Deuxième Partie. De la sublime beauté du silence : le choix du silence comme facteur de transfiguration heureuse de soi-même

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Se libérer de la ville pour aller contempler la beauté des cieux profonds

Introduction

     Nous avons montré précédemment les paradoxes de la solitude, à la fois comme phénomène psychologique et social, c’est-à-dire comme l’essence de l’être humain. Il est vrai qu’il y a une nuance entre la solitude et l’isolement et nous l’avons aussi déjà indiqué. À l’instar de l’ermite – nous y reviendrons longuement ci-dessous – l’isolement peut être considéré comme physique ou géographique. Car l’impression d’isolement est compatible avec la proximité physique. À titre d’exemple, un étranger découvrant pour la première fois une ville où il n’était jamais allé auparavant éprouve le sentiment lié au dépaysement, qui se traduit par une solitude intérieure ; et ceci malgré la forte densité de la population proche, état de la promiscuité. Cet étranger est isolé du reste des êtres humains, qu’il voit et qu’il se contente de côtoyer. Il y a comme un mur entre lui et ceux-ci. C’est ce que Laurent Mauvignier a bien montré dans son roman Dans la foule (Edit. de Minuit, Paris 2006). Dans un entretien au « Les Cahiers Forell-Formes et représentations en linguistique et littérature- », il revient sur le fait que nous ne pouvons point échapper à notre solitude, même dans une foule compacte. C’est en ce sens qu’il écrit : « Il se trouve que le cas particulier s’oppose à la multiplication des points de vue, à la masse, ou alors il faut faire de la foule, du nombre, une entité à part entière, et donc lui soustraire sa nature même, qui est d’être multiple et indiscernable. C’est donc une limite et un enjeu très fort, d’autant que le monde est de plus en plus le résultat de mouvements de masse… une masse, une foule, ce n’est jamais que 1 + 1 + 1 des milliers de fois, même si les statistiques, les chiffres, l’effet d’ensemble nous donnent à croire qu’il s’agit d’une nuée, d’un corps mobile en action, qui prendrait lui-même ses décisions, qu’il serait libre – et, de fait, souvent nous avons cette impression, par la puissance de la foule – , alors qu’à l’intérieur, si l’on change de focale, on ne voit que de petites unités humaines, notre unité de base. C’est donc ça qu’il faut regarder ».
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Femme, terre de l’Humanité

Eve, Mère de tous le vivants

Eve, Mère de tous le vivants

Introduction

   Et si toi, tu n’es pas cet objet que la publicité se complaît tous les jours à vendre dans tous les espaces disponibles. Au contraire, tu es la beauté sans prix, qui se situe au-delà de toute évaluation. Et si tu n’es non plus réductible à cet étalage de chair sur Internet, qui livre à tous les regards, innocents ou coupables, vierges ou initiés aux secrets de l’accouplement, les méandres, les profondeurs, les abysses de ton sexe ; au point de te réduire à n’être qu’un sexe du plaisir et non plus une personne qui a un sexe. Certes, le masculin en fait autant. Mais la nuance est éminente, s’agissant de toi, Femme. Cet étalage extrême de l’intimité de certains êtres humains est-il le fait de la liberté naturelle ou instinctuelle qui pousse le voyeurisme jusqu’au dégoût, à l’écoeurement même ? Qu’ont-ils encore à désirer les pèlerins du plaisir si ce qui est à conquérir, à découvrir est déjà tout donné sans beauté ni pudeur ?

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Aphrodite et Pan

   Et si tu n’es pas l’Aphrodite vulgaire de Pausanias dans le Banquet de Platon, éprise d’aventures sexuelles, d’amour des corps sans souci de la qualité ; faite toute entière pour l’amour au hasard, qui recherche des partenaires peu intelligents, l’important étant de jouir du plaisir physique sous toutes ses formes ?

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De l’impossibilité du bonheur humain et du « réalisme » philosophique

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Introduction 

   Le bonheur, de par sa définition étymologique même, est un leurre. En effet, si l’on s’attache à son étymologie, on s’aperçoit qu’il est lié au hasard, à la chance. Bonheur, sous cet angle, signifie « bon heur » du latin bonum augurum ou quelque chose qui annonce ou présage un événement favorable. Le bonheur, même si on consent à le définir comme un état de satisfaction suprême, qui dépasse le plaisir résultant de la simple possession des objets désirés, il est ce qui nous advient, ce qui nous échoit. Et quand bien même il est indépendant de mon désir, de ma volonté, il n’en demeure pas moins qu’il se présente comme une fin universelle. En effet, le bonheur est recherché par tout le monde car tous les hommes, sans exception, désirent être heureux. Mais peut-on jamais être heureux au regard des scories de la vie qui troublent continûment notre existence, notre sérénité ? En ce sens, tout indique, au fond, que c’est l’homme lui-même qui est inaccessible au bonheur. Certes, toute circonstance de la vie donnerait à chacun une chance de bonheur, à condition d’en être, hic et nunc, conscient et de savoir l’accueillir et le vivre pleinement.

    Une autre difficulté aporétique de cette notion réside dans le fait de lui donner un contenu spécifique. Car le bonheur, en fonction du mode d’être de chacun de nous, véhicule des représentations différentes, des choix divers et variés comme si chacun avait le sien et que les formes de bonheur des autres ne s’accorderaient pas avec le nôtre : son sens est relatif aux modes de vie et même aux préférences sexuelles. En outre, parfois, au moment précis où il nous est donné de connaître une figure de bonheur, nous n’en sommes pas nécessairement conscients et nous ne sommes capables de reconnaître notre bonheur qu’après coup. Mon bonheur, dans ce cas de figure, apparaît comme une idée fugace, parfois frivole, donc insaisissable. D’où une forme de frustration existentielle. Au fond, le bonheur figure parmi ces notions absurdes que l’espèce humaine a inventées pour s’infliger une souffrance métaphysique dès lors qu’il s’agit de quelque chose de réellement impossible comme le prouvent les propos acerbes de ces passages de l’un des livres de Martin Winckler.

I- Le désastre de la vie humaine et sa souffrance rédhibitoire

« Dans un vieux cahier

     La vie à deux, le plus souvent, ce n’est pas une vie de couple, mais une vie de coups, une vie de cons. J’ai vu tant de couples mal assortis, à la fois haineux et complaisants, pour lesquels le seul enjeu était le pouvoir – imposer la couleur du canapé et le carrelage de la salle de bains, choisir le nom des enfants et la façon de les habille, refuser le plaisir au nom du devoir ; voler des plaisirs au nom de la liberté individuelle, rejeter le désir de l’autre pour justifier ses propres frustrations, le laisser baiser à droite et à gauche pour ensuite, avec magnanimité et compréhension, mieux l’enchaîner en lui pardonnant.

   Dans la mythologie commune, vivre en couple, se marier, avoir des enfants, c’est « créer la vraie famille dont on a rêvé et qu’on n’a jamais eue ». En réalité, c’est surtout reproduire la mauvaise famille dont on est issu, restaurer en plus caricatural la foutue famille sur laquelle on a craché jadis, donner un semblant de légitimité à une association équivoque, de circonstance ou de convenance.

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Bio-anthropologie de la sexualité – Homosexualité et Hédonisme féminin –

Extraits

D’une part :

 « A) La copulation avec les individus du même sexe est un phénomène universel

   Si l’on s’accorde avec le principe d’Epicure sur la définition de l’essence du vivant, selon lequel tout vivant, quel qu’il soit, recherche comme par nécessité, le plaisir et fuit, comme par nécessité, tout ce qui est source de douleur, alors peu importe la forme par laquelle il obtient ce plaisir. Dès lors, ce qui compte et qui est premier, c’est le fait d’atteindre une forme de bonheur puisque celui-ci est synonyme de plaisir ou absence de douleur. Epicure précise bien ce phénomène propre à l’être humain, voire au vivant, en général : le bonheur et/ou plaisir « est au principe de nos choix et refus, il est le terme auquel nous atteignons chaque fois que nous décidons quelque chose, avec, comme critère du bien, notre sensibilité. Précisément parce qu’il est le bien premier, épousant notre nature {…} Tout plaisir est en tant que tel un bien… »[1] En cette vie, que nous avons en partage, chacun recherche donc le bonheur/plaisir qui est conforme à sa propre nature sans que personne n’ait à en juger. Il est d’office disqualifié parce qu’il est étranger à la personne d’autrui qu’il s’octroie injustement le droit de juger.

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