Le concept de parentalité confronté aux pratiques du soin et de l’aide sociale

Dominique FAVRE Psychologue à l’Institut Départemental de l’Enfance et de la Famille du Rhône Accueil Mères-Enfants

Intervention au « Pavillon des Causeurs » Gerland

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Qui est autorisé à en juger ?

Introduction 

Je remercie chaleureusement les membres du Pavillon des Causeurs de m’avoir offert une tribune pour présenter et discuter avec vous, cette question de la parentalité, médiatiquement très connue, mais dont l’approche théorico-clinique n’est pas toujours à la hauteur de l’inflation de communication dont elle est l’objet.

   En préparant cette communication, je me suis aperçu qu’il n’est pas facile d’exposer en temps limité, un travail de recherche et une expérience clinique portant sur des années ; aussi vais-je m’efforcer de la rendre moins touffue, en ne cherchant pas à tout dire en une fois !

Dans un premier temps, j’introduirai la parentalité, depuis ses représentations subjectives jusqu’à l’émergence du concept. Dans un deuxième temps je vous présenterai le travail de notre groupe de recherche sur la parentalité[1], dirigé par Didier Houzel, et notre analyse du processus de parentalité en trois axes3. Enfin dans une perspective plus clinique, j’essayerai de mettre en perspective la pratique de l’accueil institutionnel de mères isolées en difficulté, avec nos hypothèses de recherche.

 – « Te vas pas apprendre à ta mère à faire des enfants … »-4

    Cet aphorisme lyonnais laisse entendre une vérité commune, selon laquelle la parentalité, associée à la notion de génération et de procréation, ne s’apprendrait pas, mais du coup ne s’interrogerait pas non plus.

   Pour ce qui nous concerne, nous savons que la tâche de « faire des enfants » associe la conception physique à une naissance psychique.

   Mais comme tout parent est un ex-enfant, qui a dû au décours de sa vie se situer dans une problématique familiale spécifique, nous avons l’impression que nous sommes tous tombés dedans, lorsque nous étions petits … et que cette parentalité serait inscrite dans notre patrimoine génétique, au moins en ce qui concerne la reproduction.

     Ainsi, ne parle-t-on pas de leur parentalité, à des parents qui semblent aller bien ; et au contraire, si les failles dans la pratique parentale sont trop visibles, l’intervention sociale se situe très vite dans la substitution et peu dans le soin.

   Il nous est apparu que la parentalité, processus trop complexe dans sa globalité, ne pouvait s’appréhender par une définition, mais devait être « déconstruite » par le biais de sa genèse, de ses fonctions, mais aussi de ses dysfonctionnements.

   La parentalité reste aujourd’hui un présupposé théorique, « un concept en émergence » (J. Dayan, S. Stoleru, 2000), mais ce n’est plus un concept mou5 puisque ce processus qui mène à l’état d’être parent, est considéré comme l’un des aboutissements du développement infantile et de l’humanisation.

   C’est Gérard Poussin (1993) qui, le premier, a tenté de se dégager d’une approche trop différentielle de la parentalité et d’unifier dans le concept de fonction parentale « ce qui ne s’exerce jamais dans un rapport duel avec l’enfant mais par le détour d’une demande inconsciente adressée à l’autre parent… »

   Il ajoute que « dans le meilleur des cas, ce n’est qu’après avoir instauré cette unité que la première tâche de la fonction parentale est de différencier et fixer les places respectives du père et de la mère dans l’institution généalogique. »

   Notre groupe de recherche a constaté à ses débuts en 1993 le peu de travaux et de littérature en langue française sur cette question. Or de nombreux professionnels, magistrats, travailleurs sociaux, soignants, interviennent dans le champ pratique de la parentalité, évaluent parfois cette notion, sans vraiment la connaître sur le plan théorique.

   Nous pourrions faire le parallèle avec la notion d’enfance, qui n’a pas vraiment été étudiée scientifiquement et longitudinalement, avant le milieu du XIXème siècle.

 I- LE PROCESSUS DE LA PARENTALITE

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Une histoire sans fin !

 – A l’épreuve de l’histoire humaine –

    Chaque individu est « le maillon d’une chaîne à laquelle il est assujetti, sans intervention de sa volonté … C’est la première explication de S. Freud (1914), sur la nécessité d’avoir des enfants, pour que perdure l’espèce humaine. Cet héritage d’innombrables générations précédentes n’impliquerait ni volonté, ni sentiments chez l’individu, pour réaliser ce besoin de reproduction … Cette vision phylogénétique ne suffit pas bien entendu, à expliquer la complexité ontogénétique du passage de l’être-géniteur à celui du devenir- parent. Plus loin d’ailleurs, Freud précise que « l’individu mène une double existence, en tant qu’il est à lui même sa propre fin, et en tant que maillon d’une chaîne à laquelle il est assujetti contre sa volonté ».

 – Pourquoi a-t-on des enfants ?

     Cette question a eu dans notre histoire beaucoup de réponses toutes faites. Ceci à cause du prêt à penser d’une succession d’ordres établis, qui imposaient une conception de la famille et de la parenté laissant peu de place aux questionnements individuels. Dans ces représentations, la fonction parentale était réduite à la portion congrue d’un outil de transmission du nom, de la charge et des biens.

   Ceci pourrait être compris comme une hypertrophie de l’exercice de la parentalité, au détriment des liens affectifs avec l’enfant, qui est alors oublié et maltraité dans la pratique et l’expérience parentales6.

-Cet enfant est-il là, par désir d’être parent, ou par désir d’enfant ?

    C’est au XIXème et au XXème siècles que vont affluer des interrogations et représentations diversifiées à propos de l’enfant, de la famille et de la parentalité.

   René Clément (1993) appelle « robinsonnade familialiste, cette sorte de roman familial collectif où le comportement adéquat des parents viendrait répondre de façon heureuse aux attentes et aux besoins d’un enfant, naturellement bon puisque ce scénario se déroule forcément dans le meilleur des mondes …»

 Relayé par les média, cet acharnement à idéaliser la parentalité, à sacraliser l’enfant, à normaliser un droit à l’enfant va si loin, qu’il suggère l’analyse que ce pourrait être une conduite de réparation par rapport aux siècles précédents où régnait ce que E. Schorter (1977) appelle « l’indifférence traditionnelle à l’égard de l’enfant ».

   Cette réparation présenterait toutefois quelques discordances, puisqu’aujourd’hui on stigmatise publiquement les parents indignes, mais l’on supporte (peu ou prou) l’exploitation économique et sexuelle des enfants dans le monde … En effet, malgré quelques gesticulations médiatiques, les moyens politiques et économiques d’éradiquer ce fléau ne sont pas toujours à la hauteur.

   On ne supporte plus l’idée qu’une mère puisse abandonner son enfant et on magnifie contradictoirement les mères porteuses et l’adoption.

   «Ce qui préoccupe notre siècle, c’est l’adoption – constate Sophie Marinopoulos (1997) – mais comment peut-on penser adoption sans penser abandon. Les questionnements des siècles précédents à ce sujet n’ont jamais été repris par les opinions publiques … »

   Les contradictions évidentes de ce « roman familial collectif » témoignent des efforts démesurés effectués par certains individus pour faire cohabiter leurs contradictions internes avec la fonction parentale.

   « devenir parent en s’identifiant non pas à la place des parents qu’ils ont eu, mais à la place de l’enfant qu’ils ont été … et en s’adressant à travers l’enfant à leurs propres parents … dans un dramatique quiproquo, véritable confusion des générations … » (R. Clément 1993)

 – à l’épreuve de la psychose –

     La maladie psychotique n’est pas l’objet de cette communication, mais ce détour nous a paru nécessaire pour comprendre le cheminement qui a guidé notre intérêt pour la parentalité. «L’observation des troubles de la puerpéralité est relativement ancienne» (J. Dayan 1999), mais ce sont les interrogations cliniques associant pathologie mentale (essentiellement les psychoses maternelles), et capacités parentales qui semblent être à l’origine de l’intérêt pour ces questions.

   Nous ne pouvons faire ici une recension exhaustive des chercheurs ayant défriché ce terrain, mais simplement rappeler les travaux de Spitz, Bowlby, Winnicott, Bion, Benedek et plus récemment ceux de Racamier, Lebovici, Soûle et David.

   Il est intéressant de constater que ces auteurs, à l’exception de Benedek, n’ont pas posé a priori la question de la parentalité, pour la confronter ensuite à la psychopathologie.

   Ils se sont attachés à observer chez certains patients des bribes de fonctionnement parental, essentiellement du côté de la pratique de la parentalité, un peu du côté de l’expérience.

   Ce sont aussi les effets sur l’enfant qui ont retenu toute leur attention, l’objectif louable de leurs travaux étant avant tout / l’intérêt de l ’enfant.

      Plus tard, dans un article qui s’intitule « les mères psychotiques sont elles de bonnes mères ? » J. Hochman et coll. (1984) posent la question de la nature de l’investissement dont l’enfant est l’objet par sa mère psychotique, mais auparavant M. David (1981) avait parlé des dangers courus par l’enfant pris comme « objet médicament susceptible de combler les vides maternels et d’éveiller ou de renforcer les parties saines du moi de la mère … »

     Ces praticiens s’efforcent de repérer et de différencier les moments de sidération et d’effroi dans lesquels ces parents placent involontairement leur enfant lorsqu’ils délirent, d’autres moments plus cohérents où quelque chose de parental semble être enjeu. Mais selon quel axe de la parentalité, pourrait-on s’interroger ?

     Josette, accueillie au Centre Maternel au 7eme mois de sa grossesse nous a été adressée par le service de jour qui la suivait depuis des années et l’estimait « stabilisée ». En parallèle à un discours un peu rationalisant, elle nous a affirmé très vite «qu’elle avait de l’air dans le ventre …» Après un accouchement plus facile que nous ne l’aurions pensé, elle s’est mise à câliner longuement l’énorme ours en peluche qui ne la quittait jamais, se tenant à côté du berceau de son fils qui hurlait de faim, de colère ou d’angoisse. Elle acceptait avec une certaine reconnaissance, nous a-t-il semblé, que les auxiliaires référentes du bébé s’en occupent à sa place, sous son regard. Ce regard était-il l’élément le plus important de sa pratique parentale, le seul portage dont elle pouvait se montrer capable ?

   Ces travaux qui associaient d’emblée la question de la parentalité à une pathologie psychique ont suscité de passionnantes discussions interdisciplinaires : déni, clivages militants et passionnels, résistances n’ont pas manqué dans cette rencontre des soins et du travail social…

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Crise d’adolescence ou éveil à soi ?

     Ainsi, le regard sur la souffrance d’un enfant peut-il être franchement contradictoire entre deux équipes et l’illustration qui suit est un argument en faveur de l’analyse des pratiques.

   Madame S. et son fils Guillaume, âgé de 10 mois arrivent au Centre Maternel accompagnés par deux travailleurs sociaux du secteur qui assurent depuis la naissance de l’enfant un suivi éducatif régulier.

   La demande d’admission de madame S. repose essentiellement sur des arguments matériels : elle travaille et elle a du mal à faire face à ses obligations professionnelles et parentales en même temps. Assez rapidement après leur entrée, nous remarquons que Guillaume présente des signes inquiétants sur le plan clinique : retrait relationnel, stéréotypie, phobie de contact… Une consultation spécialisée dans un service de pédopsychiatrie confirme notre inquiétude quant au diagnostic assez sombre de signes autistiques.

   Nous prenons conscience que cet enfant a régressé au fil des mois, sous les yeux même de deux professionnels dont les compétences ne sont pas du tout en cause mais dont le regard était détourné par les défenses antipsychotiques (efficaces) de la mère, qui s’exerçaient dans une réalité partagée avec eux : celle de l’insertion sociale.

   Nous nous demandons, aujourd’hui, si la psychose n’a pas exercé trop de fascination et présenté trop de risques morbides dans les interactions mère-bébé, pour laisser une place suffisante dans beaucoup de ces recherches, au versant de la parentalité ?

   Leur mérite est d’avoir ouvert la voie d’une conception dynamique et mobilisable de la parentalisation. Conception polymorphe, qui tient compte des niveaux historiques et générationnels de ce processus, de l’intersubjectivité de la relation parent-enfant. La question pour les cliniciens est toujours de déterminer quand la psychose entrave carrément le processus de parentalisation ou quand et comment, la pensée psychotique (J. Hochmann 1997) fait seulement interférence avec ce processus7.

Dans la pratique parentale de certaines mères psychotiques, on constate des alternances aléatoires entre réalité et délire, qui constituent une néo-reconstruction de la réalité. On observe quelques mères relativement organisées au moment de la relation symbiotique et qui « peuvent donner à leur bébé un départ exceptionnellement bon » (Winnicott 1956).

   Mais nous prévient Odile Casas (1998), c’est peut-être parce qu’elles «continuent à vivre avec leur nourrisson selon un régime d’identification profonde et fusionnelle, identique au régime narcissique anténatal », que ces mères ne supporteront pas la moindre ébauche de défusion que le bébé tentera et qu’elles pourront s’en défendre d’une façon incroyablement violente. Ainsi elles pourront disparaître totalement et sans raison apparente, pour une durée plus ou moins longue.

-Dans leur expérience, la crise provoquée par la parentalisation peut réactiver chez ces mères, bon nombre de contenus angoissants, persécutoires et désorganisateurs … Une trop grande confusion persiste entre l’enfant réel, l’enfant imaginaire et l’enfant enclos, mais aussi entre des moments de gratification intense et des moments terrifiants.

-Dans l’exercice de leur parentalité, on retrouve les mêmes discontinuités, morcellement et absence de limites que dans leur enveloppe somatopsychique. Les contractions du temps et de l’espace obéissent à une logique purement subjective et non partageable.

Ainsi, une mère psychotique qui voit son enfant une fois par mois, lors d’une visite accompagnée par un soignant, a l’impression de bien s’en occuper et ne comprend pas les revendications de sa petite fille de trois ans, qui lui « fait la tête »…

   C’est pourquoi, il nous semble essentiel, lorsque des pathologies contaminent, empêchent, ou évincent les processus de parentalisation, de recourir à une analyse compréhensive de la parentalité : ceci conjointement à la compréhension clinique de la pathologie concerné.

   Cela reste vrai même si l’enfant ne vit pas avec son parent, car dans les représentations les plus répandues, il nous semble entrevoir la primauté de la pratique (réduite dans ce cas au handling) comme témoin primordial d’expression de la parentalité.

   Il faut donc sortir de la préoccupation fébrile du nursing9 comme seul témoin de la parentalisation et considérer que les axes de la parentalité s’entrecroisent harmonieusement ou s’intoxiquent.

     Corinne est âgée d’une trentaine d’années et a présenté plusieurs épisodes de décompensation sévère ayant nécessité une hospitalisation. Elle a eu 7 enfants de 3 pères différents. Seuls les 2 derniers vivent avec elle grâce à un travail très actif de la Protection Maternelle et Infantile associée au secteur d’hygiène mentale. Deux de ses aînés ont été adoptés (après article 350), les 3 autres sont placés en famille d’accueil par mesure judiciaire. Derrière son apparente incohérence, cette maman a réuni les photos de tous ses enfants dans un cadre à l’entrée de son appartement. Elle voit une fois par trimestre avec un travailleur social ceux qui sont placés. Elle se rend scrupuleusement aux audiences annuelles du juge des enfants où elle ne revendique jamais leur restitution : mais elle apprécie d’avoir systématiquement les bulletins scolaires de chacun d’entre eux. Elle se représente bien le fait d’être la mère de tous ses enfants (expérience et exercice), mais elle estime ne pas pouvoir faire plus (pratique). Elle n’a, par contre, aucune représentation de ce que ses enfants attendent d’elle, et considère qu’ils sont bien là où ils sont. On peut dans ce cas parler de parentalité imaginée, liée à l’hypertrophie de l’exercice de sa parentalité. Les équipes médicosociales estiment pouvoir compenser pour les autres axes, grâce à la substitution du placement et à l’accompagnement à domicile.

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L’amour parental permet-il l’équilibre des enfants ?

 II- LES TROIS AXES DE LA PARENTALITE[2]

   « Le ministère chargé des affaires sociales a décidé en 1993, de former dans le prolongement de l’opération pouponnière, un groupe de recherche sur la parentalité. Ce groupe a réuni des spécialistes de l’enfance11 (…) Il a travaillé à partir de cas cliniques complexes rapporté par ses membres. Dix cas ont constitué le point de départ, travaillés selon une méthode qui peut être qualifiée de casuistique : c’est-à-dire à distance de toute décision et en en suivant minutieusement le déroulement à la recherche des obstacles qui s’étaient présentés et des processus que l’on pouvait y repérer (…) »

   Lors de l’ouverture officielle de notre groupe, Myriam David avait rappelé son appartenance à un groupe similaire animé par Bowlby, lorsqu’elle était jeune professionnelle.

« Les réflexions théoriques du groupe se sont constituées autour de trois niveaux d’analyse :

-l’appréciation objective des ruptures connues par l’enfant, leur nature et leur fréquence.

-La stabilité des représentations que les différents acteurs de la prise en charge se font de la situation du groupe familial et de chacun de ses membres.

-Les processus d’induction et de contagiosité psychique dont sont l’objet les équipes concernée, qui se trouvent plus ou moins contaminées par les mécanismes pathologiques à l’oeuvre au sein du groupe familial (…)

   Elles ont conduit le groupe à repérer trois axes autour desquels semblaient pouvoir s’articuler l’ensemble des fonctions dévolues aux parents. Ils ont été dénommés comme suit : l’exercice, l’expérience et la pratique de la parentalité.

– L ’exercice de la parentalité –

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Incertitudes et inconscience sur la bonne éducation de son enfant !!

« Exercice est entendu ici dans un sens voisin du sens juridique, l’exercice d’un droit par exemple. L’exercice de la parentalité définit un domaine qui transcende l’individu, sa subjectivité, ses comportements. C’est lui qui fonde et qui, jusqu’à un certain point, organise la parentalité en situant chaque individu dans ses liens de parenté et en y associant des droits et des devoirs.

Dans toute société, il y a une définition précise des liens de parenté, qui désigne la place de chaque individu dans la société conçue comme un ensemble organisé. Les liens de parenté constituent un ensemble généalogique auquel appartient chaque membre et qui est régi par des règles de transmission. Le groupe social ne peut se concevoir comme un ensemble amorphe, dont les membres n’auraient entre eux que des liens d’inclusion.

   Il s’agit d’un ensemble structuré par des liens complexes d’appartenance (ou d’affiliation), de filiation, et d’alliance. Les règles qui régissent cet ensemble impliquent les droits et les devoirs dévolus à chacun de ses membres. En même temps, elles garantissent pour chacun un espace social où il peut se développer, mais au prix de certaines restriction.

   L’exercice de la parentalité peut s’étudier du point de vue anthropologique, notamment dans une perspective structuraliste, qui a permis de décrire les structures élémentaires de la parenté (C. Lévi-Strauss) dans les société traditionnelles ou les choix matrimoniaux sont strictement prescrits en fonction de la structure de parenté. Dans nos sociétés industrialisées et de droit écrit, ce sont les aspects juridiques de la parenté et de la filiation qui définissent l’exercice de la parentalité. Ce domaine est en plein remaniement du fait de l’évolution des mœurs d’une part et du développement de la procréation médicalement assistée d’autre part. Paradoxalement, ce développement tout entier fondé sur les progrès de la biologie, conduit à privilégier des liens de filiation non biologiques et à dissocier de plus en plus liens biologiques, lien social (possession d’état) et liens juridiques.

   On assiste, dans le même temps, à un certain déficit symbolique dans l’évolution de la législation, qui tient de plus en plus compte de situations de fait, et perd ainsi une part de sa fonction fondatrice et organisatrice.

   Sur le plan psycho-dynamique, l’exercice de la parentalité se rattache aux interdits qui organisent le fonctionnement psychique de tout sujet, notamment le tabou de l’inceste. »

 – L’expérience de la parentalité

 « Nous désignons par là, l’expérience subjective consciente et inconsciente du fait de devenir parent et de remplir des rôles parentaux. Elle comporte de nombreux aspects parmi lesquels deux méritent d’être mis en exergue : le désir d’enfant et le processus de transition vers la parentalité, ou parentification.

   Le désir d’enfant devient de plus en plus séparable de l’acte sexuel, compte tenu du développement des techniques de contrôle des naissances. Il a fait l’objet de nombreuses hypothèses psychanalytiques et systémiques que nous avons répertoriées. Le processus de parentification est de mieux en mieux connu, surtout chez les mères. C’est pour le décrire que le terme de matemalité a été introduit, puis celui de parentalité. On connaît bien maintenant les modifications psychiques qui se produisent chez la mère au cours de la grossesse et du post-partum : la préoccupation maternelle primaire de D.W. Winnicott, la transparence de la grossesse de M. Bydlowski, la constellation de la maternité de D. Stern.

On commence seulement à explorer les modifications psychiques qui se produisent chez les pères au cours de leur transition vers la paternalité. »

 -La pratique de la parentalité »

     « Par pratique de la parentalité, nous désignons les tâches quotidiennes que les parents ont à remplir auprès de l’enfant. C’est le domaine des soins maternels qui fait l’objet d’études approfondies depuis plus de cinquante ans.

   Il vaudrait mieux dire soins parentaux plutôt que maternels, car il ne fait aucun doute que chacun des parents a son rôle à jouer dans ces tâches. Rappelons que l’on entend par soins non seulement les soins physiques, mais également les soins psychiques. Ce sont, d’abord, les situations de déprivation ou carence de soins maternels, qui ont fait l’objet de travaux.

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Quête d’attaches ?

     Ils ont été référés dans un premier temps à la théorie psychanalytique et notamment au modèle de l’étayage, selon lequel les liens affectifs que l’enfant noue avec son entourage s’étayent sur la satisfaction de ses besoins corporels et, en particulier, le besoin alimentaire. A la fin des années cinquante, John Bowlby a introduit la théorie de l’attachement selon laquelle l’enfant aurait un besoin d’attachement primaire plus ou moins dépendant de la satisfaction de ses besoins. La découverte des compétences des nouveaux nés est venue enrichir durablement la compréhension des modalités selon lesquelles s’établit la communication entre l’enfant et son entourage. Plus récemment, la notion d’interaction a été proposée pour décrire les échanges entre parents et enfants. On distingue des interactions comportementales, qui s’observent et qui peuvent faire l’objet d’une description objective – des interactions affectives qui impliquent l’affectivité de l’enfant et de son partenaire parental – des interactions fantasmatiques, enfin , aspect non visible et non conscient des interactions, mais qui les organise en fonction de l’histoire des parents, du fonctionnement du couple et de la personnalité de la mère et du père (S. Lebovici et M. Lamour). »

 III- DEVENIR PARENT QUAND ON N’A PAS FINI D’ETRE UN ENFANT EN SOUFFRANCE ?

      Nous allons observer dans ce troisième temps le processus de parentalisation chez des personnes immatures, carencées et vulnérables.

   Nous nous poserons presque les mêmes questions que lorsque coexiste une pathologie psychique avec la parentalité. L’angoisse d’abandon, la relation de dépendance à un objet archaïque ne modifient pas les mêmes éléments de la personnalité qu’une psychose, mais notre pratique nous a montré la gravité des effets sur la dyade et sur l’enfant, de ces « parentalités de l’extrême » (J. Rochette 2000).

   D’un point de vue épistémologique, il serait hasardeux d’admettre, dans ces situations, le raccourci théorique de pathologie de la parentalité. Il s’agit bien d’un dysfonctionnement du processus de parentalisation, dont les effets se concentrent sur la fonction parentale.

 – Une collision plutôt qu ’une rencontre –

    La plupart de ces femmes pourraient illustrer à l’âge l’adulte le syndrome décrit par R. Misés (1995) sous le vocable de pathologies limites de l’enfance. Se surajoutent à cela, les conséquences de la désocialisation qui constituent un véritable traumatisme secondaire.

   Dans le droit fil de ces hypothèses, on peut dire que si ces pathologies limites de l’enfance ne suffisent pas « à établir un diagnostic structural, elles tiennent une place centrale dans le registre de l’archaïque où elles se relient à des défaillances, portant entre autres sur l’intériorisation, la représentation, les liaisons intrapsychiques … elles se révèlent compatibles aussi avec l’établissement d’un écart entre réalité interne et externe … »

     Or, nous savons que toute parentalisation commence par la rencontre de deux archaïsmes : celui de l’enfant et celui de la mère. Celle-ci devra faire en sorte de ne pas en être envahie pour pouvoir assurer son rôle de contenant et de pare-excitation.

   Mais cette dépendance du bébé va engendrer, pour ces femmes fragilisées, une réminiscence traumatique de leur propre dépendance et des moments de détresse qu’elles ont pu connaître. C’est la «porosité de leurs frontières psychiques» (J. Rochette 2001) qui va faciliter la collision du bébé étranger de la réalité avec l’enfant enclos en elle.

   Cette collision s’effectue probablement sur fond de violence fondamentale, « instinct de survie peu différent de la pulsion d’autoconservation et différent de l’agressivité secondarisée qui vise à détruire ou faire souffrir l’objet… » (J. Bergeret 1982)

   Cette violence fondamentale « pose simplement la question : l’autre ou moi ? ». Elle serait réactivée chez la mère par celle de son bébé, générant un système d’interactions particulier saturé d’archaïsmes.

   On s’aperçoit déjà, qu’il ne s’agit plus de parler d’une relation d’objet « névrotique », c’est-à-dire plus ou moins chargée des reliquats conflictuels de la névrose infantile mais bien d’une relation toujours au bord d’un gouffre, d’une relation à hauts risques.

   La réaction de ces mères est comparable sans doute à ce que P. Fustier (1999) décrit très bien à propos des professionnels des lieux d’accueil, confrontés à la violence de certains adolescents en grande difficulté :

« les éducateurs ne réagissent pas toujours par une violence similaire ou symétrique, mais ils font appel à ce qui fonde leur propre instinct de survie, à savoir la violence fondamentale … ces tâches d’autoconservation se développent au détriment des tâches primaires de l’institution… »

   Lorsque pour survivre en face de ce qu’elle croit être des attaques de son psychisme par son bébé, une mère mobilise sa violence fondamentale12, elle relie alors son expérience subjective de la parentalité à la notion de danger. Danger qu’elle a éprouvé et que lui fait revivre le miroir de son enfant en détresse.

     Prise dans un tel attachement paradoxal, cette mère éprouve sans doute de forts sentiments de culpabilité, de faute, d’incompétence … Pour R. Clément (1993) «c’est l’angoisse et la culpabilité des parents qui à défaut d’attachement vont faire lien … car des liens positifs n’ont pas pu être introjectés».

– Ainsi peut-on constater dans la pratique parentale de Séverine qu’elle n’entend jamais pleurer son bébé ; c’est toujours quelqu’un qui vient la prévenir. Chez cette mère, on observe la répétition d’oublis symptomatiques de son enfant tout un après midi dans sa chambre, ou des retards importants lorsqu’elle doit la récupérer à la halte-garderie, au prétexte qu’elle est amoureuse ou qu’elle a des courses ou des papiers importants à faire. Lorsqu’on lui en parle, elle ne dénie pas ces fait mais objecte que sa fille dort beaucoup et qu’elle ne s’absente pas si longtemps que ça, montrant par là une difficulté à se représenter ses besoins. Il est observé effectivement que Sandra dort beaucoup et très profondément en l’absence de sa mère, comme si elle adaptait ses phases de réveil à sa présence. Le plus curieux, c’est que Séverine lorsqu’elle est là, physiquement et psychiquement, n’est pas du tout une maman incompétente. Elles semble prendre toutes deux beaucoup de plaisir à être ensemble, pour un instant seulement…

   Ne peut-on voir dans ces oublis le rappel brutal d’un fantasme de scène primitive : avoir été elle même oubliée en tant qu’enfant, par ses propres parents ?

   Cela signifierait que la pratique parentale de cette jeune mère est contaminée par la répétition compulsionnelle d’un danger qui la concerne elle, en tant qu’enfant mais qui n’a jamais pu être élaboré. Malgré ses dénégations, il est probable que la tonalité de son expérience parentale est plutôt négative.

   En effet, sa satisfaction d’avoir survécu (processus primaire de l’autoconservation) en face des attaques supposées de son psychisme par le bébé, l’empêche d’accéder à la satisfaction du travail parental bien fait (processus secondaires). Elle est en partie privée des gratifications narcissiques indispensables pour entretenir des interactions positives, constructives et durables avec son enfant.

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Qui est l’idéal d’une mère ?

Le plaisir d’une survie, même mutuelle n’est pas encore tout à fait le plaisir de voir se construire la vie psychique de son enfant…

 – Les carences maternelles en face de l’archaïsme du bébé –

      Dans leur pratique, nous constatons que ces mères favorisent des attachements adhésifs plutôt qu’une ouverture de leur dyade vers le monde.

   Leur expérience parentale semble reposer sur des représentations instables de la réalité extérieure, acquises sans doute lorsqu’elles étaient des bébés, et ne permettant pas la moindre souplesse des liens avec cette réalité.

– Christine a été multiplacée et n’a gardé aucun lien avec ses assistantes maternelles, ni avec ses frères et soeurs. Elle n’a aucune explication claire sur l’origine de ses placements malgré une relation épisodique avec sa mère, malade alcoolique, retrouvée au moment de sa grossesse… Le père de son enfant l’a quittée parce qu’elle était enceinte et elle ne se pose pas vraiment de questions, semblant habitée par une indifférence un peu dépressive … A la naissance de Sarah, elle donne l’impression de se réveiller, de trouver une sorte d’objet d’amour absolu, l’investissant au-delà des limites du possible. Elle l’enveloppe littéralement de sa présence, de son corps, la détournant du regard des autres, n’autorisant personne à la toucher et même à parler d’elle. Elles passent de longues heures enfermées dans leur chambre, couchées dans le même lit, à se remplir l’une de l’autre.

A côté de cette pratique parentale où le collage des corps est censé protéger des risques de séparation, Christine livre parfois le vécu subjectif de sa relation à Sarah, son expérience parentale, à travers de petites phrases lourdes de confusion. Elle dit toujours «je lui prend son bain – au lieu de – je lui donne son bain », comme si sa fille devait déjà lui rendre tout ce qu’elle n’a pas encore pu lui donner.

     Redevenir un peu petite avec leur bébé, grandir avec lui, se séparer un moment, se retrouver ensuite … Cette souplesse n’est pas possible car leur registre interactionnel fonctionne en système binaire, en tout ou rien et l’origine de ces impossibilités a sans doute une étiologie très complexe.

     Une «crainte de l’effondrement» (Winnicott,1974) est la première hypothèse clinique qui vient à l’esprit pour expliquer certaines de ces situations dramatiquement figées. Ces mères qui ont une « expérience antérieure d’inconstance de leur environnement… ont grandi dans la crainte d’une défaillance de leur organisation défensive … contre un effondrement qui a déjà été éprouvé … mais leur moi ne peut s’organiser contre la faillite de leur environnement, dans la mesure où la dépendance est un fait de l’existence … ».

       Winnicott ajoute « en d’autres termes nous sommes en train d’examiner un renversement du processus de maturation de l’individu ». Cet effondrement qui a déjà eu lieu « et dont la crainte mine sa vie se situe dans un impensable » qui a contaminé l’organisation du moi, les objets internes et externes de ces mères.

  1. Misés (1997) décrit plusieurs types de défaillances parentales génératrices de relations ultérieures de dépendance et d’emprise :

– « le défaut d’étayage, constitué par les failles, les discontinuités et les distorsions dans les apports parentaux, sans qu’il y ait véritable abandon … l’enfant parvient quelquefois à s’appuyer sur ces modalités de relation à peine ébauchées … ce qui provoque dysharmonie, précocité et colmatage des mouvements intégratifs …»

« Les défauts d’élaboration de la fonction de contenance où la mère n’assure pas pleinement son rôle de pare-excitation et où l’enfant échoue partiellement dans cette fonction … amènent un défaut de régulation des processus primaires et secondaires, ces dernier restant essentiellement tournés vers la maîtrise des objets externes au détriment de leur rôle de liaison … »

– « les échecs dans le registre de la transitionnalité où la mère entretient avec l’enfant des modes d’emprise et de relation spéculaire qui le détournent de la construction des objets transitionnels … Peu sensible à leur fonction, elle intervient pour les laver, les remplacer, les faire disparaître …»

– « les défauts d’élaboration de la position dépressive » où l’enfant, malgré tout, parvient à organiser les rudiments d’une vie mentale « en prenant appui sur des mécanismes de défense maniaque qu’il met au service de la réparation de l’objet maternel … et dans un contexte où la vulnérabilité à la perte d’objet devient de part et d’autre, un élément essentiel de la problématique : l’enfant ne parvient pas à intégrer les angoisses dépressives et de séparation… »

René Roussillon (1999), va plus loin en proposant un modèle d’ensemble de la souffrance identitaire-narcissique provoquée chez l’enfant par ces expériences de carences parentales. Il rappelle que « lorsque l’état de détresse et de terreur sans nom dure au-delà du supportable, l’issue de cette situation en impasse est paradoxale … Le sujet assure sa vie psychique en se coupant de sa vie psychique subjective … Il ne sent plus l’état traumatique parce qu’il opère un retrait de sa subjectivité et pas seulement de la représentation de l’affect… Ce processus de retrait hors de soi est une forme de clivage du moi ; mais le problème de ce clivage est qu’il ne fait disparaître la trace que pour la subjectivité consciente … »

   En d’autres termes, cette mesure de « survie psychique » qui précède la structuration de défense narcissique n’élimine pas les reliquats de cette expérience dramatique.

 – Des parentalités feuilletées –

      Nous savons aujourd’hui que les carences affectives s’organisent en un véritable syndrome (M. David 1990) et nous avions observé le feuilletage psychique13 qui se constitue par l’empilement d’expériences individuelles non élaborées.

   L’histoire personnelle est ainsi transformée en « un amoncellement de faits indifférenciés, dont l’épaisseur varie selon les individus. La souplesse du sens de chaque événement est perdue au profit d’une représentation générale, souvent dramatisée et clivée … » (D. Favre 1993) Cet empilement d’expériences feuilletées, nous a semblé favoriser, dans la plupart des cas, à la compulsion à la répétition associée au clivage des imagos, ainsi que le déni.

– Sonia parle encore avec haine et terreur d’un père alcoolique violent, en face duquel sa mère ne pouvait intervenir pour la protéger, elle et ses frères.

Un jour, « il l’a collée au plafond », sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit d’un fantasme ou de la réalité. Elle n’a aucun souvenir précis de son enfance sur lequel nous puissions travailler.

Elle enchaîne, semble-t-il, depuis sa puberté des expériences désastreuses de rencontre avec des hommes violents alcooliques et inconséquents. Elle a subi plusieurs interruptions de grossesses et le père de son enfant actuel ne diffère pas de ses autres rencontres masculines. Elle croit à chaque fois que c’est « le bon, le prince charmant, le père idéal … », et ne comprend pas pourquoi elle est toujours déçue. Elle pensait que l’enfant cette fois ci « allait le faire changer » …

     Dans cette exacerbation du risque de casse et de perte, il n’y a qu’un pas à franchir pour que toutes les représentations de la parentalité se figent en une seule apparente, celle qui empêche la mauvaise, d’être perçue.

     René Clément (1993) évoque d’ailleurs un «faux-self parental» qui se constituerait par le maintien chez les parents de l’idéalisation infantile du rôle de parent : qui restent les plus forts, les plus beaux, les plus grands …

   «En voulant à tout prix correspondre à cette image infantile, ces parents jouent à être des grands, de façon d’autant plus rigide et caricaturale, qu’ils sont faibles et démunis … »

     Ces reliquats actifs d’idéalisation de leurs propres parents (défaillants), auxquels ils s’identifient en devenant à leur tour parents, ne laissent aucune place possible à l’ambivalence. Aussi cette assurance en faux-self de leur parentalité sera mise à mal bien entendu, par la moindre velléité de séparation-individuation de l’enfant, qui sera vécue comme une remise en cause de leur sentiment de sécurité et de toute-puissance, et non pas comme un progrès.

  1. Misés (1997) considère d’ailleurs que ces « défauts d’étayage maternel souvent précoces, s’accentuent au cours de la phase dépressive de l’enfant » et dans ce contexte ajoute-t-il « la vulnérabilité à la perte d’objet devient de part et d’autre un élément essentiel de la problématique. L’enfant ne parvient pas à intégrer les angoisses dépressive et de séparation, ni à dépasser le conflit de l’ambivalence. » Selon lui , cet échec d’élaboration de la position dépressive de l’enfant « altère l’accès au sentiment de soi, mais conserve l’écart vis-à-vis des psychoses dans la prédominance des angoisses dépressives et de séparation sur les angoisse de morcellement et de néantisation … »

   La qualité particulière de leur faux-self permet à certains parents une tentative d’adaptation à leurs nouvelles fonctions. Mais celle-ci n’est qu’apparente et les empêchements (des actes et de la pensée) dont l’enfant sera l’objet dans ce type de relation, donne une sorte de vertige clinique : en voici quelques exemples au crible des trois axes.

     Dans la plupart des cas l’exercice est surinvesti et tout semble indiquer que c’est « le statut de mère qui prend le pas sur les interactions avec leur enfant… » (D. Favre 1985)

   Les droit absolus qu’elles s’arrogent ou revendiquent, passent par un déni de la Loi et excluent les droits du père. Tout au contraire, leurs obligations ne sont pas bien repérées. : « C’est mon enfant, je fais ce que je veux avec lui … il m’appartient … le juge n’a pas le droit de me le placer …»

     L’expérience de leur parentalité est difficilement abordable, car leur pensée semble sidérée par ce sujet. «Je vais tout faire pour mon enfant… tout ce que mes parents auraient dû faire et n’ont pas fait… Je ferai tout le contraire de ce qu’ils ont fait… »

     En d’autres termes, on peut penser que leur expérience d’enfant en face de parents défaillants leur donne un droit à réparation, une sorte d’à-valoir sur l’enfant.

   On peut observer alors un mélange confusionnant des axes de l ’exercice et de l’expérience : « C’est mon enfant et quand il sera grand, qui s’occupera de moi… »

     Cette parentalité trop prosaïquement imaginée, se joue dans une discontinuité intra psychique, où le rêve et le trouvé-crée sont absents.

     Mais dans leur pratique de parent, cet imaginaire, trop réaliste, se superpose mal à la crudité brutale de leurs défaillances et, de ce fait ,on peut dire que les trois axes sont désaccordés.

– Zohra ne supporte pas que sa fille Shanah puisse être malade et elle réussit toujours, à l’encontre des professionnels du Centre Maternel, à la faire hospitaliser dans des conditions dramatiques. C’est toujours la nuit, après des attentes démesurées à la porte des urgences pédiatriques …

Cette jeune maman collée à son bébé, refuse habituellement toutes les propositions de séparation « positive » à la halte-garderie. Lorsqu’elle a déplacé des montagnes pour la faire hospitaliser, elle semble fuir la relation avec Shanah, à tel point qu’une fois l’hôpital a appelé le foyer pour savoir ce qu’elle était devenue … Quelque chose se casse dans leur relation quand cette petite fille de quatre mois défaille de son rôle habituel, qui consiste à ne pas angoisser sa maman. Elle se met alors à sortir beaucoup, « elle s’éclate en boîte » non sans culpabilité « mais comme avant, avant qu’elle ait tout ces soucis et le sentiment d’avoir raté sa jeunesse … »

     Cette incapacité à négocier la moindre distance psychique, qui est alors dénié ou infinie, rejoint leur incapacité de situer leur présent dans une continuité historique. Elle ne peuvent se situer dans aucune altérité de distance spatiale ou temporelle.

   C’est toute la fonction « d’historicité » (V. de Gaulejac 1987) qui leur échappe, comme si elle n’étaient pas actrices de la construction de leur propre histoire et qu’elles la subissaient comme un traumatisme sans fin.

 – Failles narcissiques et parentalité –

    « L’enfant regarde sa mère et ne voit à la place de ses yeux, que deux trous noirs … »1[3]. Cette image inquiétante illustre parfaitement l’absence du miroir, du reflet mutuel, mais surtout l’absence de magie dans leurs interactions. Au lieu de se trouver, ils se perdent dans le regard l’un de l’autre.

   La relation avec le bébé fonctionne comme un rappel de leur vulnérabilité à la perte d’objet. Cette absence de spécularité signe le conflit entre enfant réel et imaginaire ; contient les reliquats de ce qui n’est pas réglé entre moi-idéal et idéal du moi chez la mère, mais aussi ce qui n’a jamais pu émerger au travers des contradictions historiques entre ses objets internes et externes.

   Aussi, les préoccupations de ces mères s’éloignent parfois des « préoccupations maternelles primaires » que Winnicott (1956) assimilait à une « maladie normale » et qui dure quelques semaines après la naissance. Leur pratique parentale est toute en actes ; ceux-ci remplacent la rêverie et empêchent l’éclosion des pensées filantes1[4].

     Les risques de casse et de perte, évoqués plus haut, dépassent alors les craintes adaptées de parents normalement dévoués et les séparations auront toujours un goût de ruptures répétitives.

   Gérard Poussin (1993) pense que « la sexualité est le premier acte de la parentalité », mais il n’en reste pas moins que «certaines formes d’amour, loin de représenter un accès au génital n’expriment que la nostalgie lancinante de la fusion à la mère … » Cette formule de J. Chasseguet-Smirgel (1975) nous permet d’aborder maintenant la question de ces parentalités qui sont aménagées sans passer par une vie de couple1[5].

   Chez ces adultes carencés qui ont connu en famille un fonctionnement de triade narcissique au lieu d’une triangulation oedipienne, cette tentative de resymbolisation est le plus souvent ratée, et l’on constate une incompatibilité psychique sans règlement par l’ambivalence, entre l’amante et la mère.

   Leur sexualité, aménagée au niveau d’objets partiels, se situe dans une espèce de no man’s land, entre perversion et déni.

   «Elle emprunte, de part et d’autre, des fonctionnements défensifs, des apparences de désir et de plaisir tout aussi factices et inopérants dans la durée, que les satisfactions hallucinatoires chez le nourrisson (…) Cette sexualité est paradoxale dans le sens où elle devient une véritable mécanique fonctionnelle déconnectée du plaisir et de l’épanouissement de la personne, au profit de buts latéraux. Elle est comme en faux-self1[6] soumise aux exigences de l’environnement dans un fonctionnement de comme si… » (D. Favre 1993)

« moi je n’ai plus besoin des hommes maintenant, puisque j’ai mon enfant… »

   La collusion1[7] (J.C. Lemaire 1981), qui préside à la fondation de ces couples dyadiques, fait qu’ils peuvent imploser violemment au moment de la grossesse du fait des réparations narcissiques inégales qu’elle provoque, ou bien lors de l’irruption de l’enfant. Dans ces communautés éphémères où chacun projette inconsciemment sur l’autre le rôle de Moi négatif, le partenaire ne peut être investi que sous forme d’objet d’amour perdu …

     Dans ces « couples non copulants, le tiers masculin est exclu d’avance dans sa fonction génitale et parentale. Le père fait bien pâle figure devant l’avènement d’une mère archaïque et l’enfant doit alors se contenter du vide de présence et de désir d’un homme. » (D. Favre 1993) C’est alors que dans l’espace clos crée entre la mère et l’enfant, va planer, comme une menace un personnage inquiétant. Cette «ombre parlée de l’homme» (J. Chasseguet-Smirgel 1975) sera dramatisée par les comètes masculines qui passeront dans la vie de la mère, et renforcera l’angoisse de séparation.

« Plus le père s’éloigne, plus son ombre s’agrandit… »19

   On peut alors se demander logiquement, si l’absence des pères n’est pas un organisateur de la pratique parentale particulière de ces mères ?

     Alain Savet (1993) va plus loin en proposant l’hypothèse suivante : « la mère isolée n’est pas une femme sans homme, c’est au contraire une femme chez qui la représentation de l’homme est envahissante et totalitaire : images d’hommes abandonnants, violents, absents, inexistants. Les hommes sont chez elles trop présents-pressants ou bien perdus … L’inconsistance qu’elles leur assignent devient à son tour omniprésente … C’est ce que nous traduisons par représentation totalitaire de l’homme. »

     L’absence de tiers paternel encourage secondairement l’attachement adhésif, conséquence de la collision des archaïsmes : l’enfant ne peut pas être partagé, ni séparé d’elles, ni individué.

   Nous avons vu plus haut la surestimation de l’exercice de leur parentalité : elles ont des droits absolus sur leur enfant, mais ont du mal à se représenter leurs obligations vis-à-vis de lui. Ainsi elles expriment leur propre besoin du père, mais dénient ce même besoin pour l’enfant.

« mon enfant n’a pas besoin de père, puisqu’il a sa mère …»

     Dans cet exercice, la Loi ne sera pas confrontée à un personnage tiers dans la réalité, qui permette une relative contradiction, au sens où les désaccords parentaux sont rassurants pour l’enfant.

   Dans la pratique, l’enfant pourra subir ce que René Clément (1993) appelle une « maltraitance douce en étant convoqué à la place du conjoint absent, qu’il aura pour mission de remplacer … Le liens d’attachement deviendront liens d’entrave … »

     Dans un tel pacte narcissique, seuls les fantasmes de mère archaïque, dévorante ou violente viendront freiner les désirs incestueux de l’enfant, en dehors de tout interdit paternel.

-Bilel a bientôt 11 mois, il exige de sa mère le jour et la nuit qu’elle lui donne le sein pour se calmer ou s’endormir. L’attitude de cette dernière est pétrie de contradictions : elle s’en plaint beaucoup et prend conseil auprès de tous les professionnels pour trouver le moyen de sevrer son fils, et en même temps elle continue « en cachette » à lui offrir des tétées, à peine culpabilisées.

« C’est lui qui veut… » et de ce fait elle n’a jamais pu le mettre à la halte-garderie une demi journée ou s’en séparer plus de quelques minutes.

Elle aboutit en désespoir de cause dans le bureau du psychologue où là, Bilel peut montrer son excitation anxieuse et l’emprise qu’il a sur sa mère. Il ne la laisse pas parler et manifeste tyranniquement son désir du sein maternel. D’avantage que le besoin de téter, il semble que cet enfant revendique l’exclusivité de la relation à sa mère, sans doute en réponse à la fragilité profonde de leur lien.

       Celle-ci n’est jamais revenue me voir, mais quelques temps après avoir rencontré un nouvel ami et Bilel s’est trouvé «sevré et relégué » sans préparation en halte-garderie ; confié le soir à d’autres résidentes pour que sa mère puisse sortir.

Le plus incroyable c’est qu’il n’a pratiquement pas revendiqué …

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 IV- NAITRE PARENT EN INSTITUTION ?

      Nous sommes bien conscients que cette conclusion sera trop courte au regard du champ immense d’interrogations et de recherches qui est ouvert.

   En effet, « chez ces femmes, l’arrivée du bébé et par extension l’arrivée en centre maternel comporte une demande implicite de soins qu’il s’agit de comprendre et d’accueillir …» (J. Rochette 2000)

     «La parentalisation est un grand chantier de la vie psychique» (J. Guillaumin 1983) et l’énergie engagée dans ce chantier est énorme à l’instar d’autres crises du développement. Pour certaines mères, il semble que ce soit une deuxième chance pour accéder à une consolidation de leur vie psychique. Mais on voit aussi que « le travail psychique du devenir mère a aussi un fort potentiel désorganisateur et l’adulte peut être mis sans dessus-dessous …» (J. Rochette 2000) car l’impact d’un bébé sur ses parents est intense.

     Il peut exister chez ces parents défaillants des «parties de leur personnalité qui se superposent à des parties plus anciennes, resurgissant avec la violence des sentiments qu’ils ont vécus lorsqu’ils étaient bébés … » Maurice Berger (1997) pense que dans ces « pathologies de début de contact, résident d’authentiques mouvements hallucinatoires que ces parents injectent à leurs enfants, sous forme d’hallucinations traumatiques … »

     On comprend aisément qu’accompagner de telles relations parentales dans une position extériorisée, une fois par semaine, ne suffit pas à protéger l’enfant de leur toxicité. Il convient d’utiliser ou d’inventer des dispositifs d’accompagnement et d’étayage à la mesure des risques encourus par l’enfant.

   En effet, beaucoup de travailleurs sociaux sont prisonniers de leurs illusions en face de ces embellies réparatrices, car les mères sont très désireuses d’accéder aux identifications parentales et très convaincantes. Observer objectivement ces situations, lorsque le besoin de réparation narcissique prend le pas sur l’intérêt de l’enfant n’est pas facile. Comment concilier ces enjeux extraordinaires, devenir parent et se confronter à l’extrême dépendance d’un bébé quand on est soi-même sans étayage extérieur et que ses étayages internes sont aussi défaillants ?

     Ce sont les réajustements défensifs démesurés chez ces mères, qui consomment toute l’énergie nécessaire à leur adaptation à l’enfant. Ce travail contre la morbidité n’échoue pas toujours, mais laisse la place à des parentalités un peu réduites à portion congrue : le soulagement de la survie mutuelle, mais pas encore le plaisir de voir se construire la vie psychique de l’enfant. Cette construction définie par Didier Houzel (2000) passe par « trois grands défis : celui de la différence entre soi et l’autre, l’altérité ; celui de la différence des sexes ; celui de la différence des générations. »

 – Accompagner la parentalisation : une pratique institutionnelle et pluridisciplinaire

      Les enfants reçus avec leur mère sont à l’âge où ils disposent seulement d’une « enveloppe psychique primitive» que Didier Houzel (1987) appelle «pellicule» et qui «n’est pas pensable tant qu’elle n’est pas lestée par un certain nombre de représentations … » Cette pellicule est « le premier des trois feuillets qui constitueront une enveloppe psychique pour l’enfant » et c’est sa fragilité même qui en fait sa richesse, puisqu’elle permettra des interactions inestimables entre autre avec les rêveries maternelles.

   Michel Soulé, dans un article de 1991, pousse dans ses retranchements la métaphore de « la mère qui tricote suffisamment », posant la question très originale des « enveloppes tissées et tricotées par les mères ».

   Dans un centre maternel nous ne voyons plus beaucoup de mères tricoter ou coudre des vêtements pour leurs enfants, à part quelques Africaines pour qui cette compétence est encore une richesse. Peut-être devrions nous inventer dans l’institution un substitut de ce tricotage qui puisse « fabriquer une housse, comme la peau, que l’on peut réparer, repriser, recoudre … » (M. Soulé, 1991)

   Il s’agit, en quelque sorte, de « cultiver la capacité chez les individus à être contenus en présence d’un contenant … » (J. Rochette 2001) Pour Myriam David et Françoise Jardin « l’espace créé doit contenir la situation, même si les points de vue les plus contradictoires s’y confrontent … de même, si les carences des interactions et les troubles des bébés ne sont pas éclatants, ils nécessitent une observation et une approche technique fine. » (1993)

     Cela signifie qu’un professionnel mal informé va observer un comportement parental marqué par la dépressivité (dans l’axe de la pratique) terne mais sans relief, et ne pas s’en alarmer … Au contraire des symptômes bruyants entre une mère et son enfant inquiéteront, alors qu’ils ne sont, peut-être, que momentanés et réactionnels.

 – Des dispositifs adaptés à la parentalité –

  Pour envisager ces dispositifs, posons-nous cette question d’apparence toute simple : et si

nous n ’étions pas là ?

     Ces femmes seraient à un moment crucial de leur histoire, vulnérables et sans environnement, puisque le leur est momentanément en faillite.

   A l’arrivée du bébé qui « mobilise leur part infantile, elles se trouveraient sans groupe d’appartenance pour le mettre au monde » (N. Colas 1997). «Or d’un point de vue psychologique, ce n’est jamais une femme seule qui accouche, mais un groupe, une parentèle, un voisinage … » (R. Kaës 1979). J. Rochette (2000) évoque même le fait que la « périnatalité sollicite l’appareil psychique groupal de la mère » c’est-à-dire que la naissance la « confronte à des forces qui dépassent ses capacités psychiques propres. »

     Elles n’auraient aucune contenance, dans ce moment de crise de la maternalité, aucune possibilité de symboliser ce qui est irreprésentable (bon ou mauvais ?), du fait de l’afflux d’émotions ; le risque serait que tout cela se perde défensivement.

   Enfin, les professionnels de l’institution, en s’identifiant un peu à la souffrance de la mère et de l’enfant, forment un miroir-écran (de cinéma) qui aide à dédramatiser, à délier et à concilier les exigences contradictoires du leur développement réciproque : les séparations et les retrouvailles qui font progresser autant le parent que l’enfant, en sont une illustration.

       Pour être adaptés à la parentalité, ces dispositifs doivent être fondés sur quelques principes et caractéristiques qu’il sera utile de développer dans un autre travail, mais dont voici quelques exemples.

«L’observation partagée» de la dyade mère-bébé que Patrick Mauvais (1999) définit comme « la nécessité d’observer plus finement et de consigner régulièrement par écrit les observations de chacun … le plus significatif se logeant parfois dans les menus détails qui se présentent au fil des jours et pas seulement dans des faits spectaculaires et isolés … »

– les difficultés d’être ensemble ou de se séparer constructivement, génèrent nous l’avons vu, des conflits irreprésentables entre ces mères et ces enfants, qui sont exportés sur les soignants. « Contrer ces effets nécessite la mise en place d’une méthodologie et d’un cadre pour traiter les liens accueillants-accueilli » et J. Rochette (2001) propose «le travail des attentions ».

Il permet aux soignants, face aux défaillances sévères de symbolisation de ces dyades, de se mobiliser dans leur travail, plus du côté de l’attention que de l’interprétation.

   Il en résulte « une toile de fond où viendront s’inscrire les éléments bruts qui pourront seulement ensuite se transformer en objet psychique, via l’émotion, et habiter les sujets pour relancer la dynamique et la croissance …»

   Ces dispositifs de soin « qui vont au devant d’une demande informulable … fonctionnant comme un filet à papillon psychique » (J. Rochette 2001) sont à rapprocher des « espaces de contenance » fiables et continus, définis par D. Mellier (2000). Les groupes de parole, groupes mères-bébés, baby-club, peuvent être fondés sur cette créativité clinique et mériteraient un plus large développement.

– L’institution réintroduit probablement du générationnel, sans lequel aucune parentalité n’est possible. L’adulte est ainsi rappelé à son statut d’enfant d’une communauté, dans laquelle se trouvent plusieurs générations, et dont certaines auraient pu le connaître petit. Il convient de se méfier des métaphores parentales à propos de l’institution, d’autant plus « que les métaphores ne font pas l’amour ». Toutefois, nous devons reconnaître qu’au-delà de sa fonction d’environnement positif, l’institution peut acquérir certaines qualités (grand-parentales ?) qui lui permettront d’accompagner avec technicité et bienveillance ces parentalités partielles ou mosaïques.

   Ce sont les soignants qui assurent le ciment de ces mosaïques, encore trop fragmentées. On comprend alors qu’il ne suffit pas d’accompagner ces dyades, une fois par semaine dans une position extériorisée, pour protéger ces enfants … qu’il convient souvent de traiter d’abord le narcissisme primaire de ces femmes, dont les blessures initiales empêchent la parentalisation.

     Les axes d’analyse de la parentalité peuvent sans doute aider à ajuster bon nombre de ces réponses institutionnelles et thérapeutiques. Ils donnent envie d’affiner le champ clinique de cet instant précieux, où un enfant qui naît doit révéler (réveiller ?) des parents … parfois à eux-mêmes.

Là encore, la plaisante sagesse lyonnaise21 nous apporte un petit brin de philosophie conclusive : «      Si tout un chacun prenait sa vraie place, ça en ferait un beau remue-ménage ! » Hanna Rottman séminaire parentalité 2000.

 

 

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Quel monde pour le nouveau-né ?

 

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 -Edward SHORTER (1977) Naissance de la famille moderne Editions du Seuil, Paris.

 -Donald W. WINNICOTT (1956) La préoccupation maternelle primaire, In « de la pédiatrie à la psychanalyse », Editions Payot, Paris.

         (1958) La capacité d’être seul, In «de la pédiatrie à la psychanalyse », Ed. Petite bibliothèque Payot, Paris, 1969.

           (1974) La crainte de l’effondrement, Nouvelle revue de psychanalyse, N°11, Paris, 1977

[1]    Le Groupe de Recherche sur la Parentalité, sous la direction du Pr. D. Houzel, secrétaire scientifique J. Dayan, a été mis en place et financé par le Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et de la Solidarité en 1993 et jusqu’en 1998.

[2]  Ce chapitre est composé d’extraits de la note de synthèse des travaux du groupe de recherche, remise au ministère dans un premier temps, travaux qui ont été publiés ultérieurement chez Erès, cf. note 3  » Sous la responsabilité de Didier Houzel professeur de psychiatrie, et de Jacques Dayan pédopsychiatre secrétaire scientifique : Roselyne Bécue-Amoris directrice de service de l’enfance, Alain Bouregba psychologue psychanalyste, Dominique Favre psychologue, Aniela Féo documentaliste, Hervé Hamon juge des enfants, Françoise Jardin pédopsychiatre, Joëlle Lalanne chef de service éducatif, Josette Leclerc directrice de pouponnière, Endrika Ong psychologue, Hanna Rottman pédopsychiatre psychanalyste, Catherine Sellenet psychologue-Universitaire, Françoise Tendron pédiatre, Véréna Thorn directrice de relais parental.

[3]   Françoise Jardin, séminaire parentalité, 2000

[4]    Comme les étoiles du même nom et qui font faire des voeux, ces pensées sont fugitives mais pleines de promesses merveilleuses.

[5]  Cette formule mériterait à elle seule un long développement, mais nous nous contenterons par défaut, de traiter l’absence de fondations du couple comme une conséquence des pathologies limite de l’enfance.

[6]  Fait-elle systématiquement partie d’une organisation en faux-self au sens Winnicottien cette question reste ouverte.

[7]  La collusion selon J. C. Lemaire « est une force d’attraction spécifique dans la perception inconsciente d’une problématique commune (…) selon laquelle un couple se forme sur une complémentarité existentiellement positive ou négative.

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