De l’immortalité de l’âme dans l’œuvre de Platon : Réalité ultime, Raison, mythe et croyance

Introduction : Platon, visionnaire de la vie après la mort

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Buste de Platon

     Nous vivons dans des temps d’une superbe illusion, comme trempés au cœur même de la Maya, cette Déesse de l’apparence de la philosophie et de la religion hindoues. Cela tient au fait essentiel qu’une même croyance s’est imposée à presque tous les contemporains ; et de façon universelle : la foi en la toute puissante technoscience que nous confondons scandaleusement avec la Science. Celle-ci se définit, selon Platon et son disciple Aristote, comme la connaissance désintéressée des phénomènes, c’est-à-dire le triomphe de l’intelligence humaine dans la pénétration au coeur de ceux-ci, voire le savoir pour le plaisir de connaître la nature des faits, à l’instar de la recherche fondamentale sous l’angle de l’Astrophysique, de la physique quantique, entre autres. A titre d’exemple : lorsque Hélène Courtois (U-Lyon) et ses collègues astrophysiciens Brent Tully(Hawaii U.),  Yehuda Hoffman(Hebrew U.) , Daniel Pomarède (IRFU, Saclay) In NATURE, VOL-513, NUMBER-7516, P71-(4-SEPTEMBER-2014) etc., suite à de très nombreuses observations du cosmos publient le fruit de leurs travaux sur Laniakéa découverte en 2014, une telle nouvelle vision du l’univers n’a aucune utilité pratique pour le confort du quotidien des hommes. Laniakea ou le « ciel immense et incommensurable » en langage hawaiien est seulement une gloire intellectuelle, une élévation de l’esprit humain aux confins de l’univers. Car ce superamas est une structure de 500 millions d’années-lumière, c’est-à-dire dix fois plus étendue que sa taille estimée auparavant. Il « regroupe la Voie lactée et 100 millions de galaxies semblables » dit-on dans “Science et Avenir” (Novembre 2014, N°813). De même, la théorie des cordes, qui n’a pas de finalité utilitaire, semble être une théorie pertinente qui pourrait bouleverser notre conception classique de la matière, de l’espace et du temps (Brian Green : L’univers élégant – Robert Laffont, Paris 2000).

      Il en est tout autrement de la technoscience, qui est l’application technologique de certaines données de la science fondamentale. Son but est toujours mercantile, financier et surtout l’ambition de dominer la nature (« Devenir comme maître et possesseur de la nature » selon Descartes –Discours de la méthode-) comme si, enfants de la nature, nous avons décidé par orgueil et par arrogance, de commettre l’imparable : le meurtre de la Mère. Malheureusement, les conséquences de cette technoscience, toujours gravissimes, sont le conditionnement, l’aliénation mentale des terriens ; lesquels se trouvent alors dans une situation de servitude volontaire. Dès lors, le présent triomphe de la technoscience nous incline à croire que nous connaissons un extraordinaire progrès par rapport aux humanités antérieures. Or, sur ce point, on confond superbement l’amélioration des conditions matérielles de la vie, voire le triomphe de la cybernétique, avec le progrès humain qui est essentiellement celui de l’esprit, de l’intelligence.

Platon-Aristoteles

Platon et Aristote par Raphael

     Une telle illusion et/ou foi nous impulse, cela est évident, à nous penser supérieurs aux humanités précédentes, à nous affirmer comme des êtres quasiment détachés de nos ancêtres. Nous sommes enfin arrivés au sommet de la soi-disant évolution humaine[1] qui est celle d’un temps éclairé. En réalité, il s’agit d’un monde qui baigne dans la croyance au matérialisme obscurantiste. Rien d’autre n’existe que ce qui est de l’ordre du concret, du palpable, c’est-à-dire la matière nue, brute et sans mystères.

     Or, une telle croyance est tout à fait fausse ; c’est même un leurre monstrueux. En fait, cette présumée mise à distance[2] des mondes antérieurs démontre, si elle était effective, qu’elle nous éloignerait, au contraire, de la vérité première, fondamentale des phénomènes initiaux qui nous structurent toujours. Les témoins d’un fait historique, d’un événement, malgré la défaillance de la mémoire, sont infiniment plus crédibles que ceux qui n’en gardent qu’une pâle image dénuée de son essence. Telle est la position fondamentale de l’un des plus grands génies de la science de tous les Temps, en l’occurrence, le divin Platon. En effet, dans l’ensemble de ses dialogues, Platon s’est vite rendu compte que la ratiocination, quelque séduisante et rigoureuse qu’elle soit dans son processus de démonstration, conduit toujours à l’impasse. Elle souffre effectivement du péché d’orgueil de son enfantillage. Comme elle est l’une des dernières nées des facultés du cerveau humain, elle n’a pu être témoin de rien relativement aux phénomènes qui expliquent plus essentiellement la complexité de l’être humain, voire la substructure de la Matière qui n’est pas aussi simple qu’une certaine science mathématique (le triomphe des symboles) le croit d’ordinaire ; même dans ses plus élémentaires parties. Elle est même subtile, cachotière et énigmatique. Dès lors, comme dans Phédon, entre autres ouvrages profonds de Platon, quand les démonstrations rationnelles visant à comprendre de manière intime et à résoudre des phénomènes réels, mais invisibles comme l’âme, conduisent à l’impasse, cet auteur a généralement recours au mythe pour expliquer ces faits. D’où vient alors cette confiance de Platon au mythe ? Qu’a-t-il de plus dont la raison est dénuée ?

     C’est que le mythe, en son essence, a quelque chose d’éternitaire. Il renvoie, en sa profondeur, aux secrets bien gardés des événements primordiaux des mondes humains et non humains en tant qu’il les conserve, en son sein, comme une parole poétique est voilement alors que la raison est tentative de déploiement de ce qui est essentiel. C’est en ce sens que Jean-Pierre Vernant[3], l’un des grands connaisseurs contemporains de la Grèce antique, reconnaît que, malgré les efforts des savants de dénigrer le “muthos” par rapport au “logos”, celui-ci est encore empreint du “muthos”, même s’il n’en est qu’une pâle figuration. Dans l’absolu, il n’y a pas de différence essentielle entre mythe et science. Car les mythes portent des figures d’observation, de témoignage à la source desquelles la science ne manque d’aller s’abreuver pour se renouveler. C’est en ce sens que l’historien Baudrillard écrit : « C’est ce qui a lieu dans le temps présent comme ayant eu lieu jadis, et qui par cela même est fondé sur soi, “authentique”. L’objet ancien, c’est […] l’immémorialisation d’un être précédent, processus qui équivaut dans l’ordre imaginaire à une élision du Temps. »[4]

       Le mythe paraît donc rendre d’avance suspecte toute volonté de la science et de la raison contemporaine, entre autres, de l’inférioriser. Car tout mythe est dualité du point de vue de son sens profond : d’une part, sa dimension manifeste recèle aussi du latent et du caché ; d’autre part, il contient, malgré soi, un sens énigmatique. On saisit alors tout le sens de la confiance que Platon accorde au mythe lorsqu’il s’agit de comprendre des réalités invisibles comme l’âme. Telle est aussi son admiration pour « l’art égyptien »[5], qui ne se contente pas de plagier ni de déformer le Réel métaphysique ou absolu en nous orientant vers le contingent, mais au contraire vers ce qui est constant en lui, en l’occurrence, la révélation de l’originaire. Le mythe lève donc le voile sur l’origine, l’Etre, et sur l’immortalité de l’âme grâce aux témoignages de ceux qui sont les paradigmes de l’Humanité initiale. 

I- De l’origine et de l’histoire de l’immortalité de l’âme

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     Dans son ouvrage Etre et temps (Gallimard, Paris, 1986), Martin Heidegger pose le paradoxe de la vie, de l’existence humaine en particulier, dans toute son acuité et dans sa profondeur : « Dès qu’un humain vient à la vie, déjà il est assez vieux pour mourir. » Dans son analyse, il ajoute que « la mort est une manière d’être que la réalité humaine assume dès qu’elle est. » Le problème, dans cette thèse, réside essentiellement dans le verbe “assume” en parlant de la mort. Ni individuellement, ni collectivement, le genre d’êtres vivants qui se nomme lui-même Humanité n’a pu “assumer” la mort, en raison même de son mode propre d’être. Mourir, ce n’est ni “s’achever”, ni “finir” au même titre que les autres phénomènes de notre Cosmos. Pour reprendre les exemples de Heidegger, “la pluie cesse” ou “la pluie est finie” signifie qu’on passe à un autre état de réalité. Mieux, cette cessation de la pluie présuppose qu’il y aura d’autres pluies, et d’autres achèvements de pluie. C’est un arrêt instantané qui appelle, quasi éternellement, une répétition du même ; d’autres moments de ce genre. Or, concernant la mort, les choses se passent toujours de manière tout à fait différente. S’il y a répétition, celle-ci réside uniquement dans les morts singulières. Mais, la mort en elle-même, c’est le Rien absolu qui est, en soi-même, impensable, inenvisageable. La mort, pour le genre humain et pour l’individu, est toujours absurde. En effet, comment comprendre qu’on naisse – et pour peu qu’on soit attaché à l’existence pour ses sources inouïes de plaisir –, on puisse vouloir mourir, c’est-à-dire envisager ce néant comme figure de projet ?

     Par hypothèse, il est tout à fait possible de soutenir que c’est cette étrangeté de la mort qui a conduit les Anciens Egyptiens, parmi les premières civilisations de l’Humanité, à tâcher de trouver des moyens pour apprivoiser la mort, la dompter, voire lui faire face avec sérénité. En effet, en soi, la mort physique n’est rien. C’est juste un passage, une fin du déploiement d’un destin singulier ; ce qui revient à acquiescer aux lois générales inhérentes en ce monde physique. Paul Bargnet a montré, chez les Anciens Egyptiens[6], comment les mondes, notamment humains, se conçoivent sous une double dimension : d’une part, le monde humain intramondain et, d’autre part, le monde humain méta-humain ou, si l’on préfère, le « royaume des morts », figure du repos éternel pour les âmes bienheureuses. Cela se comprend ainsi dans la mesure où l’être humain est constitué de plusieurs composantes ou parties : le djet ou corps et le Ka qui correspond au double spirituel, c’est-à-dire l’âme. Celle-ci, après s’être incarnée dans un corps, l’accompagne depuis la naissance jusqu’au décès d’un individu. La mort signifie pour l’esprit/âme qui, de par son essence intrinsèquement immortelle, le fait de se dépouiller de sa coquille[7], laquelle est destinée à la destruction, ou à une transformation matérielle comme l’embaumement et l’enterrement. Car lorsqu’un corps n’est pas embaumé, le Ka ne peut accéder au repos éternel après la mort du djet.

       Ce rite, qui consiste à donner un semblant de vie au corps, est hérité de l’art de la déesse Isis, aidée par Anubis qui a reconstitué le corps de son amant Osiris pour lui redonner vie. Ainsi, l’embaumement symbolise la renaissance du défunt et l’accès au « royaume des morts », c’est-à-dire au repos éternel du Ka. Auparavant, comme on le verra avec Platon et les deux autres parties ultérieures de ces investigations, l’âme doit passer par le verdict d’un Jugement concernant les actes de la vie du défunt sur Terre. Il s’agit de la pesée de l’âme ou psychostasie : l’âme de tout défunt est mise sur une balance en contre-point avec une plume, symbole de la déesse Maât. Au cas où le cœur de ce dernier est plus léger que la plume – ce qui signifie qu’il n’est pas entaché de fautes graves, de maux irréparables – alors le défunt obtient son passeport pour le royaume des morts. Autrement, et contrairement à Platon qui envisage la métempsychose de l’âme du défunt dans des corps infâmes de vivant, il est condamné à être dévoré par un monstre, notamment par la déesse Taouret ou par Ammout, divinité monstrueuse à tête de crocodile. Une telle sanction a pour effet la disparition définitive de l’âme[8] du défunt.

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Pesée de l’âme chez les anciens Egyptiens

       Toutefois, cette conception de l’âme, qui disparaît dans la gueule d’un monstre, ne semble pas refléter une image exacte de l’ensemble des croyances de l’ancienne Egypte. Car tout égyptien croit en la réincarnation de l’âme, c’est-à-dire en la possibilité pour celle-ci de revenir parmi les vivants pour prendre possession d’un nouveau corps en vue de continuer son cycle de vie sur Terre. Celui-ci peut passer par la réincarnation successive dans des corps d’animaux marins, terrestres, des oiseaux du ciel etc. Une suite et une fin heureuses pour une âme consistent à entrer dans un corps humain destiné par sa naissance et par sa préparation propre à la recevoir. En ce sens, chaque être humain, entre autres, apparaît comme un serviteur ou un canal des principes supérieurs ou des êtres qui le dépassent infiniment. Mieux, il est destiné à devenir la demeure du Ba, c’est-à-dire l’identité divine de l’être humain. Dans cet éternel présent, malgré le processus du mourir et du vivre perpétuel, l’âme ne perd nullement sa propre identité, même en s’incarnant dans des corps successifs. Elle est consciente d’elle-même en donnant l’impulsion essentielle à la vie d’un individu. C’est elle qui le fait mouvoir, qui agit à travers son corps, qui donne sens à sa vie et/ou à son existence.

       Cependant, dans tout processus de croissance (grandir) et de décroissance et/ou dépérissement (vieillir), elle ne change guère de forme. C’est le corps seul qui subit les avaries du Temps. En ce sens, toute âme a une durée infinie avant sa prise de possession d’un corps ; et d’une durée infinie après la mort de celui-ci. En réalité, il convient de dire que l’âme est éternelle plutôt qu’immortelle. Ainsi, puisqu’elle survit toujours à son double vivant, la mort de celui-ci n’est pas vraiment la mort puisque la “vie” se poursuit toujours sous une autre forme, c’est-à-dire sous sa figure dématérialisée. C’est pourquoi, pour un certain nombre d’Egyptiens, suivant la singularité de leur conception de l’âme, celle-ci, après la mort de son double vivant, va se joindre aux innombrables étoiles, voire se fondre dans l’Ame universelle inhérente au Cosmos sous sa dimension spirituelle.

II- L’expansion de la croyance en l’immortalité de l’âme de l’Egypte ancienne aux religions de l’orient ante- et post – chrétien

     Au cours des Temps modernes, avec les découvertes des splendeurs de l’Egypte ancienne par l’Occident, un grand nombre de ses historiens, archéologues et paléontologues se sont évertués à isoler ce pays du reste des autres contrées et continents. Comme la civilisation égyptienne confinait au divin par certains de ses ouvrages culturels, on en est venu à penser qu’elle était incomparable par rapport à d’autres civilisations contemporaines ou même postérieures à l’Egypte ancienne. Pire, des historiens mal intentionnés, dont la conscience aliénée par les pseudo-savoirs de leur époque (XIXème et XXème siècles), ne pouvant se départir de leurs préjugés anti-noirs, ont même coupé radicalement l’Egypte de ses racines culturelles africaines, voire de son site géographique africain. Il leur semblait impensable qu’une telle et si brillante civilisation humaine ait eu quelques rapports avec les peuples noirs. Or, étant située au carrefour de trois continents, en l’occurrence l’Afrique, l’Europe, l’Asie-Orient, l’Egypte n’a manqué d’avoir une très forte influence sur les cultures, les religions, les croyances de ces trois zones de notre commune Terre. Telle est l’expansion de la croyance en l’immortalité de l’âme vers d’autres zones de la terre ; ce qui démontre, avec évidence, que quelle que soit la période des Temps humains, les peuples n’ont jamais cessé de voyager, de se côtoyer, d’échanger et de s’influencer mutuellement. L’identité des croyances à travers le Temps et l’espace donne raison à notre thèse.

  • La prégnance de la religion de l’Egypte antique sur les croyances des peuples du Proche et du Moyen-Orient ante et post-chrétien
  •           L’une des premières religions qui a eu une place éminente dans l’antiquité avant J-C. est, sans conteste, l’orphisme. Ce mouvement religieux de la Grèce antique est fondé par le poète légendaire thrace Orphée, au VIe siècle avant J-C. D’après O. Kern, on doit la codification complète de cette religion à Onomacrite. Or, selon cette historienne, avant l’émergence et l’expansion de l’orphisme dans le monde géographique hellène, on ignorait la pensée de l’immortalité de l’âme. C’est donc à partir de cette religion du VIe siècle avant J-C., dont les racines et les sources d’inspiration viennent de l’Egypte ancienne, que la croyance en l’immortalité de l’âme et en sa réincarnation éventeulle s’est imposée en Grèce. Et l’un de ses plus éminents représentants, le philosophe Pythagore, a farouchement défendu la thèse de l’immortalité de l‘âme. Selon lui, on ne peut concevoir raisonnablement que la vie humaine puisse cesser brusquement après la mort. Il s’est fait sienne l’idée – Platon[9], de son côté, la soutiendra plus tard – que l’âme est une part du divin en l’homme et qu’à ce titre, elle est immortelle.

     Entre autres thématiques religieuses, l’orphisme défend la palingénésie, c’est-à-dire le retour à la vie terrestre de l’âme. En effet, toutes les âmes prennent d’autres formes d’existence, par exemple le père peut prendre la figure du fils, ou l’être humain celle de l’animal ou de la plante. Le mysticisme orphico-pythagoricien enseigne aux initiés, par l’ascèse et l’hygiène végétarienne, l’art et l’espérance d’être délivré de la prison du corps ; bref, de se libérer de la soif de vivre corporellement[10].

     Selon Pythagore et, plus tard, Platon (Phédon), le corps (sôma) est un tombeau (sêma), à la fois signe et prison et/ou protection de l’âme (psyché). Ce philosophe pense l’âme à la manière d’un nombre qui est harmonie, combinaison des propriétés, bonne proportion. Elle est vie et mouvement. En tant qu’elle est le signe de la vie, elle est immortelle. Et toute âme, avant d’être enchaînée à un corps, hic et nunc, a connu des vies antérieures aussi différentes les unes autant que les autres. Contrairement à la pesée de l’âme du défunt égyptien, pouvant être condamnée par la Justice divine en cas de fautes lourdes et graves, Pythagore pensait que l’âme pouvait entrer dans n’importe quel corps. Qu’est-ce qui motive le désir de la transmigration ? Pythagore ne put ni ne voulut répondre à une telle question. A ses disciples, il se contentait de leur révéler ses existences antérieures. Entre autres, il fut Euphorbe (prêtre d’Apollon), Hermétiste (chamane), Pyrrhus (modeste pécheur), Aithalidès, fils supposé d’Hermès qui lui avait accordé le privilège de conserver les souvenirs de ses vies antérieures intacts[11]. Cette conception de l’immortalité de l’âme se retrouve aussi dans les religions hindoues et bouddhistes.

Pythagoras prônant le vegetarianisme-Rubens

Pythagore et l’éthique végétarienne

  • Hindouisme et bouddhisme et le destin de l’âme

     A l’instar des religions de l’Egypte ancienne, celles de l’orient, plus précisément les religions qu’on a convenu d’appeler indo-iraniennes, c’est-à-dire hindoues et bouddhistes se fondent, elles aussi, sur la croyance de la vie après la mort. De telles similitudes, au fond, ne sont pas si surprenantes qu’elles n’en ont l’air. Comme nous l’avons posé auparavant, les peuples, depuis l’Afrique à l’Egypte ancienne en passant par le Moyen-Orient, n’ont cessé de circuler dans l’espace et dans le Temps. C’est ce que, entre autres historiens, René Guénon[12] ou Louis Renort[13] ont démontré dans leurs travaux sur les cultures, les peuples et les religions de l’Inde. Si les hommes ont été accoutumés à échanger des marchandises, des objets manufacturés, ils ont aussi opéré une véritable translation des valeurs immatérielles comme les idées, les religions, les croyances etc. Certes, entre le bouddhisme des origines et l’hindouisme, existaient quelques nuances fort importantes. En effet, contrairement aux diverses figures de l’hindouisme, le bouddhisme primordial niait l’existence d’une âme immortelle. L’être humain était conçu comme une combinaison de forces physiques et mentales. Cependant, et tel est l’un des paradoxes de cette philosophie/religion initiale, tout comme l’hindouisme, elle concevait que tous les êtres humains sont destinés à passer d’une vie à une autre à travers de nombreuses renaissances (samsâra). Celles-ci s’opéraient en fonction des actes présents et passés (le Karma) de l’âme des défunts. Une telle thèse suggère bien l’idée d’une survivance de l’âme après la mort ; et de possibles sanctions infligées à celle-ci en vertu des actes accomplis en bien ou en mal[14].

     Ainsi, entre la religion égyptienne et le Jaïnisme par exemple, on peut retenir quelques traits communs de leurs doctrines et/ou de leurs croyances : le dualisme du bien et du mal ; la transmigration des âmes ; la responsabilité corrélative de la liberté individuelle ; la possibilité de la délivrance de l’âme du cycle de réincarnations[15] etc. Cependant, et d’une façon générale, ces religions considèrent que l’âme et l’esprit sont différents par nature : si l’âme est éternelle, sans commencement ni fin possible, il en est tout autrement de l’esprit/clone qui naît avec un individu et meurt avec lui[16]. L’esprit est lié et soumis à l’égo ou ahamkara ; donc aux processus de destructions et de créations cycliques. En revanche, le Soi, principe vital, âme ou atman est divin parce qu’il est identifié à Brahman ou Dieu, l’Absolu ou Ame universelle.

       Des passages de La Bhagavard-Gîtà soulignent bien la pensée bien ancrée dans les religions hindoues de la transmigration de l’âme : « L’âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf. » Ainsi, l’âme est soumise à une suite continue de cycle de réincarnations, passant d’une forme de vie à une autre. Car, selon le même texte, « certaine est la mort pour celui qui est né, et certaine la renaissance pour ce qui est mort. » La réincarnation de l’âme, principe vital éternel dont le temps réel est un éternel présent, négation de toute durée, est donc une croyance fondamentale dans la pensée philosophico-religieuse hindoue. L’essentiel, pour chaque âme ou atman, est d’avoir un bon Karma pour accéder au sein de Brahman pour l’éternité et, ainsi, échapper au cycle des réincarnations ou samsâra. En revanche, selon les doctrines ou les écoles bouddhiques, la renaissance n’est pas un article de foi universel. A titre d’exemple, le courant du Bouddhisme hînayâna privilégie d’avantage l’éveil personnel : l’être humain, dans cette transfiguration, devient Arhat en quittant le samsâra pour atteinte le Nirvana.

       En somme, quelle que soit la manière de concevoir les phénomènes religieux, l’idée d’âme, à l’inverse du Christianisme, n’y est presque jamais absente.

  • Le Christianisme comme religion de synthèse de toutes les croyances antérieures à son avènement

       Bien que Freud ait démontré le lien étroit entre le Judaïsme et la religion de l’Egypte ancienne, par le biais de Moïse[17] qui était, selon lui, un prince égyptien, il y a une différence majeure entre les deux. Si l’Egypte croyait bien en l’immortalité de l’âme au point de bâtir, pour le repos de leur être/âme, des tombeaux somptueux, il en est tout autrement des textes bibliques. Les mentions de l’immortalité (athanasia) sont plutôt rares. Dans l’Ancien Testament, la notion de survivance de l’âme après la mort n’est pas manifeste. Celle-ci ne désigne pas une partie de l’homme, mais l’homme tout entier en tant qu’être vivant. Cependant, c’est grâce à la philosophie de Platon et à sa conception dualiste de l’être humain en tant que corps et âme, que la croyance en l’immortalité de l’âme s’est introduite dans le Judaïsme pendant la période hellénique ; puis, plus tard, dans le christianisme en tant que dogme. Bien que les Evangiles parlent de la résurrection de Jésus Christ, en vertu de la prégnance et de l’influence des textes primo testamentaires sur les premiers chrétiens, ces derniers croyaient en une résurrection qui aurait lieu à la fin des temps, c’est-à-dire au retour du Seigneur. Ce sont surtout les Pères de l’Eglise, comme Augustin ou Ambroise, ou encore Origène d’Alexandre, fortement influencés par la philosophie de Platon, qui vont concevoir une temporalité eschatologique suivant la philosophie et les croyances grecques. L’idée de l’immortalité de l’âme fait alors jour dans leurs pensées.

       Cette conception prenait également appui sur le jugement individuel dont découlerait la récompense d’une vie pieuse sur terre ou la punition des mauvaises actions aussitôt après la mort. Ainsi, « à partir du IIème siècle, les Chrétiens qui avaient une certaine connaissance de la philosophie grecque commencèrent à éprouver le besoin d’exprimer leur foi selon les termes de cette philosophie, tant pour leur satisfaction intellectuelle que pour convertir des païens instruits. La philosophie qui leur convenait le mieux était le platonisme »[18]. D’où toute une conceptualisation ex-nihilo des trois états futurs et possibles du destin de l’âme. Ainsi, Augustin admit un état intermédiaire, le Purgatoire entre la félicité future des Justes et la damnation des réprouvés, des pécheurs, des méchants. Le dogme du Purgatoire, qui s’imposa dans l’Eglise au VIème siècle après J-C., dut attendre le Concile de Florence en 1439 pour être proclamé comme dogme de l’Eglise et comme acte de foi[19]. Au cours de son histoire, l’Eglise a dû renoncer à la doctrine biblique de la résurrection en faveur de la croyance païenne en l’immortalité de l’âme issue de l’orphisme, conceptualisée par Pythagore et par Platon en particulier. De même, l’Eglise imposa aux Chrétiens la croyance en l’immortalité de l’âme. Celle-ci fut officiellement proclamée, sous la forme d’un dogme, en 1513 au Concile de Latran V.

       Dès lors, l’influence des religions dites païennes, comme l’orphisme, et la philosophie grecque ont eu un impact considérable sur la « secte juive » , selon l’expression de Porphyre de Tyr (234-305 ?), disciple de Plotin, devenue religion d’Etat sous Constantin Premier le Grand au IVe siècle après J-C. Et sa pratique a pu accéder au rang d’une raison universelle grâce à l’intelligence de deux Pères de l’Eglise : d’abord, Saint Augustin qui a « christianisé » la pensée de Platon en l’introduisant dans ses conceptions et ses théories religieuses ; ensuite, Saint Thomas d’Aquin, au Moyen-Age, « christianisa » à son tour la philosophie d’Aristote. Pour l’un comme pour l’autre, il s’agissait d’harmoniser le savoir, la foi chrétienne et la sagesse antique en érigeant au rang d’une théologie rationnelle[20] ce qui n’était que de l’ordre du sentiment, de la pratique, du rituel. Le dogme de l’immortalité de l’âme, sous l’angle de la pensée platonicienne, vise à mettre l’homme au-dessus des autres espèces vivantes. Seule l’espèce humaine, faite à l’image de Dieu, est douée de raison et de facultés éminentes. Car c’est son âme et/ou sa raison qui fait l’excellence de l’homme en l’arrachant à l’ignominie de ses instincts, à l’empire de son corps. L’homme s’est divinisé en s’affranchissant de sa dimension terreuse qui le rend semblable aux autres espèces vivantes.

     Ainsi, depuis le IIe siècle après J-C. jusqu’à nos jours, le dogme de l’immortalité de l’âme, même s’il s’agit d’une hérésie par rapport aux Ecritures, est devenu un acte de foi éminent de l’Eglise catholique. C’est l’âme qui confère à l’homme sa véritable identité divine et qui maintient la continuité entre sa vie terrestre, destinée à la mort par et dans celle de son corps, et la résurrection des morts. Car même séparée dans la mort de son corps terrestre, l’âme continue d’accomplir des actes personnels en tant qu’elle est dotée de volonté intelligente. C’est pourquoi, dans la pratique religieuse catholique, on adresse des prières aux âmes des bienheureux puisque, d’après Saint Augustin, la croyance en l’immortalité de l’âme n’est pas incompatible avec celle de la résurrection des morts[21].

Jésus Ressuscité

 Jésus ressuscité

Certes, de nos jours, il y a un retour en force vers les principes du Nouveau Testament qui pose que la résurrection doit être envisagée en lien étroit avec le retour du Christ et non pas avec la mort singulière de l’homme. Pour la théologie contemporaine, s’agit-il d’une volonté d’affranchissement par rapport à la domination de la pensée platonicienne, notamment sa conception de l’immortalité de l’âme ?

III- De l’impuissance de la raison dialectique à saisir la vérité ontique dans les Dialogues de Platon

     Platon est, sans conteste, le premier scientifique accompli de l’histoire. Dès le IVe siècle avant J-C, il a donné à l’humanité une vision complète des phénomènes à la fois dans l’amplitude de la pensée et dans celle de l’être, condamnant presque ses successeurs jusqu’à nos jours à la répétition ; y compris dans la science qui fascine encore tant les esprits non avertis et tous ceux qui ignorent toujours que sans la philosophie, il n’y aurait point eu de science, ni non plus une intelligence rationnelle du Cosmos. Toutefois, la pensée de Platon n’est intelligible en profondeur qu’autant que nous atteignons un degré élevé de compréhension de sa vision du monde.

     Ainsi, et à titre d’exemple, revenant sur La République (Livre VII, § « allégorie de la caverne ») et interprétant de manière tout à fait originale la théorie de Platon, le prix Nobel de physique, Werner Heisenberg, rend hommage aux fondateurs de la science moderne, en l’occurrence Platon et Descartes. Dans sa Physique et Philosophie, il écrit en effet ceci « “Après l’apogée de la science et de la culture grecques, aux Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ, et durant les deux mille années qui ont suivi, l’esprit humain s’est en grande partie préoccupé de problèmes d’un autre genre. Dans les premiers siècles de culture grecque, la plus forte pression venait de la réalité immédiate du Monde où vit l’homme et qu’il perçoit par ses sens.

    Cette réalité bouillonnait de vie et l’on ne voyait pas de raison valable pour souligner la distinction entre matière et esprit, entre le corps et l’âme. Mais dans la philosophie de Platon, l’on s’aperçoit déjà qu’une autre réalité commence à prendre de la force. Dans sa fameuse parabole de la caverne, Platon compare les hommes à des prisonniers enfermés dans une caverne où ils sont attachés de manière à ne regarder que dans une direction ; un feu est allumé derrière leur dos et ils voient sur un mur leur propre ombre et celle des objets qui se trouvent derrière eux. Ne voyant que des ombres, ils se figurent que celles-ci sont réelles et ne se rendent pas compte qu’il existe des objets.

     Finalement, un des prisonniers s’évade et passe de la caverne à la lumière du jour ; pour la première fois, il aperçoit des choses réelles et il se rend compte qu’il a été jusque-là trompé par les ombres ; pour la première fois, il connaît la vérité et pense avec regret à sa longue vie dans l’obscurité. Le vrai philosophe, c’est le prisonnier qui s’est échappé de la caverne et est parvenu à la lumière de la vérité, c’est celui qui possède une connaissance réelle. Cette prise de contact immédiate avec la vérité – ou, pourrait-on dire, avec Dieu – est la nouvelle réalité qui a commencé à devenir plus forte que la réalité du Monde tel qu’il est perçu par nos sens. Le contact immédiat avec Dieu se produit dans l’âme humaine et non dans le Monde, et c’est ce problème qui a préoccupé la pensée humaine plus que toute autre chose durant les deux mille ans qui se sont écoulés après Platon. Au cours de cette période, les yeux des philosophes étaient fixés sur l’âme humaine et sur ses relations avec Dieu, sur les problèmes d’éthique. Et sur l’interprétation de la Révélation et l’on n’étudiait plus le Monde extérieur” (Chapitre V : Le développement des idées philosophiques depuis Descartes et la nouvelle situation en théorie quantique, (A. Michel, coll. “Sciences d’aujourd’hui”)).

     On retiendra ici le fait que la théorie de l’immortalité de l’âme, l’existence préempirique de celle-ci trouve des confirmations, près de 4000 ans plus tard, dans les témoignages de ceux qui ont connu l’expérience de la mort temporaire. En effet, la libération de l’âme par rapport au poids de son corps lui permet d’avoir accès immédiatement à la puissance et à l’amplitude d’une science universelle. Platon ne voyait dans le corps que le véhicule temporaire de l’esprit. Dès lors, comme le prouvent les témoignages des interviewés du Docteur Moody – il en sera question dans la deuxième partie de la suite, des conséquences et des vérifications de la conception de Platon sur la vie post-mortem -, la mort n’est rien d’autre que la séparation de la partie invisible ou étincelle de lumière de l’Etre d’Energie et de l’enveloppe charnelle qu’est le corps d’un être vivant.

  • Les preuves de l’immortalité de l’âme

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       L’un de ses ouvrages où Platon met en confrontation la force de la démonstration de la raison dialectique et la puissance du mythe comme vérité première et ultime censée mettre un terme à la vaine ratiocination est, sans conteste, le Phédon. Mais, auparavant, dans la perspective de sa conception de l’immortalité de l’âme, Platon pose la thèse suivante : la finalité de la philosophie consiste essentiellement, dès cette vie, à détacher l’âme du corps. En effet, le corps est un nœud de désirs ; ce qui en fait un champ de bataille quotidienne. C’est pourquoi, la mixité corps et âme est dangereuse pour celle-ci. Tant que nous lui sommes conjoints, ses multiples distractions, la nécessité de satisfaire continuellement ses besoins, ses désirs insensés gênent grandement l’âme dans sa volonté de poursuivre et de voir la vérité par ses propres efforts. Elle ne peut voir ni le bon, ni le beau en soi, ni toutes les essences en raison de l’obstacle majeur que constitue le corps pour elle. Car on ne peut saisir celles-ci qu’avec la pensée pure, c’est-à-dire l’âme rendue à elle-même. Dès lors, et dès cette vie, les amis de la science, en l’occurrence les philosophes, doivent vivre comme s’ils étaient morts au corps. Dans cette perspective, le philosophe aurait tort de craindre la mort puisque, tout au long de sa vie ici-bas, il s’est exercé à s’abstraire de l’empire de son corps.

     Avant de commencer la démonstration de l’immortalité de l’âme, Platon se réfère à ce qui, dans la tradition, constitue la source du vrai, le fondement des phénomènes. En effet, selon une tradition très ancienne, les âmes, dont on ne peut douter de l’existence réelle, qui se sont dépouilles de leur corps, vont poursuivre leur vie dans l’Hadès suivant une autre modalité et/ou dimension. C’est de ce monde qu’elles peuvent revenir sur terre pour recommencer d’autres formes de vie[22]. Ainsi, si une chose naît de son contraire, par exemple, le plus petit du plus grand, le sommeil de la veille ou la veille du sommeil, alors on comprend que la vie naît de la mort et la mort de la vie. Certes, nous ne voyons pas la génération qui va de la mort à la vie. Mais telle est la loi de la nature qui, dans sa subtilité et sa complexité, nous cache certains phénomènes invisibles, certes, mais réels. Elle veut ainsi équilibrer les naissances par leurs contraires, les morts. Le fait qui confirme la solidité de cette thèse et de cette ancienne tradition consiste dans la théorie de la réminiscence. Apprendre n’est rien d’autre que se ressouvenir. Autrement, comment comprendre que les hommes découvrent des savoirs par eux-mêmes, lorsqu’ils sont interrogés sur des problèmes difficiles, s’ils n’avaient la science au fond de leur être ? Par exemple, puisque nos sens sont incapables de nous fournir la notion d’égalité, il faut donc que nous ayons eu la connaissance de l’égalité absolue pour la percevoir à travers les choses sensibles. Il en est de même des notions absolues du bien, du bon, du beau etc. Dès lors, on peut tout à fait admettre que nos âmes, en prenant possession des corps, les aient apportées telles quelles d’une vie antérieure.

       Comme les auditeurs de Socrate, qui se livre à ce raisonnement persuasif juste avant sa mort, semblent sceptiques – car si la raison construit un argument logique et solide, la même raison peut le déconstruire ; et telle est sa faiblesse rédhibitoire –, la démonstration de l’immortalité de l’âme se poursuit de la manière suivante : d’une part, si l’âme naît de ce qui est mort, alors il faut nécessairement admettre qu’elle doit revenir à la vie. D’autre part, l’essence de l’âme est, par soi et de soi, simple. La mort n’est rien d’autre que la dissolution des divers éléments qui composent les corps[23]. Or, l’âme s’apparente aux essences qui sont simples et donc indissolubles. En ce sens, la mort ne concerne pas l’âme. En outre, l’âme commande au corps qui se contente d’obéir. Elle ressemble, de ce point de vue, au divin dont toute l’essence est de commander. Ainsi, le corps se dissout dans la mort à l’inverse de l’âme qui est indissoluble. C’est pourquoi, dès cette vie, l’âme qui s’est détachée des charmes et de l’empire des plaisirs du corps, rejoint le divin après la mort du corps. En revanche, les âmes, qui sont restées attachées aux besoins du corps, sont tirées vers le monde visible et condamnées, sous forme de fantômes, à hanter les cimetières, les tombeaux sous forme de fantômes ; ou à se réincarner dans des corps de bêtes qui mènent une existence misérable. Tel ne peut être le sort des âmes des philosophes : leur science philosophique leur enseigne à discerner les illusions des sens, les plaisirs sensuels qui rivent l’âme au corps. Aussi, ils cultivent naturellement la tempérance, le courage. Ils mènent une vie d’ascète. Le détachement par rapport aux vices et aux chaînes du corps fait que leur âme, après la dissolution du corps, n’a pas à craindre d’être dispersée par les vents conformément aux fausses croyances des vulgaires.

     Mais, de nouveau, cette démonstration ne convainc pas toujours les disciples de Socrate Simmias et Cébès. Selon le premier, on peut, par hypothèse, assimiler l’âme à l’harmonie d’une lyre. Telle la corde tendue de la lyre, le corps est tendu grâce au chaud, au froid, au sec, à l’humide. L’âme étant un mélange et une harmonie de ces éléments, si ceux-ci viennent à se rompre et, donc, à disparaitre, on peut tout à fait convenir que celle-ci périt avant même ces éléments. Quant à Cébès, s’il pense comme Socrate que l’âme a existé avant sa naissance dans et par un corps, il ne croit pas qu’elle puisse exister après la mort. Même si elle a une vie plus durable que le corps, cela ne lui confère pas pour autant l’immortalité. Selon lui, à l’instar d’un tisserand qui s’est fabriqué un grand nombre d’habits, il les use les uns après les autres. Mais il finit par mourir après eux. Selon cette hypothèse, l’âme périt, elle aussi, après avoir usé plusieurs corps. En ce sens, un homme qui affronte la mort avec la confiance en l’immortalité de son âme est insensé. Car son âme pourrait bien périr avec son corps présent.

       Face à de telles objections, Socrate sauve la face de la raison dialectique et/ou de la ratiocination en se référant à la théorie des Idées éternelles. L’âme est apparentée à celles-ci. Lorsqu’elle prend possession d’un corps, elle lui apporte toujours la vie mais non son contraire, la mort. Non seulement, elle est immortelle et donc indestructible, mais, et de façon plus fondamentale, étant apparentée aux Essences, elle est éternelle. Telle est la raison pour laquelle chacun d’entre les êtres humains doit prendre grandement soin de son âme, non seulement dans le temps de cette vie, hic et nunc, mais même pendant tous les temps à venir de ses possibles incarnations dans des corps divers. Elle doit rechercher constamment ce qui est le mieux possible pour elle : le bien, le bon, le beau. En effet, puisque les âmes doivent être jugées après la mort des corps, et sanctionnées selon la qualité de leur vie sur terre, il leur importe d’être vertueuses. Car les âmes souillées par la vie de leurs corps sont condamnées à errer aussi longtemps que possible avant d’atteindre le séjour qui leur est réservé. En revanche, les pures, celles qui ont été guidées par les dieux, telles les âmes des philosophes, vont toutes aux « Iles bienheureuses » (Paradis des philosophes), comme le montre le mythe auquel Socrate se réfère pour clore la discussion ; et, surtout, pour prouver, par le mythe, la vérité de l’immortalité de l’âme.

       L’idée de récompense de la vie vertueuse après la mort est une constante dans l’œuvre de Platon. Le méchant, l’injuste, le tyran doivent être punis en raison de la méchanceté, du mal inhérents à leur âme[24]. Ainsi, dans Gorgias, l’impuissance de la raison à tout démontrer est suppléée par la vérité immanente à l’antiquité du mythe. D’après ce mythe, véhiculé par la tradition à travers les âges, une loi divine pose que l’homme, après la dissolution du corps, l’âme va séjourner soit aux Iles Fortunées soit aux Tartares. Or, du temps de Cronos, il existait comme un désordre dans le déroulement des sorts des âmes : des âmes se rendaient aux Iles Fortunées alors qu’elles devaient être conduites aux Tartares ; et vice versa. Ces erreurs venaient du fait que les hommes étaient jugés de leur vivant, c’est-à-dire tout habillés, comme leurs juges eux-mêmes. Cette manière de conduire ces faits ne permettait pas de déceler leurs fausses inclinations par-delà les vêtements. D’où la décision de Zeus de faire cesser ces abus : les hommes seraient jugés après leur mort et tout nus, par des juges également morts et tout nus. C’étaient ses trois fils : Minos, Eaque et Rhadamanthe. Dans cet état, les juges sont à même de voir les âmes des justes qu’ils acheminent aux Iles Fortunées pour y recevoir la récompense de leur vie terrestre vertueuse. A l’inverse, celles des coupables sont envoyées dans le Tartare pour y être punies des conséquences de leurs actes. Ces âmes coupables connaissent deux sorts : soit elles sont guérissables, soit elles ne le sont pas du tout. Pour les premières, il s’agit d’une punition temporaire qui a pour but d’améliorer leur état moral. Quant aux dernières, parmi lesquelles figurent les âmes des tyrans, des puissants chefs de Cité, la punition est sans rémission. Elle est éternelle pour servir d’avertissement, voire d’exemple aux autres afin de les inciter à se détourner des crimes, des injustices, des maux et de la méchanceté. Dès lors, en pensant au sort funeste des âmes condamnées à vivre éternellement dans l’Hadès, toute âme, dès cette vie terrestre, devrait bien se conduire, vivre dans la pratique de la justice et de la vertu pour éviter un tel destin.

     On retrouve une telle thèse dans La République à travers le « Mythe d’Er le Pamphilien ». Platon, dans une vision grandiose saisissant la vérité des phénomènes sous l’angle de la vérité universelle et intemporelle, démontre l’immortalité de l’âme et sa destinée atemporelle. Il le fait sous l’angle de l’éternité du Cosmos. L’âme y est pensée dans un cycle éternel, c’est-à-dire la circulation éternelle des âmes. Une telle démonstration s’effectue à trois niveaux en se fondant toujours sur le principe absolu de la justice, vertu éminente à laquelle tout devrait converger. D’abord, on retrouve les arguments de la démonstration de l’immortalité de l’âme tels qu’il les reprendra plus tard dans Phédon, lequel résume, d’ailleurs, toutes les diverses théories qu’il a développées dans l’ensemble de son œuvre. En effet, la preuve de l’immortalité de l’âme se déduit de l’incorruptibilité de sa substance spirituelle. La destinée de l’âme ne peut s’arrêter au tombeau, qui est le sort du corps. En effet, il semble que chaque chose possède un bien qui constitue sa conservation et un mal qui la corrompt ou la détruit. Ce sont des facultés inhérentes à la nature même de la chose. Or, si une chose n’est point détruite par son propre mal, elle ne peut l’être par un mal extrinsèque.

     Tel est le cas de l’âme. Quel est son mal propre ? C’est l’injustice. Celle-ci peut, certes, la pervertir sans pour autant la tuer. De même, la maladie ou la mort du corps ne peut avoir d’effet sur elle. Car il s’agit là de maux qui lui sont extrinsèques et/ou étrangers à sa nature propre. Celle-ci, en tant qu’elle est spirituelle, est incorruptible, donc immortelle. Ceci étant démontré, Platon avance des arguments qu’il développera plus tard dans Phédon : d’une part, la constance du nombre des âmes en circulation entre la vie et la mort, comme figure du destin de l’homme sur terre ; d’autre part, l’âme est une substance simple. Or, la mort frappe tout ce qui est formé d’éléments divers, tel le corps. Dès lors, la dissolution du corps ne concerne aucunement la destinée de l’âme.

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       Ensuite, pour donner plus de corps à sa démonstration et, ainsi, dépasser les limites de la ratiocination, Platon se réfère aux révélations sur la vie future d’Er Le Pamphilien. Celles-ci ont une finalité morale : d’une part, instruire les hommes sur ce qui les attend dans la vie future ; d’autre part, et en même temps les inviter, dès ici-bas, à pratiquer la justice en vivant en accord avec eux-mêmes et avec les dieux ; enfin, la vertu de la justice est source de bien-être dans cette vie de passage si éphémère pour nous ; voire au cours de ce long voyage de mille ans que chacun doit accomplir dans la vie future. Donc, comme dans d’autres ouvrages, le sens fondamental du mythe d’Er Le Pamphilien n’est rien d’autre que la démonstration de l’idée de justice. Dans les grandes lignes, le mythe d’Er donne les trames, dans une espèce d’instant éternitaire ou un temps cosmologique, de la circulation des âmes entre la vie et la mort ; entre l’expérience de l’âme pré- ou post-mortem. Car il s’agit du témoignage de l’immortalité de l’âme dès lors que celle d’Er Le Pamphilien revint sur la terre après un séjour de douze jours au royaume des morts. Tombé sur un champ de bataille, croyant qu’il était effectivement mort[25], ce guerrier fut délaissé au milieu des cadavres. Par bonheur et par la volonté des dieux, il ressuscita sur le bûcher funéraire. Comme dans Gorgias, Platon note ici aussi le fait que les âmes doivent comparaître devant des juges aussitôt affranchies des liens du corps. Face à toutes les âmes, il y a deux genres d’ouvertures : celles de la terre et celles du ciel. Après la sentence, les âmes justes entreprennent l’ascension par l’ouverture céleste de droite. Quant aux méchantes, elles descendent par l’ouverture terrestre de gauche. Les premières s’entretiennent du bien-être sans mélange qu’elles y savourent ; et pour ce qui est des secondes, elles se plaignent des souffrances atroces qu’elles y ont connues et dont elles venaient d’être libérées. Le simple souvenir de ces souffrances les fait gémir encore et pleurer amèrement. Car toutes leurs fautes commises sur la terre étaient indéfiniment punies dans des souffrances décuplées[26]. Tel fut le sort, le pire, des parricides, des impies et des tyrans.

       Quant à celles qui étaient destinées à connaître une nouvelle carrière pour leur réincarnation dans des corps sur la terre, elles faisaient face aux trois Parques : Lachésis, représentant le passé, Clôthô le présent et Atropos l’avenir. On y voit la figure imagée de l’Intemporalité Cosmique, saisie comme dans un instant éternitaire. Mais avant d’aller prendre possession d’un corps mortel, les âmes devaient choisir le genre de vie qui leur plairait. Cependant, le sort les soumit à un ordre suivant lequel elles devaient procéder au choix. Malgré tout, elles avaient devant elles des modèles de vie en grand nombre et en divers genres ; ce qui leur conférait une grande liberté dans leur choix de vie future. Mais, aussitôt que celui-ci était fait, il était définitif en vertu de la loi de la Nécessité. Puis, elles s’abreuvaient dans la plaine du Léthé. Cette eau merveilleuse avait pour effet de leur faire perdre la mémoire de leur existence passée. Après un profond sommeil, les âmes furent brutalement réveillées et lancées dans l’espace à la recherche des lieux, c’est-à-dire des corps pour recommencer une nouvelle existence suivant les profonds mystères des naissances et renaissances, de manière indéfinie.

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  • L’accès de l’âme à la vérité comme contemplation : vie pré empirique, connaissance et mythe

   Cependant, la théorie de la réminiscence telle que Platon la soutient dans Menon et même Phèdre conduit à une aporie par rapport à l’effet de Léthé. Comment concilier, en effet, le fait que l’âme oublie tout de sa précédente existence et la thèse selon laquelle savoir ce n’est rien d’autre que se ressouvenir de tout ce qu’elle a vu de son existence pré-empirique ? Dans Menon, Socrate, porte-parole de Platon et défenseur de ses thèses face aux Sophistes, se fonde sur l’immortalité de l’âme enseignée par les traditions orphiques et pythagoriciennes. Selon celles-ci, dans ses existences antérieures, l’âme a tout vu à la fois dans ce monde – ci et dans celui de l’au-delà. Puisque, selon les lois de l’univers, tout se tient dans la nature, l’âme ayant tout appris, peut, en se rappelant une chose – ce qu’on appelle proprement apprendre – retrouver par ses propres efforts toutes les autres. Si elle cherche bien quelque chose, c’est qu’elle désire apprendre. Et apprendre, c’est se ressouvenir. D’où la référence expresse à la tradition : « Ce sont des prêtres et des prêtresses qui ont eu à cœur de pouvoir rendre compte des objets concernant leur ministère… Ce qu’ils disent, le voici… Ils disent que l’âme de l’homme est immortelle, et que tantôt elle s’échappe, ce qu’on appelle mourir, et tantôt reparaît, mais qu’elle ne périt jamais, et que, pour cette raison, il faut mener la vie la plus sainte possible »[27]. Tel est le sens de l’interrogation de l’esclave de Menon conduite par Socrate. Illettré, celui-ci pensait naturellement ne rien savoir en mathématique. Mais, la manière dont il a été conduit par Socrate dans cet interrogatoire, lui fait découvrir par lui-même un savoir qu’il ignorait auparavant. C’est ainsi que ce jeune esclave parvient à découvrir la solution d’un problème complexe de géométrie : on obtient le double d’un carré à partir de sa diagonale. Telle est la preuve manifeste que savoir consiste, par un effort de réflexion, de concentration ou sous la conduite éclairée d’un maître, à retrouver un savoir qui était en nous et qu’on aurait oublié.

       Cette thèse de l’avoir vu comme fondement et source de tout savoir présent et potentiel est bien analysée dans Phèdre. Les Idées ou « formes intelligibles » sont la Réalité même par-delà la réalité apparente structurée par nos cinq sens, sources d’illusions. Cependant, elle n’est décelable ou atteignable que par les seuls pouvoirs de la raison. C’est pourquoi, les Idées sont le principe de l’intelligibilité ; ce par quoi toute connaissance est possible. C’est pourquoi aussi, elles sont ce à quoi toute connaissance vraie s’adresse : celle des Formes pures. Et c’est en ce sens qu’elles sont le modèle de toute chose, le « paradigme » de toute réalité sensible. Elles sont l’Etre, fondement de l’Etre et l’Etre lui-même. Puisque l’âme est apparentée aux Essences éternelles, qu’elle participe, à sa manière, à leur éternité, elle est pensable en terme de principe. L’âme est donc immortelle parce qu’elle est automotrice : elle se meut par et d’elle-même et elle est source de tout autre mouvement. Elle est, de ce point de vue, incorruptible puisqu’elle est le principe qui est à l’origine de tout ce qui est, comme les étants. Si l’âme est d’animation, on comprend qu’elle « s’est révélée à nous comme la cause pour tous les êtres sans exception, de tout ce qu’il y a en eux, sans exception, de changement et de mouvement. » Donc, tout ce qui se meut de manière autonome est pourvu d’une âme, depuis les dieux jusqu’aux bêtes. Même le monde, en tant qu’être, est doué d’une âme[28]. Car « tout ce qu’il y a au ciel et sur la terre et dans la mer, l’âme le mène au moyen de ces mouvements qui lui sont propres », c’est-à-dire en tant qu’elle est la fonction motrice de l’âme du monde. Platon, dans cette dernière thèse, semble concevoir l’Ame comme une supra Entité, origine et fondement de toutes choses.

       Cependant, quand il s’est agi de définir la nature de l’âme, Platon a recours, comme d’ordinaire, au mythe qui vient mettre un terme à la vaine ratiocination : le mythe prend le relais de la démonstration qui conduit à l’impasse quant à la possibilité d’accorder les esprits. Ainsi, les âmes des hommes, à la suite de celles des dieux, ont pris place sur un attelage ailé composé d’un cocher et de deux chevaux. Car l’attelage a le pouvoir d’entraîner vers le haut ce qui est pesant. Pour ce qui est des âmes des dieux, celles-ci ont eu le bonheur d’avoir un cocher et des chevaux de bonne race qui les ont conduites, sans difficultés, vers la contemplation de la plaine des « Essences éternelles ». Elles ont pu se repaître à loisir de celles-ci. Et c’est parce qu’elles se sont nourries de ces Essences qu’elles sont devenues elles-mêmes éternelles. Il n’en est pas ainsi des âmes des hommes et des autres vivants dont l’attelage était un « mélange ». Car l’un des chevaux était beau et bon, c’est-à-dire de bonne race, tandis que l’autre était tout le contraire, indocile et revêche. D’où la difficulté de leur cocher de bien conduire son attelage jusqu’aux confins de l’univers vers la « plaine des Essences éternelles ». Cependant, parmi les âmes des hommes, par exemple, certaines ont pu s’approcher de ce lieu divin pour contempler les Idées éternelles, à l’inverse d’autres qui les ont aperçues de très loin et qui en ont gardé que de vagues formes.

        On peut comprendre autrement cette audace, c’est-à-dire cette hauteur de vue et/ou de contemplation de Platon à la lumière des données de la physique quantique. D’ailleurs, les contemporains de Platon tout autant que ses successeurs, n’ayant pas bien saisi le sens réel de cette partie de sa théorie s’en tiennent à la description purement imagée qu’il en donne. Et il ne s’agit pas d’une rêverie de philosophe idéaliste sans assise effective sur le fondement des choses cachées à nos sens, mais bien d’une pensée profonde qui atteint l’essence même des phénomènes. En effet, le monde de l’esprit, comme nous l’avons montré dans nos derniers travaux (Le génie du cerveau humain et ses merveilles) est similaire à une page candide où la Pensée est écrite avec le Verbe dont le sens est universel, c’est-à-dire immédiatement intelligible de tout être humain qui accède à l’état/être d’Energie. En d’autres termes, toutes les choses sont interconnectées entre elles et à l’Etre éthéré d’Energie. En ce sens, tout se passe comme si la Science universelle dont parle Platon se perçoit d’emblée comme baignant dans une sphère de fluorescence per se. Celle-ci étant immanente à l’Etre, tout être d’Energie est lui-même, en ce monde post-mortem phosphorescent. En tant que tel, il adhère tellement à l’Etre d’Energie qu’il y a comme une fusion des deux entités sans nier, pour autant, leur figure de singularité. C’est sous cette dimension où l’esprit est rendu à lui-même que celui-ci perçoit et expérimente l’énergie incandescente que toute chose possède en propre, telle celle des arbres, entre autres espèces vivantes ; et que nos sens nous empêchent absolument de voir autrement que sous cette fausse et apparente dimension matérielle. C’est l’ignition sous-jacente aux êtres vivants et matériels qui échappe aux facultés de nos sens toujours aveugles.

     Dans la mixité corps/esprit, en vertu de l’empire de l’enveloppe corporelle, nous ne pouvons guère accéder au savoir universel dans sa totalité et dans son unicité. Etant ainsi situé encore dans une dimension de clair-obscur, nous ne pouvons apercevoir que des bribes de savoir, des savoirs incomplets. Nous sommes ainsi condamnés à y parvenir, par un cheminement pénible et long, voire une élévation progressive qui est en même temps un détachement par rapport à la pesanteur du corps (La république, Livre VII, § « allégorie de la caverne »). Or, tout cela se révèle sciemment dans le contact immédiat quand l’esprit s’affranchit de son corps. Faute de terme adéquat à notre disposition pour mieux faire comprendre cette conception de Platon, nous avons été amenés à en forger qui semble convenir. Ainsi, la « Plaine des Essences » éternelles dont il parle, c’est l’« Anoûsphère » ou l’espace illimité, c’est-à-dire l’amplitude sans bornes de la dimension de l’esprit. C’est, en d’autres termes, le monde de la Pensée dont la faculté luminescente révèle toute chose comme la lumière de l’astre du jour, sous nos cieux, tire le voile de la nuit sur la nature des choses. Ainsi, l’« Anoûsphère »ou « Phos-sea » (voir Le génie du cerveau humain et ses merveilles) est l’unique Réalité de la dimension de la Pensée et/ou de l’Esprit.

   En ce sens, pourrait-on dire à la suite de Platon, la vérité est comme le miroir qui reflète essentiellement les faits tels qu’ils sont, en dehors nos sens. Pour mieux comprendre le sens de nos analyses, nous nous référerons encore une fois au cas du neurochirurgien états-unien, Eben Alexander, enseignant à Harvard, en exercice au Massachussets General Hospital de Boston : « En novembre 2008, il fut foudroyé par une méningite bactérienne qui attaqua son cortex cérébral. Tombé dans le coma, il oscilla pendant une semaine entre la vie et la mort. Bien que ses collègues avaient diagnostiqué qu’il avait 90% de chance de succomber à la mort, il s’en tira et se porte fort bien aujourd’hui. Suivant son expérience de la mort imminente, il existerait bien une expérience hors du corps et même de l’espace-temps ; et qu’à ce titre, spiritualité et science n’ont guère besoin de s’opposer. A cet effet, il suffit à la science de prendre en considération le fait que la conscience ou l’esprit détermine de façon essentielle la réalité humaine. Il a fait l’expérience que notre conscience, au sens non pas de la raison philosophico-scientifique, mais méta-physique, n’est pas réductible seulement au cerveau, ni produite uniquement par lui. Elle est, en réalité, plus ample, plus infinie que les bornes de la nature humaine. Le cerveau apparaît comme le réceptacle qui peut voiler ou bloquer les informations qui nous parviennent du fond du cosmos.

     On ne prend nettement conscience de cette réalité que lorsque la conscience se dégage de la finitude du corps ; du moins, tel est l’un des aspects de son témoignage : « il y a eu comme une chaude brise divine. Cela a tout changé, élevant le monde autour de moi encore une octave au-dessus à une plus haute vibration. Même si je n’avais pas pleinement la fonction du langage, j’ai commencé à poser des questions à cette brise – et aussi à la présence divine que je sentais derrière (ou dedans). Où est cet endroit ? Qui suis-je ? Pourquoi je suis ici ? A chaque fois que je posais une question, la réponse venait spontanément dans une explosion de lumière, de couleurs, d’amour et de beauté qui me balayait comme une vague. Les pensées pénétraient en moi directement, pas comme nous l’expérimentons sur terre. Et comme je les recevais, j’étais capable de comprendre instantanément et sans effort des concepts que dans ma vie terrestre, j’aurais mis des années à prendre. » Cette expérience qu’un individu ordinaire ou même quelqu’un de bon sens ne croirait pas, en raison des bornes intrinsèques de sa conscience, au sens philosophique, de son expérience pauvre, débile et lacunaire de la vie, a tellement bouleversé ce scientifique qu’elle changea, aujourd’hui, sa vision du monde. Désormais, il doute que les méthodes scientifiques, la pensée rationnelle et/ou logique soient les meilleurs organons, ni non plus les seules manières de comprendre l’amplitude de la réalité du monde ; même si la science reste toujours l’un des meilleurs moyens de la vérité pour nous. C’est pourquoi, il s’est donné la mission suivante : « j’ai l’intention de passer le reste de ma vie à faire des recherches sur la véritable nature de la conscience, et de montrer aussi clairement que possible à mes collègues scientifiques et au grand public que nous sommes plus que notre cerveau. » » (p.81, In Pierre Bamony, Le génie du cerveau humain et ses merveilles, Tome 1, L’Harmattan 2015).

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     Ainsi, comme le montre fort bien Phèdre, quand l’attelage finit par perdre ses ailes et tomber sur la terre, pour que les âmes puissent prendre possession d’un corps, elles manifestent dans l’être de ces corps des dispositions tout à fait singulières et différentes selon la clarté et la précision de leur perception de la « plaine des Essences ». D’où la hiérarchie établie par Platon des neuf types d’hommes, suivant leurs facultés intrinsèques, qui va du philosophe au tyran en passant par l’homme politique, le médecin, le devin, le poète, l’agriculteur etc. En somme, il s’agit des degrés de hiérarchisation socio-professionnelle de la société ; soit une manière de justifier ou, plutôt, d’expliquer l’inégalité des facultés propres aux individus, leurs différents degrés d’intelligence sur terre. En définitive, outre la démonstration de l’immortalité de l’âme, de son éternité même, il ne s’agit plus de l’oubli des vies antérieures de celle-ci. Bien au contraire, la qualité de la personne humaine qu’elle a incarnée est strictement fonction de sa capacité à bien se souvenir de tout ce qu’elle a pu contempler avant sa chute dans un corps où elle n’est que de passage dans l’attente d’autres métempsychoses.

Conclusion : Une autre conception de l’immortalité de l’âme : les êtres vivants sont aussi éternels que la matière elle-même sous la dimension spirituelle de celle-ci (In Pierre Bamony, Le génie du cerveau humain et ses merveilles en deux tome, L’Harmattan 2015).

     Dans nos travaux sur l’anthropologie quantique, nous avons démontré que si notre être est constitué des mêmes composants élémentaires que l’Energie-Matière, en l’occurrence, le proton, le neutron, l’électron etc., lesquels se manifestent sous une double dimension, à savoir matériel et spirituel ou invisible, alors il faut admettre que ces composants survivent éternellement à la dissolution du corps. Le concept d’âme étant métaphysique et sujet à controverse, nous avons préféré employer le concept d’être d’Energie, qui est le substrat invisible de ces composants de l’Energie-Matière. Ce qui milite en faveur de la validité et de la solidité de notre vision quantique de l’Homme tient au fait que toutes les sciences, de nos jours, démontrent qu’à l’échelle de l’infiniment petit, il n’est plus possible de décrire la réalité matérielle/humaine conformément aux lois de la « Physique classique » dominée par et prisonnière de la raison philosophico-scientifique et son principe fondé sur le déterminisme des lois de l’univers. On parle de plus en plus de superposition d’états, de principe d’incertitude, de non-localité etc. Car les particules observées semblent se jouer de nous en bouleversant de fond en comble nos croyances au déterminisme, à la fixité de la Matière, voire nos certitudes et nos vérités qui apparaissent de plus en plus surannées. Il s’agit d’espèces de vieilles lunes auxquelles s’accrochent encore les ignorants des véritables champs nouveaux de la Science au sens noble du terme par refus de l’exercice de leur intelligence. Or, soit dit en passant, si la philosophie, pour autant qu’on consente à être transfiguré par ses lumières, ne fait de nous des êtres savants en nous donnant des savoirs universels, elle nous confère au moins la faculté de tout comprendre, y compris les problématiques majeures des sciences de la matière…

       Donc, les particules qui sont observées peuvent disparaître, réapparaître à un endroit sans que la raison soit capable de comprendre quelque chose de précis à ces « fantaisies » des composants de l’Energie-Matière. Parfois, une même particule (ce terme lui-même est problématique en physique quantique. On a tendance à parler d’onde qui est dénuée de localité précise) peut être à deux endroits au même instant ou bien se présenter simultanément suivant deux figures différentes. On découvre aussi que deux particules, qui ont déjà été en relation, sont capables à de très grandes distances, de communiquer instantanément de l’information.

     Ainsi, grâce aux découvertes de la physique quantique, l’Homme, l’« Anthropos », change radicalement d’échelle dans son être et dans sa vision du monde. Elle nous apprend que le corps humain est composé de cellules, elles-mêmes constituées de molécules qui ne sont rien d’autres que des assemblages d’atomes. Mieux, à notre insu, certaines particules sont en mesure d’échanger des informations avec le cosmos lui-même ou ce que Platon appelle l’Ame du monde. Dans cette perspective, dès lors que nous sommes dans une ignorance totale par rapport à la subtilité et à la complexité de l’Energie-Matière, il devient indécent de continuer à penser, à soutenir que l’homme n’a pas d’âme ; ou plutôt, que celle-ci est une énergie qui se dissoudrait dans la mort du corps. Grâce aux données récentes de la physique quantique et autres travaux de scientifiques contemporains éclairés sur cette thématique, les deux parties suivantes vont s’attacher à prouver l’immortalité de l’âme par des faits et non seulement par la pensée rationnelle, suivant la méthode adoptée dans mes récentes recherches.

    En somme, l’attitude scientifique contemporaine consiste, pour tout esprit éclairé, à dire : « Je ne sais pas si tel ou tel phénomène existe » et non pas : « Cela n’existe pas ». Quel pouvoir avons-nous de démontrer que cela n’existe pas ? Qui peut prouver que l’âme humaine, conçue comme substance subtile et invisible des composants de l’Energie-Matière, ne saurait être éternelle comme elle-même ? Quelle raison scientifique peut-elle, aujourd’hui, rendre compte, à vrai dire, de la fantaisie des particules qui se jouent de nos savoirs, voire connaître avec précision les éléments qui composent la matière invisible ?


Bibliographie

– Assman Jan, Mort et au-delà dans l’Egypte Ancienne, Editions du Rocher, Paris, 2003

-Pierre Bamony : Le génie du cerveau humain et ses merveilles,

                         Tome 1 De l’anthropologie quantique comme ultime science de l’homme

                         Tome 2 Anthropologie quantique et technoscience (L’Harmattan, Paris 2015)

– Barguet Paul, Le livre des Morts des Anciens Egyptiens, Editions du Cerf, Paris, 1967

– Baudrillard Jean, Le système des objets, Gallimard, « Tel », Paris, 1968

– Dagognet François, Philosophie de l’image, J. Vrin, Paris, 1986

– Deliège Robert, Les Castes en Inde aujourd’hui, PUF, Paris, 2004

– Freud Sigmund, Moïse et le monothéisme, Idées/Gallimard, Paris, 1948

-Guénon René, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Editions Véga/Gruy Tredaniel, Paris, 1989

– Guilhou Nadine, Peyré Janice, La mythologie égyptienne, Marabout, 2006

– Heidegger Martin, Etre et Temps, Gallimard, Paris, 1986

– Kern Otto, Fragments orphiques, IVe siècle av. J.C. – Ve siècle av. J.C., Berlin, 1922

– La Bhagavad-Gîtâ, Telle qu’elle est, Edition Bhaktivedanda, Paris, 1975

– Platon :

  • La République, Introduction, traduction et notes par Robert Baccon, Garnier Flammarion, Paris, 1966
  • Phèdre, Introduction, traduction et notes par Luc Brisson, Garnier Flammarion, Paris, 1992
  • Gorgias, Traduction et notes par E. Chambry, Garnier Flammarion, Paris, 1967
  • Menon, Traduction et notes par E. Chambry, Garnier Flammarion, Paris, 1967
  • Phédon, Traduction et notes par E. Chambry, Garnier Flammarion, Paris, 1965

   – Renou Louis, L’Hindouisme, PUF, Paris, 2001

   – Rousseau Jean-Jacques, Emile ou de l’éducation, Garnier Flammarion, Paris, 1966

The New Encyclopoedia Britannica

– Vernant Jean-Pierre, Mythe et Pensée chez les Grecs II, Maspero, Paris, 1979

[1] Dans un proche avenir, nous démontrerons l’inanité d’un tel concept. En réalité, il n’y a pas d’évolution des vivants mais une spéciation infinie, fruit de la Nature. Notre science naturelle se contente de dire ce qui est.

[2] Pourtant, les découvertes archéologiques démontrent le contraire : nous ne sommes guère éloignés de nos aïeuls, si ce n’est par pure imagination spéculative.

[3] In Mythe et Pensée chez les Grecs II, Maspero, Paris, 1971

[4] In Le système des objets, Gallimard, Coll. « Tel », Paris, 1968, p.106

[5] A ce sujet, François Dagognet, dans sa Philosophie de l’image, démontre, à juste titre, l’essence de l’art égyptien et qui fait l’admiration de Platon : « L’art égyptien, au contraire, rigide, hiératique, ne rend que des stéréotypes, des figures toujours vues de profil et soumises aussi à une arithmétique de proportions fixées à l’avance. » (J. Vrin, Paris, 1986, p.97)

[6] In Le Livre des morts des Anciens Egyptiens, Editions du Cerf, Paris, 1967

[7] Toutefois, d’après Nadine Guilhou, Janice Peyre (La Mythologie égyptienne), voire Jan Assmann (Mort et au-delà dans l’Egypte Ancienne), les croyances en l’immortalité de l’âme et son sort après le décès ont varié dans le temps et dans l’espace égyptiens. Comme le décès est un changement d’état, la nécessité de soigner et de conserver le corps humain tenait au fait que l’âme pouvait y revenir et s’en servir. Donc, la croyance en l’immortalité de l’âme était liée à celle de la réincarnation, de la transmigration des âmes. C’est cet aspect des choses qui a imprégné la pensée de Platon.

[8] Dans l’ensemble de son œuvre, Platon va maintenir la même conception de l’être humain en terme de dichotomie. Le soma ou corps est une prison, sema pour la psyché ou âme. Dès cette vie, celle-ci doit lutter contre sa coquille pour se rendre libre et penser par soi-même.

[9] Dans son Phédon, Platon écrit : « Ce qui est divin, immortel, intelligible, ce dont la forme est une, ce qui indissociable et possède toujours en même façon son identité à soi-même, voilà à quoi l’âme ressemble le plus. »

[10] L’orphisme émerge en Grèce à la même époque que le Bouddhisme en Inde. Toutes les deux philosophies, devenues par après religions, sont très proches quant à la question du salut personnel et de la délivrance de l’âme des affres du corps, partie impure de tout être humain, et du cycle des réincarnations.

[11] En effet, la tradition orphico-pythagoricienne enseignait la nécessité pour l’âme, après s’être libérée de sa coquille qu’est le corps, d’être soumise à un examen dès son arrivée dans l’au-delà, devant la déesse Mnémosyne. Celle-ci a le pouvoir de rappeler l’origine céleste de l’âme et de donner la faculté des souvenirs des existences antérieures ; ce dont Pythagore a dû bénéficier pour se rappeler ses vies antérieures. Seule l’âme des initiés peut trouver la source de Mnémosyne, située à droite en arrivant dans l’au-delà de la vie terrestre. Quant à l’âme des non-initiés, elle s’égare à gauche vers la source du Léthée qui donne la faculté de l’oubli des vies antérieures. Platon en fait mention à la fin de La République.

[12] In Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Editions Vega, Guy Tredaniel, Paris

[13] L’Hindouisme, PUF, Paris, 2001

[14] Cette croyance en l’immortalité de l’âme résulte de la pensée selon laquelle l’homme a une part de son être qui survit à la mort de la chair et/ou du corps. Une telle doctrine remonte aux premiers Sumériens et Babyloniens de la Mésopotamie. Ces peuples ont été, pendant longtemps, en relations étroites et permanentes avec l’Egypte ancienne. D’où la similitude de leurs croyances.

[15] Toutefois, selon Robert Deliège (Les Castes en Inde aujourd’hui), la croyance en la réincarnation n’est pas une certitude pour toutes les obédiences religieuses. Certaines considèrent qu’il s’agit d’une possibilité ; d’autres s’interrogent toujours. En fait, c’est un sujet de controverses.

[16] Beaucoup de peuples africains dont les Lyela du Burkina Faso partagent la même croyance que nous avons déjà analysé dans un ouvrage : Pierre Bamony Des pouvoirs réels du sorcier africainRévélations des forces supranaturelles de la sorcellerie (discience) et de son influence ambivalente sur les consciences et l’ordre socio-politique chez les Lyéla du Burkina Faso-)

 

[17] Moïse et le Monothéisme, Idées / Gallimard, Paris, 1948

[18] In The New Encyclopoedia Britannica, Londres

[19] Tout ceci montre que l’édification de l’Eglise Chrétienne est d’abord et avant tout une institution de pouvoir temporel, un empire sur les consciences. Jusqu’au IVe siècle, elle n’avait pas encore de Dieu propre. Car il a fallu attendre le Concile de Nicée en 326 pour proclamer Jésus Christ Dieu ou fils de Dieu, et pour imposer la croyance en la Trinité de Dieu : Dieu Père, Dieu Fils et Dieu Saint-Esprit. Une telle proclamation doctrinaire arrangeait bien les affaires de Constantin Ier le Grand, au sens où il occupait seul le statut du dieu unique de l’empire romain. On peut donc comprendre l’essence humaine du Christianisme par rapport aux non-Chrétiens et même aux Chrétiens jugés hérétiques. Donc, en ce sens, le christianisme comme institution de pouvoir temporel, n’a rien à voir avec le message d’Amour universel du Christ qui a voulu bâtir son royaume dans les cœurs et/ou les esprits.

[20] Au Moyen-Age, l’Eglise devenue un empire temporel, régnant avec absoluité et tyrannie sur les princes, les rois de l’Europe et sur les consciences ou la Moralité a imposé de croire que la philosophie était la servante de la théologie ; alors que celle-ci n’existe comme rationalité que grâce à la raison philosophique. Descartes, au XVIIe siècle, pour être libre dans sa pensée, opéra une séparation entre les deux. La lumière naturelle (raison) a le pouvoir de tout comprendre sans en référer à la lumière surnaturelle (grâce divine).

[21] Toutefois, les églises réformées issues de Luther et de Calvin, notamment, privilégient plutôt la résurrection des morts contrairement à l’église catholique. Certes, à partir de la moitié du XIXe siècle, sous l’influence de théologiens évangéliques et de plusieurs théologiens catholiques, on en est venu à penser une nouvelle eschatologie selon laquelle l’homme meurt tout entier, corps et âme. En ce sens, la résurrection à la fin des temps est conçue comme une nouvelle création ex-nihilo.

[22] Dans certains mythes, comme celui d’Er le Pamphylien (La République), Platon semble admettre que certaines âmes choisissent de revivre les mêmes existences que celles qu’elles avaient connues dans des vies antérieures. Tel est le cas du Tyran qui se précipite sur le même sort.

[23] Dans sa Lettre à Ménécée, Epicure parle de la dissolution des atomes qui composent non pas seulement le corps mais aussi l’âme. La différence des atomes du corps et de l’âme réside seulement dans leur degré de finesse. Cette dernière est composée d’atomes fins et subtils qui lui confèrent son invisibilité, mais non pas son immortalité.

[24] Plus tard, Rousseau, dans son Emile, notamment dans la « Profession de foi du Vicaire Savoyard », se souviendra de cette thèse. Selon lui, la Justice de Dieu consiste à punir les méchants et à récompenser les justes après la mort. C’est ce qui rétablit l’ordre et l’harmonie des phénomènes.

[25] Cette expérience rappelle celle des personnes qui tombent dans un coma profond et qui, pour diverses raisons, reviennent à la vie. Quand elles racontent leur expérience de l’au-delà de la vie ou du seuil de la mort, les vivants en sursis tel que nous les appelons dans nos écrits, ne les croient guère. Tout parait étrange. Nous reviendrons en long en large sur ces questions dans la deuxième partie des suites de la pensée de Platon aujourd’hui.

[26] L’Eglise Chrétienne empruntera à Platon ces descriptions du monde souterrain, Tartare et Hadès, pour penser son enfer destiné aux pécheurs.

[27] Ménon, Garnier Flammarion, p.343-81a-82a)

[28] C’est une telle entité réelle mais dont le mode d’exister est d’être invisible que nous appelons dans nos récents travaux être et/ou état d’Energie (In Pierre Bamony, Le génie du cerveau humain et ses merveilles).

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