De l’énergie sexuelle amorale et de ses formes d’expression extra-culturelles : les heurts et les ravages déviants physico-psychiques de la libido humaine

 

 

Présentation

canstock9965566 

     Si l’humanité avait la maîtrise totale de son énergie sexuelle, elle connaîtrait un état de calme enchantement, de paix, de sérénité et de perfection presque édénique.

   Mieux encore, si l’humanité était privée de sexe, elle serait nécessairement eudémoniste et souverainement heureuse. Hélas, l’unique source de tous ses malheurs, de son profond mal-être métaphysique en ce monde, sur cette terre qui l’a généré, réside dans cet organe et ses débordements psycho-physio-pathologiques parce qu’elle est viscéralement esclave de quelques secondes de spasmes et/ou d’orgasme fondamentalement frustrant.

     Ainsi, dans le premier chapitre de son ouvrage, Les Minorités érotiques, Dr Lars Ullerstam écrit : « la faculté de jouir, d’éprouver de la jouissance, est commune à tous les hommes. Ascète ou sybarite, nous n’avons de cesse de nous procurer des petites doses de jouissance {…} Ici-bas, nous autres hommes ne pouvons endurer notre sort que parce que, de temps en temps, nous avons le droit d’éprouver de véritables sensations de jouissance » (p.p. 36-37).

      Partant de ce constat, il nous semble manifeste que la nature a, pour ainsi dire, condamné tout vivant à rechercher le plaisir, essentiellement sexuel, comme la condition première et ultime de la reproduction de soi, voire d’acquiescement à son existence et/ou à sa vie ici-bas. Nonobstant ce, en dehors du groupe des bonobos, lesquels parmi tant d’autres genres de vivants sur notre commune Terre, font preuve de licence sexuelle, qui pourrait même être qualifiée de dépravation au regard de la culture et des valeurs humaines, seul le genre humain multiplie les formes et les postures dans la recherche du plaisir sexuel.

      Tout se passe comme si les êtres humains aspirent à faire sauter le carcan du besoin de reproduction sexuel, voire à s’affranchir de ses limites intrinsèques ; ou comme si l’institution culturelle a développé en lui une imagination débridée qui le pousse toujours dans le sens de la « pleonexia », ce terme que nous traduisons en un sens moral et non économique, soit la surenchère et l’excès de plaisir pour le plaisir, uniquement le plaisir.

    Or, en raison de la nature de l’énergie sexuelle avide et effrénée, celle-ci se manifeste généralement sous forme de force pulsionnelle, débordante et source continue de jouissance illimitée, grâce à cette même culture. C’est en ce sens qu’on peut comprendre la définition de la libido qu’en donne Freud, à savoir une énergie vitale, qui englobe les désirs, les pulsions de vie et plus encore l’activité sexuelle effective ou imaginaire. En un sens, la libido comprend toutes les formes de l’énergie psychique et/ou physique essentiellement sexuelle. C’est pourquoi, sur le plan de la culture, l’être humain impose, paradoxalement, des limites morales aux formes de jouissance sexuelles par des codifications relevant d’une imagination débordante corrélative à l’expression sexuelle.

      Telles sont les exigences de toute religion, notamment les religions dites révélées, comme le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Leurs lois frappent, par l’anathème, diverses formes de préférences sexuelles de certains individus que Lars Ullerstam considère comme faisant partie des minorités sexuelles. Mais, au nom d’un certain humanisme, non seulement il réfute les lois morales religieuses, mais il juge qu’on devrait même, par « charité » pour autrui ou, plutôt, pour cette catégorie de sujets humains, consentir à leur donner satisfaction suivant leurs modes de recherche de plaisir sexuel ; même si, on le verra à travers ces pages, certaines pratiques sexuelles nous paraissent horrifiantes.

 About the amoral sexual energy and its extra-cultural forms of expression: the clashes and the physico-psychic deviant ravages of human libido

Image 2

 

Presentation

If humanity had total control of its sexual energy, it would experience a state of calm delight, peace, serenity and almost Edenic perfection.

Better yet, if humanity was deprived of sex, it would inevitably be eudemonistic and supremely happy. Alas, the only source of all its misfortunes, its deep metaphysical malaise in this world, on this earth that generated it, lies in this bodily organ and its psycho-physio-pathological excesses, because it is viscerally a slave of a few seconds of spasms and / or of a fundamentally frustrating orgasm.

Thus, in the first chapter of his book, Erotic Minorities, Dr Lars Ullerstam wrote: « the ability to enjoy ourselves, to experience pleasure, is common to all men. Ascetic or sybarite, we can always get small doses of enjoyment {…} Down here men can endure their fate only because, from time to time, they are allowed to experience true feelings of enjoyment « (pp 36-37).

On this basis, it seems obvious that nature, so to speak condemned all living creatures to seek pleasure, mostly sexual, as the first and ultimate condition for self-reproduction, or acquiescence for its existence and / or its life here. Having said this, beside the bonobo group, who among many other kinds of living creatures on our common Earth, show sexual license, which could even be described as depravity according to our cultural and human values, only humans multiply forms and postures in search of sexual pleasure.

It is as if human beings aspire to blow the shackles of the need of sexual reproduction or even get rid of its inherent limitations; or as if the cultural institution has developed in them a wild imagination that always goes in the direction of « pleonexia », this word we translate in moral rather than economic terms, or overdoing and excess of enjoyment for pleasure, only pleasure.

However, due to the nature of the greedy and unbridled sexual energy, it usually appears in the form of instinctual force, boundless and unlimited continuous source of enjoyment, due to this culture. It is in this sense that we can understand Freud’s definition of libido, namely a vital energy, which includes desires, life drives and more still, sexual activity be it effective or imagined. In a way, libido includes all forms of psychic and/or physical energy, mainly sexual. Therefore, in terms of culture, man paradoxically imposes moral limits to sexual forms of enjoyment by codes coming from an overwhelming imagination related to sexual expression.

Such are the demands of any religion, including the so-called revealed religions, such as Judaism, Christianity and Islam. Their laws anathemize various forms of sexual preferences of some individuals, that Lars Ullerstam considered part of sexual minorities. But in the name of a certain humanism, he not only denies the religious moral laws, but he thinks that we should even, by « charity » for the others, or rather, for this category of human subjects, consent to satisfy them according to their sexual pleasure search modes; although, as we shall see in these pages, some sexual practices seem horrifying.

I- La norme de la libido : se reproduire suivant l’impulsion de l’instinct du vivant

     Dès lors qu’un individu est en âge de procréer et d’éprouver du plaisir dans cet acte, il est comme saisi par une frénésie qui le jette dans la recherche de plaisir sexuel pour calmer les tensions vives de son corps. Lui-même, s’il venait à se demander pourquoi il est ainsi fiévreux et frénétique, ignore les raisons profondes de son état. Il n’a même pas de temps effectif d’en prendre conscience et d’en chercher les fondements. Une seule chose importe désormais à ses yeux : le masculin est en constante quête des frémissements plaisants de sa miction ; le féminin, quant à lui, c’est la recherche quasi aveugle de la sensation agréable de sa miction au contact, en sa lice, d’organes sexuels de nature différente, en général. Le genre d’impératifs sensibles et plaisants est devenu tel que personne ne semble plus en mesure de s’en libérer ; pas même les personnes devenues impuissantes (ou incapables) sexuellement, de fait d’agir physiquement. Elles en souffrent psychologiquement, en permanence, de n’avoir plus de puissance sexuelle, ni de désir. L’hétérosexualité qui s’est imposée comme la norme sur ce plan n’est rien d’autre qu’un impératif, voire une loi de l’espèce humaine ; au même titre d’ailleurs que les animaux.

     Cet impératif de se reproduire remonte, selon la tradition biblique, à Adam et Eve. Tel est, du moins, le commentaire qu’en donnent deux traditions majeures du Judaïsme, en l’occurrence, Le Zohar[1] et la Torah[2]. D’abord, selon la Kabbale, c’est un devoir pour l’homme de satisfaire sa femme ; laquelle est à l’origine du « couplage suprême ». Et ceci pour une raison essentielle : « d’abord, à cause de la joie de l’accouplement qui est la joie de l’accomplissement d’un commandement. Or, une telle joie est la joie de la Présence. Ce faisant, il agrandit la paix dans sa maison » (p.259). L’accouplement humain, dans cette tradition, insiste sur le plaisir sexuel et sur ses effets pour la vie du couple. Tout indique que ce qui est premier, ce n’est pas le devoir de procréer, mais le plaisir de l’acte sexuel. Dès lors, la procréation n’étant pas une nécessité, est plutôt adventice. Cette version de l’histoire de la procréation est différente de l’interprétation de la Torah. D’abord, Adam donne le nom d’Eve à sa femme que Dieu a créée à partir de lui. Selon le deuxième récit de la Genèse, Eve signifiant « la mère de tous les vivants ». En d’autres termes, Eve, même si telle n’est pas l’intention des auteurs du récit de la Genèse 2, est ainsi magnifiée : elle est, en réalité, la vie du monde. Tous les êtres humains sont ses descendants. Ensuite, après le péché qui inaugure tous les malheurs de ce premier couple et son expulsion du paradis, selon de Janov, « Adam connut Eve sa femme (Gen 4,1). La semence de l’homme vient du cerveau, siège de l’intelligence et de la sagesse. C’est la raison pour laquelle la Torah parlant de l’union d’Adam et Eve, emploie le mot Yada[3] ». Nonobstant ce, auparavant, Adam rechignait à passer à l’acte pour la raison qu’étant chassé définitivement du paradis, ses enfants seront condamnés à connaître l’enfer. Mais s’il finit par passer à l’acte, c’est pour une raison bien simple : malgré l’enfer ouvert où ses enfants naîtront, il importe de procréer afin qu’un jour ceux-ci puissent recevoir la Torah promise par Dieu. Telle est la finalité essentielle du devoir adamique de procréer, comme l’écrit de Janov : « lorsqu’il sut que la Torah allait être donné à Israël dans vingt-sept générations, il s’unit à sa femme afin d’avoir des enfants. L’homme doit en conclure qu’il faut s’unir avec sa femme pour mettre au monde des enfants qui apprendront la Torah ».

       Cette union sexuelle du premier couple humain inaugure en même temps celle de toutes les autres espèces vivantes. Aucune ne savait comment procéder, comme l’affirme est auteur : « aucune créature ne savait s’unir à sa femme jusqu’à ce qu’Adam s’unisse à la sienne. Voilà pourquoi le verset dit « Adam et Eve sa femme », ce qui signifie qu’Adam apprit comment s’unir à elle » … L’enfant est donc composé de trois parties : le père, la mère et le Saint, béni soit-il qui donne l’âme ». Au fond, c’est grâce à Adam et Eve, en particulier à leur union sexuelle que tout le processus de la génération successive des vivants s’est enclenché. On comprend alors que Schopenhauer puisse soutenir que le mariage n’est rien d’autre que la volonté du groupe dont les mariés sont membres. Les individus croient agir librement dans le choix de leur épouse ou époux alors qu’ils se contentent, à leur insu, de suivre la loi de la volonté du groupe. Au fond, dans le mariage, il n’y a nulle liberté, nul arbitraire, nul choix conscient comme si les hormones de plaisir et de reproduction secrétées par le cerveau étaient elles-mêmes conditionnées par l’empire du groupe[4]. Les individus se cherchent frénétiquement non par amour, mot creux et insensé, selon Schopenhauer[5], mais par pression du groupe pour que les particuliers se rencontrent et se marient. L’enjeu n’est plus leur bonheur (le groupe n’en a cure), mais leur devoir : perpétuer l’espèce avec ou sans l’intention d’attendre l’avènement de la Torah.

     On comprend alors qu’un grand psychanalyste du début du XXe siècle, en l’occurrence Willehm Reich, ait érigé au rang de salut à la fois pour l’espèce humaine et pour l’individu la nécessité de la jouissance sexuelle qu’il appelle « l’orgasmus ». Dans la préface de son ouvrage, La Révolution sexuelle, au-delà de la morale judéo-chrétienne avec ses anathèmes, sa condamnation hypocrite de la sexualité créant ainsi des inhibitions, des scrupules moraux frisant, dans certains cas, une sévère pathologie psychique, Reich envisage l’étude de la sexualité comme une discipline réellement scientifique, voire révolutionnaire. L’abandon total dans les bras du sexe de l’autre, sans retenue, apparaît comme une véritable libération dans la conscience de tout individu qui, de la sorte, s’affranchit de l’empire mortifère de la morale judéo-chrétienne, source de toutes les pathologies psychiques ordinaires. C’est ainsi que chacun peut devenir soi-même en expulsant de sa conscience psychologique et morale les impératifs catégoriques de « tu dois, tu ne dois pas », comme par exemple « tu ne dois pas forniquer », « tu ne dois pas te masturber » etc.

   Dès lors, sachant que la fidélité dans les couples est difficile à respecter, Reich désapprouve la morale sexuelle quelles que soient la vision du monde, la singularité culturelle des peuples qui exigent la monogamie dans le mariage. En effet, la monogamie prolongée est particulièrement favorable à « l’émoussement du désir et de l’activité générale dans le mariage monogamique ». C’est en ce sens qu’il précise lui-même ces faits : « La monogamie prolongée aboutit à un émoussement de l’attraction générale qui ne débouche généralement que sur une résignation tranquille. Beaucoup plus souvent elle amène à des conflits conjugaux après et même violents (après le mariage)… Les conjoints commencent par se découvrir mutuellement des défauts qu’ils n’avaient pas vus auparavant ou auxquels ils n’avaient pas attribué d’importance. Ils ne se comprennent plus. Mais il est rare que les véritables raisons de ce changement soient comprises ou admises[6] ». Telle est la cause fondamentalement des heurts et malheurs, des infortunes et des misères psychologiques, bref du mal être de la vie des couples. Les conjoints sont malheureux et pourtant ils ne peuvent se séparer pour des considérations d’ordre matériel ou par peur de la solitude, voire de la vacuité d’une existence sans gerbes d fleures, de temps à autre, et aussi de plaisirs sexuels. Ce faisant, ces conjoints[7] oublient qu’ils n’ont qu’une vie. Quand on brûle inutilement cette unique existence, naturellement on manque de l’essentiel en cette vie. Il est terrifiant, au terme de sa vie sur cette terre, d’avoir, par remords, à dire à soi-même : « J’ai raté ma vie au lieu de « j’ai réussi ma vie ; donc je ne regrette pas de devoir partir de cette vie ». Sur ce point, on rapporte qu’Yves Montant, dans un sursaut de lucidité, dans l’ambulance qui le transportait d’urgence à l’hôpital pour tâcher de le sauver, a fait cette réflexion : « J’ai bien vécu. »

    Image 7

     Donc, selon Reich, on s’est toujours demandé si l’individu est plus monogame que polygame. Sous l’influence répressive de la morale judéo-chrétienne, on a opté pour la monogamie. Or, les faits démontrent que les deux tendances – monogamie et polygamie – coexistent dans toutes les modalités de mariage. Car il y a une tendance naturelle de l’homme et de la femme, dans l’union monogamique ou polygamique, hormis l’hypocrisie des inhibitions psychologiques et des scrupules moraux, à désirer davantage d’autres partenaires sexuel(le)s que le seul objet de son amour. On le connaît trop bien sur le plan physiologique pour ne plus en attendre des surprises, des découvertes, de l’inédit. La fascination initiale de l’inconnu a, pour ainsi dire, depuis longtemps disparu pour laisser place à l’habitude tueuse de plaisirs inouïs, de sensations renouvelées. Au cours de la vie d’un couple, ce genre de tendances est fortement marqué au quotidien. Car la conscience est l’enclos inviolable des pensées inavouables, des désirs pervers, inconsolables et inassouvis. Soit on passe à l’acte pour se libérer de ces obsessions sexuelles intérieures, soit on se contente de fantasmes, sources de toutes les frustrations. C’est pourquoi, dans l’exercice de sa thérapie à Vienne, Reich se transformait en sexologue pour aider ses patients en état de souffrance. En effet, pour éviter l’émoussement du sexuel dans les couples monogamiques, il leur conseille de ne pas hésiter à s’adonner aux « variations du coït ». Pour que sa thérapie soit efficace, il va tenir compte de l’inclination des conjoints à rechercher des formes de plaisir plus adaptés aux attentes de leur corps. Par exemple, ce thérapeute recommande le « coït renversé pour les conjoints qui ont une corpulence virile. Il en est de même des autres conjoints qui ont des tendances féminines. En revanche, pour les hommes autant que pour les femmes qui sont dotés de pulsions anales, il leur conseille le « coït par-derrière ».

   En vertu de cette exigence du jouir permanent, qui emporte la raison humaine, qui la déborde et la détermine de toutes parts, Reich propose une conception du processus psychique de la sublimation tout à fait différente de celle de Freud. Celui-ci, entre autres ouvrages, dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité, affirme que la sublimation n’est rien d’autre que l’énergie sexuelle non consommée et/ou non utilisée suivant sa finalité biologique qui subit une transfiguration spirituelle. Une telle transformation est un des grands présents que la nature a accordé à l’espèce humaine. Grâce à cette énergie sexuelle inutilisée qui remonte des entrailles du bas-ventre vers l’esprit, l’espèce humaine y a puisé toute sa transcendance. Elle lui doit, en somme, toutes les œuvres éminentes de la civilisation : la philosophie, la science, les lettres, la poésie, la musique, bref, tous les arts qui se déclinent suivant leurs formes singulières. Or, c’est précisément l’idée de la sublimation comme processus inconscient de l’énergie sexuelle non consommée que réfute Reich. Il faut démystifier cette conception de la sublimation qui n’a aucune vérification dans les faits. Il observe que « sublimation et satisfaction ne sont nullement incompatibles. C’est au contraire avec une activité sexuelle non satisfaisante que la sublimation est incompatible […]  Est-ce que la sublimation peut être menacée par la satisfaction sexuelle ? […] A cette question, on doit répondre négativement, ne fut-ce que sur la base du fait, aisément constatable, que les personnes génétiquement satisfaites sont plus durablement capables de travail créateur… » [8] Car une personne qui souffre d’impuissance sexuelle, selon Reich, ne fait pas toujours montre de son utilité sociale. En revanche, sur le plan physiologique, « la satisfaction génitale est de nature à apporter et à garantir la résolution orgastique de la tension somatique due à la libido… » C’est à cette condition qu’elle sert de maintien de l’équilibre psychique de l’individu. De même, remarque Reich, « la génitalité telle que nous l’entendons exige un partenaire sexuel et constitue donc une personne. » (ibidem). D’autant plus que, sur le plan biologique, seule la génitalité promet la perpétuation de l’espèce.

     On comprend que, pour ramener le conjoint à rechercher le plaisir du coït ou génital avec sa partenaire (épouse, concubine etc.), après l’accouchement de celle-ci, les médecins accoucheurs proposent aux femmes le « point du mari ». De quoi s’agit-il ? Puisque l’acte d’accoucher provoque des dégâts au niveau de l’organe sexuel féminin, les médecins ont coutume d’effectuer « un point de suture destiné à resserrer un peu plus le vagin d’une patiente afin d’améliorer les sensations futures du compagnon lors du coït. »[9] Plus encore, pour que le conjoint puisse avoir le sentiment qu’il fait l’amour avec une jeune personne qui n’a jamais subit de déformation de son organe sexuel, une sage femme précise que « ce n’est pas simplement une réparation puisque ce point vient resserrer une entrée normale pour qu’elle soit plus étroite. » Or, cette opération qu’on nomme « périnéorraphie », pour resserrer les muscles du vagin, est une réparation très lourde. Elle nécessite une anesthésie générale chez certaines patientes, notamment celles qui sont dites « béantes ». Une telle opération concerne, en particulier, les femmes ménopausées après plusieurs accouchements. Alors, on peut se poser la question suivante : que ne faut-il pas faire pour retrouver les grâces de son mari et, ainsi, éviter qu’il aille voir ailleurs ? On comprend aisément le sens de la thèse de Lars Ullerstam : il faut que tout un chacun puisse vivre sa sexualité ou sa préférence sexuelle dès lors qu’elle est pour lui source de plaisir ; y compris sous les diverses figures qu’on appelle couramment les déviances sexuelles dont nous nous contenterons d’analyser les plus ordinaires et les plus répandues. D’autant plus que, selon cet auteur, « les déviations sexuelles n’ont pas profité de la libération qui a eu lieu dans notre pays [la Suède] au cours de ce siècle. » (p.43) ; et plus généralement dans les pays du monde sous influence de la morale judéo-chrétienne. Il voit dans ces genres communs d’intolérance courante chez les êtres humains trois explications biologiques, anthropologiques et historiques.

       D’abord, de la même façon que la culture conditionne les individus à s’habituer à ce qui leur est semblable, comme la couleur de la peau, la langue, de même, la religion les détermine à s’accoutumer à l’instinct sexuel sous sa forme hétérosexuelle. Ensuite, tous les peuples se sont attachés à mettre leurs pratiques sexuelles sous la surveillance de dieux sadiques oubliant ainsi que ces entités dites supérieures ne sont rien d’autre que les productions de leurs cerveaux. Comme le reconnaît à juste titre Feuerbach (L’essence du christianisme), ces productions cérébrales, ces êtres de l’esprit posés en dehors de lui se retournent contre leurs auteurs eux-mêmes, en l’occurrence, les êtres humains, et les manipulent à leur insu. Or, Feuerbach l’a bien démontré dans son ouvrage : les dieux ou même Dieu n’existent nulle part ailleurs que dans le cerveau humain, ou plus exactement, dans l’esprit humain. Ce ne sont que de simples vocables qui résonnent en l’être humain comme de profonds mystères, des paradigmes redoutables doués d’une influence mortifère, sadique même pour les hommes. Dès lors, l’intérêt que ces divinités peuvent, dans beaucoup de cas, porter à la sexualité humaine est de nature pathologique. Tel est le cas du Dieu judéo-chrétien, ou plutôt, la morale de cette religion. En effet, celle-ci enseigne que l’abstinence sexuelle a pour effet bénéfique de s’attirer les grâces, les faveurs des puissances célestes ou de Dieu lesquelles puissances se tiennent en réalité au sommet du crâne humain. Enfin, Lars Ullerstam pense que « la culture occidentale est une des cultures les plus hostiles à la sexualité qui ait jamais existé » (p.51).

    Le joug de la morale chrétienne est la cause fondamentale des troubles généraux qui pèsent sur la sexualité. Au moyen âge, le christianisme, du moins sa branche catholique, n’hésitait pas à « brûler vivante dans les flammes les plus atroces des centaines de milliers de femmes simplement soupçonnées d’avoir éprouvé des sensations sexuelles » conformément au Second Livre de Moïse (22-18) qui disait ceci : « Tu ne laisseras pas vivre une sorcière ». Tout se passe comme si, malgré le soi-disant progrès des mentalités contemporaines[10], la croyance religieuse et sa morale aveugle continuent de voir « le diable derrière toute jouissance charnelle… » (p.54) selon Ullerstam. A l’inverse, et d’après les connaissances ethnologiques, les autres peuples de la terre, non chrétiens, font preuve de beaucoup plus d’indulgence et de tolérance à l’égard des « déviances sexuelles »

 Image 4

 

II – Rejet de l’homosexualité et attrait ordinaire pour cette pratique sexuelle

     Dans sa classification des minorités sexuelles et/ou érotiques, Dr Lars Ullerstam compte l’homosexualité en raison de la virulence des réactions des religions révélées et de beaucoup d’autres peuples de la terre par rapport à ce choix sexuel. Il nous semble, malgré les apparences, qu’on ne puisse considérer l’homosexualité comme une catégorie se situant dans la minorité des préférences sexuelles. Dans nos propres travaux sur cette question problématique et controversée[11], nous avons réfuté cette conception pour les raisons suivantes : d’abord, l’homosexualité est aussi transversale, universelle que l’hétérosexualité. C’est une pratique que l’on trouve chez tous les vivants sans exception. Et nous avons montré que, loin d’être une espèce de fantaisie sexuelle, de recherche consistant à varier le plaisir sexuel, elle est une inclination essentielle chez certains individus. Celle-ci s’explique par une tendance ou une sécrétion du cerveau lui-même ; ou, ce qui revient au même, une production hormonale. En ce sens, l’homosexuel n’est pas plus libre que l’hétérosexuel par rapport à la pulsion du cerveau, malgré les fortes contrariétés culturelles qui viseraient, dans le cas de cette préférence sexuelle, à gommer, à briser même une telle inclination sexuelle remarquée chez un individu. L’homosexualité est d’abord et avant tout une structure du cerveau du vivant, au même titre que l’hétérosexualité.

       Ensuite, il semble que ce qui gène beaucoup d’êtres humains dans la pratique homosexuelle tient au fait manifeste qu’il s’agit de deux corps du même genre sexuel qui entrent en jeu qui font lien et se donnent du plaisir : une femme avec une autre femme, un homme avec un autre homme ne manque de susciter une forme de dégoût lié aux inhibitions psychologiques personnelles. Dans le cas précis de cette inclination sexuelle, l’orifice anal semble être la modalité essentielle du coït. Or, sur ce point, on ne peut pas condamner la pratique homosexuelle pour les deux raisons suivantes : d’une part, Maurice Maschino a montré, en s’appuyant sur des faits, que beaucoup d’hétérosexuels, mariés ou non, pratiquent régulièrement le coït anal avec leurs femmes[12]. Ce peut être une exigence ou du partenaire ou de la partenaire en tant que cette pratique est source de jouissance. Ce peut être aussi pour varier les formes de plaisir sexuel. D’autre part, cet auteur montre que le coït anal, comme forme de plaisir, est donc une pratique courante chez les hétérosexuels et chez les homosexuels. En réalité, au-delà des considérations morales, les individus qui s’adonnent à cette double pratique sexuelle jugent qu’il est important de jouir de la vie sous ses diverses sources de plaisir, notamment sexuel. Mieux encore, selon Lars Ullerstam on remarque que, dans la nature des faits, rien ne justifie la condamnation, toujours injuste, des homosexuels puisque certains hétérosexuels qui les condamnent et les maudissent même en raison de l’hypocrisie sociale et morale, s’adonnent eux-mêmes, en privé, à la pratique du coït anal. Du temps des Romains, notamment au premier siècle après Jésus-Christ, cette pratique était tellement courante et généralisée que l’empereur Auguste jugeait nécessaire de la codifier en tâchant d’en limiter la portée. C’est, du moins, ce qu’affirme Suétone dans La vie des douze César.

     Dès lors, si on s’évertue toujours à considérer l’homosexualité comme une pratique sexuelle minoritaire, déviante et condamnable, on oublie souvent, et nous l’avons clairement démontré dans nos investigations récentes, que c’est toujours et de manière banale au nom de la perpétuation de l’espèce humaine. Les religions, en général, et particulièrement le judéo-christianisme, vouent l’homosexualité aux gémonies parce qu’elles jugent qu’il s’agit, dans cette dans cette pratique, d’une pure et simple recherche du plaisir. En ce sens, ce n’est ni plus ni moins qu’une pratique sexuelle stérile et dommageable pour l’espèce humaine. La Torah et la Kabbale juives le disent expressément : « Adam connut Eve », non pas par plaisir mais par devoir. L’hétérosexualité est donc un devoir pour tous les membres de l’espèce humaine. Dès lors qu’ils sont en âge de procréer, ils subissent incessamment la pression du groupe jusqu’à ce qu’ils se marient ou se mettent en ménage pour procréer. C’est pourquoi, selon Albert Jacquard, généticien des populations, on est en droit de qualifier de faibles tous les individus qui refusent la procréation, comme la majorité des philosophes l’ont fait. Car un philosophe marié a sa place chez « les histrions », remarque Nietzsche.

       L’une des sources majeures de la condamnation religieuse de l’homosexualité provient du troisième livre de Moïse (La Bible de Jérusalem) qui affirme ceci : « Si un homme couche avec un autre homme comme on couche avec une femme, les deux commettent une horreur. Ils doivent être punis de mort. La réparation du sang est sur eux ». Il en est de même des femmes homosexuelles. L’Eglise chrétienne, du moins sa branche catholique, au moyen âge n’a pas hésité à faire subir aux homosexuels toutes les vexations possibles, les humiliations, les tortures, les mutilations et même les souffrances spirituelles. Elle a même procédé à des exécutions terrifiantes comme l’ensevelissement vivant des homosexuels. Pourtant, et nous l’avons montré aussi dans notre ouvrage, on ne peut pas dire que les membres de l’Eglise (prêtres, religieux etc.) n’aient pas eux-mêmes pratiqué l’homosexualité. Tout indique que dans les monastères la seule possibilité de satisfaction du besoin sexuel a été sa forme homosexuelle. Car on ne peut pas soutenir raisonnablement que ces hommes et ces femmes soient réellement de saintes personnes, désincarnées, détachées de tout et souverainement indifférentes par rapport au plaisir de la chaire. La récente charge violente du Pape François contre la Curie romaine au sujet des frasques, des débauches et autres conduites indécentes des membres de celle-ci, au regard de leurs vœux qu’ils piétinent ainsi allègrement, justifie tout à fait notre analyse. Il parle même de « quinze maladies » qui caractérisent cette Curie romaine qui fait office du gouvernement du Vatican. A leur sujet, il est question de « pétrification mentale et spirituelle», Alzheimer spirituel », « schizophrénie existentielle », visage lugubre », profit mondain », hypocrisie d’une vie cachée  et souvent dissolue », divinisation des chefs »[13]. D’ailleurs, Jésus Christ a mis chacun de nous en demeure de reconnaître sa faiblesse eu égard à l’empire du corps sur l’esprit : « Que celui qui n’a jamais pêché jette la première pierre à cette femmes. » Certes, il s’adressait aux juifs fanatiques de son pays et de son temps. Mais cette mise en garde, qui apparaît comme une vérité universelle, doit être encore valable à l’égard de chacun de nous aujourd’hui.

         Dès lors, les pays chrétiens d’Europe ou d’ailleurs ont hérité de cette sévère condamnation biblique de l’homosexualité la même conduite. Ainsi, selon Dr Lars Ullerstam « en Angleterre, la condamnation à vie ne s’applique qu’à une certaine forme d’homosexualité (« buggery » = coït anal ») (p.168). Pourtant, selon cet auteur, au regard des actes homosexuels pratiqués, ceux-ci débordent considérablement le simple coït anal. Tel est le sens de ses propos dans un passage de son livre « Bien que les rapports homosexuels soient criminels dans quarante neuf des cinquante états des Etats Unis, 37 % de tous les hommes blancs américains ont atteint au moins une fois l’orgasme à la suite d’attouchements homosexuels (Kinsey). La méthode la plus fréquente est la masturbation réciproque ou unilatérale. Le travail à la bouche du pénis ou du sexe féminin (fellation ou cunnilingus) est également assez fréquent. Les coït par l’anus sont beaucoup moins fréquents (pédication, pédérastie, buggery) » (p.173). En fait, les sciences humaines, tout autant que les sciences du vivant, tentent d’établir un profil physico-psychique pour pouvoir, par après, considérer que les individus homosexuels sont des malades. Or, de telles thèses ne trouvent pas nécessairement de confirmation dans les faits quotidiens.

       En effet, il y a des individus qui font preuve de virilité manifeste et de psychisme « robuste », mais qui ont des inclinations à la féminité ; voire à la passivité. Il n’empêche que, pendant longtemps, ce fut le discours de la morale judéo-chrétienne. Il en est de même de la psychiatrie et des sciences du vivant dont les limites, en tant que sciences dures ou sciences de la matière, consistent dans leur tendance naturelle à observer et, notamment, à interpréter des phénomènes humains en soi complexes de manière hâtive. Lars Ullerstam cite Kinsey qui a rencontré un grand nombre de cas d’homosexualité, de zoophilie, d’exhibitionnisme qui étaient considérés comme des « malades ». Mais Kinsey « ne pensait pas qu’ils présentaient les symptômes psychiques justifiant un diagnostique de « maladies ». »[14]. En réalité, il ne s’agit là que de figures singulières de recherche de plaisir sexuel et non pas de maladie. D’autant plus que l’hétérosexualité et l’homosexualité selon Kinsey, ne sont pas des orientations sexuelles ou amoureuses qui s’excluraient mutuellement. Il s’agit d’un même continuum sexuel humain avec deux modes distincts de pratique, mais complémentaires.

III – Défense et illustration des minorités sexuelles : la thèse du Dr Lars Ullerstam

 Image +

 

A – Tares ou abjections

      Lars Ullerstam écrit : « Nous ne pouvons jamais être sûr que dune chose. Les « perversités » offrent de grandes possibilités de bonheur. C’est la raison pour laquelle les « perversités » sont bonnes en elles-mêmes et qu’il faut les encourager » (p.88). On sait que l’inceste (les relations sexuelles entre frères et sœurs, père et fille, mère et fils) que l’auteur classe parmi les minorités sexuelles tombe sous le coup de l’interdit absolu et universel chez l’espèce humaine. Pourtant, il exerce un attrait considérable sur les individus justement parce qu’il s’agit d’un interdit, que les lois morales et civiques sont unanimes pour condamner de tels actes. Ainsi en est-il de la loi mosaïque qui condamnent les deux fautifs (frère et sœur, père et fille) à la géhenne. Il est expédient que la justice des hommes puisse les envoyer le plus rapidement possible. Une telle condamnation ferme s’explique par un impératif catégorique implicite de l’espèce humaine qui veut se sauvegarder, survivre à elle-même de façon rigoureuse. Cependant, on s’évertue à expliquer, à justifier son interdiction pour des raisons médicales : la consanguinité est susceptible de générer des psychonévroses, des infirmités sexuelles comme la stérilité, voire la dégénération telle que l’idiotie, la mauvaise santé etc. Or, on ne voit pas de telles anomalies chez les peuples qui pratiquent l’endogamie. Tel est le cas chez les peuples sémites qui, pour garder pure leur appartenance aux tribus les individus épousent leur cousine paternel, soit avec la fille du frère de leur père. Tel est leur mode de mariage. Selon Kars Ullerstam, même « les pharaons égyptiens épousaient une fille de leur famille pour préserver la pureté du sang ». En outre, on pense que l’inceste peut constituer une menace pour l’institution familiale et sociale.

   Quelques peuples polynésiens interdisent rigoureusement l’inceste, mais ils organisent des cérémonies où cet accouplement est autorisé dans la mesure où il s’agit de faire sauter ce qui fait ainsi Tabou, voire de varier et d’intensifier le plaisir sexuel avec ce qui est justement interdit. Selon Lars Ullerstam, les psychologues, les psychiatres, les juristes, les théologiens, les religieux, suivant leur champ de vision spécifique, s’accordent, par-delà la tête des minorités érotiques, pour discriminer sans discernement ces dernières. Ils les jugent comme des êtres atteints de pathologies selon des critères qui renvoient aux représentations superstitieuses et magiques dont les origines se tirent de l’Ancien Testament, lequel est un ensemble de traditions, de coutumes qui renvoient à l’histoire d’un peuple, en l’occurrence, le peuple juif. Mais ce livre, à la faveur de circonstances historiques favorables, notamment avec l’érection du christianisme au rang de l’une des religions d’Etat sous Constantin Premier le Grand, a fini par s’imposer dans la conscience des hommes depuis au moins deux millénaires, comme la Révélation divine, le Livre universel qui contient sans distinction des histoires et des réalités singulières. Or, selon Kinsey, ce qu’on se complait à considérer comme des « perversités », en l’occurrence, les préférences sexuelles, ne sont rien d’autres, somme toute, que « des phénomènes biologiques normaux » (p.82) ; même si certains cas relèvent réellement de pathologies qui nécessitent des soins.

  Iamge 6

  1. B) Les différents comportements classés parmi les minorités érotiques

   Dans la Préface de son ouvrage, Dr Lars Ullerstam exprime le sens de sa thèse : d’une part, il s’agit d’un plaidoyer pour défendre ceux dont les comportements sexuels sont regardés comme faisant partie des « minorités érotiques ; d’autre part, et de façon plus essentielle, son intention consiste à s’attaquer aux préjugés relatifs aux comportements sexuels. Il en retient trois genres : «

  • Les personnes dont l’instinct sexuel a dévié, ont des qualités humaines inférieures à la moyenne.
  • Les déviations sexuelles sont des phénomènes psychopathologiques.

3) Il ne faut pas aider les anormaux sexuels à jouir » (p.p. 29-30)

     Ces considérations sont fondées sur des présupposés, certes, réels, mais toujours préjudiciables pour l’ « épanouissement des individus qui sont dans ce cas. Certes, l’humanité, en dehors de quelques individualités qui font preuve d’une belle nature, qui ont des qualités spirituelles élevées, voire aristocratiques au sens étymologique du terme, en l’occurrence, les meilleures personnes, est entièrement sujette à la méchanceté. On a souvent tendance à insulter des individus méchants en les comparant aux bêtes, par exemple, aux loups. Au fond, à y regarder de plus près, c’est la nature humaine qui est fondamentalement bestiale. La méchanceté de l’Homme est infiniment plus abyssale que la violence brutale dont font preuve les carnivores à l’égard de leurs proies. Car il n’est point expédient de qualifier ce besoin de se nourrir avec des mots humains, comme la violence ou la méchanceté.

   Pour limiter les dégâts de la libre expression de la sexualité en société, les peuples, par un consensus implicite, ont convenu de brider la liberté de la sexualité individuelle, sa fureur afin de rendre possible la vie en société possible. En ce sens, l’éducation humaine a pour but d’aliéner la conscience morale par de fortes inhibitions sexuelles, des tabous impérieux qui compriment la dangereuse énergie de l’intérieur. Il s’agit, dès lors, pour toute civilisation humaine, de contenir les passions grossières que nous avons pris l’habitude d’appeler « l’empire du bas-ventre ». Cependant, selon, DR Lars Ullerstam, la suppression de certains tabous sexuels ne serait aucunement dangereuse si notre commune Terre était peuplée d’individus cultivés et dont la moralité serait droite. Mais tel n’est pas cas ; d’où l’oppression des minorités érotiques.

     Le problème de ce qu’il est convenu d’appeler déviation sexuelle n’est pas si simple qu’il y paraît. En effet, selon Ullerstam, de la même façon que tout sujet humain a un profil et/ou une forme d’intelligence spécifique, de même, il a aussi « un profil d’instinct sexuel » qui a des inclinations multiples en ce sens que ce qui est regardé comme instinct sexuel est, en soi, très complexe. Ce n’est pas seulement une énergie qui pousse à l’accouplement et à la procréation orthodoxes. En réalité, « il englobe un vaste faisceau de comportements différents qui ont tous quelque chose en commun. Ce caractère commun, le fondement de la sexualité, ce sont certains phénomènes que l’habitude lie à différents excitants physiques et psycho-sociaux et à différents objets et rites. Même si nous ne voulons pas le reconnaître, la plupart d’entre nous nous avons à choisir entre plusieurs solutions pour obtenir l’orgasme ou la jouissance sexuelle » (p. 17). D’où l’extrême plasticité des comportements des conduites sexuelles dont nous ne retiendrons que les plus répandues.

 Image 8

  • L’exhibitionnisme

     On trouve ce genre de comportement sexuel autant chez les hommes que chez les femmes. Les psychiatres pensent qu’il relève de la psychopathologie. L’anormalité de ce comportement réside dans la jouissance d’un individu par l’exhibition de son sexe au public. Il procède généralement de la manière suivante : il prémédite de s’exhiber soit dans des parcs, soit dans des escaliers d’immeubles privés où il a des chances d’avoir à la fois des femmes ou des enfants. Il s’agit d’attirer l’attention des gens sur son pénis. Il n’hésite pas à l’éclairer quand il se trouve dans la pénombre. Aussitôt après sa manœuvre, il observe la réaction, par exemple d’une femme ; ce qui a pour effet de provoquer une érection. Puis il éjaculera sans même avoir à se masturber. Il recherche de la part de la spectatrice en question une réaction de répugnance. Mais si elle s’avise de le solliciter, il perd aussitôt tous ses moyens dont la possibilité de jouir. En fait, l’exhibitionniste est un être inoffensif, dénué de violence et d’agressivité à l’égard de ses « victimes » et/ou spectatrices. Malheureusement, selon la loi des hommes, les exhibitionnistes n’ont pas le droit d’exposer publiquement leurs parties génitales aux regards des autres : ils ne veulent pas nécessairement regarder des verges en érection dans des lieux publics.

    On considère que ce genre de comportement sexuel outrage les mœurs, la décence et la pudeur. Pourtant, les peuples anciens, comme les Grecs, moins corrompus par une morale religieuse telle que celle du judéo-christianisme de nos jours, avaient des mœurs plus souples sur ce point : ils consentaient que tout et chacun trouve une forme de jouissance adaptée à sa préférence sexuelle ; y compris les exhibitionnistes. En effet, au cours de certaines fêtes populaires, il était autorisé de porter atteinte aux tabous relatifs aux comportements sexuels. Ainsi, les exhibitionnistes, au cours de ces célébrations publiques, avaient l’opportunité d’effectuer des « danses burlesques » en solos sans, pour autant, blesser la pudeur des spectateurs. En matière de mœurs sexuelles, il est exact d’affirmer qu’il y a une nette régression de la capacité des êtres humains à accepter les singularités et les étrangetés sexuelles depuis que les religions orientales (Judaïsme, Christianisme, Islam) ont envahi en les dominant les consciences humaines de par le monde. Le mal, sur ce point, vient d’elles essentiellement puisque leur Dieu s’y intéresse particulièrement en édictant des lois sévères qui frappent cette zone maudite du corps.

2- La pédophilie

         Il convient de distinguer le terme pédophile du mot voisin pédéraste : de pais, enfant et de érastès, c’est-à-dire amant. La pédérastie est une institution morale et éducative qui avait cours dans toute la Grèce antique. Cette éducation complète était fondée sur la relation particulière entre un adulte et un jeune garçon de douze ans. L’acte sexuel qu’il pouvait y avoir entre les deux n’était guère détaché de l’ensemble de la formation humaine et intellectuelle, morale et sportive etc., du jeune adolescent. Il n’y avait rien de pervers dans ce genre de relations. En revanche, la pédophilie (de « paîs », enfant et de « philein », c’est-à-dire aimer) se comprend comme l’attirance sexuelle d’un adulte pour les enfants, quel que soit leur âge. D’où l’horreur de certains crimes pédophiles. Selon Ullerstam, « cette inclination est certainement fréquente, mais peu de gens veulent se l’avouer ou la reconnaître devant d’autres. La sexualité de certaines personnes se fixe uniquement sur les enfants qui deviennent pour elles les seuls objets pensables. Pour elles, la vie n’est qu’une longue période d’abstinence si elles veulent respecter la loi » (p.125). En effet, la loi s’emploie à défendre l’intégrité de la personne des enfants et leur innocence. Car l’attrait que ce genre d’individus éprouvent pour eux les transforme en de véritables prédateurs dépourvus d’humanité eu égard à la souffrance indicible des enfants victimes de telles tendances sexuelles.

3- La scoptophilie ou voyeurisme

     Cette tendance sexuelle singulière caractérise des individus pour lesquels le comportement sexuel se résume dans le spectacle de certains faits. En d’autres termes, leur excitation sexuelle passe par la vue. C’est en ce sens qu’on peut dure que le voyeurisme est de plus en plus répandu de nos jours. C’est le cas, par exemple, de l’observation aux jumelles d’une femme qui se déshabille ou se lave dans la clarté de son appartement ; ou, depuis une cachette, de la scrutation d’un camp de nudistes ou naturalistes. Un tel voyeurisme propre aux masculins ne constitue pas, pour autant, une tendance scoptophile. La vue du coït d’une femme, des images érotiques de l’entre-jambes d’une femme suffit à provoquer la jouissance du voyeur.

       Dans nos investigations sur le sujet présent, nous avons lu un article, parmi tant d’autres au quotidien, qui montre que la scoptophilie est une pulsion irrépressible. En effet, dans la rubrique des faits divers, il est rapporté le cas suivant d’un scoptophile : « il aimait filmer sous les robes des femmes et se masturbait en pleine rue. Selon « Le Progrès », un homme d’une trentaine d’années a été condamné lundi à six mois de prison avec sursis par le tribunal de Lyon, assorti d’une obligation de soins. Entre 2011 et octobre dernier, il s’en est pris à quatre femmes. Cet homme avait aussi filmé la meilleure amie de sa femme sous la douche, cachée depuis les toilettes, situées juste à côté de sa salle de bain. La victime était par ailleurs la marraine de sa fille »[15].

     C’est cette tendance impulsive à voir des parties du corps féminin pour pouvoir jouir – ce qui revient à dire que de tels individus ne sont pas tout à fait heureux dans la vie de couple – qui a conduit les psychiatres à les considérer comme des êtres humains qui font preuve d’une « valeur inférieure » par rapport aux gens dit normaux. Ils sont même vus comme des malades qu’il faut soigner à tout pris. Cependant, si la pathologie psychique perturbe le fonctionnement normal de la conscience de tels individus et peut, ainsi, les rendre irresponsables, inconscients dans leurs agissements, on peut se demander, dans ce cas, ce qui explique que la loi les condamne pour leurs comportements sexuels.

       Pourtant, un roi, un prince, un président qui fait montre de ce type de comportement sexuel serait intouchable par les lois de son pays qui condamnent les autres enclins à cette même recherche de plaisir sexuel ; même si ses sujets ou ses concitoyens savent pertinemment qu’ils sont en marge de la légalité. De tels exemples sont rapportés dans l’ouvrage du Dr Ullerstam dont nous retiendrons celui de Pierre le Grand de Russie qui manifestait une forme de comportement scoptophile, puisqu’il y a plusieurs figures ou caractéristiques dans ce genre de comportement sexuel. En effet, les formes de jouissance de certains scoptophiles « dépendant de stimuli particuliers comme le spectacle de quelqu’un qui urine, ou des scènes de zoophiles, de lesbiennes, d’épisodes grotesques ou de sadomasochistes. Pierre le Grand de Russie avait un goût particulier : à l’occasion de grandes fêtes, il faisait fourrer des pâtisseries immenses de nains nus des deux sexes. A un signal donné, ceux-ci bondissaient des pâtisseries et dansaient sur les tables à la grande stupéfaction des délégations européennes » (p. 178). Aux soi-disant grands hommes, conducteurs de la destinée des peuples, parfois malades, parfois dénués d’une cervelle pleine ou qui pensent avec les neurones du ventre, tout est permis ; même quand ils commettent l’horreur. De toute manière, ils comptent des thuriféraires pour les encourager dans de tels actes en flattant leur prétendue grandeur.

Image 9 

3 ) L’algolagnie

   Ce terme dérive de deux mots grecs : d’une part, de algos, c’est-à-dire la douleur, la souffrance, d’autre part, de lagneia ou volupté, plaisir, luxure. Cette tendance sexuelle se situe sur deux plans ; d’abord, le plaisir sexuel est atteint uniquement par l’expérience de la douleur physique reçue ; ensuite, la violence provoquée par l’expérience, par l’acte de l’infliger à quelqu’un. En d’autres termes, il y a deux genres d’algolagnie ; l’algolagnique actif qu’on appelle ordinairement le sadique qui éprouve du plaisir en infligeant la souffrance au corps de l’autre, en le soumettant à une douleur vive. Ce comportement doit son nom à la pratique sexuelle du Marquis de Sade[16]. Quant à l’algolagnie passif ou masochiste, tout son être l’incline à être un objet des souffrances physiques ou psychiques qu’on lui inflige, quelle que soit l’intensité de celle-ci. Ce terme dérive du baron autrichien Léopold von Sacher Masoch dont le degré élevé du plaisir sexuel consistait à se faire dompter par une femme énergique, forte, sans tendresse. Ainsi, le masochiste psychique ne peut jouir sexuellement qu’en étant humilié par les autres ou en étant assujetti à leur volonté dominatrice.

     Tel est le cas de l’écrivain Genet, selon Dr Lars Ullerstam. Cet auteur raconte dans son ouvrage Le miracle de la rose les jouissances qu’il éprouvait quand ses codétenus de prison l’humiliaient au plus haut point : « je recevais des crachats dans ma bouche distendue que la fatigue n’arrivait pas à refermer… Van Roy avait inventé cette punition. Mais à mesure que les marles s’exaltaient, leur entrain , leur chaleur me gagnaient. Ils avançaient de plus en plus, jusqu’à être plus près de moi , et ils visaient de plus en plus mal. Je les voyais, les jambes écartés, se ramener en arrière comme le tireur qui bande l’arc, et faire un léger mouvement en avant tandis que le jet giclait. J’étais atteint à la face et je fus bientôt visqueux plus qu’une tête de nœud sous la décharge. Je fus alors revêtu d’une gravité très haute. Je n’étais plus la femme adultère qu’on lapide, j’étais un objet qui sert à un rite amoureux. Je désirais qu’ils crachassent davantage et de plus épaisses viscosités… » (p.p. 151-152). Quand de tels individus sont en couple, ils désirent être traités comme esclaves, des enfants ou des animaux. Dans ce cas, les épouses n’hésitent pas à devenir des maîtresses ou des amantes redoutables. Ainsi, selon Dr Lars Ullerstam, l’empereur Néron aimait les scènes d’humiliation ; du moins, c’est ce qui rapporté dans son ouvrage : « Entre autres choses, que Suétone raconte de lui, qui semble avoir été un des plus grands originaux sexuels de tous les temps, qu’il se laissait habiller de peaux de bêtes et enfermer dans une cage. Puis quand il en était libéré, il avançait à quatre pattes vers un groupe d’hommes et de femmes nus, attachés à des poteaux et procédait alors à toutes sortes de manipulations de leurs organes sexuels. Puis il se laissait violer et déflorer symboliquement par un de ses esclaves favoris en poussant des cris terribles de douleur » (p. 150).

Image 12

  • La saliromanie

     Cette tendance sexuelle particulière, voire inimaginable pour le commun des gens impulse les individus qui en sont des adeptes à rechercher comme source de jouissance ce qui est dégoûtant, laid, sale. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’attrait irrésistible pour la souillure ou saliromanie. Il y a plusieurs figures de saliromanes :

-ceux qui jouissent sexuellement en se souillant à l’instar des enfants, soit en salissant leur robe, soit en demandant à leur partenaire sexuelle de porter des sous-vêtements sales ;

– ceux qui éprouvent de l’orgasme par la seule observation des ongle sales ou des pieds noirs de crasse des femmes ;

– ceux qui ne peuvent jouir que pendant la période des menstrues des femmes ; même des hommes dits raffinés, qui sont saliromanes, recherchent, pour cet office, des femmes vulgaires et malpropres ; ou des femmes qui luttent dans la boue ;

– ceux qui ont besoin de proférer ou d’entendre des mots grossiers, pendant l’acte sexuel, pour jouir ;

– ceux qui recherchent, comme possibilité de jouissance, tout ce qui est dégoûtant, abject, puant. Tel est le cas de cet homme dont « Métro News » (jeudi 24 avril 2014) rapporte le penchant : « un fétichiste âgé de 54 ans condamné à 18 mois de prison… Dans la nuit du 16 au 17 avril à Delle (Territoire de Belfort), cet homme… pénètre par la fenêtre d’une vieille dame. Affolée, elle le retrouve sur son lit, où il se focalise sur ses pieds dénudés, qu’il masse, lèche et renifle ».

Parmi eux, on peut distinguer, dans les grandes lignes, ceux qui recherchent les sécrétions humaines telles que les urines (urolagnie) et la sueur infecte de certaines partie du corps comme les aisselles. Quant aux coprophages, le sommet de leur jouissance réside dans l’absorption des excréments sortant directement de l’orifice anal. On remarque de telles formes d’instinct même chez des personnes distinguées ou cultivées, selon Lars Ullerstam. Les urophiles aiment hanter les abords des urinoirs publics dans l’espoir de trouver quelqu’un qui consente à se délester de son urine soir directement dans leur chapeau, soit directement dans leur poche. Il ont besoin de se sentir souillés par l’urine pour jouir. L’instinct sexuel de cette dernière catégorie de déviants n’est pas si éloigné qu’il n’en a l’air de celui des nécrophiles dont l’objet sexuel préféré est le cadavre. Ceux-ci, en raison de leur tendance sexuelle sordide et morbide sont considérés par les psychiatres comme de « grands malades mentaux » (p.194) ; de même que les zoophiles qui préfèrent l’accouplement avec des animaux (poules, oies, chiennes, moutons, chèvres etc.) qu’avec un€ partenaire sexuel(le) humain(e). De tels comportements sexuels sont plutôt répandus dans les campagnes, selon Ullerstam.

 C) Soigner, permettre à chaque sujet humain de satisfaire sa singularité libidinale comme acte de générosité et d’humanité.

        Dans le chapitre XIV de son ouvrage consacré aux « Réformes sexuelles », entre autres, en Suède, l’auteur fait toute une série de propositions qui visent à permettre à chaque sujet humain, quelle que soit l’étrangeté de sa tendance sexuelle, de pouvoir satisfaire sa libido. Il s’agit d’une question de bon sens selon ce grand humaniste ; voire d’une posture de générosité et d’humanité à l’égard de tout être humain qui figure parmi ceux qu’on qualifie de déviants sexuels, bien plus que de tolérance. Selon lui, en effet, « chacun doit faire son bonheur comme il l’entend » (p. 251). Il importe donc d’éviter de créer des handicapés sexuels, comme les minorités sexuelles, en leur accordant le même privilège de la jouissance sexuelle propre à la pratique sexuelle normalisée, consacrée, en l’occurrence, l’hétérosexualité. Or, pour des raisons qu’il n’explicite nullement, il soutient que « le coït hétérosexuel est probablement le plus dangereux des rapports sexuels, et ses conséquences sociales sont les plus dangereuses. Pourtant, ce comportement est beaucoup moins réglementé que plusieurs autres manifestations sexuelles autrement plus bénignes » (p.254). Malgré tout, nous ne considérons comme heureux et sains que les individus qui satisfont leur instinct sexuel essentiellement de cette manière, c’est-à-dire hétérosexuelle, même si elle comporte des risques. Ceci s’explique par le fait qu’elle est, sans doute, pourvoyeuse de descendants concourant à la survie de l’espèce humaine.

   Quant aux minorité sexuelles qu’il défend, ce ne serait pas un pis-aller de créer des bordels à leur intention ou chacun d’eux peut aller et se livrer à ses penchants de jouissance propre sans dommage pour la société. Mieux encore, « les bordels remplissent donc une fonction importante d’hygiène sociale. Ces institutions seraient évidemment dirigées par des médecins et des assistants sociaux et la Direction générale de la santé publique en contrôlerait les activités. Ainsi, l’industrie des bordels offrirait des garanties raisonnables de travail et d’embauche. Beaucoup de jeunes personnes des deux sexes viendraient avec joie à ce métier humanitaire » (p. 235). Dès lors, toutes les générations, des jeunes personnes aux adultes de 50 à 75 ans, pourraient y trouver leur bonheur à l’abri de tout jugement moral hypocrite, par exemple, par rapport aux jeunes gérontophiles, c’est-à-dire à ceux qui aiment les vieillard(e)s. D’autant plus qu’aucun remède n’existe au monde qui puisse soigner de tels individus de leur désir de rechercher leur forme de plaisir : ils sont donc incurables puisqu’ils ne peuvent faire autrement s’ils recherchent le plaisir. Tel est le cas d’un détenu belge. Le 16 septembre 2014, un détenu belge, incarcéré à la suite de plusieurs viols et le meurtre d’une jeune femme, vient d’obtenir le droit d’être euthanasié. Interné depuis près de 30 ans, Frank Van Den Bleeken, 50 ans, ne souhaite pas être remis en liberté, car ses conditions de détention sont inhumaines. Il n’a pratiquement connu que la prison et il évoque des « souffrances psychiques insupportables et inapaisables ». Selon la loi belge de 2002, c’est au nom de ses souffrances qu’il demande de bénéficier du droit à une demande d’euthanasie. On ne peut, pour autant, dire que ces personnes soient réellement malades. Elles sont, comme les autres hommes, incurablement attachés à leur forme de jouissance sexuelle : même si celle-ci disconvient à la majorité des hommes, notamment aux hétérosexuels. Pourtant, dans les secrets des alcôves, ces derniers sont aussi capables de faire le pire, mais en cachette. Hypocrisie, quand tu les tiens ! En somme, le sexe serait-il haïssable puisqu’il est cause directe ou indirecte des maux qui frappent les êtres humains, notamment les femmes ?

      Puisque l’existence humaine se déploie toujours dans des conditions de vie plutôt dures et difficiles soit matériellement, soit psychiquement, soit moralement, et que tout un chacun est, tant qu’il vit, face à l’angoisse du néant, c’est-à-dire à la mort prochaine, il convient d’alléger « le cadre sombre de l’existence humaine ». Face à la fragilité de l’existence humaine, à son oscillation perpétuelle entre maux et états de bien-être (très souvent fragiles et si éphémères), les êtres humains ont aussi « la faculté d’éprouver de la joie. Une des sources de cette joie est la sexualité, et la joie qui en jaillit est si intense que de temps en temps elle nous fait oublier un moment le néant » (p. 255).

Conclusion

   Pour peu qu’on aime le beau dans l’être humain, comme la beauté spirituelle, morale, ou la belle intelligence, la belle plastique, on est totalement désappointé par rapport à l’expression impulsive de cette zone sordide du corps qu’est le bas-ventre. Tout semble indiquer, en regardant les hommes de cette manière, que l’empire du bas-ventre est bien plus l’unique source de désarroi, d’angoisse, de malheurs innombrables, de souffrances, de peines que de joie, de paix de l’esprit, de bonheur même. Les plaisirs éphémères du sexe ne sont pas de nature à compenser ce douloureux état permanent de l’être humain. Sans l’empire du sexe, ne pourrait-il pas vivre plus paisiblement, plus sereinement et dans une quiétude heureuse ?

     Il y a bien des espèces vivantes qui se passent sans peine d’accouplement sexuel pour se reproduire et se perpétuer dans le temps. C’est ce que nous apprend le Pr Brian Sykes. Il intitule l’un des chapitres de son livre de la manière suivante : « Pourquoi se préoccuper su sexe ? » Il y montre que certains vivants se reproduisent sans passer par la médiation du sexe. L’espèce humaine, enchaînée à son mode de reproduction sexuelle, sans espoir d’en échapper quelque jour, a une vision autocentrée des phénomènes vivants. Et, en biologie, elle court toujours après une explication rationnelle et objective des faits. Ainsi, selon Sykes, certaines espèces de pucerons se reproduisent sans accorder de place au sexe. A leur sujet, il remarque : « il suffit d’une loupe pour voir les petits clones verts sortir de l’arrière de la mère tandis qu’elle continue à s’alimenter par l’avant. Dès leur émergence, les petits aphides contiennent déjà les embryons de leur progéniture. C’est une forme de clonage à grande échelle : la création de copies génétiques exactes »[17]. Certes, l’auteur admet qu’en fin de saison, les pucerons s’accordent une part d’activité sexuelle. Mais celle-ci n’est pas, au fond, essentielle à la reproduction de leur espèce.

   Mieux, il existe des reproductions tout à fait asexuées. C’est le cas du lézard à queue de fouet du nom scientifique de Cnimidophorus uniparens. Celui-ci vit dans l’Ouest des Etats-Unis. On ne trouve point de mâles parmi ces reptiles. Ce genre de vivants est unisexe au sens il ne comporte que le genre femelle. Les mères pondent des œufs sans accouplement avec un mâle pour se reproduire. Ces œufs donnent naissance à des femelles qui sont identiques à leur « uniparent ». Ces lézards ont donc trouvé une manière subtile, élégante même pour se reproduire sans accouplement sexuel. Alors, « pourquoi se préoccuper tant du sexe ? » Et du « terrorisme de la jouissance » sexuelle ?

[1] Le Zohar, tome I (Edit. Verdier, coll « Les Dix paroles »)

[2] Jacob Ben Isaac Ackenazi de Janov : Le commentaire sur la Thora (Verdier, coll. « Les dix commandements », 1987)

[3] Ce mot Yada signifie « connut » est de la même racine que deah, soit la raison ou l’intelligence.

[4] In Luigi De Marchi : Willhem Reich : Biographie d’une idée (Fayard, Paris 1973)

[5] Le monde comme volonté et comme représentation (PUF, coll. « Quadrige », Paris 2003)

[6] Opus cit. p.34

[7] Heureusement, il y a aussi des conjoints monogames heureux par la force de leur amour réciproque même si cet amour est vécu différemment.

[8] In Luigi de Marchi : Wilheim Reich. Biographie d’une idée. P.37

[9] « Métro » du mardi 25 mars 2014

[10] Notre monde est de plus en plus livré aux anathèmes religieux. L’intolérance gagne du terrain et la régression mentale n’est pas loin, malgré les belles apparences de la civilisation contemporaine et mondiale sous la figure de l’Occident.

[11] Pierre Bamony : Bio-anthropologie de la sexualité – homosexualité et hédonisme féminin (Edilivre, Paris 2014)

[12] Ils ne pensent qu’à ça (Calmann-Lévy, Paris 1998)

[13] In « Le Canard enchaîné » – mardi 30 décembre 2014-

[14] Alfred Kinsey Le comportement sexuel de l’homme (Editions Pavois, Paris, 1948) Le comportement sexuel de la femme (Anniot Dumont, Paris 1954)

[15] « 20 minutes » du jeudi 27 mars 2014

[16] In Philippe Ariès : L’homme devant la mort (Seuil, Paris, 1977)

[17] Opus Cit., p.111

2 réflexions sur “De l’énergie sexuelle amorale et de ses formes d’expression extra-culturelles : les heurts et les ravages déviants physico-psychiques de la libido humaine

  1. Zelner Christina dit :

    « Mieux encore, si l’humanité était privée de sexe, elle serait nécessairement eudémoniste et souverainement heureuse. Hélas, l’unique source de tous ses malheurs, de son profond mal-être métaphysique en ce monde, sur cette terre qui l’a généré, réside dans cet organe et ses débordements psycho-physio-pathologiques parce qu’elle est viscéralement esclave de quelques secondes de spasmes et/ou d’orgasme fondamentalement frustrant ».

    Je suis foncièrement, viscéralement, génitalement en désaccord :
    L’humanité existe grâce à l’acte sexuelle, à l’énergie sexuelle, et l’énergie orgasmique reflète l’énergie créatrice de l’univers… C’est l’endroit ou l’esprit s’incarne dans la matière … mystère absolu.
    Il n’y point de bonheur sans énergie sexuelle alignée, et c’est parce que nous avons maudit, méprisé, diabolisé l’acte sexuelle; qui est l’acte le plus pur, le plus spirituel qui soit, puisqu’il est créatrice de vie; que l’humanité est si malheureuse.
    Un homme qui est accueilli dans sa virilité par une femme n’a point envie de défouler sa rage en tuant autrui, et une femme honorée et révélée à elle-même en étant investi par un homme n’a pont besoin de manipuler pour exister … si nous sommes en guerre, c’est cause du malentendu et de la guerre de sexes, et du pouvoir que les religions ont pris sur cette sphère de la sexualité …, qui rend l’homme libre….
    Si l’humanité était privée de sexe, elle n’existerait pas, tout simplement … Et en aynt perdu le véritable sens de la sexualité, elle erre …
    La course après l’orgasme, la recherche de la stimulation et la charge-décharge n’est qu’un pauvre reflet de notre véritable nature, une caricature, un insulte à qui nous sommes.
    La sexualité est beaucoup plus large, elle est énergétique, elle dépasse les organes génitaux, elle est édifiante. Elle nous relie au divin.

    Zelner Christina

    http://www.psycho-bio-therapeute-grenoble.com

    • pierrebamony dit :

      Je ne suis pas éloigné d’avoir la même vision des choses que toi. Sur ce point, j’ai défendu une thèse semblable, plus globalement j’ai démontré la grandeur du féminin dans un livre qui s’intitule : Eve, fille d’Eve, le féminin intemporel-Vanité du soi-disant sexe fort (Thélès, Paris)
      Au regard de la souffrance que l’humanité chrétienne a injustement infligé aux femmes depuis au moins le IVe siècle de notre ère, j’en déduis que cela ne serait pas arrivé si l’Humanité était dénué de sexe ; d’autant plus que ceux d’entre nous qui recherchent des formes singulières de plaisir sont toujours traqués, condamnés, jetés en prison, au nom d’une soi-disant norme sexuelle. En fait, je continue, depuis l’écriture de ce livre, à dénoncer l’inhumanité et tout le mal qu’elle sème sur la terre.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s