La responsabilité

 

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Symbole de l’incandescence de la pensée humaine

La dissertation de Philosophie de Margot Chambolle-Pacaud

Concours d’entrée à l’ENS – Ulm, Session du 19-04-2018

Sujet : La responsabilité

     Le personnage de Don Juan, dans la pièce éponyme de Molière, peut être pris comme un exemple du libertin par excellence : non seulement il épouse toutes les mains, mais il fuit aussi toutes ses responsabilités, négligeant le déshonneur dans lequel il se jette, sa famille et ses femmes avec lui. Cependant, il comprend qu’il lui faut sauver les apparences s’il veut continuer à mener sa vie de débouche, et prend le parti de se faire faux-dévot afin de se réconcilier avec son père, mais aussi d’obtenir un rang et un rôle reconnu par la société. Malgré cela, les fautes de Don Juan le rattrapent et il est obligé de faire face à cette responsabilité lors du festin de pierre avec le commandeur, et de refuser de les assumer pleinement.

 

 

     La notion de responsabilité, dans Don Juan, est traitée du point de vue de la morale : le grand seigneur méchant homme manque sciemment à tous ses devoirs et les conséquences de ses négligences l’indifférèrent. Ses devoirs sont d’ailleurs dirigés vers la société dans laquelle il vit, puisqu’il bafoue les lois et déshonore les familles, mais aussi vers lui-même, puisqu’il signe son arrêt de mort et un aller simple vers l’enfer. Cependant, cette dimension de la responsabilité n’en est qu’une partie, et il faut envisager ce mot dans sa polysémie.

     En effet, la responsabilité est aussi le simple fait d’être la cause d’un phénomène. En outre, elle peut aussi être le fait d’avoir une tâche à sa charge, comme dans le monde du travail : cette charge détermine le rôle que le sujet peut avoir dans la société, et par conséquent, appelle le respect ; ce que comprend Don Juan lorsqu’il devient faux-dévot. Mais être « responsable » peut aussi avoir le sens de « majeur », c’est-à-dire d’être capable d’assumer ses actes seul. Cette nouvelle définition pose alors le problème de l’acquisition possible de cette responsabilité avec le temps, puisque d’un point de vue juridique, la majorité est fixée à un certain âge. Une personne majeure doit « assumer ses responsabilités », expression généralement employée sur le ton de l’injonction dans une idée de rappel à l’ordre ; ce qui sous-entend qu’il peut y avoir des personnes « irresponsables ». Celles auxquelles s’adresse l’injonction en question sont celles qui ne reconnaissent pas leur faute ou leur implication dans les conséquences de leurs actes : on les enjoint d’assumer ce qu’elles ont fait et de ne pas se tourner vers le passé qui ne peut plus être changé. Cependant, il existe une autre forme d’irresponsabilité, communément attribué à une déficience mentale, comme la folie : d’un point de vue juridique, une personne souffrant de troubles qui altèrent ou empêchent son discernement ne peut être jugé comme une personne pleinement consciente de ses actes et de leurs valeurs. Une personne irresponsable peut donc être une personne ne connaissant pas la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Il semble alors que les responsabilités dépendent de normes morales communes à tous les hommes puisqu’elles permettent la vie en société, le bien vivre personnel et collectif, en théorie. Ainsi, les responsabilités sont-elles omniprésentes, et le libertinage revendiqué par Don Juan montre qu’elles sont aussi contraignantes, tout comme la vie morale de façon plus générale.

       Il s’agit alors de se demander dans quelle mesure la notion de responsabilité est nécessaire en questionnant d’abord son ambivalence et l’ambiguïté qu’elle implique, puis en démontrant, par ses conditions d’existence, son caractère nécessaire, et en expliquant, enfin, qu’elle est incontournable parce qu’elle est une preuve d’humanité.

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       La responsabilité semble contraignante en ce qu’elle est ambivalente, puisqu’elle touche différents domaines, autant moraux que juridiques, et ambiguë, parce qu’elle semble commune à tous les hommes et pourtant insaisissable.

    Il faut, d’abord, définir cette notion par rapport à deux critères, l’inconscience et l’ignorance, pour en dégager la première difficulté. La folie, en premier lieu, est définie juridiquement dans le droit pénal comme un trouble altérant le discernement du sujet ; autrement dit, un sujet atteint de folie est incapable de distinguer le bien du mal. Il faut donc considérer que ce sujet est inconscient de la valeur de ses actes, qui sont pour lui amoraux, c’est-à-dire parfaitement neutres : cette inconscience implique donc un certain degré d’irresponsabilité. Dans le cas de l’ignorance, en second lieu, le problème de l’irresponsabilité est plus complexe. En effet, même si le sujet ignore que son acte est ou bon ou mauvais, il n’est pas dénué de raison ni de conscience morale : est-il en cela coupable lorsqu’il commet une faute ? Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant voit l’ignorance du bien et du mal comme une faute pour tout être doué de raison, dans le sens où il est impossible de se tromper à ce sujet. En fait, prétendre ignorer le bien et le mal n’est pas possible, parce qu’il suffit de suivre le test d’universalisation pour savoir la valeur de son acte : il n’y a donc aucune connaissance à avoir, par conséquent aucune ignorance n’est possible. Pour Kant, l’ignorant est irresponsable au sens péjoratif du terme, c’est-à-dire celui selon lequel le sujet connaît ses responsabilités, mais il ne les assume pas. Selon Aristote, au contraire, l’ignorant est irresponsable dans le sens où il n’a pas les connaissances nécessaires pour agir bien : il est en quelque sorte innocent. De plus, comme il le souligne dans l’Ethique à Nicomaque : l’ignorant peut être corrigé avec des exercices le contraignant à prendre des habitudes vertueuses, notamment celle de délibérer avant d’agir.

     La nécessité de la délibération sous-entend d’envisager les conséquences de ses actes, ce qui impliquerait alors que la responsabilité porte aussi sur ce qui suit une action et non seulement sur l’action elle-même. Selon Aristote, cette capacité à envisager ses actes dans l’ensemble, causes – actes – conséquences, est la vertu de prudence. Cette vertu rend, par essence, le sujet responsable des conséquences de ses actions puisqu’il est dans l’obligation de les envisager et d’agir le mieux possible en fonction d’elles. Au contraire, selon Kant, nul besoin d’envisager ce qui vient après une action : si la maxime de cette action n’est pas elle-même universalisable, nul besoin d’aller plus loin dans la délibération, car les conséquences seront forcément mauvaises. En revanche, si la maxime de cette action est universalisable, il faut pousser plus loin la délibération afin de s’assurer que les conséquences ne seront pas néfastes. La contrainte de la délibération met alors en évidence une autre difficulté dans la notion de responsabilité : si l’on cherche les conséquences d’une action, on trouve toujours un obstacle à son accomplissement. Il faut donc agir le moins mal possible. Dans une autre perspective, si le test d’universalisation nous rend responsable de la famine en Afrique, quand nous choisissons de dîner dans un restaurant gastronomique à New-York, comme le montre Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre, alors nous sommes responsables de chaque acte du monde entier et du sort de l’humanité toute entière ; ce qui est tout à fait écrasant et insupportable.

      De fait, si l’on peut ignorer la différence entre le bien et le mal, ou si l’on risque d’aller trop loin dans l’attribution des responsabilités, on peut se demander comment acquérir un sens des responsabilités ou même si ce sens est inné ou s’il peut s’enseigner. Dans son Ethique à Nicomaque, Aristote soutient qu’il est possible d’acquérir la vertu de prudence, qui, comme on a vu précédemment, implique d’être responsable, avec le temps et l’expérience. En effet, c’est en prenant l’habitude de délibérer que l’on devient peu à peu prudent et que l’on agit de mieux en mieux. Aristote insiste alors sur la nécessité d’observer un raisonnement inductif, c’est-à-dire un raisonnement qui prend en compte tous les cas particuliers rencontrés dans le passé. Ainsi, assumer ses responsabilités, c’est-à-dire aller de l’avant en cas de faute et en assumer les conséquences, revient à tirer des leçons de son expérience. S’amorce alors un cercle vertueux dans lequel plus le sujet est responsable, plus il devient prudent, et plus il est prudent, plus il devient responsable.

      Malgré son ambivalence et sa complexité, la responsabilité semble nécessaire en ce qu’elle est omniprésente, il faut alors en questionner les conditions d’existence.

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          La prudence est, pour Aristote, la vertu idéale, celle qui est nécessaire au bon fonctionnement d’une cité. Mais la responsabilité qu’elle implique est contraignante, voire rebutante, alors pourquoi ne nous en dédouanons pas ?

     D’où vient la responsabilité ? Quelle est son origine ? Il semble qu’une raison de la nécessité de cette contrainte morale se trouve à la source de la connaissance du bien et du mal. Kant propose, pour cela, une interprétation du mythe du péché originel en le replaçant dans sa dimension métaphysique. À partir de l’instant où Adam mange le fruit de l’arbre de la connaissance, Eve et lui ne sont plus innocents dans la mesure où ils savent ce qui est bien et ce qui est mal ; ils ne peuvent plus revenir en arrière ni nier ce savoir. Ils sont alors contraints d’agir en connaissance de cause ; ce que l’on voit à travers la honte, par exemple, qu’ils découvrent dans leur nudité qu’ils couvrent immédiatement. Il faut alors considérer que les hommes portent en eux le péché originel dans le sens où ils ont une certaine connaissance du bien et du mal. L’idée de « péché » implique la notion de responsabilité. En effet, selon Kant, dès lors que l’on connaît la distinction entre le bien et le mal, on ne peut plus agir sans la prendre en considération dans sa délibération ; ce qui rend le sujet responsable de chacune de ses actions.

  En outre, si la responsabilité dépend de la distinction entre le bien et le mal, c’est qu’elle dépend de normes morales qui découlent elles-mêmes de cette distinction. Les normes morales sont des règles à valeur universelle et commune à tous les hommes. Mais le problème vient du fait que ces normes entrent parfois en contradiction avec les valeurs qui sont, elles, personnelles et, donc, difficilement partageables. Si la responsabilité a un rôle à jouer dans ce conflit, c’est bien celui de médiateur, bien qu’elle tende en faveur des normes morales. S’il n’existait pas de notion de responsabilité, le respect des normes morales serait minime, voire inexistant, puisque chacun voudrait satisfaire ses propres intérêts et se choisirait des valeurs parfaitement immorales. Or, grâce à la responsabilité, qui implique ici un devoir envers autrui et la collectivité tout entière, conditionnée par le désir du bien vivre ensemble, chacun conditionne cette valeur personnelle en fonction des normes morales. Pour Ruwen Ogien, ce conditionnement est problématique, car il implique un non-respect des choix de chacun. Il prend l’exemple de la prostitution : pour lui, une prostituée qui exerce son métier par choix n’a de comptes à rendre qu’à elle-même, et non pas au reste de la société, qui la considère pourtant comme responsable de la dégradation des lignes du corps de la femme. Toutefois, si elle ne contraint personne à exercer le même métier qu’elle, elle ne blesse les valeurs de personne, ni les normes morales.

      Ruwen Ogien se demande, à travers ce problème, envers qui ou en vers quoi le sujet est responsable, en cherchant à montrer que les normes morales auxquelles obéit la responsabilité prive les hommes de leur liberté. Ce pessimisme peut être soutenu à deux échelles. D’abord, dans la philosophie utilitariste, John Stuart Mill reconnaît qu’il faut effectivement mettre son bonheur de côté pour se consacrer au bonheur collectif, et que ce comportement n’est louable que si le bonheur collectif est le seul objectif du sujet. Ainsi, faut-il restreindre sa liberté d’action personnelle dans le but de satisfaire ses responsabilités envers une collectivité dont on ne s’exclut pas, mais pour laquelle on se sacrifie. Ensuite, dans la philosophie kantienne, à l’échelle de l’humanité, le sujet moral a un devoir d’impersonnalité impliquée dans l’idée d’universalisation. Ce devoir d’impersonnalité consiste à renier ses passions individuelles dans le but de n’avoir que des désirs universalisables et, donc, de devenir parfaitement moral. Si on repense à la surcharge de responsabilité que critique Thomas Nagel, on comprend que le sujet puisse se sentir privé de liberté. De plus, le devoir d’impersonnalité empêche d’incarner une identité propre, ce que montre la fable du chevalier inexistant, soulevant son heaume afin de montrer à son roi qu’il est immatériel et invisible.

       La responsabilité est donc reconnue comme nécessaire, mais extrêmement contraignante. Pourtant, ne pas la respecter revient à ne plus être un homme.

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L’une des plus grandes philosophes au féminin du XX e siècle et l’incarnation de la responsabilité en son sens absolu et mystique

     Finalement, il semble que la responsabilité soit une preuve d’humanité. C’est pourquoi, elle est incontournable.

       Et bien qu’en apparence elle empêche d’être libre, la responsabilité assumée est la plus grande liberté qui soit, puisqu’elle relève d’un choix courageux et d’une prise de risque sans retour possible. C’est ce qu’explique Descartes dans la Lettre à Mesland du 9 février 1645 : il établit une distinction entre la liberté d’indifférence, qui consiste à ne faire que les choix neutres, voire pas de choix du tout, et la liberté de prendre position. Tandis que la première n’est qu’un leurre puisqu’elle n’inscrit le sujet dans aucune dynamique, dans le sens où ne faire aucun choix ne peut pas le faire progresser, la seconde est une véritable liberté dont le sujet peut jouir pleinement. D’abord, parce qu’il assume un choix, donc une identité qui lui est propre, quel que soit le risque encouru. Ensuite, si son choix s’avère mauvais, il peut tout de même jouir de la leçon qu’il tire de son échec, afin de faire mieux la prochaine fois. Enfin, ce choix assumé lui donne une responsabilité, puisqu’en prenant position, le sujet se donne une place, voire un rôle au sein de la société qui peut, ainsi, lui reconnaître une existence propre.

       Ainsi, il est possible de montrer que la responsabilité est une preuve d’humanité à travers les cas particuliers de l’acrasie et de la tempérance, qui se rejoignent dans le fait de ne pas assumer ses responsabilités, soit de ne pas être vertueux chez Aristote, qui traite ces cas dans l’Ethique à Nicomaque, en pleine connaissance de cause. En effet, gouverné par ses passions et habitué à les satisfaire, l’intempérant ne peut plus devenir vertueux, car il est devenu incapable d’assumer ses responsabilités. Or, un homme gouverné par ses appétits et incapable de les contrôler se réduit à l’état de bête, ne vivant que dans la satisfaction de ses besoins, même si c’est au détriment de ses devoirs. Cela peut s’expliquer grâce au Traité de la nature humaine dans lequel Hume explique que le jugement moral, soit ce qui permet de faire la différence entre le bien et le mal, dépend principalement des sentiments et des passions, qui sont strictement personnels. Pour rester juste, le jugement moral doit être influencé par la raison, adjuvant nécessaire au comportement moral. Or, si l’intempérant est capable de raisonner ses appétits et de les contrôler, c’est qu’il doit avoir anéanti ses facultés rationnelles ou, du moins, qu’il ne les a pas assez développées pour leur permettre une telle capacité. Sans raison ni pouvoir de contrôle sur ses appétits, l’homme devient une brute au sens étymologique du terme.

      Enfin, la responsabilité est nécessaire à l’identité et à l’existence humaine. C’est en cela que Hegel rejoint Descartes avec l’exemple de la belle âme. La belle âme est un personnage développé par Goethe, qui choisit de ne rien faire de sa vie par crainte des comportements immoraux, donc de s’enfermer et de se consacrer à Dieu. Or, selon Hegel, ce comportement est inutile au monde et au sujet lui-même, puisqu’en ne faisant rien, le sujet ne permet pas au monde de lui reconnaître une existence et, donc, d’avoir une quelconque influence sur son cours. De plus, la belle âme fuit la responsabilité et le risque d’erreur qu’elle implique, et de ce fait, elle refuse d’accomplir son devoir moral, celui qu’elle doit à la collectivité ou à l’humanité. À sa mort, reconnaît Hegel, la belle âme devient fumée et c’est comme si elle n’avait jamais existé. En effet, elle n’a pas œuvré pour se créer une identité en cohabitant et en interagissant avec les autres qui ne peuvent donc pas, par conséquent, se souvenir d’elle. On peut alors penser au Mythe de Sisyphe de Camus, qui interprète l’histoire du condamné comme celle d’un ouvrier accomplissant indéfiniment la même tâche. Certes, il ne fait rien d’utile ni de très épanouissant, mais « il faut imaginer Sisyphe heureux », car il a sa place dans la société, son identité bien à lui ; et c’est, ainsi, la preuve que l’on s’en souvient.

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Figure du penseur au sens le plus absolu du terme

Remarques générales

     Toute œuvre (production intellectuelle) philosophique est critiquable du point de vue d’autres perspectives. Mais, comme je vous l’écrirai dans ma prochaine réponse à votre lettre, l’excellence n’est pas de ce monde d’êtres humains imparfaits que nous sommes. Rien ne prouve, dans l’absolu, que les copies de Philosophie notées 20/20 méritent réellement une telle valeur. Il s’agit d’une mode ou l’expression des temps présents qui ont poussé fortement les professeurs de Philosophie à la norme en cours dans toutes les disciplines scolaires et universitaires où une telle notation est bien répandue. Une telle notation se conçoit en mathématiques en tant que sciences déductives. Même si celles-ci ont quelque chose à voir avec la Philosophie (toutes les deux sont des sciences de l’intelligence abstraite en tant que leurs démonstrations se déploient dans l’abstraction pure : usage de symboles dans les premières et de concepts dans la seconde), il n’en demeure pas moins qu’elles sont différentes, de façon essentielle : il n’y a de création dans la démonstration mathématique, mais répétition à l’instar d’une démarche mécanique (Leibniz parle à ce sujet de « tautologie »), à l’inverse de la démonstration philosophique qui est une création originale. Donc, les mathématiques font appel à l’intelligence laborieuse, la Philosophie à l’intelligence fine, c’est-à-dire à la soutenance originale d’une sous-jacente.

         Dès lors, en Philosophie, des copies notées 20/20, comme en mathématiques, supposerait qu’elles sont dénuées de tout défaut ; ce qui est impossible en cette discipline. Les débats contradictoires (la dialectique) dans les ouvrages de Platon le prouvent bien.

     Cependant, toute œuvre philosophique, dans son propre cadre, c’est-à-dire sa propre logique, est bonne, pour autant qu’elle obéit aux normes objectives exigées dans la rédaction d’une démonstration, par exemple, la dissertation philosophique qui est l’exercice par excellence de l’intelligence pure et abstraite.

   En ce sens, et en ce sens seulement, mes remarques ne sont pas, à vrai dire, des critiques – hormis l’introduction qu’on peut regarder comme quelque peu longue ; même si elle obéit, elle aussi, à une rigueur d’analyse dans le cheminement vers une problématisation du sujet en question.

     Philosopher, c’est apprendre à penser par soi-même dans le champ de la culture savante, c’est-à-dire en respectant les normes de la pensée rationnelle. Vous avez livré une lutte au corps à corps avec la notion (« la responsabilité ») en jeu dans ce sujet. Et c’est l’une des qualités de votre copie. Vous avez évité de la saturer par des références nombreuses savantes, sans maîtrise de la pensée des auteurs, comme une telle donnée est courante dans les copies des élèves et étudiants ; ce que les enseignants en philosophie se plaisent à considérer comme du psittacisme. Mieux, elle obéit aux normes de la bonne dissertation philosophique étant entendu que la très bonne ou l’excellente copie n’échappe pas à une forme de subjectivité du correcteur. En effet, la pensée des auteurs sur lesquels vous avez fondé vos analyses (Aristote, Kant, Descartes, Hegel etc.,) est comprise et maîtrisée. Vous vous en êtes appropriée avec aisance au point d’en livrer des analyses originales et pertinentes. L’expression graphique est claire, précise.

     Votre démonstration, au sujet de cette notion, « La responsabilité », est rigoureuse du point de vue du fond et de la forme, certes. Cependant, ce qui a manqué dans vos analyses, c’est la dimension juridique de la notion de responsabilité ; même si elle se décline en filigrane à travers vos analyses. Toutefois, elle aurait mérité d’occuper un espace (paragraphe ?) pour montrer que, dans le cadre des relations de soi avec autrui, c’est ce facteur juridique (loi et droit) qui rend possible notre condamnation quand nous enfreignons les lois de la cité (voir les thèses de Hans Jonas dans son ouvrage Le principe responsabilité, qui soulignent la responsabilité de chaque sujet humain au regard des problèmes environnementaux, des risques au niveau des recherches biologiques, de la civilisation technicisée et ses conséquences nécessairement scabreuses etc.,).

   Dès lors, la responsabilité se manifeste hors de nous, dans son effectivité, sous la forme du respect du droit d’autrui et de la loi qui universalise la vertu morale et juridique de la responsabilité. On peut faire articuler l’une par rapport à l’autre sans, pour autant, établir une hiérarchie entre les deux figures de la responsabilité.

   Nonobstant ce, votre correcteur a eu raison d’estimer hautement la valeur de votre copie (15/20 à ce concours d’entrée à l’ENS Ulm Paris) : elle séduit la raison par sa rigueur et la pertinence des analyses.

PIERRE BAMONY

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L’art de penser n’a pas d’âge en Philosophie

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