De la pédagogie et de l’éducation en Grèce au IV e siècle av. JC : de leur influence et évolution à travers le temps

De la pédagogie et de l’éducation en Grèce au IV e siècle avant JC : de leur influence et leur évolution à travers le temps

Ecrit par : Alexis Verhassel et Pauline Khalifa TL 2014
Lycée Saint-Marc, Nivolas-Vermelle

Introduction

La Grèce des royaumes hellénistiques (IVème siècle av. JC à la conquête romaine de 16 av. JC), dont la puissance est née de la démocratie Athénienne fondée au VIIème siècle av. JC, a vu, grâce à l’essor d’arts telle que la philosophie, l’émergence de la pédagogie moderne (selon la méthode de certains philosophes). Cette éducation grecque, ainsi que la culture, furent très répandues autour de la Méditerranée du fait des nombreuses conquêtes d’un éminent élève d’Aristote qui a illuminé le monde pour des millénaires, par l’ampleur de son empire et par son ambition : Alexandre le Grand. A sa mort en 323 av. JC, la culture grecque – et l’éducation qui en découle – est fort bien connue dans le pourtour méditerranéen. Les romains utiliseront les mêmes méthodes d’éducation, en les améliorant quelque peu, pour éduquer leur jeunesse ; et aujourd’hui encore, tout notre système éducatif en découle dans les grandes lignes. D’où l’importance de ces fondements issus de la pensée socratique et de la culture.

Vous vous posez certainement des questions telles que comment l’éducation était-elle organisée ? Quels étaient les arts étudiés, les méthodes ? Quelles furent les conceptions des différents philosophes ? Ou encore tout simplement qu’est-ce que la philosophie ? Toutes ces questions seront traitées ci-après.

  • Plan
    I. Définition de la pédagogie
    II. Importance et principes de l’éducation grecque
    III. De la pédérastie
    IV. Organisation de l’enseignement (cursus, arts,…)
    V. Un héritage ?

I/ Définition de la pédagogie

*Qu’est-ce que la pédagogie ?
*Pédagogie: vient du mot grec παιδαγωγία, paidagôyos ou encore «pais », et « agein » : « Enfant », et « Conduire, mener, guider ». Littéralement, c’est le fait de vouloir instruire, offrir son savoir, élever moralement un enfant. La pédagogie est une discipline qui englobe ainsi tous les systèmes, les manières permettant ainsi de guider le sujet vers la connaissance.

*En Grèce :
Ce peuple (V-IVème siècle avant JC.) est curieux, avide de connaissance et de culture ; il respecte les savants, les penseurs et craint l’ignorance. Bien vite, il s’intéresse aux travaux de savants tels que Thalès ou encore Pythagore qui instaurent les premières méthodes philosophiques logiques et rigoureuses. Les Sophistes intriguent les Grecs par leur raisonnement et leur éloquence : l’œuvre Théagès de Platon démontre ce fait. En effet, le jeune homme/héros de cet ouvrage rencontre l’illustre Socrate et se voit être fasciné par les philosophes sophistes. Bien vite, il va vouloir s’engager dans cette voie semée d’embûches pour atteindre le but ultime : la vérité.

*Le pédagogue, premier éducateur de l’enfant
Celui-ci est avant tout un esclave qui accompagnait l’enfant à l’école, veillait également à la connaissance de sa leçon du jour en la lui faisant réciter. Il assistait au cours avec lui. Sa fonction s’arrêtait lorsque l’enfant devenait un adolescent. Le pédagogue est intelligent, cultivé ce qui lui a valu l’acquisition du statut d’enseignant et plus tard d’éducateur.

Le Triangle Pédagogique (toujours applicable aujourd’hui)

triangle

II/ Importance et principes de l’éducation grecque

1) Socrate et la pédagogie : la maïeutique

Platon est responsable du fait de nous avoir laissés des dialogues de Socrate. Ce dernier est considéré comme un maître, une sorte d’enseignant. Il utilise des dialogues, des discussions avec plusieurs interlocuteurs, des disciples, ou des confrères philosophes, dans le but de philosopher, de résoudre un problème, une question.

  • Interroger des hommes pour leur permettre une forme d’ascension vers la vérité :  leur réflexion doit les conduire à cette dernière.
  • Faire éclore cette fleur est une prise de conscience (cf : La République, Livre VII, Paragraphe allégorie de la caverne, de Platon / Schopenhaeur Le monde comme volonté et comme représentation  avec l’étonnement philosophique).
  • « Accoucher les esprits » n’est autre que la maïeutique (du grec Maieutikê : art de faire accoucher). Ce philosophe a le nouveau statut de « sage-femme spirituelle ».

L’objectif de Socrate : clarifier, élucider l’esprit de ses disciples pour qu’ils puissent accéder à des connaissances philosophiques, au monde intelligible du philosophe et à une vérité relative.

Principes de la pédagogie de Socrate :

La Mort de Socrate, J.L David 1787

La Mort de Socrate,
J.L David 1787

  • Ne jamais pas énoncer soi-même les vérités : les hommes doivent les trouver par eux-mêmes, par leur labeur, leur réflexion. Socrate ne fait qu’office de guide. Il faut être autonome et réfléchi. Même si Socrate est présent, il encourage les raisonnements des autres pour élucider, régler leurs propres soucis. Il est donc humble
  • Encourager, faire confiance : montrer un intérêt pour une personne et l’écouter la met dans une posture mentale apte à la plénitude, à la méditation et à la réflexion claire et de son esprit. Elle ne craint plus l’erreur : elle même prend des risques et tente de raisonner avec logique.
  • Guider : Comme nous l’avons vu précédemment dans le livre VII de La République de Platon avec l’« allégorie de la caverne », assimilation et apprentissage ne sont pas des tâches aisées. L’initiation philosophique, la prise de conscience et la volonté d’accéder au monde intelligible sont majeures. Socrate oriente ses disciples vers la lumière véridique. Le chemin est ardu comme le prouve cet ancien prisonnier qui doit réapprendre à marcher, à se lever, et à supporter la lumière du jour : il renaît homme.
  • Prendre son temps : examiner les choses/cas en détails. Pour philosopher, il faut savoir ordonner sa pensée, la structurer et l’accorder correctement à un problème posé. Il faut ensuite la consolider et la formuler explicitement. Manquer une de ces étapes serait bien dommage car on pourrait, par la même occasion, perdre un élément intéressant.
  • Finalement la vérité surpasse l’Homme : émerveillement de Socrate, le tuteur, quand il se rend compte que ses disciples avancent dans la connaissance et dans la compréhension progressive. (Spinoza : Ethique : la vérité apparaît, évidente, en face de nous.

2) Aristote, La Politique : pédagogie de l’auteur

*Le philosophe devient un précepteur. L’auteur lui-même a été le précepteur d’Alexandre le Grand. Il lui a appris à aimer la poésie, à respecter Homère et les autres poètes. Il lui a enseigné l’histoire naturelle et l’amour des sciences.

Principes de la pédagogie d’Aristote:

*Il faut distinguer trois moments, trois degrés dans le développement de l’Homme, c’est-à-dire :

  • 1) la vie physique ;
  • 2) l’instinct et
  • 3) la raison. Ensuite, il faut graduer selon ces trois paramètres d’existence, la progression des exercices et des études.
    *La naissance du corps précède celle de l’âme. Cette dernière est composée de deux parties distinctes : l’irrationnelle et la raisonnable. L’éducateur doit à tout prix respecter cet ordre naturel ; pour être précis, prendre soin du corps avant de songer à l’âme.
    (*Développer l’instinct avant l’intelligence : c’est la première esquisse de l’éducation progressive d’après les Modernes).
    *L’éducation doit se préparer même avant la naissance de l’enfant à propos notamment du mariage, de leurs arrangements ; on prescrit également aux mères enceintes un régime à suivre.      *De 2 à 5 ans l’éducation de l’enfant est « négative ». Rien ne lui est enseigné directement : on le prépare avant tout pour l’avenir.
    *D’une part, Aristote dit que l’enfant ne devrait pas fréquenter la société des esclaves ; d’autre part, il n’est pas conseillé de les emmener voir des farces satyriques ou des comédies.
    (*Certaines images, paroles pourraient frapper l’enfant, heurter sa sensibilité, être nocives d’où l’importance de soustraire son âme aux dangers du théâtre et encore à la vulgarité des esclaves.)
    *A 5 ans, c’est officiellement le début de l’enseignement. Durant deux ans, il assiste au cours sans que cela ne s’adresse à lui ; l’instruction réelle débute à 7 ans jusqu’à ses 21 ans.
    *Aristote n’a pas planifié l’apprentissage par années, ni par périodes : il se sert de questions générales soulevant l’art de l’éducation ; trois questions majeures :
    1) Est-il nécessaire d’imposer une règle, une discipline à l’enfant ?
    2) L’éducation doit-elle être donnée par l’Etat, d’après des méthodes uniformes, ou abandonnée aux familles ? (Peut soulever éventuellement un problème dans notre société actuelle si on part du principe que certains hommes préfèrent l’étude à la maison…)
    3) Sur quels objets faut-il diriger les études ?

Réponses d’Aristote :

Aristote

Aristote

Premièrement, l’éducation est obligatoire car elle forme les mœurs et renforcent l’Etat. Sans éducation, pas de vie sociale et l’éducation peut changer de caractère selon qu’on l’applique dans une société aristocratique ou démocratique.

Deuxièmement, l’éducation se veut publique et commune. A partir de 7 ans, l’enfant devrait avoir une éducation identique et par conséquent publique. L’objectif, le but commun du citoyen : apprendre la vertu. L’éducation maintient l’Etat et si elle est mal organisée, négative, mal enseignée, elle peut lui nuire gravement car on supprimerait une unité morale sans laquelle l’unité matérielle (c’est-à-dire l’Etat lui-même) n’est qu’un simple nom.

Troisièmement, il faudrait rejeter de l’éducation toutes les occupations, arts ou sciences qui seraient inutiles à la formation de la vertu et de sa pratique.
Exemples : *Arts mécaniques : *déforment le corps
*nuisent à l’élévation de la pensée

*Sciences libérales (à l’excès/curiosité extrême) : nuisibles si on veut en faire un moyen d’existence.

Aristote semble ainsi obéir aux préjugés de l’Antiquité grecque.

Homme libre : *enchaîné par tout ce qui a un caractère d’utilisé pratique et matérielle
*être un homme de loisir. L’éducation doit y contribuer et le prépare à occuper celui-ci. On étudie ainsi les choses non pas inutiles et nécessaires mais belles.
Les études désintéressées sont dignes de l’homme libre :
*la gymnastique
*la grammaire
*le dessin
*la musique
Selon l’auteur, on doit les aborder à tour de rôle. Aux yeux d’Aristote, la musique devrait être introduite dans l’éducation. Car elle est plaisante mais surtout l’apprentissage de la science musicale permet à celui qui l’écoute, ou qui la joue, de profiter pleinement de ce domaine. Elle pourrait avoir également un pouvoir spécial : « celui de charmer les cœurs ».
(*forme d’influence morale
*détient le pouvoir d’agir, de modifier les passions, les affections car elle peut les représenter et les inspirer.)

En définitive, Aristote est l’un des pères de l’éducation complète même si ce dernier n’est pas parvenu à dépasser certains préjugés sociaux. Son éducation semble néanmoins s’établir sur une minorité.

III/ (De) la pédérastie

André Bernand, Sorciers Grecs : la pédérastie et l’adolescent masculin
En Grèce, les adolescents détiennent un statut assez particulier, spécial. En effet, cela fait d’eux des hommes appartenant à un groupe marginal qui peut être « victimes » de certains comportements, voire « acteurs » consentants. De douze à dix-huit ans, on considère que le sujet est un adolescent. Dans son enfance, il est sous la surveillance d’un individu du cercle familial. Ensuite, son « tuteur » est hors du cercle familial, comme par exemple un sophroniste. L’adolescent masculin, pour son éducation, se rend désormais dans des lieux tels que le gymnase ou la palestre. Ainsi, il est sous la protection d’un homme mûr qui a un rôle d’éducateur. En effet, ce dernier s’occupe de l’apprentissage moral et physique du jeune homme. Il lui enseigne ce qui lui est nécessaire de savoir. Cette éducation doit être complète : on se doit d’entretenir aussi bien le corps que l’esprit. Cette pratique forme un duo, une sorte de couple composé de l’éraste, l’homme mûr ; et de l’éromène, le jeune homme.

Eraste et son éromène, Vème siècle avant J-C, musée du  Louvre

Eraste et son éromène, Vème siècle avant J-C, musée du Louvre

L’éromène et l’éraste sont également des amants : l’éromène accorde à l’éraste le coït anal et coït intercrural ; l’éraste commet donc l’action.

La loi mentionne à propos de cette pratique que l’éromène (« celui qui subit ») ne doit pas être payé, ne peut pas obtenir un bénéfice financier ; ce serait sinon une forme de prostitution. Dans le cas de l’éraste, ce dernier ne doit pas blesser, ni brutaliser son jeune partenaire pour parvenir à ses fins.
Les mœurs interdisent le fait que deux adultes puissent se livrer à des relations homosexuelles ; et si l’un des partenaires sexuels est plus jeune, l’adulte ne devrait pas avoir le rôle de récepteur, c’est-à-dire le rôle « passif » dans le rapport sexuel.

Petit plus d’après Pierre-Luc Landry, Histoire et civilisation.

*Certains aspects homosexuels semblent autorisés, encouragés durant cette période de la Grèce Antique, dans les relations sociales.
*Attention : la pédérastie n’est pas homosexualité.
*En effet, l’homosexualité entretient une forme de relation éducative (cf l’exemple de l’éromène et de l’éraste. Ainsi, cela a une forme d’aspect rituel, d’initiation, une sorte de rite de passage (exemple : dans certaines traditions, un futur éraste annonce « l’enlèvement » d’un jeune homme [futur éromène] ; la famille concernée passe un accord avec ce dernier ; l’éraste offre des cadeaux à son jeune amant, pratique la chasse etc…).
*A différencier :
La pédérastie : attirance sexuelle ressentie par un homme pour les jeunes garçons ; relations sexuelles d’un homme avec un jeune homme
L’homosexualité : trouve la satisfaction de ses désirs sexuels avec des sujets du même sexe.
*Les Grecs favorisent beaucoup plus la pédérastie que l’homosexualité, qui parfois est méprisée. L’homosexualité entre adultes n’est pas forcément condamnée (fait paradoxal d’après Sorciers Grecs). Certains spécialistes préfèrent mentionner la bisexualité (= se marier, avoir des enfants, des relations homosexuelles et adultères…) Il est en revanche mal vu d’être efféminé, un travesti ou une « folle ». On méprise même les prostitué(e)s.

*Attention aux anachronismes et à notre œil moderne !
Pédérastie                      N’EST PAS                 Pédophilie
*Normale chez les Grecs           *terme moderne, punie par la loi
durant cette période,                    déviance, perversion, insanité, —
traditionnelle, système éducatif.

(–dans notre société actuelle)

*Attention : la pratique éromène-éraste concerne, en général une classe aristocratique. La classe sociale doit être identique pour que cette liaison ait lieu.
Exemple : L’esclave ne peut pas l’entretenir avec un garçon libre de naissance, en revanche il le peut avec un métèque.

*Les lois pédérastiques ne conviennent pas à tout le monde ; certains hommes mûrs ont déjà eu recours à la magie pour séduire un garçon qui ne souhaitait pas prendre part à cet amour, faits prouvés par la découverte de tablettes d’envoûtements prévues à cet effet.
Voici un témoignage de Lucien qui s’en est pris à Alexandre (extrait de Sorciers Grecs).
« Entre autres amants, il fut possédé par un de ces sorciers qui vous promettent sortilèges, enchantements prodigieux, faveurs amoureuses, évocations infernales contre nos ennemis, trésors déterrés et héritages. Cet homme, voyant un enfant bien doué…non moins amoureux de la coquinerie de son amant que lui-même de la beauté de son mignon, acheva son éducation. »

Réflexions personnelles
L’être humain est intéressé par certaines banalités. Ainsi, il semble relativement simple de charmer un jeune homme assez naïf par des promesses de cadeaux, de pouvoir avec des prouesses magiques. De plus, l’adolescent, en terme général, est curieux, intrigué par le monde adulte qu’on lui a souvent caché ou interdit. Il se dit qu’avec l’aide d’un adulte (un homme mûr, l’éraste), il pourrait y accéder. Aussi, l’adolescent a pris conscience de sa capacité sexuée, c’est-à-dire de l’idée qu’il peut être objet de plaisir (pour lui-même ou pour les autres), qu’il peut donner et recevoir du plaisir. Il ressent le besoin de s’assurer, de se rassurer de son pouvoir sexuel (phallique) et de vivre pleinement sa sexualité. Cet homme expérimenté qu’est l’éraste lui offre cette opportunité ; cette idée ne lui est pas désagréable : il peut, de cette manière, songer à cette concrétisation. Il apprend de cette aventure « homosexuelle » avec cet homme mûr et commence à comprendre son désir et à le maîtriser (acquisition d’une forme intelligible sexuelle/ maîtriser) Il ne cherche plus à se comporter « comme un animal » (nature bestiale).
L’adolescent puise directement dans le savoir de son nouveau précepteur. En outre, dans la Grèce antique, on connaît une sorte de paradoxe entre mœurs et lois (Cf Pierre-Luc Landry). Pour certains Grecs, l’homosexualité est vue comme une perfection, une harmonie alchimique du corps. En effet, des individus du même sexe seraient capables d’être doués, plus aptes à satisfaire leur partenaire par la connaissance de l’anatomie de l’autre (similaire à la leur) et des désirs parfois semblables (même si cela varie d’un individu à un autre).

En définitive, la pédérastie n’est pas un crime dans cette société grecque mais un rituel initiatique. C’est une pratique courante concernant l’adolescence masculine, généralement d’une classe sociale élevée. Elle lie à un homme beaucoup plus âgé avec un jeune garçon (12-18 ans). Ils sont nommés éraste et éromène. Cela est une méthode éducative et instruit en profondeur le jeune homme d’une manière morale et physique.

[Plus d’informations sur la société grecque : L’ Âne d’Or ou les Métamorphoses d’Apulée]

IV/ Organisation de l’enseignement
A partir de cette époque (IVe siècle av. JC), le cursus scolaire devient plus complet. Après l’école primaire, il y a le développement d’un enseignement secondaire menant à l’éphébie – qui est à l’origine, le service militaire obligatoire – ou à d’autres formes d’enseignement supérieur. Malheureusement, cette éducation n’est pas encore tout à fait accessible à tous. Certes, les jeunes filles n’en sont plus exclues, du moins au niveau du primaire et du secondaire ; et même les jeunes esclaves y ont droit. Cependant, les degrés supérieurs sont encore réservés à une élite. En effet, seuls les gens riches et/ou doués gravissent ces échelons. Cela peut s’expliquer par le fait que les écoles sont souvent privées. Malgré tout, la place de l’Etat dans ce domaine est de plus en plus prépondérante, notamment lors des fêtes religieuses de la citée, de leurs manifestations. Certains enfants étaient amenés à participer aux sacrifices rituels ou aux jeux qui y étaient organisés. Cette participation était l’affaire de magistrats spécialisés. De plus, ces écoles étaient quelquefois fondées ou entretenues, au moins partiellement, par les dons de riches particuliers. Ces dons peuvent être volontaire ou être l’objet de « liturgies », des services imposés par l’Etat aux citoyens fortunés qui peuvent concerner plusieurs domaines publics. Par exemple, l’huile utilisée pour les exercices athlétiques au collège éphébique d’Athènes est fournie par des donations privées. Aussi, on peut remarquer que l’éducation grecque était complète car elle contribuait à l’élévation de l’esprit par l’acquisition de savoirs et de techniques, mais aussi à la formation du corps, voire à l’initiation à l’amour. Cela confirme la maxime latine « Animo Sano In Corpore Sano » (un esprit sain dans un corps sain).

1) A l’école primaire

A l’école

Entre 7 et 14 ans, le jeune reçoit un enseignement dit primaire. Le grammatiste en est le maître le plus important. C’est lui que l’on appelle « didascalos » (maître). Il a pour mission d’apprendre à l’enfant à lire, écrire et lui donner ses premiers textes à savoir par cœur. Certains arts tels que la musique ne seront étudiés qu’à partir de l’enseignement secondaire et l’importance de l’Education Physique diminue au fil de l’âge. Néanmoins la pédagogie est restée la même. L’enfant doit toujours faire appel à sa mémoire pour évoluer. Il commence à apprendre des listes de lettres, sans toutefois connaitre leur forme ou leur valeur phonétique. Il faudra attendre les Romains pour que les méthodes pédagogiques s’améliorent. Une fois que l’élève déchiffre des mots, le grammatiste lui fait apprendre par cœur des formules absurdes pour les lui faire réciter le plus vite possible. Celles-ci étaient assemblées spécialement pour leur difficulté de prononciation. Après l’âge de 14 ans, l’élève peut gravir l’échelon au-dessus.

2) L’enseignement secondaire
De sa sortie de l’école primaire à 18 ans, l’adolescent suit l’enseignement à l’école secondaire. Ce niveau consiste en une étude approfondie des auteurs classiques, principalement des poètes. Parmi ces auteurs, le plus connu est sans-doute Homère, même si le doute subsiste encore sur son identité réelle. Cette étude est assurée par le « grammatikos ». Néanmoins, l’élève ne connaîtra pas tous les textes de ces auteurs, mais essentiellement ceux qui sont retenus par la tradition, et qu’il faut connaitre pour être considéré comme cultivé. Ces extraits font l’objet d’explications, qui sont souvent une accumulation de commentaires antérieurs. Ce procédé doit aboutir au « jugement » ayant une finalité morale. Il s’agit d’essayer de dégager l’enseignement éthique délivrer par le texte et s’y appliquer. Il y a également l’apprentissage de la grammaire.
Au cours de cette même période, le jeune-homme, avec le grammatiste, pratique les premiers exercices préparatoires à l’art du discours, essentiel dans la vie du citoyen. Il peut s’agir de la reproduction d’une fable entendue ou d’un commentaire basé sur un plan rigoureux, d’une anecdote morale, ou d’une maxime d’un personnage célèbre. Cet exercice est la « chrie ». Toutefois, l’art du discours ne sera travaillé en profondeur que pendant l’enseignement supérieur. Dans un tel système, les lettres prennent de plus en plus d’importance, au détriment des mathématiques, réservées aux étudiants de philosophie ou à ceux qui s’orientent vers une formation technique particulière.

3) L’enseignement supérieur
Il existe plusieurs formes d’enseignement supérieur.
La plus institutionnelle est celle des collèges éphébiques, dirigés par des magistrats nommés par les citées. A l’origine, lorsqu’elle fut créée au IVème siècle av. JC, l’éphébie était un service militaire obligatoire pour les jeunes hommes de 18 à 25 ans. C’était aussi là qu’ils font leur préparation civique et morale sur leurs droits et leurs devoirs de citoyens. Elle devient un collège aristocratique lorsque la Grèce perd son indépendance en 338 av. JC. En effet, Philippe de Macédoine est vainqueur à la bataille de Cherronnée. Les jeunes y reçoivent une éducation principalement sportive ; mais quelquefois, certains poètes, philosophes ou médecins itinérants y donnent des conférences.
Les autres écoles sont plutôt des groupes de disciples autour d’un maître. C’est également à ce stade que l’on se spécialise. A cette époque, l’apprentissage d’un métier scientifique ou technique, comme celui d’avocat, d’ingénieur ou même de marin, se fait par une initiation auprès d’un maître. C’est la même chose avec la médecine, science répandue dans le monde Hellénistique, avec notamment l’école de Cos où Hippocrate exerçait son art.
Il existe deux branches dans l’enseignement supérieur, en conflit depuis Platon : la Rhétorique ou l’art du discours et la Philosophie.

L’Académie de Platon : Mosaïque romaine trouvée à Pompéi

La première, considérée comme le couronnement de l’éducation car l’art du discours est essentiel dans la vie de la Citée, notamment lors des grandes assemblées telles que l’Ecclésia, est fréquentée par la majorité des étudiants. On pense alors que l’homme accompli est celui qui maitrise l’art de la parole. Les techniques de l’art oratoire ont d’ailleurs toutes été analysées et classées par des auteurs tels que Quintilien dans L’art oratoire. Par exemple, il existe un questionnaire type pour la recherche des idées pour chaque discours. Même le geste, important car illustrant le propos de l’orateur, est lui aussi codifié. Une fois qu’il connait ces règles, l’élève passe à l’imitation. Il doit exécuter des exercices très codifiés tels que l’éloge, la comparaison de deux héros, la discussion d’un problème général ou encore une proposition de loi à défendre ou à attaquer. Ensuite, il doit exécuter des « déclamations » sur des sujets imaginaires. Ces exercices lui seront utiles pour toute sa vie de citoyen. Certains orateurs ont même continué à appliquer ces exercices pour mieux montrer leur talent !

La deuxième branche s’adresse à une minorité d’étudiants qui elle accueille aussi parfois des femmes car la voie de la rhétorique leur était fermée. Son objectif est d’ordre moral. Elle doit amener les jeunes à la recherche de la sagesse (« sophia »), d’une science absolue, intelligible par tous (« Sapientia ») et à la recherche du souverain bien ou bonheur absolu. Elle exige une conversion de l’esprit, Platon en fait l’analyse dans La République ; livre VII, paragraphe « allégorie de la caverne », une vie bien différente de celle des autres, comme le dit Pythagore à Phlionte où il compare la vie à une scène où évoluent trois catégories d’Hommes, la troisième, désintéressée des attraits du monde sensible, contemple les autres acteurs : c’est elle qui représente les philosophes (In Diogène Laërce, La vie des philosophes). Certes, elle garde un aspect théorique, comme l’histoire de la philosophie, l’étude de la doctrine de l’école, des textes de son fondateur ; mais elle est aussi très personnelle. Le maître est semblable à un guide spirituel qui accompagne l’élève sur le chemin tortueux, difficile qui mène au monde intelligible, à la Sapientia. A Athènes, après Platon, trois grandes écoles philosophiques se développent. En 387 av. JC, Platon fonde l’Académie vers 387 et Aristote le Lycée en -385, Epicure le Jardin en -306 et Zénon l’Ecole Stoïcienne du Portique en -301. D’autres écoles comme les sceptiques ou les cyniques s’y développent aussi. Ces écoles représentent des « sectes » rivales qui ont entretenu des querelles permanentes. Toutefois, elles ont une rivalité commune opposant philosophes et rhéteurs qui, malgré tout, s’influencent mutuellement. Car la philosophie et la rhétorique marchent toutes deux main dans la main.
Dans le monde Hellénistique, Athènes n’est pas la seule à pouvoir se targuer d’avoir de telles institutions. Par exemple, le Musée-Bibliothèque d’Alexandrie, fondé en -280 par Ptolémée Ier, institution jamais égalée jusque-là, qui comprend un jardin botanique, zoologique, une bibliothèque de 120000 volumes et une foule de savants. Les villes côtières d’Asie Mineure et les îles voisines sont aussi réputées pour leurs écoles d’éloquence : Pergame rivalise avec Alexandrie, et Rhodes, connue outre pour son colosse, mais aussi pour ses écoles de Grammaire et de philosophie.
Tout ce système découle de la pensée d’un seul homme dont la méthode a été présentée plus haut : Socrate.

V/ Peut-on parler d’un héritage ?

Gargantua, personnage emblématique de Rabelais

Gargantua, personnage emblématique de Rabelais

Influencée par la pensée de Socrate, la pédagogie grecque a eu également des conséquences remarquables sur les Hommes et sur leur manière d’appréhender le monde pour des millénaires. Les Romains s’en sont servis pour éduquer leurs « pueris » et après bien des siècles d’occultisme, à la Renaissance, on commence à s’intéresser au prince des philosophes. Rabelais, dans le prologue de Gargantua, en fait l’éloge et à la lumière du système éducatif grec, il va prôner l’éducation idéale, la plus complète qui soit. Tous les philosophes modernes, depuis Descartes, n’ont fait que reprendre, s’inspirer des auteurs antiques. D’autant que la tradition pédagogique française a longtemps privilégié les lettres et la rhétorique aux sciences. Tous les historiens se réclament d’Aristote, les médecins prononcent à la fin de leurs études le serment d’Hippocrate et les meilleurs avocats sont aussi ceux qui maîtrisent le mieux l’art oratoire, comme les grecs en leur temps. La majeure partie de notre culture, de notre société, prend ses racines dans les enseignements de cette civilisation brillante et la maïeutique est encore, dans une certaine mesure, utilisée dans nos classes de collège et de lycée. La philosophie, art majeur à l’époque, est encore aujourd’hui très importante dans les programmes de l’Education Nationale. Ainsi, les bases de notre pédagogie s’enracinent dans le monde de Socrate et ses codes sont restés inchangés. Même si aujourd’hui notre monde est majoritairement gouverné par la techno-science. Les derniers hommes de lettres et intellectuels qui ont changé notre monde sont Jean-Paul Sartre, Albert Camus, voire Louis Aragon, entre autres. Ces auteurs ne peuvent nier le fait que leur art vient d’une discipline et d’un homme qui, même s’il le niait, était doué d’un savoir universel, c’est-à-dire la « Sapientia« .

« Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais pas » (Socrate)

Bibliographie/ mots-clés :

I/

*[L’éducation athénienne au Vème siècle –IVème siècle avant JC de Paul Girard (1852-1922) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5461945m/f16.image ]

*[http://www.silapedagogie.fr/pages/Les_pedagogues-3016966.html]

II/

*[http://www.pedagogie-active.fr/lecture_suivie/2-50.html; Théétète, Platon]

III/

*[http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2082]

*Sorciers Grecs d’André Bernand

*[http://www.cvm.qc.ca/encephi/Syllabus/Histoire/Passecompose/homosexualitegrece.htm]

IV/

*Cours de philosophie

*[www.antiquite.ac-versailles.fr/educat.htm]

Sophroniste : magistrat d’Athènes avec la même fonction que la censure, c’est-à-dire, qu’il s’occupait de la censure, du contrôle des mœurs et du cens (dénombrement des citoyens romains).

Palestre : lieu privé où l’on pratique des exercices physiques telle que la lutte.

Pédérastie : vient des termes grecs « paid » (enfant) et « erastès » (amant). Education morale bâtie autour d’une relation particulière entre un homme mûr et un adolescent masculin.

Gymnasiarque : du grec « arkhos » (chef) et « gymnasion » (gymnase) ; magistrat chargé de surveiller les gymnases (latin gymnasium/grec « gymnasion » de « gumnos » nu ; local, lieu destiné aux exercices corporels et militaires. Sports pratiqués nu.)
Intercrural/ interfémoral : « inter » (entre) « crura » (jambes) pratique sexuelle masculine.

Eromène

Eraste

Métèque : étranger, non citoyen d’une ville grecque. Terme aujourd’hui péjoratif.

Appollonius de Tyane : philosophe grec pythagoricien inspiré par son ancien maître. Il est l’auteur de Doctrine de Pythagore, Traité sur l’astrologie ou encore Hymne à la mémoire. Adepte de Pythagore connu pour sa citation : « Je ne suis qu’un homme, mais tout homme peut, par la contemplation et la philosophie s’élever jusqu’aux dieux ».
Les Arts mécaniques : (définition du Larousse) Durant l’Antiquité et au Moyen Âge, seuls sont dignes de constituer les arts le langage et les productions de l’esprit. Les arts libéraux, activités intellectuelles libres des contraintes liées à la matière, s’opposent ainsi aux arts mécaniques où interviennent la main et le matériau. Cependant, tout en considérant les métiers comme inférieurs, on doit également reconnaître alors qu’il y a un art, c’est-à-dire un ensemble de moyens tendant à une fin déterminée, pour les exercer au mieux. En outre, certains de ces métiers, où la spéculation intellectuelle a sa part, forment à partir du XVIIIe s. le groupe des beaux-arts : architecture, sculpture, peinture, gravure, auxquels on joint musique et chorégraphie.

Les Arts libéraux : Terme qui désigne les disciplines intellectuelles fondamentales dont la connaissance depuis l’Antiquité hellénistique et romaine était réputée indispensable à l’acquisition de la haute culture. Les arts libéraux étaient groupés en deux cycles : le trivium, comprenant la grammaire, la rhétorique et la dialectique, et le quadrivium, groupant les quatre branches des mathématiques (arithmétique, géométrie, astronomie et musique). Dans la pensée chrétienne telle que la formule saint Augustin, la connaissance des arts libéraux fut considérée comme l’étape préalable à l’étude de la théologie fondée sur l’Écriture sainte, qu’il importait de comprendre et d’interpréter.

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