Violences conjugales et problèmes existentiels : la vie humaine pas n’est une sinécure

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Introduction

 

   D’un point de vue de La Bible, notamment le Premier livre de la Genèse, le monde est l’œuvre créatrice de Dieu. Et il a créé l’homme et la femme suivant l’idée d’une égalité puisqu’il est écrit « Homme et Femme il les créa ». Il les enjoint de se multiplier et de remplir la terre, avec intelligence et liberté, comme une « seule chair », c’est-à-dire, comme une communion et une totalité.

      Malheureusement, une autre version de l’Ancien Testament pose que Dieu, après avoir créé toutes choses, crée Adam. Se rendant que, seul, ce dernier est malheureux, malgré son statut de roi de la création, Dieu plonge ce dernier dans un sommeil profond. Il prend l’une de ses côtes et de celle-ci il crée Eve. C’est Eve quittera ses parents pour son mari auquel elle sera soumise et qui dominera sur elle (voir texte biblique). C’est cette dernière version que la tradition judéo-chrétienne et musulmane retiendra comme un fait institué par Dieu lui-même. Et c’est qui explique, depuis le IVe siècle après J-C, la domination sans partage, du masculin sur le féminin ; et l’une des figures ou des causes des violences faites aux femmes.

I)-La violence conjugale :

 

DEFINITIONS : ETYMOLOGIE :

     L’origine étymologique (violence vient du latin « violentia », de « vis », la force, la puissance, la vigueur, mais aussi l’essence d’une chose, ou encore la ressource d’un corps pour exercer sa force) signifie à la fois la force, la puissance. Au coeur de la notion de violence se trouve l’idée d’une force, d’une puissance naturelle dont l’exercice contre quelque chose ou quelqu’un fait le caractère violent : la force devient violence lorsqu’elle dépasse la mesure ou perturbe un ordre.

LES DEFINITIONS ADOPTEES :

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     Il n’existe pas de définition universellement acceptée de la violence à l’égard des femmes. Cependant, un groupe international d’experts réuni par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en février 1996 a estimé que la définition adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies constituait une référence utile pour les activités de l’OMS. La Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes (1993) définit en effet la violence à l’égard des femmes comme « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ».

     La violence conjugale réfère donc à toute situation où, dans le cadre d’une relation privilégiée, un des partenaires utilise un rapport de force pour contrôler l’autre. Elle implique l’usage de la force et de la menace ; une menace qui peut conduire à la mort de la victime. Mais il existe toute un ensemble de comportements quotidiens, depuis les coups superficiels jusqu’aux blessures graves ; en passant par l’agression sexuelle, la violence psychologique et le viol, voire le harcèlement moral.

    Si l’adoption d’une définition est récente, cela tient au fait que la violence conjugale n’a pas toujours été condamnée.

      Les violences conjugales sont un fléau invisible, sournois, qui peut toucher n’importe quelle personne de notre entourage ; n’importe quel milieu socio-professionnel. La violence conjugale nous concerne tous de loin ou de près, puisque c’est la femme généralement qui en est victime.

  1. II) Théories classiques et mauvaise histoire

     Dans les années 70, une nouvelle théorie avait cours pour donner une explication à la violence conjugale. En effet, pour répondre à la question de savoir pourquoi certains hommes sont enclins à battre leur femme, les féministes se sont essentiellement intéressées à la domination masculine et au rôle du patriarcat. Pour les féministes, un homme est brutal car il trouve normal d’avoir le pouvoir et d’être le maître. Cette attitude renvoie au « Potestas patris familias » latin (In Freud, L’interprétation des rêves, PUF, Paris) qui pose le père de famille a un droit absolu sur sa femme et ses enfants. Même s’il les bat ou le viole, il n’y a pas de loi pour le sanctionner. Il est regardé comme le maître absolu de son foyer ; le despote.

   Ces attitudes étaient nourries par l’éducation donnée aux garçons qui s’identifient au rôle de l’homme, leur donnant accès aux  » privilèges du mâle  » que j’appelle le « despote » dans mes recherches. En effet, et de façon générale, la société prépare les hommes à occuper un rôle dominant : ils apprennent à exercer ce privilège par la force et si nécessaire par la violence. Dès lors, les actes de violence à l’égard des femmes semblent autorisés, perpétrés non pas forcément par des malades mentaux mais par des hommes qui croient sincèrement que le patriarcat leur donne un droit de contrôle absolu sur leur épouse.

   En fait, la violence maintient le vieux statu quo qui permet aux hommes de rester au sommet de la hiérarchie des pouvoirs. Or,  » Les hommes qui frappent leurs femmes suivent des préceptes culturels particulièrement appréciés dans la société occidentale et dans tous autre société patriarcale. Pour ces hommes, la force physique est un moyen de faire respecter cette domination «  

C’est en ce sens qu’on peut dire que l’une des causes de la violence tient à la manière d’éduquer les garçons et les filles et à l’élaboration de la notion de masculinité et de féminité. Selon un grand nombre de psycho-sociologues, comme Jean Maisonneuve (Introduction à la psychosociologie, PUF, 1973), les garçons sont orientés, dès la petite enfance vers des comportements d’affirmation de soi, de domination, voire d’agressivité. Les jeunes filles sont préparées dans la petite enfance vers la souplesse du caractère, la conciliation, l’évitement les conflits, vers le service à autrui. Ces inclinations du corps et de l’esprit préparent les rôles d’agresseur et de victime.

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III- Facteurs éducationnels prédisposants

     L’enfant qui naît dans une famille où règne la violence conjugale, ou qui l’éveille, la provoque du fait qu’il est né, va être d’emblée pris dans un réseau de relations psychologiquement malaisées à assumer. Elles risquent d’influencer son apprentissage et sa manière d’être dans la vie.

     Dans cette perspective, les hommes violents à l’égard de leur compagne copient ou reproduisent la violence observée dans leur propre famille. Des recherches ont démontré que les hommes qui furent témoins de scènes de violence entre leurs parents risquent davantage d’user de violence contre leur conjoint. C’est ce que démontre Ferret Micheline : Violences conjugales (L’Harmattan, Paris). De plus, il existe des  » récompenses  » immédiates à la violence physique : les hommes l’emportent dans des affrontements qui auraient pu tourner à leur désavantage. Confrontés à ce qu’ils ressentent comme la supériorité verbale ou la plus grande sensibilité de leur femme, ils se replient sur leur avantage le plus évident : la supériorité physique.

   D’un point de vue biopsychique ou génétique, le développement de la sociobiologie, dans les années 70, notamment aux Etats-Unis, considère la violence conjugale comme une stratégie masculine pour dominer la femme afin de se garantir l’exclusivité de la reproduction et des relations sexuelles. Tel est le sens de la thèse de Konrad Lorenz, L’agression : un homme frappe sa femme pour satisfaire un impératif biologique et pour que ses gênes soient transmis à la génération suivante. La jalousie masculine disproportionnée qui accompagne les brutalités prend ses racines dans l’incertitude de l’homme face à sa contribution au patrimoine héréditaire qui serait en revanche assuré en certitude par les femmes. Mater certa, pater incerto ». La mère est toujours réelle, le père n’est que putatif. 

IV- Importance des liens parents-enfant

     Mélanie klein, dans son ouvrage L’Amour et la haine : Le besoin de réparation, découvrit combien les liens précoces influent sur tous les aspects de la personnalité intime de l’homme. Elle a constaté que les ressorts psychologiques de la violence se mettent en place très tôt dans la vie et que le développement d’une personnalité violentée est un processus progressif qui se prolonge des années durant. C’est ce qu’elle démontre de la manière suivante.

1) Interactions avec le père

   Quand les hommes violents parlent de leur père, ils décrivent un homme froid, distant et brutal. Les humiliations subies dans l’enfance se sont révélées en toute clarté dans les recherches de Donald R. Dutton, De la violence dans le couple. Les hommes qui brutalisent leur femme, ont connu l’humiliation, le malaise, la honte et des attaques plus générales de leur intégrité. Ainsi, un homme qui subit des humiliations en public, par exemple, sur son lieu de travail, aura tendance à rechercher des compensations psychologiques en battant sa femme pour montrer qu’il est encore un homme.

Aussi, au cours de la période infantile, le moi de l’enfant est directement atteint dans son intimité. L’humiliation attaque le sujet dans sa totalité par l’émergence d’un sentiment de honte. Les humiliations que son père lui inflige sont la pire chose qui puisse lui arriver. Inconsciemment, devenu majeur, elles continuent à l’humilier et ses blessures se ravivent à la moindre occasion. La honte subit durant l’enfance crée le sentiment que son moi est vulnérable comme s’il habité par sentiment d’infériorité.
 
2) Interactions avec la mère

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     Selon Mélanie Klein, les relations d’un enfant avec sa mère sont le premier élément clef dans l’évolution d’une personnalité. Les origines de la fureur remontent, selon elle, aux traumatismes précoces mère-bébé (expliquer oralement). Les sentiments de frustration, d’abandon, d’amour déçu, de peur, de rage, sont constitutifs de ces premiers liens et s’inscrivent de façon indélébile dans l’âme des nourrissons, destinés à devenir des hommes violents.

    Dès lors, le comportement angoissé ambivalent, développé par un certain type d’enfants lors d’une brève séparation d’avec sa mère, est lié au comportement violent chez l’adulte. Ces enfants s’accrochent à leur mère et s’ils en sont séparés, ils pleurent sans répit. Dès le de la mère, l’enfant s’abandonne à elle et s’accrocher à sa personne pour se rassurer. Mais si sa mère le rejette, il est déstabilisé. Dans ce cas de figure, leur mère est souvent instable, peu sûre d’elle dans la façon de s’occuper de son enfant. C’est ce que Freud qualifie d’angoisse de l’abandon qui explique aussi l’origine des religions (L’Avenir d’une illusion, Editions du Cerf, Paris)

   C’est ainsi que Dutton découvre que les hommes violents évoquent une mère à la fois chaleureuse et distante ; ce qui démontre l’ambivalence de la relation que tels hommes ont eu avec leur mère. Selon Freud en effet, ces ont appris à aimer leur mère parce qu’elle pouvait satisfaire leurs désirs. Mais en même temps, ils ont constaté qu’elle pouvait s’absenter ou se montrer indisponible en cas de besoin ; pire les repousser.

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