bien à lui de traîner ses pantoufles. Comment est-ce possible ? Je ne peux contenir mes larmes.

   Je reste figée un moment, comme si je craignais de troubler par un geste intempestif cet instant mervilleux. Puis je suis ramenée à la vie ordinaire par la voix de Jonathan, mon petit garçon de quatre ans. Il m’appelle du rez-de-chaussée. Il a faim ! 

La chose dans la cave

   Huit jours plus tard, j’entends à nouveau un bruit inhabituel, qui semble cette fois venir de la cave. On dirait une série de coups sourds, comme si quelqu’un frappait contre les murs.

   Et justement, je dois descendre chercher du bois. Sauf que m’envahit subitement une impression pénible. Je frissonne. J’ai très peur. J’hésite. Mais il faut aller chercher du bois ! Finalement je me decide, m’engage dans l’escalier.

   Pas de bruit, rien ne bouge. Je chantonne – comme une petite fille qui essaie de conjurer sa peur. Je commenee à remplir mon panier de bûches … Et je ressens une vive douleur à la main, comme si l’on venait de me mordre. Paniquée, je remonte I’escalier d’une traite. Examinant ma main sous la lumière, j’y trouve quatre petites marques à l’intérieur et à l’extérieur du poignet. Et cette blessure est douloureuse. Comme une morsure. Ou comme une brûlure.

   Le souffle me manque. Que se passe-t-il, dans cette maison ? Je suis seule avec les enfants. Michel ne rentrera du travail que vers 11 heures ce soir. Je ne sais que faire.

     Je m’aperçois alors que j’ai laissé en bas le panier et les bûches ! Or il fait assez frais, bien que nous soyons déjà en avril. Si je ne redescends pas chercher mon bois, nous n’aurons pas de feu dans la maison, et les enfants risquent de prendre froid.

   Quand je me présente à nouveau au seuil de l’escalier, j’ai les jambes qui tremblent. La réserve de bois est à main gauche au pied des marches. Mais en bas, il y a cette chose mystérieuse. Cette chose qui mord et m’épouvante. Le geste qui me vient est un réflexe, le vieux réflexe catholique, le signe de croix effectué rapidement pour demander protection à Dieu. Je m’engage dans l’escalier. Je descends avec précaution. Je me saisis vivement du panier de bûches. Et je remonte les marches quatre à quatre.

     A son retour, Michel s’étonne de me trouver oppresée. Je lui demande de s’asseoir. Je lui explique. Mon récit le plonge dans un certain désarroi – ce qui n’a rien de surprenant. Michel est quelqu’un qui aime verifier avant de croire. Il a besoin d’éléments concrets. Il recherche les faits avant de porter un jugement. Ce n’est pas pour rien qu’il exerce le métier de gendarme. Mais il sait d’autre part que je n’ai pas l’habitude de reconter des histoires. Il ne doute pas de moi. Il est simplement perplexe.

-Les esprits, dit-il, ce n’est pas trop ma tasse de thé.

Je lui demande de descendre à la cave. Il fait. Rien ne se passe.

     Cette nuit-là, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je voudrais à toute force sentir à nouveau la présence de mon grand-père, retrouver le sentiment de sécurité que j’éprouvais avec lui. Intérieurement, je l’appelle : « Grand-père ! Grand-père! Viens, je t’en prie ! » C’est comme l’appeler à mon aide. Et finalement il se passe à nouveau quelque chose. Soudain je la ressens cette présence, Elle me fait l’effet d’une marée bienfaisante. Il ne s’agit pas d’une idée ! Il ne s’agit pas de ce sentiment ordinaire que chacun éprouve en songeant à telle personne comme à une force rassurante. Michel, par exemple, qui dort auprès de moi, est dans ma vie une force rassurante. Grand-père, c’est tout autre chose. Il n’est pas seulement auprès de moi. Il est à la fois dans mon être et tout autour. C’est une présence ressentie, directe, émotionnelle. Au point que j’en ai les larmes aux yeux. Je sens cette présence se rapprocher. Elle effleure ma joue d’une caresse. Je me détends. Je suis renvoyée au passé. Au temps où j’étais petite fille. Quand grand-père m’impressionnait si fort. Quand je l’admirais pour sa grande taille et sa force, pour ce regard rieur qui lui donnait une expression si rassurante. Grand-père un homme endurant. Il était simple et bon. Il aimait le contact de la terre. Il avait possédé avec ma mère un petit élevage de lapins qui leur servait à mettre de l’argent de côté en cas de besoin … Emportée dans mes souvenirs, bercée par la caresse de sa présence, je m’endors doucement en murmurant :

– Reste avec moi cette nuit, grand-père. S’il te plait.

     Plus tard, cette même nuit, c’est mon fils qui me réveille en réclamant à boire. Je descends à la cuisine. Je lui prépare un biberon. Au moment où j’éteins la lumière, prête à remonter, j’entends Jonathan qui dit en riant :

– Fais encore des ronds, monsieur, s’il te plaît !

Je pénètre dans la chambre de mon fils. Je lui demande avec qui il parle.

– Avec le monsieur ! me répond Jonathan. Il est parti.

– Et il est comment, ce monsieur ?

– Grand. Il m’amuse en faisant des ronds avec ses mains. C’est qui, maman ?

– Je ne sais pas, mon poussin. Bois ton biberon et rendors-toi vite.

       Le lendemain matin, je décide d’aller raconter toute l’histoire à ma mère. J’emmène Jonathan avec moi car il y a un point que je souhaite vérifier.

Ma mère écoute mon récit avec attention ; elle est stupéfaite.

– Ne te tourmente pas, finit-elle par dire. Tout cela peut sûrement s’expliquer d’une façon ou d’une autre.

   Tu finiras bien par comprendre. Et puis, si c’est vraiment ton grand-père qui se manifeste, tu n’as rien à craindre.

   Je demande à maman de sortir ses albums de photos et de les feuilleter devant Jonathan. Et c’est alors que je vois le regard de mon fils se fixer sur un vieux

-Tu vois, maman, c’est lui, le monsieur qui jouait avec moi. Il est gentil, non ?

     C’est une photo de mon grand-père. Maman a les larmes aux yeux. Nous sommes bouleversées. Nous vivons un instant merveilleux .

   En effet, Jonathan n’a jamais connu son arrière­ grand-père. Âgé aujourd’hui de vingt-quatre ans, il se souvient encore de cette rencontre nocturne dans sa chambre, de la visite à ma mère et de la vieille photo de l’album.

Premiers échanges

     Deux jours plus tard, je suis occupée à ranger les chambres, quand j’entends une voix d’homme qui appelle du rez-de-chaussée :

_ Michèle, Michèle !

_ Oui ! Je descends …

J’ai cru reconnaître la voix de mon père. Je dégringole l’escalier.

-Papa ? Tu es là ? Mais en bas, personne.

   Cette fois, j’ai une réaction de colère. C’est comme si un étranger rôdait chez moi ! Est-ce un esprit ? Est -ce un fantôme ? Est-ce autre chose ? Peu importe de quoi il s’agit. Ce dont je ne puis douter, c’est qu’il y a quelque chose, ou quelqu’un. Et que cela me derange ! Assez de ces bizarreries ! Je ne les tolérerai plus. En tout cas pas sans demander des comptes et réclamer la paix…

   Une fois en bas, je ne crains pas d’affronter le ridicule qui consiste à parler toute seule. Mais suis-je vraiment seule ? M’adressant à ce qui semble vivre dans ce lieu, je lance :

– Je ne sais pas qui tu es, mais sache que je suis ici chez moi, et toi non !

     C’est alors qu’une idée me vient. Une amie m’a dit un jour qu’il est possible de communiquer avec les êtres invisibles en utilisant du papier et un crayon. Est­ ce vrai ? Je l’ignore. D’après cette amie, les esprits peuvent quelquefois dicter le message qu’ils veulent faire passer. Jamais je n’aurais imaginé avoir recours à ce procédé ! Jamais je n’aurais même pensé que ce bout de conversation se révélerait un jour d’une quelconque utilité. Mais je suis une personne pratique. Je me dis que la situation est inhabituelle. Et que je cherche un moyen de m’en sortir. Pourquoi ne pas essayer un «truc bizarre », si c’est la seule solution qui se présente ? Quelquefois, quand on n’arrive pas à enlever une tache d’un vêtement, est-ce qu’on ne décide pas de recourir à un « vieux truc bizarre» lu quelque part, il y a bien longtemps ?

– Acceptes-tu de me parler ? Si oui, je remonte chercher ce qu’il faut …

Quelques minutes plus tard, j’ai un carnet et un crayon en main. L’interrogatoire peut commencer.

– Qui es-tu ? dis-je.

   Je sens un contact sur ma main, comme si l’on essayait de la guider … Le crayon tenu par mes doigts est en train de former des mots liés les uns aux autres, que je ne comprends pas.

– Ce n’est pas du français ! dis-je, étonnée.

   Je me retrouve bientôt avec sous les yeux une page emplie de phrases apparemment écrites dans une langue étrangère, et qui n’ont aucun sens pour moi. En remontant l’escalier, je songe à un ami qui pourrait peut-être m’éclairer. Il s’appelle Henri. Il enseigne les langues. C’est un homme ouvert, dont la curiosité s’exerce dans de multiples domaines… Je lui téléphone sur-le-champ. Il accepte de venir à la maison le jour même.

     Henri ne semble pas surpris le moins du monde par le récit de mon aventure. Je lui présente la feuille de papier couverte des phrases nées de mon expérience d’écriture automatique. C’est de l’allemand, me dit-il. Il ajoute qu’il est question dans ce texte d’un homme du nom de Franz. Il propose que nous descendions ensemble à la cave, et que j’essaie à nouveau d’entrer en contact avec cet “esprit” par le même moyen.

     Dans la cave, mon corps est comme parcouru de vibrations. J’ai véritablement le sentiment d’une présence. De nouveau ma main se met à former des phrases en allemand. Henri les traduit mot à mot. En voici le résultat :

   “Je souffre. J’ai été égorgé dans cette cave pendant la guerre par des partisans de ton pays. Je t’ai blessée parce que c’était la seule façon d’attirer ton attention. De toute façon, même si j’avais voulu te faire du mal, je n’aurais pu le faire car ton grand-père se serait interposé.”

   Bien sûr, tout cela paraît impossible. On dirait une histoire inventée. Sauf que cette page couverte d’un texte allemand était indubitablement une réalité, un fait concret, observable. Certes, c’était extraordinaire ! Mais l’extraordinaire ne faisait encore que commencer …

     La silhouette est bottée. Ses bottes semblent toucher le sol. Elles brillent. Elles réfractent la lumière du plafonnier, une clarté assez faible à laquelle la lumière du dehors qui tombe obliquement par soupirail. L’être lui-même, me semble-t-il, est «dense », Pourtant, on dirait qu’il n’est pas «en couleurs ». Mon impression est celle d’une image de télévision en noir et blanc. Deux filets de sang s’écoulent le long de son médius et de son annulaire – or ce n’est pas rouge, mais noir. Sous sa casquette, je distingue des cheveux très clairs, probablement blonds. Le visage est marqué. Les yeux sont lourdement cernés. La joue gauche porte un gros hématome. Et la gorge est percée d’un trou.

   Je suis transie et j’ai peur.

   Le regard de cet être me transperce. Décidant de changer d’angle d’observation, je fais un pas à gauche. Le soldat, ou l’image du soldat, ne bouge pas. Son regard reste fixe. L’expérience, pour moi, est effrayante…

     Je suis au pied de l’escalier. Henri est assis à côté de moi sur les dernières marches. Le soldat a un geste pour désigner le sol. Au même instant, je suis de nouveau parcourue de frissons. Ma main recommence à s’activer. Une phrase en allemand s’inscrit dans mon carnet. Je déchire la page et la tends à Henri.

– Que dit-il ?

– Il dit qu’il habitait un petit village en Allemagne, où ses parents étaient décédés depuis longtemps.

Tant bien que mal, je parviens à maîtriser ma peur et à articuler :

– Que puis-je faire pour toi, Franz ?

Ma main court sur la feuille de papier. Henri traduit

Aussitôt :

– Il te demande de l’aider à retrouver les siens.

   Soudain l’apparition semble se fondre dans le sol. Son image pâlit ; elle a maintenant l’apparence d’une surexposée. Bientôt il n’y a plus rien. Là où se dressait Franz voilà une minute, je ne distingue plus qu’une légère brume qui ne tarde pas à se dissiper.

     Silencieusement, nous regagnons le rez-de-chaussée. Je propose un café à Henri.

– Ce n’est pas de refus, dit-il.

Il a eu très froid dans la cave. Je lui demande ce qu’il a vu quand nous étions en bas. Il n’a vu que moi en train d’écrire calmement, répond-il. Je lui raconte la vision.

– Je n’ai jamais vécu personnellement ce genre d’expériences, dit-il. Mais j’ai lu beaucoup de récits de cet ordre. Je n’ai aucune raison de ne pas te croire. D’autant qu’une chose est sûre : tu ne connais pas un mot allemand. Tout cela ressemble fort à la matérialisation d’un esprit. L’esprit d’une personne morte. D’ailleurs, les récits que j’ai lus mentionnent souvent cette même impression de froid glacial. Mais tout le monde n’a pas la capacité de percevoir ce type de phénomènes. À mon avis, il va falloir te faire à l’idée que tu possèdes un don…

La délivrance de Franz

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       … Quinze jours plus tard, donc, nous avons la stupéfaction, mon mari et moi, d’apprendre par la rubrique nécrologique du journal que M. François vient de mourir dans un accident de la route. Et je sens à ce moment­ là que tout remonte à la surface : la cave, Franz, l’enveloppe …

     Oui, me dis-je, le moment est certainement venu de l’ouvrir, cette fameuse envelope ! Je la prends. Je l’examine. Je la tourne dans tous les sens. C’est une banale enveloppe de papier kraft, soigneusement cachetée avec de l’adhésif. Elle ne porte aucune mention. À en juger par son épaisseur, elle doit contenir une dizaine de feuillets. Je finis par me résoudre à l’ouvrir, non sans éprouver un trouble profond.

   Quelle n’est pas ma surprise de trouver, à l’intérieur, de simples feuilles de papier où sont recopiées des prières à saint Michel et à saint Jean ! J’avoue que je suis déçue. Je m’attendais à quelque chose d’utile. Je songe à Mélanie, à sa passion pour la religiosité. Puis je décide de m’intéresser à ces prières d’un peu plus près. Saint Michel, curieusement, est mon saint patron. Et c’est aussi, dans la tradition, le saint qui terrasse le démon. Et si ces prières devaient être considérées comme des outils ? Des outils de travail. Les outils d’un travail qui serait à présent mon travail… Poursuivant cette idée, je retrouve mon sens pratique : j’ai maintenant les moyens de délivrer l’esprit de Franz. Je décide de ne pas m’interroger davantage. Oui, c’est sûrement la solution. Il ne me reste plus qu’à foncer.

   Dans les heures qui suivent, je me prépare. Je me mets en condition, un peu comme quelqu’un qui part au combàt. Une fois prête, je prends la direction de la cave. Je descends les marches. J’allume la lumière. Et je dis :

– Bonjour, Franz. Écoute-moi …

   Je commence à prononcer la prière. Je la récite, au début, d’un ton automatique, comme pour l’expédier rapidement, non sans me sentir un peu ridicule, d’ailleurs. Mais j’éprouve bientôt dans les mains une sensation de chaleur. Et je perçois que Franz est là. Je le perçois même très nettement. Oui, l’« esprit» du soldat allemand s’est fait plus dense. Sa présence est plus douce, aussi. Une émotion très forte commence à me gagner – une émotion dominée par la joie. Franz est auprès de moi, et je n’ai plus peur. Au contraire, je suis comme pénétrée de cette sorte de plaisir que l’on ressent lorsque l’on vient en aide à quelqu’un. Le fait est que je suis en train de délivrer un être du malheur. Mes efforts vont dans la bonne direction.

     Je dois reconnaître que je suis habitée, en cet instant précis, par le sentiment de retrouver la foi. C’est en tout cas en ces termes que le phénomène se formule dans mes pensées. Car c’est exactement ce que j’éprouve : le retour de la foi. Non que j’aie jamais cessé de croire à proprement parler. En vérité, je n’avais peut-être même jamais «commencé » d’avoir la foi. Comme je l’ai dit, l’Église et les curés ne m’attiraient guère. J’étais «croyante », sans doute, comme beaucoup de mes semblables, par simple tradition, par habitude, voire par obligation. Mais alors que je récite la prière trouvée dans l’enveloppe de M. François, il me semble en saisir le sens profond. C’est comme découvrir une source en moi. Une source intensément présente, quasi chamelle. En fait, mon regard sur les choses est en train de se modifier. Il s’enrichit. Il s’embellit et embellit ce que je vois. Deux mondes se rejoignent et s’unissent. Je suis en train de changer « de l’intérieur», et c’est une expérience fabuleuse.

     Je distingue autour de Franz des présences très fortes. Il sourit, à présent. Comme il a changé, lui aussi ! Il ne porte plus son affreuse casquette, ni cet habit noir d’officier. Même la hideuse tête de mort qui cachait la beauté de son âme a disparu.

   C’est alors que j’éprouve une pointe de tristesse – ce sentiment qui nous traverse à l’heure de quitter ceux que l’on aime. Car c’est exactement ce qui se passé :

Franz va me quitter. J’ai réussi ! Il est délivré. Il aura bientôt disparu à jamais. Déjà il me manque …

M’adressant à lui une dernière fois, je dis :

– Franz, lorsque tu seras là-haut, pense à moi de temps en temps. Tu m’as fait peur, tu sais. Mais je t’envoie des baisers de tout mon cœur. Sois heureux”.

   Dans son contexte culturel, Eboubié Kando délivre aussi à sa manière les âmes damnées par un funeste sort en ce monde-ci. Mais, pour ce qui est de la thérapie des malades, à la différence de Michèle Decker, elle n’a pas nécessaireement besoin d’être sur place pour opérer efficacement. Elle peut agir de façon efficiente tout aussi bien à distance que sur place comme si les dimensions de l’espace physique s’estompaient. Le cerveau de ces dames a ceci de particulier que, sous cette transfiguration, il s’ouvre à tous les univers possibles, à la transcommunication avec tout ce qui vit, tout ce qui est en somme.

       C’est que Michèle Decker expérimente étonnemment :

« La vieille abbaye

   Un jour de juillet, je me prépare à déplier ma chaise longue sur la terrasse quand une voiture s’arrête devant la maison. Une minute plus tard, on sonne à ma porte. C’est mon amie Rita. Elle est en pleurs.

   Rita est directrice d’un centre pour personnes trisomiques, établissement qui a la chance d’être installé dans une ancienne abbaye cistercienne. Nous nous sommes connues lors d’une conférence, grâce à une amie commune, psychologue pour enfants. Rita me dit entre deux sanglots :

– Il faut que tu viennes au centre, Michèle ! Il règne dans mon bureau une insoutenable odeur de cadaver.

… Puis nous nous mettons en route.

     La vieille abbaye est une grande bâtisse accueillante devant laquelle s’étendent des massifs de roses rouges. Franchi le seuil de l’enceinte, on pénètre dans une cour intérieure où l’on a installé des bancs en demi-cercle à l’intention des pensionnaires. Nous sommes accueillies par des jeunes filles trisomiques parfaitement souriantes, dont certaines sont coiffées de chapeaux de paille. Beaucoup auraient envie de parler, mais le devoir m’appelle !

– Allons voir ton bureau, dis-je à Rita.

En effet, la pièce est envahie d’une odeur pesante, nauséabonde. Je sens des présences inquiètes.

– Tu vois ! dit Rita.

– L’odeur vient du sous-sol.

   À l’instant où je prononce ces mots, les caves m’apparaissent distinctement sous la forme d’une vision : un souterrain rejoignant une autre abbaye. Je demande à Rita si elle sait quelque chose à ce sujet.

– Les anciens du village en parlaient, répond-elle.

Mais le souterrain n’existe plus. Tout s’est effondré il y a longtemps.

     Donc, il est impossible d’aller jeter un coup d’ œil. Puisque je ne peux pas descendre, dis-je, je vais essayer de faire le travail depuis ton bureau.

     Des fourmillements me montent dans les jambes. C’est un indice. Des énergies négatives – souffrance, peur – émanent de la terre. Je me penche pour me concentrer. Je vois alors le plancher changer de forme et prendre l’aspect d’un nuage laiteux à travers lequel je distingue des personnages qui marchent en file indienne. Des murmures s’élèvent, pareils à des prières psalmodiées à voix basse. Ce sont des moines. Ils traversent le souterrain. Leurs plaintes montent jusqu’à moi. Ils souffrent. Ils portent les mains à leur gorge. Ils étouffent. Les corps se recroquevillent sur eux­ mêmes. L’odeur est de plus en plus forte. C’est alors que l’un des moines m’indique la direction d’une autre aile de l’abbaye. Il a le visage creusé par la souffrance et l’épouvante.

       D’après les indications données par ce moine, il existerait une cave à l’arrière de l’abbaye. J’en parle à Rita. Nous décidons d’aller nous rendre compte sur place.

       Pour gagner l’ouverture de la cave, il faut traverser une pelouse au centre de laquelle se dresse un arbre majestueux. Un séquoia.

– Il est malade, dis-je. Il perd ses forces. Des événements appartenant à des époques différentes se télescopent ici …

     Rita le sait, que son arbre est malade ! Mais les spécialistes qui l’ont examiné n’ont pu formuler le moindre diagnostic. Ces explications me persuadent que l’arbre a besoin de moi. Je pense qu’il est lié à un secret. J’ai la conviction que c’est lui qui va me guider. Pour cela, je dois commencer par avoir confiance en lui. J’ai lu que certaines personnes étaient capables d’échanger avec les arbres. Pourquoi pas moi ? Je vais essayer …

     Je me concentre. Et je ne tarde pas à avoir l’impression de communiquer avec l’arbre. Je ressens comme une pulsation. Il me semble entendre battre son cœur. Le phénomène est très étrange. Il est différent de tout ce que j’ai connu. Je ne perçois pas des mots à proprement parler, mais il est évident que le courant passe entre l’arbre et moi. Quelque chose circule. L’arbre m’infuse de l’énergie. L’expérience dure vingt minutes. Et puis, tout s’arrête. Le contact est rompu.

   L’envie me prend de caresser l’écorce de cet arbre comme on flatte un animal pour le rassurer. Je veux aussi le remercier, car il m’a permis de découvrir une nouvelle possibilité d’échange entre la nature et moi. Tandis que je presse ma joue contre son tronc, les yeux tournés vers la bâtisse, je vois passer une forme fuyante. C’est l’entité d’un enfant. Elle disparaît aussitôt dans la fente du vieux mur d’enceinte. J’ai l’intuition qu’il s’agit de l’élément que je recherche. À présent, je suis prête à me laisser porter par l’enchaînement des circonstances qui vont suivre. Je m’approche du mur, et de la fissure où s’est glissée l’entité.

     Le contact avec ce spectre d’enfant s’établit presque tout de suite par une image qui se matérialise à côté de moi. Je suis habituée à ce genre de phénomènes, désormais. J’arrive à les accepter facilement. À les prendre tels qu’ils se présentent. L’enfant m’apparaît comme un petit être en noir et blanc projeté dans notre monde coloré. Il se tient debout près du mur, devant le lierre. Il n’a guère plus de sept ans. Son visage et ses vêtements sont gris. Il m’invite à regarder à travers la fente du mur. Je me penche. Et je découvre alors le village qui entourait jadis l’abbaye. Les maisons sont petites. Des personnages travaillent alentour. L’enfant se trouve au cœur de ce paysage. Il me fait signe. Il m’amène à comprendre que son travail consistait à porter de l’eau à l’abbaye. Il va pieds nus, vêtu d’une simple tunique et ployant sous la charge. Le travail a meurtri ses mains. Ses jambes se couvrent de plaies. Il tente manifestement d’échapper à la vigilance des moines dont il est, semble-t-il, le serf. Voilà la raison pour laquelle ce pauvre esprit tourmenté est resté prisonnier de l’abbaye. Il n’a croisé ici qu’un seul ami : l’arbre. Il a fini par y trouver refuge. Il s’est blotti dans l’énergie de l’arbre. Mais ainsi, il affaiblit son protecteur. Il le parasite. Il finira par le faire mourir.

   Au-delà du mur d’enceinte, vivent les siens. Il lui faut les rejoindre pour retrouver la paix. M’adressant à Rita,

je dis :

– Il manque un bâtiment contre ce mur. Cherchons derrière le lierre s’il ne reste pas les traces d’une construction.

   En écartant les feuilles, nous finissons par découvrir les trous où devaient s’enfoncer les poutres d’une remise dont la porte donnait vers l’extérieur et le village. Je me remets en contact avec l’esprit de l’enfant.

– Ecoute-moi, dis-je. Je vais envoyer mon amour vers la porte. La lumière te permettra de passer de l’autre côté.

Je me concentre, tout en m’efforçant de visualiser l’opération. Car je dois maintenant compléter ce décor. Le seul moyen d’aider ce petit être à quitter sa prison consiste à recréer, en la visualisant, la porte de la remise qui deviendra son issue.

     La chose est bientôt faite. Je découvre l’ensemble du décor : la campagne environnante, les gens à leur travail, la remise. Je suis gagnée par une paix profonde. Le petit garçon a disparu. Une fraction de seconde lui a suffi pour s’enfuir, pour franchir cette porte enfin ouverte, union entre deux univers, le nôtre et le sien.

     Le rideau du théâtre retombe. La lanterne magique s’éteint. Le film en noir et blanc est terminé. Il ne reste plus devant moi qu’un mur antique fissuré, mangé par le lierre. J’explique à Rita ce qui vient de se produire. L’enfant, lui dis-je, est passé «de l’autre côté». Il nous reste à retourner dans le bureau, où ces pauvres moines sont toujours enchaînés dans la prison de leur souffrance.

     Nous retrouvons le bureau et l’odeur putride qui y règne. Mais je suis fatiguée, à présent. Cette nouvelle épreuve me donne la nausée. Et puis un phénomène supplémentaire intervient : des grincements qui se font entendre derrière la chaise de Rita. Une force, apparemment, s’est libérée. Que veut-elle ?

     La lanterne magique se remet à fonctionner : des parchemins couverts de dessins, des plans montrant des couloirs et des issues aujourd’hui disparus. Le moment est venu de réciter la prière. Ma voix se mêle à la cacophonie de grincements et de gémissements montée du souterrain. La puanteur diminue, mais persiste. Je prononce à nouveau les mots. L’odeur disparaît. Ces êtres sont enfin apaisés. Les visions se dissipent, puis s’évanouissent complètement. À présent, nous sommes vraiment seules dans ce bureau enfin rendu au silence. J’avoue ignorer de quoi souffraient ces âmes en peine. Je ne sais de quel mal je les ai libérées. Ce qui est certain, c’est que l’odeur pestilentielle a disparu.

     Rita est fatiguée. Moi aussi. Nous avons mérité un bon café. Je m’aperçois que mon amie est troublée. L’expérience a bousculé ses repères et ses certitudes. Certes, elle n’a rien vu de ce qui s’est passé, car les images étaient destinées à moi seule, mais elle a ressenti très nettement la chute de température. Elle a perçu aussi qu’il se passait quelque chose. Elle en est tout impressionnée.

– Comment est-ce possible ? dit-elle.

– Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il doit exister sur terre bien des endroits où croupissent encore nombre de pauvres âmes prisonnières.

   Le bureau est exorcisé. Et c’est le bon terme, même s’il ne me convient pas, car il est lié dans la vision populaire à une dimension religieuse qui n’est pas la mienne. En même temps, je sais que mes prières s’adressent à des saints qui font partie de la constellation chrétienne. Comment tout cela fonctionne-t-il ? Je l’ignore. Je suis forcée de constater que l’on peut agir par des rituels de transmission ancestrale. Peut-être même est-ce la seulle façon d’intervenir dans tel ou tel cas. À l’évidence, certaines personnes sont plus douées que d’autres, plus réceptives. Mais on peut également penser que tout le monde possède une parcelle de ces capacités, sous une forme plus ou moins développée. Qui peut se vanter de n’avoir jamais vécu d’expérience étrange, radicalement inexplicable ?

     Peut-être me sera-t-il donné un jour de découvrir ce qui est à l’œuvre en tout cela. Peut-être cela n’a-t-il aucune importance.Je sais que je dois accomplir ce type de travail. Je sais que des êtres invisibles souffrent, des êtres dont je puis percevoir la présence – âmes ou esprits, comme on voudra les appeler. Ils se sont retrouvés prisonniers d’un lieu, d’un objet, voire d’une personne. Et leur présence perturbe ceux qui habitent ce lieu, utilisent cet objet, fréquentent la personne. Mon rôle consiste à leur rendre la liberté. Donc à les apaiser. Je suis une accompagnatrice pour les âmes en souffrance et les esprits en exil.

     Je ne suis pas gênée par le jugement que l’on peut porter sur ces expériences. Certains doutent de leur réalité. Moi, je les vis. Par conséquent, je ne puis douter. Je n’aime pas les étiquettes sous lesquelles on range ces phénomènes en les qualifiant de «paranormaux» ou d’ « extrasensoriels». Au fond, ne cachent-elles pas la grande ignorance qui est la nôtre ? Car que savons-nous de la vie dite normale, de la conscience, de la mémoire ? Peu de chose. Je ne suis pas plus savante que les autres. Mais l’expérience m’a appris que nos sens, et l’ensemble des phénomènes en jeu dans l’univers, forment un tout qui dépasse les mots, les classifications et les étiquettes. Elle m’a appris qu’il existe deux niveaux du monde. L’un est visible, l’autre est invisible. Ce qui nous arrive résulte en permanence de l’interaction entre eux”…

     J’ai ramené de cet épisode deux merveilleux souvenirs. J’ai su que je pouvais communiquer par l’énergie des arbres, et j’ai été émue par la beauté profonde de la petite trisomique endormie sur son banc, avec son aura qui émanait d’elle. Malheureusement, je ne peux rien contre son handicap, et mon impuissance devant elle – comment agir au niveau génétique ? -, je la vis comme une injustice. Elle m’a rappelé ce jour-là que la tendresse dépasse les limites de mon « don». Mais c’est douloureux d’aimer sans pouvoir faire de bien. Le grand séquoia, en revanche, quelques semaines après la délivrance du petit garçon, était complètement guéri. C’est aujourd’hui un arbre tout vibrant de santé et d’énergie contre lequel, souvent, je viens reprendre des forces”.

     Ebourbié Kando passe le plus clair de son temps à lutter contre les forces du mal qui sont une réalité incontestable. Nous avons montré dans le deuxime tome de notre livre (Anthropologie quantique et technoscience) que la sorcellerie, selon le sens ordinaire donné à ce terme, est une pratique universelle. Il s’agit ni plus ni moins soit d’une structure soit d’un fonctionnement anormal de cerveau. Et nous avons appelé ce genre de cerveaux humains, cerveaux quantiques maléfiques. Ils cultivent le mal de manière rédhibitoire comme le montre Michèle Decker dans l’exemple suivant :

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Une nuit à la ferme

     David est un ami d’enfance. Nous nous connaissons depuis les années d’école, et le temps ne nous a jamais séparés – seulement les distances. II est représentant de commerce dans une entreprise de nourriture pour bétail. Son travail consiste à sillonner la campagne. Un soir pluvieux de novembre, vers 21 heures, il sonne à ma porte.

– Toi, lui dis-je, tu viens me demander quelque chose !

   David me regarde avec un sourire en coin.

– C’est pour Fernand, dit-il. Un ami fermier. Il se passe des choses bizarres dans ses étables. D’après le vétérinaire, il s’agirait de la brucellose. Tu sais, cette maladie qui s’attaque au bétail. Son cheptel de vaches laitières serait en danger. Sauf que moi, je ne suis pas d’accord avec le diagnostic. Ça ne cadre pas. Je pencherais plutôt pour un phénomène paranormal. Et c’est pour ça que je suis là. II faut faire vite.

– Tu veux dire que je dois enfiler mes bottes sur-le­ champ ?

– Ce serait bien. Vu que ça urge.

       Dehors, il pleut des cordes, et le vent secoue les arbres. Le village de Fernand est à cinquante kilomètres. Et le gros du trajet se fait sur des chemins de campagne qui permettent le passage d’une seule voiture. Je finis par distinguer au loin, dans la lumière des phares, la forme d’un gros bâtiment sombre.

– On arrive, dit David.

     Fernand, pour tromper l’attente, s’occupe du foin. II pose sa fourche et vient à notre rencontre.

– D’après David, dit-il, vous avez un don. Je ne sais ce qui se passe ici. Mais je sais que ce n’est pas normal.

– Ne vous découragez pas, lui dis-je.

     En effet, sa poignée de main est molle, comme si l’énergie était en train de le quitter. Je perçois la menace d’une dépression nerveuse. Mais comme toujours, je m’efforce d’établir avant toute chose un climat rassurant.

– Vous n’êtes pas à ma place, dit-il.

– Justement. Je suis venue pour m’y mettre. Pendant quelques heures, du moins.

Et j’ajoute, portée par mes intuitions :

– Ce n’est pas la brucellose, M. Fernand. Ce n’est pas une maladie.

– Vous êtes vétérinaire ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

– La migraine. J’ai toujours la migraine à l’approche des malaises qui touchent les êtres, hommes ou animaux. Des maux de tête. Plus ou moins forts selon l’importance de l’affection. Dans le cas présent, ça continue de monter. C’est pourquoi je persiste à dire que ce n’est pas la brucellose.

– Dieu vous entende.

– Ne vous en faites pas : il m’entend. Allons voir l’étable, voulez-vous ?

L’étable est immense, fort bien tenue, imprégnée d’une bonne odeur de foin et de paille fraîche. Je compte à vue de nez une bonne centaine de vaches laitières. Mais à ma grande surprise, il n’y a pas de veau.

– C’est bien le problème, explique Fernand. Approchez. Regardez.

– Mon Dieu, qu’est-ce que c’est que ça ?

   La rigole d’évacuation du purin est emplie de morceaux de chair écarlates, violacés, tachés de caillots sanguine. Le tout baigne dans un liquide jaunâtre, écœurant.

– Des veaux avortés, dit David. Et des avortements pas naturels. Tu comprends pourquoi je t’ai demandé de venir.

   Fernand confirme d’une voix étranglée :

– Elles sont toutes en train d’avorter les unes après les autres ! Je n’y comprends rien.

Si je ne m’étais attendue à une pareille désolation !

Au spectacle d’une telle souffrance ! Mais je perçois déjà dans cette affaire le résultat d’une intention délibérée. Un méfait a été préparé dans l’invisible, et exécuté par son biais.

   Car avec le temps et l’expérience acquise, j’ai fini par accepter cette idée : l’invisible, comme le courant électrique, est doté de deux «pôles actifs », un positif et un négatif. L’un se dirige vers le bien, et l’autre vers le mal. Il m’est arrivé de voir le mal cheminer dans l’invisible pour aller frapper à distance, comme la foudre, hommes ou bêtes.

     Je sais bien que ce sont là des idées qui n’ont plus cours. Tout simplement parce qu’on les refuse. Parce qu’on les refoule. Parce qu’elles sont quasi interdites. Officiellement, le mal n’existe pas ! En tout cas, sous aucune autre forme que bactérielle ou virale. Aujourd’hui, si quelqu’un estime que le sort s’acharne sur sa vie, s’il se juge envoûté, s’il soupçonne sa maison d’être hantée, et s’il va en parler à un prêtre, ce dernier lui donne l’adresse d’un psychiatre ! Alors que tous les diocèses ont leur exorciste. Mais tout se passe comme si les prêtres étaient les premiers à refuser farouchement l’existence du mal invisible et agissant. Ils s’efforcent de régler le problème en invoquant des superstitions désuètes. Loin de moi l’idée de nier les progrès de la science… Mais je suis sûre aussi que cela ne résout pas la question. Est-on bien certain que tous ceux qui se jugent « hantés» ou «persécutés» ne le sont que par eux­ memes ? Il existe des forces, dont nous ignorons la puissance, et que certains savent manipuler. On aurait grand tort de les tenir pour quantité négligeable.

   J’imagine que beaucoup d’intellectuels souriront en isant ces lignes. Je leur souhaite de ne jamais être la cible des forces malfaisantes …

Mais revenons-en à Fernand.

     Je m’approche doucement d’une vache en essayant de cappter ce qui émane d’elle. J’espère me mettre ainsi sur la voie qui me conduira à l’élément destructeur de l’élevage. Je passe la main le long du flanc en restant à une dizaine de centimètres de la peau, afin de sentir si l’animal est touché, ou seulement environné d’ondes négatives. Le flanc de la vache frémit. Je continue le mouvement, mais cette fois au contact du cuir. Et soudain une vision s’impose, terriblement inquiétante.

   Je vois un ruisseau passant sous l’étable. Ainsi qu’une ferme en contrebas. Je vois dans cette ferme un homme qui parle en faisant des signes sur l’eau. Cet homme est le nœud du problème. C’est un sorcier en pleine action. Même sa motivation, je peux la lire ! Il travaille à ruiner Fernand. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

– Fernand, dis-je, votre problème vient de la ferme en contrebas.

– Ça ne m’étonnerait qu’à moitié. Mes veaux se vendent bien. Le voisin a toujours été jaloux.

   Je le prie d’avoir la gentillesse de s’éloigner ; en revanche, je veux que David reste auprès de moi.

Je me concentre. Je touche le flanc d’une bête tout en visualisant le reste du troupeau. Et je commence à réciter mes prières. Les bêtes deviennent nerveuses.

     Survient alors un moment nauséeux où tout se mélange : le spectacle des veaux avortés, le douloureux malaise généré par l’acte de sorcellerie, avec ses relents de haine et de méchanceté gratuite. Mais je sens bientôt ces énergies négatives libérer les animaux et s’éloigner en suivant le cours de la rigole. Elles perdent de leur puissance. Le processus est en bonne voie. Je termine la prière, puis je bénis l’étable, l’intérieur et l’extérieur, en demandant à Dieu de protéger cet endroit et les animaux qui l’habitent. Je reste encore quelques minutes pour m’assurer que les ondes ont bien disparu. Les bêtes semblent calmes. Certaines se sont couchées. Je pense que tout va bien à présent: je ne ressens plus d’attaque.

Dehors, le vent n’a pas faibli. La pluie non plus.

     Nous nous dirigeons vers la maison où nous attend un bon feu de cheminée, et un café préparé par Annie, l’épouse de Fernand. Annie est curieuse de savoir comment je me débrouille pour gérer ma vie de femme au foyer et de voyante. Entre Fernand et David, la conversation va bon train. Ils discutent sorciers et sorcellerie. C’est alors qu’on frappe à la porte. Entre Claude, le voisin.

– Quel temps de chien !

   Claude est un homme petit, grassouillet, aux joues rouges, aux mains rugueuses. Fernand l’invite à s’asseoir. Annie lui sert une tasse de café.

– Madame Michèle a levé la saleté qu’on avait mise sur mes bêtes, dit Fernand.

Claude me dévisage et dit :

– Dans le temps, pour ce genre de problèmes, on allait chercher le guérisseur. Il nous faisait peur avec son regard froid. Quand les enfants ne voulaient pas dormir, on les menaçait d’aller le chercher. Aujourd’hui, nom de Dieu, c’est une jolie femme !

   Je le remercie du compliment. J’apprends qu’il a un problème, lui aussi. Est-ce que je ne pourrais pas passer chez lui, tant que je suis là ?

– Quel genre de problème ? dis-je.

– Avec Edouard, dit-il.

– Un voisin ?

– Non. Mon taureau. Un animal de concours. Je le trouve très énervé. Et vu ce qui se passe ici, chez Fernand, ça me tracasse …

   À notre arrivée, Édouard gratte le sol avec ses sabots. Il est énorme. Une montagne de chair vivante où brille un regard louche.

– Il est bien attaché, dit Claude.

– On dit ça.

     J’ai déjà communiqué avec un arbre, jamais avec taureau. Je commence par m’adresser à l’animal, en lui parlant doucement. Puis je me prépare à dire la priè contre les envoûtements. Aussi étrange que cela paraisse, Édouard reste calme pendant l’imploration. Je m’enhardis jusqu’à lui toucher le front, dans l’espoir d’approcher une vision correcte. Et elle apparaît. Je vois un arbre dressé contre cette étable. Au pied de l’arbre je distingue parfaitement une forme humaine en train de s’activer. C’est un homme. Il enterre quelque chose. La vision se précise – la migraine arrive aussitôt. Je vois ce que cet homme enterre : un bouquet d’herbes tressées de plumes, piqué d’aiguilles crevant des bouts de papier. Sur les papiers, je distingue des formules griffonnées. C’est un sortilège.

     L’urgence, maintenant, c’est de trouver cet arbre. Je sors de l’étable en me fiant à mon intuition. Le terrain est boueux et traître. Mes bottes s’enfoncent à chaque pas. A priori, il est absurde d’essayer de localiser un arbre sous une pluie battante, dans la nuit noire, sur un terrain étranger. Mais j’ai confiance. Je me laisse guider. Et je trouve assez vite mon arbre : un vieux poirier qui s’élance contre le mur de l’étable. Je cherche autour de la bâtisse un outil pour creuser. Je trouve une petite pelle. Je m’attelle à la besogne.

   Il est déjà évident que quelque chose a été enfoui là : les frissons qui me parcourent les bras en sont un signe indubitable. En effet, le bouquet est caché dans la terre. Je l’exhume en quelques coups de pelle.

     Je montre à Claude le trou au pied du poirier. Il est sidéré. Il contemple ensuite, avec une mine horrifiée, le bouquet d’herbes tressées piqué d’aiguilles de fer, semé de bouts de papier où s’inscrivent des formes géométriques et des lettres indéchiffrables.

– La personne qui l’a enterré là ne vous veut pas de bien, dis-je.

   Nous mettons le feu à l’objet. Puis je reprends :

– C’est fini. Le sort est levé. Allons voir comment se comporte Édouard.

Évidemment, le taureau est plus calme. Il ne gratte plus le sol. Toute l’étable, d’ailleurs, semble apaisée.

   Nous sortons de nouveau sous la pluie quand Fernand vient à notre rencontre avec une lanterne.

– C’est fini ! lui dis-je.

   Le voilà rassuré, lui aussi…

         Un mois plus tard, David revient me donner des nouvelles. Les vaches de Fernand n’avortent plus. La brucellose était une invention des vétérinaires. Il paraît aussi que la ferme d’en dessous a connu quelques ennuis. Les habitués de ce genre d’affaires ont un mot pour ce phénomène. Ils l’appellent le «choc en retour».

ALBUM 2014 AFRIQUE (page 4)

Photos d’Ebourbié Kando (Burkina Faso-juillet 2014)

     Enfin, ce genre d’êtres humains transfigurés, que nous avons appelés les tranhumains, agissent toujours dans le sens du bien et de la gratuité et dans celui de l’amour. Comme il s’agit d’un don divin ou d’une grâce comme on veut, ils se mettent par oblation totale au service de l’humanité. Il y a, néanmoins, une petite différence sur ce point entre Michèle Decker et Ebourbié Kando. En effet, autour de cette dernière, s’est créée une communauté composée essentiellement de femmes qui prie avec elle dans le cadre des soins prodigués aux malades. Tout indique que l’essentiel de la vie de la communauté tourne autour de la prière comme dans un couvent de religieuses ; et des soins. Pendant ce temps, les femmes n’ont guère le temsp d’aller travailler dans leurs champs pour subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs familles respectives. Aussi, les dons des anciens malades, à titre de reconnaissance, servent à répondre aux besoins quotidiens de cette communauté religieuse. En général, les guérisions obtenues par les soins de ces êtres humains singuliers ou transhumains ne sont guère explicables par les moyens de notre raison philosophico-scientifique qui se meut dans la simplification des phénomènes et leur réduction aux opérations d’action sur la matière : elle n’est efficace que sur tout ce qui est mécanique, décomposable etc.

       Nonobstant ce, nous notons une différence des pouvoirs du cerveau de l’une et de l’autre. En effet, Michèle Decker, outre le fabuleux présent que les puissances invisibles lui ont accordé, a reçu en plus d’un certain Monsieur François d’autres formes de pouvoirs comme outils de l’efficience de ses prières. Celui-ci pouvait aussi communiquer avec l’autre versant de la vie terrestre, c’est-à-dire l’univers des esprits et autres entités invisibles pour nos sens ordinaires. Quelques jours avant sa mort dans un accident de la route (il savait que son heure était arrivée et il désirait mettre à la disposition d’un ou d’une autre certains de ses pouvoirs), il l’avait reçue chez lui pour lui remettre une enveloppe contenant des prières catholiques à Saint-Michel et à Saint Georges. C’était grâce à celles-ci qu’elle délivrait les âmes prises dans des pièges. En revanche, lors de la transfiguration au cours de laquelle son cerveau a subi une transmutation remarquable (une espèce d’explosion des pouvoirs de son cerveau et son ouverture aux supramondes et/ou Réalités ultimes), Ebourbié Kando hérita d’une langue. Celle-ci est inconnue des peuples de son pays ou d’ailleurs. Même les membres de sa communauté ne la comprennent pas non plus ; voire l’ignorent totalement. Et c’est en elle qu’elle chante et qu’elle prie.

      Mais un tel fait n’est pas exceptionnel concernant les pouvoirs du cerveau. En effet, la Revue « Cerveau-Science et conscience » (N° 10 Avril 2015), rapporte l’histoire d’une « Chinoise âgée de 94 ans (qui) sort du coma en oubliant sa langue matermelle ». Certes, Li Jieyu avait enseigné l’anglais au cours de ses jeunes années. Mais, depuis sa retraite, elle ne le parle plus depuis plus de trente ans. Toutefois, en sortant d’un coma suite à un infartus cérébral, « désormais, elle comminque dans un anglais parfait… Les premiers mots de Liu furent : « Where am I ? What is happening ? » (Où sui-je ? Que se passe-t-il ?). D’après cette revue, un tel phénomène n’est nouveau. En 1937, un enfant allemand de 8 ans, suite à un coma résultant d’un violent coup de sabot à la tête, était incapable de répondre à ses médecins en sa langue maternelle. Il était réduit à se servir de quelques éléments du roumain qu’il connaissait quelque peu…

     Michèle Decker montre, par l’une de ses guérisons, que tout ne saurait se concevoir sous le seul angle de la science et de ses propres méthodes. D’où la nécessité de se libérer de nos certitudes scientifiques. D’autant plus que la science – on l’oublie trop souvent – n’est qu’une modalité de l’intelligence et de l’interprétation des phénomènes parmi tant d’autres que nous avons royalement écartés, négligés jusqu’ici.

«  Maxime

   Je reçois un jour un appel anxieux d’une femme tellement bouleversée que des vibrations s’emparent de moi tandis que nous parlons au téléphone. J’ai aussitôt la vision d’un homme jeune couché sur un lit d’hôpital, apparemment sans vie. Brièvement, j’ai l’impression de le voir se dédoubler. Puis la vision s’accélère. Je vois des chambres, des couloirs, des gens qui courent dans la même direction …

_ Votre fils est en clinique, dis-je à ma correspondante. Je viens d’avoir une vision à son sujet. Il est dans le coma …

– Faites quelque chose pour lui, je vous en supplie !

– Je ne suis pas médecin …

– Je sais, madame Michèle. Mais venez quand même, s’il vous plaît.

     Mon mari accepte de m’emmener à la clinique, et pendant le trajet je ne cesse de penser à la vision du jeune homme. Elle était si forte ! Je ne me sens pas à mon aise. J’ai beau me répéter que l’essentiel est de ne pas perdre confiance en soi, il n’est pas facile de sentir se développer en soi-même des phénomènes insolites, incontrôlables. Cette inquiétude m’absorbera jusqu’à notre arrivée sur place.

   Déjà je vois venir à notre rencontre la personne que j’ai eue au bout du fil, Mme Richard.

– Mon fils s’appelle Maxime, me dit-elle.

     Elle m’apprend que les visites sont strictement réglementées. Aussi préférerait-elle que je me présente comme une parente. Il est vrai qu’une voyante n’est pas forcément la bienvenue dans le milieu medical ! On la prendrait facilement pour une intruse.

     Dans le couloir, nous rencontrons un homme au visage défait.

– Mon mari, dit Mme Richard.

   Tandis que nous échangeons une poignée de main, je m’entends prononcer la phrase suivante :

– Votre fils sortira du coma à 14 h 30.

   Et M. Richard de répliquer sur le ton de la colère : _

-Comment pouvez-vous le savoir ? C’est de la folie. Sachez que je ne crois pas aux guérisons miraculeuses ! Et que je n’aime pas les charlatans.

     Déjà je regrette d’avoir laissé ma famille pour venir ici. Quelle mouche m’a piquée de leur offrir mon aide ? Mes prières servent à délivrer les esprits des morts, pas à sortir les patients du coma ! L’espace d’une minute, des idées contradictoires se bousculent dans ma tête. Mais je finis par me dire : «Puisque tu es là, après tout, autant essayer … »

   Le jeune homme au visage figé est bientôt devant moi. On l’a relié à des machines. C’est la première fois que je suis en présence d’un malade dans le coma. Je décide de me concentrer au mieux. Mais j’aurai besoin de secours si je veux arriver à quelque chose – et si tant est qu’il me soit possible d’y arriver.

     Intérieurement, je demande de l’aide pour Maxime. Dans la réponse qui me parvient, il m’est suggéré de poser les mains sur les tempes du patient, et de me recueillir comme si je voulais aller le chercher « dans une autre dimension».

       Cinq minutes s’écoulent. Puis des vibrations émanent des tempes de maxime. Des picotements se produisent au bout de mes doigts. Soudain j’ai une vision : Maxime en train de marcher au ralenti dans un monde qui m’est inconnu. Intérieurement, je l’appelle. Il se retourne. La vision devient floue. Un mal de tête commence à me gagner. J’ai parfaitement conscience d’être dans un hôpital au chevet d’un patient. La vision a disparu, maintenant. Mais j’ai un vertige. La tête me tourne un moment. Puis je ressens une profonde paix térieure. Je sais qu’un transfert d’énergie vient de se produire. Quelque chose a circulé. J’ai la certitude que tout ira bien désormais.

     Le temps de me ressaisir, le visage de Maxime a repris des couleurs -la vie afflue de nouveau.

Je quitte la chambre exténuée. Dans le couloir, je retrouve M. et Mme. Richard. Mme Richard est anxieuse, Je lui prends la main en disant à voix basse :

– Tout va bien. Ne me demandez pas pourquoi, ni comment, mais tout est arrangé …

– Je vous crois, dit-elle.

   Quand je me dirige vers l’ascenseur, je suis encore sous le choc. Au point d’avoir envie de pleurer. Mais une agitation se produit derrière moi. On s’affaire autour de la chambre de Maxime. Une infirmière s’écrie :

– Votre fils sort du coma !

   La pendule, au-dessus de l’ascenseur, indique 14 h 30.

À la seconde où j’appuie sur le bouton d’appel, le père de Maxime me prend le bras en disant :

– Excusez-moi pour tout à l’heure. Je me suis emporté. J’avais peur de perdre mon fils. Je retire le mot charlatan …

– Je ne crois pas en être un, M. Richard. Je pense être quelqu’un d’honnête, au contraire. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour Maxime. Ni comment c’est advenu. Mais je vous ai dit que son coma prendrait fin à 14 h 30. Il est 14 h 30. Et son coma a pris fin.

   Je sais dès lors que j’ai encore changé. Je sais que j’aurai dorénavant la possibilité de demander de l’aide à l’au-delà dans toutes les circonstances où il me sera donné de secourir mon prochain.

     Un mois plus tard, je reçois la visite de Maxime. II m’apprend qu’il avait avalé un cocktail de médicaments. Il voulait en finir avec la vie suite à un chagrin d’amour. Je lui fais le récit de notre rencontre dans sa chambre d’hôpital. Lui ne se souvient de rien.

   Maxime, depuis, s’est marié. Il coule des jours heureux, semble-t-il. De temps en temps, il m’appelle pour donner des nouvelles. Et il se présente toujours en s’exclamant joyeusement :

– Allô! C’est le rescapé de l’au-delà !”

     Michèle Decker nous prouve, par les pouvoirs extraordinaires de son cerveau qui ouvrent sa conscience, son propre esprit aux dimensions auxquelles se heurte notre enveloppe charnelle et qu’elle ne peut atteindre, que la réalité de notre vie sous sa forme terrestre, terreuse même est le versant caché et/ou invisible de cette autre vie propre aux esprits. Les deux modalités de vie sont séparées à la limite par une très fine paroi comme une toile d’araignée. Et celle-ci est contingente à la nôtre. En réalité, les deux dimensions de réalité se côtoient, se touchent, s’imbriquent l’une dans l’autre. C’est pourquoi, selon Michèle Decker, certaines personnes, même décédées, ne réalisent pas si elles sont mortes ou si elles ont juste changé leur mode de vie. C’est qui explique qu’elles continuent l’activité qu’elles avaient pratiquée pendant leur vie terrestre ; comme si tout se passait dans un état de rêve éveillé. La délivrance de l’esprit un meunier en est un exemple typique.

« Le moulin de Théophile

   Je l’ai dit, ma vie de famille accapare beaucoup de mon temps, et j’avoue que je n’ai guère envie d’entendre parler d’âmes en peine en pleine préparation des fêtes de Noël, alors que règne déjà dans la maisonnée le parfum du sapin et des bougies. C’est pourtant ce qui devait fatalement arriver. Gilles, Jonathan et Gaétan sont en train de disposer les personnages de la crèche, quand mon mari m’appelle de l’entrée :

– Il ya des gens qui veulent te voir. Encore une histoire de revenants, je parie …

  1. et Mme Bailleul, après s’être excusés de nous déranger en un moment pareil, me demandent si je suis bien la personne qui s’occupe des phénomènes insolites. Je les invite à entrer. Je leur offre quelque chose. Ils me parlent de ce qui les amène : une histoire de moulin.

– Il n’arrête pas de tourner, dit Mme Bailleul.

Même la nuit !

     Et son mari de m’expliquer qu’ils se sont installés dans un moulin rénové dont ils entendent, hélas, la roue tourner sans cesse. Plus précisément, c’est le bruit de la meule qui leur parvient. Alors qu’elle ne bouge pas. IIs sont persuadés d’avoir affaire à un fantôme. Ils ont besoin d’aide. IIs sont en plein désarroi.

     Mon mari, qui a entendu la conversation, me fait comprendre que je dois y aller : il veillera sur la maison pendant mon absence.

     Le trajet jusqu’au vieux moulin dure une bonne heure. Je découvre au bout du chemin une maison accueillante. Ici aussi, l’ambiance est à Noël : une couronne en sapin décorée de petits anges et de rubans rouges est suspendue à la porte.

   Il règne à l’intérieur ce climat typique des soirs d’hiver d’autrefois. Une odeur de feu de bois s’échappe de la cheminée.

– Vous avez une belle maison, dis-je.

– Ne m’en parlez pas ! réplique M. Bailleul. Nous pensons la vendre ! Ce bruit, vous comprenez … Tenez ! Ça recommence. Écoutez …

En effet, un grincement retentit.

– Ça vient de la remise, reprend M. Bailleul.

– Allons voir.

     Un long couloir nous conduit au moulin proprement dit, là où se trouvait jadis le cœur de l’édifice. En effet, il y a une présence. Un courant d’air familier me la signale. Rien d’agressif, cependant. Je pencherais plutôt pour une entité qui n’arrive plus à se contrôler. Elle est partout à la fois ! J’ai toutes les peines du monde à la localiser. On entend au-dehors couler une rivière : celle qui alimentait la roue. La chatte de la maison vient me saluer.

– Elle s’appelle comment ?

– Minouche, répond M. Bailleul.

   Quand je me penche pour la caresser, Minouche se hérisse et crache en direction de la meule.

J’ai alors une vision faite d’images très rapides qui figurent un homme d’une soixantaine d’années portant un sac sur son dos, coiffé d’un béret, vêtu d’urie vareuse, chaussé de sabots. Cet homme dépose le sac près de la roue. II ôte son béret. Il tire un mouchoir de sa poche pour s’éponger le front. Son chien, un épagneul, se couche sur le sol.

Je décris la scène aux Bailleul.

     C’est alors que l’homme tourne la tête vers moi.

Maintenant je vois parfaitement son visage, son épaisse moustache claire, ses sourcils en broussaille. Il plisse les paupières, comme s’il essayait de distinguer quelque chose dans le noir.

Le voilà donc, ce meunier qui refuse de s’arrêter de travailler ! C’est le prototype même du brave homme. II émane de lui une bonté que je perçois sans difficulté grâce à son aura.

   Mais au bout de quelques minutes, l’aura se modifie et devient plus brillante. L’homme s’approche de moi. II ouvre les mains pour me les montrer. Je ne comprends pas où il veut en venir. Il insiste. Je finis par saisir ce qu’il cherche à me dire à travers ce geste. Il est prisonnier de sa tâche. Il est pareil à un disque rayé qui ne peut s’arrêter de tourner …

       Le meunier s’approche d’un vieux coffre en bois. A genoux, il en soulève le couvercle. Il en tire des documents – d’anciens actes notariaux, semble-t-il. J’ai trouvé ce qui le tourmente. L’aura m’indique que le meunier se sent coupable. C’est surprenant, mais l’explication ne tarde plus à me parvenir. C’est une affaire de dette. Une dette qu’il est persuadé de n’avoir pas réglée. II s’est mis en tête de s’en libérer au prix d’un travail acharné ! Aussi étrange que cela paraisse, le brave meunier ne sait même pas qu’il est mort. Son âme ignore qu’il n’est plus de ce monde. C’est pourquoi il continue son travail. Nuit et jour. Prisonnier à perpétuité de son idée fixe.

– Que dit-il ? demande Mme Bailleul.

– Rien pour l’instant …

La chatte est toujours aussi agressive. Ses yeux semblent suivre le va-et-vient du meunier. Je me décide à intervenir :

– Comment vous appelez-vous ?

– Théophile, répond une voix.

– Il faut vous reposer, Théophile.

Pas de réponse. Je commence à dire la prière. Et tandis que je récite, me parvient le murmure d’une chanson d’antan. Puis une deuxième présence se manifeste, si forte que même Mme Bailleul la ressent.

– C’est un ami du meunier, dis-je. Mort deux ans avant lui. Je crois que nous allons avoir de l’aide.

– J’ai peur, dit Mme Bailleul en se serrant contre son mari.

– Ne vous laissez pas gagner par la peur, dis-je.

Ayez confiance en l’au-delà …

– Vous, dit M. Bailleul, vous avez l’habitude ! Mais pas nous …

     Minouche regarde la fenêtre, puis se tourne vers moi. Elle est d’une humeur plus calme. Je sens que les deux êtres sont partis vers leur nouvelle vie : leurs vibrations se sont estompées rapidement. Tout est rentré dans l’ordre. Cette pièce est rendue à elle-même. En caressant la roue de bois, je ressens encore de faibles vibrations – dernière trace de la présence du meunier. Les Bailleul ne savent comment me remercier. Je leur dis que ma récompense, c’est d’avoir délivré une âme en peine. Nous regagnons l’appartement où la maman de Mme Bailleul m’offre des gâteaux pour les enfants. Il ne me reste plus qu’à regagner ma propre maison, où m’attend ma petite famille. Gilles, Jonathan et Gaétan auront sûrement fini de préparer la crèche. Et le sapin sera habillé de toutes ses guirlandes”.

   La deuxième partie de ces investigations, d’un genre particulier, prouvera, de façon manifeste, le fait que nos sens nous plongent dans une sorte de sommeil ou de rêve évéillé par rapport à la complexité de notre être. La mort n’est rien ; ce n’est pas un acte de foi, mais un fait. Elle est juste un passage nécessaire pour libérer notre esprit et le livrer, ainsi, à sa destination ultime. Car qu’est-ce qu’une vie charnelle ? C’est une transmutation de l’Energie invisible sous une figuration visible singulière et temporaire ; c’est-à-dire sous la figure d’un corps d’emprunt, lui-même fontaine d’énergie. Voici ce que nous sommes, au fond, sur cette terre. D’autant plus que la mort de l’enveloppe charnelle permet à l’esprit d’accéder, comme Platon l’a bien vu, à l’état des savoirs sans limites qui se présentent comme dans un état présent et ouvert à sa lecture, à sa compréhension. Tout se passe comme si l’être d’Energie accédait à ce que Roberto Assagioli[9] a appelé dans ses travaux de psychosynthèse « la superconscience » ; même si le mot « conscience », selon nous, n’est pas le terme adéquat pour qualifier cet état de transfiguration de l’être humain. Car ce disciple de Freud, fondateur de la psychanalyse italienne (XXe siècle), considère celle-ci comme la source de nos facultés psychiques extra-ordinaires et supérieures. Mieux, elle élargit notre vision jusqu’au point de nous permettre de percevoir les phénomènes comme immuables et éternels et de nous percevoir nous-mêmes comme tels. Platon ne ne disait pas autre chose en son temps.

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Bibliographie

– Assagioli Roberto-Docteur-(1888-1974) : Psychosynthèse, principes et techniques (Desclée de Brouwer, Paris 1997, 286 p).

-Pierre Bamony : Le génie du cerveau humain et ses merveilles,

Tome 1 De l’anthropologie quantique comme ultime science de l’homme

Tome 2 Anthropologie quantique et technoscience (L’Harmattan, Paris 2015)

         * Les amours brisées d’un philosophe africain des Lumières (Mon Petit Editeur, Paris 2002)

-Bernard Claude : Introducton à l’étude de la médecine expérimentale (Champs/Flammarion, Paris 1984)

– Brown Rosemary : En communication avec l’au-delà, (Edit. « J’ai lu », Paris 1971)

             Unfinished Symphonies: Voices from the Beyond (William Morrow; First Edition edition January 1971)

– Drouot  Patrick : Des vies antérieures aux vies futures Immortalité et réincarnation- (Editions du Rocher, 1993)

-Epicure Lettre à Ménécée (Garnier Flammrion, Paris 2009)

– Hennezel (de) Marie : La mort intime –Ceux qui ovont mourir nous apprennent à vivre – Préface de François Mitterrand- (Robert Laffont, Paris, 1995)

– Platon La République (Garnier Flammarion, Paris 1989)

-Schwartz Laurent : Cancer – Guérir tous les malades ? (Hugo&Compagnie, Paris 2013)

-Stevenson IAN : 20 cas suggérant le phénomène de réincarnation – L’enquête la plus sérieuse au monde – Trad. Ariane de Lestrange – (Edit. « J’ai lu », Paris 2007)

Revue « Cerveau Science et Conscience » N° 10 Avril 2015

-Science & N.D.E. N° 17 Juillet 2015

[1] Introducton à l’étude de la médecine expérimentale (Champs/Flammarion, Paris 1984)

[2] In Lettre à Ménécée (Garnier Flammrion, Paris 2009)

[3] Marie de Hennezel : La mort intime –Ceux qui ovont mourir nous apprennent à vivre – Préface de François Mitterrand- (Robert Laffont, Paris, 1995)

[4] Le génie du cerveau humain et ses merveilles

Tome 1 De l’anthropologie quantique comme ultime science de l’homme

Tome 2 Anthropologie quantique et technoscience (L’Harmattan, Paris 2015)

[5] 20 cas suggérant le phénomène de réincarnation – L’enquête la plus sérieuse au monde – Trad. Ariane de Lestrange – (Edit. « J’ai lu », Paris 2007)

[6] Patrick Drouot : Des vies antérieures aux vies futures Immortalité et réincarnation- (Editions du Rocher, 1993)

[7] Rosemary Brown : En communication avec l’au-delà, (Edit. « J’ai lu », Paris 1971)

   Rosemary Brown, Unfinished Symphonies: Voices from the Beyond (William Morrow; First Edition edition January 1971)

[8] In Pierre Bamony : Les amours brisées d’un philosophe africain des Lumières (Mon Petit Editeur, Paris 2002)

[9] A propos de l’efficience de la psychosynthèse sur l’individu, Roberto Assagioli écrit : « « La Psychosynthèse n’est pas une tâche qui peut être achevée, menant à un résultat final et statique, comme la finition d’une construction. La Psychosynthèse est un processus vital et dynamique, menant à des conquêtes intérieures toujours nouvelles, à une intégration toujours plus large ». – Docteur Roberto Assagioli (1888-1974 : Psychosynthèse, principes et techniques (Desclée de Brouwer, Paris 1997, 286 p)).

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