Anthropologie de pratiques culturelles chez les Lyéla du Burkina Faso : activités socio-économiques et loisirs

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L’ombre superbe d’un arbre au crépuscule

Présentation

            Chez les Lyéla du Burkina Faso, tout le monde est, par nécessité de subsistance, agriculteur : les hommes, les femmes s’adonnent essentiellement à l’agriculture. Seule la culture maraîchère, parce qu’elle se pratique sur des gwara ou enclos autour de l’habitat familial, généralement affectés aux hommes mariés, distingue les hommes des femmes. Dès lors, si tout le monde est, avant tout, agriculteur, cela suppose qu’en ce qui concerne toutes les autres activités dans la vie des Lyéla, personne n’est spécialisé en quoi que ce soit. Même le forgeron, qui est un métier singulier réservé exceptionnellement, chez les Lyéla, à un clan donné, ne vit pas de la forge. Comme tout le monde, il est aussi agriculteur et pratique son métier de forgeron soit par nécessité, soit en dehors de son temps de travail aux champs. Il ne pense même pas à vivre de la production de la forge, mais naturellement de celle de ses champs, c’est-à-dire de ses activités agricoles. Comme le forgeron, tous ceux qui pratiquent une activité, en dehors de l’agriculture, le font à titre de complément de celle-ci, comme nous le montrerons à travers quelques travaux saillants chez cet ensemble de clans du Burkina Faso.

 

 1- L’élevage (kono)

         Tout homme marié vivant sous la responsabilité d’un kélé k’ébal (chef de famille) ou non aime avoir des bêtes à cornes comme les bovins, essentiellement de type n’dama, plus petites que les zébus avec des cornes également petites ; des caprins et des ovins. Dès qu’un homme est marié et pour autant qu’il ait pu s’acquitter de ses animaux à son kwala ou autel du clan, il cherche à se constituer un certain cheptel. Ces animaux domestiques ne servent presque jamais à l’auto- consommation de la famille, mais à résoudre des cas de nécessité : on peut en vendre pour s’acheter du mil ; pour les divers sacrifices cultuels ; on peut les utiliser pour se marier, pour célébrer les funérailles d’un homme ou d’une femme âgés ; voire pour s’acquitter des dettes de toutes sortes. On ne tire guère profit du lait des vaches, des chèvres ou des brebis, sauf les Peuls, pasteurs par vocation, auxquels les troupeaux de bœufs sont souvent confiés. En effet, quand ce ne sont pas leurs propres enfants qui font office de gardiens de troupeaux, les Lyéla recours volontiers aux services des Peuls pour garder leurs bêtes à cornes, en particulier les bovins. Ils sont considérés comme compétents en matière d’élevage. Mais, en raison sans doute de leur pauvreté et de la mortalité des bêtes, le nombre de bovins par propriétaire se situe en moyenne entre 1 et 15. Néanmoins, les plus riches peuvent en posséder jusqu’à une cinquantaine et, dans certains cas, une centaine.

       Les Peuls ont un habitat de transhumance ; ce qui leur permet de s’installer, en général, à la lisière des villages et construire des enclos faits de branchages d’épineux entassés les uns sur les autres, non loin de leurs huttes pour parquer le bétail. Pendant la saison des pluies, ils transhument non loin des champs de brousse qu’ils protègent à la fois de bêtes fauves et des voleurs de bétail. Dès la fin des récoltes de mil, les boeufs pénètrent dans les champs pour manger les chaumes. Le contrat qui lie propriétaires et éleveurs concède à ces derniers l’entière consommation du lait des vaches. Les femmes peuls, qui sont chargées de la traite, partagent le lait en deux parts : l’une sert à la consommation familiale et l’autre est vendue soit de cour en cour, soit sur les marchés des villages environnants. L’argent gagné dans cette vente leur permet d’acheter du mil ou du millet pour faire du fonio qui est leur aliment de base.

       Sur les enclos abondamment fumés, les hommes cultivent soit du maïs, soit du mil. Dans certains cas, fréquents aujourd’hui, des propriétaires accordent aux pasteurs de garder un veau sur deux ou trois. Dans un tel contrat moral, les uns et les autres, se sentant complémentaires, trouvent leur compte. Mais il advient qu’un Peul nomade disparaisse avec tout le troupeau et change de pays pour le vendre. Ces cas de vol étaient plutôt rares dans le contexte lyel jusque dans les années 1970.

       En dehors de ce type d’élevage traditionnel de bovins, les méthodes dites modernes enseignées par les agents de l’Etat, n’ont pas eu beaucoup de succès auprès des Lyéla. Quelques-uns ont fait l’expérience mais y ont vite renoncé. L’élevage intensif exige beaucoup de conditions que le paysan lyel n’a pas les moyens de remplir : enclos, nourriture abondante, eau suffisante, prairies ou parcelles de brousse disponibles, soins vétérinaires périodiques etc. L’Etat, qui exige de telles méthodes, ne donne pas les subventions financières nécessaires à la réussite de telles entreprises paysannes.

     En revanche, le petit bétail, en l’occurrence, moutons, chèvres, entre autres, n’a pas besoin d’une telle tentative de réforme dans les modalités d’élevage. Chacun ou presque, jeunes ou adultes, hommes et femmes, peuvent avoir quelque cheptel de ce genre ; ce qui explique l’abondance de bétail dans tous les villages lyéla. En outre, il n’a pas besoin de soins particuliers : en période de travaux, les bêtes sont attachées ou mises sous la garde des enfants qui les conduisent à l’orée du village vers des zones de pâturage ; et, la nuit, on les parque à l’intérieur des cours. En saison sèche, on les laisse en liberté rechercher leur nourriture.

       Comme les bovins, les Lyéla en font rarement usage, à titre de consommation personnelle. Cependant, ce genre de bétail sert souvent de victimes sacrificielles et il joue un rôle important : moutons, chèvres ou boucs peuvent être échangés contre de la nourriture ou tenir lieu de payement de dettes de travaux champêtres. On les utilise comme dons lors de la finition des grands champs de mil par les associations de travail. On en sacrifie aussi à l’occasion des funérailles ou, enfin, on en vend pour se procurer de l’argent.

       Parallèlement à cet élevage, on retient la place prépondérante du chien. Celui-ci accomplit, chez les Lyéla, trois fonctions : d’abord, il garde les enclos familiaux contre les tentatives de vol du petit bétail, assez fréquent chez les Lyéla. C’est même l’un des facteurs qu’on peut considérer comme un frein au développement de l’élevage. Il décourage un certain nombre d’initiatives puisque l’on sait qu’en fin de compte, les voleurs peuvent dépouiller partiellement ou totalement les éleveurs de leurs biens. Contre de telles initiatives, le chien s’avère parfois inefficace. Ensuite, il est un auxiliaire indispensable dans certaines formes de chasse. Enfin, il sert d’animal sacrificiel au cours de cérémonies religieuses à caractère singulier. Sa viande est fort appréciée par les Lyéla, mais ils ne le tuent jamais en dehors de tels cultes.

       Le porc, comme le petit bétail, fait partie d’un élevage aisé. Ce sont les femmes essentiellement qui s’adonnent à ce genre d’activité ; elles sont en mesure de le nourrir ou de l’engraisser avec les déchets de mil qu’elles pilent dans un mortier avant de le laver. C’est cette pâtée d’eau et de son qu’elles conservent dans des jarres ou des pots en terre cuite, épaissie avec d’autres ingrédients, qu’elles donnent à manger à leurs porcs. En saison des pluies, elles complètent cette alimentation par des herbes sarclées dans les gwara ou coupées dans les prés. Comme le porc ne sert dans aucune offrande sacrificielle, son élevage est destiné à rapporter de l’argent aux propriétaires. L’élevage du porc sert essentiellement à la boucherie et les Lyéla sont friands de sa viande. Il est donc une source importante de financement.

     Concernant l’importance de la volaille, chez les Lyéla, Henri Barral en donne les raisons suivantes, et nous sommes d’accord avec lui sur l’énoncé de ces raisons : « Les volailles sont très nombreuses, en particulier les poules et les pintades. Les poulets tiennent une place de tout premier plan dans la religion traditionnelle car ils constituent véritablement la matière première des sacrifices aux ancêtres et aux génies de la brousse, sacrifices auxquels les Léla ont très fréquemment recours.

     D’autre part, on égorge des poulets en l’honneur des hôtes de marques, en particulier les parents d’une épouse, et on offre également dans ce cas des poulets vivants.

   Les cas où il est indispensable de sacrifier ou d’offrir des poulets sont si nombreux que les Léla évitent d’égorger leurs volailles sans raison impérieuse, de peur d’en manquer lorsque les circonstances l’exigeront » [1968 ; p.38]. Il en est tout autrement de la pintade qu’on élève surtout pour la vente. Elle n’occupe pas autant de place que le poulet dans le rituel sacrificiel chez les Lyéla. On s’en sert souvent comme cadeau à des étrangers ou pour marquer la reconnaissance à quelqu’un, et aussi pour remercier un ami d’un bienfait. Selon Barral, « la pintade grillée est surtout un met de femme, et elle constitue un cadeau rituel de mariage du prétendant à la mère de la jeune fille désirée comme épouse » [1968 ; p.38]. Cependant, en raison de leur insuffisance par rapport aux besoins réels des familles, elle est assez peu consommée ; même celle des oeufs de pintade est insignifiante. Toutefois, ce n’est pas réellement par dédain, comme le pense Barral, mais bien par l’insuffisance d’oeufs pour faire un partage équitable entre les membres de la communauté familiale.

     On peut mentionner aussi l’élevage de l’âne de plus en plus répandu. Il sert peu dans le battage de la boucherie, mais surtout de moyen de transport de faits. Du temps de l’éphémère « principauté » de Réo, il y avait, à l’instar des royaumes Moose voisins comme Yako, beaucoup de chevaux en circulation dans tout le Lyolo. Mais, peu à peu, on a abandonné leur élevage, faute de nourriture suffisante.

     L’élevage du dindon ne fait pas encore recette chez les Lyéla. Quelques-uns le pratiquent pour la vente essentiellement, mais sans beaucoup de conviction. C’est donc un élevage qui reste marginal, en général.

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Eleveur peul à la traite

2- La pêche et la chasse

  1. a) La pêche

       Les Lyéla ne sont guère d’excellents pêcheurs, non par manque de vocation, mais par nécessité. En effet, il pleut fort peu dans toute la zone sahélienne. A ce fait naturel, on peut ajouter un autre : en dehors du Mouhoun, les cours et les étendues d’eau[1] ne sont pas abondants dans le Lyolo. En raison du milieu malsain des bords du Mouhoun, les habitants des villages qui le côtoient s’adonnent peu à la pêche. Tant que l’élevage reste assez important, rien ne semble les pousser vers une pêche méthodique, à la manière des Bozons, originaires des bords du Niger à Mopti au Mali.

       La période de la pêche s’étend de novembre à décembre et, lorsqu’il a suffisamment plu, jusqu’en janvier. Comme chez les Lyéla tout est régi par le sacré, on fait chaque fois un sacrifice aux esprits ou djinnas habitant les étangs, les marigots, les lacs, les cours d’eau. Le sacrificateur attitré procède à une telle cérémonie juste avant l’entré dans l’eau. Le but d’un tel rituel est triple : d’une part, demander l’autorisation aux djinnas, maîtres des lieux, afin de prélever les produits de l’eau ; d’autre part, solliciter une bonne prise et, du même coup, faciliter les chances de chacun ; enfin, attirer les bonnes grâces des maîtres du lieu afin qu’il n’y ait aucun accident au cours de la pêche (morsure de serpents ou attaque de crocodiles). La pêche, contrairement à la chasse, est une activité ouverte à tous : hommes, femmes, enfants. Elle se pratique, suivant des situations, qui ne sont pas toujours expliquées, au niveau d’un village, d’un quartier, voire de tout un ensemble de villages. On pêche dans les cours d’eau les uns après les autres, dès lors que les jours sont fixés auparavant et connus de tous.

         Comme nul n’est spécialiste, chacun s’active avec les moyens dont il dispose. Cependant, les plus performants pêchent avec deux instruments essentiellement : il s’agit de paniers sans fond avec un petit orifice au sommet, et d’une main, le pêcheur va chercher le poisson prisonnier dans l’espace où le panier a été posé ; et des corbeilles bérenga que l’on pousse devant soi dans l’eau et que l’on relève de temps en temps pour récupérer la prise.

         Le partage du fruit de la pêche se fait de la manière suivante : le sacrificateur du lieu ainsi que des hommes choisis pour leur sens de l’équité, doivent s’acquitter de cette tâche. Le sacrificateur lui-même reçoit une partie ; l’autre est destinée au chef de terre, aux différents chefs de kwala (ou autel du clan). Quant à la prise essentielle, le partage entre tous les pêcheurs tient compte de la quantité de poissons pris par chacun d’eux. Les seuls poissons que l’on garde pour soi-même sont ceux que l’on prend au cours d’une pêche individuelle. Il s’agit de la pêche à la ligne qui se pratique beaucoup moins chez les Lyéla.

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Forme d’une pêche traditionnelle

  1. b) La chasse

     A l’inverse de la pêche qui est libre et ouverte à tous, la chasse est une activité plus masculine. Elle exige à la fois de la bravoure, du courage, de l’audace et de l’abnégation. Ces qualités, même parmi les hommes, ne sont pas également partagées par tout le monde. En fait, selon Joseph Bado de Sienkou[2], personne ne se livre à la légère à la chasse au même titre qu’une quelconque activité, par exemple agricole. La chasse comporte beaucoup de risques : morsures de serpents, attaque de bêtes, risque de mort par accident, voire rencontre avec de mauvais génies de brousse (des méchants djinnas) capables de causer au chasseur un mal incurable. Les moyens de chasse sont les suivants : arcs, gourdins, lances, fusils traditionnels fonctionnant selon le même système que les mousquets, fusils de fabrication moderne. Le gibier chassé se compose des animaux suivants : le lièvre, la gazelle, le cobe de Buffon etc. La période de la chasse s’étend de mars à fin avril. Mais cette période peut varier selon les régions.

    En réalité, les Lyéla pratiquent trois genres de chasse : la chasse par battue ou zoro, qui est une chasse collective ; la chasse individuelle et la chasse dans les grottes. D’abord, le zoro se pratique au niveau d’un ensemble de villages. Les hommes mûrs autant que les adolescents y participent. On procède de deux manières : soit on allume des feux de façon circulaire et les chasseurs, en suivant le mouvement du feu, se regroupent progressivement au centre : les animaux voulant fuir le feu ont peu de chance de leur échapper ; soit on s’organise selon un ordre circulaire et la battue, appuyée par la vigilance des chiens, s’effectue vers un point central. Même sans le feu, une telle chasse par battue est très efficace et fructueuse.

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Image de djinn ?

       Autrefois, avant tout rendez-vous de chasse par battue – mais ceci se pratique encore dans les villages éloignés des zones christianisées – tout chef de famille réunit ses fils qui participent à la battue. Au nom d’eux tous, il fait le sacrifice d’un poulet au dieu de la chasse ; il sollicite ainsi la garantie de leur vie de manière à les préserve de tout accident. Pour se protéger d’éventuelles mésaventures de chasse, il n’est pas rare que des personnes étrangères à la famille ou au clan, détenteur d’une potence théurgique, y adhèrent pour leur propre sécurité. Ces théurgies de chasse sont toujours accrochées à la fourche d’un tronc d’arbre sec que l’on implante soit à proximité de l’entrée de la cour, soit au milieu de celle-ci.

       Comme pour la pêche, le fruit de la chasse est partagé selon les mêmes modalités. Quand il s’agit d’un gros gibier, on donne un gigot au chef de terre, une épaule aux chefs du kwala du village où la chasse a eu lieu, qui se la partagent entre eux. Mais, le chef de l’autel de terre, outre sa propre famille, fait bénéficier à ces derniers d’une partie de sa part. On donne également une épaule à celui qui fait office de chef de la chasse. Les autres parties de l’animal sont partagées entre les chasseurs selon la participation de chacun dans l’abattage de l’animal ou des autres gibiers. Chaque chasseur rapporte sa part au chef de la cour qui la partage entre les différents hommes mariés, lesquels, à leur tour, doivent s’arranger pour que chaque membre du couple ait quelque portion à manger. De façon absolue, personne ne doit en être privé. Cependant, si la part de la chasse est minime, on la laisse au chef de la cour qui la consomme avec les tout petits enfants. Car, un vrai chef de famille ou de cour ne peut consommer seul ce qu’on lui offre de peur d’être considéré comme égoïste et inéquitable. Agissant ainsi, il prend des risques pour sa propre vie.

       Quant aux chasseurs individuels, ils possèdent toujours une théurgie de chasse. Joseph Bado de Sienkou explique l’origine et le culte d’une telle théurgie de la manière suivante : « le secret du tululi, ou puissance de la chasse, est simple. En effet, il y avait un chasseur si adroit et si habile qu’aucune de ses flèches ne ratait sa cible. Un jour, un étranger ayant entendu parler de lui, vient s’enquérir de la manière dont il avait pu tuer tant d’animaux sauvages ; il veut savoir le secret de son habileté. Le chasseur adroit, s’abstenant de lui répondre sur le champ, l’invita à retourner chez lui et à revenir le voir au bout de trois jours. L’étranger fit comme on le lui avait recommandé. Alors le chasseur prit la corne d’une biche et des déchets du karité. A l’aide d’une queue de biche, il confectionna un objet qu’il donna à son hôte en lui recommandant de le porter toujours autour de la ceinture en allant à la chasse. Ainsi, il ne manquera pas ses cibles. En outre, il n’aura plus peur et il fera fuir les mauvais génies de la brousse. Cependant, chaque fois qu’il tuera un animal, il ne devra pas oublier d’enduire cet objet du sang de l’animal fraîchement abattu. Ayant acquis une totale confiance en soi et s’étant rendu à la chasse, l’étranger banda son arc et tua un premier animal. Par la suite, il réussit chaque fois qu’il alla à la chasse. Dès lors, le secret du tululi n’est rien d’autre que le fait d’avoir vaincu la peur, laquelle est cause des maladresses de tous genres[3] ».

         C’est pourquoi, les chasseurs individuels possèdent tous une ou deux théurgies ou potences de chasse qui les préservent tant des animaux carnivores comme le lion ou la panthère, que des mauvais génies de la brousse. On dit généralement que, grâce à l’efficience de leurs potences de chasse, ils sont capables, en cas de danger grave (attaque d’un fauve), soit de se transformer en un objet quelconque, soit de se rendre invisible à l’animal.

       Les Lyéla pensent que, au même titre que tout être vivant, les animaux ont un double qui peut nuire à la vie du chasseur si ce dernier s’avise de les tuer n’importe comment. Il en est de même de leur viande, qui doit être consommée avec précaution. Car toutes les viandes animales ne sont pas comestibles comme le reconnaissent les anciens de Goundi : « Il y a de bonnes et de mauvaises viandes animales. Autrefois, on ne tuait un animal (sauvage) que pour réparer une faute commise sur un être humain. En revanche, de nos jours, les choses ont changé. On tue les animaux, quels qu’ils soient, pour vendre leur viande au marché. Ce n’est pas parce qu’il y a une famine ; c’est uniquement par goût de lucre, pour les uns (chasseurs et bouchers), par gourmandise, désir du goût de la viande, pour les autres (les consommateurs) ».

       La troisième catégorie de chasseurs, chez les Lyéla, est singulière et rare. On les appelle les chasseurs des grottes ou cavernes, m’éla (m’élé ). Ils sont différents des premiers dans la mesure où ils forment une société secrète particulière clanique ou trans – clanique. Car, avant toute partie de chasse, ils sont soumis à une vie d’ascèse, de continence sexuelle, de pureté ou de droiture morale. C’est une exigence qui leur est imposée par l’esprit même de leur théurgie ou potence de chasse pour garantir leur vie et assurer leur sécurité contre tout accident. En général, ils vont à la chasse la nuit. Ils peuvent en revenir durant le jour. Ils chassent à mains nues. C’est aussi un fait ou une exigence de leur pouvoir de chasse.

       Il s’agit de chasseurs endurcis aux dangers les plus graves, voire mortels. Au cours de leur partie de chasse, à laquelle ils se rendent à plusieurs, ils procèdent de la manière suivante : chacun rentre à tour de rôle dans une grotte ou dans une caverne, refuge d’un ou plusieurs animaux, pour les attaquer. Cette mesure évite qu’un chasseur souillé (souillure avec une femme à la veille d’une partie de chasse) entraîne les autres dans son péril. Pendant la chasse, ils ne se parlent pas. Comme ils ne doivent pas avoir d’éclairage[4], des moyens infra-sensibles, fruits de l’efficience de leur théurgie, leur tiennent lieu de lumière pour pénétrer dans les grottes. Quel que soit l’animal que le chasseur y trouve, il doit le ramener dehors vivant avant de l’égorger. Dès que chacun d’eux a fait l’épreuve individuelle pour s’assurer qu’il est bien sain, ils se mettent à plusieurs pour ramener dehors le gros gibier avant de le tuer. Aucune arme n’entre dans la grotte ou dans la caverne. Ils n’ont pour tout vêtement qu’un cache sexe. C’est pourquoi, on reconnaît que ces chasseurs font le contraire de tous les autres.

       Les interdits qui concernent ces chasseurs à mains nues sont les suivants :

1° Défense de coucher avec la femme d’un membre du groupe, ou même de la toucher, de la désirer ;

2° Défense de mettre la main dans la poche de l’habit d’un autre membre du groupe pour y prendre quelque chose, par exemple, de l’argent.

     Tout chasseur qui ne respecte pas ces interdits ne revient pas de la chasse. Il perd la vie dans la mesure où il n’est plus protégé par le pouvoir occulte de la théurgie de chasse du groupe. Lorsque l’un d’eux commet une faute ou lorsqu’il enfreint l’une de ces règles énoncées ci-dessus, il doit le confesser à haute voix au moment des rites marquant le départ à la chasse. S’il s’abstient de le faire, il meurt dans la grotte. En raison de ces contraintes, cette sorte de chasse se pratique de façon épisodique et occasionnelle.

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Une chasseur traditionnel

3- Le commerce

       Il s’agira ici plus du marché que du commerce en tant que tel. En effet, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, les Lyéla, à l’origine, sont très peu commerçants. Ils attribuent aux Moosé, le plus grand peuple du Burkina Faso, l’art du commerce[5] et le succès certain dans cette activité. Cette négligence du commerce peut s’expliquer, dans les grandes lignes, par les raisons suivantes : d’abord, le désintérêt pour le commerce tient à l’histoire même des Lyéla. En effet, avant l’instauration de la « paix blanche« [6], les villages étaient souvent en conflit les uns avec les autres par un système de vendettas qui n’avait pas de fin. En outre, comme ces communautés ne s’entendaient pas forcément, elles ne pouvaient constituer une armée pour résister aux assauts des esclavagistes Zermam ou aux pillages quasi permanents de leurs voisins Moosé. Une telle version des faits est confirmée par les travaux de Michel Izard sur les Moosé du Yatenga quand il écrit : « On sait que, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le passage du pays dit « gurûnga » sous l’autorité des Zerma venus du royaume dagomba, transforma cette région en une vaste zone d’insécurité » [1983 : 138]. Un tel état de fait rendait la libre circulation des hommes et des biens presque impossible et limitait le développement du commerce. Certes, il existait des échanges commerciaux avec les peuples voisins, mais ceux-ci s’apparentaient à un épiphénomène en raison des risques de pillage qui pesaient sur de telles transactions. Dans ces circonstances, les produits échangés se limitaient à la vente du tabac en pays moosé qui en avait grand besoin, et aussi des tissus.

       A ce fait objectif, s’ajoute un phénomène culturel : faute d’échange avec l’étranger, non pas forcément lointain, même le prochain, le voisin, les communautés – ensemble réel d’un village et d’un clan – ont développé un esprit d’entraide. Qu’il s’agisse de construire une maison, de couvrir un toit ou qu’il s’agisse de toute autre nécessité matérielle, on s’entraide. En s’installant dans la satisfaction des besoins vitaux, ils créent ainsi un rapport d’hommes à hommes. Même les échanges s’inscrivent dans ce rapport d’immédiateté et suivant ce raisonnement : « ce qui me manque peut être satisfait par ce que je peux donner à quelqu’un en échange de cet objet ». Ainsi, une potière peut donner une partie de son travail contre des objets de vannerie. C’est une des figures du troc. Mais, ce qui est plus courant et plus systématique, c’est le prêt d’objets. Dès lors, un bien, quel qu’il soit, notamment de locomotion (vélo, mobylette etc.) n’est jamais attitré. S’il est disponible, on ne peut le refuser à un membre de la communauté – famille, clan, village – qui le demande. Un tel refus ne se comprendrait pas et serait mal perçu par tout le monde. On considérera qu’il s’agit d’un comportement égoïste et individualiste. Le don permanent de son bien qui est, de façon sous-jacente, un bien collectif, semble éviter, dans le commerce entre les hommes, l’instauration de rapports fondés sur l’artifice. Il s’agit, en l’occurrence, de l’argent qui est, par essence, non naturel et qui génère la discrimination par la distance qu’il crée dans la situation et le statut des individus ; ce qui est, encore aujourd’hui, source de conflits latents dans les familles lyéla.

     On comprend, ensuite, dans ces conditions, que les Lyéla ne s’adonnent pas au commerce. Ceux qui s’y risquent ou bien abandonnent ou bien sont très vite ruinés car ils font preuve d’incurie au niveau de la gestion. L’art de manier l’argent, qui n’est pas naturel, n’est pas à leurs yeux, aisé. Cette incurie s’explique aussi par le poids de la famille. En effet, dans un contexte culturel où le prêt des biens matériels ou le don sont des facteurs permanents et généraux, on ne peut concevoir, qu’en cas de nécessité, celui qui tient un commerce, refuse de donner. Comme le commerce est signe de production de richesses et, comme parallèlement les besoins humains sont énormes et les membres du dwi ou famille au sens large, extensible à l’infini, le commerçant lyél doit satisfaire aux besoins de tous ceux qui le sollicitent. S’il ne veut avoir une attitude jugée associable et dès lors mortifère, il est contraint de donner. Dans le cas d’une boutique à Réo, on assiste au phénomène suivant : les anciens sollicitent une pièce d’argent pour aller boire du dolo ou bière de mil ; les neveux, oncles et tantes veulent aussi leur part d’argent pour faire leur marché ; des membres du dwi, même inconnus, viennent se servir en articles en cas de nécessité ; les clients qui demandent des articles à crédit ne reviennent jamais pour payer. Le résultat de tout cela est donc clair : fermer la boutique pour redevenir cultivateur comme tout le monde et rentrer ainsi dans le rang ou le moule social.

       Le refus d’une telle anomalie s’explique, chez les Lyéla, par l’idiosyncrasie des individus. En effet, il y a un excès d’orgueil chez le Lyel qui est remarquable dans tout ce qu’il fait. Ainsi, si le commerce est producteur de richesses, et s’il parvient à quelque réussite, il aura tendance, contrairement à un Moosé, à afficher sa richesse de façon ostentatoire. Agissant de la sorte, il incline à manquer de respect à tous, y compris la génération des pères, symbole d’autorité morale. Ce comportement né de l’artifice, l’argent, et qui conduit à une élévation de l’individu au-dessus des autres membres de la communauté, est vite étêté, en tant qu’anomalie, par des pratiques souterraines. Au regard de toutes ces raisons, on craint de s’exposer à être abattu en plein vol comme un volatile, en s’adonnant au commerce, générateur de richesses.

     Cependant, si les Lyéla ne sont pas commerçants dans l’âme, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, ils ne dédaignent pas le marché, qui est une vieille institution. Quant à son origine, nous avons recueilli deux récits différents qui sont deux courtes versions relatives au même fondement du marché. Le premier récit, qui s’apparente à un mythe, met au coeur de l’émergence du marché l’acte d’une femme, qui est cause en même temps de conflit dans le village. Dès lors, l’institution du marché apparaît comme la volonté de résoudre le conflit et de maintenir la paix communautaire : « Comment le marché est-il né ? Il y avait un homme dont la femme cultivait beaucoup d’arachides. Sa production étant, chaque année, abondante, elle ne pouvait tout consommer. Un jour, elle s’avisa d’en prendre une partie et de se mettre à l’ombre de karités afin de la vendre. Des jeunes d’autres quartiers vinrent pour en acheter. Ceux du quartier de la femme les frappèrent et les chassèrent en prétextant qu’ils étaient venus non pour acheter des arachides, mais pour courtiser la femme de leur quartier. Les malheureux allèrent raconter leur mésaventure à leurs parents. Ceux-ci décidèrent alors de répondre à l’affront par une bataille rangée. Mais, les anciens du village les calmèrent par des conseils ad hoc. On demanda pardon aux victimes et, ainsi, on renonça à la guerre. Comme le chef du village était en courroux du fait de ces troubles, il décréta que le lieu où la femme était assise, devait être désormais un endroit public où l’on peut faire et dire n’importe quoi ; un lieu qui n’est la propriété de personne » (Anciens de Goundi).

       La deuxième version est plus historique dans la mesure où elle est probablement plus conforme aux faits. Elle confirme l’idée que le commerce n’est pas une spécificité des Lyéla et qu’étant venu d’ailleurs, il a apporté une institution qui rend son exercice possible : « L’origine du marché est le fait d’un commerçant. Autrefois, les Lyéla ignoraient ce qu’était le commerce. Un jour, quelqu’un vint de très loin avec des tissus. Il se fit comprendre en disant qu’il voulait échanger ses tissus contre du miel ou des animaux. Peu à peu, les gens s’assemblèrent dans un endroit avec leurs articles pour attendre ce voyageur et ainsi troquer avec lui. C’est de là qu’est partie la naissance du marché chez les Lyéla » (Joseph Bado de Sienkou).

       Dans tout le Lyolo, les marchés se tiennent tous les trois jours ; et toutes les trois semaines, par exemple, le marché de Réo tombe un dimanche, qu’on appelle le « 21 de Réo ». C’est un jour de grande fête après la grand-messe. Ce « 21 de Réo » est aussi un événement majeur qui attire toutes sortes de gens non seulement du Lyolo mais aussi de ses environs comme le Moro ou le pays Samo. Des motifs différents y concentrent du monde ce jour-là. Outre la bière de mil qui se vend très bien, il y a une affluence de divers commerçants : volailles, bétail, oignons, mangues, tabac, tissus etc. On y vient aussi, paré de ses plus beaux habits pour parader sur un beau vélo ou une belle moto et, de plus en plus, dans une belle voiture, pour dépenser son argent en offrant à boire ou à manger à ses connaissances, pour séduire également les filles des zones christianisées libérées des règles contraignantes des traditions, grâce à l’instruction, à la morale chrétienne ; à l’influence aussi de toutes celles qui ont vécu à l’étranger, notamment, en Côte d’Ivoire, au Togo ou au Ghana. Du fait du succès du « 21 de Réo » et de la régularité de la tenue du marché des autres villages tous les trois jours, il y a désormais le « 21 de Goundi », le « 21 de Bonyolo », le « 21 de Ténado » etc.

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Un marché en Afrique noire

     Sur les marchés, d’un point à un autre du Lyolo, on trouve quasiment les mêmes produits. En général, les boeufs ne sont pas vendus sur les marchés comme les autres bétails, en particulier, le petit bétail comme les ovins et les caprins. Les boeufs sont achetés directement chez les éleveurs. Beaucoup de volailles (pintades, poulets, dindons etc.) circulent aussi sur les marchés. Les femmes vendent une partie du produit de leur champ : le mil, par exemple, est vendu en tine qui est une unité de mesure fort répandue non seulement dans le Lyolo, mais même dans les autres régions du Burkina Faso. Quant aux autres produits agricoles comme les pois de terre, les haricots, les arachides, la vente se fait selon des mesures variables dans des calebasses ou des assiettes métalliques de volumes différents. Les vendeurs de noix de kola occupent des espaces importants comme d’ailleurs ceux de vêtements traditionnels ou non, les vendeurs de tissus, de bijoux en cuivre traditionnels ou importés. Les objets artisanaux s’imposent largement sur ces marchés : produits de la forge comme la houe, la hache, en saison des pluies ; des ustensiles en terre cuite, objets en cuir ou en bois, des corbeilles ou vanneries de Gaya, des évantails, des dessous de plat, des moules à beignets ou galettières. Le coton, qui occupe de plus en plus de grands espaces, est vendu sous forme brute ou en bandes. On y trouve également des condiments à usage culinaire, de la bière de mil, des nattes, des oignons, du beurre de karité vendu en petites boules dans un récipient contenant un peu d’eau, du miel. Les assiettes en métal importées des pays côtiers, les articles en plastique, les prêts à porter, entre autres, constituent l’essentiel des objets véhiculés d’ailleurs. Avant l’instauration du franc C.F.A. par les Français, les transactions, en dehors du troc, se faisaient grâce à la cauris, un coquillage répandu comme unité monétaire.

       L’achat de n’importe quel article, produit sur place ou importé, ne peut s’effectuer qu’à la suite d’une longue tractation ou discussion sur le prix de l’objet. Selon les Lyéla, un objet en soi n’a pas de valeur intrinsèque. Dès lors, le prix qu’il vaut réellement n’existe pas ; il faut donc le fixer arbitrairement. C’est ce qui justifie la discussion du prix des articles soumis au commerce. Quand on tombe d’accord sur un prix, cela ne signifie pas qu’il s’agisse de sa valeur réelle : cela implique tout simplement qu’un tel accord obtenu arrange les deux parties, le vendeur et l’acheteur. En outre, la tractation instaure nécessairement un lien entre l’un et l’autre, inaugurant entre eux, une sociabilité fondée sur la convivialité. Car tout vendeur peut être, à son tour, un jour, acheteur.

     La tenue des marchés se succède de telle sorte que l’on puisse, dans une même zone géographique, faire tous les jours un marché si l’on en éprouve le besoin. C’est, d’ailleurs, ce que font les artisans, essentiellement pendant la saison sèche.

 4- Les corps[7] de métier

       Il n’y a pas à proprement parler, de corporations d’artisans chez les Lyéla, comme on en trouve chez les Moosé, notamment du Yatenga, ainsi que Michel Izard l’a montré dans sa fabuleuse thèse sur ce peuple. Les corporations de métier signifient l’existence de zones étanches dans une société qui s’auto- généreraient, s’auto- conserveraient et s’auto- reproduiraient. Chez les Lyéla, hormis les forgerons, il n’existe pas de tels métiers fermés, exercés exclusivement par les membres qui appartiennent aux familles de tels artisans. La raison en est simple : tout lyél est, d’abord, un agriculteur et tout son honneur consiste à produire suffisamment pour faire subsister sa famille et pour faire face aux divers besoins de la communauté. Ensuite, il peut, à l’occasion, exercer un autre métier, soit de façon permanente, soit provisoirement. Et les métiers existant sont accessibles à quiconque en éprouve le désir. Cependant, certains métiers comme la poterie, exigent une inclination particulière ou don naturel. C’est l’un des rares métiers qui n’est pas susceptible de pratique commune. Comme il existe beaucoup de métiers, nous nous attacherons à analyser les plus importants qui constituent des facteurs essentiels de la vie culturelle chez les Lyéla.

      a)- La boucherie

        Les bouchers sont plutôt rares dans les villages lyéla. Comme ils le disent eux-mêmes, « le métier de boucher n’existait pas chez les Lyéla. Lorsqu’un animal se blessait au point de ne plus pouvoir marcher, on l’abattait, on le dépeçait et on échangeait sa viande contre du mil dans des paniers servant de moyens de mesure, car il n’y avait pas d’argent. Le métier de boucher est propre aux Mossi. Ce sont eux qui nous ont appris gratuitement à tuer les animaux en nous invitant à venir les observer à Koudougou ou à Ouagadougou » (Joseph Bado de Sienkou). En fait, ce sont en général, de jeunes gens qui s’adonnent à ce métier parallèlement à leur champ, pendant un certain temps. Quand l’âge d’être chef de famille ou d’assumer des responsabilités au milieu des anciens les atteint, ils y renoncent. D’abord, l’exercice d’un tel métier n’est pas aisé dans un contexte communautaire : il y a des sollicitations qu’il doit satisfaire, telle le désir de manger un morceau de viande d’un ancien. Ensuite, il y a une relative autosuffisance quant au besoin en protéines des cours, voire des familles. Nous avons déjà montré que chacun pratique un type d’élevage dont le produit sert à la consommation personnelle en cas de nécessité. En général, la consommation de viande n’est pas chose courante ; elle est plutôt occasionnelle, lors d’un sacrifice, d’un mariage, du passage d’un étranger, des funérailles, des fêtes chrétiennes. Dès lors, dans les zones éloignées de celles qui sont fortement christianisées comme Réo, la pratique du métier de boucherie ne s’impose pas. En revanche, il est plus courant de voir au marché des vendeuses de poisson.

     Ainsi, dans les zones christianisées, la boucherie se limite essentiellement à la porcine. Le développement considérable de l’élevage de porcs est la cause principale de la multiplication des bouchers. Quant à la boucherie bovine, même à Réo, elle était fort peu développée jusque dans les années 1990 environ. On trouve quelques bouchers spécialisés dans la vente de viande d’ânes. Mais une telle boucherie a du mal à s’imposer parce qu’il s’agit généralement d’ânes usés par les travaux dont la viande est très dure. En outre, la viande d’âne n’incline pas à une consommation courante, comme le porc ou le poulet, parce qu’elle sent très fort et qu’elle n’est pas appétissante ; et parce que l’animal lui-même apparaît comme un être singulier qui exige une dose de courage pour être tué : il est devenu un auxiliaire indispensable de l’homme dans le transport en général.

          b)- Le tissage

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Métier à tisser

            Le tissage est un métier fort répandu et important chez les Lyéla. Presque chaque village, voire chaque quartier du village a son ou ses tisserands. A son sujet, nous avons recueilli deux versions concernant l’origine du tissage : l’une est mythique et ne montre pas de façon expresse l’origine du tissage ; elle indique seulement qu’il nécessite un apprentissage et que celui-ci est enseigné à l’homme par un animal. Quant à la seconde version, plus historique, elle insiste également sur le fait que le tissage est un métier qu’il faut apprendre.

     L’origine de l’art de tisser : « un jour, un homme se rendit en brousse ; il trouva une tortue en train de tisser tout en chantant ceci : « si ta bouche est chaude (la langue pendue), tu ne connaîtras (tu n’auras) jamais le bien « . (Le « rapporteur », par ses ragots, a de fortes chances de ne pas avoir d’amis autour de lui). L’homme fit trois fois le trajet et, chaque fois, il trouva la tortue faisant le même travail. Alors, elle l’appela et lui enseigna l’art de tisser ». Ce mythe montre manifestement que chez les Lyéla, la Nature ou l’espace non-humain, la brousse n’est pas le lieu de l’inorganisation, mais bien l’origine de tous les arts, instituteurs de la culture humaine. D’autres insisteront sur le fait que l’Homme lui-même en vient. Quant à l’autre récit, on peut le résumer en une phrase : « Le tissage est un métier que les Mossi ont apporté ». En fait, cette affirmation confirme le fait qu’une bonne partie des clans lyéla viennent du pays moosé, et qu’en émigrant, ils ont apporté le métier qu’ils connaissaient là-bas et l’ont enseigné aux membres des autres clans avec lesquels ils ont établi des alliances ou des relations matrimoniales.

     D’une façon générale, depuis quelques décennies, beaucoup d’agriculteurs Lyéla s’adonnent au tissage pendant la saison sèche. Ils utilisent le coton qu’ils produisent eux-mêmes pour fabriquer ou tisser des bandes de coton avec lesquelles ils confectionnent des habits, des pagnes ou des caleçons à usage familial. Ces produits sont destinés en priorité aux épouses, aux enfants et à leur propre usage. On ne s’aventure à en vendre au marché qu’en cas de surplus. Mais, ce métier n’est pas exclusivement masculin. Beaucoup d’opérations qui le constituent, obligent à diviser les tâches : en amont, la récolte du coton est mixte ; cependant, le triage, l’égrenage, le filage du coton sont pratiqués par les femmes. Elles sont également chargées de la teinture des fils de coton. Toutes ces opérations, comme le tissage, sont effectuées pendant la saison sèche. Il n’est pas rare que pendant la saison des pluies, des femmes les effectuent le soir, après les travaux des champs et la cuisine, comme passe-temps, avant de se coucher. En aval, le tissage, voire la couture sont une activité masculine.

     Dans ses travaux sur les Moosé du Yatenga, Michel Izard donne des détails sur le tissage qu’on retrouve également, dans les grandes lignes, chez les Lyéla. Comme le fil de coton est tissé en bandes, ses observations montrent que « la largeur des bandes est exprimée en nombre de fils, le nombre de fils servant à l’identification d’un type de bande étant égal au quart du nombre réel de fils entendu dans une demi-trame : ainsi, une bande de « 17 fils » compterait-elle 17 X 4 X 2 = 136 fils. Les bandes les plus communes sont à 17 (136) et 15 (120) fils » [1983 : 124]. De même, comme chez les Moosé, les Lyéla font des habits essentiellement masculins à partir des bandes tissées avec les fils blancs alors qu’on utilise les bandes teintes à l’indigo pour coudre les pagnes à l’usage des femmes. La teinture des fils donne de très belles couleurs aux bandes. On en fait parfois de tissus de luxe que seuls les riches immigrants venus des pays du Sud peuvent se payer pour confectionner d’élégants ensembles traditionnels.

       Michel Izard s’est attaché à montrer la dureté du travail des tisserands et la quantité de temps qu’il leur faut y consacrer pour parvenir à leur fin. Nous n’avons pas pu faire de telles observations chez les Lyéla. Néanmoins, on peut raisonnablement penser qu’usant des mêmes techniques et de la même méthode de travail, ses observations valent aussi pour le tissage pratiqué chez les Lyéla. Il écrit notamment : « Avec comme matière première le coton punstunum, on estime que l’égrenage à la main d’un kilogramme de coton brut exige 13 heures de travail, durée qui n’est réduite que de deux heures avec l’emploi de la pierre et de la tige à égrener ; avec la première technique, on obtient 280g/kg de coton égrené… Le cardage à la main exige 15 heures de travail par kilogramme de coton égrené ; avec la carde, ce temps est réduit de 2 heures. On obtient un kilogramme de fil, soit environ 8700 mètres, en 95 heures. Le montage de la trame demande 5 heures pour une longueur de pièce de 90 mètres. Un tisserand tisse 30 à 40 mètres de bande de largeur moyenne, 15 ou 17 fils, par jour. Au total, à partir d’environ 4 kilogrammes de coton brut, il faut entre 175 et 180 heures pour obtenir environ 1 kg de tissus… » [1984 : 125]

       Selon cet auteur, on fabrique les teintures de la manière suivante : la couleur indigo est obtenue à partir des feuilles d’une plante sauvage ou cultivée appelée indigotier ; la teinture jaune kaki qu’on trouve chez les Lyéla, lesquels considèrent qu’une telle couleur est peu élégante, se fait à partir d’une extraction des feuilles d’une combrétacée ou anogeissus leiocarpus. Quant aux tissus de couleur noire, très répandue dans le Lyolo, la teinture se fait avec la capsule de cochlospermum tinctorium. La couleur rouge des vêtements comme le cuir, provient d’un traitement à partir du sorgho rouge. Aujourd’hui, dans les zones christianisées comme Réo, Goundi ou Ténado, il y a de moins en moins de tisserands et de teinturières. A cause de l’implantation d’une grande usine de fabrication de pagnes (Faso Fani) à Koudougou, de nombreux tisserands ont abandonné leur ancienne activité.

       Le métier à tisser lui-même est étroit et vertical, actionné par des pédales. Cet instrument produit, comme Michel Izard l’a décrit, d’étroites bandes d’étoffes aux largeurs variables. Dans un quartier ou dans un village où il y a plusieurs tisserands, on place, au même endroit, les métiers les uns à côté des autres. A chaque artisan, son métier qui comprend une navette de forme ovale ou carrée, les poteaux de bois sur lesquels le métier prend appui. Ces poteaux sont parfois sculptés ou peints par les tisserands eux-mêmes. Les seuls éléments qui ne sont pas de son propre fait et qu’il achète au forgeron, sont les tiges de fer qu’il utilise au pied comme pédales et la barre de métal autour de laquelle les bandes de tissu s’enroulent progressivement. Mais, cette barre peut être en bois qu’il fabrique lui-même. Le peigne à travers les dents duquel on fait passer les fils de coton est soit fabriqué par le tisserand lui-même, soit acheté chez un sculpteur.

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Un tisseran

        c)- La poterie.

               La poterie, nous l’avons dit, est un des rares métiers, chez les Lyéla, qui exige des dispositions particulières au départ. Certes, en tant qu’une forme d’artisanat, elle peut être enseignée. Dans les familles où il y a une potière, les femmes âgées initient leurs petites soeurs à cet art qui, à leur tour, l’apprennent aux jeunes filles intéressées avant leur mariage, ou aux jeunes femmes de la cour. Dès lors, à l’instar d’autres métiers, l’art de la poterie, sans être un corps fermé, est pratiqué par quelques femmes douées. La poterie n’est donc pas, comme cela se passe chez les Yarsé, [Michel Izard ; p.122], une activité réservée aux seules femmes du lignage de forgerons.

       L’activité de la poterie, comme tous les autres métiers non agricoles, se fait uniquement pendant la saison sèche. La raison est due aux conditions climatiques : l’argile utilisée exige un long travail de préparation et les objets fabriqués nécessitent un ensoleillement intense pour être séchés convenablement. Comme il n’y a pas de fours couverts, les potières creusent, non loin des maisons, un immense trou pour entreposer les objets produits. Il faut beaucoup de bois sec pour chauffer cet espace creux. Auparavant, après les avoir disposés d’une certaine manière, les gros articles dans un endroit et les petits dans un autre, elles les recouvrent entièrement de terre. Puis, elles passent environ trois jours à brûler du bois sur cette butte de terre, à surveiller la cuisson et autant de temps pour attendre le refroidissement de cette préparation. Tout cela leur demande une vigilance continue d’une semaine environ.

       Les articles produits sont de formes et de couleurs variées à l’infini en fonction de leur utilité : des cendriers, des canaris de toutes sortes, des jarres pour la cuisson de la bière de mil etc. Elles fabriquent des poteries de couleur de terre cuite, noires et vernissées ; il y en a qui sont ornées de dessins incisés ou peintes de motifs géométriques blancs, noirs ou bruns.

       La poterie constitue l’essentiel des ustensiles culinaires chez les Lyéla. Ainsi, le canari, par exemple, a des usages divers, non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes : on trouve des canaris qui servent comme marmites, réservoir d’eau collectifs (chaque foyer a son canari), buffets, greniers pour entreposer les provisions de mil, d’arachide, de maïs, de haricots ou de pois de terre, voire des condiments culinaires divers. Ils servent aussi de dépôt de biens personnels comme les pagnes, les bijoux, l’argent, quelques objets d’efficience personnels qu’on veut ravir à la curiosité de l’époux. Pour cuir les aliments, l’eau ou pour se laver, on utilise les canaris. Les hommes les emploient soit pour fabriquer une décoction de plantes à usage médicinal, soit comme contenant de puissance théurgique servant de protection individuelle ou de la famille contre les individualités malfaisantes.

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Marché de poterie

        d)- La vannerie.

          A l’inverse de la poterie, qui est un métier féminin, la vannerie est indifféremment pratiquée par des hommes comme par des femmes. Elle n’apparaît même pas comme un métier. N’importe quel enfant, jeune ou adulte sait empiriquement confectionner un chapeau de paille. Comme la matière utilisée, en l’occurrence la tige de mil, les graminées sauvages etc., n’est disponible qu’en saison de pluie, c’est l’une des rares activités que l’on pratique, pendant ce laps de temps, plus comme un passe-temps que comme une activité sérieuse.

       Les hommes fabriquent les articles suivants : les toits de chaume des greniers ou des nattes de chaume qui servent à fermer la porte de la maison ; des chapeaux de paille à partir de la fine tige de mil soit à usage personnel, soit pour en faire don aux relations familières, soit pour la vente au marché. A cette fin, ils s’adaptent à la demande du marché en fabriquant des chapeaux de type « panama » qu’on retrouve sur les marchés hors du Lyolo, par exemple, à Koudougou ou à Ouagadougou. D’ailleurs, ce sont les commerçants qui sillonnent la région, pendant la saison des pluies, pour en acheter et les stocker afin de pouvoir les vendre au-delà de la période de la saison des pluies.

       Quant aux femmes, leur production est plus variée : si la fabrication de l’éventail est asexuée, celle des corbeilles ou vannerie de Gaya est plus féminine. Les femmes produisent également des dessous de plat, des paniers à pain ou à linge, des sacs à provisions etc.

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L’art de la vannerie

       e)- Masques et sculptures.

          Les masques font partie d’une institution secrète à laquelle, comme beaucoup de Lyéla, nous n’avons pu avoir accès. Nous en savons peu de choses. Cependant, en tant qu’institution religieuse, ils sont attachés à la pratique du Su ou S’u qui est considéré comme la première religion des Lyéla. Au sujet de son origine, les anciens de Goundi que nous avions consultés, restent énigmatiques. Leurs propos nous ont paru sibyllins, comme s’ils étaient gênés de répondre ouvertement. Notre instruction sur ce point, entre autres, montre les limites de nos recherches et de nos connaissances sur les traditions des Lyéla. Néanmoins, ils ont donné la version suivante sur l’origine du masque : « Le masque provient de la brousse. Son secret a été révélé à un homme par un génie de la brousse. L’homme le surprit un jour en train d’effectuer des cérémonies qui sont spécifiques au masque et le contraignit à lui faire partager le sens et la portée de ces cérémonies ». On ne sait pas grand chose de la fabrication des masques à usage religieux. On sait seulement que ceux qui les produisent doivent avoir une inclination médiumique, disposition naturelle nécessaire pour que les êtres naturels invisibles s’installent en lui ou passent par lui pour entrer en communication avec les autres membres de la communauté. Ceci impose à ceux qui façonnent le masque symboliquement à l’effigie des êtres invisibles qui s’en emparent, un certain nombre d’obligations. Les plus habituelles sont les suivantes : une purification rituelle fondée sur l’abstinence sexuelle, le retrait dans la brousse pour choisir l’arbre ad hoc, le jeûne accompagné d’interdits alimentaires, la prière ou invocation des puissances en question, protectrices en ce lieu désert. Pendant cette période, ils doivent s’abstenir de travailler afin de procéder uniquement à l’offrande de sacrifices à ces puissances théurgiques etc.

       A l’inverse, la sculpture des ustensiles d’usage courant n’impose aucune obligation particulière. Chez les Lyéla, l’essentiel de la sculpture se fait sur le bois : gravure, pyrogravure, incrustation, clouage etc. Les ustensiles ordinaires les plus répandus sont les suivants : les manches des outils de travail que tout le monde peut fabriquer en choisissant le bois en fonction de la forme particulière de la fourche ; les tambours, les divers instruments de musique (tambours à aisselle, tam-tams de toutes sortes, sifflets etc.). Ces derniers instruments sont fabriqués par des connaisseurs. On trouve également des sièges : tabourets, trépieds, sièges de détente ; les pilons, les mortiers etc. On fabrique également quelques malles, les portes en bois des maisons et les fenêtres des greniers sont aussi sculptées. Les animaux les plus représentés par ces sculptures sont les reptiles : lézards, serpents, crocodiles. Il y a quelques représentations d’oiseaux comme le calao. Certaines serrures de ces portes ou de ces fenêtres sont également sculptées.

       Toutes ces productions sont l’oeuvre des hommes. En revanche, les femmes exercent leur talent sur les façades des maisons. En effet, les maisons de l’habitat traditionnel des « Gourounsi », en général, et des Lyéla, en particulier, sont magnifiquement décorées : il s’agit généralement d’une mosaïque de couleurs avec des fresques aux motifs géométriques et de bas-reliefs stylisés qui représentent des serpents, des lézards ou des crocodiles, des antilopes et, quelquefois, des lions. Les couleurs les plus dominantes dans ces fresques qui ornent les façades des maisons, sont le noir, le rouge, le blanc qui symbolisent les trois groupes humains existants sur terre. Certaines décorations géométriques multiplient les damiers, les losanges, les chevrons, les hachures. Outre les peintures fondées sur le bestiaire, les activités traditionnelles des hommes sont également représentées : la chasse à l’arc, l’agriculture.

       Les Lyéla ont peu développé la cordonnerie parce qu’ils marchent pieds nus la plupart du temps. Cependant, traditionnellement, on trouve quelques cordonniers dans les villages. Ce n’est pas un artisanat qui constitue un métier en soi. Ceux qui s’y adonnent le font épisodiquement ou en cas de nécessité. Pourtant, ce n’est pas la matière première qui manque : le cuir est très répandu dans le Lyolo car tous les animaux tués sont systématiquement dépouillés. La peau est travaillée aussitôt après pour la conserver après l’avoir séchée. Celle des boeufs sert de natte ou de tapis ; celle des ovins ou des caprins, de besace, de sac à eau ou à transporter des aliments solides. En général, les cordonniers du Lyolo fabriquent des sacoches, des carquois, des sachets pour protéger les objets mystiques ou théurgiques, des gaines, des sandales. Pour fabriquer celles-ci, ils utilisent, de nos jours, les pneus usagés découpés à la pointure des pieds et qui servent de semelles.

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Forgerons au travail

       f)- Le travail de la forge

            L’impossibilité dans laquelle nous nous sommes trouvés de pouvoir pénétrer le milieu des familles forgeronnes, est aussi une autre limite de nos recherches sur les traditions des Lyéla. Au-delà des opinions, parfois des préjugés sur ces artisans, les forgerons lyéla ne sont ni redoutables, ni farouches. Le contexte culturel l’exige : ils sont semblables aux autres individus issus de ce peuple. Des familles forgeronnes, nous en avons rencontrées à travers tout le Lyolo qui nous ont, dans la plus grande partie, bien accueillis. Mais, elles n’échangent point de propos sur l’origine, la pratique et les secrets qui entourent l’exercice de ce métier. Nous avons dû nous contenter des connaissances extrinsèques sur ce métier sans pouvoir les recouper, les confirmer ou les infirmer avec des informations intrinsèques.

       D’abord, chez les Lyéla, sans être une caste organisée, les forgerons constituent des familles à part. Dans la zone qui s’étend de Réo à Didyr, en direction de Toma et Tougan, seuls les clans des yala sont forgerons. Par définition, les yalbala sont habilités à fondre le minerai de fer et à exercer le métier de la forge. Yala est en même temps la radicale de leur patronyme clanique. Toutefois, cela ne veut pas dire que tous les Bayala, ni toutes les Kanyala sont des forgerons. Cela signifie tout simplement, dans la zone du Lyolo indiquée ci-dessus, que les forgerons en sont généralement issus. Chaque kwala Bayala a sa forge. Par ailleurs, rien n’interdit aux membres des travailleurs de la forge d’avoir des alliances matrimoniales avec des familles non forgeronnes, comme cela se passe dans d’autres communautés africaines. Cependant, chez les Nebwa et les Nebwéla, autres clans lyéla, ce ne sont pas exclusivement des gens issus du clan yala qui sont les maîtres de la forge ou qui peuvent s’adonner à ce métier. Des individus issus d’autres clans l’exercent aussi.

     Concernant l’origine de la forge, les anciens de Goundi disent ceci : « La forge provient de la brousse. Un jour, un homme alla en brousse, trouva sur sa route une pierre qui était en réalité une enclume. Il n’osa pas la ramasser. Il revint à trois reprises et trouva le même objet au même endroit. Alors il le ramassa et le ramena chez lui. Intrigué, il alla consulter un devin qui lui révéla qu’il était élu par une bonne et grande force surnaturelle. Peu à peu, il apprit à travailler le fer et à forger des houes. Il acquit ainsi un savoir-faire qu’il enseigna à tous ceux qui le désiraient ». Une autre version concernant le travail du fer dit à peu près la même chose, hormis l’origine de la forge : « On peut demander à apprendre ce métier chez les forgerons, même si l’on n’appartient pas à leur famille. Les Yala forgerons, ont le pouvoir du feu. Ils ont aussi des pouvoirs de protection occultes contre les brûlures du feu ». Ces deux récits, contrairement à d’autres auxquels nous nous référerons plus bas, montrent que le travail de la forge n’est pas quelque chose d’extraordinaire. C’est un métier qu’on peut apprendre comme tous les autres et le forgeron est aussi, avant tout, un cultivateur[8]. Aucune vénération n’entoure ni sa personne, ni son métier sauf lorsqu’il officie pour établir l’ordre social dans des situations d’exception ou d’anomalie.

     Le foyer de la forge est généralement situé dehors, à l’entrée des k’élé. Il y a deux raisons à ce site géographique : l’une, matérielle, l’autre occulte mais qui se rejoignent en un sens sur le même point final. D’abord, la forge qui se sert de feu fait courir des risques d’incendie évidents aux greniers de la cour dont les toits sont en chaume ou en secco. Ensuite, la force sur laquelle repose le métier de forgeron, en tant qu’elle est symbole du feu du ciel, ne peut être contenue dans un espace étroit. Elle a besoin d’être exposée à un monde ouvert. Enfin, la forge est le centre de gravité de la vie agricole chez les lyéla et, à ce titre, un lieu public où tout individu vient se faire façonner ses outils de travail. Toutefois, dans certaines concessions (enceintes familiales), on a construit une maison où l’on a installé la forge. Il s’agit, dans ce cas, d’artisans dont l’activité principale est le travail de la forge.

     La structure de la forge est la suivante : malgré des variances dans la forme, selon les régions du Lyolo, la forge est généralement composée de deux foyers qu’une murette de torchis en épi d’à peu près un mètre de haut, protège. L’artisan prend place en face du feu à l’intérieur de cet écran. Mais, il peut arriver qu’il n’y ait pas de murette du tout : une petite butte à peine surélevée au-dessus du niveau du sol en tient lieu. L’aide du forgeron qui fait actionner le soufflet s’assoit de l’autre côté. En général, le soufflet est composé de deux poches de peau d’animal qui se terminent par un tuyau de fer ou d’argile. Deux bâtonnets fixés au-dessus de chaque poche permettent de l’actionner. Le tuyau, enterré dans le sol passe sous la murette, quand il y en a, s’étend jusqu’au foyer. Celui-ci contient le charbon en fusion qui est, ou bien acheté ou bien fabriqué par les apprentis forgerons. Chaque forge comprend toujours une enclume produite par les forgerons eux-mêmes, qui est une masse de fer en forme de champignon dont la pointe est enfouie dans le sol et dont le volume est variable selon les foyers de la forge. Dans chaque atelier, on trouve toujours une cuvette d’eau (un seau, un pot en terre etc.) dans la quelle le forgeron trempe le métal en fusion selon les besoins de son travail. Il y a également un endroit où l’on entasse des cendres servant de dépôt des objets finis.

       Pour ce qui est de l’ouvrage lui-même, la technique ne change guère d’un forgeron à un autre, d’un lieu du Lyolo à un autre. En effet, le forgeron met sur le charbon en fusion le fer à l’état brut, puis il attend qu’il rougeoie, c’est-à-dire qu’il devienne malléable. Ensuite, il le place sur l’enclume en cet état et, peu à peu, à coups de marteau, il le façonne selon son dessein. Le façonnage d’un objet dure un certain temps au cours duquel l’objet fait le va et vient entre le feu et l’enclume. Parfois, il le termine en le tranchant ou en le vrillant pour parvenir à la forme désirée.

       Le travail de la forge nécessite, d’une part, un certain nombre d’éléments qui relèvent de la compétence des forgerons eux-mêmes ; d’autre part, des moyens ; enfin, la matière première. Ainsi, les soufflets, tout autant que l’enclume, sont l’oeuvre des forgerons. Quant au charbon, il est plus généralement produit par les aides ou apprentis forgerons. La matière première ne manque pas dans ce pays et, singulièrement, dans cette région. Selon Michel Izard, le sous-sol du Yatenga, mais aussi une bonne partie du Burkina Faso est riche « en matériaux ferrugineux. Le minerai de fer qui peut se présenter à l’état d’hématite presque pure, correspond au stade dernier de la décomposition latéritique des roches siliceuses. Le minerai latéritique se rencontre en surface, l’épaisseur de la croûte variant selon les sols entre 1 et 10 mètres ; en général, mais non toujours, la teneur de la latérite en hydroxides de fer est plus forte en surface. D’après Claude Francis-Boeuf (1937), le minerai latérite ouest africain a une teneur en fer pur variant entre 40 et 70% » [1983 : 127].

       Chez les Lyéla, l’extraction du minerai ne regarde que les seuls forgerons. Ils sont les seuls à effectuer les recherches sur les collines ou dans les endroits où, pour l’extraire, ils sont contraints de creuser des puits assez profonds. Le minerai est, soit fondu sur place dans des fourneaux qu’ils construisent à cet effet, soit en petite quantité dans leurs ateliers. Cependant, de nos jours, ils ne dédaignent pas de récupérer de la ferraille issue des produits de la manufacture européenne (vieux vélos ou mobylettes, débris de véhicules etc.) qu’ils font fondre ensuite. Mais, leurs clients restent profondément attachés aux ouvrages obtenus à partir du minerai traditionnel. Ils considèrent que de tels outils durent plus longtemps que ceux fabriqués à partir du fer de récupération.

       Comme les forgerons lyéla fabriquent essentiellement des outils utilitaires[9], leur période d’intense activité est celle de la saison des pluies, à l’inverse de la saison sèche qui marque son ralentissement. Car personne ne s’avisera d’acheter une houe en cette dernière période et, subséquemment, s’abstient d’en fabriquer. Les principaux objets manufacturés par les forgerons lyéla sont les suivants : les houes sous toutes leurs formes, les fers des flèches, les burins, les tenailles, les couteaux, les drilles, les massues, les haches, les crochets, les gros clous, les piochons, les faucilles, les lances, les tiges à égrener, les serrures, le fer des casse-tête etc. Les forgerons fabriquent aussi, mais rarement, les fusils mousquets, la poudre faite à partir de la potasse et du soufre.

     Nous l’avons déjà indiqué : si les forgerons ne constituent pas une caste à part, ils jouissent de privilèges exceptionnels dûs au caractère particulier de leur activité, dans la société des Lyéla fortement égalitaire. D’abord, les Lyéla sont des agriculteurs par nécessité dont les principaux instruments de travail sont la houe et la daba, production unique du forgeron. Dès lors, il a une place centrale non en tant que corps de métier ou individu, mais par la place des instruments qu’il produit. C’est sur ce point que les anciens de Goundi se fondent pour donner la version suivante de l’origine du forgeron : « Le forgeron est le premier, parmi les hommes, à descendre du ciel. Puis, vint le chef de terre. Ce n’est qu’après seulement, que les autres hommes vinrent au monde à leur tour ». L’avènement du premier inaugure le travail de la terre par la préparation, la fabrication et la mise à disposition des hommes des instruments ad hoc. Quant à celui du second, il instaure l’ordre, la justice, la répartition équitable des portions de terre entre tous les hommes.

       Le forgeron est aussi, chez les Lyéla, un conseiller du chef de la terre, voire, comme le dit Emmanuel Bayili, un des « agents de réconciliation ». En effet, dans les conflits qui ont pu naître entre communautés villageoises avant l’instauration de la « paix blanche », il y avait des conciliateurs pour mettre fin aux séries de vengeances entre membres de villages voisins. Selon Bayili, « les premiers de ces agents étaient les forgerons. Détenteurs privilégiés des secrets du feu, et de l’eau, fournisseurs indispensables, uniques et précieux, des moyens de défense et de production vivrière (agriculture et chasse)… Cette maîtrise et cette action extraordinaire qu’ils avaient sur les puissances de la nature, jointes à leur pouvoir de guérison de certaines maladies et de la nécessité vitale de leur métier, faisaient d’eux des pacificateurs attitrés du village… » [1983 : 107]. La singularité de leur métier de forgeron, et par conséquent, le statut particulier qu’il leur confère, résultent à la fois des idées courantes sur l’origine de la forge et de sa puissance inhérente, des tâches qu’ils sont seuls habilités à accomplir dans la société des Lyéla. Tous ces aspects, que résument les anciens de Goundi, inclinent à leur accorder une certaine aura extraordinaire. « Au début, la forge – l’ensemble de la connaissance du travail et des matériaux de la forge – apparut dans le monde en descendant du ciel. Celui qui en devint le propriétaire et le chef de la terre firent construire un tambour cylindrique. Ils le firent sonner de manière que l’ensemble des gens du village l’entende. Alors, ils vinrent s’assembler tous autour du lieu où le tambour résonnait.

     C’est pourquoi, lorsque la foudre blesse ou tue quelqu’un, seul le forgeron est habilité à faire les sacrifices propitiatoires, acte qui consiste à rétablir l’ordre suite au désordre créé par cet accident. De même, lorsque quelqu’un se noie[10], c’est toujours le forgeron qui accomplit les sacrifices d’usage. Le forgeron siège également là ou s’asseyent le chef de la terre et les sacrificateurs des génies de la brousse pour officier lors des circonstances exceptionnelles. Au forgeron, on doit la houe grâce à laquelle on cultive le mil dont les hommes se nourrissent.

       Lorsque le forgeron s’assoit pour officier lors de circonstances particulières, il ne doit pas se relever jusqu’à la fin de son office, quelle que soit la gravité de la situation qui le menacerait, par exemple, une chevauchée qui s’avancerait vers lui ».

    g)- L’apprentissage aujourd’hui

                Il existe, depuis quelques décennies, un peu partout dans le Lyolo et particulièrement à Réo, des centres d’apprentissage à l’intention des jeunes gens[11]. Ils se fixent une double finalité : d’abord, proposer des formations artisanales à des jeunes déscolarisés, de plus en plus désintéressés par l’activité agricole ; ensuite, si possible, empêcher par ces formations adaptées aux besoins et aux demandes locales, l’hémorragie des jeunes qui émigrent massivement soit dans des villes du Burkina Faso, soit sous des cieux plus cléments, comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, malgré une difficile coexistence avec les populations locales, dont les relations ne sont pas toujours empreintes de respect et de dignité humains.

     Lors de nos premières enquêtes sur le terrain dans les années 1980, nous nous étions intéressés au centre de formation artisanale de Réo. L’entretien avec le directeur de cette époque a révélé les périodes de crise traversées par ce centre. Il était, à ce moment, financé par la ville de Waregen au Pays-Bas ; du moins, une organisation ou association catholique CEBEMO, en avait la charge. Le partenariat fut difficile : une première tentative échoua, faute d’intelligence mutuelle ; au cours de la deuxième tentative effectuée par deux religieuses, on a pu équiper le centre de matériels appropriés. Mais on ne réussit pas à le faire fonctionner, suite à une rupture des relations entre le centre et les financiers.

       Pourtant, le dessein de ce centre était louable : créer deux pôles de formation : le premier était essentiellement centré sur les cultures maraîchères (petits pois, choux, aubergines, haricots verts, tomates, pommes de terre, carottes). Il s’agissait de trouver une activité rémunérée aux jeunes pendant la saison sèche. On leur apprenait, non seulement une nouvelle méthode de culture, mais même l’utilisation du fumier, des résidus du coton, voire la technique du compostage. Certes, ces nouvelles techniques se sont répandues un peu partout dans la région de Réo, par des structures parallèles ; voire à Réo même, par un nouveau centre de formation agricole créé par l’Abbé Nicolas Bado, en disgrâce par rapport à son Eglise et qui s’est retiré dans la maison paternelle, comme chef de famille. L’autre pôle, dirigé par deux personnes, était centré sur les métiers du bâtiment : maçonnerie, menuiserie, métallurgie, y compris la mécanique. Le but était de parvenir à créer une petite industrie locale. Le premier groupe d’apprentis comprenait quarante élèves : vingt en maçonnerie et vingt en métallurgie. Trente cinq d’entre eux purent rester jusqu’au bout d’un cycle de formation. Suite à cette formation, et malgré les problèmes financiers du centre, ces jeunes, devenus professionnels, rencontrèrent malheureusement un autre problème : celui de trouver du travail. Faute de débouchés, certains se mirent à leur compte en embauchant des apprentis et en sillonnant la région à la recherche de travail ; beaucoup d’autres s’orientèrent vers les cultures maraîchères[12].

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Un beau crépuscule

Références bibliographiques

Les Atlas Jeune Afrique : Burkina-Faso (1993) (Paris, J.A.) ;

-Barral Henri (1968) : Tiogo-Etude d’un terroir léla (Haute Volta)-(O.R.S.T.O.M., Mouton et Co La Haye, Paris) ;

-Bayili Emmanuel (1983) : Les populations Nord-Nuna (Haute Volta) des origines à 1920 (Thèse de doctorat de troisième cycle sous la direction d’Ives Parson, Paris-I-Panthéon-Sorbonne) ;

– Bikyenga Kibsa Mathias (1970-1972) :  » La culture maraîchère à Réo  » (Mémoire C.E.D.I.M.A.N.E., Koudougou)

-Nadel S.F. (1971) : Byzance Noire – Le royaume des Nupé du Nigéria ( Paris, François Maspéro)

-Izard Michel (1983) : Les archives d’un royaume africain-Recherches sur la formation du Yatenga (Thèse pour le doctorat ES Lettres et Sciences humaines sous la direction de Georges Balandier), Paris-V-Sorbonne) ;

– Tauxier Louis (1992) : Le Noir du Soudan Pays Mossi et Gourounsi (Paris, Larose)

[1] Depuis les années 1965, les divers gouvernements de la Haute Volta, puis, du Burkina Faso ont fait un grand effort pour creuser des lacs artificiels. Il y en a un certain nombre dans tout le Lyolo. La révolution de Thomas Sankara, en l’espace de quatre ans, avec l’appui de l’ensemble de la population, a accéléré le processus de création de retenues d’eau. Presque tous les villages ont leur retenue d’eau. Le but d’une telle politique de l’eau est double : ralentir le processus de désertification, et favoriser une pluviométrie plus importante par le phénomène d’évaporation en saison des pluies.

[2] C’est l’un de nos informateurs et instructeurs principaux de la culture des Lyéla

[3] Cet homme, catholique convaincu, a tendance à lire de façon prosaïque les faits culturels, même les plus sacrés, de sa société à travers les grilles de sa foi catholique. Car d’autres instructeurs donnent des interprétations tout à fait différentes du même phénomène. Mais nous avons choisi, à titre d’exemple, de ne retenir qu’un récit dans l’économie de cette étude.

[4] Ils se servent aujourd’hui de plus en plus de lampes de poche dans certains cas, surtout pour initier les jeunes gens à ce mode de chasse singulier.

[5]Les Moosé font preuve d’un esprit dynamique au niveau des grands et petits commerces. Dans les pays ouest-africains, partout où ils émigrent, ils sont en concurrence avec les Malinkés couramment appelés Dioula, les Yoruba du Bénin et du Nigéria. Il n’en est pas ainsi des Lyéla, qui s’attachent partout où ils s’installent à développer l’agriculture. Ce terrain étant négligé, on s’aperçoit aujourd’hui que dans tout le Lyolo, notamment à Réo même, les Moosé ont largement investi ce secteur. A Réo, il n’y a qu’une quinzaine de Lyéla qui aient réussi dans le commerce. Dès lors, le marché de Réo n’appartiendra plus, bientôt, aux « autochtones ».

[6]Cette expression est employée ici dans un sens positif contrairement à celui qu’elle véhicule dans l’oeuvre de son inventeur, en l’occurrence, Robert Jaulin. Elle n’est pas synonyme d’un mouvement mortifère, mais bien la fin des conflits permanents dans cette zone.

[7]Nous faisons, sans doute, un abus de langage, mais à dessein dans la mesure où nous prenons le terme de « corps » au sens d’unité individuelle et non d’organisation. Nous avons pensé qu’il convient pour désigner la pratique des métiers chez les Lyéla, qui est une activité individuelle. En revanche, il n’existe pas, chez eux, de corps de métiers en son autre sens, tel qu’il est analysé, par exemple, par Nadel, chez les Nupe du Nigéria : “La corporation est un groupe fermé dont l’appartenance est pratiquement toujours héréditaire à l’intérieur de certaines familles. Des individus n’appartenant pas à ce groupe peuvent y entrer après une adoption en bonne et due forme dans la profession au terme d’une période d’apprentissage. Par ailleurs, ce groupe ne se définit pas uniquement du point de vue de la production, mais aussi d’un point de vue social et politique : c’est un groupe social spécifique, constituant presque une classe d’artisans, à qui l’on reconnaît officiellement un certain nombre de privilèges politiques. Enfin, son organisation interne se caractérise par toute une hiérarchie de grades et de rangs. Ces métiers offrent ainsi une image très proche de celle des guides d’artisans de la Rome impériale ou du Moyen Age”[1971 : 383]

[8]Chez d’autres groupes assez voisins des Lyéla, d’un point de vue culturel, le forgeron connaît un statut semblable. C’est ce que montrent, entre autres, les études de Louis Tauxier. Il écrit en effet ceci : “Les forgerons font d’abord la même chose que les autres gens ; ils vont chercher dans la brousse le charbon et le minerai, puis fondent celui-ci devant la porte de leur soukala. En plus, ils fabriquent avec le métal ainsi obtenu des dabas, des haches… Ils travaillent aussi à façon… Ils ont des champs très florissants… Ajoutons que les forgerons (yara en kassouna) ne forment pas plus de caste ici que chez les Menkiéras et les Nounoumas” [1912 : 207-208].

[9]Le but de la forge, dans un pays essentiellement agricole, est de produire les instruments de travail de la terre et tout ce qui a rapport aux activités utilitaires contribuant à la survie du groupe. Dès lors, les forgerons sont peu qualifiés pour fabriquer des objets de luxe comme les bijoux. Ceux que certains fabriquent en bronze sont le fait d’un loisir ou d’une demande en vue d’un but bien précis. Le travail de la forge n’est pas une activité où l’on excelle à faire preuve d’ingéniosité, de créativité esthétique. On ne fabrique pas un objet pour sa beauté, mais pour son utilité. Les Lyéla font preuve de sens esthétique, mais dans d’autres domaines de leur culture.

[10]On dit littéralement : lorsque l’eau, en l’occurrence, les génies ou djinnas de l’eau, a attrapé ou tué quelqu’un.

[11]Les religieuses de Réo ont créé, depuis les années 1955, une école de formation pour jeunes filles dite « école ménagère ». Celle-ci recueillait les filles qui ont échoué dans le cycle normal. Cette école d’apprentissage formait à tous les métiers féminins et apprenait aux jeunes filles, avant leur mariage, l’art d’être mère, d’éduquer les enfants selon les principes religieux catholiques. Elle leur enseignait aussi les rudiments d’une éducation sanitaire. Mais, la branche qui s’est le mieux implantée est l’apprentissage du métier à tisser fabriqué sur le modèle de celui que l’on trouve en Europe. Des jeunes filles viennent d’un peu partout pour suivre ces cours.

[12] Selon le mémoire de Bikyenga Kibsa Mathias, la culture maraîchère a été introduite à Réo au debut du XXè siècle par un catéchiste catholique lyel du nom de Théotime Bado. Les Lyéla lui doivent surtout la culture de l’oignon, l’un des légumes les plus répandus dans la région de Réo et qui fait aujourd’hui la richesse de la culture des jardins en saison sèche.

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