Troisième Partie : Du meilleur des mondes à une réflexion sur la démocratie

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ZOMIA, Terre des hommes libres, égalitaires (Hommes et Femmes) et sans Etat. Donc les peuples peuvent s’auto-gouverner et les élites politiques sont superflues, inutiles

« A prendre le terme dans la rigueur et l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple soit incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l’on voit aisément qu’il ne saurait établir pour cela des commissions sans que la forme de l’administration change » (Du contrat social, livre IV, chapitre III)

I- La méfiance des philosophes, penseurs des Institutions républicaines, par rapport au peuple comme corps souverain capable de s’auto-gouverner

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Georges Orwell 1984

     Les philosophes dont les théories politiques ont grandement nourri les institutions et les constitutions des Etats européens, voire de l’Amérique du Nord et du Sud n’ont jamais cru en la capacité des peuples à s’auto – gouverner s’auto – organiser et à vivre en bonne intelligence les uns avec les autres. En effet, leur essence comprend un phénomène analogue au chaos. Dès que les peuples ne sont plus sous la férule d’un homme ou d’une femme fort(e) ou providentiel (le), ils tendent naturellement à générer le désordre, l’anarchie. Un tel comportement tient au fait que les individus qui les composent ont toujours été accoutumés à être conduits, consciemment ou inconsciemment. Consciemment par la coercition exercée par la présence visible des forces de l’autorité légitime, l’État. Inconsciemment par l’empire du surmoi ou de l’autorité parentale. Même si Platon concède que, à défaut d’exercer pleinement l’intelligence rationnelle, beaucoup d’individus font preuve d’« opinion droite », qui leur permettrait de voir clair en leurs actions et de se conduire avec intelligence en ce monde, celle-ci est souvent sous l’empire d’une autorité quelconque qui la domine et la contraint. Très souvent cette « opinion droite » et sous l’empire de la nature biochimique qui l’empêche d’être rationnelle. En effet, sans la voix intériorisée de toute figure d’autorité supérieure à la puissance d’agir propre des individus, c’est la voie ouverte à l’expression de la liberté naturelle. En son expression courante, cette liberté naturelle s’apparente à la soi-disant liberté de l’enfant : celui-ci se croit libre de faire tout ce qu’il veut alors qu’il ne s’agit là que de simples caprices. En ce sens, la liberté naturelle épouse les contours de la nature biochimique, aveugle, expansive, sans ordre ni limite propre hormis celle imposée par les occurrences et les barrières extérieures.

     Dans La République, Platon analyse le phénomène de la démocratie suivant de perspectives remarquables. De façon générale, selon Platon, ce qu’on appelle la démocratie est l’expression même de la liberté naturelle ; c’est-à-dire un débordement illimité si une autorité ne vienne du dehors pour la contraindre. D’une part, selon lui, les causes de l’émergence de la démocratie dans une cité peuvent être les suivantes ; et ceci est une donnée perpétuelle liée à l’histoire des hommes. En effet, lorsqu’une cité est livrée à l’opposition farouche ou non entre les riches, c’est-à-dire les oligarques, et les pauvres, réduisant la classe dirigeante à l’impuissance d’agir, parce qu’elle-même n’a d’autre préoccupation que de s’enrichir, la situation civile finit par être intenable, ingérable. Aussi, les « bourdons armés des d’aiguillons » autant que les individus accablés de dettes, d’infamie, en viennent à s’associer pour prendre la tête du peuple mécontent et le pousser à la révolte, à l’insurrection. Car groupe hétéroclite pense que, à la faveur d’une révolution politique, il pourrait récupérer les biens qu’ils a lui-même dissipés ou qu’on lui a volés. C’est ainsi que la plupart d’entre eux, quoique pervertis et perfides mais doués d’une capacité de mensonges ou de rhétorique démagogique, vont user de leur talent manipulateur pour exploiter les passions populaires. Face à cette situation de tension sociale, les oligarques et/ou les élites politiques dirigeantes, débauchées, efféminées et décadentes ne peuvent plus rien entreprendre pour éviter le désordre civil.

     D’autre part, le gouvernement démocratique qui résulte de cette guerre ou de cette sédition ne peut guère prétendre à l’unité. Car il est composé d’institutions les plus diverses et les plus inconciliables possibles que Platon qualifie de « bazar de constitutions ». Pour un tel gouvernement, n’importe quel individu a l’embarras du choix, des décisions et des initiatives. Il se croit souverain, investi d’une autorité suprême au même titre que tout autre individu. Et il veut diriger les choses à sa seule convenance. Dès lors, la démocratie consiste, implicitement, a accordé à tous les citoyens une liberté si grande qu’elle dégénère bientôt en licence. Il n’y a plus d’ordre possible puisque toute forme de contrainte est supprimée. Même les règles morales sont livrées au jugement du premier venu ou du moins compétent qui les rejette les accepte selon sa convenance, voire ses humeurs. On ne demande plus à l’homme qui s’engage à faire de la politique, dans ce contexte, de démontrer la preuve de sa science en cette matière, de sa sagesse, de son honnêteté, de sa probité. Il lui suffit d’affirmer son dévouement au peuple, à sa cause pour que celui-ci lui accorde sa confiance. L’égalité entre tous les individus est de rigueur. C’est pourquoi, la démocratie, selon ce schéma, s’apparente à une acropole ou les désirs de chacun triomphe désormais sans frein ni loi. D’où le règne de l’insolence, de l’incohérence, de la licence, des affronts mêmes réciproques, de l’anarchie jusqu’à l’avènement d’un tyran qui instaure la paix civile par la force brutale à son seul avantage.

   Dans ce contexte, on comprend que Rousseau conçoive que la démocratie pourrait fonctionner rationnellement si elle est conduite par une équipe restreinte d’aristocrates. Celle-ci est la figure de la noblesse de l’intelligence, et non plus celle du sang. Les membres de celle-ci seraient animés par le principe de « la volonté générale ». Ce corps d’élite intellectuelle ne serait nullement sujette à la défense des intérêts particuliers, indifférent aux pressions des puissants groupes et aux intérêts partisans. Autrement, Rousseau n’a jamais cru possible qu’une démocratie pourrait fonctionner de façon rationnelle, comme il écrit avec raison : « A prendre le terme dans la rigueur et l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple soit incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l’on voit aisément qu’il ne saurait établir pour cela des commissions sans que la forme de l’administration change » (Du contrat social, livre IV, chapitre III, G.F., Paris, 2001). Comme l’exercice de la démocratie est impossible dans les faits en raison de l’impérialisme égoïste dont chaque individu peut faire preuve sans une force de coercition ou de pouvoir légitime, par hypothèse, elle ne conviendrait qu’à un peuple de Dieux. Si on suppose que ce peuple est parfait et qu’il fait preuve de raison, alors « il se gouvernerait Démocratiquement ». Donc « un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » ; sauf si le peuple est suffisamment instruit pour s’auto-gouverner.

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     D’où le paradoxe des philosophes des Lumières comme Emmanuel Kant. En effet, l’ambition initiale de ces philosophes a été d’instruire et d’éclairer les peuples européens du XVIIIe siècle pour leur permettre de sortir de la minorité mentale et politique. Et tel est le sens même du mot « Lumières » : éclairer l’intelligence ou la raison du peuple par l’instruction afin de lui ouvrir la voie vers le progrès moral par l’élévation intellectuelle. Toutefois, ce projet a des limites intrinsèques, comme le montre bien Kant dans son ouvrage Qu’est-ce que les Lumières ? Même si la nature accorde à tout être humain la possibilité de développer les facultés de sa raison par l’acquisition de la culture savante, il n’en demeure pas moins que la majorité d’entre les sujets humains renonce à grandir intellectuellement et à devenir autonome. En ce sens, selon Kant, « les « Lumières » signifient : « la sortie de l’homme de sa minorité, dont il porte lui-même la responsabilité. La minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable s’il est vrai que la cause en réside non dans l’insuffisance de l’entendement mais dans un manque de courage et de résolution pour en user sans la direction d’autrui ».

        Dès lors, il résulte dans chaque communauté humaine, dans chaque société, chaque État deux catégories d’individus. Nous pourrions les qualifier ainsi : la majorité mineure et la minorité majeure. La majorité de mineurs représente toujours la plus grande composante d’une société. Mais ses membres mêmes adultes et, donc, matures d’un point de vue physiologique (ils peuvent procréer) demeurent mineurs mentalement. Comme le reconnaît Kant, ils n’ont pas le courage de se servir eux-mêmes de leur propre entendement, par « lâcheté et par paresse ». Donc, pour toute décision, ils s’en remettent à l’autorité d’autrui, ce que Kant appelle des « tuteurs ». En effet, pour cette catégorie d’hommes, il est fort commande de se laisser guider par les autres, en consentant à demeurer toujours mineure. Et telle est la raison du triomphe de la composante mineure. Il s’agit du petit groupe d’élites politiques ou non qui se pense suffisamment mûre politiquement, éclairée intellectuellement et mentalement et, en raison de ses qualités intrinsèques, il sied qu’elle gouverne le grand nombre ou le grand groupe immature et incapable d’autonomie. Hissé à ce statut au-dessus des autres, la minorité majeure va s’employer à justifier sa position hiérarchique de fait. Elle élabore tout un discours efficace, démagogique pour prouver à son versant opposé, en l’occurrence, la majorité mineure, qu’elle ne doit rien entreprendre pour changer la nature des choses. Celle-ci finit par croire que cet état de choses est conforme à la réalité : la nature l’aurait ainsi institué. D’où la dureté des termes que Kant emploie pour décrire la mollesse de cette majorité mineure face à la superbe de la minorité majeure. Parlant des membres de cette dernière, il remarque : « il commence par rendre stupide leur bétail et par veiller soigneusement à ce que ces paisibles créatures n’osent faire le moindre pas hors du parc où elles sont enfermées. Ils leur font voir ensuite le danger dont elles sont menacées si elles tentent de marcher seules… Préceptes et formules, ces instruments mécaniques d’un usage de la raison, ou plutôt du mauvais usage des dons naturels, sont les fers qui enchaînent une minorité qui se prolonge » (In Œuvres Complètes, La Pléiade, Paris).

     Cette thèse de Kant se confirme au XXe siècle sous la plume de l’Américain Walter n (1889 – 1974). Dans son Public Opinion, il analyse minutieusement la manière qu’il sied aux élites politiques d’user pour manipuler l’opinion publique. Même si les termes ont changé de Kant à Lippman, le fond de la pensée elle est le même : il s’agit de « la fabrique du consentement » d’un peuple par la propagande, associée à des moyens psychologiques de soumission et d’influence efficiente des gens. C’est pourquoi, depuis cette date environ, pourrait-on dire, la communication est devenue, pour tout en politique contemporain, l’art de la manipulation massive. Puisque que les peuples sont sensibles aux promesses que les élites politiques leur tiennent, il ne faut pas hésiter à les tromper, à leur faire miroiter, sous les yeux, un avenir radieux, puisque, selon Charles Pasqua, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». C’est ce que les élites politiques américaines des années W. G. Bush ont compris et ont rigoureusement appliqué. On trouve un écho de leur pratique de gouvernement antidémocratique dans un article du « Canard enchaîné » de cette époque : « le peuple est un troupeau égaré, bien trop des motifs, capable de s’occuper de ses propres affaires, et qui doit être encadré, contrôler et conduit par une avant-garde, une élite de décideurs éclairés. Les gens doivent être détournés vers des buts inoffensifs. Il faut les noyer, les assommer sous une masse d’informations qui ne leur laisse pas le temps de réfléchir. Ils faut les persuader qu’ils sont incapables de provoquer des changements, il faut les convaincre que la révolte entraîne toujours le pire, il faut les faire voter de temps on à autres, leur donner l’illusion de décider, l’illusion nécessaire».

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II- Le peuple et « la lie de l’Humanité »

     Cependant, on peut faire des objections par rapport à ces conceptions philosophiques du peuple. En effet, un peuple, en sa totalité, est-il réductible à un ensemble d’individus mentalement mineurs ? Si, comme on dit ordinairement, un peuple ne pense pas, les philosophes eux-mêmes ne sont-ils pas les fruits de leurs peuples ? Leur pensée n’est-elle pas « la quintessence » (In Thèses sur Feuerbach), pour emprunter cette expression à Karl Marx, de l’esprit de leur propre peuple ? Nous pensons que les philosophes ont tendance à confondre la lutte de « la lie de l’Humanité », selon notre propre expression, inhérente à tout peuple. En effet, dans notre ouvrage In Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre ?- malédiction du pouvoir politique, faillite des élites et espoir des peuples de demain- Tome II, Le Manuscrit, Paris 2011), nous avons été amenés à bien distinguer les deux composantes d’un peuple pour déplorer la présence de cette « lie de l’humanité » chez tous les peuples de notre commune Terre. Ces longs extraits de cet ouvrage sont de nature à mieux faire comprendre le sens de notre conception de l’Humanité sous sa double entité radicalement opposée ; et pour prendre congé de la pensée des philosophes classiques.

      « Il y a toujours un noyau dans chaque communauté humaine, chaque groupe, chaque peuple, en somme, une partie des individus qui manifeste une incapacité à s’élever au sommet de l’humanité intelligente. Tel est le groupe, le noyau dur de chaque communauté humaine que je qualifie de lie de l’humanité. Selon Le Robert, suivant son sens figuré qui m’intéresse ici, la lie « exprime ce qu’il y a de plus vil, de plus trouble… ». En d’autres termes, « c’est la fraction la plus basse de la société, la « canaille ». Aussi, la lie de l’humanité est la partie d’un peuple qui résiste à tout effort d’intelligibilité rationnelle et/ou de l’intelligence du coeur. Depuis l’émergence des descendants de l’Homo Sapiens et la manifestation d’eux-mêmes comme genre de vivant « conscient d’être conscient » de soi-même, selon la célèbre formule de Michel Jouvet[1], c’est-à-dire doué de conscience réflexive, elle s’est formée en son sein comme un noyau inamovible et immuable par-delà les mutations formelles intemporelles. Pour emprunter une image à l’Astrophysique contemporaine, la lie de l’humanité serait assimilable aux « trous noirs » découverts au cœur des galaxies qui s’emploient à absorber continûment de la matière et à réorganiser, comme à leur guise, les structures des masses de myriades d’étoiles ; en somme à engloutir ou à capturer la lumières. La lie de la humanité agirait de même en s’abreuvant des lumières de l’humanité : la bonne intelligence mutuelle, la générosité, la bonté, la bienveillance etc. Elle agirait comme un facteur perturbateur, aveugle par essence, en créant des désordres, des troubles permanents au sein des sociétés. Elle s’opposerait systématiquement aux chefs d’Etat qui gouvernent avec intelligence, humanisme et avec le respect de leur peuple[2]. A l’inverse, elle est toujours prête à soutenir ceux qui font preuve de stupidité, de violence et de tyrannie. Tous les monstres politiques de la terre sont ses œuvres.

      La lie de l’humanité, composante irréfragable de tout peuple, ne peut avoir accès à la conscience des institutions qui président aux destinées humaines. Mais, en même temps, elle nuit à leur plein rayonnement en raison de son enfermement dans le halo d’un présent étroit spatialement et borné psychologiquement, intellectuellement et spirituellement. Car elle s’impose des besoins secondaires et matérialistes qui étouffent le développement de son esprit. Ces besoins en question sont, par nature, obscurantistes, abrutissants. On peut les synthétiser de la manière suivante : d’abord, la lie de l’humanité, qui obéit instinctivement à la voie de la nature, se contente de se reproduire sans aucun projet pour le futur de ses descendants ; ni, non plus de finalité de formation et/ou d’éducation humaine de qualité. Dès lors, les enfants qui naissent au sein de cette catégorie sociale n’ont aucune chance de transfigurer la nature des choses. Certes, il existe, en son sein, des individus exceptionnels qui, par des efforts inouïs, au regard des obstacles qu’ils rencontrent en dehors de leur sphère de vie propre, de leur mérite personnel à s’élever au rang de l’assomption d’une humanité accomplie sur le plan de la culture savante, de la spiritualité et de la réussite sociale. Ensuite, elle s’est totalement engluée dans trois impératifs vitaux, triviaux : manger, boire, dormir ; ce qui, somme toute, se réduit à la vie végétative infrahumaine. Et telles sont également les bornes de sa vision du réel humain et de toutes choses. Ses intérêts s’y ramènent tous et elle n’entend rien à tout ce qui, dans une invite politique, a rapport aux concepts d’intérêt général et commun. Son intérêt général à cette infra-couche humaine, c’est la satisfaction de ses intérêts et impératifs égoïstes.

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Big Brother vous observe jusque dans votre sommeil

       C’est pourquoi, elle a tendance à faire preuve, dans ses formes élémentaires de pensée, de ses conduites triviales, dans ses liens troubles au monde (l’Univers des autres réalités humaines) de ce que j’appellerai un naturalisme libertaire. Naturalisme au sens où son mode d’être, sa forme de liberté ne repose pas sur les devoirs de la conscience psychologique et morale qui nécessite de tenir compte des autres, de respecter leur personne. A la manière d’un enfant qui découvre le monde tout en érigeant son moi au rang d’ego-centre par sa tendance naturelle à tout ramener à soi seul, la lie de l’humanité veut tout s’accaparer pour satisfaire ses seuls besoins. Libertaire dans la mesure où il y a en elle une forte inclination à persévérer dans son être et à nier toute forme d’opposition, y compris par la violence. Il n’y a que soi seul qui a le droit d’exister et de satisfaire pleinement les besoins de sa vie végétative. Enfin, et par ces conduites irrationnelles, la lie de l’humanité est toute entière enfouie dans la défense aveugle de l’ego qui, de son statut de particulier (un groupe humain donné) voudrait que sa seule minisculissime réalité soit inférée au rang de la réalité universelle.

       C’est sans doute à la lie de l’humanité que pensait Etienne de La Boétie, l’auteur du Discours de la servitude volontaire, quand il emploie le terme d’ « hommeau » ou d’ « homunculus »[3] pour désigner le peuple qui est incapable, même au nom de sa liberté –laquelle seule nous fait hommes- de s’opposer à toutes les figures du pouvoir qui l’oppriment et s’emploient à le nier toujours en tant qu’entité existant susceptible d’autonomie ; et, donc, d’indépendance par rapport à la déraison du tyran, du roi ou du président. Ce terme qualifie l’état d’être dégradé et méprisable. Car, comme les bêtes, l’ « homunculus » se contente de vivre (« vivre pour manger et non manger pour vivre » selon le vieil adage) sans projets, regrets ni espoirs ; et sans réfléchir. Les réalités de l’instant et ses impératifs végétatifs bornent tout son univers. Ses habitudes alourdissent toutes ses initiatives par une forte inertie. Comme il a la figure de la lie de l’humanité, il ne peut distinguer le vrai d’avec le faux ; et il se contente d’avaler au quotidien les fables mensongères des élites politiques de tous bords. Comment de tels individus (ceux qui composent cette catégorie sociale) peuvent-ils accéder au rang de citoyens dès lors qu’ils acceptent toujours d’obéir aveuglément aux ordres des élites politiques qui les gouvernent ? En outre, l’«homunculus » fait toujours preuve d’une spontanée populacière sans le sens du devoir ni de morale politiques, dès lors qu’il se détourne des vrais problèmes qui touchent la vie des autres pour mettre en avant uniquement le confort matériel de sa seule existence. En un sens, la preuve du pire, c’est cette lie de l’humanité en tant qu’elle est une mauvaise interprète de la vie humaine. Son unique bien sur cette terre, c’est celui du ventre qui est un gouffre, sans doute, aussi ample que celui des bêtes féroces ; et tel est son souverain bien : la nourriture.

     La lecture de certaines œuvres de Sénèque[4] nous dévoile la permanence dans l’humanité de sa catégorie sociale que j’appelle la lie de l’humanité. Dans La vie heureuse (XV, 1), cet auteur souligne que celle-ci, au nom des voluptés, ne craint guère d’abandonner sa liberté, celle de penser et de se gouverner notamment : le prix que ce genre d’individus peut accorder aux choses, c’est essentiellement tout ce qui a rapport au ventre : « Il n’achète pas les voluptés, il se vend aux voluptés » (p.243). Or, tout être qui s’abandonne aux voluptés finit par amollir son être, par être dégradé de ses qualités d’être humain, au sens où il se laisse choir dans les pires turpitudes et qui sont les plus inassouvissables. La raison, qui est la plus noble faculté et qualité humaine, finit par s’estomper en lui. Etant esclave des voluptés, un tel individu est comme incapable de penser ou de ne concevoir rien de grand. Plongé dans les voluptés bornées de toutes parts par les horizons de l’instant, dans l’ivresse des plaisirs du ventre, les satisfactions alternées de l’estomac et des plaisirs sexuels, il croit vivre, exister alors qu’il se contente de végéter à l’instar de tout vivant dénué de conscience et de raison. En somme, la manière intemporelle d’être de la lie de l’humanité est constamment traversée par des affects hétéroclites, des paradoxes irréconciliables, voire insurmontables et que le philosophe romain résume en ces termes : « Eh ! Qui ignore que les plus pleins de vos voluptés sont les plus sots, que la méchanceté abonde en satisfactions et que l’âme même entasse toutes sortes de voluptés vicieuses ? En premier lieu l’arrogance, l’outrecuidance, un orgueil qui vous élève au-dessus des autres, un amour aveugle et imprévoyant de ce qui vous appartient, de folles délices, des joies immodérées pour des causes mesquines et puériles[5], puis la causticité et la hauteur insultantes, la mollesse et la décomposition d’une âme indolente qui s’endort sur elle-même. »[6]

         Dès lors, on peut dire que si l’on ne voit pas, de nos jours, émerger les prolégomènes d’une nouvelle philosophie du droit politique, cela tient essentiellement au fait que les penseurs contemporains emploient toute l’énergie de leur intelligence à commenter les anciens ; même s’ils les reprennent de façon aussi originale et pertinente que possible. Autrement, ils nous amèneraient à comprendre qu’il n’y a pas lieu de confondre le peuple et sa lie de l’humanité. En effet, comme nous sommes tous des membres du peuple, nous pouvons toujours nous fonder sur le « bon sens », à l’inverse des gouvernants, pour opérer, en matière de politique et d’économie, des mutations futures heureuses. Car le peuple a toujours fait preuve d’une bonne inclination quand il écoute sa raison ; et, en matière politique, sa volonté générale le conduit à rechercher, tant bien que mal, l’intérêt général. Sur ce point, Pascal n’hésite pas à préférer le bon sens du peuple à l’arrogance des élites de son temps trop souvent promptes à juger de tout sans examen approfondi de l’objet de leur critique. Selon lui, « le peuple a les opinions très saines ; par exemple : 1° d’avoir choisi le divertissement et la chasse plutôt que la poésie. Les demi-savants s’en moquent, et triomphent à montrer là-dessus la folie du monde ; mais par une raison qu’ils ne pénètrent pas, on a raison… »[7].

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Les foules vénérant  leurs bourreaux, les chefs politiques

       De nos jours en France, il est aisé de trouver de nombreux exemples pour illustrer ce « bon sens » du peuple. Mais, je vais m’en tenir à deux faits majeurs pour le démontrer : d’abord, au cours de la décennie 1970-19780, le peuple a protesté (une génération de Français) contre le projet de construction de la centrale nucléaire « Superphénix » sur le site de Creys-Malville, dans l’Isère. A ce moment-là, il y avait, au moins, deux raisons majeures qui explique l’hostilité du peuple par rapport à ce projet, en dehors des peurs communes du nucléaire : d’une part, on n’avait aucune maîtrise, ni connaissance solide de la technologie des surgénérateurs ; d’autant plus qu’en raison de la délicatesse du maniement de ce genre de technologie, les Etats-Unis d’Amérique venaient d’y renoncer. Ensuite, l’évaluation de son coût de construction et d’entretien allait se révéler exponentielle au cours des années à venir et peser grandement sur le Budget de l’Etat, sans oublier les remboursements aux financiers étrangers (des particuliers et Etats étrangers comme l’Iran ou la Confédération helvétique etc.). L’Etat s’est opposé avec violence à cette initiative républicaine, comme l’écrit « Le Monde » du 30 juillet 2007 : «le 31 juillet 1977, plusieurs dizaines de milliers d’antinucléaires convergeaient sous la pluie, au milieu des champs de maïs, vers le site de Malville, en Isère. Ils voulaient s’opposer à la construction, commencée l’année précédente, de ce qui devait être le fleuron de la technologie électronucléaire française : le surgénérateur Superphénix. Au cours des affrontements avec les forces de l’ordre, un manifestant, Vital Michalon, était blessé mortellement par l’explosion d’une grenade offensive et deux autres étaient blessés ». Et pourtant, malgré cette opposition lucide, vingt années plus tard, et après avoir dépensé des milliards (en francs et en euros) en pure perte, à la fois pour la construction, l’entretien et le démantèlement, l’Etat a fini par donner raison aux manifestants de cette époque. C’est, du moins ce qu’écrit Georges David, dans la « Gazette nucléaire (n°235/236, février 2007) : « en juin 1997, le gouvernement Jospin décidait d’arrêter définitivement Superphénix, la centrale nucléaire surgénératrice de Creys-Malville (Isère). Un décret du 30 novembre 1998 confirmait cet arrêt ». Ainsi, selon les anti-nucléaires, la déconstruction est une mission difficile et délicate ; voire de longue haleine. C’est ce que Georges David explique de la manière suivante : « il est encore prévu 20 ans de travaux, qui se décomposent en trois grandes étapes : le traitement du sodium, d’abord, la déconstruction du bloc réacteur, ensuite et la démolition des bâtiments, enfin.
Le traitement du sodium constitue une phase très délicate. Rappelons qu’à l’état liquide le sodium est un produit extrêmement dangereux : il  explose au contact de l’eau et s’enflamme au contact de l’air. Au total il y a 5.500 tonnes de ce produit à neutraliser : les 4.000 tonnes (radioactifs) du circuit primaire (cuve) et les 1.500 tonnes du circuit secondaire des échangeurs de chaleur » etc.

     Ensuite, le peuple a montré sa capacité à envisager, avec intelligence, la nature des problèmes humains et à comprendre le sens de la perfidie des élites politico-économico-financières. D’une façon générale, ces dernières se montrent incapables de la moindre vision prospectives des choses. Il ne saurait, d’ailleurs, en être autrement, puisqu’elles passent le clair de leur temps à regarder ce qui se passe à la surface de leurs pieds ; je veux dire qu’elles sont entières prises par la gestion de l’immédiateté. Car les élites politiques rendent stériles leurs actions politiques en gaspillant du temps utile par des actions vaines, comme la conquête du pouvoir et/ou la stratégie de le conserver. L’avenir des pays ou des peuples ne se pose guère pour elles. Quant aux élites économico-financières, elles emploient toute leur énergie à accumuler du capital, au-delà du raisonnable, quitte à mettre sérieusement en péril la vie des générations humaines futures. Le futur n’a aucune existence pour elles puisque leurs machines (ordinateurs) les rivent sur l’instant présent et ses fictions multiples. Le peuple français avait donc compris que la construction de l’Europe, telle qu’elle était en train de s’édifier, sous la férule des puissances industrielles et marchandes, des banquiers, des financiers, allait à l’encontre de l’intérêt des peuples d’Europe. Or, l’Europe des capitalistes, ce genre d’êtres humains sans patrie ni enracinement et dont la cervelle est totalement prise par le mirage de l’accumulation des riches ici et maintenant, risquerait de faire resurgir, au cours des prochaines années, le spectre des nationalismes aveugles, dangereux pour la paix civile, et mortifères pour la sécurité des vies humaines. Car ceux-ci s’amusent à jouer avec les intérêts respectifs des peuples ; du moins, à les opposer les uns aux autres. Dès lors, ayant bien étudié et compris le sens de la Constitution européenne, qui vient d’être validée par la seule action des élites politiques contre l’avais souverain des peuples, le peuple français s’était prononcé contre cette constitution, capitaliste dans son esprit. Selon « Le Monde.fr » du 30 mai 2005, le référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe a été une consultation populaire. Elle a eu lieu le 29 mai 2005. A la question : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ? », 54,68 % des électeurs ont répondu « non ». Et pourtant, les élites ont pu passer outre cette expression souveraine pour approuver cette Constitution en 2007 par voie parlementaire, comme cela s’est également fait dans l’Europe des vingt-sept.

     Donc, au regard de ces exemples, le peuple peut s’élever à une forme de rectitude du jugement et montrer à la face du monde que le « bon sens » du peuple, c’est aussi l’expression d’une âme libre, élevée. Dans cette perspective, et le peuple ainsi conçu, l’âme du peuple est susceptible d’être intrépide, constante en se soustrayant à la crainte, à l’avilissement, aux maux gratuits. Cette liberté dont il fait ou peut faire preuve, c’est la connaissance de son vrai bien, à savoir qu’il est l’unique source de tout pouvoir en tant que souverain ; et qu’à ce titre, les élites politiques sont à son service et non l’inverse. Et tel est le sens du mot peuple que j’emploie dans l’économie des recherches présentes.

       Car le peuple, au sens noble du terme, a toujours la possibilité morale, voire la capacité physique de se dresser et de secouer les entraves, les chaînes de la civilisation en décadence et/ou surannée. Il peut oser entreprendre de provoquer l’avènement d’un monde nouveau ; ou de faire émerger ce que d’autres générations antérieures n’avaient pas eu le courage d’entreprendre. Sans cette audace, on ne peut rien espérer de bon pour demain. Car toutes les élites politiques, avec la complicité scandaleuses de leurs consoeurs du monde de la finance et de l’économie, se contentent de gérer le statut quo suivant : celui de maintenir inchangée la situation de la jouissance perpétuelle de leurs privilèges et des legs de ceux-ci à leurs seules progénitures. Les intellectuels et autres penseurs contemporains n’agissent pas autrement. Ils sont, eux aussi, de connivence avec l’état actuel des choses. Jouissant des mêmes avantages que les élites politiques et économiques, ils ne voient aucune raison de le mettre en cause, de le critiquer, de le changer. On comprend alors qu’un auteur, comme Christophe Dejours, puisse parler, à leur sujet, de « cynisme » qui «est devenu un signe de ralliement de l’intellectuel ». De la même façon que les intellectuels et autres penseurs ne s’intéressent plus à la violence sociale, à la misère morale et matérielle des plus démunis de la population, de même, remarque-t-il, « nos dirigeants ne s’intéressent pas vraiment au destin des pauvres et ils ne sont pas toujours authentiquement préoccupés par le destin de la cité. La décadence, en tant que telle, ne les dérange pas. Dans l’Olympe où les nouveaux maîtres ont établi leur résidence, la seule occupation légitime consiste à faire des affaires. L’affairisme ne déplore pas la décadence de la cité. Il n’en a cure… Le cynisme est condescendant à l’égard de la pensée, il est ironique avec le philosophe et le chercheur, il leur impose des arguments de l’efficacité, du réalisme et de la puissance du pouvoir fondé sur les affaires. Le cynisme gagne du terrain non seulement parmi les politiques mais aussi parmi les penseurs. Là se forment les fissures de la civilisation. S’il faut reconnaître une crise politique à notre temps, peut-être devrait-on la caractériser comme une défaite de la pensée harcelée par le cynisme »[8]. (In Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre ?- malédiction du pouvoir politique, faillite des élites et espoir des peuples de demain- Tome II, Le Manuscrit, Paris 2011)

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III- L’exemple d’un ensemble de peuples autonomes, libres, souverains et sans chefs :Zomia

         Pourtant, le peuple, en son sens noble, n’est pas si dénué d’intelligence qu’on le croit ordinairement. On prétend qu’il est incapable de pratiquer la démocratie. Ce faisant, on met tous les peuples de la terre dans le même panier, comme si on les connaissait parfaitement. On raisonne toujours à partir de ce que l’on connaît le mieux, c’est-à-dire en se fondant sur l’exemple des peuples qui ont toujours été accoutumés à être dominés et gouvernés ; et pour lesquels il est inconcevable de penser qu’un peuple puisse exister par lui-même sans un chef. Autant dire qu’il s’agit là de la majorité des peuples de la terre.

   Cependant, il existe des populations qui échappent à ce schéma de dépendance politique et qui sont souverainement maîtres d’elles-mêmes ; voire heureuses. C’est le cas de l’ensemble des populations de l’Asie du Sud-Est que l’anthropologue américain James C. Scott appelle Zomia, et qui est même le titre de son ouvrage. Le sous-titre est à lui seul un sujet très significatif : L’art de ne pas être gouverné. « Depuis deux mille ans, les communautés d’une vaste région montagneuse d’Asie du Sud-Est refusent obstinément leur intégration à l’Etat : c’est le nom de cette zone d’insoumission qui n’apparait sur aucune carte, où les fugitifs – environ 100 millions de personnes – se sont réfugiés pour échapper au contrôle des gouvernements des plaines. » Dans les grandes lignes, les conditions de vie et de bien-être de ces populations peuvent se résumer dans les faits essentiels suivants : l’égalité quasi mathématique entre les individus, l’autonomie politique, l’autarcie économique et/ou l’art de vivre en fonction de ce qu’on produit soi-même ; et la mobilité. En Zomia, cet ensemble de populations vit éloigné des Etats constitués des basses terres et dans la dispersion. Ils sont copropriétaires égalitaires de tout ; en ce sens, la propriété est commune. Ces relations égalitaires entre tous, hommes et femmes, a eu pour effet de limiter le pouvoir et les prérogatives des chefs, là où il y en a. Et quand ils font preuve d’ambitions autocratiques ils sont, au mieux immédiatement destitués par la communauté, au pire éliminés physiquement, selon James C. Scott. En vertu de leur structure sociale, les peuples de Zomia sont regardés comme « les plus démocratiques et les moins étatisés » de la terre.

     Dès lors, on ne peut plus raisonnablement soutenir qu’en dehors de l’économie libérale, il n’y a point de salut. Une telle thèse participe de la manipulation ordinaire des consciences par la secte des défenseurs de cette pseudo-théorie “scientifique” qu’est l’économie libérale. Bien au contraire, il est impératif qu’un prochain jour, les peuples, en se réappropriant leur destinée, en se réveillant de ce long temps de sommeil plus ou moins volontaire, se révoltent comme un seul homme contre cette secte économique perverse, nuisible et dangereuse. Il faut qu’ils mettent fin à sa suprématie sur le monde, sur les consciences, sur les biens des peuples. Il faut qu’ils fassent cesser l’exportation des salariés, la misère du monde actif. C’est à cette seule condition qu’ils éviteraient le chaos, la catastrophe, la décadence dans lesquels la secte de l’économie libérale conduit fatalement notre commune Terre. Car elle est devenue une « malintocratie » esclavagiste (faire travailler les terriens pour satisfaire sa gloutonnerie insatiable), la pire que l’Humanité ait jamais connue à une telle échelle, c’est-à-dire mondiale. Par « malintocratie », nous entendons le gouvernement des mauvais (au sens moral du terme) ou de ceux qui dirigent le monde dans le sens du mal et dont toutes les actions inclinent au mal. C’est aussi dans le sens de ceux qui sont si habiles qu’ils ont réussi, bien qu’ils soient minoritaires, à soumettre la quasi-totalité de l’humanité à leur pouvoir. Ce sont des « malins génies », pour emprunter ce terme à Descartes.

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[1] Le sommeil et le rêve (O.Jacob, coll. « Points », Paris 1992, p.123)

[2] Si l’on prend le cas de l’actuel président américain, M. Barack Obama, on comprend tout à fait le sens de mes analyses. Celui-ci tente de proposer une autre forme de gouvernement fondé sur la compréhension des peuples américains, d’humaniser la fonction présidentielle mue essentiellement et depuis longtemps, c’est-à-dire depuis la naissance de cet ensemble d’Etats au XVIIIe siècle (La Déclaration d’indépendance est ce texte politique par lequel les Treize Colonies britanniques d’Amérique du Nord ont fait sécession par rapport au Royaume-Uni, le 4 juillet 1776, qui est aussi fondateur de la naissance de ce pays) sur la violence et la volonté de puissance dominatrice. Une frange de la population américaine, qui n’y est guère habituée-la lie de l’humanité- est désemparée et réclame le retour à la gouvernance virile qui la soumet, l’humilie, la spolie, la ruine même sans réaction aucune de sa part. La forme de gouvernance qui lui sied davantage s’apparente à celle de George W. Bush, qui a passé son double mandat à se jouer de la naïveté de son peuple, à le faire rêver par des fantasmes de domination de toute la terre par l’Amérique, comme si celle-ci était encore à une zone vierge à coloniser.

[3] Garnier Flammarion, Paris, 1983, p. 134.

[4] Entretiens – Lettres à Lucilius – Préface de Paul Veyne – (Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris 1993)

[5] Même des individus de haut niveau intellectuel peuvent être classés dans la lie de l’humanité dès lors que les préjugés de toute nature (religieux, « raciaux», de milieux ou statuts) en viennent à gouverner toute la conscience. Alors, ils sont conduits à faire preuve d’intolérance, de violence, de fanatisme, d’aveuglement et d’obscurantisme dans leur comportement, leurs opinions, leurs actes vis-à-vis d’autrui. Et tels sont les plus dangereux, les plus sensibles à la bonne intelligence entre particuliers parmi les individus de la lie humaine.

[6] De la vie heureuse, IX, 3, p.239 in Entretiens – Lettres à Lucilius

[7] Pensées, (Garnier, Paris 1964, p.158, article V)

[8] Travail vivant, 1 : sexualité et travail-Introduction- (Payot et Rivages, Paris, 2009, p. 10)

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2 réflexions sur “Troisième Partie : Du meilleur des mondes à une réflexion sur la démocratie

  1. pierrebamony dit :

    Hm, alors… tu as été bien inspiré par Huxley, alors… great.

    Et moi….. Kropotkine.. qui…. croyant fondamentalement à l’autogestion, a vu, lors de ses observations scientifiques en Siberie, que c’était bien l’aide mutuelle, le partage du pain, non pas la competition (que Darwin essayait de prouver), qui fournissait la possibilité d’une espece à evoluer, et, finalement, pour les etres humains, de vivre en communauté d’une manière autonome….

    Il y a un manque de pain dans mon communauté, le milieu educatif…. et ceci, réduisant certains d’entre nous en cendres, augmente le manque de sympathie, l’application de l’egoisme.. C’est avec tristesse que la création de la penurie, comme dit Kopotkine, arrete le developpement des sentiments sociables…. alors, sans supports mutuels, les relations dissipent…. and social fabric wears thin.

    À bientot.

    Sarah Elisabeth Yearout : s.yearout@yahoo.fr

    Réponse

    Bonjour Sarah Elisabeth,

    La théorie darwinienne correspondant à une idéologie de civilisation visait à justifier la domination d’une partie des peuples de la terre sur d’autres zones ou d’autre peuples. C’était particulièrement vrai au XIXe siècle, époque des colonisations.
    Après avoir relu son volumineux ouvrages, dès que j’aurai un peu de temps, je vais m’envoyer à réfuter sa théorie et à démontrer qu’elle n’a rien de scientifique.

  2. pierrebamony dit :

    En fait, les réalités humaines sont infiniment complexes. Aussi, au regard de la raison philosophique, on doit les aborder avec une infinie précaution.
    Ainsi, les communautés de Zambia vivent sou l’angle de l’autonomie économique et de la solidarité. Elles se moquent bien des formes de hiérarchie, de domination de l’autre, de pouvoir. L’idéal de ces populations consiste à vivre le mieux possible sans nuire aux intérêts vitaux des uns et des autres ; et dans le respect de leur commune humanité.
    Tu vois bien que la thèse que tu défends n’est si éloignée du mode de vie de ces populations.
    Bien à toi.

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