De la réussite d’individualités africaines dans l’Europe du plein esclavage du XVII au XIXe siècle. Quelques exemples typiques dont celui du philosophe allemand d’origine africaine Antoine Guillaume Amo

Intervention du 20 mai 2014 au « Pavillon des Causeurs » (69003 Lyon)

Introduction

    L’histoire ne retient que des aspects particuliers et partiels des faits humains en tant que ceux-ci répondent aux attentes des politiques ou à l’intérêt d’un peuple – ce que, dans mes travaux politiques, j’ai appelé le narcissisme des nations. On comprend alors le sens de la critique de Georges Davy qui réfute l’histoire événementielle, laquelle laisse dans l’oubli la vie réelle des gens. Autrement, le sens commun, par l’enseignement de l’histoire à l’école, saurait que, à côté de l’Europe marchande d’esclaves, il y a eu la finesse et la beauté de l’intelligence d’une certaine intelligentsia européenne. Il saurait également que, malgré l’esclavage des Noirs, certains d’entre eux ont émergé des ténèbres à la lumière de la méritocratie sous ses diverses figures.

     Ces individualités ont essentiellement triomphé grâce notamment à la fraternité d’esprit, universelle et essentielle, de la Franc-maçonnerie. Car elle a su reconnaître la compétence de leurs frères noirs, les a accompagnés dans leur élévation, les a défendus même, en cas d’infortune. En ce sens, l’esprit fraternel franc-maçon fait penser à la manière dont Claude Bernard concevait l’« esprit philosophique » dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, qui, non seulement nous permet de tout comprendre, mais même d’accéder à élévation de notre intelligence à l’universel. Un tel esprit expliquait le triomphe de la philosophie stoïcienne au cours de l’apogée de l’empire romain au IIe et IIIe siècle après J.C.

     C’est ce que montre Pline le Jeune dans son Panégyrique de Trajan. La philosophie stoïcienne s’était répandue dans l’empire, notamment à Rome, consolidant les bases des institutions républicaines. Ses illustres représentants furent sans conteste Epictète, Sénèque et Marc-Aurèle. Cette philosophie matérialiste défend l’idée que tout est substance traversée de part en part par un Souffle qui donne vie à tout. Le monde est Dieu. Cette philosophie panthéiste devient comme une religion d’Etat. Car le Souffle ordonnateur qui est Dieu est une loi immuable ; et Dieu est présent en tous les hommes. C’est ce qui leur confère leur égalité et leur dépendance les uns par rapport aux autres. Il existe une harmonie dans le monde qu’il appartient à chacun d’observer ; et la morale consiste pour chacun à donner à autrui ce sens de l’harmonie. Une telle morale universaliste avait favorisé l’ascension sociale en concédant aux esclaves la même dignité qu’autres hommes nés libres. Bref, il s’agissait de réconcilier les êtres humains avec l’univers et le monde humain.

   Hélas, au cours des siècles qui ont suivi, ce n’est pas cette philosophie qui a triomphé ; ce qui aurait donné à l’histoire humaine une dimension plus paisible, plus fraternelle et plus transcendante ; à tout le moins, elle n’aurait pas ce visage lugubre, sombre, sanguinaire qu’on lui reconnaît à présent. Car comme l’affirme Nietzsche, le face à face de l’empire de Rome avec la Judée a tourné à l’avantage de celle-ci. Le monde, en devenant chrétien, a épousé sa morale intolérante, faite de haine dissimulée de l’autre comme le constat est patent à travers le triomphe de l’Europe, qui est aussi le sien puisque le christianisme s’est servi de l’Europe triomphante pour envahir toute la terre et la soumettre à son idéologie.

     Certes, ces individualités dont je vais vous entretenir de l’histoire n’ont pas tous été des Franc-Maçons ; toutefois, la majorité l’a été comme Severiano de Heredia, premier maire noir de Paris au XIXe siècle, plus précisément en 1879. Car on aurait de la peine à concevoir cette réussite de nos jours et qui montre manifestement que le progrès des mentalités est une superbe illusion ; hormis l’esprit des personnes éclairées par les savoirs.

I- Quelques singularités noires en Europe du XVIIe au XIXe siècle

 Je m’appuie sur les travaux d’un spécialiste de cet homme : Dieudonné Gnanmankou : Abraham Hanibal- L’aïeul noir de Pouchkine (Présence africaine)

A-  Abraham Hannibal (1696-1781)

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 En fait, comme bien d’autres enfants noirs arrachés par les pirates ou les marchands d’esclaves à leurs parents et à leurs pays, cet enfant était originaire de Lagone. Cette localité était une cité-Etat située sur un fleuve qui portait le même nom. Elle se situait aux confins du Tchad et du Cameroun actuels. Ses habitants se nommaient Kotokos et pratiquaient les religions chtoniennes. Ils étaient farouchement opposés aux tentatives d’islamisation par les Arabes, en particulier leurs voisins ennemis de la zone nord africaine. Le roi de cette cité portait le titre de Miarré. Fils du roi lui-même, notre homme y naquit donc en 1696.

   Cet enfant y fut enlevé en 1703 par des trafiquants d’esclaves qui s’empressèrent de le vendre aux Ottomans. Il fut ainsi conduit à Istanbul à l’âge de sept ans. En fait, son enlèvement s’inscrivait dans le cadre d’une loi musulmane rétablie en 1703 à Constantinople par le Sultan Ahmed III. Le devshirme, nom de la loi en question, obligeait la levée de mille enfants chrétiens dans les royaumes d’Occident sous la domination de l’empire ottoman. Mais, les Turcs poursuivaient leur chasse d’enfants jusque dans les contrées africaines non musulmanes. On emmenait ces enfants esclaves à Constantinople où on les convertissait à l’Islam et on les éduquait convenablement avant de les affecter à divers services, comme pages ou comme soldats dans les armées des Janissaires. Cette conduite manifestait, d’ailleurs, un humanisme certain chez les musulmans qu’on ne trouvait pas chez les chrétiens, lesquels se proclamaient humanistes. Ainsi, vers le premier quart du XVIIIe siècle, on dénombrait jusqu’à cent trois mille africains et arabo- africains dans les troupes ottomanes. Ils servaient surtout dans la cavalerie et l’infanterie lors des guerres tant en Occident qu’en Orient.

       En raison de ses origines nobles, et comme les souverains de cette époque tenaient à l’étiquette ou au statut antérieur des individus acquis, même sous la condition de servitude, le jeune garçon fut conduit au sérail du Sultan Ahmet III. Il fut converti à l’Islam et prénommé Ibrahim. Pour des raisons non élucidées, un riche marchand russe le racheta, de façon discrète, au cours de l’été 1704. En fait, il accomplit cette mission au nom du Chancelier Golovine, alors confident du Tsar Pierre Ier de Russie. Il avait acquis en même temps deux autres jeunes noirs, du même rang que notre héros, c’est-à-dire noble.

       Mais, pourquoi le Tsar Pierre 1er voulait-il absolument acheter ces enfants ? Désirait-il avoir des esclaves noirs à son service ? Ou voulait-il faire une expérience culturelle avec ces jeunes garçons, puisqu’on le considérait comme un monarque éclairé en son temps ?

     Le Tsar éprouva une grande affection pour l’un des trois garçons, en l’occurrence, Ibrahim, qui devint son filleul et en assura personnellement l’éducation. Cet attachement du monarque russe envers le jeune africain fut si solide qu’il favorisa l’éclatement et la fulgurance de sa carrière à son service. Il suffit d’en juger par les faits ci-dessous.

     Le jeune Ibrahim vécut dans l’intimité du Tsar pendant douze ans. On lui enseigna la langue russe ; il fut converti à la religion orthodoxe sous le prénom d’Abraham. Le filleul devint plus tard le secrétaire particulier du tsar. En accompagnant le monarque sur le champ de bataille, Abraham eut l’occasion de faire preuve de son génie militaire. On dit même qu’il sauva un jour Pierre 1er le Grand d’une situation scabreuse sur un champ de bataille. Il triompha à plusieurs reprises dans des combats difficiles et il remporta des victoires pour le compte du Tsar. Le courage exceptionnel dont son filleul fit preuve le persuada qu’il pouvait en faire l’un de ses meilleurs officiers.

     C’est pourquoi, il l’emmena à Paris en 1717, lors d’un voyage officiel et l’y laissa pour compléter et achever des études supérieures. Abraham séjourna dans cette ville jusqu’en 1722 ; tous ses frais (hôtellerie et études) étant assurés par Pierre Ier en personne. Pendant sa formation militaire en France, Hanibal s’engagea dans l’armée française, sous le commandement du Maréchal Berwick, pendant la guerre de la France contre l’Espagne en 1719. L’élève ingénieur participa même à la prise de Fontarabie et de San-Sébastian. Il fut même blessé dans les tranchées pendant les combats qui aboutirent à la victoire française sur l’armée espagnole ; ce qui lui valut son titre de capitaine. Il profita également de ce séjour pour maîtriser la langue française, qui était la plus répandue en Europe comme langue des Cours, de la diplomatie et de l’intelligentsia. Outre le russe, il maîtrisait aussi le néerlandais, l’allemand, le suédois.

     Abraham Hanibal réussit ainsi son diplôme d’ingénieur de génie militaire et expert en artillerie et fortification. Il étudia ces disciplines dans le collège réputé de La Fère, dans l’Aisne, aujourd’hui Collège Marie de Luxembourg. En effet, Pierre Ier ou Pierre Le Grand, reconnu comme l’un des despotes éclairés du siècle des Lumières, eut besoin de moderniser son pays en le tirant de l’état du moyen-âge, disait-on, où il se trouvait encore par rapport aux pays voisins de l’Ouest. A cette fin, il fit venir en Russie de brillants esprits de l’Europe occidentale, notamment de l’Allemagne et de la France. A l’inverse, il envoyait dans ces pays ses meilleurs sujets pour parfaire leur formation dans les divers domaines dont le Tsar avait un grand besoin pour « civiliser » ses peuples ; du moins, pour les éclairer à la manière de la France, de l’Angleterre ou encore de l’Allemagne.

hanibal2     Ainsi, Abraham Pétrovitch quitta la France en 1723 après avoir réussi le brevet d’ingénieur du Roy, et obtenu le grade de capitaine dans l’armée française. Comme il était curieux de tout, il rapporta chez lui, en Russie, une grande et riche bibliothèque. Ses diplômes et ses grades élevés et sa haute formation militaire française lui ont permis de connaître une ascension militaire fulgurante en occupant les plus hauts postes de la hiérarchie impériale. On lui décerna des décorations prestigieuses comme les cordons réunis de Sainte Anne et de Saint Alexandre Nevski. Il eut, comme privilèges, beaucoup de domaines dont des centaines de villages et de serfs russes et étrangers. Mieux, au terme de sa carrière prodigieuse, il fut anobli avec le titre de Chevalier. Il fut, sans doute, l’unique noir dans l’histoire russe, voire européenne à accéder à de si hautes fonctions et à obtenir tant de distinctions ; ce qui serait inimaginable aujourd’hui en Russie. Il eut une très longue carrière politico-militaire selon les faits suivants. En effet, il servit sous :

-Pierre Premier le Grand lui-même ;

-la Tsarine Catherine Première. A la mort de celle-ci, il fut exilé en Sibérie en 1727. Car, suite à ce changement de règne, il traversa des revers de fortune et fut donc exilé. Les courtisans, notamment, devinrent ses ennemis, lesquels avaient décidé sa perte à tout prix. Ils lui intentèrent un procès, entre autres, en 1743, car Abraham Pétrovitch Hanibal ne supportait pas de voir ses serfs spoliés par la force brute des aristocrates, parasites qui vivaient pourtant aux dépens de ces derniers. Il n’admettait même pas qu’ils furent maltraités de façon arbitraire. Un général russe noir, qui défendait la cause de ses serfs russes blancs et, pour cette raison, des Russes blancs qui lui intentèrent un procès retentissant, paraissait fort cocasse. Après cet exil, il revint à Moscou et servit sous :

-Pierre II ;

-la Tsarine Anne Vanovna, Impératrice ;

-La Régente d’Ivan VI, bébé-empereur, Anne Léopoldovna. Celle-ci le fera libérer en 1730 ;

-la Tsarine Elisabeth Petrovna, Impératrice :

-Pierre III, Empereur de toutes les Russies, vite assassiné ;

-Catherine II, impératrice.

   En 1726, il écrivit un volumineux ouvrage de géométrie et de fortification destiné aux élèves ingénieurs, volume qui est aujourd’hui conservé dans son musée en Russie.

   Il dut se marier deux fois. Il fut contraint de divorcer de sa première épouse russe, Eudoxie, en raison de l’infidélité notoire de celle-ci ; même avec certains de ses officiers subalternes.

   En secondes noces, il épousa une aristocrate suédoise, Christine-Régine de Schoëberg, une femme fidèle jusqu’au terme de leur vie. Ensemble, ils eurent sept enfants dont les garçons s’illustrèrent dans la carrière militaire.

   Il donna une solide éducation à tous ses enfants. A cet effet, il écrivit le 21 février 1750 à Jacob Baumharten, professeur de théologie à l’université de Halle pour demander un précepteur pour ses enfants. Celui-ci devait parler couramment le Français.

   L’un de leurs fils, Ossip, était réputé indiscipliné. Il épousa une fille du nom de Pouchkine. De cette union naquit un petit fils prénommé Alexandre (1799-1837), qui devint le plus célèbre poète russe de son temps. Alexandre Pouchkine, cet écrivain si emblématique de la Russie[1], était fier du sang de son aïeul noir qui coulait dans ses veines. Il conçut même le projet de lui consacrer une volumineuse biographie pour célébrer sa grandeur. Mais il fut tué trop tôt au cours d’un duel en 1837.

   Mais, les hommes étant jaloux, intrigants, envieux, haineux, les Russes de cette époque ne faisaient pas exception à la règle. Aussi, parce qu’il était brillant et aimé des Tsars et Tsarines qu’il servit, et qu’il était d’origine étrangère aux peuples de l’empire russe, Abraham Pétrovitch Hanibal souffrit de certaines tracasseries de la part de ses compatriotes et contemporains. Durant sa longue vie en Russie (1703-1781), il connut plusieurs Tsars et Tsarines.

   Même s’il dut souffrir de ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui « racisme », Abraham Pétrovitch Hanibal (il s’attribua ce surnom aussi en souvenir du fameux général carthaginois Hannibal, vainqueur à plusieurs reprises des armées romaines, mais avec un seul pour rappeler ses racines noires et montrer sa différence par rapport à ce dernier) demeura, malgré tout, un homme d’une bonté exceptionnelle. Il s’efforça d’être toujours juste et indépendant jusqu’à la mort. En quittant cette vie, il légua à sa progéniture non seulement son illustre nom, mais aussi son patrimoine foncier considérable. De nos jours, sa maison de Petrovskoe est transformée en musée. 

B-  Les sources de l’histoire du Prince Aniaba

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 1) L’impact de la tradition orale chez les peuples africains

       Lorsque j’étais enfant, dans mon village de Bianouan (Sud-Est de la Côte d’Ivoire), les anciens nous parlaient régulièrement du Prince Aniaba, fils du roi d’Assinie, qui fut envoyé à la cours du roi Louis XIV. Mais ils ignoraient précisément à quelle époque cet événement a eu lieu. Ils nous disaient même que, Krinjabo, capitale du royaume du Sanwhi et d’Assinie, avait été établi des relations commerciales avec Louis XIV. Il y avait, pendant un certain temps, un ministre blanc à la cour du roi de cette époque. En raison de ses relations commerciales et diplomatiques avec la France de Louis XIV, le peuple sanwhi s’est senti légitime pour assumer les affaires politiques du pays lorsque l’indépendance fut accordée à la Côte d’Ivoire en 1960.

   Or, les événements ont pris une autre tournure : Le Général de Gaulle a préféré confier les rênes du pays à son ami Félix Houphouët-Boigny. Alors, le peuple sanwhi s’est senti trahi par la France. Aussi, pendant des années, il dût s’employer à refuser la légitimité du pouvoir d’Houphouët-Boigny. En raison de cette hostilité, celui-ci négligea totalement la région du Sud-Est de la Côte d’Ivoire, pays sanwhi. D’une part, depuis l’indépendance, il ne s’était jamais hasardé à se rendre à Aboisso, capitale de cette région. D’autre part, il n’avait jamais organisé la célébration de la fête nationale en cette même zone jusqu’à sa mort, afin de l’aider ainsi à se développer. Pourtant, ces fêtes avaient eu lieu dans toutes les autres régions de la Côte d’Ivoire. Or, c’est l’une des régions qui, par la production de ses richesses naturelles et de son agriculture, apportait de substantielles contributions au budget de l’Etat.

   Ainsi, c’est grâce à la force et à la fidélité de la tradition orale que le Prince Aniaba continue toujours de vivre dans la mémoire collective du peuple sanwhi.

2) En effet, Aniaba était le fils du roi Zénan d’Assinie (aujourd’hui la Côte d’Ivoire). Ce prince, fut envoyé à la cour de Louis XIV pour être instruit de la culture et des mœurs françaises Il vécut à Versailles avec Louis XIV qui l’avait adopté en 1701 en en faisant son filleul. Il était l’attrait du tout Paris. Chacun voulait voir, toucher le More (Maure) du Roi-Soleil. Il fut même baptisé à l’église Notre-Dame de Paris par Bossuet ou Monsieur de Condom, évêque de Meaux, en présence de Louis XIV. On le nomma Louis Jean Aniaba. En France où il vécut pendant seize ans avant de retourner en Afrique, on lui donna une formation militaire à la manière des jeunes aristocrates français. Il parvint même au grade de capitaine de régiment de la cavalerie du Roi Louis-XIV, puisqu’il fit partie des Mousquetaires du Roi. Par ce lien privilégié avec ce prince et avec son pays, le roi Soleil voulait-il avoir un comptoir pour le commerce de l’or ? Cette région frontalière du Ghana regorge toujours de mines d’or et de pétrole.

3) Par ailleurs, d’après Madame de Maintenon, dans l’ouvrage de Françoise Chandernagor, L’Allée du Roi, aux heures lasses du grand roi, qui aimait tous les plaisirs à l’excès, dont la jouissance des femmes, quand la faiblesse du corps-sensation venait lui rappeler ses limites par la maladie, Madame de Maintenon s’employait à le divertir en compagnie d’Aniaba et des autres princes noirs à Versailles. Ils suivaient des cours au collège royal au même titre que les enfants français de sang noble. Aniaba et les autres princes noirs venus de quelques royautés africaines, passèrent leur enfance et leur adolescence entre les fastes divertissements de Versailles et ils eurent une éducation intellectuelle solide. On sût les distinguer, par un respect conséquent, des autres enfants maures que des navigateurs français ramenèrent à la Cour pour le plaisir de Madame de Montespan, favorite du roi Louis le Grand.

aniaba(1)4) Malheureusement, quand il dût revenir chez lui après seize années passées dans les fastes de Versailles, Aniaba ne se remit pas de cette expérience, ni ne se réadapta à son contexte d’origine. Il vécut et mourut dans les affres de l’abandon, de la solitude, incompris de son peuple. Sans doute, cette rencontre culturelle était-elle précoce pour tous ces jeunes lettrés noirs du XVIIe siècle !

 C- L’intendant de la Reine de Suède : Cossi ou Adolphe Badin

1) Certes, je savais, par l’introduction à L’Emile de Jean-Jacques Rousseau, qu’un enfant noir avait été emmené et élevé à la cour de la reine Louisa Ulrika de Suède. En l’adoptant et en l’élevant suivant l’étiquette royale de son temps, elle voulut alors en faire un exemple d’application ou d’expérimentation des principes pédagogiques tels que Rousseau les avait lui-même appliqués à son disciple fictif. Mais, l’auteur de cette introduction, Michel Launay, agrégé d’université, sans doute prisonnier de ses préjugés, semblait suggérer l’idée que ce ne fut guère une heureuse expérience. Car après avoir été fait « suédois », suivant l’éducation reçue à la Cour, ce Noir accéda au rang de Chambellan et occupa une place importante auprès de la souveraine de cette époque. Malheureusement, il devint un jouet entre les mains des courtisans, qui le manipulèrent suivant leurs centres d’intérêt personnel.

2)   Pourtant, d’autres sources historiques insistent sur le succès de cet homme à la cour royale de Suède. A l’origine, il se prénommerait Coechi, quand il fut offert à la reine Louisa Ulrika de Prusse en 1757. Il fut connu sous le nom d’Adolphe Badin (vers 1750-1822). Malgré les intrigues multiples de la noblesse et des courtisans contre lui, il accéda effectivement au statut de secrétaire et de Chambellan à la cour royale. Très au fait de toutes les intrigues et turpitudes de la cour, ce franc-maçon resta fidèle à la famille royale et, jusqu’à sa mort, il ne révéla aucun secret d’Etat, ni de courtisanerie. Ainsi, contrairement aux opinions préjudiciables de cet universitaire français, Adolphe Badin n’avait donc pas démérité de la couronne de Suède.

     Naturellement, il ne s’agit là que des figures les plus connus et les célèbres de ces personnalités noires en Europe au XVIII et au XIXe. Ainsi, et l’on sait que les élites politiques françaises l’ignorent assez ou feignent de l’être pour livrer de pseudos combat contre les Noirs en France, ce qui est une pernicieuse stratégie pour gagner des élections en flattant les bas instincts de la partie la plus ignorante du peuple, dans le cadre de l’histoire de la France, la lecture de l’ouvrage de Claude Ribbe est très instructive sur ce point. L’auteur de ce livre retrace la vie d’un métis dans la France du siècle des Lumières, né d’un père noble, protestant, Georges de Bologne de Saint-Georges, et d’une esclave noire guadeloupéenne, Anne, dite Nanon. A travers le vie de leur fils, Joseph de Bologne de Saint-Georges, on entre dans l’univers trouble et ambigu des sentiments de bon nombre de Français envers les individus à peau sombre. Il est vrai que les thèses simplistes et pseudo-scientifiques de Blumenbach en 1775 (ancêtre, par affinité, des thèses racistes de Gobineau au dix-neuvième siècle) sur les groupes humains, avec la hiérarchie qui met le caucasien au-dessus de toute l’humanité, avaient semé le trouble dans l’esprit des gens de ce siècle. Voltaire[2], ce héraut de la philosophie des Lumières, ce bourgeois hypocrite qui n’avait jamais rien compris à l’essence de la philosophie, usa de son influence, de sa renommée d’homme de Lettres prétendu éclairé, pour diffuser ces thèses en France et corrompre l’esprit des moins avisés parmi ses contemporains. Ces théories prétendaient que l’union hybrique était contre nature et qu’elle produisait des individus impurs, c’est-à-dire improductifs. Le concept de « sang impur » dans la Marseillaise en dériverait-il ? Le « sang mêlé » ou le « mulâtre » serait un être dégénéré ou improductif. En somme, ces thèses s’opposaient vigoureusement au processus de miscégénation inévitable quand des populations humaines, d’origines diverses, se rencontrent ; et ceci par ignorance, par crétinisme intellectuel ou simplement par l’influence pernicieuse de pseudosciences biologiques.

   Pourtant, ce « sang mêlé » qu’était Joseph de Bologne de Saint-Georges, considéré comme le « Mozart noir » en matière de composition de musique classique, contredisait, par sa brillante réussite, sa vie bien remplie, de telles inepties. En effet, ce musicien est ainsi présenté : « escrimeur réputé invincible, cavalier de la garde du roi, agent secret, colonel d’un régiment d’Africains et d’Antillais de l’An II, celui qui passe pour l’un des plus grands séducteurs de son époque a eu une vie digne d’un film de cape et d’épée. Son chemin le mènera de la Guadeloupe à Paris et à la cour, où il deviendra l’intime de Marie-Antoinette, croisera Laclos, le chevalier d’Eon, le général Dumas[père d’Alexandre Dumas, lui aussi Antillais], Hayden, Philippe Egalité, Mirabeau et, bien sûr, les plus belles femmes de son temps ».

   Et tel fut le problème de la France de ce siècle, dominé par des thèses racistes pseudo-scientifiques. En effet, comme il y avait de plus en plus de mélanges, en raison du nombre croissant de mariages mixtes et de celui des enfants issus de ces unions, avant même les célèbres charters d’expulsion des immigrés africains de Pasqua, Debré, Sarkosy au XXe-XXIe siècle, Louis XV, puis Louis XVI avaient décrété des mesures légales pour limiter le nombre des Africains en France, voire les conduire dans les colonies des Antilles. Quelles que fussent les raisons politiques, il y avait bien un paradoxe dans les sentiments et les attraits du masculin : d’un côté, on voyait d’un mauvais œil les unions mixtes entre Blancs et Noirs, unions susceptibles de donner naissance à des êtres dégénérés, même si rien ne le prouvait ; de l’autre, il y avait un attrait de plus en plus fort entre gens de couleur différente. C’est du moins ce que Claude Ribbe écrit : « et la fascination pour la sexualité supposée des Africains vise tout autant les femmes. Ainsi, les Africaines sont-elles de plus en plus demandées dans les maisons de passe du début du règne de Louis XVI. «Je suis sollicitée par le Marquis d’Asfeldt de faire revue sur les côtes du Brésil et d’étendre mon commerce dans la traite des négresses », se plaint une maquerelle. Connaissant bien sa clientèle, elle a son explication : « Le goût du siècle a entièrement changé ! Les femmes blanches sont si connues qu’on n’en veut plus ».[3]

     Le féminin seul semble rester indifférent au conflit du masculin contre le masculin. Sa nature est si généreuse et son esprit si ample que ces considérations visant à humilier une partie du masculin, voire à lui interdire l’accès aux femmes, lui paraissent relever de l’enfantillage. Ce qui comptait à ses yeux, résidait ailleurs : accueillir la vie telle qu’elle se donne à l’occasion de la rencontre de quelque masculin que ce soit, par-delà ces phénomènes culturels –typiquement masculins- de préjugés raciaux. C’est ce que confirme Claude Ribbe à propos des Françaises de cette époque : « et rien ne permet d’affirmer que les Françaises[4] de la seconde moitié du XVIIe siècle aient partagé le préjugé de couleur de Bachaumont. On sait, par exemple, que le père Dumas, lorsqu’il arriva à Villers-Cotterêts en 1789, fit sensation à cause précisément de sa couleur de peau, jugée très esthétique » (p.124).

   On compte au moins un Noir, son filleul Louis-Jean Aniaba, dans l’armée du roi Louis XIV engagé dans les Flandres. Sous Louis XV, le futur général russe, Abraham Hanibal (originaire du Cameroun- Tchad) a participé à la victoire des troupes françaises sur celles de l’Espagne en 1719 à Fontarabie et à San Sébastien[5]. Sous Louis XVI, Joseph de Bologne de Saint-George ne resta pas non plus inactif quand la France était menacée par ses ennemis. C’est surtout sous la Révolution que la participation des Noirs à l’histoire de la France fut manifeste. Les Annales de l’histoire relatives aux péripéties de la Révolution de 1789 citent la Franche-Comté comme un territoire exemplaire dans la défense de cette Révolution. Mais, dans les manuels scolaires, comme si c’était une ignominie, on a tendance à occulter l’exemplarité des troupes des Africains et d’Américains qui ont souffert du froid et du dénuement, dans les combats, pour défendre cette région des tentatives d’invasion étrangère afin de renverser le processus de la jeune Révolution. On admira leur courage en taisant les armes verbales de l’hostilité qu’on témoignait à leur égard quelque temps auparavant, comme si dans la souffrance, les êtres humains savaient communier, retrouver et partager la profondeur, l’authencité de leur humanité. A l’inverse, l’opulence, en les enfermant dans leur égoïsme, les conduit à l’oubli, à l’indifférence, au rejet même des uns et des autres.

     Dans cette contrée de la France profonde donc, en l’An II, aux pires moments de la Révolution, la présence d’un grand nombre de Noirs ne semblait causer aucune gêne. Du moins, les remarques suivantes de Claude Ribbe, le laissent penser : « la troupe d’Afro-Antillais, appelée « Légion Saint-George » ou « Hussards du Midi » ou « Hussards américains » « devenue 13è régiment de chasseurs doit quitter son cantonnement [caserne de Saint-Martin, près de Laon], ordre de Paris. Les cavaliers se mettent en route le jeudi 21 février 1793, sous les acclamations de la population. En tête, le chef de brigade Saint-George, caracolant sur son plus beau cheval, suivi du lieutenant-colonel Alexandre Dumas. Méprisant le froid dont leur équipement sommaire a du mal à les protéger, tous ces hommes venus d’Afrique et de la diaspora défilent fièrement : passent le capitaine Jacques Bazonga, du Congo, le sous-lieutenant Etienne Bienfait, du Sénégal, et les cavaliers Ambroise Benoit, de la Martinique, Jean-Baptiste Nélène, de l’Ile Bourbon, Charles Lucas, de Saint Vincent, Jean-François Coupé, de Port-au-Prince, Louis-Michel Welch, du Bengale, Etienne Girard, de la Guadeloupe et tant d’autres anonymes quittant une ville qui a oublié les « nègres », les « mulâtres », et les « hommes de couleur », pour ne voir passer que de braves volontaires de la République en route pour la frontière »[6]. Plus tard, au XXe siècle, les Africains ont été contraints de participer aux combats pour sauver l’Etat français et pour élargir les horizons de son empire colonial pendant la première guerre, puis la seconde guerre mondiale, la guerre d’indochine, celle d’Algérie. En furent-ils pour autant recompensés, reconnus ? On concéda à créer, en Afrique noire, des des Etats ligotés par le pacte colonial[7].

(In Pierre Bamony : Eve, fille d’Eve, le féminin intemporel-Vanité du soi-disant sexe fort, Editions Thélès, Paris 2007)

     D’ailleurs, je le répète, « il est fort dommage que l’histoire enseignée dans les collèges et lycées en France, depuis l’avènement de la Ve République, n’insiste aucunement sur tous les faits du passé, entre autres, ceux qui montrent la participation des Noirs à l’édification de la France. Ce silence résulterait, sans doute, de l’influence des préjugés anti-Noirs latents et viscéraux[8] que l’on rencontre encore chez certains individus en ce pays. Cette histoire, que l’on a choisie d’enseigner dans les universités, les lycées et les collèges ne mentionne pas non plus la passion pour la France[9] de tous ces illustres, mais obscurs héros noirs, depuis le Général Dumas au XVIIIe siècle jusqu’à ceux du XX° siècle. Ainsi, en ce dernier siècle, on peut noter le rôle éminent d’Adolphe Sylvestre Félix Eboué (Cayenne 1884 – Caire 1944), premier gouverneur noir et considéré comme le premier résistant de la France occupée et, qui, grâce à son action décisive, aida la France à se redresser face à son ennemi d’alors, en l’occurrence, l’Allemagne nazie. Selon l’excellent ouvrage de Marianne Cornevin[10], consacré à l’histoire contemporaine de l’Afrique noire, Félix Eboué, nommé en 1938 Gouverneur du Tchad, puis de l’Afrique Equatoriale Française, va marquer l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale en proclamant le ralliement officiel du Tchad à la France libre. Même si l’histoire officielle ne reconnaît pas que la résistance fut d’abord africaine et que la capitale de la France libre – aussi scandaleux que cela puisse paraître aujourd’hui – était Brazzaville sur les bords du Congo, grâce à l’action de Félix Eboué, il n’en demeure pas moins que c’est un fait historique, incontestable. Car ce qui a été fait ne peut ne pas avoir été fait. A ce sujet, on peut se poser la question suivante : pourquoi la France n’a-t-elle pas choisi, à ce moment-là, un autre territoire français, comme la Nouvelle Calédonie (abandonnée ou prêtée aux Etats-Unis) ou comme l’Algérie alors française depuis 1830 ?

     Marianne Cornevin répond à cette question en montrant comment, en juin 1940, les Français étaient réduits à assister au défilé des Allemands nazis sur les Champs-Elysées. Le pays avait capitulé et les chefs politiques et militaires avaient failli à leurs devoirs. En refusant d’abdiquer et en permettant à de Gaulle d’avoir, d’une part, une base territoriale, d’autre part, une légitimité politique auprès des Alliés, la mission de Félix Eboué était alors d’assurer la protection de la voie stratégique vers le Congo. Il organisa une armée de 40.000 hommes. Avec l’aide de Leclerc et de Larmiat, cette armée eut une action fulgurante en prenant de court les partisans de Vichy, voire les stratèges militaires de Berlin. Cette victoire a changé les données stratégiques diplomatiques, militaires et politiques de la guerre et sortit l’A.E.F. du bloc des pays ralliés aux forces de l’Axe. Félix Eboué dut imposer un intense « effort de guerre » aux populations africaines subsahariennes afin de pouvoir envoyer des moyens financiers à De Gaulle à Londres pour acheter des armes et aussi pour entretenir les armées locales. D’ailleurs, on lui reprocha de n’avoir pas pu empêcher les abus, les exactions, les dérapages causés par son administration, comme si cet « effort de guerre » devait l’emporter sur toute autre forme d’intérêt humain.

         Si le Général de Gaulle, à la suite de son décès, a rendu un vibrant hommage à la mémoire de Félix Eboué, c’est qu’il savait ce que lui-même et la France doivent à cet homme. Il consacra le plus clair de sa vie à la libération de la France et au service des Français ; du moins, c’est ce que rapporte un document consacré à Félix Eboué : « … Félix Eboué… Gouverneur de l’Afrique et compagnon de la libération. Chaque Français sait et se souviendra quand maintenant en guerre, au pire moment de notre histoire, le territoire du Tchad dont il était le Gouverneur, Félix Eboué a arrêté aux lisières du Sahara l’esprit de capitulation, avant-garde de l’ennemi, consacré un refuge à la souveraineté française, assuré une base de départ au triomphe de l’honneur et de la Fidélité.

      Félix Eboué, Grand français, Grand Africain est mort à force de servir[11] ». Comme le remarque l’historienne Marianne Cornevin dans le même document, il est incontestable que l’action de Félix Eboué avait donné au Général de Gaulle une légitimité nationale. Autrement, « sans cet appui sur une terre de souveraineté française, les Français de Londres risquaient fort d’être considérés uniquement comme des émigrés et leur chef comme un Jean-sans-terre ! ».

       Ainsi, la France fut sauvée d’un désastre historique parce qu’à ce moment-là, la nation française s’étendait au-delà des frontières de l’Hexagone. Et les Américains, dont on célèbre tant la participation à ces guerres mondiales, comme les sauveurs par excellence de la France, les vainqueurs de la Première Mondiale n’auraient pas pris le risque de venir en France pendant la Deuxième Guerre, s’ils n’étaient pas assurés d’avoir en face d’eux un interlocuteur légitime. C’est Félix Eboué qui est la cause réelle de la légitimité de de Gaulle, comme le rappelle, de son côté, Benoit Hopquin, dans son ouvrage, Ces Noirs qui ont fait la France : « le gouverneur du Tchad [Félix Eboué] n’offre pas seulement son dévouement. Il livre ce bout de l’Afrique équatoriale française au militaire déserteur. Les historiens insisteront sur ce fait déterminant. Charles de Gaulle lui-même lui reconnaîtra cet immense mérite. A Londres, le général n’est plus le roi sans royaume, un exilé qui se hausse du col, un matamore qui se prétend investi d’un rôle de chef. Pour ses interlocuteurs britanniques, il a désormais une légitimité territoriale et donc une crédibilité supplémentaire »[12]. En ce sens, la France de Vichy étant devenue « pronazie », il n’y avait plus d’autre légitimité pour solliciter leur aide. Mais, demander d’enseigner dans les manuels scolaires que la France fut, en grande partie, sauvée par la fidélité à la France d’un héros noir, petit-fils d’esclave, semble scandaleux aux yeux des élites politiques et intellectuelles de la France contemporaine. Il vaut mieux cacher ces vérités historiques récentes que le peuple ne saurait lire ni entendre ».

(In Pierre Bamony : Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre ? -De la faillite des élites de l’Afrique subsaharienne- Tome I)

D- Venons-en enfin au cas du premier philosophe noir allemand d’origine africaine du siècle des Lumières (In Pierre Bamony Les amours brisées d’un philosophe africain des Lumières –Mon Petit Editeur, Paris 2012)

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I- Le cas d’Antoine Guillaume Amo : un prince du royaume de Osei TOTOU dans l’Allemagne du XVIII e siècle 

     Amo fut arraché à sa mère à l’âge de trois ans. Il dormait encore quand on vint me chercher au port d’Amsterdam. C’était en 1707. La délégation néerlandaise le confia à un convoi postal qui le conduisit en Allemagne où il fut confié au duc Antoine Ulric de Brunswick-Wolffenbüttel. Il séjourna quelques mois dans son château, juste assez de temps pour apprendre les mœurs et l’étiquette de l’aristocratie allemande. Ensuite, il fut envoyé chez son fils Auguste Guillaume. Aussi, quand il fut baptisé le 9 juillet 1708 dans la chapelle du château, ce fut sous l’autorité de ces ducs, ses protecteurs et ses pères. Et il porta leurs deux noms : Antoine-Guillaume.

     Mais, quand il reçut la confirmation dans la même chapelle en 1721, sur le registre, on l’inscrivit sous le nom d’Anton Wilhelm Rudolph-Mohr.

-Pourquoi ce changement de nom ?

– En fait, le nom de Rudolph était emprunté à Ludwig, un autre duc de Brunswick qui succéda à Auguste-Guillaume pour assurer les responsabilités du duché. Quant au nom Mohr, il signifiait en allemand, Maure, homme noir. Ses protecteurs et pères voulurent ainsi reconnaître sa différence et ses origines. En revanche, son nom nzéma ou ashanti Amon ou Amo avait disparu. Mais ceci était le fait des ministres de l’église qui l’avaient rejeté parce que d’origine « païenne ».

       Puisqu’il tenait à ses attaches africaines, lorsqu’il prit conscience de sa situation singulière en Europe, en 1727, il s’inscrivit à l’Université de Halle sous le nom d’Antonicus-Gulielmus Amo Ab Axim in Guinea-Africana, ce qui devient en français : Antoine-Guillaume Amo, originaire d’Axim en Guinée africaine.

     Sa jeunesse en Allemagne se passa sous d’heureux auspices. Il avait une bourse suffisamment élevée pour le rendre financièrement indépendant et entreprendre des études dans de bonnes conditions. Celle-ci lui était allouée par la Cour de Wolfenbüttel. Quand il était à la cour, ses protecteurs et pères spirituels le lui accordaient comme argent de poche. Cette bourse le suivit sous forme de pension dans l’établissement qu’il fréquenta de 1717 à 1720.

     Comme il ne connaissait aucune contrainte matérielle, il avança aisément dans ses études. Il put ainsi s’inscrire le 9 juin 1727 à l’Université de Halle. Cette jeune institution connaissait alors un état de rayonnement intellectuel extraordinaire. Elle était même considérée comme l’un des grands pôles, voire la capitale de l’Aufklärung en Allemagne. Il eut l’occasion de faire des exposés critiques sur le principe de raison suffisante de Leibniz. Et il consacrait également quelques cours sur la pensée politique de Christian Wolff dont il jugeait la pensée solide. Il adhérait même à l’essentiel de ses idées. Cependant, cette activité extérieure, intellectuellement enrichissante, lui laissait assez de loisir pour se consacrer à ses propres travaux dont l’impression, en 1738, d’un ouvrage connu sous le titre de Tractatus de arte sobrie et acurate philosophandi. Mais, il ne voulait pas se limiter au seul art d’écrire ou de penser comme la philosophie ou la poésie. Il voulait exercer les talents dont la providence lui avait fait grâce dans toutes les formes d’art possible. Il s’amusa à écrire une pièce de théâtre satirique au cours de l’année 1747.

   Avant sa soutenance, et dès le 10 octobre 1730, il était promu au titre de « le maître en philosophie et ès arts libéraux ». Ce titre lui valut les félicitations du Recteur Kraus et lui donnait droit à prodiguer des cours au sein même de l’Université de Wittemberg. Il soutint aussi la Dissertatio de humana mentis apatheia, puis le 29 mai 1734, une brillante dissertation sous le titre suivant : Disputation philosophica continens ideam distinctam eorum quae competunt velmentis corpori nostro vivo et organico[13]. Tractatus de arte sobrie et acurate philosophandi.

   Toutefois, la première préoccupation d’Antoine –Guillaume Amo a été de défendre Le Droit des Africains en Europe. Malgré le privilège de sa propre condition, il ne pouvait oublier celle de ses semblables. Ce n’était pas un philosophe individualiste ni égoïste : il avait l’âme pleine de l’univers humain, tel que la philosophie l’enseigne aussi. Amo ne pouvait concevoir que l’Europe, qui se disait chrétienne, ait osé dénier à d’autres hommes les droits humains comme le respect de la vie d’autrui. Les Eglises professent que les hommes, sans exception et suivant l’enseignement de Jésus Christ, sont des frères devant Dieu. Pourtant, on n’accordait pas la moindre considération fraternelle, dans le Christ, aux Noirs. Au contraire, on s’acharnait à leur ôter leur qualité d’hommes pour mieux les asservir. Les libertins avaient raison de répandre partout que la Religion n’est rien d’autre qu’un formidable instrument au service du pouvoir politique et de l’exercice de toutes les dominations temporelles. On ne trouve nulle trace de cet ouvrage aujourd’hui. Sans doute, l’a-t-on délibérément détruit ?

     Il dut passer beaucoup de temps à voyager entre l’Université de Wittemberg et celle de Halle. Il était également soucieux de dispenser ses cours dans une grande partie des meilleures universités de la Prusse, partout où les Lumières du siècle brillaient. A cet effet, le 29 juin 1729, il adressa une demande à la faculté de philosophie d’Iéna en vue d’y enseigner, sous forme de conférences publiques. Sa requête fut agréée par une note qu’il reçut quelques semaines plus tard, précisément le 17 juillet. Par ce courrier, l’Université spécifia la nature de son enseignement et la liste des cours. Il portait sur des parties de la philosophie qu’on considérait comme valables et dignes d’être connues d’un public averti, celui des étudiants et de l’élite.

      Cet enseignement à Iéna (avant Hegel qui a été d’une sévérité inouïe à l’égard des peuples africains dans on ouvrage La raison dans l’histoire) lui donnait l’occasion d’employer sa raison et le savoir philosophique à réfuter les croyances de nature superstitieuses dont on était grandement prisonnier alors. Le succès de ces conférences lui apporta une réputation régionale, disons prussienne. Il revint ainsi à Iéna le 5 mai 1740 à l’invitation d’Achenwall, qui tenait des albums recueillant les autographes des hommes de culture, des savants, des philosophes ; bref, des esprits brillants qui atteignirent une grande notoriété en leur temps. Peut-être Achenwall comptait-il parmi ces derniers ? Il aimait, avant tout, l’humilité philosophique à la manière d’Epictète dont il appréciait la pensée. D’ailleurs, l’une de ses maximes lui servit de citation pour signer ce fameux album.

         Il était souvent sollicité, notamment à l’Université de Halle, pour figurer parmi les membres des jurys de soutenance de mémoire et de thèse de philosophie et de pneumatologie. Car, à partir de 1736, il avait obtenu aussi l’autorisation de cette université pour donner des conférences publiques, à partir de certaines parties de la philosophie, comme à Iéna ou encore à Wittemberg. Certes, lors de l’une de ces soutenances, il fut heureux qu’on l’ait distingué en vertu de ses origines africaines. Il avait, en effet, été le seul membre de ce jury à avoir opposé son veto à l’acceptation d’une thèse d’anatomie en 1736. Ce n’était pas bien méchant : l’université avait indiqué que le maître Amo, Nègre authentique, avait refusé le titre de docteur en philosophie à un étudiant, à la suite d’une soutenance de thèse qu’il jugea très mauvaise et indigne du rang d’un savant. Les travaux en question étaient d’une légèreté insoutenable. On précisait encore qu’il était honorable et humble philosophe, originaire de l’Afrique noire ; on ajoutait même de Guinée.

   En revanche, en 1737, Antoine-Guillaume Amo apprécia grandement la thèse de médecine brillamment soutenue par un étudiant de Halle. Il s’agissait de Moïse Abraham Wolff. Comme il s’adonnait de temps à autre à l’art poétique, il fut tellement subjugué par la qualité de cette thèse qu’il y joignit, en appendice, un poème d’admiration et de soutien à la carrière de cet étudiant dont il soupçonnait qu’elle allait être fulgurante et brillante. Il l’écrivit en allemand alors que la langue scientifique était le latin…

   On situe le retour d’Antoine-Guillaume Amo vers les années 1747. L’obscurité demeure quant aux causes réelles qui l’ont conduit à retourner à Axim ( ?) alors qu’il menait une brillante carrière de philosophe en Allemagne. Un Français du nom de Gallandet, ayant entendu parlé de lui, s’était arrêté en 1753 pour lui rendre visite et lui donner des nouvelles de l’Europe. On pense qu’il se serait éteint vers 1760, dans la solitude et, sans doute aussi, dans la misère matérielle et intellectuelle.

 II-         Synthèse de sa Philosophie méconnue

      Voici l’essentiel de sa théorie développée dans la Dissertatio de humana mentis apatheia ; du moins, telle que je l’ai comprise. Antoine-Guillaume Amo veut montrer les connexions entre le corps et l’esprit ; un problème très discuté, depuis des siècles, par la gente philosophique sans parvenir à s’accorder le moins du monde. L’esprit humain, de par sa nature propre, est impassible ou imperturbable, c’est-à-dire qu’il est indifférent. A l’inverse, le corps, qui est le siège des sensations, est sujet aux mouvements. La motion est, d’ailleurs, une faculté propre à l’organisme vivant, en particulier, le corps. Aussi, l’esprit ne peut subir des passions inhérentes à la matière vivante.

     Toutefois, cette séparation du corps et de l’esprit n’est pas radicale. Il existe une interaction entre ces deux entités constitutives de la personne humaine. Certes, les phénomènes qui meuvent le corps sont seulement d’ordre biochimique. Mais un tel fonctionnement mécanique n’explique pas, au fond, ce qui est l’essence de la vie elle-même. Amo admet que la faculté de vivre et de sentir constitue des qualités inséparables dans l’ordre du vivant. En effet, vivre, c’est sentir et réciproquement. Cependant, cela ne signifie pas qu’il réduise la vie au pur mouvement, à l’instar des philosophes vitalistes de son temps. Il pense, au contraire, qu’il faut l’envisager comme ouverture au monde, c’est-à-dire comme quelque chose qui serait perméable, voire réceptif en son essence. Cette conception de la vie, à travers l’analyse des rapports corps/esprit, l’amène à distinguer la faculté de vivre et celle d’exister. Car il y a de la vie dans tout ce qui existe mais non l’inverse, tel l’esprit qui existe tout en étant dénué, en soi-même, de vie. Néanmoins, ce qui n’a que l’existence comme unique attribut, par exemple, l’esprit, a le pouvoir de mettre en branle la matière vivante, laquelle vit et existe à la fois et dont le mouvement propre est seulement mécanique. En d’autres termes, c’est l’existence même de l’esprit qui confère vie au corps en tant qu’il est le siège des sensations. L’esprit, dans la composition du vivant, est l’agent qui insuffle de l’action à ce dernier[14].

   Il semble que les sciences de la matière découvrent aujourd’hui le bien fondé des intuitions de nombreux philosophes, comme Amo, qui soutiennent que les structures invisibles expliquent le fonctionnement des formes visibles, alors il est question du même sujet.

     En effet, Amo démontre que l’insensibilité de l’esprit apparaît comme une privation et non comme une qualité. Ainsi, être non-voyant est un défaut pour l’homme. Car le fait de voir est un attribut intrinsèque du corps. Il résulte de sa structure même, laquelle est un superbe agencement, voire une disposition harmonieuse de diverses parties concourant au maintien de la matière vivante. L’agencement quasi parfait permet justement à l’esprit insensible d’agir avec intelligence en l’homme. Selon notre langage contemporain, on pourrait dire que les processus physiologiques résultent du fonctionnement de l’ensemble complexe biochimique.

     Mais la vie ou les phénomènes vitaux n’en résulteraient pas fondamentalement. La vie proviendrait essentiellement de l’action de l’esprit, sans doute mystérieuse parce que non explicable suivant les concepts d’intelligibilité de la science de son époque. Chez l’homme, c’est lui qui permet à la sensation, pur affect ou simple présentation, d’accéder au rang de la représentation, c’est-à-dire de l’idée. C’est pourquoi, il conçoit l’esprit comme une entité active, même si celle-ci est, au regard des pouvoirs du corps, immatérielle et invisible. Cependant, cette dernière est douée d’une intelligibilité per se, ou par soi-même, d’une autonomie dynamique et d’une spontanéité qui cause son mouvement, selon une intention ou volition, en vue d’une fin déterminée, précise ; ou comme on dirait aujourd’hui, d’un but conscient. En ce sens, malgré son autonomie de fonctionnement biochimique, le corps vivant ne pourrait être sans l’esprit. Il ne serait que pure sensation inactive. A l’inverse, l’esprit existe sans le secours du corps auquel il donne vie. Mais, comme l’esprit est privé de la faculté de sentir, il dépend du corps pour la connaissance des choses sensibles.

     Il y a donc interaction entre le corps et l’esprit, une médiation nécessaire qui rend possible toute représentativité. Néanmoins, seul l’esprit a conscience de soi-même, de l’ensemble de ses opérations et des autres phénomènes qui environnent le corps par la représentation, c’est-à-dire la faculté de rendre présentes à la conscience les choses qui affectent les sens, les organes sensoriels.

     Cette dépendance de l’esprit humain par rapport au corps, qui l’abrite et auquel il est essentiellement lié, manifeste sa finitude en comparaison des attributs de Dieu. En effet, les connaissances de l’être humain procèdent de la nature de l’organisme vivant et de sa fonctionnalité. A l’inverse de Dieu, l’esprit est incapable de connaissances immédiates ; les siennes sont toujours médiates. Il faut que le corps soit affecté, de quelque manière, pour qu’il réfléchisse, sous les mêmes conditions, le phénomène senti. Et l’esprit ne peut accéder par lui-même à un tel objet. Il lui faut, d’une part, la médiation du corps qui est plénitude de présence au monde ; d’autre part, l’essence du phénomène senti pour pouvoir le représenter. Dieu seul, dans sa réalité et son Etre atemporel, a la connaissance des choses dans leur totalité co-présente. En Lui, il n’y a pas de représentation parce qu’il n’y a pas de temps sous sa forme tri- dimensionnelle : passé, présent, futur.

     Amo démontre que le mode humain de la connaissance est essentiellement reproduction et non production, comme l’acte de penser divin. En celui-ci, il n’y a pas de contact direct, immédiat avec les phénomènes, mais mise à distance dans l’acte de les penser. Le réel, celui de la plénitude du corps, a plus de puissance que l’être représenté par l’esprit, qui est privé de tout contact matériel. Il n’est qu’un faible reflet de l’être-objet en soi. C’est une sensation réactivée qui suppose à la fois la spontanéité de l’esprit et la passivité ou ouverture du corps au monde des phénomènes. La finitude de l’homme gît dans la connaissance idéelle qui est, elle-même, finitude indépassable en raison de la dépendance du corps et de l’esprit. La connaissance en et de Dieu, en revanche, est infinie parce qu’il comprend tout, plus exactement, il saisit la totalité des phénomènes dans un même instant, une même vue sans la médiation des idées ou sensations réactivées. L’esprit humain seul pense et agit grâce aux idées, en vertu de la connexion ou mixité esprit/corps.

[1] Dans une récente interview à « Télérama » (N° 3356, 07/05/2014), Gérard Depardieu, parlant de l’« hybris » de l’âme russe, cite, entre autres russes célèbres qui ont manifesté une telle démesure de la nature russe, Alexandre Pouchkine. A la question pourquoi aime-t-il tant la Russie, il répond : « J’aime sa folie, sa violence, ses paradoxes,. Ivan le Terrible tue son fils parce qu’il n’a pas aimé la manière dont s’est habillée sa belle-fille. Pouchkine, l’immense poète romantique, métis comme Dumas, écrit en français, s’invente des biographies, meurt en duel ? Tolstoï n’aime pas son chef-d’eoeuvre Anna Karénine, et ses serfs le supplient de ne pas les libérer tant ils le vénèrent ».

[2] Contrairement à la réputation qu’on lui a faite en France, Voltaire n’a jamais été humaniste. Pour le justifier, on met toujours en avant sa défense de l’affaire Calas, ce protestant que l’église catholique avait condamné à mort injustement. Mais il a dû le faire à un double titre : d’abord, pour sa gloriole personnelle d’humaniste supposé ; ensuite, pour importuner l’église catholique dont il détestait les serviteurs. Esclavagiste sournois, il n’a jamais milité, si ce n’est du bout des lèvres, pour l’abolition de l’esclavage des Noirs. Bien au contraire, on prétend qu’il tirait de substantiels profits de ses investissements dans ce marché. C’est cette hypocrisie foncière de cet homme que Mozart n’avait pas dû apprécier du tout. En effet, en apprenant la mort de Voltaire, il s’écria, comme s’il était en joie : « L’impie, le maître fourbe est crevé, autant dire comme un chien, comme une brute : voilà ses gages » (in Le chevalier de Saint-Georges, p.140).

[3] Opus cit. p.125

[4] Les liens de proximité, d’intimité et d’interpénétration même, sur le plan humain, sexuel entre la France et les Africains, date au moins du XVIIe siècle. Malgré le rejet culturel de ce dissemblable, le féminin se moque du ciel des préjugés au-dessus de ces liens. L’attrait est plus fort que le refus. Depuis le XVII è siècle, en France même, jusqu’au sommet de l’Etat, de nombreux exemples illustrent bien ce charme prodigieux de la nature humaine. Malgré leur condition historique d’alors (esclaves en dehors du continent africain), des individus à peau sombre se rencontraient donc dans tous les milieux de la hiérarchie française. On a beaucoup parlé de l’amant capricieux de Madame Du Barry, de Zamor d’Isabeau, dite « Venus noire », reçue à la cour bien qu’esclave, et dont le Comte d’Artois était fort épris. Mieux, malgré la beauté, la grandeur, l’élégance, la jeunesse de Louis XIV, son épouse ne s’en contenta pas. Elle n’en avait cure, puisqu’elle le trompa avec un Africain. Ceci montre que le féminin obéit à des lois de sa nature spécifique que la raison du masculin ne peut comprendre. Suite à un attentat manqué contre Joseph de Bologne de Saint-George, en raison de ses liens jugés trop intimes avec la reine Marie-Antoinette, Cl. Ribbe précise que ce fait ressortit de la Raison d’Etat en vertu du précédent cas d’infidélité de l’épouse de Louis XIV. En effet, « le souvenir de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV qui avait accouché- publiquement selon l’usage-d’une fille à peau sombre, est dans toutes les mémoires…L’enfant, Louise-Marie, épargnée par Louis XIV, sur invitation du confesseur de la reine, a été mise au couvent. Le plus grave est que le Régent s’en est épris et a tenté de l’enlever. Tout le monde le sait. Même Voltaire l’a vue et l’a prise pour une fille de Louis XIV ». (p.144). Cependant, cet outrage fait à son honneur n’a pas empêché le Grand roi de recevoir à Versailles le prince Aniaba d’Assinie (située aujourd’hui en Côte d’ivoire), de s’en occuper fort bien et d’être même son parrain lorsqu’il fut baptisé par Bossuet en la cathédrale Notre-Dame de Paris, selon Frédéric Couderc, auteur du Prince Ebène (Presses de la Renaissance, Paris, 2003).

[5] Dieudonné Gnammakou : Abraham Hanibal- L’aïeul noir de Pouchkine- (Présence Africaine, Paris, 1996)

[6] Le chevalier Saint-George,( p. 182)

[7] Dans un article intitulé «Les naufragés contemporains de l’émigration internationale : attrait du miroir occidental, illusions, désillusions et désespoir. »(Printemps 2004 dans Esprit Critique -Revue internationale de Sociologie et de Sciences Sociales- Thématique : « Age d’Or, Réforme, Altermonde ? » hpp//www.espritcritique.org), j’ai montré à quel point les pays africains ne pouvaient s’en sortir du fait qu’on les a piégés avec le « Pacte colonial » qui impose à ces pays de travailler pour enrichir les ex- pays coloniaux.

[8] C’est cette posture péjorative envers les Noirs, cet instinct de négation de leur part remarquable à l’édification des civilisations modernes, qui nuit grandement à la clairvoyance des chercheurs dans leur lecture et interprétation de l’histoire et des phénomènes de l’Afrique noire. Ils ne peuvent admettre que ce qui est beau, au niveau de l’art, ce qui est grandiose, au niveau de l’archéologie, entre autres facteurs humains, soit le fait de peuples noirs. Cela ne saurait se concevoir ; ce qui est une prise de position dogmatique haineuse, infantile et primaire. A titre d’exemple : depuis le XIXe siècle, on a découvert des ruines de pierre en pays lobi dans une zone qui s’étend sur deux pays : le Nord-Est de la Côte d’Ivoire et le Sud-Est du Burkina Faso. Les archéologues se sont empressés de les qualifier de « Mystères des ruines du Lobi ». Car on a refusé, jusque dans les années 1980, de penser que ces ruines qui, pourtant, n’ont rien d’impressionnant, sont l’œuvre des populations locales (entre autres les Koulango). Ainsi, Paul Raymaekers et Stéphane Pirson, dans la revue « Archéologie » (N°334-Mais 1997), ont fini par démontrer que même « s’il est difficile de détruire des croyances, lesquelles attribuaient depuis le début du XXe siècle les mystérieuses ruines du pays lobi aux Phéniciens, Egyptiens et autres Portugais, force est de dénoncer la fin du mythe de ruines qui paraissent se ranger, de manière très rationnelle, dans l’évolution écologique classique des peuples de cette région de l’Afrique occidentale » (p.28).

[9]Un grand nombre de Français ne peuvent comprendre ni même concevoir l’idée que les Africains, malgré les indépendances, continuent à tant aimer la France et les Français quand bien même l’inverse ne saurait se vérifier dans les faits. Sans doute, un siècle est encore nécessaire pour déraciner cet amour du cœur des Africains. La prégnance de la colonisation, l’influence de l’école française sur les esprits a été très forte en créant des effets qui perdurent toujours. D’où le sentiment général pour beaucoup d’Africains que la France est, en quelque sorte, leur second pays, un pays auquel on est attaché de façon irrationnelle, malgré les injures subies au quotidien, le mépris, voire le déshonneur de la part de l’homme ordinaire. Les plus riches d’entre eux rêvent d’avoir une résidence en France en vue de séjours occasionnels en famille. Un grand nombre de chefs d’Etats des pays africains subsahariens y élisent même domicile et n’hésitent pas à abandonner leurs peuples, leurs affaires, leurs responsabilités politiques pour passer la moitié de l’année civile en France. Je pourrais citer plusieurs noms, s’il y avait lieu, de cette espèce de chefs d’Etat qui passent le plus clair de leur temps en France.

[10]Histoire de l’Afrique contemporaine – De la Deuxième Guerre Mondiale à nos jours, Payot, Paris, 1978.

[11] Document Internet : ecole.orange.fr/redriss/HTML/eboue.htm

[12] Calmann-Lévy, Paris, 2009, p.190

[13] Discussion philosophique contenant l’idée distincte des attributs.

    [14] L’exploration contemporaine des sciences de la matière, dans l’infiniment petit, semble montrer qu’il existerait des bactéries élémentaires qui concourraient au fonctionnement ou au dysfonctionnement du vivant. Pendant longtemps, on a pensé que la matière est inanimée. Or, on découvre aujourd’hui qu’il existerait des particules ou des bactéries naines qui composent la structure de la matière. Bien que mystérieuses pour nos connaissances contemporaines, celles-ci auraient presque toutes les caractéristiques d’un organisme vivant. Elles causeraient, sans doute, des maladies mortelles inexpliquées. Ces bactéries ne composent pas seulement la matière vivante, mais elles agissent aussi sur elle. Mieux, elles existeraient également dans la matière « non- vivante », par exemple, dans le cœur des roches sédimentaires. Elles seraient de formes ovoïdes et sphériques et seraient en grand nombre, telles les nombreuses familles de microbes.

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