Introduction : l’instabilité permanente inhérente au genre humain
En 2022, au regard de la pesanteur sous-jacente à un état donné des réalités humaines présentes, qui génère l’émergence d’une certaine « peste brune » rampante, j’avais écrit ceci au sujet du genre humain – et telle la problématique majeure de mes recherches actuelles en philosophie -, qui semble réfractaire à toute figure de salvation.
La preuve : vous êtes en train de préparer la répétition des tragédies, soit vos Guerres mondiales, du début du XXe siècle ; sans vous rendre même compte de ce qui se déroule sous vos yeux. D’autant plus que vous ignorez même que vous êtes en train mettre le feu aux poudres par la résurgence des haines mutuelles ; incapables de vous penser l’angle de genre humain ou de coexister sous ce rapport. Vous rêvez toujours d’extermination des uns et des autres. En fait, au cours de ces heures sombres, votre conscience maligne glisse subrepticement vers la descente aux enfers du « narcissisme des nations » et sa cohorte de guerres atroces entre vous.
Ainsi, nulle volonté dans le Cosmos ne peut épargner à votre genre de vivants l’effectuation de cette fatalité immanente à votre nature[1].
Le genre humain n’est rien d’autre qu’un pigment de l’Eneragentie. En effet, malgré son intelligence supposée, il est une espèce de vivants incapables de tirer des leçons des désastres de son histoire. Il préfère se mirer, à l’instar du Narcisse de la légende grecque, dans la belle image de ses grandeurs fallacieuses et de sa pseudo-puissance. Mais, d’où tient-il cette vanité perpétuellement mise en avant dans son mode de penser et d’agir ? Tout indique que, d’un point de vue métaphysique, théologique et scientifique, le genre humain s’arrange pour se mettre au sommet de la hiérarchie – c’est une invention de son cru – des vivants.
Or sa raison se déploie seulement sur la nature des phénomènes tels que le genre humain les perçoit. Mais elle ignore totalement ce qui est derrière eux. Sa puissance tient seulement dans l’art de construire laborieusement des faits grâce à sa logique propre qui ignore ce qui est en dessous de ces phénomènes dont la belle forme la fascine tant. Car l’abîme du fond des phénomènes est précisément l’échelle de l’inconnu pour elle quant à sa capacité de déchiffrer les mystères des choses. Malgré sa faiblesse rédhibitoire, elle parvient à illusionner le genre humain sur sa prétendue puissance en matière de science. Sa raison l’enchaîne continûment aux processus de construction ; une sorte de mouvement à grande vitesse qu’il appelle pompeusement le progrès. Auréolé d’une gloire et d’une puissance infondées, le genre humain ne sait plus s’arrêter pour s’examiner en face ou pour regarder minutieusement l’ouvrage réalisé. Or sans un réel examen de conscience sur celui-ci, il ignore, de fait, s’il est bon ou mauvais pour son devenir ici-bas. En réalité, la puissance du genre humain est une vanité qui l’emporte sans assurance d’arriver à un rivage, quelque jour prochain, tel un bateau ivre au milieu d’un immense océan : les mystères insondables du fond diffus des phénomènes visibles ou invisibles. Et c’est l’une des causes de sa déréliction.
Même si l’instauration et le maintien de la sécurité de cette sorte, qui est d’ordre purement psychologique, peuvent rassurer quelque peu, il n’en demeure pas moins que, hic et nunc, c’est une exigence du peuple, voire un impératif catégorique des hommes politiques. Or ce que l’on ignore souvent tient au fait que l’Humain, par nature, est dominé par l’effroi et la terreur hérités de son passé lointain. Aussi, même adulte, il reste toujours un enfant hanté par la déréliction. Dès lors, et par rapport à cette pesanteur, présente, Hegel souligne « Dans le tumulte des événements du monde, une maxime générale est aussi peu de secours que le souvenir des situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car un pâle souvenir est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent[2] ; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité »[3]
Donc, il ne faut rien attendre de nouveau du genre humain. Car il répète continûment les mêmes réalités à travers son histoire suivant seulement des figurations différentes : ce qu’on appelle pompeusement le progrès. On oublie, ce faisant, que ce qui change concerne seulement les apparences, soit ce qui est inessentiel. L’essentiel, c’est-à-dire les fondements du genre humain, comme ses structures biochimiques, ne se transforme guère. Autrement, il aurait induit, chez lui, de nouvelles attitudes et conduites conséquentes. De manière générale, lorsqu’on observe le genre humain vivre, on se rend à l’évidence qu’il n’y a de surprise qu’au niveau des individus. Ceci tient au fait que nous naissons tous absolument différents, étrangers à nous-mêmes, d’abord, et aux autres, ensuite. En outre, au niveau des relations interhumaines, nous nous présentons rarement dans les règles les uns aux autres, c’est-à-dire dans la transparence, la sincérité. D’un autre côté, on peut dire que dans tous les domaines des réalités humaines, notamment dans les champs des savoirs, la raison individuelle est, seule, porteuse de génie. Dès lors, si le genre humain a quelque puissance, c’est dans le génie de l’individu qu’elle réside, pour le meilleur et pour le pire, comme ce qui se passe au niveau du pouvoir politique en tant que puissance exécutive essentiellement. Car il n’y a de pouvoir seul que l’exécutif : celui qui décide et ordonne de faire tout ce qui plaît à l’arbitraire du Chef, sous les diverses figures de celui qui commande, qui exercice une autorité exclusive et disposant d’une influence efficiente et déterminante physiquement, psychologiquement et moralement sur les autres êtres humains comme la mise à mort d’un individu, sujet ou citoyen d’un pouvoir politique quelconque.
Or c’est lui seul, nous entendons bien le pouvoir politique, mais on ne le dit pas assez, qui est l’unique cause fondamentale que tout change en apparence, mais sans rien générer de nouveau de façon absolue et en profondeur chez le genre humain. La lecture de son Histoire, sous tous les horizons de la Terre, nous sature de preuves de la répétition de sa vie qui se déploie telle quelle à travers les époques. Le pouvoir politique est, donc, essentiellement le seul vecteur, dans l’histoire et à travers les différentes époques de la vie du genre humain, de la répétition indéfinie, voire une péripétie d’événements et de situations similaires : drames, tragédies, violences et conflits entre le genre masculin et féminin, guerres, état de soumission des peuples, état de domination d’un petit nombre d’individus outrageusement privilégiés et avantagés, etc. C’est pourquoi, si l’on veut comprendre ce qu’est le genre humain à travers ses failles insondables et ses cruautés sempiternelles, soit sa vaine volonté de puissance qui cache mal son impuissance rédhibitoire, il faut commencer par tâcher de voir clair en ses actions à travers le pouvoir politique qui a fait qu’il est devenu ce qu’il est dans son accomplissement urbain[4]. Mieux, on comprendra que sans un changements majeur au niveau des institutions politiques en inversant le sens du cours des choses depuis des millénaires – la perte de la majorité par le peuple qui le prive du pouvoir de se gouverner en faveur de la caste de la minorité des élites politiques -, la paix serait impossible sur la Terre, Mère de tous les vivants.
Première Partie – Dépasser l’insuffisance de la conception classique du pouvoir en tant que phénomène mystérieux
Le pouvoir politique a toujours été, chez le genre humain, le centre absolu où l’expression de la puissance se manifeste, voire se déploie dans toute son ampleur et sa splendeur. C’est même l’image la plus adéquate de sa volonté de devenir dieu. En effet, de la même manière que le Divin crée les phénomènes ex nihilo à partir de l’efficience de son Verbe, de même les rois, les princes, les présidents, bref, les diverses figures d’hommes d’État, par la détention du pouvoir exécutif, seul et absolument, pensent agir exactement à la façon du Divin. Mieux, ils deviennent comme une figuration imaginaire du Divin dans l’exercice de la puissance exécutive, la seule qui ordonne et à laquelle on obéit, nécessairement au risque d’être annihilé en tant que particulier qui oserait s’opposer à sa volonté de domination. En effet, tout sujet humain qui accède au pouvoir exécutif, quelque crétin qu’il soit par son idiosyncrasie, devient instantanément tout-puissant. Aussitôt, il se croit obliger de viser le sommet des dieux olympiens au sens d’entités puissantes totalement libres et immortelles. C’est un processus psychologique qui est produit par l’irraison absolue. Mais on le comprendra mieux à travers la thèse de l’empereur romain Néron et, par la suite, de la nouvelle vision intellective de ce phénomène que nous proposons ci-dessous.
I- Structure et épiphanie de la malédiction du pouvoir comme phénomène envoûtant en son essence même
Brève introduction
L’accession à l’exercice du pouvoir exécutif a pour effet inévitable de transfigurer la personnalité profonde des sujets humains. En effet, ce genre de puissance politique a quelque chose de ténébreux, que nous avons déjà conceptualisé sous la figure de l’influence de Sauron[5] sur la conscience des détenteurs de ce type de pouvoir, symbole des forces du mal inhérentes au phénomène du pouvoir et même de la manifestation de tout pouvoir. Les individus, possédés par les charmes du pouvoir, en viennent très vite à éprouver le sentiment de la supra puissance. Car la plus grande et la plus délirante des formes de suprématie en ce monde ne sont rien d’autre que la domination d’un individu sur d’autres. D’emblée, il se met au-dessus d’eux, les transforme en objets dès lors que lui seul incarne la subjectivité souveraine à la manière d’un dieu. À l’instar de Néron dont la raison était comme frappée par la foudre ou traversée de part en part par l’éclair, de tels êtres humains perdent le sens de leur humanité. D’où sa remarque tout à fait juste qui sonne comme le libre arbitre délirant par lequel l’homme de pouvoir se permet tout parmi les hommes ; et sans aucune retenue dans son action. Selon lui, « nul empereur n’avait su tout ce qui lui était possible »[6] jusqu’à lui. En effet, si l’Empereur n’avait aucun dieu au-dessus de lui pour contredire ou contrecarrer ses décisions, sanctionner moralement ses actes, alors il pouvait faire tout ce qu’il voulait pire que tout ce qu’on pouvait imaginer. Ainsi, il pouvait ordonner de massacrer autant de barbares, de Grecs ou de Romains comme bon lui semblait ; faire assassiner ses adversaires, emprisonner ses rivaux à sa guise. Car nul être humain dans tout l’Empire ne devait ou ne pouvait oser protester contre ses actions iniques. C’est l’expression même de la liberté arbitraire ou naturelle dans toute sa démesure : ni frein moral, ni empêchement physique, ni adversité d’aucune sorte.
A) De la nature du pouvoir exécutif, seul pouvoir réel chez le genre humain
1- Définition du concept de pouvoir
Les théoriciens, en particulier les philosophes, les sociologues et les anthropologues se sont tous attachés à penser le pouvoir non dans sa structure, dans son essence même, mais dans ses manifestations, son usage, bref son épiphanie. Nous employons ce dernier terme d’après l’une de ses étymologies grecques « epiphanios », qui apparaît. Selon Le Robert, l’épiphanie est « la manifestation de ce qui est caché ». C’est justement ce sens, c’est-à-dire « ce qui est caché » que les penseurs du phénomène en question n’ont pas du tout appréhendé. En d’autres termes, ils excellent dans l’analyse de son apparaître à travers la manière dont ses détenteurs en font des usages singuliers. En revanche, ils n’ont pas eu la curiosité d’aller chercher au-delà de la pure et simple manifestation de ce qui fait que les choses sont telles qu’elles se déploient, dans l’espace et dans le temps comme on dit, à travers les réalités humaines. Aussi, nous avons jugé qu’il est nécessaire, dans l’économie de ces investigations, de procéder autrement en interrogeant l’essence même du pouvoir, qui conduit aisément ses détenteurs à un genre de folie grave ; voire à un état de délirium foudroyant.
La définition qu’en donnent les dictionnaires, dont Le Robert, n’est pas satisfaisante dès lors qu’elle ne révèle rien de la nature de ce phénomène dans sa dimension humaine, trop humaine. En effet, ce terme vient du latin potere, de posse « être capable », ou « avoir de l’importance, de l’influence, de l’efficacité ». Suivant des usages et des définitions historiques, il s’est transformé en potens (« qui peut, capable ») ; ce qui désigne sensiblement la même aptitude que les sens précédents. Autrement, le pouvoir est ce qui, dans un être humain, le met en état de puissance dans son agir. Il lui confère un ascendant psychologique sur les autres êtres humains, pour autant que cette faculté d’action implique des relations mutuelles. Dans la définition de ce concept, nous retiendrons ce dernier point : le pouvoir « s’applique également à la propriété inhérente à une chose ». C’est cette propriété singulière du pouvoir qui n’a pas été perçue par les théoriciens ni suffisamment analysée en vue d’apporter des éclairages sur l’essence de ce phénomène qui cause tant de maux au genre humain. Quelle est donc cette propriété mystérieuse inhérente au pouvoir chez les Humains ? Ce phénomène ombrageux qui s’enracine dans les structures élémentaires du cerveau humain d’où il s’étend et envahit progressivement le soleil de la conscience et qui l’étouffe même de son ombre épaisse ? Certes, même si le soleil est obscurci, il n’en demeure pas moins qu’il continue, autant que faire se peut, d’éclairer les neurones cérébraux pour permettre à ces pauvres victimes du « dieu fléau » et malheureux êtres de pouvoir gouverner et conduire la destinée de leurs peuples.
2- Le phénomène du pouvoir dans la fresque moyenâgeuse de R. Tolkien
Nous proposons, pour bien saisir l’essence du pouvoir, une hypothèse inspirée de l’approche légendaire de John Ronald Reuel Tolkien, dans sa fresque moyenâgeuse de Le Seigneur des Anneaux, tome I, La communauté de l’Anneau. Il s’agit, pour cet auteur, de comprendre la cause originelle et non le commencement du mal absolu. Tout se passe si celui-ci génère nécessairement tous les désastres innommables chez le genre humain, c’est-à-dire ce qui pousse constamment certains êtres humains à vouloir dominer les autres à tout prix, et comme par un charme irrésistible, une fascination du mal. Tolkien a tâché de saisir les soubassements de ce phénomène invisible, mais réel. À cet effet, il a imaginé de matérialiser cette volonté mortifère sous la forme de l’« Anneau unique ». Initialement, celui-ci a été forgé par un personnage, Sauron, qui diffère de tous les autres êtres de cette fresque ; mais, comme eux, il n’est ni mauvais ni bon en soi. Toutefois, il basculera très vite dans l’attrait du mal du fait de cette volonté maléfique de domination sur les êtres humains ou sur les phénomènes. Aussi, il entreprit de forger en secret cet Anneau afin de pouvoir contrôler les autres Anneaux qui ont été donnés aux chefs des peuples d’un lieu qu’il appelle « La Terre du milieu ». Il s’agit, en l’occurrence, de trois Anneaux offerts aux rois elfes, de sept aux seigneurs nains, de neuf aux chefs des Hommes mortels. En revanche, un Anneau, l’Anneau de toutes les convoitises, de tous les désordres, de toutes les tentations, de tous les drames incommensurables amplement décrits à travers toute cette œuvre, possède en soi-même la propriété de la surpuissance unique de les gouverner tous en liant leur sort aux phénomènes qui se trament dans les profondeurs, les entrailles ténébreuses de la Terre.
Puisque l’analyse intégrale de cette œuvre n’est pas l’objet de notre interrogation, nous allons nous en tenir à la manière dont Tolkien dévoile la propriété inhérente au pouvoir, c’est-à-dire l’Anneau unique qui confère la surpuissance et la volonté de pouvoir mystérieux de domination absolue sur tous les autres êtres et aussi sur toutes choses. En effet, on pourrait dire que tout pouvoir, en particulier le pouvoir politique, est comme un anneau que l’on met volontairement ou involontairement au cou de sa conscience pour le pire. Dans le premier tome de cette œuvre, après avoir raconté l’histoire des Anneaux et surtout l’unique Anneau de la surpuissance, celle justement qui confère la domination des dominations sur tout autre être en ce monde, Tolkien en vient à la description de la première victime de cet Anneau envoûtant. Un jour, deux amis, Sméagol et Déagol se sont rendus à la pêche sur les rives d’un fleuve. Déagol trouva un magnifique anneau d’or au fond de cette rivière. Sa beauté était si fascinante et irrésistible que Sméagol ne put résister à son attrait. Il voulut s’en emparer malgré le refus de son ami Déagol. Sméagol le tua par strangulation, prit l’Anneau et le mit à son doigt. Aussitôt, la puissance maléfique s’empara de tout son être et lui fit subir une transfiguration totale comme l’écrit Tolkien : « il apprenait des secrets et il appliqua son savoir à des usages malhonnêtes et méchants. Il acquit une vue perçante et une ouïe fine pour tout ce qui était nuisible. L’anneau lui avait donné un pouvoir proportionné à sa stature. Il n’y avait pas à s’étonner qu’il fût très mal vu de tous et que toutes ses relations l’évitassent (quand il était visible). On lui donnait des coups de pied et lui mordait les pieds des gens. Il se mit à voler et il allait de-ci de-là, se marmonnant à lui-même et faisant entendre des gargouillements dans sa gorge. C’est pourquoi on l’appela Gollum ; on le maudit et on lui dit de s’en aller au loin ; et sa grand-mère, désirant avoir la paix le chassa de la famille et l’expulsa de son trou »[7].
La suite du récit dévoile la déchéance psychique progressive et la transfiguration de la personne de Sméagol-Gollum sous la férule de l’Anneau. D’abord, sa condition d’être humain changea totalement. En effet, il fut livré à lui-même, erra de lieu en lieu sans direction précise. La solitude fut sa compagne existentielle comme le miasme colle à la peau de quelqu’un sans assurance de pouvoir s’en délivrer quelque jour. Il préféra les abîmes de la terre, la nuit des cavernes profondes de ses entrailles. Il fuyait la lumière du jour dont il devint même un ennemi absolu. Ensuite, d’un point de vue psychique et surtout physiologique, il se transforma en un monstre hideux au point que son apparence initiale d’être humain normal devint un lointain souvenir. Comme son corps prit la figure d’un animal abominable, terrifiant et handicapant, pour se nourrir dans ces lieux ombrageux, il se contentait d’attraper et de gober des poissons crus, en somme de consommer tout ce qui était à portée de sa main. Telle est, du moins, la description saisissante qu’en donne Tolkien lui-même : « … sur une île constituée par un rocher au milieu de l’eau vivait Gollum. C’était une créature répugnante : il dirigeait une petite barque en pagayant avec ses grands pieds plats, scrutant l’obscurité de ses yeux d’une pâleur luminescence et attrapant avec ses longs doigts des poissons aveugles qu’il consommait crus. Il mangeait toute créature vivante, même de l’Orque, s’il pouvait l’attraper et l’étrangler sans lutte. » (p.34) Une page plus loin, l’auteur ajoute une remarque sur la défiguration psychique de Sméagol-Gollum : « après des siècles de solitude dans les ténèbres, le cœur de Gollum était noir et abritait la perfidie » (p.35).
3- Une conceptualisation du phénomène du pouvoir à partir du récit de Tolkien – Le pouvoir politique, sous sa figure de l’exécutif, est source de malheur et de malédiction
On peut tirer de ce récit les enseignements suivants. D’abord, la chose est manifeste, comme ce monstrueux Gollum le témoigne, l’essence du pouvoir qui prend possession d’un être humain commence par le défigurer. Il lui confère la surpuissance qui est l’aptitude à avoir l’illusion d’agir à sa guise, à faire plier les phénomènes sous sa volonté et à disposer de la faculté envoûtante de dominer les autres, par une quelconque manière et à quelque niveau que ce soit. Cette défiguration rend de tels êtres étrangers aux autres, car ils deviennent très méconnaissables. Telle est la raison qui incline les autres à s’en éloigner, à le haïr, à le fuir, voire à tenter sur sa personne des actes d’agression. Dans ce cas, la seule issue est la mise à l’écart, le bannissement. Telle devrait être la nature des faits. Mais, en réalité, celui que la propriété du pouvoir possède, en vertu de ses potentialités quasi illimitées, a des ressources pour s’imposer aux autres, bien que son propre libre arbitre soit déjà aliéné. Et cette situation s’opère de façon ambivalente.
D’une part, celui que le pouvoir possède, tout Gollum, en somme, suivant l’expérience de ce malheureux être, comprend que sa vie, sa sécurité seraient continûment en danger. Il ne lui reste qu’une solution : user de sa surpuissance, qui n’est pas inhérente à sa propre personne, mais à la propriété du pouvoir de l’Anneau. Ainsi, il peut dominer les autres, régner sur leur corps – ce qui est moins grave -, mais surtout sur leur conscience, c’est-à-dire tout l’essentiel de leur être. Car la maîtrise de la conscience est la maîtrise de tout l’être humain. Dès lors, et sous cet angle, il y a un double envoûtement : la personne « Gollumisée » apparaît comme un être qui ne s’appartient plus et dont l’esprit enchanté et/ou diabolisé est soumis aux mouvements d’une entité maudite qu’on appelle pouvoir ; puis, tous les autres, ses serviteurs zélés ou non, qui sont soumis, de gré ou de force, à l’empire de la volonté aliénée et de domination des Gollums à la tête des pays, des peuples, des populations, des communautés, etc.
D’autre part, certains individus du versant malheureux du pouvoir (tous les dominés, volontaires ou non) n’hésitent pas à composer avec le Gollum de leur pays parce qu’il leur distribue des miettes de la puissance son Anneau. Or, comme personne n’est parfait en ce monde, la propriété du pouvoir s’empare de leur libre arbitre, c’est-à-dire de cette noble capacité qu’a tout être humain d’opérer des choix de par sa seule volonté, sans que quiconque puisse imposer quoi que ce soit ni de l’intérieur à, ni de l’extérieur de soi-même, selon la définition du libre arbitre de Descartes, entre autres philosophes classiques. Elle détruit en même temps leur capacité de discernement. On le sait : la volonté du pouvoir et, surtout, du pouvoir du mal – exercer une domination sur les autres ne saurait être un bien en soi – est très grande au cœur de chaque être humain. Dès lors, les serviteurs des Gollums, et au-delà, de l’Anneau surpuissant parce qu’il est en son essence même maléfique, ne peuvent plus résister à l’attrait du pouvoir. Car ils y bénéficient des avantages quelconques, des apparences de prestige, de la réputation, du respect de la part des imbéciles ordinaires, voire des glorioles de tous genres, etc. C’est, ainsi, qu’ils basculent aisément dans les ténèbres du partage de l’envoûtement du pouvoir. En effet, comme l’Anneau de la légende tolkienne, qui exerce une très grande emprise sur tout être humain, aussitôt qu’on s’avise de l’approcher, la propriété du pouvoir génère une fascination aveuglante, irrésistible sur les serviteurs des Gollums ou souverains des peuples. De même, comme cet Anneau, elle prend vite une place grandissante, envoûtante dans leur esprit au point qu’ils n’ont plus de pensée que pour elle, à l’instar de tous les Gollums, leurs maîtres déjà aliénés. Ils perdent tout sentiment de sécurité en dehors de la vénération du pouvoir, voire toute tranquillité et tout repos.
Aussi, et en vertu des avantages du pouvoir, ces diverses figures de courtisans renoncent à tout sens de dignité personnelle, d’honneur pour avoir un accès facile, à tout moment, aux biens matériels, à la « consommation » des femmes ou des jeunes gens[8]. Car il semble établi que la jouissance du pouvoir agit sur leurs hormones comme l’effet du viagra ; ce qui est supposé leur conférer des performances sexuelles dont raffolerait une partie de la gent féminine, tout aussi bien attachée non à la personne des hommes du pouvoir, mais au phénomène du pouvoir lui-même. Tous les courtisans adorent les lambris dorés des établissements publics, les belles voitures, les voyages gratuits, etc. : une cour de serviteurs payés par la richesse du peuple, etc. C’est en ce sens que l’on peut dire que ces individus n’ont aucune conviction politique personnelle, si ce n’est celle de la jouissance continue des privilèges du pouvoir énoncés ci-dessus.
Deuxième – Partie : De l’usurpation de la majorité et de la souveraineté du peuple par la minorité maligne des castes politiques
Dialogue des Éternats[9] sur des réalités humaines
Premier acte : Commençons PAR L’EXAMEN DE LEURS RÉALITÉS TRIVIALES
À propos des quarante-cinq premières années du XXe siècle…
– Ces pauvres créatures ont déjà tout oublié des horreurs, des maux innommables que leurs prédécesseurs ont endurés pendant ces 45 premières années du XXe siècle. Un philosophe et un grand humaniste, Jean Jaurès, a perdu la vie par sa volonté de sauver l’humanité de cette folie en perspective, en raison de la fureur des enragés de certains de ses contemporains. Il est vrai que les Humains, d’ordinaire, ne vivent pas dans leur chair tout ce qui n’est pas dans l’ordre du présent : il est vite rejeté de leur mémoire active.
– C’est pourquoi notre témoin-messager a écrit : la Terre, Mère de tous les vivants a fait émerger de ses plus profondes entrailles les éléments nécessaires à l’éclosion des multiples formes de la vie, en particulier celle du genre humain. Entre autres espèces vivantes, par grâce, elle accorde aux membres de celui-ci la possibilité de se répandre librement sur toute sa surface ; de se rencontrer, de s’aimer sans autre forme de procès, voire de se reproduire le cas échéant. Au regard de la limite de ses zones émergées, ils n’ont pas d’autre choix que de s’accorder sous l’angle de la bonne intelligence mutuelle. L’instinct meurtrier, qui anime leur nature, est la conséquence de leur cruauté et de la terreur de leur fragilité initiale et, donc, de leur inclination craintive d’êtres effarouchés. Telles sont les deux sources de leur instabilité existentielle.
-Mais alors, pourquoi ne font-ils rien d’autre que de laisser s’épancher une et même forme de modalité d’existence, à savoir la guerre ?
-Le témoin-messager de la fin de leur existence à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, y voit la cause du pire, c’est-à-dire l’éclatement du tronc commun en tant que genre humain en diverses branches. Cette scission est elle-même issue de la fixation sur la surface inessentielle de leur corps : la couleur de l’épiderme. Le Robert considère même que celui-ci est une simple « apparence » puisque ce n’est rien d’autre que « la couche superficielle de la peau ». Or les enragés des membres du genre humain en ont fait un casus belli unique et obsessionnel de leurs conflits banals aggravant leurs divisions. C’est quasiment l’unique objet de leurs guerres sempiternels. Celles-ci ont fait couler beaucoup de sang, autant dire un truisme. Des tragédies et des drames ont émaillé leur existence depuis des millénaires jusqu’à nos jours. Donc, dès le commencement de leur existence sur la Terre, Mère de tous les vivants, la guerre est comme leur jeu de prédilection ; même avant l’acquisition de leur conscience – conscience de soi et d’autrui. Grâce à celle-ci, ils ont alors commencé à brasser des fictions, fantasmes mortifères, soit des mythologies de toutes sortes qui ont été ou qui sont toujours des facteurs d’opposition manifeste entre les uns et les autres.
-Pourtant, leur belle génitrice ne s’offusque guère de cette belle différence entre eux dès lors qu’elle est la signature même de la nature. On dit que ce n’est rien d’autre qu’une force d’adaptation à leurs environnements respectifs dans leur « Topos »[10]. D’autant plus que la couleur de leur épiderme se décline, pour les membres de chaque branche du genre humain, en nuances indéfinies aussi belles les unes autant que les autres. Et la nature se complaît en chacun d’elles puisqu’elle signifie leur vitalité, leur complémentarité, voire, en dernier ressort, la beauté de ces branches elles-mêmes.
– C’est une espèce de vivants réellement insensée, remarque l’un des Éternats. Nous en avons déjà une expérience dans le Jugement dernier de toutes les espèces vivantes qui peuplent cette planète. Car si elle prêtait un tant soit peu d’attention à tout ce qui y vit, elle verrait différemment les phénomènes. Car les membres de cette espèce qui, il faut bien le reconnaître, souffrent d’une sorte d’insenséisme rédhibitoire, remarquerait qu’il n’y a rien, absolument rien – à moins que ce ne soit un jeu ou un caprice dans la création génétique – qui soit semblable. Autant la nature se réjouit elle-même des différences suivant leurs nuances indéfinies qui constituent les vêtements des vivants (animaux, végétaux, etc.), voire de la matière et de ses structures élémentaires, autant elle pourrait mourir d’ennui à devoir contempler seulement des éléments vitaux ou non homogènes à l’infini. Ces êtres-là qu’on appelle « Humains » n’ont pas encore compris que le semblable est pure pauvreté et la différence est source de richesse inouïe.
-Qui, donc, les appelle « les êtres humains » ?
-Ce sont eux-mêmes qui se distinguent ainsi pour mieux se dissocier des autres espèces vivantes comme s’ils étaient exceptionnels. Or, à l’instar de ceux-ci, ils sont soumis aux mêmes servitudes, aux même conditions et déterminismes biophysico-chimiques pour survivre. Qui d’entre eux échappe-t-il à la nécessité de boire, de manger, d’évacuer en ayant en permanence le trône coller aux fesses ? Ne sont-ils pas, eux aussi, asservis à la même mécanique de la reproduction ou de leur recherche de plaisir sexuel ? Quand ils ont cinq ans, ils rêvent de grandir ou d’atteindre l’âge de seize, dix-sept ou dix-huit ans. Pourquoi ? Parce qu’ils s’imaginent plus libres et plus souverains à partir de cet âge et, ainsi, de ne plus devoir subir des brimades de la minorité de la part de leurs parents et de tout autre adulte. De même, à cet âge ou même avant, dès qu’ils s’initient à l’acte sexuel, ils n’ont de cesse de courir après l’expérience répétitive des plaisantes secousses de la chair. Aussi sont-ils conditionnés à poursuivre cette course effrénée tout au long de leur brève existence jusqu’à l’instant de leur Mue ultime, soit le passage de vie à trépas. En d’autres termes, c’est le chenal de la vie charnelle à l’état d’entité éternelle. Sur ce point, leurs frères, les autres vivants, se considèrent comme plus heureux qu’eux : ils connaissent l’alternance de la période de l’activité sexuelle aux moments de repos en vertu du cycle hormonal de leurs femelles.
Ceci est tout à fait contraire au mode d’existence des Vermoulus qui s’installent comme à demeure dans leur activité sexuelle. Pas de répit, donc trouble constant de leur désir sexuel, figure d’un cachot physique ; hormis les personnes qui choisissent d’être vierges par conviction religieuse ou par éthique philosophique. Et ils ne cessent, à présent, d’accuser un organe de leur cerveau d’en être l’unique cause, soit le fameux striatum[11]. Celui-ci les pousserait constamment en avant d’eux-mêmes et, ainsi, les empêcherait d’être maîtres d’eux-mêmes, voire d’être heureux. Dès lors, ils sont incapables de se recueillir en eux-mêmes, de connaître le sentiment de sérénité. Ils deviennent alors comme des silhouettes grises au cours de leur existence évanescente. En fait, leur destinée est peu enviable, mais ils l’ignorent.
-C’est pourquoi, puisqu’ils ne cessent de mentir à eux-mêmes par rapport à leurs contraintes biologiques, les autres espèces vivantes les appellent, avec raison, les « Vermoulus »[12]. La preuve : ils sont enfermés dans leur insenséisme jusqu’au terme de leur vie. Pire, ils sont emportés dans l’état qu’ils appellent « la mort » sans une conscience claire et lucide des réalités de cet état de leur changement essentiel.
-D’ailleurs, notre messager pense que l’origine de leurs maux dérive d’une aberration, d’un fléau même inscrit au cœur de leur nature qu’il nomme « la cruauté ».
-De toute façon, l’un n’empêche pas l’autre : ils sont insensés et ils sont cruels. D’ailleurs, leur frénésie reproductive de soi en dérive puisqu’ils sèment la mort sur toute la planète terre. A travers leur courte histoire, ce ne sont que des génocides jusqu’à présent. La preuve : contre la volonté de son peuple (majorité passive faute de moyen efficace d’agir), un egocrate en la personne du chef de l’État d’Israël (minorité maligne du pouvoir exécutif), est en train d’en commettre sous nos yeux en piétinant un peuple frère, le peuple palestinien, par tous les moyens au service d’une telle atrocité. Pendant ce temps, comme du temps des crimes d’Adolphe Hitler à l’égard des Juifs en Europe (1936-1945), le monde entier, ou presque, se tait comme indifférent au sort lamentable des Palestiniens. Même leurs congénères arabes et musulmans du Proche et du Moyen-Orient, vendus au pouvoir de l’argent (les finances, le commerce, etc ?) tournent la tête ailleurs pour ne pas voir leurs souffrances, leurs douleurs, même s’ils entendent leurs cris d’êtres humains désespérés, inouïs, pitoyables, innommables. Voici le vrai visage de notre Humanité contemporaine dite éclairée, qui vivrait le progrès des lumières de l’esprit ; c’est, plutôt, ceux de la fascination des progrès de la technoscience, leur piège de demain. Et l’on voudrait que la conscience morale contemporaine se taise encore par rapport à cette tragédie similaire à celles des Juifs du début du XXe siècle ? Inacceptable au regard de la noblesse de l’esprit et de la conscience philosophiques qui sont, par essence, éthique et humaniste !
-Cette donnée de la cruauté du genre humain paraît même un truisme.
-Voici comment il en rend compte.
-Contente-toi de leur rappeler l’essentiel. Car le savons déjà. A cet effet, il nous suffit de nous immiscer dans les structures élémentaires infinis de son cerveau. Il ne contient rien qui puisse nous échapper.
-Certes ! Alors, disons que la cruauté se présente comme la structure élémentaire de leur nature propre. Dans le cadre de la nouvelle compréhension de ce genre de vivants, il l’a largement analysé dans son livre (-Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024).
-Après ces généralités, venons-en à l’objet essentiel de nos entretiens d’aujourd’hui : à savoir comment expliquer la scission au sein des peuples.
–Sura, témoin de l’histoire de cette espèce de vivants singuliers par les pouvoirs quasi infinis de leur cerveau depuis ses origines, dévoile ces données de la manière suivante. Comme notre témoin l’a conçu auparavant, c’est une longue affaire de traîtrise qui pose de manière absolue, le manque de loyauté de tous ceux qui ont goûté à la source miroitante des charmes envoûtants de Sauron. Car ils en tirent à la fois la fascination féérique de la Sauronité[13] et les douceurs amères et ténébreuses du pouvoir exécutif.
– Il faut dire qu’il s’agit de tout ce qui a la figure du pouvoir : ils deviennent instantanément sauronistes en perdant à la fois leur âme (si tant est qu’ils en auraient une), leur conscience claire[14] et lucide, leur foi en la valeur, notamment celle de tout être humain éloigné de ces dimensions dangereuses des réalités humaines. Sans doute, ces vivants qu’on appelle humains l’ignorent eux-mêmes : pourquoi, depuis des millénaires, leur système éducatif les forme à l’acquisition des compétences et non pas à celle de la finesse de l’intelligence ? Regardez leurs administrations : on emploie toujours des personnels en fonction de leurs compétences et de l’expérience assurée dans l’exercice d’une activité, d’un métier. En revanche, a-t-on jamais vu une entreprise embaucher quelqu’un en raison de son intelligence fine ou non ?
-Certes, on ne le voit nulle part.
-Car l’intelligence fine voudrait qu’ils mettent en avant le sentiment d’empathie que la nature à mis en eux, en tant que membres du genre humain, pour comprendre et respecter autrui. Une telle inclination recherche toujours, dans les liens humains au quotidien, la modalité du vivre en bonne intelligence les uns avec les autres. Mieux, elle vise l’harmonie, l’ordre dans les liens et la vertu de la philia philosophique. Or une telle modalité d’existence n’arrange nullement les affaires des administrations publiques ou privées. Elles recherchent plutôt des employés à broyer, à humilier, à mépriser, à dominer à tous les niveaux de la hiérarchie. Et la concurrence, voire la recherche frénétique de l’évolution dans le travail de chacun pour accéder toujours plus à des hiérarchies plus hautes s’accompagnant d’émoluments stratosphériques, ne favorisent guère la sympathie, la paix, la sérénité, la voie et l’acheminement vers l’humanité vertueuse. Puisqu’ils développent tous ou presque la volonté de domination d’autrui pour exister, pour se sentir humain dans le sens de l’humanité la plus ordinaire, la plus basse, c’est-à-dire sans aspérité ni gloire, on comprend que dans un tel état de trouble et de désordre intérieurs et extérieurs permanents, la sérénité est rendue impossible.
-Tout se passe comme si domination/humiliation dans leurs rapports quotidiens est le reflet de l’expansion de la cruauté en eux-mêmes. Dans un tel contexte général, le bonheur qu’ils recherchent frénétiquement s’apparente à une superbe illusion vêtue des oripeaux de la vertu ou de la bienséance comme s’ils vivaient dans un rêve éveillé. La preuve : ils en parlent en permanence et recherchent des moyens factices pour l’atteindre.
-Comme ils croient que ce prétendu sentiment se tient tout entier dans les limites de leur corps ou de leur chair, cette composante de leur être a fini par se transformer en des sources inépuisables d’enrichissement. C’est, d’ailleurs, ce que les laboratoires pharmaceutiques, biochimiques ont fort bien compris depuis belle lurette : alors, l’on fait tout pour les entretenir dans l’illusion que l’abus de produits pharmaceutiques les rendraient plus beaux qu’ils ne sont en fait, qu’ils demeureraient jeunes pendant longtemps, qu’ils jouiraient en permanence d’une bonne santé, qu’ils pourraient, ainsi, continuer à être séduisants ou séducteurs, etc.
-Ce piège marche dans les deux sens : il y a autant de rêves quand ils sont malades – on tâche de tout inventer pour les ramener à la santé – que quand ils sont bien portants – il s’agit de les maintenir toujours en bonne forme ou en bonne santé. Le corps désirant est alors l’inépuisable source de richesse pour un grand nombre des champs de la recherche technoscientifique ou des philosophes de l’éthique qui inventent aussi des recettes de bonheur à la manière des charlatans.
-Pauvres créatures ! Ils se croient en possession de leur être, c’est-à-dire de l’intime soi-même. Hélas, ils ont toujours vécu suivant la dimension, illusoire, d’un espace encombrant de leur conscience, soit la conscience duonique[15].
-Et l’histoire de la traitrise alors ? J’en viens !
– Au fond, c’est une affaire de majorité. Notre témoin-messager l’a déjà amplement expliqué. Ce qui est vérifiable, soit la Réalité, et sans conteste, partout à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, tient au fait que le Peuple, désignant tous les peuples qui composent les différentes branches du genre humain, a toujours été la première de tout groupement humain. C’est l’entité, en tant que la réalité ultime de l’humanité à occuper des espaces. En d’autres termes, c’est le noyau, le cœur et la structure, voire le sens même de l’existence des groupes et communautés. Qu’importe le nombre de ses membres, c’est-à-dire qu’il soit cent, des milliers ou des millions.
Face à cette entité compacte, qui a toujours su s’associer, le cas échéant, pour combattre ou pour repousser un éventuel ennemi aux intentions malignes. Une fois que, ensemble, l’on a réussi à éloigner le danger qui aurait pu menacer l’équilibre, l’ordre ou la paix des groupes voisins ou associés, chacun retourne vaquer à ses affaires pour se nourrir ou pour se reproduire et se perpétuer[16]. Puisque l’origine de la foi, qui est ancrée au fondement même de l’être des membres du genre humain, laquelle a surgi en eux par nécessité, le phénomène religieux est la première figure d’autorité qui les a soudés. En fait, la foi est la fille aînée de tous les actes culturels institutionnels et de tout ce qui en dérive. Elle est née d’un paradoxe : d’une part, de l’extrême fragilité des premiers membres du genre humain et, donc, de la traque continue de leurs prédateurs[17] ; d’autre part, de l’extraordinaire manifestation de la puissance ineffable de la nature. Ceci a eu pour effet durable d’accentuer leur effroi dans un espace qui aggravait leur sentiment de déréliction. Car les autres animaux pouvaient devenir potentiellement leurs prédateurs lancés constamment aux trousses des divers groupes errants et sans défense par l’impulsion de la dévoration de leur chair tendre.
Toutefois, la foi, comme phénomène spirituel, avait pour finalité implicite de relier les membres d’une communauté autour des individus dont la connexion neuronique leur permettait de surapercevoir les VI. Il s’agit des Vivants invisibles sous la figure des membres du genre humain qui ont connu la Mue ultime, par nécessité de se délester de corps-peau pour accéder à d’autres dimensions des modalités de formes de vie. Ils peuvent surapercevoir aussi les autres VI qui constituent les dimensions qu’on nomme les mondes parallèles comme la théorie des cordes les ont pensés, conceptualisés, démontrés.
-N’insistons pas beaucoup sur ces données. Leur soi-disant raison scientifique, championne de la simplification à outrance des phénomènes, prétend que de telles entités ne sauraient se concevoir aujourd’hui. Il s’agit d’une croyance qui s’est imposée au regard du règne de la pensée matérialiste et pragmatique des données de la nature. Et elle seule prétend avoir raison par rapport à toute autre vision des phénomènes. Car tout ce que cette science ou technoscience est incapable de comprendre, hormis par le moyen des outils technologiques, comme la substructure des phénomènes matériels et spirituels, elle se hâte de le rejeter dans une zone qu’elle appelle irrationnelle comme la face cachée ou antithétique de la seule dimension du réel qu’elle manipule par l’expérience ou l’expérimentation. C’est l’immense champ de la Pera-énergie qui cache, mais mal, les dimensions infinies de l’Endonénergie à laquelle ces fameux Humains n’auraient, peut-être, jamais accès.
-D’ailleurs, que prouve l’expérience ou l’expérimentation quand on sait comment on construit arbitrairement un cadre déterminé pour insérer l’objet d’une intention prédéfinie ? Dans l’absolu, Rien !
-Ils disent que ça marche et que le secret du succès supposé des sciences contemporaines y gît.
– Ah, le triomphe de la technoscience ?
-Laissons ces thématiques en suspens et revenons au fondement de la foi et de ses conséquences. La première figure de la foi n’a guère généré l’expression d’aucune force inhérente à un individu et qui serait de nature à s’imposer aux autres membres de sa communauté. Initialement, on les regardait comme des sages dont les vertus spirituelles concilient les membres des communautés. Et leurs dons de guérison des maux physiques et psychiques – les troubles de l’âme – accroissaient leurs influences au milieu de ses figures de peuples initiaux. Lors d’occasions exceptionnelles, ils rassemblaient les membres de leur communauté pour rendre hommage à l’Énergie de la nature. En dehors de ces occurrences, ils redevenaient de simples individus normaux au même titre que tout autre. Cependant, ils se tenaient toujours prêts à servir la communauté, le groupe en cas de besoin.
Hélas, comme tout ce qui tombe entre les mains des membres du genre humain, la foi spirituelle, soit l’adhésion à l’idée qu’avant l’émergence du genre humain à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, il y avait l’Energie Omniprésente dans le Cosmos, celle-ci a dégénéré la foi religieuse qui est une pâle copie de la foi spirituelle. Cette dernière, sous l’impulsion d’une puissance, et de son corollaire, une volonté de domination sur les choses et, surtout, sur les êtres humains. Toute religion trompe les membres d’une communauté en prétendant que ses éléments ont une ascendance spirituelle sur tous les autres êtres humains, c’est-à-dire les membres d’une communauté ou d’une société donnée. Donc, le Grand Prêtre (Pontife) est le représentant, l’Élu d’un dieu qui le charge d’exécuter ses volontés au-dessus du peuple[18]. Pour le seconder, il crée un collège, c’est-à-dire une assemblée de prêtres, de religieux/religieuses dont la vie matérielle et spirituelle dépend de lui. Ne travaillant pas ou ne pouvant lui-même travailler, il s’agit, en fait, des dons des fidèles qui enrichissent le Pontife et son assemblée de religieux. Dès lors, ils n’ont point besoin de travailler puisque les fidèles le font à leur place. A ces dons sous diverses figures s’ajoutent les offrandes quasi obligatoires imposées par le Pontife censé être la volonté des dieux ou d’un dieu.
Le premier système de ce type de pouvoir s’est poursuivi à travers les périodes de l’histoire des branches du genre humain. Au fond, cette durée est aisée à comprendre : au fur et à mesure que s’accroît l’aura du Pontife tout autant que l’expansion de son clergé, les membres du peuple en sont réduits à constituer une minorité passive, obéissante, soumise à la pesanteur d’une terreur, d’une crainte effroyable des effets de la colère du Pontife et de son dieu/dieux. Cet état psychologique du peuple est accentué par l’oppression religieuse sous la figure d’une domination psychologique diffuse. Il s’agit alors du triomphe d’une minorité sur la majorité en termes du nombre des individus.
-D’où l’émergence de la malincratie (la puissance du mal immanente aux diverses figures du pouvoir), soit les enfants ou les fidèles de Sauron.
-Tout à fait ! Mais celle-ci se comprend comme la manifestation duale d’une même puissance : celle du mal inhérente au pouvoir économique, soit la nécessité de satisfaire les besoins impérieux du bas-ventre ; et le pouvoir politique, essentiellement sous sa figure exécutive.
-Ici aussi, laissons de côté le pouvoir économique pour tâcher de comprendre le pouvoir de domination sur les consciences qu’on appelle le pouvoir politique. Au départ, les membres des conquérants de la Prépotence à quelque niveau qu’elle se situe, ont tenu le raisonnement suivant (ce qui prouve qu’il s’agit de gens malins sous l’angle du négatif) : puisque la religion s’est déjà octroyé le privilège d’être la seule institution qui prétend sauver le peuple, soit cette masse majoritaire compacte en face d’eux, nous allons lui faire comprendre que nous sommes une caste ou une classe sacrée. Il nous suffit qu’il y croie puisqu’il n’a aucune possibilité de prouver le contraire. Cette sacralité, contrairement à la religion, qui tire la sienne d’un dieu, nous la poserons comme étant issue de notre sang. Donc, nous sommes les seuls égaux du clergé dont le Pontife. Mieux, nous pouvons être davantage vénérés parce que nous sommes issus d’ascendants qui avaient le sang bleu en vertu d’un privilège divin. Donc, nous avons naturellement, en vertu de ce sang, une supériorité sur le peuple, qui a tendance à opiner, à croire ce qu’on lui dit de manière ferme et avec assurance. De toute manière, qui irait vérifier l’existence effective de tels ascendants ; à plus forte raison qu’ils auraient réellement eu le sang bleu[19]. Il suffit simplement qu’un tel présupposé devienne un acte de foi. D’ailleurs, à notre époque, on assiste à un phénomène similaire : un grand nombre de principes scientifiques, entre autres, leur fameux Big Bang, apparaît tel un acte de foi qui emporte, pourtant, l’adhésion de la raison scientifique (pas seulement) contemporaine. Mieux, nous ferons en sorte qu’il s’enracine au plus profond de leur être et qu’il devienne, ainsi, indéracinable.
-Cette volonté de puissance a réussi à obtenir de la majorité (le peuple) un assentiment massif ; une conviction qui surpasse toute remise en cause et à transformer ces gens-là en une caste de régnants sempiternels.
– Sans doute, on peut l’entendre ainsi. Mais ils ont voulu obtenir plus de la majorité passive, c’est-à-dire dénuée de l’énergie nécessaire capable de les mettre en situation de renverser l’état de cette institution fictive ou mythologique. Ils leur ont tenu deux arguments supplémentaires : d’abord, ils ont été envoyés par dieu/dieux pour les défendre de leurs ennemis et les sauver de tous les dangers possibles qui sont de nature à les réduire à néant. Puisque les membres de cette majorité ont davantage peur de perdre leurs biens matériels et leurs plaisirs, surtout sexuels, que leur propre vie, ils sont prêts à consentir à tout, pourvu qu’ils n’en soient point privés. Car la classe qui est appelée à régner, à dominer est aussi militaire.
– C’est un argument spécieux, voire pernicieux. Car pour donner la preuve et le sens de leur mode de vie, les membres de cette caste ou classe vont devoir déclarer la guerre aux peuples voisins pour les massacrer, surtout pour les piller, la guerre étant, depuis plusieurs millénaires, une source quasi inépuisable d’enrichissement individuel et collectif ; en d’autres termes d’acquisition de biens matériels abondants, sans oublier l’appropriation des terres des vaincus. Or, dans ces jeux d’enfants terribles, ceux qui paient le prix fort des conflits armés, ce sont les membres, ce sont toujours les enfants du peuple. Donc, cette caste trompe doublement la majorité ou le peuple : en promettant d’enrichir la majorité passive – masse compacte sans énergie effective – par la conquête de nouvelles terres, même de nouvelles femmes pour satisfaire leur plaisir sexuel, autant pour leur désir de procréation massive, elle lui cache ses intentions réelles perfides. Certes, elle est la seule à déclarer la guerre. Mais tous ses membres n’y participent pas. Car ils s’octroient le privilège de s’en abstenir parce qu’ils sont protégés ; et il faut qu’un grand nombre d’entre eux puissent vivre pour perpétuer le règne de la caste, appelée à devenir une dynastie.
Ensuite, les membres de cette caste ne protège gère le peuple. Au contraire, ils livrent la majorité de ses membres aux guerres pour être massacrée. Tout se passe comme s’ils pouvaient vivre sans les produits de la sueur des membres de celle-ci. D’un autre côté, la minorité agissante et dynamique va s’employer à manipuler le peuple, de manière quasi définitive, en le maintenant toujours dans cette croyance pour mieux l’aliéner. Elle ne manqua d’agir, ainsi, à travers toutes les époques de l‘histoire de cette espèce de vivants appelée genre humain.
– C’est ce mensonge éhonté selon lequel la majorité maligne seule peut protéger la majorité passive qui finit par devenir une donnée instituée comme une vérité intangible, un fondement solide à travers les siècles. Mais elle se mue perpétuellement sous des figures diverses et variées. La guerre devient, ainsi, le moyen quasi exclusif de se répandre à travers des espaces géographiques antérieurement occupés ou non par d’autres branches ou d’autres membres du genre humain. Elle génère même deux types de mutation au sein de la minorité malincrate : l’egocrate et le théocrate, soit l’art de régner, de gouverner, de président suivant son idiosyncrasie sans, pour autant, être capable d’atteindre les frontières de son intériorité et d’en connaître les abîmes et les labyrinthes. Même les conseillers les plus avisés, les uns autant que les autres, ne peuvent rien faire pour clarifier la face intérieure ténébreuse de ce genre d’êtres humains, proies de Sauron. Le premier, appelé aussi chef, prince, roi, etc., se contente de pousser son avantage, avec ses troupes militaires, au détriment des peuples voisins. L’egocrate se hâte, après avoir assuré (toujours provisoirement) les abords de son territoire conquis, il édicte des lois qui obligent la majorité passive à le reconnaître comme leur roi ; tout autant que la reconnaissance officielle de ses corps militaires en vue d’avoir une ou des armées qui l’entourent, le sécurisent sur son trône nouvellement acquis ; ils doivent aussi protéger sa personne, les membres de sa famille, de sa caste ou de son clan. Il se hâte d’instituer une dynastie pour perpétuer sa lignée comme la seule habilitée à régner, c’est-à-dire à se penser ou se croire supérieure à la majorité passive ; donc, aussi, à donner des ordres à tout le monde et à dominer. Les corps militaires tout entiers voués à son service reçoivent de lui deux missions majeures : la première consiste à effrayer la majorité passive pour la contraindre à se soumettre tout entière au culte de sa personne comme une entité supérieure inatteignable ; autant dire sacrée. La deuxième n’est rien d’autre que l’usage de la violence légitime par l’egocrate pour exercer sa violence à l’égard de ses rivaux qui tenteraient de prendre sa place en l’écartant de son trône sauronisé. Il les autorise également à les torturer, à les tuer ou à les massacrer sans pitié. C’est, en d’autres termes, le meurtre légitime perpétuel sur les personnes d’autrui.
Dans cette perspective, les lois émanant de ces gens-là ne sauraient être justes en soi. Mais elles sont imposées telles quelles à la majorité comme des fondements initiaux. Donc, il ne s’agit pas de lois criminelles, mais des normes conformes à la nature des choses, voire à la volonté de la majorité constituée par l’egocrate et son entourage, qui reçoit des titres de prince ou de roi suivant des droits spécifiques. Il s’agit alors des droits qui sont plutôt conformes aux désirs, voire à l’arbitraire de l’egocrate, mais qu’il impose au peuple comme devant être les siens ; autant dire que celui-ci n’a rien en propre, hormis la nécessité de manger, de boire, de procréer. C’est ce que souligne un auteur dans un document fort instructif sur la manière dont la minorité exploitant les productions de la majorité (le peuple) pendant tout le Moyen-Âge, voire au-delà de cette période. En effet, dans un ouvrage imprimé à Lyon, Canton de Saint-Seine L’Abbaye, Trouhaut son Prieuré, Fromenteau sa chapelle Saint Eloi[20], Jacques Delferrière s’attache à démontrer la grande misère des paysans français depuis les années 800 jusqu’au XVIII e siècle. Ils étaient écrasés par des impôts de toutes sortes qui les contraignaient très souvent à vendre aux seigneurs locaux tous leurs biens en mettant en péril leur propre survie et celle de leurs familles. Ils étaient ainsi condamnés à la famine chronique. Quelques exemples d’impôts suffisent à montrer comment la majorité de la population de ce pays a dû plier l’échine devant le pouvoir de prévarication de quelques individus, seigneurs, bourgeois, propriétaires etc. Selon lui, toutes les obligations énumérées ci-dessous étaient très dures les unes autant que les autres : « les Banalités sont des exploitations techniques que le seigneur met à disposition contre espèces sonnantes et trébuchantes
La Capitation ou taxe par tête
Le Cens Censive, soit la redevance annuelle et perpétuelle due par celui qui possède la propriété d’un fond à celui qui possède la propriété éminente, c’est-à-dire le seigneur [le Seigneur étant un individu qui possède terres et personnel sur lesquels il a une autorité considérable]
Le Champart ou Tierce, une partie de la récolte des paysans revenant au seigneur
La Clôture ou enclosure a étéinstituée en 1770 par un édit royal et qui permit l’enclosure des terres, des sols qui, en jachère reçurent la culture de légumineuses ; ce qui excluait les animaux des gens pauvres qui devinrent encore plus pauvres. Cet édit causa des troubles importants
La Cornerie ou droit sur le bétail du paysan
Les Corvées : le Sr fait payer sa protection par des corvées en nature, puis par des redevances ; la taille les aides, le cens et le champart
La Dîme impose qu’un 1 / l0éme des récoltes revienne au seigneur
La Gerberie est une prestation en gerbes
La Main morte ou l’impossibilité pour un individu de transmettre son héritage, et le droit du seigneur de s’emparer de la succession
La Prébende ou la part des revenus d’une mense capitulaire affectée à un chanoine
La Taille ou impôt prélevé par le seigneur sur les ressources et les hommes » etc.
Après avoir payé tous ces impôts sur le fruit de son travail quotidien au seigneur ou au représentant de l’église, qui était aussi une sorte de seigneur, que reste-t-il au paysan français pour vivre, on vous le demande ? Toutefois, est-on en meilleure posture, aujourd’hui, au regard des divers impôts dont les petites gens, les classes moyennes doivent encore s’acquitter pour financer les charges, c’est-à-dire le luxe et la volupté des hommes politiques qui sont supposés conduire le destin des peuples ? Il vous appartient de répondre à cette question.
– Qu’en est-il du théocrate ?
– Le théocrate, qu’appelle aussi, dans le langage courant, l’empereur ou le Sultan, se croit le dieu en personne en s’octroyant tous les attributs que les religions confèrent à de telles entités célestes invisibles ou spirituelles. Ce genre d’individus s’est toujours répandu sur une large surface de la Terre, Mère de tous les vivants, en massacrant un grand nombre des membres ou branches du genre humain. Ce faisant, il entraine des membres de majorités entières à sa suite et dans sa folie. Les majorités locales vaincues sont massacrées sans merci, les femmes sont violées par ses soldats par nécessité de plaisir et d’ensemencement. Cette donnée se vérifie sur toute l’étendue de ses conquêtes. Il devient, sans en être conscient, comme Baal, le dieu suprême des Phéniciens assoiffé de sang humain. Il provoque des flots, des rivières, des fleuves de sang humain pour tâcher d’assouvir une soif inextinguible de ce liquide des majorités locales (les peuples vaincus) qui ne lui ont rien demandé ni fait, hormis le tort de se trouver sur son chemin. Comme l’empereur Commode (180-192 AP. J-C.) entre autres théocrates romains, il crée la terreur autour de lui pour mieux soumettre à sa volonté de puissance, à sa soif de gloire éphémère. Car la vie des individus est vite emportée dans des circonstances obscures ou adverses. Il commence, d’abord, par écraser, d’un poids lourd, les corps militaires, puis ses rivaux au sein de sa caste, enfin, les majorités passives, soumises et terrorisées, désemparées, etc… Ils sont légion, les théocrates qui, au cours de la brève histoire de ce genre de vivants qu’on appelle « Humains », ont usé de subterfuges cruels divers et variés pour imposer l’effroi dans les esprits des majorités pour magnifier sa personne et ses exploits dits divins. C’est l’exemple de ces monstres du genre humain que rapport un jeune auteur du XVIe siècle (De la servitude volontaire…p.42).
– Ce sont ces espaces conquis de la Terre, Mère de tous les vivants, qu’egocrates et théocrates appellent leur pays, leurs terres. De simples possessions territoriales pour passer leur existence éphémère jusqu’à la Mue ultime, qui passent sous le statut de propriété en vertu de droits inventés par leur soin.
-C’est, là, une prétention démesurée de cette espèce insignifiante de vivants que l’on s’est accoutumés à nommer le genre humain. Ces vivants devraient s’instruire de la sagesse des autres espèces vivantes, entre autres, les oiseaux migrateurs. Ils savent que rien ne leur appartient en propre. Et ils se contentent de jouir de la liberté de traverser les espaces en tant que terriens, pour obéir aux obligations, c’est-à-dire aux nécessités de leur nature. Hormis les membres du genre humain, toujours hostiles aux autres espèces vivantes, enfants de la Terre comme eux-mêmes, ils savent qu’ils sont de libres entités biologiques au sein de la Terre, Mère de tous les vivants, qui prend bien soin de tous en pourvoyant à tous leurs besoins naturels. Les autres espèces vivantes, hormis le genre dit humain, savent également qu’ils sont de libres terriens pouvant se déployer à leur guise dans des environnements spécifiques au sein de la Réalité unique qu’est l’espace universel dont la surface terrestre. On dit que les autres espèces vivantes délimitent leurs territoires par leurs déjections, notamment les prédateurs. Certes ! Mais nul d’entre eux ne s’avise d’édicter des lois pour s’approprier des espaces qui se transforment, de fait, en biens propres. Certains d’entre les membres du genre humain ont même le culot de déclarer que la Méditerranée, qui les dépasse infiniment, est leur propriété. Cependant, on se le demande, qui parmi ces créatures fragiles et éphémères, en quelque sorte, des Mourants en sursis, qui traînent tous sous l’ombre invisible de la Mue ultime, tellement et intensément présente qu’ils sont vite emportés par les maladies, les accidents divers. Pire, ils en sont effrayés en permanence jusqu’au terme de leur existence sous cette forme, soit le corps-chair ou la boue matérielle.
-Mais alors, comment peuvent-ils prétendre posséder la Terre, Mère de tous les vivants, en propre pendant qu’ils ne sont rien d’autre que des ombres fugitives, à l’instar de silhouettes grises par un temps de brouillards épais ? À peine sont-ils nés qu’ils frôlent déjà le front du grand âge de leur corps frêle et souffreteux. Certains d’entre eux construisent des tombes pour y vivre éternellement. Cependant, les vivants, soit leurs descendants successifs, les détruisent pour édifier leurs propres demeures qu’ils croient plus superbes, plus grandioses ou plus magnifiques. Donc, qu’est-ce qui peut constituer, à vrai dire, leurs biens fondamentaux à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants ? D’autant plus qu’ils n’ont même pas le temps nécessaire pour jouir pleinement de leurs biens mobiliers ou immobiliers ; ils meurent toujours avant l’usure de ceux-ci. Faute d’avoir la conscience claire et lucide de leur situation effective dans les méandres de cette forme de vie, ils y sont, pourtant, toujours attachés comme à la prunelle de leurs yeux.
-C’est pourquoi, par ironie, ce que les membres du genre humain appellent improprement leurs pays, nous les nommerons les « mare nostrum » et leurs continents, des Topos ». En effet, ces espaces de la Terre, Mère de tous les vivants, comme les Océans ont existé bien longtemps avant l’émergence de cette espèce de vivants ; et ils continueront d’être après leur extermination de la surface de la planète terre.
-Malgré l’évidence que cette espèce vaine, par essence, ne peut être propriétaire de quoi que ce soit sur la planète, qui les a faits émerger et les héberge encore, les nourrit, permet leur perpétuation (bientôt à l’arrêt net), les membres du genre humain s’emploient à empoisonner les consciences des peuples et de leurs « mare nostrum » en se faisant mutuellement la guerre pour s’emparer des terres, comme ils disent, des uns et des autres. C’est toujours, en fin de compte, une manière de faire des sacrifices humains à leur dieu Baal qui renaît, de manière sempiternelle, suivant leurs besoins. Notre messager ou témoin appelle ce genre d’êtres (humains) à la mentalité aliénée, les créateurs du « narcissisme des nations » dont les peuples, majorités passives, hériteront en raison du fait de leur mode d’existence même ou de leur manière d’être particulière.
– Cette expression se conçoit fort bien ainsi. En effet, chaque peuple ou ethnie, chaque nation, chaque communauté se perçoit ou se conçoit comme la meilleure chose que la Providence ait créée. Aussi, les membres qui composent celle-ci, depuis leur tendre enfance, entendent de tels louanges de leur groupe (éducation familiale, scolaire et universitaire, etc.,), ils ne seront jamais en mesure de se penser ou de voir autrement leur communauté qu’au travers de ces prismes laudateurs de celle-ci. On leur a toujours enseigné que leur groupe est le meilleur, le plus riche, le plus intelligent, qu’ils ont en partage la civilisation la meilleure qui soit sur la planète terre, toute autre vision, pensée, réflexion est inutile et indéfendable. C’est aussi l’origine de l’émergence et la construction solide de la conscience duonique suivant laquelle la majorité des individus et des peuples voit, vit les choses et les défend….
– Telle est l’origine des croyances culturelles. Concernant le « narcissisme des nations », c’est par un endoctrinement, une propagande politique systématiques que les egocrates ou les théocrates élaborent, bâtissent dans les esprits de leurs peuples pendant des siècles au sein de leur « mare nostrum ». Généralement, leurs religions, notamment celles que l’on appelle les « R.R.M.M », soit les religions révélées, masculines misogynes, accentuent le phénomène du « narcissisme des nations » en admettant l’existence de dieu national ennemi de tous les autres dieux, en particulier, ceux que vénèrent les autres peuples (voisins). Puisque le poids de la foi religieuse est plus aisément, plus profondément enracinable dans les consciences que les actes et les enseignements d’ordre politique, egocrates et théocrates n’ont pas hésité à en faire un usage excessif.
-Comment arrivent-ils à leur fin ?
-Par le chantage à la récompense ou à la punition, par la mise en scène et la provocation de déliriums tremens publics, ils entraînent, de gré ou de force, les membres de la majorité passive à des manifestations bacchanales populaires, avec leurs lots d’enchantement dionysiaques. Au cours de ces moments inouïs, ils ont tendance à s’engager massivement, grâce à leur imagination débordante, leur passion étant spontanée et rebelle à toute figure de retenue quelconque, à un emportement vers l’excès. A cet effet, on invente une entité fictive qu’on appelle l’esprit de la Patrie. En un sens, le « mare nostrum » est projeté au rang d’une transcendance située au-dessus de tous ses habitants. Ce ciel fictif, lointain ou proche, impose obéissance à tous, dans l’intérêt, en fait, de l’egocrate local ou du théocrate.
Auparavant, c’est tout un conditionnement psychologique qui a joué à fond pour rendre nécessaire et évident le principe narcissique des nations. En fait, celui-ci se nourrit des rancœurs fictives d’une majorité passive par rapport à une autre. En d’autres termes, les egocrates ou les théocrates s’opposent aux peuples voisins. Alors, ils inventent tout un arsenal de raisons fictives prouvant l’inimitié entre ces peuples. D’où l’idée, facile à admettre par la majorité, que leurs voisins sont effectivement de dangereux ennemis susceptibles, tôt ou tard, de provoquer le désordre à l’intérieur de leur « mare nostrum ». Aussi, pour écarter tout danger potentiel à l’avenir, il faut leur faire la guerre, les vaincre, le cas échéant, et les soumettre. C’est ainsi que ces egocrates et théocrates provoquent encore la rage, la haine infondée, de leurs majorités passives par rapport aux voisins, humains comme eux-mêmes. Dès lors, qu’il s’agisse des Anciens (le cas de la France et de l’Angleterre), ou des Modernes (la France et l’Allemagne, entre autres peuples frères prétendument ennemis), le procédé est toujours le même sur la surface de la Terre, Mère de tous les vivants.
-Ce type d’aveuglément peut avoir pour cause effective les croyances culturelles.
-Oui, puisque le lavage des cerveaux des membres d’un peuple donné obéit à la même méthode de conditionnement psychologique, psychique même. Car les croyances culturelles sont propres à tous les êtres humains à la surface de la planète terre. C’est, d’ailleurs, ce en quoi, ils ne diffèrent pas qualitativement les uns des autres. Nul n’est au-dessus d’un autre malgré les beaux oripeaux de certains d’entre eux par rapport aux autres. De même, aucun peuple ne peut enlever à un autre son statut d’être humain, même s’il le tente par des artifices dits intellectuels ou scientifiques. Les sciences naturelles l’ont prouvé au XIXe siècle en réduisant au rang de rien tous les peuples différents des Occidentaux. En réalité, il n’y avait rien de scientifiques dans leurs prétendues analyses rationnelles. Bien au contraire, c’était un tissu monumental de sottises, de préjugés imbéciles considérés comme sciences ou comme la rationalité même. Mais, la science a bon dos dans cette affaire. Les fautifs, c’étaient plutôt les tenants des théories biologiques les unes aussi absurdes que les autres concernant la connaissance prétendue des êtres humains. Ce fut l’origine des fondements des préjugés occidentaux sur les peuples non occidentaux. Donc, c’est la preuve, manifeste, que tout peuple peut croire à ce genre d’arguties, mais il ne peut rien faire d’autre. Par conséquent, personne n’y échappe puisque tout un chacun est conditionné, depuis sa tendre enfance, par la vision nécessairement hostile du peuple au milieu duquel ses parents, sa famille, sa caste, son clan, sa tribu, etc., vivent ; une hostilité toujours affichée par rapport à d’autres peuples, voisins comme lointains en raison de l’empire qu’exerce cette engeance, soit les egocrates et autres théocrates sur l’esprit des peuples.
Si bien qu’aucun membre de ces majorités passives (les peuples) ne peut être ni libre, ni souverain. Car il est conditionné par les déterminismes psychologiques, sociologiques. Un tel état de fait est le fruit, cela se conçoit aisément, de l’éducation des parents, de l’école et des différents niveaux d’études supérieures ou universitaires, des principes généraux de toute la société. Ce sont, de fait, des représentations forcément négatives à l’égard d’autrui, individu ou groupe. Ces données, fondant les phénomènes sociaux et culturels, inclinent nécessairement l’esprit des médias, ou d’un grand nombre d’entre eux, à une subjectivité sournoise dans la perception, la conception et l’analyse des réalités propres aux autres êtres humains, individus ou peuples. Il nous suffit de lire des journaux donnant des nouvelles intéressant les uns et dédaignées par les autres, on se rendra vite à l’évidence de la nature de ce phénomène dont on n’est jamais conscient tant il est évident qu’il faut agir de cette manière et non pas autrement. Dans cette perspective, l’objectivité devient, par conséquent, un idéal à rechercher. L’autre est, ainsi, toujours regardé à travers les prismes déformants des croyances culturelles propres au peuple, à la société dont on est issu.
Pire, et chacun peut faire un libre examen en soi-même pour se rendre à l’évidence de ce phénomène, l’individu n’est presque jamais considéré en soi-même suivant sa valeur, ses qualités, ou ses défauts propres : il est représenté dans l’autre conscience comme un membre d’une branche du genre humain. C’est le royaume de la conscience duonique, double encombrant ou fossoyeur de sa conscience claire et lucide. Toutefois, c’est seulement à partir de celle-ci qu’il est donné aux singularités humaines de diffracter, en tant qu’un obstacle opaque pour la clarté ou la lucidité de son esprit, les déterminismes et les conditionnements humains. Quel que soit leur milieu d’origine, elles peuvent y parvenir pour accéder à leur liberté souveraine. Elles deviennent alors des libres citoyens de la Terre, Mère de tous les vivants : ou membres libres du genre humain. Elles se délestent, en quelque sorte, de leur appartenance à leur origine quelconque, hormis le regard d’enferment d’autrui qui ne peut ou ne veut voir que des origines, des branches différentes du genre humain. Car il est naturellement le jouet de son conditionnement, de ses déterminismes liés au « narcissisme des nations » et aux croyances culturelles qui le tiennent prisonnier comme dans un cachot.
-En fait, au regard de ces données, de ses carcans de leur conscience duonique, nul progrès profond, effectif n’est possible chez un grand nombre des membres du genre humain.
-Ce qu’ils appellent « progrès » n’est qu’un faux semblant, un faux miroir de la belle apparence qu’ils ont toujours voulu se donner à eux-mêmes en tant qu’auto-spectateurs.
-Ils ont raison : au regard de leur condition d’existence éphémère, ils ne peuvent pas être témoins de leur propre histoire, comme nous, qui les observons depuis les premiers pas de leur acheminement dans et à travers cet espace qui leur a été donné pour vivre, se répandre jusqu’au terme de leur destination. Cependant, celui-ci ne saurait être leur propriété ; tout au plus une figure de possession toujours provisoire.
-Ils ne croient pas en nous comme des entités invisibles, terriens comme eux, mais surnaturels par nos pouvoirs qui transcendent les leurs.
-Il faudrait qu’ils demandent l’avis de notre témoin-messager.
-Il n’est pas encore autorisé à parler ; d’autant plus qu’il est déjà dans une situation délicate à cause de l’oppression de certaines entités spirituelles mauvaises qu’il n’est pas encore habilité non plus à voir.
-Ah, les dimensions de réalité de l’espace sont peuplées d’une infinité d’entités visibles ou invisibles, notamment par rapport à un grand nombre des membres du genre humain. Mais, qu’importe celui-ci ! Il est le seul à croire qu’il est au centre des mondes alors que ceux-ci et leurs contenus ont bien existé (et existent toujours) avant son avènement à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants.
-De toute façon, des données et des dimensions sont destinées à être cachées par rapport à celles que connaissent les espèces vivantes dont le genre humain. Son avènement est le dernier dans l’ordre de la durée qui marque le cours présent des phénomènes.
-Toutefois, les réalités propres aux vivants peuvent être effleurées grâce au vortex en tant que forte influence des forces ou des êtres invisibles qui entraîne irrésistiblement des membres du genre humain qui l’expérimentent comme une rencontre malencontreuse. Car ce sont toujours des événements fâcheux qui leur causent de l’embarras, des ennuis de toutes sortes.
-Précisons qu’il s’agit ici de vortex spirituel se manifestant sous forme de fluide qui s’épanche de l’Endonénergie – EƏ (inaccessible à l’entendement humain)- à la Pera-énergie –PƏ-[21], en continu comme l’étendue des mers ; des fleuves, des rivières. Il s’agit là de métaphores.
-Toute chose se manifeste sous forme de deux entités, deux réalités visibles et invisibles. La matière liquide dont il est question ici est une manière de parler puisqu’ils (les êtres humains) ne peuvent l’imaginer ni par leurs yeux du fait des limites de leurs sens, ni par les instruments mathématiques qui sont, eux aussi, bornés par l’imagon de leurs inventeurs ou de leurs utilisateurs.
-Quelque intelligents qu’ils soient, comme ils se qualifient sans modestie aucune, ces espèces de vivants superbes ne peuvent entendre ces phénomènes.
-Pourtant, ils reconnaissent, mais du bout de leurs lèvres, qu’ils sont au cœur de leurs limites, de leur finitude comme une âme enfermée dans un cachot, incapable de comprendre le sens de son propre état.
-Pour ce qui les concerne, c’est toujours par les pertuis de leur cerveau que ce phénomène de vortex s’opère après une transfiguration de cet éminent organe sommital de leur être.
-Ce n’est nullement facile pour quiconque de leur espèce (les autres espèces vivantes suraperçoivent mieux ces phénomènes qu’eux) de vivre une telle expérience. Le témoin-messager le sait bien en nous offrant son cervotron[22] qui, par son audace et sa volonté ou par sa curiosité malsaine, désirait accéder aux dimensions du Cosmos-Énergie, le Maître. Il est allé trop loin par les voyages de celui-ci à travers la dimension de l’espace que le genre humain appelle l’univers. Ridicule !
-Laissons-le, pour le moment à ce niveau de son retour à soi. On verra bien.
-Il verra bien !
-D’ailleurs, ils ne croient en rien comme donnée effective de leur rationalité ou de leur état de scientifiques ; hormis, naturellement, leur technoscience et les productions de celle-ci.
-Comme leurs quincailleries militaires aussi sophistiquées que fragiles et éphémères. Certaines branches du genre humain sont les seules à croire qu’elles leur seraient de quelque utilité durable.
-En fait, toutes les autres branches ont les mêmes savoirs – il s’agit de recettes reproductibles à l’infini – pour les produire en se copiant les unes les autres et en se contentant de les sophistiquer en vue de générer plus de morts de toutes les espèces vivantes dont la leur, en cas d’usage, sur l’autel de Baal. Certaines branches humaines se considèrent comme des puissances militaires en vertu de l’importance de leur quincaillerie militaire. Mais elles sont incapables de déclarer la guerre à des États aussi puissants qu’elles-mêmes. Ces soi-disant États puissants se contentent de prouver leur supériorité en se prenant aux plus faibles militairement qu’eux ; autant dire qu’ils ne démontrent rien du tout.
-Même s’ils ne croient pas en la possibilité de notre existence, il n’en demeure pas moins que leur théorie des cordes leur enseigne des ouvertures sur nous en parlant d’univers (hélas, ils n’y croient pas non plus en vertu de leurs arguties accrochées au fait que seules les preuves démontrent quelque chose de tangible), on peut leur montrer que, dans l’exercice du pouvoir, que rien n’a changé d’un iota depuis plus six mille ans.
-Revenons à la question de la majorité et de la minorité.
-Eh bien, ce qui est toujours premier – c’est certain ! – chez les groupes humains (communauté, clans, castes, tribus, société, etc.), c’est le peuple. Un peuple a toujours été-là avant la sécrétion d’individualités dont le dessein est de le diriger, de l’asservir pour pouvoir vivre à ses dépens. En ce sens, il va de soi que c’est le peuple qui se pose ou se donne à penser comme une totalité ou une majorité d’individus en tant que corps ou membres de cet ensemble. Face à une telle donnée, impressionnante par le nombre de ses composantes, les audacieux, appelons, ainsi, les usurpateurs des pouvoirs du peuple, soit toute figure de puissance, de force légitime (celle du peuple l’est toujours et nécessairement), vont concevoir tout un ensemble de stratagèmes pour le tromper. Les audacieux prennent acte que le peuple dispose de soi-même et par soi-même et en principe, voire en droit le pouvoir en tant que totalité forte puisque celle-ci peut rassembler ses forces comme corps souverain. Car il est composé d’un grand nombre d’individus ou d’éléments. Donc, comme tel, le peuple constitue naturellement la majorité puissante.
Il peut transformer sa puissance naturelle souveraine en loi, celle de la majorité et, en conséquence, en droit fondamental et souverain. Car ces deux principes l’élèvent au-dessus de tout autre (individus ou peuple) et n’est limité par aucun autre ; même pas par soi-même. Il est évident que cela ne se saurait imaginer. En ce sens, partout sur la surface de la planète terre, la majorité primordiale est, initialement, fondement de toute organisation sociale souveraine. En soi, comme entité, celle-ci se suffit puisqu’elle n’a rien à demander à qui que ce soit en dehors de soi-même ; hormis les échanges bien compris avec les autres, peuples ou organisations sociales proches, puis lointaines. C’est un fait premier irréfragable.
-Que vont faire, alors, les audacieux par rapport à cette première majorité ?
-User de duperie, de mensonge, de toutes sortes de mystifications, de leurres ou de ruses. Il nous suffit de les regarder à travers les siècles de leur brève histoire, surtout l’époque qu’ils appellent les temps modernes. Certes, ces audacieux ou ces fourbes prennent acte de ce fait, à savoir que le peuple est souverain ; ce qu’ils ne peuvent nier puisque, au départ, ils sont eux-mêmes des éléments de cette donnée primordiale. Nonobstant ce, ils vont étudier sérieusement la situation en question avant d’envahir progressivement cette majorité en soi passive sans qu’elle ne se rende compte, le moins du monde, de la dynamique maligne agissant à la manière d’un virus qui pénètre dans une cellule pour la phagocyter insidieusement. Il la prive d’abord de son autonomie en se rendant maître de ses structures vitales. Puis, cette minorité maligne invente des lois pour sceller les ordres du corps social. Auparavant, elle s’est empressée d’écarter les lois et les droits naturels de l’organisation des groupes humains. Puisqu’ils ne sont pas écrits et codifiés, elle peut, ainsi, aisément les faire tomber dans l’oubli. Elle s’accorde aussi le privilège de les rejeter dans le non droit qui n’est pas celui qu’elle désire instituer pour mieux asservir le peuple majoritaire.
Elle met en avant la nécessité d’un gouvernement pour rassembler et rationaliser toutes les données de l’organisation ou des structures sociales. A cet effet, elle crée une superbe fiction qu’elle appelle « science économique » dans l’intérêt supposé de tout le monde. En fait, c’est le levier politique qu’elle détient comme organe de commande de la machine sociale. Car elle va l’user à sa guise pour rationaliser ou pour désorganiser, par le moyen des fameuses crises économiques qui n’existent que la tête de ceux qui y croient ; ou de ceux qui détiennent les clés des manœuvres, des fondements et de l’organisation totale de la majorité passive. Suivant ses besoins propres, elle a trouvé, ainsi, les moyens efficaces pour la manipuler, pour la contraindre au travail pénible permanent. Elle la soumet, de la sorte, à la besogne quotidienne en tâchant de l’empêcher d’être heureuse ; ce que, par ailleurs, elle lui promet depuis le commencement de sa prise de pouvoir sur le peuple. Celui-ci ne peut qu’obéir puisqu’il doit survivre. La pénibilité de la besogne prive un grand nombre des membres de la majorité passive de penser. Elle convertit son esprit dans le sens de la banalité de l’existence : manger, boire, copuler. Sous cet angle de l’existence humaine, tout va bien pour la future majorité maligne.
-D’où la transformation de la nature des choses qui est devenue une réalité humaine quasi intangible. En d’autres termes, il s’agit d’une organisation socio-économico-politique à travers les « Topos » et tous les « mare nostrum ». En effet, les audacieux, soit la minorité maligne, se proposent de tout organiser avec l’accord du peuple ; mais sous l’angle de la conscience duonique. Car cela ne se serait effectivement jamais produit si la majorité passive usait alors de sa conscience claire et lucide. Il s’agit alors d’un système de prétendu choix « libre » des membres d’une assemblée majoritaire factice s’opposant, de fait, à ceux d’une minorité (la minorité de cette majorité factice) pour gouverner au nom de tous, c’est-à-dire de toutes les composantes de la société prise dans son ensemble. Toutefois, depuis le commencement, celle-ci s’est arrangée – elle agit toujours de cette manière – pour coopter le plus d’individus possible parmi sa caste au détriment de ceux de la majorité passive. Subrepticement, la minorité maligne parvient à élire (coopter) le plus de candidats de sa caste et à prétendre avoir obtenu la majorité politique légitimement apte à diriger les pays. Une fois ce subterfuge opéré, la caste minoritaire se hâte de s’affirmer comme la figure même de l’incarnation du pouvoir politique : celle de la souveraineté. Même si ce n’est nullement le cas, elle agit comme majorité souveraine à la place du peuple Elle s’approprie, ainsi, la personnification, l’emblème même de la souveraineté en acte qui appartient naturellement à la majorité passive qu’on appelle désormais, par ironie, peuple « souverain ». Mais, il faut se le demander sérieusement : de quoi le peuple est-il encore souverain ? En réalité, de rien à part le nom flatteur qui colle à sa peau comme sa donnée naturelle.
-C’est ce qu’on appelle la démocratie qui a, il est vrai, diverses figures suivant les zones de l’espace où l’on vit.
-Les Humains ont tendance à l’élever au rang de l’idéal. Il s’agit, pourtant, d’un mensonge pieux des bavardologues[23], soit ceux qu’on a convenu d’appeler les élites politiques. Car, comme le reconnaît Hayek, la démocratie n’est pas le meilleur régime politique qui soit sur la planète terre, mais un « pis-aller ». D’abord, on sait comment fonctionnent ces espèces de démocratie contemporaine : la « Sauronite »[24], en tant qu’appât de l’aliénation profonde des consciences duoniques qui sont déjà, en elles-mêmes, obscures, s’est immiscée dans le jeu des prétendues élections. C’est en ce sens qu’Hayek critique, dénonce même le glissement subreptice des démocraties contemporaines vers le clientélisme des catégories sociales et politiques. Un tel régime politique devient alors la démocratie de marchandages. Ce jugement tient au fait que la règle de la majorité a un effet pervers qui trahit nécessairement le principe de justice et de bon sens. Ce n’est plus servir le peuple, ce qu’on évoque à tout bout de champ, qui importe. Ce qui est recherché, c’est toujours l’efficacité des moyens mis en œuvre pour arriver à ses fins : acquérir ou conserver le pouvoir exécutif, coûte que coûte en piétinant même la morale.
En d’autres termes, démontre-t-il, il est impossible à un gouvernement issu de ce jeu injuste « de se cantonner dans le service des visées qui ont l’accord formel d’une majorité d’électeurs. Il est constamment obligé d’assembler et de maintenir unie une majorité, en accédant aux demandes d’une multitude d’intérêts sectoriels »[25]. Dans les démocraties parlementaires, en particulier, la majorité supposée (en réalité, c’est une minorité par le nombre de ses membres) ne reste difficilement cohérente qu’au prix d’une ouverture inévitable à un statut de privilégiés. En effet, les fameuses élites politiques créent constamment des majorités factices pour se maintenir perpétuellement au pouvoir, soit le trône brûlant des cervelles, même saines. La preuve et à titre d’exemple du jeu des majorités factices transitoires : La IVe République, soit un régime parlementaire en vigueur en France du 27 octobre 1946 au 4 octobre 1958, a fonctionné de cette manière pendant toute sa durée. Car elle se caractérise par la prédominance du pouvoir législatif (détenu par le Parlement) sur le pouvoir exécutif (incarné par le président du Conseil). Aussi, le déséquilibre des pouvoirs et l’absence de majorité au Parlement empêchent la constitution d’un gouvernement uni et stable[26]. Telle est l’une des raisons pour lesquelles on accuse, avec raison, la démocratie contemporaine de n’être jamais démocratique, soit l’exercice du pouvoir par et pour le peuple. Il y a, donc, un hiatus entre une certaine image idéale du fonctionnement de celle-ci et la réalité contraignante, la vie réelle du peuple dont elle se réclame. Aussi, Hayek n’hésite pas à affirmer que « le mot de démocratie, bien que nous l’utilisons tous, a cessé d’exprimer une conception déterminée » (p.47). Car l’idéal et la réalité sont toujours séparés par le même hiatus.
Autrement, qui d’entre les Humains contemporains pourrait citer un seul exemple d’un pays démocratique à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, où son fonctionnement satisfait aux attentes des peuples ? Où les habitants connaissent tous le bien-être, vivent dans la bonne intelligence mutuelle ? Où la paix civile, voire celle de la conscience a cours effectivement ? Ne sont-elles pas désormais en état de désordre perpétuel pour pouvoir justifier l’usage permanent de la violence légitime des gouvernements ? Dans quel État démocratique contemporain les hordes de pauvres, d’endettés sont exceptionnelles ? Donc, où la part de la gestion des affaires par le peuple dans tout ça ? En elles-mêmes ce qu’on appelle « les forces de l’ordre » sont neutres. Ce sont, donc, les fameuses élites politiques en charge de leur fonction qui les actionnent ou leur ordonnent de faire usage des armes contre des êtres humains, quels qu’ils soient. S’il y a des crimes, en dernier ressort, ce sont toujours celles-ci qui sont les réels coupables ; ou responsables. En somme, ces élites ne sont – elles pas la cause directe des désordres en cours ou à venir au cours des prochaines années ? Des prochaines décennies ? Pendant ce temps, les gouvernements endorment la conscience du peuple alors que les mondes humains penchent dangereusement vers le retour des uniformes brunes et la terreur qui leur est inhérente.
-Il faut dire que la lie de l’humanité – qui ne désigne pas une catégorie sociale, mais la substructure cérébrale de certains individus -, participe à cet état de désordre permanent dans les sociétés. Même si elle souffre de l’oppression de certaines castes ou chapelles politiques, il n’en demeure pas qu’elle participe largement à l’avènement de la ploutocratie au cours de notre période d’histoire ; soit un peu partout à la surface de la Terre, mère de tous les Vivants. Or les membres de celle-ci rêvent toujours de la même chose : détruire ou déstructurer le système éducatif, même quand il est de qualité comme celui du « mare nostrum des bords de l’Atlantique ». De cette manière, il est aisé de créer des citoyens dénués de la faculté de critique rationnelle en vue d’installer la plus grande partie des membres du peuple dans l’ignorance, toujours enclins à voter pour cette caste afin qu’elle demeure en permanence accrocher à son trône. Qu’est-ce, donc, que cette lie de l’humanité ?
-Notre témoin-messager la conceptualise de la manière suivante. Si l’on est d’accord avec la définition proposée par Le Robert (le peuple « désigne l’ensemble des habitants d’un État constitué ou d’une ville »), alors on pourrait soutenir que nous faisons tous partie d’un même corps politique ou peuple. De ce point de vue, le peuple peut se comprendre comme un ensemble d’éléments (individus) capable de s’identifier comme unité de pouvoir ; et qui a une certaine « identité », une culture et une histoire qui peuvent être communes. Le peuple, en ce sens, constituerait une réalité substantielle, même si sa forme peut être multiple et diverse. Car un peuple, quel qu’il soit et dans quelque zone de la terre que ce soit, n’est jamais homogène par ses composantes (origines et citoyens). Le peuple, comme figure d’un miroir, c’est-à-dire homogène, est un mythe dangereux, destiné à être servi comme une machinerie politique à discriminer les composantes sociales, culturelles et religieuses d’un pays. Le triomphe du nazisme et l’holocauste du peuple juif (entre autres peuples et groupes sociaux) qu’il généra nous rappellent constamment les abominations d’une telle mythologie ; et les horreurs dont l’espèce humaine est capable. Certes, un peuple peut avoir une similarité de ses membres, mais qui ne se réduit pas à une homogénéité. Tout peuple, conscient et acteur de son histoire, est capable d’agir politiquement. Et c’est en ce sens qu’il constituerait une unité politique. D’une manière générale, tout peuple est le fruit de l’histoire, voire le résultat de la sédimentation d’un ensemble divers et varié de mœurs patiemment acquises au cours du temps, c’est-à-dire de sa propre histoire.
Même si le peuple est toujours constitué d’une multitude, il n’en demeure pas moins que, par-delà celle-ci, il peut s’organiser lui-même autour d’intérêts communs et concrets. Il peut transcender les unités partielles qui constituent les associations, les groupes intermédiaires de toutes sortes, pour se fixer, comme objectif majeur, de réaliser un projet collectif qui engage toute sa destinée temporelle. Il peut donc être conscient d’enjeux majeurs, par la volonté de mettre en perspective le pouvoir des femmes et des hommes qui le composent ; d’unir leurs efforts communs, par-delà les inévitables divergences entre eux, les opinions contradictoires en vue de faire émerger et reconnaître la nécessité d’intérêts communs, qui dépassent infiniment la stricte sphère des individualités égoïstes. Le peuple, ainsi compris, fait preuve de « bon sens » selon la belle expression de Descartes. En effet, à propos de tout être humain (l’espèce humaine comme genre), ce philosophe écrit ceci : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, car chacun pense en être si bien pourvu que ceux -mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont… Cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes…. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »[27] Dans cette analyse, même si Descartes accorde à tout un chacun la faculté de connaissance (« bon sens »), en tant que membre du genre humain, donc à la réalité humaine appelée peuple, d’avoir en soi et dans chacun de ses membres la jouissance de la lumière naturelle (la raison), il établit, cependant, une certaine nuance qui distingue deux parties du peuple. En effet, selon Descartes, « ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon… », au sens où tout membre du genre humain, tout élément ou toute composante d’un peuple en dispose naturellement et de façon incontestable. Ce qui importe essentiellement, c’est la capacité qu’a chaque membre de « l’appliquer bien » par l’acquisition de la culture savante, qui élève l’esprit à la dimension d’être humain. Le bon sens constitue donc l’essence des hommes, quelles que soient leurs différences. Parmi les membres ou les composantes du peuple, certains parviennent, par des efforts personnels, des études appropriées, à l’exercice de bien appliquer leur raison ; et donc de figurer parmi les membres les plus éclairés du genre humain.
En revanche, il y a toujours un noyau dans chaque communauté humaine, chaque groupe, chaque peuple, en somme, une partie des individus qui manifeste une incapacité à s’élever au sommet de l’humanité intelligente. Tel est le groupe, le noyau dur de chaque communauté humaine que le témoin-messager qualifie de « lie de l’humanité ». Selon Le Robert, suivant son sens figuré qui intéresse ici, la lie « exprime ce qu’il y a de plus vil, de plus trouble… ». En d’autres termes, « c’est la fraction la plus basse de la société, la « canaille ». Aussi, la lie de l’humanité est la partie d’un peuple qui résiste à tout effort d’intelligibilité rationnelle ou de l’intelligence du coeur. Depuis l’émergence des descendants de l’Homo sapiens, et la manifestation d’eux-mêmes comme genre de vivant « conscient d’être conscient » de soi-même, selon la célèbre formule de Michel Jouvet[28], c’est-à-dire doué de conscience réflexive, elle s’est formée en son sein comme un noyau inamovible et immuable par-delà les mutations formelles intemporelles. Pour emprunter une image à l’Astrophysique contemporaine, la lie de l’humanité serait assimilable aux « trous noirs » découverts au cœur des galaxies, qui s’emploient à absorber continûment de la matière et à réorganiser, comme à leur guise, les structures des masses de myriades d’étoiles ; en somme, à engloutir ou à capturer la lumière. La lie de la humanité agirait de même en s’abreuvant des lumières de l’humanité : la bonne intelligence mutuelle, la générosité, la bonté, la bienveillance etc. Elle agirait comme un facteur perturbateur, aveugle par essence, en créant des désordres, des troubles permanents au sein des sociétés. Elle s’opposerait systématiquement aux chefs d’État qui gouvernent avec intelligence, humanisme et avec le respect de leur peuple[29]. À l’inverse, elle est toujours prête à soutenir ceux qui font preuve de stupidité, de violence et de tyrannie. Tous les monstres politiques de la terre sont ses œuvres.
La lie de l’humanité, composante irréfragable de tout peuple, ne peut avoir accès à la conscience des institutions, qui président aux destinées humaines. Mais, en même temps, elle nuit à leur plein rayonnement, en raison de son enfermement dans le halo d’un présent étroit ou sans espace ample et borné psychologiquement, intellectuellement et spirituellement. Car elle s’impose des besoins secondaires et matérialistes, qui étouffent le développement de son esprit. Ces besoins en question sont, par nature, obscurantistes, abrutissants. On peut les synthétiser de la manière suivante : d’abord, la lie de l’humanité, qui obéit instinctivement à la voix de la nature, se contente de se reproduire sans aucun projet pour le futur de ses descendants ; ni non plus de finalité de formation ou d’éducation humaine de qualité. Dès lors, les enfants qui naissent au sein de cette catégorie sociale n’ont aucune chance de transfigurer la nature des choses. Certes, il existe, en son sein, des individus exceptionnels qui, par des efforts inouïs, au regard des obstacles qu’ils rencontrent en dehors de leur sphère de vie propre, de leur mérite personnel parviennent à s’élever au rang de l’assomption d’une humanité accomplie sur le plan de la culture savante, de la spiritualité et de la réussite sociale. Ensuite, elle s’est totalement engluée dans trois impératifs vitaux et triviaux : manger, boire, dormir ; ce qui, somme toute, se réduit à la vie végétative infrahumaine. Et telles sont également les bornes de sa vision du réel humain et de toutes choses. Ses intérêts s’y ramènent tous et elle n’entend rien à tout ce qui, dans une invite politique, a rapport aux concepts d’intérêt général et commun. Son intérêt général à cette infra-couche humaine, c’est la satisfaction de ses intérêts et impératifs égoïstes.
C’est pourquoi elle a tendance à faire preuve, dans ses formes élémentaires de pensée, de ses conduites triviales, dans ses liens troubles au monde (l’Univers des autres réalités humaines) de ce qu’il appelle un naturalisme libertaire. Naturalisme au sens où son mode d’être, sa forme de liberté ne repose pas sur les devoirs de la conscience psychologique et morale, qui nécessite de tenir compte des autres, de respecter leur personne. À la manière d’un enfant qui découvre le monde, tout en érigeant son moi au rang d’ego-centre, par sa tendance naturelle à tout ramener à soi seul, la lie de l’humanité veut tout s’accaparer pour satisfaire ses seuls besoins. Libertaire dans la mesure où il y a en elle une forte inclination à persévérer dans son être et à nier toute forme d’opposition, y compris par la violence. Il n’y a que soi seul qui a le droit d’exister et de satisfaire pleinement les besoins de sa vie végétative. Enfin, et par ces conduites irrationnelles, la lie de l’humanité est toute entière enfouie dans la défense aveugle de l’ego qui, de son statut de particulier (un groupe humain donné), voudrait que sa seule minisculissimes réalité soit érigée au rang de la réalité universelle.
C’est, sans doute, à la lie de l’humanité que pensait Etienne de La Boétie, l’auteur du Discours de la servitude volontaire, quand il emploie le terme d’ « hommeau » ou d’ « homunculus »[30] pour désigner le peuple qui est incapable, même au nom de sa liberté – laquelle seule nous élève au rang d’Humains -, de s’opposer à toutes les figures du pouvoir qui l’oppriment et s’emploient à le nier toujours en tant qu’entité existante, susceptible d’autonomie ; et, donc, d’indépendance par rapport à la déraison du tyran, du roi ou du président. Ce terme péjoratif qualifie l’état d’être dégradé et méprisable. Car, comme les bêtes, l’ « homunculus » se contente de vivre (« vivre pour manger et non manger pour vivre » selon le vieil adage) sans projets, regrets ni espoirs ; et sans réfléchir. Les réalités de l’instant et ses impératifs végétatifs bornent tout son univers. Ses habitudes alourdissent toutes ses initiatives par une forte inertie. Comme il a la figure de la lie de l’humanité, il ne peut distinguer le vrai d’avec le faux ; et il se contente d’avaler au quotidien les fables mensongères des élites politiques de tous bords. Comment de tels individus (ceux qui composent ce genre d’individus à l’idiosyncrasie particulière transversale) peuvent-ils accéder au rang de citoyens, dès lors qu’ils acceptent toujours d’obéir aveuglément aux ordres des élites politiques qui les gouvernent ? En outre, l’«homunculus » fait toujours preuve d’une spontanéité populacière, sans le sens du devoir ni de morale politique, dès lors qu’il se détourne des vrais problèmes qui touchent la vie des autres, pour mettre en avant uniquement le confort matériel de sa seule existence. En un sens, la preuve du pire, c’est cette lie de l’humanité même, en tant qu’elle est une mauvaise interprète de la vie humaine. Son unique bien sur cette terre, c’est celui du ventre, qui est un gouffre, sans doute, aussi ample que celui des bêtes féroces ; et tel est son souverain bien : la nourriture.
La lecture de certaines œuvres de Sénèque[31] nous dévoile la permanence, dans l’humanité, d’une certaine donnée sociale transversale qui s’apparente à la lie de l’humanité. Dans La vie heureuse (XV, 1), cet auteur souligne que celle-ci, au nom des voluptés, ne craint guère d’abandonner sa liberté, celle de penser et de se gouverner notamment : le prix que ce genre d’individus peut accorder aux choses, c’est essentiellement tout ce qui a rapport au ventre : « Il n’achète pas les voluptés, il se vend aux voluptés » (p.243). Or tout être, qui s’abandonne aux voluptés, finit par amollir son être, par être dégradé de ses qualités d’être humain, au sens où il se laisse choir dans les pires turpitudes, qui sont, par essence, les plus inassouvissables. La raison, qui est la plus noble faculté et qualité humaine, finit par s’estomper en lui. Étant esclave des voluptés, un tel individu est comme incapable de penser ou de ne rien concevoir de grand. Plongé dans les voluptés bornées de toutes parts par les horizons de l’instant, dans l’ivresse des plaisirs du ventre, les satisfactions alternées de l’estomac et des plaisirs sexuels, il croit vivre ou exister, alors qu’il se contente de végéter, à l’instar de tout vivant dénué de conscience et de raison. En somme, la manière intemporelle d’être de la lie de l’humanité est constamment traversée par des affects hétéroclites, des paradoxes irréconciliables, voire insurmontables, que le philosophe romain résume en ces termes : « Eh ! Qui ignore que les plus pleins de vos voluptés sont les plus sots, que la méchanceté abonde en satisfactions et que l’âme même entasse toutes sortes de voluptés vicieuses ? En premier lieu l’arrogance, l’outrecuidance, un orgueil qui vous élève au-dessus des autres, un amour aveugle et imprévoyant de ce qui vous appartient, de folles délices, des joies immodérées pour des causes mesquines et puériles[32], puis la causticité et la hauteur insultantes, la mollesse et la décomposition d’une âme indolente qui s’endort sur elle-même. »[33].
Dès lors, on peut dire que si l’on ne voit pas, de nos jours, émerger les prolégomènes d’une nouvelle philosophie du droit politique, cela tient essentiellement au fait que les penseurs contemporains emploient toute l’énergie de leur intelligence à commenter les anciens ; même s’ils les reprennent de façon aussi originale et pertinente que possible. Autrement, ils nous amèneraient à comprendre qu’il n’y a pas lieu de confondre le peuple et sa lie de l’humanité. En effet, comme nous sommes tous des membres du peuple, nous pouvons toujours nous fonder sur le « bon sens », à l’inverse des gouvernants, pour opérer, en matière de politique et d’économie, des mutations futures heureuses. Car le peuple a toujours fait preuve d’une bonne inclination, quand il écoute sa raison, s’il est handicapé par sa pesanteur passive aggravée par sa sécrétion qu’est la lie de l’humanité. Autrement, et la brève histoire du genre humain fourmille de quantité d’exemples remarquables, en matière politique, sa volonté générale peut le conduire à rechercher, tant bien que mal, l’intérêt général. En ce sens, les événements politiques, marqués par une forte contestation des peuples boliviens, pourraient être les prémisses d’un prochain soulèvement des peuples face à leurs élites contemptrices. Mais, reconnaît-il, personne ne sait ce que serait la nature de ces phénomènes. Ils pourraient être des bouleversements majeurs qui pourraient changer le cours de l’histoire contemporaine. Qu’importe le lieu où cela pourrait commencer.
-Toutefois, en attendant, dans les faits fondateurs des systèmes politiques modernes, la lie de l’humanité, soutient-il, joue des touts scabreux aux peuples de la planète terre.
-En effet, tout indique qu’elle est, ainsi, c’est-à-dire par son poids énorme, fondamentalement la cause du triomphe de la minorité maligne en s’abstenant de voter dans certaines circonstances délicates ou critiques. Certes, l’on peut comprendre le sens des abstentions. Car ce sont toujours les mêmes candidats qui occupent la scène du théâtre politique, le champ de la bavardologie pendant des décennies. Aussi, la minorité maligne, du fait des abstentions par dépit de candidat du peuple qui tiendrait le langage de la réalité des problèmes qui frappent ses membres, se retrouvent toujours majoritaire par rapport à la majorité passive, jetée, ainsi, dans l’espace d’une minorité supposée. C’est ainsi que cette prétendue majorité parvient toujours à se maintenir au pouvoir, surtout exécutif, qui est le réel pouvoir. Alors, elle va se livrer à un jeu fantasmagorique qu’on peut comprendre de la manière suivante.
Si l’on considère que cette minorité se transforme en un corps dont les membres sont soudés par la similarité des intérêts, elle devient, de fait, une malincratie, ennemie de la démocratie au sens classique et idéal de ce concept. Elle se considère comme une majoritaire à un double titre : d’une part, elle s’apprécie telle la fine crème intellectuelle du peuple. Donc et, à ce titre, elle est majeure, c’est-à-dire suffisamment éclairée pour gérer les affaires de l’État et conduire la destinée du peuple qui est comme jeté dans la face contraire de la lumière. En ce sens, la minorité, devenue majorité, régente tout et elle règne sur tout le peuple. Ayant atteint le statut de majorité (intellectuelle), donc, humaine, elle conçoit, de fait, la première majorité passive, majorité par le nombre de ses membres, désormais comme mineure intellectuellement et même humainement. Dès lors, la majorité par le nombre est transférée, rejetée même psychologiquement du côté de la minorité. A l’inverse, la minorité, soit la malincratie, devient, de fait, la majorité au regard de ce qui précède. Elle est d’autant plus à son aise dans cette nouvelle majorité (fictive) qu’elle s’arrange pour résoudre le problème des abstentions. En effet, elle crée des coteries en raison de leurs intérêts similaires pour constituer une majorité de pouvoir politique pouvant gouverner le pays sans remous. Mais, quelles que soient les formes de coalitions intéressées, il s’agit toujours de minorités par rapport à la majorité initiale passive jugée mineure et, donc, incapable d’exercer le pouvoir, en particulier exécutif, donc, de gouverner le pays.
Dès lors, le peuple perd, de manière durable, ses statuts fondamentaux : la souveraineté, source de tout pouvoir politique, la majorité par le nombre de ses composantes et par la prééminence de sa constitution, de son émergence comme totalité salutaire pour ses membres, tous ses membres ; ce qui légitime l’exercice de tout pouvoir politique. En perdant tous ses privilèges, cette majorité initiale et constitutive livre son espace (social) légitime à des individus sans lois et ni doit, hormis ceux que cette malincratie s’octroie, à savoir la bavardologie qu’on appelle pompeusement l’art de la science politique. Ainsi, la majorité première est anéantie ou annihilée en faveur de pseudo-majorités politiques, fruit de tromperies, de duperies et manipulations politiques.
-Toutefois, les problèmes intrinsèques aux démocraties varient selon les « mare nostrum ». Celui de notre messager, « le mare nostrum » des bords de l’Atlantique, devient de plus en plus difficile à vivre pour certaines catégories de population. Il est vrai qu’il n’est pas personnellement concerné. Mais, les tragédies et les drames des enfants de la Terre, Mères de tous les vivants, ne laissent pas indifférente sa conscience philosophique, donc humaniste. Sa vision sur les membres du genre humain est essentiellement iréniste : elle se focalise sur ce qui les unit ou les rapproche davantage, d’une manière ou d’une autre, en minimisant toujours ce qui est de nature à les éloigner ou à générer des motifs de conflits entre individus ou peuples.
-Effectivement, il est né citoyen de ce pays en vertu de son droit constitutionnel, soit le droit du sol (le jus soli) dont l’origine remonte au 23 février 1515. Mieux, il a demandé à être intégré à la nation française à la suite des indépendances des pays occupés par la France depuis la fin du XIXe siècle. Comme il l’a déjà écrit dans l’un de ses tout premiers livres[34], il y a été accueilli avec bonheur, d’abord, par les familles fortunées et bourgeoises de Lyon, puis, dans tout le reste des zones de ce pays où il a vécu. D’ailleurs, il l’a parcouru dans tous les sens pendant des décennies pour connaître sa belle physique humaine, sa géographie également superbe et variée, voire son histoire, ses cultures, ses mœurs et les traditions de son peuple qui est une fantastique mosaïque d’êtres humains aux couleurs et à leurs nuances infiniment variées. Tout cet ensemble, en dehors des « humaineries » inévitables entre des personnes à la couleur de l’épiderme différente vit, en général, en bonne intelligence les unes avec les autres à travers tout le pays. Certes, il est déçu par rapport à l’idée qu’il s’est toujours faite de la France, comme on dit ordinairement, avant même qu’il y mette les pieds. Car, dans les faits, la dictature de la couleur de l’épiderme a tendance à l’emporter sur toute autre forme de raison : obstacles multiples dans la recherche d’emploi, conséquences du poids des schémas mentaux directeurs, c’est-à-dire des influences culturelles ordinaires, etc. On le constate dans la compétition pour accès aux hauts postes de l’Administration d’État ou du Privé, aux rangs de l’intelligence, au logement, au monde de l’Édition où l’on tient dans le silence la qualité des personnes issues du « Topos » des Origines, tel un dogme pour garder vivace dans les mémoires ordinaires le répertoire des préjugés et de leur confirmation. D’où l’état, parfois, de souffrance de leurs écrits, etc. Toute cette volonté d’humiliation perpétuelle est le fruit permanent de ces schémas mentaux d’un grand nombre de gens qui véhiculent la négation de ces peuples issus de cette zone de la planète terre. Et c’est toujours à tort. Car lorsqu’on se dit intelligent et que l’on n’est nullement apte à se départir de ses préjugés culturels, quel sens faut-il donner alors à ce terme dans les faits ?
-Il aurait dû accepter le poste d’enseignant chercheur qu’une université de la Caroline du Sud lui proposait quand il était encore un jeune chercheur en Anthropologie à la suite de la publication de l’un de ses articles qui avait beaucoup intéressé le chef du département des Sciences humaines.
-Tel est le regret de sa vie ! Il pensait obtenir un profil de poste similaire dans son propre pays, le « mare nostrum » des bords de l’Atlantique.
-Il comprit plus tard la raison des échecs dans les compétitions à ce genre de poste. Ce fut le cas de certaines figures noires qui ont dû s’exiler aux États-Unis d’Amérique pour pouvoir accéder à la lumière d’une figure de célébrité. Cette posture mentale de refus sournois se vérifie dans tous les domaines de la création. En musique, le talent de Manu Dibango dût être reconnu et célébré aux États-Unis d’Amérique avant qu’on ne daigne lui accorder de l’intérêt en France. Il en fut de même de Henri Salvador en tant que musicien de Jazz. Même l’écrivain Alain Mabanckou, élu au Collège de France comme professeur invité à la Chaire de Création artistique a, d’abord, été célèbre aux États-Unis d’Amérique (il est professeur titulaire de littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles) avant d’être reconnu et honoré en France. Ses propres recherches de géopolitique n’ont trouvé grâce aux yeux d’aucune de ces Maisons. Or, comme il l’a toujours soutenu, aucun être humain ne naît déjà doué des fondamentaux de sa culture comme un enfant bourgeois avec une cuillère dorée dans la bouche. Il l’acquiert par des processus complexes d’éducation qui l’acheminent vers l’accomplissement de sa personne humaine et culturelle singulière et par la manière dont il en devient plus ou moins maître. Donc, si la culture française n’est pas innée, mais acquise, alors tout être humain qui s’en donne la peine peut parfaitement la maîtriser au même titre qu’un métropolitain. Selon lui, en effet, l’intelligence laborieuse, comme l’intelligence fine, est une construction de et par soi-même ; essentiellement. Ce n’est nullement une affaire de la couleur de l’épiderme d’une branche donnée du genre humain. Aussi, il en est venu à conseiller à tous ceux qui veulent briller sur le plan des arts, entre autres, de prendre le chemin de l’exile dans les pays anglo-saxons, ne serait-ce que provisoirement. Car on ne peut oublier le pays qu’on aime tant !
-Néanmoins, même si le système éducatif et le choix des thématiques à étudier opéré par les historiens, en somme tous les décideurs au niveau de l’État, ne laisse guère de place à ses ascendants de l’Afrique subsaharienne, ces derniers ont beaucoup apporté à l’édification de la nation française. L’évocation de quelques exemples est nécessaire pour rafraîchir la mémoire de ceux qui voudraient effacer ou nier cette grande contribution au cours des temps modernes. Ainsi, dès le XVIIe siècle, sous Louis XIV, l’on a écrit sur l’histoire d’au moins deux Noirs : Abraham Pétrovitch Hanibal[35], fils adoptif, puis collaborateur du tsar de toutes les Russies, Pierre le Grand, qui a eu un célèbre arrière petit-fils, soit Alexandre Pouchkine[36] ; et le prince Aniaba d’Assinie dit le prince Jean Aniaba, filleul du Roi soleil[37], baptisé par Bossuet à Notre-Dame de Paris, en présence du Roi lui-même. Tous deux ont fait preuve de leur bravoure dans les guerres contre l’Espagne pour ce qui est du premier et dans celles des Flandres concernant le second en sa qualité du Mousquetaire du Roi. Au XVIIIe siècle, au cours de la Révolution du 1789[38], le corps de la Légion des Américains, essentiellement composé de Noirs des Iles (les Caraïbes) et des Africains (Ouest-Africains), est envoyé (1792-1793), sous la conduite du Chevalier de Saint-George au front de l’Est pour repousser la première coalition qui était une alliance formée au début de 1793 par plusieurs États européens contre la France, devenue une république en septembre 1792. Cette alliance était formée par la l’Autrice et la Prusse. L’action de ce corps a été décisive, l’histoire de la Révolution de 1789 le reconnaît volontiers, dans la salvation de celle-ci pendant ce moment critique. C’est pourquoi François Mitterrand lui a rendu hommage en accordant une place éminente aux spectacles des pays de l’Afrique noire francophone lors de la célébration du Bicentenaire de la Révolution en 1989.
Au XIXe siècle, ce sont toujours des Noirs de l’Afrique subsaharienne qui ont aidé l’armée française à vaincre les puissantes et redoutables Amazones du royaume du Dahomey. Elles étaient invaincues depuis au moins le XVIIe siècle jusqu’en 1892 grâce aux Spahis du Sénégal, soit une unité de cavalerie de l’armée française de la colonie du Sénégal, aux mercenaires du Gabon, aux Félons de Ouidah[39]. A la première Guerre Mondiale autant qu’à la seconde, ils ont été aux côtés de la France. Certes, par mépris et pour marquer la différence qualitative en matière de la dictature de la couleur de l’épiderme, journalistes, historiens, hommes politiques et militaires haut gradés, etc., les ont appelés les « Tirailleurs Sénégalais », même s’ils n’étaient pas tous originaires du Sénégal, loin s’en faut. Le mépris tient aux deux faits suivants : d’une part, l’on a réduit l’immense partie de ce « Topos » d’origine à une petite contrée[40]. D’autre part, après les avoir utilisés pour arriver aux fins voulues (la victoire de la France sur l’Allemagne), on a vite fait de les rejeter dans l’obscurité de leur lieu d’origine. Pour autant, des documentaires montrent la valeur sur les champs de bataille de certains d’entre eux ou dans les tranchées de Verdun. Ils ont sauvé, parfois dans des conditions d’extrême danger pour leur vie, des camarades français. C’est tout le contraire que montre Benoît Hopquin dans l’un de ses livres[41] relative à cette période douloureuse pour la France et pour ses combattants. Ceci contraste singulièrement avec la manière dont on a tâché de les massacrer, malgré leur engagement pour la France, dès 1940[42].
Cependant, ce sont encore les Africains, au prix de beaucoup de souffrances, de don de leur vie pour la France, qui ont sauvé ce pays : la France de la Résistance de de Gaulle et celle des patriotes de l’intérieur. Pendant ce temps, un certain nombre de ceux qui avaient la couleur de l’épiderme locale collaboraient avec les Nazis qui ont humilié la Patrie, celle-là même qui fut pendant longtemps (depuis le XVIIIe siècle) leur modèle politique d la figure même de l’État. Il s’agissait alors pour eux du désir de jouir des prestiges (richesses et réussites matérielles, hautes fonctions, gloire, etc.) du pouvoir qui piétinait la France sous ses bottes impitoyables. Pour peu qu’on se donne de la peine d’aller aux sources de cette histoire, les bibliothèques sont pleines des témoignages de ce qui s’est effectivement passé au cours de cette période douloureuse pour les combattants de l’ennemi de la France. Mais, on n’en parle plus ; on efface tout et on recommence, en l’espace de moins d’un siècle, avec les mêmes horreurs en perspective. Tout comme on ne parle plus de ces Africains comme les premiers résistants depuis l’engagement de Félix Eboué pour la France libre aux côtés de de Gaulle (Paris sur le Congo).
Selon l’excellent ouvrage de Marianne Cornevin[43], consacré à l’histoire contemporaine de l’Afrique noire, Félix Eboué, nommé en 1938 Gouverneur du Tchad, puis de l’Afrique-Équatoriale Française, va marquer l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en proclamant le ralliement officiel du Tchad à la France libre. Même si l’histoire officielle ne reconnaît pas que la résistance fut d’abord africaine et que la capitale de la France libre – aussi scandaleux que cela puisse paraître aujourd’hui – était Brazzaville sur les bords du Congo, grâce à l’action de Félix Eboué, il n’en demeure pas moins que c’est un fait historique, incontestable. Car ce qui a été fait ne peut ne pas ne pas avoir été fait. À ce sujet, on peut se poser la question suivante : pourquoi la France n’a-t-elle pas choisi, à ce moment-là, un autre territoire français, comme la Nouvelle-Calédonie (abandonnée ou prêtée aux États-Unis) ou comme l’Algérie alors française depuis 1830 ?
C’est, donc, Félix Eboué qui a imposé aux populations de toute l’Afrique francophone des impôts lourds pour acheter des armes à l’intention de de Gaulle à Londres. C’est encore ce bon gouverner qui a recruté des troupes (service militaire pour tout individu valide), des soldats de divers corps militaires qu’il a mis au service du Général Leclerc, celui qu’il est permis de considérer comme le véritable libérateur de la France. En effet, avec ses troupes africaines, Leclerc remonte vers l’Afrique du Nord où il fait une jonction majeure de trois troupes : les troupes de l’Afrique subsaharienne, celles de l’Afrique du Nord, notamment de l’Algérie et les troupes venues de l’Indochine. C’est avec celles-ci qu’il entreprend la libération de la Provence avant celle de Paris, etc. Ce manque de reconnaissance du « mare nostrum » des bords de l’Atlantique de la contribution des pays ou des territoires, voire des individus du « Topos » des origines, soit l’Afrique noire, lui paraît un mépris indigne de la noblesse de l’esprit des Lumières que ce pays symbolise encore. D’autant plus qu’aujourd’hui, des gens venus d’ailleurs, en raison de la couleur de leur épiderme similaire à celle de la majorité du peuple, jouissent de tous les privilèges de la République par rapport aux descendants de ceux qui ont donné leur vie pour la gloire de la France. Ces derniers n’ont bénéficié de rien matériellement contrairement, par exemple, aux États-Uniens qui ont bien pillé les banques centrales de leurs alliés européens pour rembourser tous les frais de leur participation aux deux Guerres Mondiales. Ils sont toujours glorifiés, honorés par rapport aux Africains qui ont donné leur vie pour ce pays.
-Dès lors, sur quoi peut-on, dans ce pays, fonder encore les raisons de ce qu’on appelle ordinairement le racisme ou ce que notre témoin-messager appelle la mishumanopathie[44], puisque le terme de « race » n’existe pas concernant les membres du genre humain ?
-Sur le thème de l’esclavage des Noirs ? Ceci n’a aucun sens. En effet, en Europe, pendant longtemps, on se fondait sur une fausse lecture de l’Ancien Testament pour justifier l’esclavage des Noirs et la supposée infériorité de leur nature, de leur intelligence par rapport à tout autre peuple de la terre. En fait, il s’agissait d’une volonté de l’Occident moderne de codifier leur état comme un fait naturel. On prétendait qu’ils étaient condamnés, dès l’origine, à être esclaves des autres peuples, comme si les Scribes du VIIe siècle avant Jésus Christ avaient déjà quelques comptes à régler avec des hommes, comme les Noirs et leur continent, l’Afrique, qu’ils ne devaient certainement pas connaître suivant les mêmes normes que les temps modernes. Il semble qu’il convient d’enlever cette croyance préjudiciable, ce mensonge supposé historique, cette manipulation des faits dans la tête des gens, puisqu’on continue de l’enseigner dans les lycées en France, entre autres pays du Nord. Or ce fameux Cham n’a rien à voir avec les Noirs de l’Afrique. Il désigne, et c’est explicite ici, la terre de Canaan – aujourd’hui, ce territoire correspond à la Palestine – qui deviendra la terre promise aux Hébreux par leur dieu. Dans La Bible de Jérusalem, il est écrit ceci : « Cham, père de Canaan[45], vit la nudité de son père [Noé] et avertit ses deux frères au-dehors. Mais Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leur épaule et, marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père ; leurs visages étaient tournés en arrière et ils ne virent pas la nudité de leur père. Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son fils le plus jeune. Et lui dit : « Maudit soit Canaan[46] !
Qu’il soit pour ses frères
Le dernier des esclaves ! »
Il dit aussi :
Béni soit Yahvé, le Dieu de Sem,
Et que Canaan soit son esclave !
Que Dieu mette Japhet au large,
Qu’il habite dans les tentes de Sem
Et que Canaan soit son esclave ! »[47]
Cette forme d’humiliation humaine qu’on appelle esclavage n’est pas le propre des seuls Noirs dans le monde, même s’ils ont été les derniers à être concernés par cette horreur, c’est-à-dire depuis six ans environ. En effet, d’après un numéro d’« Historia » (janvier 2009, n° 745, « Esclavage, Deux mille ans de mensonge »), « le trafic des esclaves est un fait auquel toutes les civilisations et les nations ont adhéré depuis des fils d’Adam jusqu’à aujourd’hui ». En effet, selon Laurent Vissière, à partir du VIIe siècle, « fondamentalement esclavagistes, les sociétés musulmanes » ont entrepris, autour de la Méditerranée, un gigantesque commerce d’esclaves européens. En ce sens, les califes d’Orient n’hésitent pas à dépenser des fortunes sur les marchés destinés aux esclaves en provenance des pays occidentaux. Selon l’auteur de cet article, « à l’origine, ce sont les Blancs qui sont les plus recherchés », en particulier, « des filles et des garçons enlevés au pays des Francs ». Pire, selon cet auteur, la traite esclavagiste touche toute l’Europe, avec l’entrée des Vénitiens dans ce commerce fort lucratif pour les puissants, pays et particuliers, de cette époque. Cette ville est même présentée comme une « plaque tournante du marché des esclaves ». Plus loin, il ajoute cette précision : « comme tous les grands ports méditerranéens, Venise est au Moyen Âge un haut lieu de l’esclavage. À l’origine, ces esclaves ne viennent pas de bien loin ; on les enlève ou on les achète sur la côte dalmate- l’Esclavonie. Les « Esclavons » sont en fait des Slaves, très prisés aussi bien dans l’Occident chrétien que dans le monde musulman, et dont le nom est très tôt devenu synonyme d’esclaves… Les Vénitiens, qui, dès le XIIe siècle, développent un véritable empire commercial, ne tardent pas à établir la traite des esclaves sur les deux rives de la Méditerranée : ils vendent des esclaves blancs en Afrique du Nord et dans l’Empire byzantin, et des sarrasins en Occident » (p.18). Nonobstant ce, cette page sombre de l’histoire européenne n’enlève rien à la dignité de n’importe quel citoyen européen. Et cet opprobre de ses ancêtres n’est pas inscrit sur le front de chaque Européen comme une condamnation éternelle. Il en est de même des Noirs transplantés hors de leur continent d’origine. Joseph Ki-Zerbo estime à 100 millions le nombre d’individus qu’on a extraits de ce continent vers le continent américains[48]. Et ils ne sont en rien condamnés par quelque décret divin à être esclaves des autres peuples. Ils l’ont été par accident, comme certains peuples européens au Moyen-âge, c’est-à-dire en vertu des aléas de l’histoire humaine[49].
-Le témoin-messager conçoit cette tragédie humaine comme l’Eskhaton, soit l’effondrement, qui n’a jamais été, en soi, un problème d’aucune nature pour les branches humaines responsables directes ou indirectes cette horreur : 100 millions d’êtres humains vendus pour s’enrichir sur d’autres continents proches ou lointains.
– Les descendants des peuples victimes de cet état des faits n’ont jamais été capables de vendre leur cause aux yeux du monde, comme d’autres peuples victimes similaires et multimillénaires de la cruauté des grands peuples voisins ont bien réussi à défendre leur cause.
– D’ordinaire, il les juge très sévèrement : en aucun cas, ils n’ont pu s’accorder depuis que leurs intellectuels et autres personnalités engagées dans les discussions sur les modalités de possibles compensations.
-Peut-il y avoir des compensations réellement satisfaisantes ou de nature à guérir cette plaie humaine ? D’autant plus qu’ils n’ont pas de pays à créer et construire, l’Europe, sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique, l’ayant déjà fait pour eux : l’on avait alors divisé tout le « Topos » des origines à coups d’équerre au cours de la Conférence de Berlin du 15 novembre 1884 au 26 novembre 1885 dans l’intérêt exclusif des puissances européennes.
-Ce « Topos » des origines et leurs « mare nostrum », leurs peuples devaient servir à l’émergence de la puissance militaire, au développement économique, industrielle, financière, etc., des dites puissances coloniales.
-Elles étaient plutôt en situation d’occupants d’un certain nombre de territoires supposées, peut-être, vierges ; tout en admettant (un paradoxe !) que leurs habitants, non nommés, serviront à la satisfaction de ces missions ou de finalités.
-Sans doute ! Dans tous les cas, il n’y a jamais eu de débats historiques pour résoudre ces contentieux historiques afin de tâcher d’équilibrer les rapports interhumains qui se situent toujours sous l’angle de l’humiliation sempiternelle, d’un côté, et de la soumission, de l’autre.
-Pour cela, il faudrait que les uns et les autres trouvent des partenaires responsables, rationnels et respectueux les uns et des autres. Une telle perspective est rendue difficile parce que, selon le témoin-messager, les peuples du « Topos » des origines, que l’on appelle couramment l’Afrique, ont un handicap majeur : ils ne sont d’accord que sur leurs désaccords ordinaires.
-Il devrait lui-même défendre la bannière de ce Problème historique majeur.
-Il déteste l’espace public où l’on va pour se livrer des babillages continus ; où l’on va pour polémiquer de manière stérile et non pour argumenter, puisqu’il s’agit, le plus souvent, d’afficher sa science. Alors, il préfère rester en retrait pour vaquer à ses affaires.
-De toute façon, il a trop à faire dans sa retraite, entre autres, trouver comment mettre un frein à son vortex spirituel.
-De toute, notre témoin-messager ne comprend pas la négligence de l’histoire et de la classe politique, même du système éducatif par rapport à la contribution des Noirs à la construction de la nation française. Ceux qui ont donné leur vie (la chose la plus précieuse parce qu’elle est unique pour chaque vivant) voient leurs descendants toujours humiliés par l’ignorance, la négligence ou le mépris des mêmes ordres de réalité ; en particulier la classe politique. Malgré de nouveaux oripeaux, la tendance est toujours la même : l’oubli de l’apport des peuples noirs de l’Afrique à l’histoire française pour mieux maintenir les Noirs sous le joug du mépris de leur sang versé, de leurs souffrances, de leurs efforts en matière d’impôts au cours de la période des deux Guerres Mondiales ; même par après, leurs territoires, riches en matières premières, ont servi au développement de l’économie et de l’industrie françaises dont des gens qui sont aujourd’hui détenteurs de grandes fortunes Mais ils ne le proclament pas dans l’espace public. Si, au Royaume-Uni, il n’y a plus aucun problème à compter parmi les plus hautes élites politiques contemporaines du pays, des Britanniques originaires du Commonwealth, il en est tout autrement de la France. En effet, dès qu’on s’avise de nommer l’un des descendants de ces valeureux hommes, qui ont contribué à construire la France pendant des siècles, à un haut poste de l’État, par exemple, comme ministre, des fils ou petits-fils d’immigrés algériens ou d’ailleurs se joignent aux extrémistes locaux pour vociférer sur la place publique, c’est-à-dire les médias : « le Grand remplacement »[50]. Tout se passe comme si l’on ignorait leurs origines situées ailleurs, dans d’autres contrées. Ils oublient, si de telles inepties avaient un sens, qu’eux-mêmes sont en train d’opérer une mutation similaire (« Grand remplacement »). Qu’est-ci qui légitime leur propre statut dans la République par rapport à celui des Arabes ou des Noirs si ce n’est la dictature de la couleur de l’épiderme qui les rend semblables à la majorité des citoyens ? Certes ! Telle est la cause des privilèges que l’Administration concède à tous ces citoyens dont le nom sonne bien quelque chose de bien étranger. Ceci leur donne, pour autant, le droit de vouloir à tout prix situer les autres citoyens français à la couleur de l’épiderme différente hors de la sphère de la République ? Ou de la civilisation judéo-chrétienne ? N’est-ce pas indécent, incongru même de traiter d’étrangers un ensemble de citoyens français d’« étrangers » alors qu’on a soi-même des origines étrangères ? En ce sens, il est évident que le peuple français fait bien plus preuve d’intelligence à accueillir tout le monde, c’est-à-dire les êtres humains qui sont autorisés par le droit à vivre ici, en son sein avec un sentiment de bienveillance, d’ouverture et de compréhension que cette minorité de bavardologues qui ose même parler en son nom sans autorisation aucune.
– A propos du sorte des immigrés dans un pays catholique, il y a beaucoup de remarques à faire. Car, et l’on peut se demander : au nom de quelle loi du Ciel se permet-on d’interdire à des Français qui, par commisération, par générosité ou par bonté, voire par amour chrétien, etc., apportent spontanément de l’aide à ceux qui souffrent ? Ce sentiment de grandeur universel nous est, pourtant, enseigné par l’évangile : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi » (MT 25, 35-36). D’autant plus que nous proclamons, à la face du monde, que nous vivons dans un pays catholique, soit le christianisme universel. Pourtant, nous le savons : la plupart des immigrés venant du Proche et du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique, sont de passage pour rejoindre le Royaume-Uni où, selon les aveux d’un grand nombre d’entre eux, ils seraient mieux traités et respectés comme des sujets humains ; quitte à risquer leur vie dans la traversée de la Manche ou de la Mer du Nord pour atteindre l’Eldorado ou le paradis sur la planète terre.
-D’ailleurs, et sur ce point précis, que savent-ils (les fameux anti-immigrés de propagande politique), à vrai du christianisme puisqu’ils prônent la haine des uns et des autres laissant apparaître leur haine inextinguible de l’Humanité dont ils sont, pourtant des membres ? Le Noble Jésus a créé un mouvement spirituel de fraternité spirituelle universelle dont dérive le christianisme. A aucun moment des évangiles, il n’est question de haine de l’autre qui est nécessairement un frère dans l’Humanité. Il faudrait qu’ils lisent et qu’ils réfléchissent à ce qu’est la christophanie.
-C’est, d’ailleurs, l’une des thèses du messager dans l’un de ses livres[51]. En substance, il dit ceci : la christophanie, en nous dévoilant et en nous donnant des occasions d’accéder à des énergies spirituelles nouvelles, nous immerge dans un espace ou une dimension intérieure et extérieure de compréhension de tout être humain, voire de confiance d’une interactivité placée sous le signe de l’oblation transcendante mutuelle. À ce niveau de transfiguration spirituelle christique, à l’instar du Noble Jésus, sans volonté de comparaison aucune avec sa personne déifiée, on se voit ou on voit aussi les autres sans jugement ni blâme. En ce sens, tout se passe comme si nous avions atteint une sorte de rééquilibrage de nos divers états : psychique, émotionnel, physique, spirituel, mental, etc.
-Plus, dans ses nouvelles investigations, il voit dans ce cheminement, sans préjugements d’aucun ordre ni d’aucune nature (croyances culturelles ou narcissisme des nations, etc.) une heureuse mutation disposant à l’état de l’humanité vertueuse[52].
– Tout à fait ! Ainsi, la christophanie, c’est-à-dire la manifestation spirituelle du Noble Jésus, nous incline à la paix, à l’amour universel et transcendant, à la joie d’exister hic et nunc, à l’amitié sans frontières ; à l’immense plaisir de partager notre propre humanité avec dans l’intimité et l’harmonie de celle de l’autre, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne. Une telle disposition de soi manifeste le fait, fondamental et premier, que nous tous conditionnés, voire condamnés à demeurer, jusqu’au terme de cotre existence présente, dans les bornes de notre Humanité commune. Il n’y a pas de moins ni de plus humain dans notre commune nature ; il n’y a que des monstres qui brisent ces cadres par une chute dans le mal absolu.
La christophanie nous introduit au cœur des merveilles de la vie, celle de l’humanité en particulier. Elle nous nourrit d’une conscience qui parvient, par l‘une des formes des pouvoirs de notre cerveau c’est-à-dire l’esprit, surtout l’Intellection à lever les voiles sur les mystères insérés dans les mailles de chaque instant, comme le grain de chapelet du présent. Elle favorise une concentration plénière sur chacun d’eux. Dans cette quête, qui apparaît comme une réorganisation constante du sens de notre existence temporelle, par essence éphémère, nous pouvons, parfois, accéder à un niveau de compassion de l’Homme dans n’importe quelle situation sans tenir compte de ses origines puisque chacun de nous est compendium de gènes divers et variés, voire de toutes origines qu’il est possible d’imaginer. On est alors comme habité par une vision juste, on existe en tant qu’être véritable, c’est-à-dire transcendant la nature biochimique et sa caverne d’ombres épaisses insondables. L’être véritable en question n’est rien d’autre qu’un être évangélique, détaché du terreux en nous, qui nous rend aveugles aux beautés de la quintessence de l’Énergie du Cosmos. Ce terreux est même la source de nos maux en tant qu’il dessine des figurations soumises aux yeux du monde et à tous les jugements possibles, voire à toutes les critiques. Alors, on entre en possession de soi-même comme personne libre, traversée de joie divine, parce qu’on fait sauter les cloisons étanches entre soi et les autres, entre soi et les choses qui vibrent d’énergie spirituelle et qui sont sur terre. Nos yeux s’ouvrent sur la Vérité, figure de la Réalité ultime, celle de l’Énergie du Cosmos, seule apte à apaiser réellement le cœur humain. C’est la christophanie de la symphonie durable qui gratifie nos pensées, nos paroles, nos actes pour qu’ils aient une heureuse influence sur l’esprit des gens lesquels coexistent dans nos dimensions quotidiennes de réalités humaines faites de réseaux complexes, intriqués et impliqués comme des nœuds constituant un Nœud ouvert. Telle semble être l’énergie cosmique émanant de la christophanie, comme le souligne si bien le « Prologue » de l’évangile de Jean : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme…» (Jn 1-9)[53].
-C’est pourquoi, parfois, lorsqu’on les entend ainsi parler, on peut se demander si ces gens-là comprennent bien le sens de cette expression, voire son histoire. D’ailleurs, en parlant de civilisation judéo-chrétienne, ils devaient inclurent les premières civilisations dignes de ce nom de la planète terre, en l’occurrence : l’Arménie, la Syrie, l’Égypte, l’Éthiopie. Elles l’ont été avant l’Occident qui est née plus tard. Eh bien, ils ne le font pas parce qu’ils préfèrent s’en tenir à des références historiques qui arrangent bien leurs affaires construites sur des châteaux de sable. C’est, d’ailleurs, le propre de la bavardologie d’aimer le mensonge, la duperie plutôt que la Réalité et la vérité des faits.
En somme, tous ces gens, qui se gargarisent du thème creux de l’immigration, en guise de programme politique et économique – c’est une fumisterie qui permet d’avoir beaucoup de votes et d’obtenir des postes grassement payés – devraient exhiber leur carte d’identité génétique. On verrait bien qu’aucun d’entre eux n’a rien de local, hormis la couleur de leur peau, comme le Savant[54] l’a écrit avec raison. Mieux, il a passé des décennies à tâcher d’expliquer, de démontrer à nos élites politiques (ou à un grand nombre d’entre eux) plongées dans les ombres de la confusion de la conscience duonique, la complexité des phénomènes humains en France. Dans son dernier ouvrage (2025), à la suite de nombreux autres livres qui éclairent les phénomènes humains et qui instruisent aussi sur la nécessité de la paix civile et du vivre en bonne intelligence dans la société française, il prouve que, depuis le Moyen-âge jusqu’au XIXe siècle, il y a eu un long conflit idéologique, historique, politique entre deux franges de la population française. D’un côté, il y a ceux qui se proclament les descendants des Gaulois et qui seraient Français de « souche ». Or ces derniers étaient déjà les descendants d’un mélange extraordinaire pendant la durée de l’empire romain et même après celui-ci. De l’autre, les descendants des Francs qui s’affirmaient comme Français de « souche » parce que, entre autres raisons, ils avaient vaincu les Gaulois. Pourtant, comme conquérants, ils ont traversé des contrées habitées par diverses populations humaines avec lesquelles des croisements ont été opérés pendant quelques siècles. Alors, qui est réellement de « souche », si ce mot a un sens d’un point de vue génétique ? D’ailleurs, sur ce point et sur bien d’autres, le peuple français fait preuve de bon sens bien plus que ces fameuses élites politiques, qui veulent installer le désordre dans le pays au bénéfice du triomphe de leur propagande politique insensée. Car il sait, lui, qu’il n’y a peut-être pas un seul dont les gènes n’aient pas quelque origine étrangère.
Donc, on ne voit pas pourquoi des immigrés qui se sont installés sur ce territoire depuis le XVIIIe siècle et, plus largement depuis le XIXe siècle et le début du XXe siècle pourraient-ils prétendre qu’ils sont, qu’ils seraient plus Français que d’autres ? En outre, parmi eux, des fils d’immigrés de la première et de la seconde moitié du XXe siècle n’osent pas afficher leur origine étrangère comme s’ils en avaient honte ; ou comme s’ils voulaient tromper leurs électeurs en leur montrant un autre visage plus clair que la lumière du jour. Tout se passe comme s’ils leur disaient : « Voyez, je suis comme vous. Je ne suis pas un fils ou petit-fils d’immigrés ». D’autres ont l’aplomb de désirer la suppression du droit du sol s’ils accèdent au pouvoir exécutif. Or sans ce droit fondamental de la civilité, comment pourraient-ils même devenir Français ? Pourtant, ils n’osent pas aller au contact des Français de la campagne, du pays profond, des territoires, etc., lors de leurs propagandes/campagnes politiques. Ils s’enferment dans leur quartier de prédilection en déléguant aux médias le soin de les faire à leur place sur le terrain. S’ils s’y rendaient en personne, ils découvriraient le vrai visage de la France des territoires. Ils sauraient que la France n’est pas haineuse à leur image. Sur les marchés de Lyon, de Lille, de Strasbourg, de Nantes, de Rennes, de Marseille, de Paris, de Tulle, de Toulouse, de Montpellier etc., il y domine la symphonie des couleurs de l’épiderme traduisant la diversité des origines de la population ; ce qui est la réelle morphologie de la France contemporaine. Ils seraient surpris de la bonne intelligence effective entre les gens de toutes les origines possibles ; de leur coexistence humaine pacifique, fondé des sentiments de compréhension mutuelle par-delà les différences de quelque nature que ce soit.
-D’où l’incompréhension du Savant au sujet du fait divers qui a eu lieu « dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, à l’issue d’un bal au village de Crépol, à côté de Romans sur Isère… » (p.9). En raison du décès de l’un des belligérants et des blessés graves, ceux qui s’affirment « élites politiques normales » en ont profité pour vouloir aggraver ce genre de conflits ordinaires entre des êtres humains opposés les uns aux autres dans toutes les contrées de la planète terre. Ils ont même osé parler d’agression contre la « race blanche ». Mais laquelle, se demande le Savant ? Sans doute, celle qu’eux seuls représentent. Tout se passe comme s’ils souhaitent le désordre, l’aggravation des situations sociales banales pour mieux vendre leurs propagandes et, ainsi, gagner le plus de votes possibles aux élections, sous le fallacieux prétexte qu’ils défendraient mieux les intérêts des Français. Ceux-ci seraient-ils devenus subitement si incapables de défendre par eux-mêmes les leurs propres au point de déléguer, à cet effet, à des groupuscules politiques de les exécuter à leurs places ? Rêve saugrenu de leur part !
– Tout se passe comme si les États européens abordent ces questions ou ces humaineries, soit le fait, ordinaire, que des êtres humains éprouvent d’immenses difficultés à se supporter au quotidien en vertu de la singularité de leur idiosyncrasie propre. Par exemple, dans certains pays européens, on relative de tels faits divers en les considérer tels qu’ils sont, soit des accidents, soit des attentats commis par des étrangers sans mettre en avant des insanités comme l’agression contre la « race blanche ». Ce fut le cas d’un Afghan de 28 ans, « suspecté d’avoir porté les coups de couteau qui ont tué, dans un parc, un homme de 41 ans et un enfant de 2 ans »[55], en janvier 2025. L’on n’a pas cherché, outre-mesure, à envenimer les faits pour préserver la paix civile. Cette attitude raisonnable et rationnelle a toujours prédominé dans tous les cas d’attentats islamiques au couteau ou en voiture en Allemagne. De même, en Grande-Bretagne, où il y a eu de nombreux attentats islamiques, entre autres, depuis des décennies, les autorités politiques, autant que la population britanniques dans son ensemble, ont toujours su discerner la nature des faits. Il n’y a jamais eu de délires ou de la surenchère politiques quant à ces données dramatiques. Ce fut le cas de l’attentat de Londres, comme le rapporte « La Croix » : « Londres, un nouvelle fois, frappée par le terrorisme. Une agression au couteau « à caractère islamiste » a fait trois blessés dimanche 2 février (2020) dans une rue commerçante du sud de la capitale britannique, a déclaré la police »[56]. Selon le même journal, après l’attentat de juillet 2024, tout le Royaume-Uni s’est rangé derrière l’appel à l’unité du pays par le roi Charles III comme l’écrit encore « La Croix » : « Après plusieurs jours d’apparent retour au calme et de contre-manifestations antiracistes, le souverain, actuellement en Écosse, a communiqué après avoir tenu des entretiens téléphoniques avec le premier ministre Keir Starmer et les responsables de la police, à qui il a adressé « ses remerciements les plus sincères » pour l’action des forces de l’ordre en vue de « rétablir la paix ».
« Le roi a fait savoir qu’il avait été très encouragé par les nombreux exemples d’esprit de solidarité » face « aux agressions et à la délinquance d’un petit nombre » (2024), a indiqué un porte-parole du palais de Buckingham. « Sa Majesté espère que les valeurs partagées de respect et de compréhension mutuels continueront de renforcer et d’unifier la nation », est-il précisé »[57]. Le Nazisme a fait des dégâts humains innommables en France entre 1935 et 1945 non seulement pour les citoyens européens d’origine juive, comme on a coutume de qualifier ces peuples, mais même au rang de toutes les populations européennes de « souches » et celles de toutes les couleurs de l’épiderme possibles. Hélas, l’on voit, de nos jours, des partisans attardés de l’imbécile idéologie d’Adolphe Hitler ressusciter les mêmes idées insensées, dans l’oubli de ce qui vient de se passer en Europe il y a quatre vingt ans.
Dès lors, et en toute objectivité, il semble que Britanniques et Allemands veulent raison garder par rapport aux faits divers opposant des membres de différentes branches humaines. Et c’est fort louable au regard de la fragilité psychologique des êtres humains et des techniques idéologiques en guise de propagande diabolique utilisés en son temps par Hitler et ses courtisans : la répétition des mêmes idées obéissant aux attentes d’une population en délire, soit la « lie de l’humanité ». Aujourd’hui, on peut y ajouter les conditionnements des outils technologiques capables d’épouser les idées « racistes » de leurs concepteurs, membres d’une branche humaine donnée, etc. Dès lors, on est témoin, de nos jours, d’un dérèglement général de la perte de raison des branches du genre humain qui préfigurent toujours la fin des périodes de sa courte histoire. Car les ombres et les ténèbres du passé réapparaissent vêtues d’oripeaux sous un jour lumineux. Est-ce la figure du soleil trompeur de Sauron ?
-Parmi ces enragés, partisans des désordres sociaux dénués de la moindre once de raison, il y a même des phoulosophes qui ternissent l’âme éthérée de la philosophie par la manifestation de leur haine à l’égard d’autrui qu’ils ne connaissent, d’ailleurs, nullement. Ces soi-disant penseurs ne font preuve d’aucune once d’amitié philosophique ; d’empathie ou d’humanisme. Bien au contraire, ils vouent une haine terrible à tout autre qui est différent d’eux. Ce faisant, ils oublient qu’ils sont pour eux-mêmes et par rapport à eux-mêmes dans le sentiment de l’Insupportabilité et qu’ils projettent, pourtant, tel quel, sur autrui. Aussi, quand ils parlent, ils agissent comme s’ils vociféraient leur ignorance contre autrui ; comme si tous les pores de leur corps, de leur esprit transpiraient uniquement la haine contre tout le monde manifestement différent de lui : de ses cultures ou de la couleur de son épiderme. Pauvres créatures souffrant visiblement de la pesanteur de leurs croyances culturelles qui leur tiennent lieu de sciences ! Si seulement ce genre d’individus pouvait s’élever au rang de l’Intellection, il comprendrait instantanément l’intrication de tous les phénomènes humains, entre autres et, ainsi, entrerait dans la clarté de son entendement étouffé et étouffant pour autrui. Mieux, il goûterait au plaisir sublime de la souveraine liberté de la conscience claire et lucide au lieu d’être toujours enchaîné aux miasmes des croyances culturelles et intellectuelles fondées sur des données surannées. C’est aussi l’acte même d’acquiescer au fait que chaque membre du genre humain est un compendium de gènes aux origines multiples et vairées. Quant aux petits esprits qui lui en voudraient de sa transformation heureuse, qu’il les laisse où ils sont. Car l’on sait que les petits esprits sont souvent hargneux en raison de leur incapacité à s’adonner à une pensée profonde, vérace. Alors, ils sont réduits au rang de roquets qui aiment agresser les plus forts par impuissance et faiblesse naturelles. Donc, qu’importe leurs critiques !
Autrement dit, il serait toujours comme ces gens-là qui n’ont rien à voir avec la posture authentiquement humaniste de Michel de Montaigne. Selon celui-ci, en effet, « on dit bien vrai qu’un honnête homme, est un homme mêlé »[58]. Ce philosophe affirme qu’il n’est guère choqué de voir la diversité des hommes et de leurs mœurs en un même pays ou dans des pays différents. Ces différences, que les faibles d’esprit comme ces gens-là le veuillent ou non (et d’ailleurs, que peuvent-ils y faire si ce n’est, à l’instar de Hitler, de Staline au XXe siècle ou encore des conquérants européens des Amériques, qui voulaient anéantir tous les peuples ou « premières nations » par les armes ?) sont l’œuvre de la nature et participent de l’esthétique qu’elle aime contempler. Autrement, elle a suffisamment de puissance pour les anéantir et se complaire seulement dans l’homogène, le semblable. En ce sens, reconnaît Montaigne, « la diversité des façons d’une nation à autre ne me touche que par le plaisir de la diversité ». En d’autres termes, pour s’élever, par l’Intellection seule, à une telle volonté bonne inclinant à la rencontre ouverte sur la totalité d’autrui, avec sa réalité d’inconnu, d’étrangeté, il faut accéder au statut de ce que ce philosophe qualifie, avec raison, d’« honnête homme », qui est essentiellement «un homme mêlé ». C’est le propre de tout sujet pénétré de l’intelligence de la différence, enrichi de ses us et coutumes singulières.
C’est cela la quintessence de l’esprit humain. Telle est aussi son élégance même, qui est qualifiée de « spectre large » dans l’ouvrage de Denis Guedj. Ce genre d’êtres humains ne risque guère de déchoir dans l’étroitesse de l’intelligence humaine puisqu’ils ont une ample compréhension des phénomènes, en particulier, la complexité des réalités humaines. En parlant des philosophes arabes, grâce auxquels la philosophie grecque a pu accéder au continent européen pour y connaître son plus grand éclat non encore égalé, cet auteur écrit, en effet que « ce furent la plupart des savants à « spectre large » oeuvrant tout autant dans les domaines de la médecine, de l’astronomie, de la philosophie, de la physique et des mathématiques. Ils ressemblaient aux premiers penseurs grecs pour lesquels la connaissance n’avait pas de frontière»[59]. Une telle grandeur d’esprit, qui confère à un être humain sa dimension exceptionnelle, est la marque même de l’instruction philosophique ; du moins, telle qu’il l’a comprise.
-D’autres encore, parmi ces gens-là, se disent chrétiens. Pourtant, le message évangélique dit tout le contraire de leurs conduites envers autrui ; soit l’édification d’une fraternité humaine universelle fondée sur l’amour d’autrui : « aime ton prochain comme toi-même ». Ils ignorent sans doute le sens d’un tel commandement moral. Alors, sont-ils seulement des chrétiens ? Ils n’aiment pas non plus les autres chrétiens qui sont différents d’eux par la couleur de l’épiderme ou par leur culture. Comment proclament-ils leur fidélité au Noble Jésus ?
Contrairement à nos braves prétendument « souchiens » (ce qui sonnerait comme les de Bonamour), qui allument leur flamme de la haine (haro contre l’immigration !) pour avoir le plus de votes possibles aux différentes élections, ces gens-là seraient dignes de foi dans leur conviction politique s’ils s’avisaient de reconnaître que ces fameux immigrés (Mais comment accepteraient-ils tuer la poule aux œufs d’or ?) sont triplement avantageux pour eux. : 1) ils en tirent grandement profit en tant qu’instrument de propagande politique ; 2) tous les immigrés qui travaillent paient des impôts qui leur permettent, comme aux autres élites politiques, d’avoir de confortables retombées financières par les subventions de l’État ; 3) par leur travail, ils contribuent aussi à les entretenir financièrement grâce à leur salaire de hauts cadres de l’État (il s’agit bien des députés, des sénateurs, des maires, etc.). Ces gens-là seraient réellement crédibles, aux yeux de nous tous, citoyens de ce pays, s’ils consentaient à descendre au niveau des immigrés pour les remplacer à leurs postes d’ouvriers, de balayeurs de rue, d’éboueurs, d’ouvriers agricoles, de professionnels du bâtiment, etc. S’ils ne peuvent le faire eux-mêmes et si, d’aventure, à force d’empoisonner les esprits avec leurs thèmes surannés d’immigration, ils parvenaient à les renvoyer dans leur pays d’origine. Ceci ne serait guère envisageable, puisqu’en fait, ils en ont besoin pour continuer à vivre et à prospérer. Car sans ces immigrés, que deviendraient leurs partis politiques ? D’un autre côté, qui voudraient-ils qui consentiraient à s’abaisser au niveau des immigrés, avec ou sans documents officiels, pour effectuer de tels travaux manuels en France ?
-D’après un article du « Canard enchaîné », Georgia Meloni, qui a exploité aussi ce thème pour arriver à ses fins, soit l’accès au pouvoir exécutif, a bien et vite compris que l’Europe occidentale n’est pas encore prête à se priver de la main-d’œuvre immigrée. Aussi, contrairement à ce qui se passe en France, s’est-t-elle engagée à agir sur deux plans. D’une part, elle reconnaît, en toute honnêteté, que l’Italie ne peut se passer des immigrés pour satisfaire les besoins de certains secteurs du tissu économique. D’où la nécessité d’agir à l’encontre de son idéologie d’extrême-droite, comme l’écrit cet hebdomadaire : où est, alors « le blocus naval des côtes africaines… » ? Elle s’empresse de reconnaître que « Ce n’était qu’une promesse de campagne d’il y a trois ans, pour faire oublier que, comme ne rappellent les « Les Echos » (2/7), elle est désormais la cheffe de gouvernement qui aura fait entrer le grand nombre de travailleurs étrangers en Italie. Car Meloni vient de décider d’ouvrir les portes de son pays à 500.000 immigrés supplémentaires en trois ans. Si on ajoute les 450.000 permis de travail déjà délivrés de 2023 à 2025, on frôle le million d’arrivées. Permise, cette extrême-droite ! »[60] Ensuite, et tel est le sens de son intelligence politique, de sa vision des choses à long terme, elle a décidé d’établir des partenariats de développement industriel, agricole avec (pour le moment) les pays du Maghreb. Une telle action politique et économique, sera doublement avantageuse, c’est-à-dire gagnante pour l’Italie : d’abord, elle enrichira les opérateurs économiques italiens, comme l’Occident, en son temps, l’avait fait en Chine ; ensuite, en donnant du travail aux gens dans ces pays, ceux-ci n’éprouveraient plus la nécessité de vouloir traverser la Méditerranée (où ils se noient) pour aller en Europe en quête de travail et de conditions de vie matérielles meilleures. Georgia Meloni ouvre, ainsi, la voie d’une nouvelle complémentarité économique entre le continent européen et le continent africain. On ne peut que souhaiter un vif succès à son engagement. Ce devrait être le rôle de l’Europe économique de demain. En fait, Georgia Meloni, a, sans doute, bien compris le sens de la définition du présent, en prenant le sens qui sied à une raison humaine. En effet, le présent ouvert enferme, à lui seul, les trois horizons de la durée, soit le passé, le futur, et soi-même comme instance toujours fugitive. En revanche, le présent fermé sur soi, par sa confusion, son irrationalité, ses ombres générées par les phénomènes ordinaires contrastés et son aveuglément est toujours dangereux comme la suprématie de la ploutocratie. Car il obstrue la clairvoyance, brûle la raison éclairée et active en faisant advenir tous les désordres, les dérives et les figures multiples du fourvoiement, voire l’acharnement féroce de la juste et de la juste Injustice des Humains.
Hélas, pour le moment, les dirigeants politiques de l’Europe et, plus globalement, de l’Occident sont aux prises avec leurs problèmes du temps présent fermé. Or, comme l’écrit souvent le témoin-messager, les choses humaines ne durent jamais longtemps. Pendant ce temps, la Chine, une vieille civilisation, qui a été humiliée par les pouvoirs de l’Occident, va bientôt se venger des auteurs de cette humiliation en inversant, en moins de deux décennies, le sens de la puissance économique et militaire. Ce serait, pour un grand nombre de peuples, notamment pour ceux du « Topos » des origines, une pesanteur peu aisée à supporter, au cas où les Chinois s’avisent d’occuper ce « Topos » par sa puissance éconmique. Jusqu’ici, elle envoie dans les pays dits étrangers, des individus réellement inaptes à l’intelligence d’autrui ; autant dire des gens peu ouverts à la civilisation humaniste. Il en serait de même de la Russie qui, pendant la grande période de l’URSS, n’a guère brillé par la courtoisie ni par le sens du respect d’autrui de la part de ses ressortissants envoyés en mission dans les pays étrangers.
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Deuxième acte : le PROBLÈME QUASI MÉTAPHYSIQUE DU MASCULIN ET DU FÉMININ
-Notre témoin-messager a consacré beaucoup d’énergie, par ses diverses et multiples investigations sur cette question, à tâcher de comprendre ce qui, dans le rapport originaire Féminin-Masculin, empoisonne la Terre, Mère de tous les Vivants ; surtout la vie du féminin.
– Il faut tâcher de faire synthétique, c’est-à-dire de donner un aperçu de l’ensemble de ses analyses pour éviter d’aborder les problématiques majeures qu’il a déjà étudiées dans ses divers livres. L’un des éclairages qui suffirait à rendre compte le mieux possible de cette problématique réside dans ses premières analyses sur De l’impuissance du puissant…[61]
Dans les grandes lignes, il soutient ceci en commençant par l’examen de la scission duale ou la guerre inter-genre humain : corps genré, corps conflictuel, mais corps tendu vers son unicité
Platon : La République(Livre V)
« Si donc il apparaît que les deux sexes diffèrent entre eux pour ce qui est de leur aptitude à exercer certain art ou certaine fonction, nous dirons qu’il faut assigner cet art ou cette fonction à l’un ou à l’autre ; mais si la différence consiste seulement en ce que la femelle enfante et le mâle engendre, nous n’admettrons pas pour cela comme démontré que la femme diffère de l’homme sous le rapport qui nous occupe, et nous continuerons à penser que les gardiens et leurs femmes doivent remplir les mêmes emplois…
« Il n’est aucun emploi concernant l’administration de la cité qui appartienne à la femme en tant que femme, ou à l’homme en tant qu’homme ; au contraire les aptitudes naturelles sont également réparties entre les deux sexes, et il est conforme à la nature que la femme, aussi bien que l’homme, participe à tous les emplois, encore qu’en tous elle soit plus faible que l’homme.
« Donc la femme et l’homme ont même nature sous le rapport de leur aptitude à garder la cité… » (Garnier Flammarion, Paris, 1966, p.p.209-210). Platon démontre par cette pensée que la Raison philosophique, au-delà du religieux ou du théologique, voire du scientifique au sens contemporain du terme, a sa raison dans la lecture, la connaissance des phénomènes humains : elle est toujours guidée par le principe du réel ou du vrai si l’on préfère ; du juste et du souci de l’équité, c’est-à-dire de la conformité des choses à ce qui est et ce qui a été. C’est dans ce sens que s’inscrivent les analyses ci-dessous.
1- Le problème des genres sexuels : la guerre des sexes et le plus grand mensonge de tous les temps
L’identification génétique des individus et, surtout des sexes, se contente d’établir une différence spécifique suivant l’ordre de la nature. Et pourtant, elle est devenue la source de toutes les misères parmi l’espèce humaine. La pire d’entre elles réside en la simple distinction du masculin et du féminin ; ce qui en réalité n’est qu’une forme apparente de reconnaissance de soi, comme la science l’établit à juste titre. En effet, la nature en générant deux sexes différents pour la perpétuation de certaines espèces vivantes a, pour ainsi dire, établi deux dimensions de réalités absolument antagonistes, suivant l’affirmation de Bryan Sikhes : « Comme toutes les autres espèces sexuées, nous sommes irréversiblement divisés en mâles et femelles. Notre identité commence toujours par cette définition… en tant que « lui » ou « elle ». Notre sexe, notre genre, est le préalable à toute description de ce que nous sommes et fixe presque tous les aspects de notre comportement depuis le berceau jusqu’au tombeau. La création de deux sexes a bien pu mettre un terme à une ancienne guerre, mais ce fut pour la remplacer par une guerre d’extermination réciproque durable[62], et c’est sur ce champ de bataille avec les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, que nous passons notre vie entière, comme nos ancêtres, avant nous[63] ». Cette identification sexuelle implique une différence et celle-ci n’est pas synonyme de jugement de valeur comme être grand ou petit, gros ou maigre, en termes de supérieur ou d’inférieur. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer l’infinie diversité de la nature elle-même : parmi les couleurs, on distingue des vertes, des rouges, des roses, des mauves, des bleus, des blanches, des oranges, etc. ; la végétation compte une infinité de variétés de grandes espèces d’arbres, d’arbustes, et il en est de même chez les animaux. La nature ne qualifie pas l’éléphant de supérieur ou d’inférieur à la baleine, au crabe, à la truite, au ver de terre, à l’amibe ou encore au lion ou à la lionne, au renard, à l’aigle, etc. Elle prend seulement acte de leur diversité. Cette dernière montre, au contraire, sa prodigalité, son infinie richesse comme si elle trouvait un immense contentement à se contempler dans le dissemblable et non dans le semblable.
2- Malédiction du féminin ou mésinterprétation intentionnelle du 1er Livre de la Genèse par le masculin[64]
Avant de proposer une autre lecture, une autre représentation de ce texte dit de l’Ancien Testament qu’on nous permette de commencer par deux références qui situent bien notre intention. La première a trait à l’être de la Bible comme une somme d’histoires d’un peuple, les Hébreux, qui donne lieu à une infinité d’interprétations. C’est sous cet angle que nous en tirerons des analyses. Dans La Nouvelle Bible déchiffrée – Manuel biblique pour tous – il est en effet écrit : « La Bible est essentiellement le récit d’une histoire. La création est rapportée sous la forme d’un récit historique. La nation d’Israël, et ses ancêtres sont de l’histoire ; ses juges rois et prophètes font l’objet d’une chronique historique. Jésus Christ est présenté au moyen d’une narration de faits captivante, qui précède les affirmations dogmatiques à son sujet.
L’ennui avec l’histoire, c’est son ambiguïté. [Elle ne rassemble pas le troupeau, comme la doctrine le fait, dans une pensée explicative unique, entraînant l’unanimité et protégeant des déviations individuelles incontrôlées.] Le récit historique admet autant d’interprétations qu’il a d’auditeurs. Les prédicateurs – quand ils recourent à un récit historique entier – le subordonnent souvent aux intentions de leur propre discours ». La seconde citation aborde le sujet de la création, plus précisément le texte qui sert de fondement à l’origine absolue des phénomènes. Elle indique clairement la diversité de visions ou d’interprétations à laquelle elle a donné lieu. En effet, « (le récit de la création) est à la fois le plus connu et le plus mal connu de tous les récits historiques de l’Ancien Testament. Ce que la plupart connaissent, ce n’est pas le texte même, mais l’important corps de doctrine que les théologiens ont autrefois échafaudé par-dessus. Le récit reste enfoui dans les fondations et nous ne voyons plus que l’échafaudage ».[65] Plutôt que de s’en tenir aux innombrables commentateurs, qui peuvent être aussi sincères ou fantaisistes les uns que les autres, il convient de revenir au texte lui-même, ainsi que le recommande l’auteur des propos ci-dessus, pour en tirer le sens propre qu’il nous inspire.
Or, au risque de nous répéter – qu’on en pardonne -, suivant la première version de ce livre, ce qui est écrit est tout à fait à l’opposé de ce que l’histoire masculine en a retenu, en particulier, au sujet du statut de la femme. En effet, dans Gn I-26 à 28, on lit ceci : « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux…
Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ». En lisant attentivement ce passage, on s’aperçoit que l’auteur de ce texte glisse facilement du singulier au pluriel, ce qui complique son sens : « Faisons l’homme à notre image…Qu’il domine sur… ». En revanche, le sens apparent révèle qu’il s’agit bien d’un couple, « homme et femme il les créa », qui sort des mains du Dieu en question. Mieux encore, aucun de ces deux êtres ne bénéficie d’un privilège particulier aux yeux de leur créateur ; ce qui laisse sous-entendre qu’ils ont une égale dignité devant lui et jouissent d’une égalité parfaite dans une unité sous-jacente. À ce niveau du texte biblique, le couple est encore une simple figure, sans nom comme son auteur lui-même (Dieu), ni quelque onomastique qui spécifierait l’un et l’autre. Les deux êtres, ensemble, reçoivent, de façon égale, la même responsabilité de la gestion des affaires du monde des mains mêmes de Dieu, en l’occurrence, tout ce que contient la terre dont le sort leur est confié : « qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre ». Cette coresponsabilité initiale est également valable sur le plan de l’autoreproduction de ce couple. Son créateur lui fait expressément injonction d’user ensemble librement, sans limites morales des moyens dont il est doté à cette fin : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ». Il s’agit, là encore, de la reconnaissance explicite de l’égalité des deux membres de ce couple originaire. Tous deux sont regardés comme participatifs, actifs, égaux dans le processus de la reproduction.
Cependant, cette première version du premier livre de la Genèse où le masculin et le féminin sont consacrés par Dieu, reconnus comme êtres égaux et co-responsables de tous les autres êtres vivants, est suivie par une seconde dont le masculin s’est inspiré pour briser l’unité et l’égalité originaires afin de pouvoir asseoir son ascendance sur le féminin. Même dans ce texte très complexe, il ne retiendra que quelques aspects saillants qui vont dans le sens de sa volonté de domination de la femme. Il a résulté de la mésinterprétation des faits des abus, des aberrations et des monstruosités au cours de l’histoire générale du genre humain. Or, en s’en tenant au texte initial, on voit le rôle éminemment subjectif d’Eve par rapport au fameux Adam qui fait figure d’irresponsabilité et d’infantilité remarquables.
Dans cette partie où il est question du paradis et de l’expérience inaugurale de la liberté par le couple humain originaire, le créateur est montré comme un habile potier doué d’un pouvoir prestigieux. Contrairement à la première version où il fait montre d’une puissance infinie, digne de la représentation que l’on peut se faire d’un Dieu, en créant toutes choses à partir de rien, y compris l’innommé couple humain par l’efficience du verbe[66], ici, Dieu fait figure de bricoleur. La différence avec le précédent texte est claire : auparavant, toute son inaccessibilité, son mystère, son imperceptibilité se tenaient derrière un seul mot : Dieu. Tout était encore dans l’innommé : Dieu, « Homme ». Dans le passage suivant, le scribe lui colle un nom précis qui vient comme pour préciser le précédent : « Yahvé Dieu ». C’est un dévoilement, qui ressort de l’essence de la parole. Ici, ce Dieu donne l’impression d’être davantage soumis aux phénomènes et non l’inverse ; ceux-ci sont même, d’une certaine manière pré ou co-existants avec lui puisque, pour arriver à ses fins, il se contente de se servir de ce qui est : « Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol ; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (GnI 1-7).
Tout ce qui précède ce passage et les versets suivants apparaissent comme une topographie où le Yahvé Dieu est perçu comme un simple jardinier humain qui s’active dans un espace aux dimensions ridiculement réduites à celles d’une minuscule zone de la terre. Il y construit le fameux Eden pour installer l’homme qu’il vient de façonner. Cependant, le texte ne dit pas s’il agit ainsi en vue du bonheur de sa créature. Comme dans la version précédente, le lieu est créé et confié à l’homme pour le travailler ou le garder. Ce passage démontre à l’évidence que, contrairement à la doctrine traditionnelle des religions Judéo-Christiano-Musulmanes, l’acte de travailler ne résulte pas de la chute comme une punition puisque le texte dit : « Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : « tu mangeras de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort » (GnI-2-15 à 17).
Dans cette deuxième version, le scribe s’attache à montrer que l’homme est effectivement la première créature, comme s’il voulait corriger la première version dans laquelle il y a une co-création unitaire du premier couple humain par Dieu, jouissant de la même dignité et de la même égalité devant lui par le partage commun de la gestion et la responsabilité de toute la création. Au contraire, ici, seul l’homme sort des mains de Yahvé Dieu. Le jardin d’Eden lui est confié par son créateur. Il reçoit même de lui le pouvoir de nommer les créatures, en second lieu, c’est-à-dire après Yahvé Dieu qui s’est contenté de créer toutes choses sans les nommer. En d’autres termes, il lui confère la puissance de désigner celles-ci par des noms spécifiques. Cependant, le Yahvé Dieu prend conscience très vite que, bien que riche de tout ce qui gravite en dehors et autour de son être, bien que maître et souverain de toutes les créatures, le fameux homme n’y trouve pas son compte. Ce qui se présente à lui comme de l’avoir, c’est-à-dire de remarquables richesses, mais inactives, n’apporte aucune plénitude à son être. Dominer, avoir toutes les richesses du monde n’implique pas forcément que celles-ci soient source de bonheur.
On comprend que le jardin d’Eden ne soit pas le paradis pour Adam ; ce n’est pas le lieu ni le temps du bonheur de l’être humain. Il manque à ce paradis et à la vie de ce pauvre homme (eu égard à la gloire que la tradition judéo-chrétienne lui conféra) une présence, source de contentement de l’être, un rayon de lumière, un soleil levant. Le Yahvé Dieu s’en rend compte et décide de réparer l’imperfection de sa création. « Yahvé Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie »(GnI 1-18).
La suite est fort bien connue dans l’histoire des trois religions précitées. Cette tradition a gardé l’idée que la femme, étant créée en second lieu, à partir de la chair de l’homme, est, comme pour ainsi dire, soumise à ce dernier dès l’origine et pour toujours. « Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci cria :
Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »
C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair »(GnI, 2-21 à 24). Du sommeil où il était plongé, l’homme s’éveille à la lumière, celle qui irradie son être de l’intérieur par la présence de la femme. Il s’écrie de bonheur parce qu’il y a, enfin, un être qui est comme lui, comme sa ressemblance dans sa différence singulière. Autrement, si la femme ne s’était pas manifestée à lui comme une lumière – car seule la lumière est capable de nous réveiller de n’importe quel sommeil profond et de nous faire réagir spontanément, parfois sans réflexion -, il n’aurait pas eu cette présence d’esprit qui l’amène à reconnaître en elle sa figure différenciée.
Depuis lors, la tradition judéo- christiano-islamique se complaît à défendre l’idée suivant laquelle, parce que la femme « fut tirée de l’homme », elle doit lui être soumise. Cependant, une telle assertion n’est pas vérifiée dans le texte. Il s’agit plutôt de mésinterprétations ou de commentaires arbitraires visant à confirmer la volonté de domination du masculin sur la femme, comme nous l’avons déjà dit. Celle-ci a, au contraire, un rôle éminent. En effet, ce n’est pas elle qui opère le mouvement de détachement par rapport aux parents et d’attachement par rapport à l’homme, mais bien ce dernier : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme… ». Si on devait parler de soumission, avec honnêteté et sincérité, c’est bien l’homme qui doit être soumis. Le fait même de la rechercher, d’aller vers elle est un indice de dépendance : l’homme ne peut exister que par rapport à la femme. D’abord, sans elle, il est profondément malheureux comme le texte le montre ; ensuite, en face d’elle, il est comme saisi par un mouvement irrésistible, capté par son être comme source potentielle de son bien-être ; ce qui le conduit à se détourner des liens les plus sacrés comme ceux qu’il témoigne à son père et à sa mère. Dès lors, déduire de la soumission de la femme à l’homme, suivant le principe masculin de l’inférieur au supérieur, du seul fait que la femme résulte du corps de l’homme, est une interprétation, pour le moins fantaisiste, de la doctrine de ces religions dites révélées. La fin du texte montre qu’en fin de compte, l’homme et la femme se retrouvent dans l’unité : « ils deviennent une seule chair » sans qu’il y ait une once de jugement de valeur qui élève l’homme au-dessus de la femme. Pour qu’il y ait une réelle unité, il faut qu’il y ait une égale dignité des êtres en présence.
Dans l’épreuve de la liberté, suivie de la chute, le scribe, malgré lui, va accorder à la femme le rôle le plus éminent dans les péripéties ou les événements de leur vie, sous la vigilance divine. En effet, la femme semble échapper au contrôle de Yahvé Dieu en se montrant sous une figure inattendue par son audace, son courage voire l’assomption de sa responsabilité. D’abord, une fois instruite de l’existence d’une science qui les libérerait de leur innocence infantile, en ferait des êtres mûrs, conscients et responsables de leur vie, elle ne dédaigne pas d’aller à la découverte de ce savoir. Elle ose aussi braver l’interdit de Yahvé Dieu. Ce faisant, elle s’élève à son niveau comme pour lui faire face, pour le regarder, même si ce face-à-face se fait encore dans le vide, c’est-à-dire dans l’absence de son alter. Pendant ce temps, l’homme apparaît comme inexistant. Les événements se déroulent en dehors de lui, à son insu, lesquels vont, pourtant, conduire à la grande mutation de leur état. Aussi, c’est la femme qui recueille, en premier, la révélation de l’existence secrète du plus grand des savoirs[67] qui ait été institué, en affrontant le serpent.
Celui-ci choisit la femme parce qu’il sait que son consentement entraînerait naturellement celui de l’homme. Car ce dernier vit dans la crainte de son créateur et n’aurait aucunement l’audace d’entreprendre quelque chose qui changerait leur état, même s’il ignore encore quelles en seraient les conséquences ultérieures. Les versets suivants montrent, à l’évidence, que la femme consent volontairement à l’attrait de la science inconnue. Ce n’est pas tant le serpent qui l’intéresse et ce n’est pas non plus cet être qui la séduit, comme la doctrine religieuse l’a établi. L’attrait de la femme pour l’objet de la convoitise en question, c’est ce qu’il y a d’inconnu dans la mystérieuse science à laquelle Yahvé Dieu leur interdit d’accéder. Les paroles du serpent lui font comprendre que Yahvé Dieu leur cache quelque chose. L’acquiescement de la femme implique une volonté de lever le voile sur le secret divin, mais mis expressément à leur portée pour les amener intentionnellement à le découvrir : « Le serpent répliqua à la femme : « pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des Dieux qui connaissent le bien et le mal ». La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il mangea. Alors leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. »(GnI-3-1 à 7).
Pendant que la femme inaugure l’éveil de ses sens, comme perception tel le goût, voire la vie, à la fois comme sensualité et comme vision savante, l’homme se tient en retrait pour laisser les duettistes (la femme et le serpent) initier les événements du monde. Le Yahvé Dieu, qui semble absent de la scène où se tenir dans une cachette quelconque, paraît comme impuissant à empêcher que la femme enfreigne son interdit. L’audace de celle-ci lui échappe et le surprend. Réduits au silence, lui, tout autant que sa prime créature, apparaissent comme des spectateurs passifs. L’homme, s’il n’ose pas agir par lui-même, semble consentant. Car le texte dit bien que « elle en donna à son mari, qui était avec elle, et il en mangea ». Si le rôle que la tradition religieuse lui a fait jouer était justifié, face à ce qu’on pourrait appeler l’effronterie de la femme, il aurait pu l’empêcher d’aller jusqu’au bout de son audace. Il aurait pu même refuser de manger du fruit de l’arbre en question que la femme lui donne. Bien au contraire, sans résistance aucune, comme entraîné par la force d’une volonté qui le dépasse infiniment, il le consomme après elle. Ce texte montre qu’il s’agit bien d’une personne falote, sans envergure, velléitaire[68] même puisqu’il se contente de faire ce que la femme lui ordonne.
Mieux, il montre la pleine mesure de son insignifiance dans les versets suivants : « Yahvé dieu appela l’homme : « Où es-tu ? « dit-il ; « j’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et me suis caché ». Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! « L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! ».Ce dialogue entre le créateur et sa prime créature, suivant la deuxième version du livre de la Genèse, enfonce celle-ci dans une infantilité inimaginable. D’une part, l’homme perd de sa superbe : il ne s’écrie plus « pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ». La femme devient l’absolue étrangère qui ne lui est plus consubstantielle. Elle devient immédiatement l’autre absolu : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi… ». Par lâcheté, il rompt l’unité que le couple était censé constituer : « ils deviennent une seule chair ». Ce faisant, il apparaît comme un irresponsable absolu puisque la faute, si faute il y a, n’est pas de son propre fait, n’émane pas de sa volonté, mais du libre arbitre de la femme que Yahvé Dieu « a mise auprès de lui… ». Il se défend maladroitement et accuse la femme. C’est un irresponsable au sens juridique du terme, à l’image de l’enfant que le droit ne peut condamner pour ses actes répréhensibles, en vertu de son défaut de raison, de son innocence. Dans cette affaire, l’homme n’est pas agent ; quelqu’un d’autre, en l’occurrence, la femme est actrice à sa place. Dès le départ, l’homme reconnaît donc à la femme un statut éminent, selon la même tradition théologico-religieuse qu’il s’est plu, pourtant, à tronquer de façon éhontée, du moins, depuis le VII° siècle avant Jésus Christ.
D’autre part, on comprend mal comment Yahvé Dieu, témoin passif de la scène, choisit de s’adresser à l’homme plutôt qu’à la femme. D’emblée, il sait ou il doit savoir qui a enfreint son interdiction. Même si le texte ne le dit pas expressément, comme nous l’avons remarqué plus haut, la femme lui pose un sérieux problème. À l’inverse de l’homme, créature craintive, totalement soumise à sa volonté, à ses dictats, la femme semble échapper à son contrôle. Il n’ose pas l’attaquer de front. Quand, après avoir passé par le maillon faible du couple, il l’interroge à son tour, elle n’a aucune peur de lui dire ce qui s’est passé : « Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? « Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite et j’ai mangé ».(GnI-3-13). Face à son créateur présumé, elle ne se défile pas ; elle assume pleinement sa responsabilité. Elle reconnaît les faits : séduite par la parole révélatrice de l’essence réelle de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, elle a voulu en découvrir le secret par la manducation. De bout en bout de cette histoire, elle reste actrice ; elle ne rejette pas la faute sur quelqu’un d’autre (elle reconnaît avoir été séduite par le serpent) comme son mari précédemment. Dès lors, Yahvé Dieu ne sait que faire face à la manifestation inattendue de la personnalité de cet être qu’il est supposé avoir pourtant créé lui-même. La seule marque de sa puissance, c’est la condamnation, la malédiction.
Mais, ceci est davantage une marque ou une manifestation d’impuissance par rapport à l’audace de la femme qui a osé le défier, dès le matin de la création. Autant l’homme lui paraît transparent, autant la femme cache des labyrinthes : sa nature est opacité, mystères, imprévisibilité. Sa présumée seconde créature lui cache quelque chose, comme les cellules de la côte sont invisibles à l’œil nu. Pour éviter qu’elle aille plus loin dans la découverte des secrets des dieux, il la maudit et la déchoit de son rang d’unique agent face à lui : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils[69]. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi »(GnI, 3-16). Comme le texte le prouve expressément, Dieu dit à Eve : «tu enfanteras… » Un tel commandement laisse penser que seule Eve a le privilège de rendre possible la perpétuation de l’espèce humaine. Elle seule a le droit légitime de décider de ce qu’elle veut faire de ce pouvoir divin ; par exemple, en cas de grossesse, elle a le privilège de gouverner le sort du fruit de son sein. En principe, nul autre genre ne devrait y interférer de quelque manière que ce soit. Or, au cours, des époques de la vie et des réalités humaines, le masculin s’est arrogé le droit illégitime de légiférer sur l’utérus de la femme. Par exemple, il a décidé que lui peut ordonner à la femme enceinte d’avorter ou non, créant ainsi, jusqu’à nos jours, des problèmes inextricables, moralement injustes et en matière de santé pesants pour la femme dans tous les pays où l’influence de ces trois religions est très forte et, donc, funeste.
Cependant, malgré la malédiction divine, marque de l’impuissance de Yahvé Dieu, de l’angoisse de Yahvé Dieu face aux mystères de la personne de la femme, son mari l’élève, malgré lui, sur un piédestal. En effet, il l’appelle d’un nom prédestiné au sens où la femme, jusqu’au terme de la vie humaine sur terre, aura l’unique privilège d’être celle qui rend la procréation possible, comme nous l’avons déjà souligné au-dessus. En d’autres termes, cette faculté est d’emblée introduite dans l’intime secret de la vie qui confère à la femme le pouvoir d’en être la porteuse, et d’être celle qui décide ou non de sa perpétuation. « L’homme appela sa femme « Eve », parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » (GnI-3-20).
Ce privilège d’Eve va se confirmer dans la suite des événements de la Bible. Car ce livre contient une infinité de cas exemplaires où le sort de la perpétuation d’une population dépend de la seule volonté du féminin, de son initiative salutaire. Ce faisant, il crée une guerre sous-jacente entre féminin et masculin par pure jalousie de ce dernier. L’histoire des conflits du genre humain en est la preuve manifeste. En effet, quand le masculin ne guerroie pas contre des voisins supposés ennemis, il peaufine ses armes pour soumettre et pour dominer le féminin, sa soi-disant « moitié ». Il est tout aussi réel que lorsque le féminin en vient à dominer le cours des événements humains, il s’emploie à nier le masculin en tant que conjoint possiblement égal et que personne à part entière.
3- La première histoire humaine au féminin : les Amazones à travers l’histoire masculine – mythes, légendes et données historiques
A) La mytho-histoire des Amazones et des femmes guerrières à travers l’espace
L’une des sources mytho-historiques est, sans contexte, le monumental ouvrage de Diodore de Sicile[70]. Selon lui, il a bien existé une société de femmes guerrières que les Grecs, notamment les auteurs comme Homère (L’Iliade) et Hérodote (Histoires), ont caricaturée en les nommant « Amazones » dont l’étymologie signifie « sein droit amputé » pour mieux tirer à l’arc. Diodore de Sicile situe cette puissante société de femmes guerrières en Asie Mineure. Il la décrit avec moult détails, dont leur cruauté par rapport au genre masculin qu’elles méprisaient de façon altière. Dans les grandes lignes, il explique l’origine et les causes de l’émergence des Amazones de l’Asie Mineure de la manière suivante. Deux princes scythes expulsés de leur terre natale, située au nord de la Mer Noire, avec leurs familles et leurs partisans, émigrèrent vers la région du Caucase. Malgré leur infortune du moment, ils n’hésitèrent pas à asservir et à opprimer les gens du pays où ils avaient terminé leur fuite. Ceux-ci se révoltèrent. Mais ces princes scythes fuyards réussir à tuer tous les hommes. Face à cette tragédie innommable ni explicable de cette monstruosité, les femmes prirent les armes à leur tour et défendirent, avec succès, leur nation. Par la suite, elles créèrent une nation guerrière et militariste sans les hommes.
Ce faisant, elles cherchèrent une terre fertile pour s’installer. Elles trouvèrent une pleine très fertile au nord de l’Anatolie. C’était en bordure du fleuve Thermodon, qui se jette dans la Mer Noire. Elles édifièrent leur capitale, Thémiscyre, à l’embouchure du fleuve. Le nouvel État était en permanence sur le pied de guerre en raison de l’hostilité des peuples voisins.
En cette société, les filles, genre sexuel privilégié, étaient éduquées avec rigueur : les guerrières les accoutumaient à la fatigue permanente, aux privations de toutes sortes[71]. Elles s’entraînaient à se battre aussi bien à pied qu’à cheval. À force d’exercices militaires réguliers et d’endurance, elles devinrent des cavalières, des chasseresses expertes. Dans leur ensemble, outre les arcs et les flèches, les Amazones étaient armées de dards, de lances, de javelots, de haches à simple ou double tranchants, d’épées, etc. En dehors de cet équipement, elles portaient aussi de petits boucliers ayant la figure d’un croissant de lune. On disait même qu’elles étaient capables de sauter à la perche sur un cheval en se munissant d’une lance, voire de faire des pirouettes sur leur monture en vue de surprendre leurs ennemis en faisant pleuvoir sur eux des flèches.
Ces femmes avaient une tenue vestimentaire simple : une tunique nouée à l’épaule gauche et attachée par un ceinturon ou une ceinture. Celle-ci descendait jusqu’au genou. Le sein gauche était bien exposé à l’air libre que les Grecs avaient prétendu qu’il était amputé et cautérisé dès l’enfance. En revanche, en raison de l’influence de la civilisation grecque, les Amazones avaient adopté l’armure grecque telles que les casques empanachés, les cuirasses, les cuissards, les jambières, etc. Elles leur avaient emprunté les sandales à lanières de chevilles, voire des vêtements plus amples. Si les Amazones renoncèrent au mariage, c’est en vertu de la servitude de la femme au foyer. En revanche, quand les guerres cessaient, elles s’adonnaient volontiers à l’agriculture et à l’élevage. Quant à la question de la procréation, elles consentaient à passer deux mois par an à s’accoupler avec des hommes des tribus voisinent, de manière aléatoire et sous couvert de l’obscurité. Elles préparaient les filles qui naissaient de ces unions à devenir amazones en les accoutumant, par des exercices appropriés, à l’endurance, à l’insensibilité aux maux de leur corps ; à la résistance, à l’audace, à l’intrépidité, etc. Ce faisant, elles étaient dépourvues de toutes les passions faibles en elles comme la peur de la mort ou des blessures ; la faiblesse quelle qu’elle soit. Il fallait affronter, sans hésiter, les dangers malgré leur gravité. Quant aux garçons, certains étaient rendus à la communauté de leurs pères, d’autres étaient volontairement mutilés, c’est-à-dire estropiés pour les contraindre aux tâches les plus ingrates et sans noblesse aucune, comme le filage de la laine ; d’autres encore étaient sacrifiés à leurs déesses de la guerre. Cette société de femmes guerrières a semé la terreur parmi les sociétés masculines en étendant leur territoire à leur détriment. Toutefois, leur triomphe et leur règne ont fini par agacer les puissances et royautés voisines. Aussi, et malgré leurs hostilités mutuelles, ces derniers se sont associés, pour l’occasion, en vue de mener la guerre totale contre les Amazones. Hélas, ils ont eu raison d’elles par leur nombre : ils les ont anéanties et dispersées, parfois vendues comme esclaves chez eux.
Soit dit en passant, Diodore de Sicile avait mentionné un autre groupe d’Amazones qui a vécu en Libye, soit une grande partie de l’Afrique du Nord, à l’ouest de l’Égypte, bien avant celles de l’Asie Mineure. Cependant, les paléohistoriens ne partagent pas sa thèse faute de sources fiables et suffisantes pour l’attester.
Selon les données dont il a semblé disposer pour étayer ses analyses, la société des Amazones libyennes était une gynécocratie manifeste. En effet, seules les femmes étaient habilitées à effectuer le service militaire. En outre, elles occupaient toutes les hautes fonctions politiques et judiciaires. À l’inverse, les hommes étaient au foyer : ils prenaient soin des enfants, c’est-à-dire qu’ils les élevaient le mieux possible. Ils obéissaient même à leurs épouses, lesquelles faisaient la guerre et s’occupaient des affaires publiques. Puisque les Amazones libyennes cautérisaient leurs deux seins – ce qui en faisait un cas exceptionnel parmi ce genre de société -, les pères nourrissaient les bébés au lait de chèvre ou de brebis. L’une de leur reine, nommée Myrina, avait même fait bâtir une cité au milieu d’un lac. Depuis cette base, elle engageait des guerres de conquêtes avec une armée de femmes composée de 30000 soldates d’infanterie, équipées d’épées, d’arcs et de lances. Selon Diodore de Sicile, Myrina et son armée réussirent à vaincre tous les peuples voisins comme les Atlantes. Puis elle lança ses forces à travers l’Égypte, l’Arabie, La Syrie, l’Asie Mineure jusqu’aux îles de la Mer Egée parmi lesquelles on comptait Lesbos et Samothrace. Cette conquête à travers ce vaste espace prit fin avec la mort de la reine lors de combats grandioses ; et son armée fut détruite par la coalition de la Scythie et de la Thrace. La légende prétend que les Amazones y furent écrasées par le puissant Hercule.
Par ailleurs, Y. Germain[72], tout comme Pierre Samuel,[73] etc., montrent dans leurs travaux respectifs qu’il y a eu d’autres cas d’Amazones dans l’Antiquité et à travers l’espace sous la figure de femmes guerrières et de gardiennes des rois. Ainsi en est-il de Cauda Gripta : celui-ci fut le premier roi hindou, qui a réuni la plus grande partie de l’Inde, et qui fut même un interlocuteur d’Alexandre Le Grand. Son cas est singulier dans l’histoire des femmes guerrières puisqu’il prétendait disposer d’une garde composée essentiellement de femmes grecques géantes qui avaient efficacement contribué à ses conquêtes et à ses victoires sur ses ennemis en Inde. Trois mille ans après lui, les Nizam de l’Hyderabad dans le Deccan étaient, eux aussi, gardés par des femmes[74]. On retient une tradition semblable chez les rois de Kandy au Sri Lanka : ceux-ci étaient également protégés par des archères.
De même, au XIXe siècle, le roi de Siam était gardé et protégé par un bataillon de 400 femmes armées de lances. D’après les données dont on dispose, ces femmes étaient soigneusement choisies parmi les plus belles et les plus robustes filles du pays. En vertu de ce choix, leur performance surpassait celle des hommes (soldats au masculin) au cours des manœuvres. Mieux, elles étaient considérées comme des lancières d’élite. Au cours de ce même siècle, on découvrit que deux bataillons de lancières protégeaient l’un des rois des Beir du Nil Blanc. Par ailleurs, selon les Byzantins, il y avait des femmes soldates parmi les armées slaves. Dans les tribus de culture équestre de l’Eurasie, tels que les Huns, les Scythes, les Mongoles, les Tartares, les Uzbeks, etc., on comptait des femmes guerrières parmi les hommes.
En somme, au cours de l’histoire, notamment de la préhistoire, les peuples étaient nombreux à recourir aux services de femmes combattantes pour assurer leur sécurité face aux peuples envahisseurs. À titre d’exemple, on peut citer quelques peuples parmi un grand nombre : les Scandinaves, les Kurdes, les Rajputs, les Chinois, les Philippins, les Indonésiens, les Maoris, les Papous, les Aborigènes ou peuples autochtones d’Australie, les Amérindiens, les Micronésiens. Mieux, les recherches récentes en paléo – anthropologie démontrent manifestement que, contrairement aux images d’Épinal enseignées dans le cadre de l’histoire masculine visant à inférioriser les femmes, voire à minorer leur active participation à la vie collective des paléosapins, les femmes ont été d’aussi grandes chasseresses que leurs collègues masculins. Tel est le sens d’un article paru dans « Le Monde » (mercredi 11-jeudi 12 novembre 2020). En effet, cet entretien, Pascal Picq reconnaît clairement : « Avec les premières sociétés agricoles du néolithique, le statut des femmes s’est dégradé ». Ce paléoanthropologue, dans un récent ouvrage, démontre qu’il s’agit, là, d’une question sociale, culturelle et anthropologique. Son analyse s’inscrit dans le cadre d’une lecture évolutionniste de la coercition des femmes par les masculins.
La teneur de cet article revient sur les considérations générales de l’enseignement où il s’agit toujours du rôle éminent joué par le masculin seul dans l’histoire générale du genre humain. Que dit celle-ci au sujet du rôle de chaque genre de sexe ? « Les hommes au travail, les femmes à la maison ?
Cette division du travail «à la papa», transposée à la préhistoire, peut se traduire par : « les hommes à la chasse, les femmes à la cueillette ». Tel était le dogme en vigueur, à propos du partage des tâches entre sexes dans les populations de chasseurs-cueilleurs de nos ancêtres sapiens.
Vision monolithique et patriarcale, en vérité. Et bien plus fausse qu’on ne le croit. L’étude publiée, le 4 novembre, dans la revue Science Advances en fait foi : à la grande surprise des auteurs, de l’université de Californie, onze femmes, au total, qui pratiquaient activement la chasse ont été identifiées dans des tombes datant d’il y a environ 9000 ans, réparties sur toute l’Amérique du Nord et du Sud ». Or, ce sermon sur la Montagne du masculin est battu en brèches pour de nouvelles découvertes rendues possibles à la fois par les entrailles de la Terre qui cache encore beaucoup d’archives à notre désir de connaissances et les moyens de la technoscience quant à l’examen minutieux à la précision de ces antiques. Selon cet article donc « Cette révélation commence par la découverte, en 2018, d’une tombe si tuée sur les hauts plateaux de l’actuel Pérou, dans les Andes. Elle contenait les restes de six individus, dont deux étaient accompagnés d’outils de chasse et de dépeçage. L’ADN de ces squelettes étant mal conservé, les chercheurs ont eu recours à une subtile technique de détermination du sexe : ils ont analysé des protéines, les amélogénines, qui forment 90 % des protéines de l’émail dentaire. Verdict : l’un de ces deux squelettes était une femme, âgée d’environ 18 ans. « Les objets accompagnant les individus dans leur tombe étaient généralement les mêmes que ceux qui les accompagnaient dans la vie », assurent les auteurs. Ils en déduisent que cette femme participait activement à la chasse. Les outils de chasse étaient des armes de jet avec propulseurs, « très efficaces et précis pour atteindre le gros gibier abondant dans cette région (cerf taruca, vigogne, lama, alpaga) », note le paléoanthropologue Pascal Picq, maître de conférences au Collège de France. Des outils « qu’une femme peut manier aussi bien qu’un homme ».
Les auteurs ont recensé 107 sites funéraires d’Amérique correspondant à cette période (pléistocène tardif et holocène précoce), contenant 429 tombes d’individus. Parmi eux, 27 étaient enterrés avec des outils de chasse au gros gibier: 11 femmes et 16 hommes. La preuve que l’activité de chasse des femmes, à cette époque, était loin d’être anecdotique: 30 % à 50 % des chasseurs étaient de sexe féminin. Un taux qui contraste de façon saisissante avec les taux moyens observés dans les populations actuelles de chasseurs-cueilleurs comme dans les sociétés agricoles et occidentales modernes, où moins de 30 % des chasseurs sont des femmes. Il y a donc bien eu des sociétés de chasseuses-cueilleuses ». On finira, tôt ou tard par savoir que le féminin a eu une contribution aussi majeure que le masculin dans l’édification des civilisations du genre humain. C’est le cas, historique, des femmes en Afrique noire, comme nous l’avons montré précédemment dans d’autres civilisations humaines de par la surface de la Terre.
Au fond, le rapport paradoxal du masculin par rapport au féminin se ramène, en dernier ressort, à une affaire de sexe : c’est la fascination du masculin face au sexe féminin avec ses multiples fonctions. Car il ne peut jamais sortir de la relation qui comporte une triple faces : la femme, c’est essentiellement la mère, c’est aussi la femme/épouse, c’est, enfin, la fille. Une femme analyse bien la nature irréfragable du paradoxe et de la faiblesse rédhibitoire du masculin au regard à la fois de sa peur et de son attrait irrésistible du SEXE FÉMININ. « Chair interdite depuis la naissance de la civilisation, le sexe des femmes nourrit les peurs des hommes, leur fournit plaisir et naissance, attise le désir autant que la haine. Tantôt exilé, maudit, conspué ou massacré, mutilé autant qu’embrassé, il aura toujours quelque chose à se reprocher. Il a dicté ses lois et ses désirs à l’histoire de l’humanité. Quand bien même certains hommes politiques, certaines politiques ou religions tentaient de leur prescrire leurs volontés, leurs fantasmes, leurs interdits »[75].
Troisième Partie – De la nécessité d’un nouvel ordre social et des formes de pouvoir politique : changer la figure des sociétés chez le genre humain
Notre témoin-messager entend défendre sa thèse selon laquelle le peuple, s’il s’unit et s’il aspire profondément à recouvrer totalement sa souveraineté et sa liberté initiales dispose de et en soi-même un moteur et une dynamique de son action : sa Volonté surhumaine d’aspirer à décrocher des étoiles dans le ciel au-dessus de soi : et sa puissance immanente. Il peut y arriver, s’il parvient à dompter l’inertie inhérente à son être, en l’occurrence, la lie de l’humanité. Car il y a toujours à la surface de la Terre, Mère de tous les Vivants, un certain nombre d’exemples, certes peu connus, de peuples qui vivent sous le mode de leur liberté fondamentale et de leur souveraineté naturelle. En voici quelques exemples dans quelques contrées de la planète du genre humain.
– Ces espèces de vivants méritent-ils qu’on se donne tant de peine pour eux ?
– D’autant plus que les divers peuples ont développé des mentalités si différentes les unes des autres qu’il paraît absolument impossible de parvenir à en tirer quelque forme d’intelligence de bon sens, c’est-à-dire capables de s’accorder et de vouloir vivre ensemble dans l’harmonie.
– Sans oublier que leurs élites politiques, depuis tant de siècles, voire des millénaires les ont déjà profondément corrompus en leur faisant croire qu’ils sont incapables de s’organiser et de vivre sans elles.
-Toutefois, cela dépend des peuples qu’il est aisé de comparer à quelques espèces de vivants ailés. En effet, il y a ceux qu’on pourrait appeler des peuples moineaux qui sont craintifs et qui se laissent facilement dominer par les autres. Mais, puisqu’il s’agit d’êtres humains, ils peuvent faire preuve de cruauté au sein d’eux-mêmes. Puis, d’autres sont comme des peuples rapaces qui fonctionnent comme si tout ce qui est vivant sur la planète leur appartient en propre comme proies possibles. Similaires aux peuples rapaces, on observe les peuples coucous (cucculus canorus) qui, dans leur modalité d’être, ne laissent pas beaucoup de place aux autres : ils ont tendance à occuper tout l’espace ou l’environnement vital sans tenir compte de l’existence des autres. Quant aux peuples voyageurs, c’est-à-dire ceux qui effectuent des déplacements hors de leur environnement d’origine pour diverses raisons, comme les albatros, ils ont soif de liberté dans l’espace. C’est pourquoi ils font preuve de dissentiments sempiternels entre eux, voire de sentiment d’Insupportabilité réciproque.
– Néanmoins, et malgré cet état de leur misère quotidienne, donnons-leur quelques cas de peuples libres et souverains ; ou quelques idées pour s’affranchir de toute contrainte et de soumission par rapport aux figures des castes politiques dans le monde humain.
I – Deux exemples de société libre et souveraine
A- Les Na de Chine : comment vivre sous le ciel d’une société de femmes en paix, libres et souveraines ?
B – Zomiaou comment se gouverner sans chef ?
Lorsque, dans des discussions courantes, l’on aborde la question du pouvoir politique, voire de la société, ce qui s’impose aux consciences humaines, comme une évidence, revient à reconnaître ceci : les peuples ont toujours été organisés et gouvernés par des chefs. Une telle pétition de principe dérive de la pesanteur de croyances culturelles. Puisque nous avons été déterminées et absolument conditionnés par le fait établi qu’un peu partout dans le monde les sociétés, les peuples se seraient organisés autour d’un ou par un chef. C’est tellement facile de raisonner ainsi parce que, d’ordinaire, nous n’avons pas le courage de nous affranchir du poids et de l’influence, fort encombrants et aliénants, voire des conditionnements de nos cultures. Nous faisant vivre sous l’angle de la conscience duonique, ces données socio-culturelles nous rendent incapables de nous élever au sublime niveau de l’Intellection. Il s’agit d’une faculté éminente du cerveau humain qui nous permet de franchir la nature des individus et des sociétés humaines en nous délestant de notre propre poids culturel pour nous élever au-dessus de la zone obscure des opinions millénaires afin de surapercevoir les phénomènes sous un angle inconditionnel.
Autrement, la force du réel présent occulte toute autre tentative de penser, de déchiffrer les données pour voir au-delà d’elles d’autres dimensions des faits humains et matériels. L’on comprendra que l’aventure de l’espèce homo sapiens sapiens à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, a commencé il y a environ 200000 ans. Et il y a environ 600000 ans que les différents types d’ordres sociaux, avec la sédentarisation ou non et la concentration des populations ont pris forme. Cette durée permet de comprendre aisément qu’on ne peut résoudre les modalités d’organisation sociales à un genre de vie en communauté sous la conduite d’un chef. Le cheminement du genre humain à la surface de la Terre, Mère de tous les vivants, a plutôt été un vaste champ de possibilités indéfinies. Car nous sommes accoutumés à mettre toujours en avant des personnalités fortes physiquement et mentalement qui se seraient imposées aux autres comme chefs des premières communautés humaines. Cette manière darwinienne de penser les faits humains imprègne beaucoup trop les esprits pour laisser place à la force et à la richesse du Penser philosophique[76].
A- Les Na de Chine
Or il n’en a pas toujours été suivant ce schéma un peu trop simpliste ou trop commode. A titre d’exemple, Les Na ou Moso de Chine connaissent une organisation sociale qui n’a rien à voir avec nos schèmes simplistes de raisonnement concernant cette thématique ; en d’autres termes, la manière dont les premières communautés humaines se sont construites. En effet, avant le triomphe de l’impérialisme des Han (il faut prononcer ran), la population majoritaire de la Chine, c’était une organisation sociale de femmes. Le respect de la liberté individuelle souveraine était la règle fondamentale dans les rapports interhumains. La société, dans son ensemble, se gouvernait de manière acéphale. Tous les faits sociaux étaient organisés autour et par les grand-mères, les mères, etc. Le masculin n’y avait pas de place, hormis son rôle d’élément utile. Car son statut consistait à féconder les filles pubères, les femmes en âge de procréer. Mais sa place était auprès de sa famille maternelle. Les enfants dont il serait possiblement père ne le reconnaissaient pas comme tel. S’il s’avisait de vouloir s’immiscer dans la famille (maternelle) de ceux-ci, tout au plus serait-il utilisé comme instrument pour accomplir des actes quotidiens comme couper le bois ou opérer des sacrifices rituels. S’il insistait à vouloir rester auprès de ses potentiels enfants, pour lesquels, d’ailleurs, il n’est rien d’autre qu’un vulgaire étranger à leur famille, lorsqu’il deviendra vieux, personne ne prendra soin de lui.
D’un autre côté, en limitant grandement l’expansion de la nature du masculin, cette société féminine a sauvé la paix civile. Il n’y a ni vol, ni violence, ni viol. Il n’y a aucune raison puisqu’il n’y a pas d’interdits sexuels en dehors de l’interdit frappant les actes incestueux. Il n’y a, donc, pas de frustrations sexuelles à tous les niveaux des générations des membres de la société. Aucune fille ni femme ne doit rien à aucun masculin, qu’il soit ou non son ami de lit, c’est-à-dire son partenaire sexuel furtif ou régulier. Si un masculin fait un cadeau à une fille, celle-ci se hâte, avec l’aide de sa famille, de lui offrir un cadeau de la même valeur. Ne devant rien à aucun masculin, celui-ci n’a aucune raison d’agresser une femme ou une fille. Ainsi, chaque membre de cette société singulière dans le monde vit librement et souverainement ; en paix et en sécurité.
Tel est le sens de la thèse de l’anthropologue chinois Cai Hua : Une société sans père ni mari – Les Na de Chine – (PUB, Coll, « Ethnologies », Paris1997). En effet, écrit-on, les Na, une ethnie de la Chine, « jusqu’à nos jours… ont toujours vécu sans l’institution du mariage. Durant toute leur vie, frères et sœurs na partagent le même feu et le même pot et élèvent ensemble les enfants des femmes. Comme dans toute autre société, il y a prohibition de l’inceste, aussi les Na pratiquent-ils un système de visites nocturnes, furtive ou ostensible, de l’homme chez la femme ». Dans cette société, l’institution politique est totalement ignorée. Ses membres n’en soupçonnent même pas l’existence quelque part sur la planète terre jusqu’à l’invasion de leur société par la civilisation contemporaine han. Il n’y a donc ni roi, ni prince, ni président, ni même chef à quelque niveau que ce soit. Sans cette encombrante institution, la paix et la bonne intelligence mutuelle règnent entre les membres de la société. Personne ne doit rien à personne ; il n’y a pas non plus d’impôts à payer pour entretenir la vie, toujours, très chère, d’un chef d’État, d’un roi ou d’un prince. Donc, les êtres humains ont suffisamment d’intelligence, d’imagination pour inventer un style de vie sociale qui se passe aisément d’un chef. Les Na de Chine sont une minorité dans ce pays ; non de quelques milliers, mais de plusieurs millions d’habitants.
B – Zomia
Pour rester toujours en Asie, il y a également le cas de Zomia, qui comprend également des millions d’individus. James C. Scott parle de 100 millions de personnes. Le titre de l’ouvrage de cet anthropologue des sciences politiques de l’université de Yale est très explicite quant à la singularité de cet ensemble de peuples. : Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil, Paris 2003). La Zomia, constituée de plusieurs peuples d’origines différentes, apparaît comme « Le royaume de la grande montagne », c’est-à-dire située à la périphérie de l’Asie du Sud-Est continentale ». Il s’agit de l’un des plus grands espaces encore non étatiques, sinon le plus grand. C’est une vaste étendue des hautes terres que l’on appelle également le massif du Sud-Est asiatique, qui a pris récemment le nom de Zomia. Cet immense espace montagneux est situé à la périphérie de la Chine, de l’Inde, du Bangladesh, de la Birmanie, du Laos, etc., s’étend sur environ 2,5 millions de kilomètres carrés. Mais il ne figure, comme tel, sur une aucune carte géographique précise. C’est un territoire qui a, à peu près, « la superficie de l’Europe » (p.36) de l’Ouest, soit 4 millions de km2.
La finalité de cette organisation sociale apolitique ou acéphale, en tant que peuples libres et souverains, est très claire : occuper une zone de terres qui se dresse contre l’expansion de l’État que des populations cherchent à fuir absolument pour éviter l’assimilation et l’identification. Celles qui venaient de la plaine ont dû, au fil du temps, s’adapter à un environnement montagneux hostile, voire peu propice à l’épanouissement d’une vie confortable pour jouir de leur liberté souveraine. Toutefois, les structures sociales ne sont pas uniformes à travers cette vaste zone de refuge ou d’habitats précaires. Car certaines populations s’opposent farouchement au fait de l’appropriation, comme la propriété privée, tout autant qu’à des formes d’action collectives. Elles construisent des petits hameaux acéphales regroupant quelques foyers. La volonté de fuir l’État ou même la constitution d’une figure d’État tient au fait qu’une telle structure institutionnelle a pour effet néfaste d’imposer aux peuples des contraints que ces populations ne veulent guère assumer.
Aussi, pour éviter ces obligations, quitte à avoir une culture ou une agriculture furtives, elles y consentent de bon cœur. Et les États environnants hésitent à installer des institutions administratives dans cette vaste région. Car elle est difficile d’accès et peu propice aux stratégies de la conservation des biens, voire de la main-d’œuvre pour le stockage des céréales, etc. Et les habitants de cette zone sont toujours prompts à fuir ces obligations de tout État ; quitte à s’en aller le plus loin possible de ses structures. A cet effet, elles consentent à la possibilité de se décomposer et de se recomposer autrement. Aussi, faute de mieux, l’armée birmane en est venue à user de considérations mensongères au sujet de ces populations libertaires souveraines en les comparant aux localités soumises aux lois et aux structures étatiques. Elle appelle ces dernières localités « villages de la paix ». Il s’agit des zones civiles qu’elle contrôle dans les régions karènes. Quant aux autres, qui refusent la soumission à une autorité quelconque, elle les qualifie de « villages cachés ». Il s’agit de ceux qui « abritent les rebelles » et de tous les individus qui font preuve, comme eux-mêmes, d’un esprit réfractaire à la soumission aux lois d’un État.
En fait, il y a une raison à cette distinction : « les villages de la paix »sont ceux dont les chefs ont accepté de ne pas prêter assistance aux insurgés et de fournir gratuitement de la main-d’œuvre au camp militaire… » (p.241) C’est tout ce dont les « Zomiens » ont en horreur : servir l’État gratuitement ou par contrainte sans rien recevoir en retour ; pas même la sécurité physique des personnes.
En somme, pour jouir pleinement de leur liberté souveraine – ce que des philosophes, comme Descartes, appellent « le libre arbitre » – même s’il y a des échanges commerciaux, agricoles, etc., avec les peuples soumis aux lois d’un État, comme ceux de la plaine -, « depuis deux mille ans, les communautés d’une vaste région montagneuse d’Asie du Sud-Est refusent obstinément leur intégration à l’État. Elles sont réfugiées dans une vaste zone d’insoumission appelée Zomia. Il s’agit, en clair, pour ces 100 millions d’êtres humains d’échapper au contrôle des gouvernements des plaines », remarque l’auteur de cet ouvrage. Cet ensemble de peuples, aux origines différentes, sous la pression des États qui cherchent à les soumettre à tout prix à leurs lois et à leurs droits, autant dire à leurs contraintes et obligations civiles, etc., ont élaboré des stratégies de résistance pour échapper à toute figure d’État ou d’autorité. Car, selon ces peuples, l’État est « synonyme de travail forcé, d’impôt, de conscription. Privilégiant des modèles politiques d’auto-organisation comme alternative au Léviathan étatique, certains sont allés jusqu’à choisir d’abandonner l’écriture pour éviter l’appropriation de leur mémoire et de leur identité », écrit l’auteur de Zomia.
Même si ce modèle d’organisation sociale paraît totalement incongru, voire aux antipodes des données des sociétés dites modernes – c’est même une anomalie par rapport à nos sociétés contemporaines -, des Réformes de l’État, suivant notre entendement contemporain, sont toujours possibles. Il s’agit de celles qui concilient les figures de l’État moderne avec l’exigence de justice, de liberté et de souveraineté des peuples à l’instar de la conception d’une telle institution par Jean-Jacques Rousseau.
Ainsi, en territoire de Zomia, il n’y a ni propriété privée, ni autorité quelconque de quelque communauté que se soit, à plus forte raison un chef d’État, un gouvernement. Il n’y a non plus ni obligations administratives, ni police, ni gendarmerie, ni armée, etc, tout chez les Na de Chine. Ces forces, dites de l’ordre, hélas, l’on peut aisément ou selon les caprices d’un chef, actionner dans le sens du désordre. On vit libre, égalitaire, sans désordre social, ni violence légitime ou illégitime au sein de ces sociétés. On ne doit rien à personne. C’est une vaste zone de paix, qui limite, malgré l’absence de ces ordres politiques et sociétaux, les figures de liberté naturelle de nature à provoquer gratuitement des désordres par l’agressivité des individus sous ses diverses formes. L’État, tel que nous en avons l’expérience dans nos « Topos », nos « mare nostrum », etc., n’est ni garant de la sécurité des individus ou des communautés, ni de la paix civile nationale et internationale. C’est, souvent, tout le contraire en raison de la tentation du culte de Baal par les élites politiques d’hier et d’aujourd’hui. Qui peut contester une telle donnée toute humaine sous l’angle de l’Intellection ?
II – DE L’INANITÉ DES ÉLITES POLITIQUES ET DE LEUR ORGANISATION CLASSIQUE DU POUVOIR. PREUVE PAR L’EXEMPLE DE LA MISARCHIE : UTOPIE OU SYSTÈME SOCIO-POLITIQUE LIBERTAIRE ET ÉGALITAIRE POSSIBLE ?
LA LIBERTÉ ET L’ÉGALITÉ SONT-ELLES RÉFRACTAIRES À TOUTE FORME DE SOUMISSION?
Introduction
Quels que soient les pays, les continents, les êtres humains, par-delà les différences physiques et culturelles de ces derniers, ils ont toujours été accoutumés à considérer leur état présent comme la norme. Que cet état des choses soit politique (la régence présente de la démocratie dans un grand nombre de pays, par exemple) ou économique (la gouvernance ou le triomphe du capitalisme libéral outrancier), rien ne change absolument du point de vue des croyances culturelles (ensemble de représentations, de valeurs, de jugements préjudiciables à l’égard des autres peuples, voisins ou non, en somme la vision intellectuelle, religieuse voire les connaissances vulgaires qui constituent le tissu des opinions populaires ou non d’une société donnée) qui inclinent à considérer que les facteurs qui façonnent notre psychologie et détermine notre art de vivre, d’exister, de penser même comme tout ce qui doit être tel qu’il est. En d’autres termes, l’on résume notre état présent en raisonnant ainsi : « les choses doivent être telles qu’elles sont et pas autrement ». C’est cette perception des phénomènes humains et matériels qui fait le malheur des Humains sur toute la surface de la terre ; malheur au sens où chacun de nous est absolument, spontanément réfractaire à toute forme de changement majeur dans sa société. Autrement, il n’y a jamais rien de fondamentalement nouveau sous le soleil : on ne fait que ressasser, suivant des angles différents, des vues variées les mêmes choses, les mêmes données courantes depuis des siècles, voire des millénaires. La Science elle-même est répétitive.
Pourtant, parmi les êtres humains de par les mondes humains, il y a des singularités qui, par leur avènement durable ou éphémère, viennent de temps en temps briser le carcan, la carapace d’un tel constat permanent pour faire advenir de la nouveau par leurs productions intellectuelles ; pour opérer un changement majeur. Prenons deux exemples dans le champ de l’économie et de la politique.
D’abord, l’économie. Sans doute, l’on a déjà oublié l’acharnement de Milton Friedman avec son concept d’économie libérale absolue et sans frein aucun de la part des États du monde. En effet, l’on se souvient qu’il a occupé pendant des décennies le devant de la scène sociale en mobilisant tous les moyens de communication aux Etats-Unis d’Amérique afin de réussir à l’imposer comme une théorie économique valable. Aux Etats-Unis d’Amérique, dans les années 1980, Ronald Wilson Reagan finit par l’adopter comme la solution à tous les problèmes économiques de son pays. Margaret Thatcher fit autant en Grande-Bretagne, avec le désastre de l’industrie britannique que l’on connaît aujourd’hui. Depuis ces deux pays, le concept d’économie libérale à outrance s’est imposé ou presque au monde entier (sauf la Chine et l’Inde) comme une ombre lugubre véhiculant le désastre partout, voire la mort par la destruction impitoyable de l’économie réelle pourvoyeuse d’emplois.
Que signifie, donc, ce concept d’économie libérale fictive ? Comme on l’a vu ci-dessus, c’est la faiblesse des États contemporains d’avoir adopté une théorie économique quelconque pour en faire un modèle de gestion des affaires publiques, même si, par exemple, La Théorie générale de Keynes a montré ses limites. Bien au contraire, c’est sur les failles des théories économiques classiques que des théories prétendues nouvelles et novatrices vont se nicher pour prendre leur envol et obliger les États du monde à les adopter comme système ingénieux de la conduite des affaires publiques et contre les intérêts fondamentaux de ces mêmes États devenus des valets. Tout se passe comme une plante parasite, telles certaines variétés de lierre, qui s’enracine sur le tronc d’un arbre et qui, en se développant soi-même plus que de raison, finit par l’étouffer et le faire périr.
Donc, parmi ces nouvelles théories économiques mortifères, on peut mentionner les théories de l’école de Chicago, dont les travaux de Milton Friedman[1]. L’essentiel de ses thèses portent sur la monnaie, notamment la théorie quantitative de la monnaie. Selon cet auteur, les mouvements des prix passent par la variation de la masse monétaire, en se fondant sur une analyse de la demande de la monnaie liée à sa théorie du revenu permanent d’après l’équation de Fischer : M*V = P*Q. Cette équation pose l’équivalence entre la production (Q) d’une économie dans une période donnée, corrigée par l’évolution des prix (P) et la quantité de l’argent qui a été échangée dans l’économie pendant cette même période, qui est représentée par la quantité de monnaie en circulation (M) et factorisée par sa vitesse de circulation (V). Selon Friedman, les agents, qui considèrent l’argent comme un bien patrimonial, ont une demande de monnaie stable, car cette demande se fait en fonction de leur revenu permanent. De son équation de la théorie quantitative de la monnaie, il déduit l’idée que l’inflation est d’origine monétaire car celle-ci est « toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie, plus rapide que celle de la production. »[2]
Par ailleurs, pendant des décennies, Milton Friedman va défendre une politique monétaire fondée essentiellement sur l’offre de la monnaie. Même s’il juge que l’inflation peut être jugulée par le volume des émissions de monnaie de la Banque Centrale, il n’en demeure pas moins qu’il est farouchement opposé à l’idée de l’intervention du gouvernement, de l’État dans le domaine économique. Car l’intervention discrétionnaire d’une Banque Centrale a pour conséquence d’ajouter une situation d’incertitude relativement à la demande. Donc, il sied même de fermer les Banques Centrales dépendant des États afin de laisser libre cours à une politique monétaire dans tous les secteurs de l’économie. En effet, dans son Capitalisme et liberté, il affirme que « la monnaie est une chose trop importante pour la laisser aux banquiers centraux ». Dès lors, l’économie est désormais considérée comme une science et, à ce titre, elle doit être séparée des questions sur ce qui devrait être – comme les problèmes du droit et de la morale – pour exprimer ce qui est. Elle est donc positive et non pas normative. Elle doit être jugée non pas sur ses intentions mais sur ses résultats. C’est pourquoi l’action gouvernementale est toujours néfaste dans les politiques conjoncturelles pour les raisons suivantes : d’abord, elle intervient toujours trop tard, ensuite il faut du temps pour prendre une décision et pour envisager des mesures qui auraient des effets positifs[3].
Friedman propose ainsi une nouvelle conception de l’État dont le rôle dans l’économie serait quasi nul. L’État doit se désengager même du marché des changes, pour laisser place aux taux de change flottants. Considérant ses travaux sous l’angle de données scientifiques, il prône l’idée d’« anticipations adaptatives », mais dépassée par certains de ses contemporains comme Robert E. Lucas, qui défendent plutôt la théorie des « anticipations rationnelles » parce que les agents raisonnent en termes réels pour éviter de tomber dans le piège d’une politique monétaire expansionniste. Mais il a réfuté la critique de ses hypothèses présumées scientifiques comme infondées. Car ce qui importe, ce n’est pas tant la rationalité des agents que la valeur instrumentale de ses hypothèses. Milton Friedman n’a pas attendu la reconnaissance du public pour promouvoir à outrance, par les médias (émissions de télévision) ou les débats publics dans de nombreuses conférences, sa théorie du libéralisme comme la meilleure économie qui se puisse concevoir. Sa conviction est telle qu’il n’hésite pas, dans un « Entretien » en 1979, à soutenir que « l’histoire est sans appel : il n’y a à ce jour aucun moyen […] pour améliorer la situation de l’homme de la rue qui arrive à la cheville des activités productives libérées par un système de libre entreprise. » Malheureusement, cet obscurantisme doctrinal, commencé dès les années 1947, a abouti à la création d’une « association internationale des intellectuels libéraux ».
Avec ses paires, il déploie de l’énergie et dépense ses forces sans compter pour défendre le capitalisme, le libéralisme économique comme le seul et unique moyen d’édifier une société libre en imposant à tous les États de la Terre d’adopter l’économie libérale. Car cette dernière est, finalement, le remède aux problèmes de développement des pays. D’où les conditions universelles et nécessaires imposées à tous les pays du Sud dans les années 1990 : il faut que ces pays deviennent des États de droit ; qu’on y défende la propriété privée comme valeur sacrée ; que les marchés intérieurs soient libres, c’est-à-dire accessibles à la puissance de la finance internationale ; et que l’intervention de l’État dans l’économie soit absolument limitée. Même dans ses fonctions régaliennes, comme les dépenses publiques, toutes collectivités confondues, l’État est soumis aux diktats des financiers qui prônent des diminutions substantielles de ses dépenses publiques en les ramenant en-dessous de 10 à 15% du produit national brut. La question de santé, d’éducation, de nourriture, bref des conditions de vie décentes des populations humaines est reléguée au dernier rang des soucis des capitalistes et autres prédateurs de l’économie libérale. La personne humaine est privée de ses valeurs sacrées comme la liberté, le droit, la morale etc. Désormais, elle n’est plus qu’un organon soumis à la productivité maximale de rentabilité financière, pour la minorité – 1% de la population de chaque pays dans le monde – vorace et insatiable. C’est le triomphe final de ce que nous appelons désormais la « Malincratie », soit la nature de tous ceux qui ont de la ruse et de la finesse spécieuse pour s’enrichir aux dépens d’autrui, pour réussir ou pour se tier d’embarras..
Ensuite, en politique. En France, on parle beaucoup de La Révolution de 1789. Il est supposé avoir balayé l’Ancien Régime (la Royauté). Elle a, certes, été brutale à tous points de vue pendant Dans les faits, selon l’historien, Hervé Leuwers, La Révolution française couvre une période de dix ans qui s’étend de l’ouverture des États généraux le 5 mai 1789 au coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799) mené par Napoléon Bonaparte. Mais, l’on sait parfaitement que les mentalités sont parfaitement réfractaires aux changement, radicaux, brusques. D’une part, il n’est pas évident pour les nantis de renoncer aussi aisément que possible à leurs privilèges : ils y tiennent comme à leur propre vie. D’autre part, les déshérités d’hier qui accèdent soudainement, à l’occasion de La Révolution, à de nouveaux privilèges inouïs, inespérés, ne manquent d’avoir des pouvoirs qu’ils géreraient mal de toutes les façons par manque de compétences. Et, en même temps, ils ne manqueraient de se venger de leurs humiliations d’hier. D’où le règne du désordre partout dans le pays. D’où également la nécessité du sauveur, en l’occurrence Napoléon Bonaparte, pour rétablir l’ordre. Mais celui-ci a instauré l’ordre en réinventant de nouveaux privilèges qui perpétuent l’Ancien Régiment. Donc, rien n’a changé fondamentalement de ce point de vue.
Dès lors, la théorie que propose sous forme de roman Emanuel Dockès (Voyage en Misarchie -Essai pour tout reconstruire – Éditions du Détour, Paris 2019) serait-elle une solution -La meilleure ? – par rapport aux formes de gouvernement existant ? Il nous suffit de nous laisser conduire au pays des contre-pouvoirs hiérarchisés pour juger de la possibilité ou non d’une telle occurrence ; d’un tel mouvement politique.
A-SYMBOLE DE LA MISARCHIE ? LIBERTÉ ET ÉGALITÉ SONT CONTRAIRES AUX FIGURES D’AUTORITÉ, DE POUVOIR
1- La découverte d’une société libertaire et égalitaire
Tout commence par un accident dans une contrée inconnue. En effet, l’avion à bord duquel se trouve Sébastien Debourg s’est perdu ou s’est posé en catastrophe dans un endroit perdu d’une contrée inconnue. Il se rendait alors à Sydney pour une conférence. Puisque quelques secours tardaient à venir en aide aux passages et membres de l’équipage de l’avion, cet universitaire eut l’audace d’aller à la recherche d’éventuels habitants de ce lieu où leur avion a atterri en catastrophe. Par bonheur, il faut accueilli par une dame de 65 ans en compagnie de deux adolescents. Il lui semblait que ceux-ci n’avaient pas encore la majorité administrative. Ce groupe prit bien soin de lui en satisfaisant à tous ses besoins urgents. Bref, il le reçut chaleureusement. Selon toute vraisemblance, les habitants de cette contrée étaient francophones. Car ils parlaient aussi bien le français que d’autres langues en usage en Occident.
Puisqu’il s’agit d’un monde inconnu pour lui, Sébastien Debourg demande des renseignements à la dame qui l’avait accueilli ; ce qu’elle entreprend de lui expliquer sans hésitation et qui lève le voile sur le mode d’organisation politique, pour ne pas dire de gouvernement qui a cours dans ce pays. Elle lui fait remarquer qu’ici on vit en misarchie et entreprend de lui expliquer l’origine du ce mot.
-« Misarchie » est un mot construit sur les racines « mis » et « archie ». « Mis » vient du verbe grec « misein » qui signifie « détester », « haïr » ; comme dans « misogyne », qui hait les femmes ou « misanthrope », qui hait les êtres humains…. Et « archie » vient de « arkos », le chef ; comme dans « monarchie », système {politique} avec un seul chef ou « anarchie », sans chef. Vous connaissez ces mots ?
-Oui, oui, bien sûr.
-Alors, vous voudriez comprendre le mot « misarchie ». Là est le règne qui « déteste les chefs ». C’est tout simple. Nous détestons la domination, le pouvoir. Nous voulons avoir le plus de liberté et le plus d’égalité possible.
-Je ne vois pas le lien…
-Le pouvoir est une inégalité, m’explique-t-elle patiemment. Et il porte atteinte à la liberté des soumis. Le pouvoir nuit donc à la fois à l’égalité et à la liberté. C’est pour cela que nous n’aimons pas le pouvoir et que nous essayons de le réduire. C’est pour favoriser, à la fois, la liberté et l’égalité.
En vertu de ses croyances culturelles qui façonnent sa personnalité et déterminent ses comportements, Sébastien Debourg ne cherche pas vraiment à comprendre la système politique de ses hôtes. Aussi et sûr de son fait, c’est-à-dire qu’il a raison, il ne tarde pas à la conduire dans une discussion qui porte sur la démocratie.
– « Je ne veux surtout pas vous heurter dans vos croyances, se replie immédiatement la vieille femme. Je voulais juste vous expliquer. Le régime misarchiste est un régime plus égalitaire que votre démocratie »
En fait, la pesanteur des croyances culturelles de Sébastien Debourg ont tellement aliéné sa conscience que, tout intellectuel et universitaire qu’il est, il ne démord pas qu’il a parfaitement raison et qu’il juge juste au sujet de la supériorité de la démocratie. Selon ses croyances culturelles, la démocratie est le meilleur régime politique qui soit, notamment la démocratie occidentale. Une telle prise de postion sans nuance aucune frise les préjugés et le sentiment de supériorité de soi par rapport à autrui, entre autres, eu égard à son hôtesse. C’est pourquoi il n’hésite à porter des jugements de valeur à son égard.
-« Cette pauvre femme semble ne pas avoir bien compris ce qui fait la supériorité des démocraties occidentales….
Sébastien Debourg vit sur le mode de ce que j’appelle dans mes derniers travaux philosophiques et anthropologiques la conscience duonique. Celle-ci se joue de nous en permanence en nous amenant à croire que nous sommes dans l’ordre des choses que nous pensons conformes à la réalité. Nous croyons raisonner suivant les critères du vrai et du réel alors que c’est elle qui s’emploie à nous illusionner en permanence. En ce sens, c’est seulement sur le plan de la conscience claire et lucide[4] que nous sommes réellement nous-mêmes et que nous nous conduisons suivant les principes du vrai et du réel. La preuve : Sébastien Debourg va s’en prendre à ses hôtes (la force des préjugés) en préjugeant de leurs comportements sexuels. En d’autres, il s’occupe de ce qui ne le regarde nullement. En effet, en vertu du penchant de ses croyances culturelles, il ose s’immiscer dans une scène d’actes sexuels de ses hôtes. Pourtant, la femme venait de lui expliquer qu’en misarchie, c’est le règne des conduites individuelles libertaires et égalitaires. Donc, nul n’a le droit de juger des conduites, même sexuelles, des autres.
De quoi s’agit-il ? Quel est précisément l’objet de son courroux ? D’abord, le fait qu’il soit l’objet du désir sexuel de l’un des deux jeunes adolescents l’horrifie au plus haut point. Par la vivacité et l’hostilité de sa réaction vis-à-vis des gestes ou des caresses de l’un de ces deux jeunes adolescents, celui-ci comprit immédiatement que leur hôte n’était guère intéressé par ce jeu sexuel, comme il le dit :
-« Je sens sa chaleur. Sa bouche s’entrouvre. Je me lève vivement et fais un geste brusque en arrière. La femme n’a rien perdu de la scène. « Attends un peu mon chéri joli. Je vais m’occuper de tes coucouilles. Laisse le Monsieur tranquille.
Elle se tourne vers moi et me dit de continuer à manger tranquillement…
-L’adolescent lubrique n’est pas retourné se coucher, mais s’est placé discrètement derrière elle. Cette nounou semble parfaitement incapable d’autorité. Je n’ose imaginer ce que les parents penseraient s’ils voyaient la scène. D’autant que le jeune homme vient de glisser une main sous la robe de sa nounou. Sans aucune gêne, il lui caresse les fesses. Je n’en crois pas mes yeux. C’est un cauchemar ! Le deuxième adolescent relève la couverture. Il se caresse le membre et celui-ci se dresse vigoureux. La femme semble captivée par ce jeune sexe. Elle s’en approche. Elle le met en bouche, cependant que le deuxième adolescent lui relève la robe. Il dévoile un cul encore musclé malgré l’âge. Il secoue ses fesses avec vigueur, puis il les écarte fermement découvrant un orifice anal violet et plissé. Il crache dessus plusieurs fois. La sorcière noire gémit. Lui bande comme un fou. Je crie. L’immonde trio s’arrête immédiatement. Ils me regardent »
Ainsi, Sébastien Debourg, au nom de sa morale judéo-chrétienne, même s’il l’ignore, s’insurge injustement contre les mœurs sexuelles de ses hôtes sans égard pour leur plaisir ni non plus pour leur chaleureux accueil. Mais, au fur à mesure qu’il avance et progresse dans la connaissance de ce pays, de ses habitants et de leurs modalités d’exister, il apprendra que cette dame et ses adolescents ont porté plainte contre lui au niveau d’une administration compétente pour juger ce genre d’affaire relative aux mœurs sexuelles. Motif : interruption d’une séance d’activités sexuelles librement consentie. C’est au nom du principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui qu’il sera jugé. Puisque la misarchie, contrairement à presque tous les pays de la terre, où l’étranger n’est pas le bienvenu, est ouverte à autrui. Même sous le statut d’étranger, la misarchie concède des moyens matériels ou pécuniaires à Sébastien Debourg pour assurer sa défense. En outre, il eut le choix d’un avocat pour plaider gratuitement en sa faveur, tout étant assuré par de Grandes Institutions souveraines qui gèrent tout concernant les actes quotidiens des citoyens. Un supra-organe est chargé d’harmoniser les dépenses et les gains et les gains de la population ; ou des cas particuliers comme les étrangers qui viennent d’arriver dans le pays, à l’instar de Sébastien Debourg. Tout au long de son parcours en misarchie, il sera presque toujours question de son procès pour atteinte à la liberté sexuelle d’autrui.
Des enjeux majeurs relatifs à la connaissance de la société en misarchie ont conduit le voyageur à se libérer progressivement de certaines de ses croyances culturelles françaises.
2- Une société ouverte à autrui fondée sur la notion du respect absolu des autres et sur une organisation sociale complexe, mais libre et égalitaire
A- Deuxième étape de la connaissance de la misarchie
Sébastien Debourg dût quitter rapidement, après cette altercation entre lui et ses hôtes, le lieu d’accueil de cette femme et de ses adolescents « lubriques ». Comme guidé par un heureux hasard, il rencontra une communauté vivant sous le mode d’une secte religieuse. Toutefois, la religion en misarchie n’enferme pas définitivement les membres des communautés qui se réclament d’elle. Mieux, elle est dénuée de dogmes intolérants. Au contraire, elle instruit ses adeptes à s’ouvrir aux autres. Donc, ils cultivent une éthique de vie qui correspond parfaitement à leur désir du bien ; à se sentir à l’aise dans le vivre ensemble. C’est pourquoi l’accueil est toujours chaleureux, amical et plein d’empathie comme Sébastien Debourg lui-même en rend compte.
-« Il s’appelle Sébastien De-bourg ! Accueillons-le dans la joie ». Alors tous les membres de la petite assemblée se lèvent et, d’une seule voix, ils psalmodient en rythme : » Nos cœurs s’ouvrent pour Sébastien Debourg ! » Hushaï lève alors les poings en direction du plafond. Un son de cloche grave, profond retentit par deux fois. Je ne suis pas très pieux moi-même, mais la chaleur et la beauté des lieux, l’attitude de recueillement et de détachement de chacun, ces mots d’accueil, cette ferveur, le timbre de la cloche… tout ceci me semble plutôt rassurant. Ces gens sont étranges, certes, mais on est loin, très loin, du comportement moralement déstructuré de la vieille nounou ».
Sébastien Debourg est déconcerté par le fait que les citoyens de ce pays vivent suivant des modalités d’associations très diverses et très complexes tel qu’il n’en existe nulle part ailleurs dans le monde. Leur principe de vie est fondé sur une idée philosophique simple : les citoyens doivent apprendre à se connaître, à s’apprécier comme ils se respectent spontanément. Étant appelés à vivre les uns avec les autres dans un même pays, dont le fondement relationnel consiste en une ouverture essentielle aux uns et aux autres, l’on commence par organiser l’échange des enfants dans diverses familles. Ce fait, c’est-à-dire le partage des enfants exclut des considérations relatives à la couleur de l’épiderme des enfants et même des parents d’accueil. Il en est de même du rang social des parents et de enfants que les familles accueillent de bon cœur. Ce qui demeure le principe dans l’accueil réciproque des enfants chez diverses familles tient à ceci : pas de discrimination par quelque critère que ce soit : culturel, couleur de peau, rang social, etc. Ainsi, la misarchie a réussi à bannir les discriminations qu’on appelle, dans tous les pays de la terre, le « racisme », même s’il n’y a pas de races chez le genre humain, ni de scission au niveau des branches humaines. L’homo sapiens : ce sont tous les individus issus de populations différentes qui se reproduisent entre eux de par toute la terre.
En revanche, ce qui prévaut, c’est la liberté, l’égalité des citoyens. Il ne s’agit de l’énonciation du principe creux et hypocrite, voire invérifiable dans les faits, comme dans les pays dits démocratiques. Liberté et égalité sont des abstractions conceptuelles sans lien réel avec la réalité, avec la vie des individus concrets. A l’inverse, en misarchie, liberté et égalité se vivent et s’éprouvent en tant qu’elles sont profondément ancrées dans la conscience effective des citoyens, dans les conduites ordinaires, comme des droits sacrés. Telle est la réussite même du mélange des enfants à travers les familles qui les reçoivent pour vivre avec eux comme leurs enfants.
B- Associations, communautés et appartenance
En misarchie, puisque la liberté est la chose la mieux partagée du monde, certains citoyens refusent toute appartenance associative, et qui tâchent de n’appartenir qu’à l’humanité entière. « Ces puristes humanistes s’efforcent de ne rien être d’autre que des êtres humains, sans spécificités propres. Ils s’affirment porteurs de toutes les cultures, de toutes les pensées, de toutes les appartenances ». Toutefois, en dehors de ces irréductibles humanistes universalistes, la plupart des habitants de la misarchie vivent dans des associations, sous des formes multiples et variées.
Ainsi en est-il du Cotex. Il s’agit de Communautés exclusives en ce sens qu’on ne peut appartenir qu’à elles seules ». C’est une fondation de moins de 200 membres. C’est la loi en misarchie. Quel est le but de cette limitation ? limiter les dépendances et garantir la liberté de variation, même au niveau des couples, mariés ou non. Il est indispensable, pour la qualité des sentiments des conjoints, qu’ils puissent se libérer de l’emprise d’une seule ou d’un seul partenaire sexuel. D’où la nécessité de varier les partenaires sexuels pour une meilleure qualité de la vie sexuelle. En outre, les Cotex ont leur propre territoire, leur propre code, c’est-à-dire leurs propres lois. Toutefois, il est admis qu’on peut changer autant de fois qu’on le juge nécessaire d’associations ou de communautés : dans une vie, une dizaine de changements par personne n’étant qu’une moyenne.
Mais il y a des associations qui font preuve d’excès dans leur manière de vivre. Ce sont, par exemple, les Youppys qui font penser aux Amish des Etats-Unis d’Amérique. Il s’agit « d’une association qui entend vivre dans des tepees comme les Anciens Indiens. Elle rejette toute forme de possession. Tout est à tout le monde. Il y est ainsi mal vu d’avoir le même partenaire sexuel plus de deux ou trois fois d’affilée. Personne ne sait vraiment de qui sont les enfants ». En revanche, la communauté ou « confrérie de l’Agneau », qui a accueilli Sébastien Debourg après sa malheureuse expérience (morale) de la femme et de ses deux adolescents, se nomme aussi « Communauté de la Très Sainte Confrérie de l’Agneau ». Il n’y aucun religieux catholique ou protestant qui dirigerait leurs cultes, leurs conduites ou qui conférerait de la légitimité religieuse dans leur manière de se qualifier ainsi. C’est une Communauté de laïques qui n’a rien à voir avec l’église catholique. Toutefois, visiblement, les adhérents ou membres de la communauté semblent austères sexuellement. C’est comme un ordre religieux très puriste, chaste et sévère par rapport aux péchés de la chair. Mais il n’en demeure pas moins que Clisthène, la jeune Abbesse de la Communauté n’a pas résisté au désir de faire l’amour avec Sébastien Debourg du seul fait qu’il est étranger et qu’à ce titre, il peut apporter de nouveaux gènes pour enrichir ceux de la population de la misarchie. Donc il a été comme contraint de coucher avec elle, sans oublier le fait qu’il a été séduit par cette jeune fille depuis son arrivée dans cette communauté. D’ailleurs, au moment même où l’on prépare l’adhésion de Sébastien à la Communauté, elle rédige une lettre pour demander sa démission de la Communauté. Alors elle invite Sébastien Debourg. à la suivre dans de nouvelles aventures par lesquelles il pourra découvrir la misarchie. Il y a donc des associations auxquelles on adhère librement et desquelles on démission comme on veut et quand on veut. Ce n’est pas une question de jugement moral. C’est le cas de cette Confrérie de l’Agneau, entre autres.
Certes, la différence entre la misarchie et les autres pays tient au fait qu’en cette contrée, il n’y a pas vraiment d’institutions, mais des organisations de collectivités, si l’on préfère. Ainsi, les districts sont définis par un territoire. « Tous ceux qui habitent dans les limites géographiques d’un district sont inclus dans ce district ». Plus précisément, il suffit que vous restiez au moins quatre moins par an à un endroit, pour que vous apparteniez au district de cet endroit. Parfois, c’est beaucoup moins. Dans certains districts, à la seconde où vous emménagez, vous êtes membres du district. Donc, on adhère aux associations, mais on habite dans les districts. Toutefois, il y a une nuance entre les deux types d’organisation : l’appartenance à un district est qualifiée d’impérative contrairement à l’appartenance à une association qui est libre.
2-UNE SOCIÉTÉ OPPOSÉE À TOUTES LES FORMES D’OPPRESSION, VIOLENCE LÉGITIME DES ÉTATS
Pour être plus précis, l’auteur écrit : « Prenons les associations pour commencer. Chacun est libre de quitter une association. Mais, réciproquement, une association peut déterminer des conditions pour adhérer et, en cas de problème, elle peut aussi exclure un membre. L’exclusion doit être suffisamment motivée. Car des contrôles sont opérés par les juridictions. Il n’empêche que l’exclusion d’une association es possible. Cela peut être violent. »
Autant on adhère librement aux associations, autant on habite dans les districts, comme dit précédemment, puisqu’il s’agit d’un espace géographique comme les habitants de la Région Auvergne – Rhône-Alpes De manière générale, « les districts sont très divers. Il existe des districts de bassin qui regroupe tous les habitants d’un même bassin hydraulique, afin de gérer le réseau d’eau potable ; des districts routiers ; des districts d’immeubles qui regroupe tous les habitants d’un immeuble, voire des districts d’ascenseur, qui sont spécialisés dans la gestion d’un ascenseur… La Caisse Centrale qui gère tous les comptes en bigors est un district, puisqu’elle touche tous les Arcaniens. La Haute Cour, qui juge en troisième ressort les questions relatives aux fondamentaux dans toute l’Arcanie, est encore un district. Les activités de la police sont aussi des districts, naturellement. On appelle districts « solidaires » les districts qui organisent la collecte des fonds destinés au financement des biens fondamentaux, comme la santé, l’éducation, la sécurité, la communication ». Toutefois, les districts globaux, soit ceux qui ont une compétence qui s’étend à toute l’Arcanie, sont interdits de se regrouper ou de s’associer. Car l’indépendance de chacun d’eux garantit l’absence de pouvoir souverain ou centralisé, voire l’absence de prétention à la souveraineté.
La raison en est simple : « la multiplicité des pouvoirs est toujours plus complexe que leur unité. Rien n’est plus simple, au moins sur le papier, qu’un chef tout puissant, qui a tous les pouvoirs. Mais rien n’est plus effrayant. Comme dit l’adage, il est impossible d’être l’esclave de deux maîtres. La division des pouvoirs nous semble essentiel » afin d’échapper, ainsi, à la main mise sur les libertés individuelles. C’es pourquoi l’Arcanie compte une vingtaine de districts globaux. « Ce sont des districts compétents dans toute l’Arcanie. Les principaux sont les districts collecteurs ou financeurs. L’un des plus importants fixe et collecte l’impôt commun. Mais c’est un autre district qui finance la police, un autre la santé, encore un autre l’éducation…. Il y a aussi la Caisse centrale… Et chacun de ces districts est indépendant des autres « pour éliminer la tentation de la volonté de puissance du groupement de quelques districts globaux dans le pays ».
Dès lors, l’organisation de la société en districts rend inutile les organisations d’État avec toutes les fonctions bureaucratiques afférentes comme dans les autres pays. Et ceci pour la raison suivante : Sébastien Debourg tente de soutenir les institutions européennes sous l’angle de ce qu’il croit personnellement comme le mieux-disant en affirment ceci : « Nous avons une banque centrale indépendante, compétente pour toute l’Union européenne. Mais elle est dirigée par des technocrates nommés par les États membres ».
Voici ce que les Arcaniens lui rétorquent :
-« Des dirigeants de districts nommés par d’autres dirigeants de districts ? Quelle horreur ? Nous n’acceptons pas les élections indirectes et encore moins l’idée que des dirigeants de districts puissent être nommés par des dirigeants d’autres districts. Si deux districts s’associent, pour en former un troisième, ce sont les habitants de ces districts rassemblés, et eux seuls, qui éliront les décamestres, seront tirés au sort, siégeront dans les comices… » En fait, les comices sont des assemblées où sont conviés tous les habitants d’un district, soit des assemblées et des tirés au sort populaires. On trouve ces structures dans la plupart des petits districts, puisque dans les districts de grande taille, sont difficilement gérables et où l’on risque de négliger le choix de chacun. Donc, au-delà d’un certain nombre d’habitants, les districts doivent avoir une assemblée tirée au sort. Au niveau du tirage au sort, cela doit se faire selon la méthode des quotas afin qu’il y ait autant de femmes que d’hommes, afin que tous les âges et toutes les catégories socioprofessionnelles soient représentés.
Telle est l’une des raisons que les Arcaniens avancent pour rejeter l’idée de sondages que défend Sébastien Deboug. Selon eux, il n’y a pas lieu d’accorder une quelconque importance aux sondages, auxquels les gens répondent un peu n’importe comment. Donc, ils préfèrent accorder de l’importance aux vraies décisions, prises après délibération par les assemblées tirées au sort. Et cette manière de donner la liberté aux citoyens le pouvoir de participer directement à l’organisation sociale est le sens même de la liberté des individus. Car les élections comportent inévitablement des exigences au niveau des candidats, coûtent chères à ces derniers et au budget de l’État ; et de nombreux écueils. Tel est le sens de leurs arguments dans le passage ci-dessous :
– « L’élection produit une sélection sévère. En pratique, pour se présenter avec des chances d’être élu, il vaut mieux avoir milité sur les matières traitées par le district. Mais certains sont simplement élus du fait de leurs études ou de leur compétence dans ce domaine. Parmi les élus, les experts sont nombreux. Ce qui présente un avantage… et des inconvénients. Les élus deviennent facilement imbus de leurs compétences et de leur pouvoir. Et ils s’éloignent de la volonté des habitants. Du côté des assemblées tirées au sort, le risque est la démagogie. D’où la nécessité d’avoir les deux pour que les inconvénients de l’une soient contrebalancés par la présence de l’autre. Le dernier mot est généralement donné aux assemblées tirées au sort, au nom de l’influence déjà forte qu’exerce l’assemblée élue. Parfois, on exige le commun accord. Finalement, la seule solution qui soit exclue, c’est de confier le dernier mot aux élus. A chaque fois qu’on l’a essayée, les tirés au sort se sont retrouvés dans une position subalterne et ont cessé d’être des contre-pouvoirs suffisants ».
Ainsi, en Arcanie (la misarchie étant le mode d’organisation ou le mouvement socio-politique de ce pays), tous les habitants décident toujours de leur plein gré. Puisque les communes elles-mêmes sont des districts variables suivant leur taille (géographie et population), ce sont les habitants qui décident de la taille et de l’organisation de leurs communes.
La seule nuance qu’on peut trouver dans ce système d’organisation sociale et politique réside dans les scissions de certains districts comme il est expliqué ci-dessous :
-« Lorsque certaines scissions {de districts} vraiment impraticables conduisent à des situations bloquées, il est possible de faire un recours en défense du bien commun ou en atteinte des fondamentaux devant un conseil arbitral. Mais c’est une procédure rarement couronnée de succès. Une scission majoritairement adoptée et réitérée l’année suivante a normalement de bonnes raisons d’être… Certaines demandes de scissions importantes ont aussi été interdites pour protéger la solidarité. Ainsi une population sensiblement plus riche que la moyenne ne pourrait pas quitter les caisses assurantielles basiques, ni le Grand Fonds commun. Il serait trop facile aux riches d’échapper à leur part de solidarité. Mais, à part ces quelques exceptions… »
En substance, en misarchie, on peut créer des districts avec tous les types possibles de groupements ayant des intérêts communs explicites et assumés. Car la transparence est la clef de voûte du système socio-politique en Arcanie.
C- La construction élémentaire de la personnalité collective et de la coexistence pacifique communautaire
1) Familles et appartenances multiples
L’institution des Cotex, des familles et des appartenances multiples sont le ciment de la coexistence intelligente des citoyens de la misarchie. Autant dans les autres pays du monde, les individus ou citoyens sont vite repérés en fonction de la pigmentation de leur épiderme et, conséquemment, de l’art d’entretenir le racisme, c’est-à-dire la manière de rejeter les uns et les autres, en misarchie ces considérations n’ont pas lieu d’être. Dans tous les cas, c’est le principe de la liberté qui prévaut dans les actes de la vie des citoyens en misarchie en intégrant celui de s’abstenir de juger les conduites et les mœurs d’autrui. Même la loi fondamentale du district exige ce principe.
A titre d’exemple, la Confrérie de l’Agneau où Sébastien Debourg a séjourné pendant quelque temps illustre fort bien cette notion de liberté. Celle-ci est « à la fois un district et une association, parce que, pour adhérer, il faut habiter sur un territoire. Et pour habiter, il faut adhérer. Et il faut suspendre ses autres adhésions avant d’adhérer ».
Il en est de même des associations familiales. En effet, « l’association familiale la plus habituelle regroupe les parents et les enfants. Ce qui peut déjà vous vous faire une association avec vos enfants et une autre avec vos parents. C’est parfois la même, mais pas nécessairement. Il faut aussi compter avec les cousins, les parents séparés, les fratries issues de plusieurs lits. Sans compter les très nombreuses associations familiales sans aucun lien de parenté biologique ». Toutefois, l’on admet la possibilité pour l’enfant, à partir de 7 ans, de résilier ses parents. C’est un droit inconditionnel qui lui est accordé s’il juge que ses parents le maltraitent.
Quant aux appartenances, elles sont multiples et variées. En effet, outre les associations familiales, les gens adhèrent le plus souvent à au moins « une association professionnelle, à une ou deux associations idéelles (syndicat, religieuse ou politique), parfois à une ou deux associations sportives ou de loisirs… En dessous de trois appartenances associatives ou communautaires, la liberté est très menacée. On rappelle parfois l’enfer des femmes au foyer qui n’appartiennent qu’à une association familiale ! Cela se pratique encore de nos jours… »
Au fond, c’est le sacro-saint principe de la liberté individuelle qui explique aussi la souplesse de l’organisation des cotex. En effet, les cotex sont limités par les fondamentaux, par exception à leur beau principe de libre organisation pour les raisons suivantes : une cotex doit être plus petite qu’une commune. En d’autres termes, elle ne doit dépasser ni les deux cents hectares ni les deux cents personnes. Car « au-delà, il est demandé d’organiser des diversités d’adhésion ou de se scinder, afin de limiter les risques d’autarcie sentimentale exacerbée. Je crois que les adultes en cotex sont, en outre, tenus à une période de vie extracommunautaire, d’au moins un mois tous les ans, afin d’éviter les dépendances trop rudes… Des sortes de vacances obligatoires… Pour bien comprendre le fonctionnement de notre misarchie, vous devriez vous placer dans le cas le plus habituel, qui est celui de la multiplicité des adhésions et des appartenances ».
3- UN SYMBOLE DE L’ÉGALITÉ PARFAITE ENTRE LES ÊTRES HUMAINS
2) Rotations infantiles et ruptures éducatives
On retrouve une même exigence de liberté au niveau des rotations infantiles. Celles-ci se font par périodes au cours desquelles les enfants sont transférés régulièrement au sein d’autres associations, c’est-à-dire le plus souvent au sein d’autres familles, avec d’autres règles, d’autres cultures, d’autre modes de vie. Un tel séjour peut durer quelques semaines ou quelques mois selon le choix des enfants eux-mêmes. Autrement, lorsqu’on laisse les enfants en bas auprès de leurs familles biologiques, ils subissent nécessairement un formatage culturel total qui conditionne, de manière indélébile, leur psychologique. Ils sont trop conditionnés pour pouvoir ou savoir être libres. Il s’agit d’un bourrage de crâne qui les aliène durablement et qui les infantilise aussi au lieu de les maturer sur le plan humain. Or c’est justement ce que défend Sébastien Debourg. Selon lui, et c’est classique comme réponse de la part d’un homme qui a été conditionné par le type d’éducation des enfants en cours dans les autres pays dont la France. A l’inverse, une telle éducation est désapprouvée par ses interlocuteurs Arcaniens. Dans un tel cas de figure, rétorquent-ils, « les enfants doivent s’assimiler à leurs parents, les copier, adopter leurs points de vue idéologique, religieux… Une sorte de clonage éducatif. C’est effrayant
-Alors, toi aussi, tu as subi un clonage éducatif ? » lui demande Clisthène »..
Toutefois, ils admettent que l’affection réciproque qui se développe si facilement entre parents et enfants, est très précieuse pour l’équilibre de ces derniers. C’est pourquoi, en Arcanie, les enfants passent en général la plus grande majorité de leur temps avec leurs parents. Néanmoins, une éducation au sein d’une communauté diversifiée est bien meilleure. En effet, sans rotations d’enfants, sans vie ou expériences dans d’autres associations, qu’est-ce qu’on peut savoir précisément des autres, des possibilités qu’ils recèlent ? Comment peut-on connaître, par hypothèse, les différences concrètement et non pas abstraitement ?
Pour expliquer à Sébastien Debourg la richesse de l’expérience des rotations des enfants au sein d’autres familles, les Arcaniens lui racontent la légende suivante : « Il est dit qu’il y a fort longtemps, dans un pays lointain, les amateurs de sauce au vin cessèrent de fréquenter les amateurs de sauce pimentée, que les porteurs d’habits amples se séparèrent des porteurs d’habits ajustés, que les porteurs de cheveux lisses s’opposèrent aux cheveux crépus, lesquels s’opposèrent aux cheveux à bouclettes… Et voilà qu’ils cessèrent d’échanger leurs enfants, puis de partager le thé, puis de se parler et, enfin, de se voir. Alors leur imagination se mit à galoper. Les cheveux lisses imaginèrent des pieds fourchus aux cheveux bouclés ; les amateurs de sauce pimentée crurent que les amateurs de sauce au vin avaient un cœur de cochon ; et les amateurs d’habits ajustés se persuadèrent que les habits amples cachaient des peaux recouvertes d’écailles. A l’ignorance succéda le délire, au délire succéda la peur, puis la haine. Et chacun voulut tuer l’autre, avant qu’il ne le tue. Et jamais plus l’enfer et le massacre ne purent s’arrêter. Il est dit que les cheveux bouclés, puis les amateurs de sauce pimentée, puis les porteurs d’habits amples furent successivement exterminés. Alors, les survivants aux cheveux crépus, amateurs de sauce au vin et d’habits ajustés, seuls au monde virent que, parmi eux certains préféraient les musiques douces et simples, d’autres les musiques rythmées, d’autres encore les musiques symphoniques. Ils décidèrent de se séparer sur cette base. Après quelques années, ces groupes cessèrent de communiquer… » (p.135-136).
« Et la légende dit encore que s’ils avaient partagé le thé, jamais ils n’auraient imaginé les pieds fourchus, de cœur de cochon ni de peaux couvertes d’écailles ».
C’est pourquoi les rotations des enfants est nécessaire et salutaire pour éviter les préjugés puisque le fond de cette légende montre manifestement que les préjugés entre les peuples naissent de l’ignorance des uns et des autres ; de la méconnaissance des uns et des autres. Toutefois, ce n’est pas seulement pour connaître les différences que les transferts sont organisés. Mieux, c’est pour que chaque enfant sache qu’il n’y a pas tellement de différences entre les êtres humains. Sébastien avance l’argument selon lequel il y a en Europe un système similaire qui s’appelle Erasmus. Celui-ci envoie les étudiants de chaque pays pour faire des études universitaires dans d’autres pays. Il permet aux Européens de mieux se connaître et de cesser de se faire la guerre. Toutefois, il faut attendre que les enfants aient atteint une certaine maturité. Mais il y en a très peu par classe d’âge : moins d’1%. En outre, ce système est réservé seulement aux étudiants ; ce qui exclut ceux qui ne font pas des études supérieures ou universitaires.
Alors, les Arcaniens s’emploient à lui expliquer toute la différence avec leur rotation des enfants de la manière suivante : « Chez nous {…}, les premiers transferts ont lieu dès le sevrage. Nous sommes convaincus que les petits enfants s’adaptent plus vite et mieux que les plus grands. Jusqu’à l’âge de deux ans, les transferts sont plutôt des sortes d’arrangement entre voisins. Les enfants passent d’un immeuble à l’autre. Les uns gardent les enfants des autres pendant quelques jours, puis c’est autour des autres de rendre la pareille. Ça crée des relations entre voisins et du temps libre pour tout le monde. Parfois, il y a des vieux qui aiment bien ça, qui prennent quelques enfants, même s’ils n’ont plus d’enfants en bas âge d’être échangés. La durée des échanges est de toute manière brève à ces âges. Les enfants reviennent chez leurs parents au moins tous les cinq jours ». (p.138) A ce sujet, des précautions sont prises pour éviter des surprises ou des désagréments par rapport aux enfants. En effet, d’ordinaire, avant le premier échange, les parents passent une journée ensemble pour que les enfants s’habituent, parfois un week-end entier. Les petites associations différentes apprennent à se connaître ; et aussi, les parents, d’ailleurs. A partir de l’âge de six ans, le départ en rotation se fait deux fois deux mois dan l’année. Il existe même certaines règles pour que les rotations permettent aux enfants de visiter des contextes communautaires et culturels diversifiés et éloignés de ceux de leurs associations d’origine. On favorise les différences linguistiques (c’est ce qui explique que tout le monde parle plusieurs langues dans ce pays), philosophiques, religieuses, voire les écarts de catégories socioprofessionnelles. Il en résulte que les enfants sont plus ouverts au monde humain dans sa diversité et dans sa multiplicité mieux que partout ailleurs dans le monde. En outre, ces transferts favorisent grandement l’épanouissement sexuel des parents du fait d’être éloignés quelque temps de leurs enfants. Ils ont alors tout loisir de vivre comme au temps de leurs premières amours et de se livrer à une activité sexuelle sans limite.
Avec un tel système de rotation des enfants, c’est avantageux pour les enfants à tous points de vue. On sait qu’il y a davantage de violences des parents sur leurs propres enfants que sur les enfants des autres. Les enfants en souffrance voient la vie des autres et ils peuvent comparer. Ceci peut même les aider à se confier à leurs familles d’accueil pour trouver des protections. Ainsi, grâce aux transferts, les enfants maltraités changent plus vite et plus facilement d’associations ; ou même de parents. Mieux, à partie de 7 ou 8 ans, « les enfants organisent eux-mêmes leurs rotations… C’est une grande activité dans les cours d’école sur les sites de rencontre dédiés. On vérifie juste la proximité des âges et la diversité des milieux d’origine. A défaut d’accord entre enfants, ou bien s’ils demandent des transferts dans des milieux jugés insuffisamment hétérogènes, on procède à un tirage au sort. On trie les noms des familles qui se ressemblent, de par leur niveau de richesse, leur appartenance associative, idéelle, culturelle, leur langue principale… Et on tire les échanges au hasard, en mélangeant le plus possible ». Dès lors, la sécurité, le bien-être, le confort des enfants est la grande préoccupation de la société dans ce système de rotations des enfants. Car une enfance réussie permet de tester une dizaine de modes de vie.
En définitive, les échanges sont un succès à plusieurs niveaux. Car les familles en tirent des occasions d’échanger entre les mêmes familles. Ils créent une régularité et même des sortes de cousins issus d’autres cultures ou d’autres milieux. C’est en ce sens que de nombreuses familles organisent entre elles des échanges ou des mises en commun sur de bien plus longues périodes que les minima imposés. Somme toute, il y a même des districts qui prêtent des appartements plus grands pour recevoir ces groupes d’enfants ou de familles.
3) Le fonctionnement des menues monnaies et de la Banque Centrale
En misarchie, l’une des curiosités qui a impressionné Sébastien Debourg réside dans le fait que le pays a supprimé les traces d’argent liquide. Tel est le sens des échanges ci-dessous entre lui et ses interlocuteurs.
-« Vous avez supprimé l’argent liquide mais, si j’ai bien compris, vous avez gardé une sorte d’unité de compte. Je veux dire vous n’avez pas supprimé la monnaie.
-Bien sûr que non ! sourit Clisthène. On a des comptes de Caisse.
– … En 1955, la monnaie été supprimé dans toute l’Arcanie, à la suite d’une grande votation » Avant cette institution, diverses expériences de mode d’achats et de ventes ont été effectuées. C’est le cas de la carte à puce, puis les petites boules sculptées de différentes tailles correspondant à des valeurs convenues. Mais, comme l’explique l’un de ses interlocuteurs, l’expériences des petites boules a été désastreuse. Et c’est le souvenir du temps de celles-ci qui fait craindre aux habitants d’Arcanie toutes les monnaies matérielles en pièces ou en billets. La raison d’un tel effroi est la suivante : « Les boules pouvaient se transmettre dans la plus grande discrétion. C’était devenu totalement incontrôlable. Des organisations criminelles s’étaient développées, des fortunes colossales se faisaient sans qu’aucun impôt ne soit payé ; les chefs de gangues, les politiques, les hommes d’affaires, tous les puissants s’échangeaient des valises de boules ». C’est pour cette raison qu’ils appellent les bigors des « boules » à titre de raillerie et comme un terme tiré de l’argot. Car les « bigorneaux », soit des petits coquillages, ont servi pendant quelque temps de monnaie d’échange. Toutefois, ceux-ci ont fini par disparaître pour deux raisons majeures. D’une part, la surpêche a vite épuisé ces coquillages. D’autre parte, en raison de leur fragilité, ils s’usaient vite par les échanges au quotidien. Aussi, ils ont fini par tout supprimer en 1973 et ils ont fait le choix de la monnaie électronique.
Telle est la raison pour laquelle Clisthène invite Sébastien Debourg à brûler les billets d’euros qu’il avait encore sur lui. En réfléchissant à leur horreur de l’argent liquide, Il en arrive à la conclusion suivante : « Ces gens ont une monnaie, c’est déjà ça. Mais ne pas pouvoir la toucher, ne plus entendre le doux bruissement des billets, le poids des pièces dans la poche, ce ne doit pas être très agréable. Je réalise soudain que cela signifie aussi que les opérations sont visibles, transparentes. Le banquier sait tout. Déjà, en France, avec la généralisation des paiements par carte, cela a commencé. Mais là, ils ont dépassé les bornes. Plus aucune dépense secrète, invisible… J’en frisonne » (p.87). Tout ce système repose sur la Caisse Centrale qui sait et contrôle toutes les opérations (ventes, achats, bref toutes sortes de transactions).
Les transactions dans les communautés, de quelque taille que ce soit se passent tout aussi bien.. En effet, de manière générale, les comptes des communautés sont remis à zéro de manière régulière. Ainsi, à la confrérie ou Sébastien Debourg a été reçu, la réinitialisation des comptes est trimestrielle. On admet la possibilité plus durable d’accumulation. Mais la durée maximale est d’un an. Et l’on veille à ce que les comptes communautaires soient bénéficiaires. Ceci s’explique par le fait que les membres d’une association donnent plus à celle-ci qu’ils ‘en reçoivent. D’autant plus que dans certains systèmes, ceux qui font des bénéfices réguliers reçoivent de petites récompenses symboliques. Au terme d’une année, les déficitaires organisent une grande fête où ils invitent les bénéficiaires pour solder symboliquement les comptes.
Quand il s’est agi pour Sébastien Debourg de s’accorder avec les modes de transactions et d’échanges du pays, il est fort étonné du processus qui le normalise, comme il l’explique :
-« Ca y est, tu as ton compte de Caisse !{lui fait remarquer Clisthène} ! Tu vas pouvoir te débrouiller ». Un compte ? Je n’ai même pas montré la carte d’identité, ni signé quoi que ce soit. On m’a juste flashé, mesuré, enregistré. Je me sens à la fois atteint dans mon corps et choqué par l’absence d’écrits en bonne et due forme ». Tel est la raison du difficile changement de nous tous : nous sommes conditionnés à nous sentir à l’aise et en sécurité dans nos habitudes culturelles. La nouveauté nous effraie, parce qu’elle nous demande des efforts alors que notre état naturel paresseux nous incline toujours à rester dans notre confort de ne rien changer à notre mode d’existence.
4– Nehushtän
Puisque la liberté sexuelle est un principe fondamental (nul ne peut contraindre autrui à faire l’amour avec lui, nul ne peut juger le comportement ou les mœurs sexuels d’autrui), Sébastien Debourg a expérimenté les déconvenues de cette liberté sexuelle en voulant s’attacher à Clisthène. Il se rend compte de ce fait à ses dépens dès la fin du voyage qui les a conduits à Nehushtän. En effet, Clisthène, dont il est follement amoureux, a rencontré un beau planchiste dans le car. Alors, elle décida d’aller avec lui en abandonnant Sébastien Debourg à son sort dans un pays, voire une ville inconnue de lui. Puisqu’il est toujours prisonnier de ses croyances culturelles, il est désemparé par une telle conduite désinvolte vis-à-vis de lui. Il la juge même scandaleuse. Heureusement, la population est d’emblée sympathique, accueillante et bienveillante envers les uns et les autres, y compris les étrangers comme lui, ce brusque abandon en plein cœur d’une grande ville a été une aubaine pour lui. Car il va devoir tout apprendre par lui-même. Entre autres réalités, il va découvrir le fait que l’argent (la circulation de la liquidité dans les transactions) est interdit dans tous les genres d’échanges. Toutefois, en lieu et place, il y a « la flashette » par laquelle, d’ailleurs, il apprendra que la date de son possible procès est d’ores et déjà fixée pour avoir interrompue la séance d’amour entre une femme de 60 ans et deux adolescents qu’il juge immatures.
Voici comment la flashette est décrite : « L’ergonomie de ces flashettes n’est pas tout à fait la même que celle des smartphones normaux, mais ce n’est pas non plus très différent ». Il se rend alors dans une boutique pour en acquérir pour son usage.
. Le vendeur décroche un ces appareils. Il me dit qu’avec une telle flashette, je peux « vidéocaster », servir et « geeker » tant que je veux. « Idéal pour communautariser » ou pour monter une « artoconf », ajoute -t-il. Comme j’ouvre des yeux ronds, il ajoute que l’appareil permet de surfer sur le Net et que c’est bon un terminal de paiement. Il attend quelques instants, puis il me dit que ça sert à téléphoner. Je suis rassuré ». Grâce aux raccourcis que le vendeur lui a montré sur la page d’accueil, il découvre une carte électronique, avec tous les moyens de transport qui peuvent s’afficher. Un petit lumineux montre la localisation de l’utilisateur. Une couleur jaune indique les lignes de métro, lequel est le « magnéto » parce que c’est monorail en suspension magnétique.
Il est in informé aussi que les services de son procès sont gratuits. Il l’apprend en s’adressant à un avocat qu’on lui avait recommandé.
Lors de sa rencontre avec un avocat, Sébastien Debourg va de surprise en surprise. Toujours aussi aliéné par ses croyances culturelles françaises, il a immédiatement pensé que ce type d’affaires se traite comme en France. D’où le quiproquo entre lui et l’avocat arcanien :
-« Il n’y a pas de souci, ajouté-je, dans mon pays aussi, les avocats préfèrent généralement que leurs clients s’en remettent à eux, en toute confiance
-Cher Monsieur, m’interrompt-il perplexe, nous nous sommes peut-être mal compris.
J’ai cru que vous me proposiez de compléter la rémunération que me versera la maison des avocats, une espèce de contrepartie occulte.
Je crains d’avoir mal compris. Hésitant, je me risque :
-Vous voulez dire… que votre rémunération n’est pas à ma charge ?
-Enfin, Monsieur, vous êtes dans une maison des avocats !
– Et donc je n’ai rien à payer ?
-Encore heureux !
-Ah… Bien, bien. Excusez-moi. En France, les plaignants payent leurs avocats.
C’est autour de Rosin d’être surpris :
-Il faut payer pour être défendu en justice ?
-Naturellement, acquiescé-je.
-Mais enfin, proteste-t-il, et les pauvres comment font-ils ? »
En misarchie, il en est de même concernant les questions de la santé publique et individuelle. En effet, chaque Arcanien verse des cotisations d’assurance à un district global qui est l’Union des districts financeurs de soins. Pour des raisons de solidarité, le montant des cotisations assurantielles est décidé au niveau de toute l’Arcanie, au niveau de l’Union. Fixer et percevoir les cotisations sont quasiment les seules compétences de l’Union. C’est pourquoi l’appartenance à un district de soins n’est pas une adhésion volontaire. Elle est obligatoire dès lors qu’il s’agit de la santé de tous. Car les fonctions solidaires qui assurent l’efficacité d’un droit fondamental, comme le droit à l’éducation, à la communication, à la santé ou à la justice, sont financées par les districts.
Quant aux avocats, les critères de répartition de leurs fonds sont fixés lors de négociations collectives entre avocats et districts judiciables. Puis pour mieux prendre en compte les efforts réels, la complexité des dossiers ou les travaux collectifs, les grandes maisons répartissent les rémunérations individuelles avec d’autres critères choisis par les élus ou les tirés au sort. De manière générale, chaque maison a ses critères. Quand Sébastien Debourg annonce le revenu moyen d’un avocat en France, soit environ soixante-quinze mille euros par an (mais tous les avocats n’ont pas une telle rémunération, loin s’en faut), son avocat Arcanien n’en revint pas. C’est en ce sens qu’il s’écrie :
– « Waouh ! Ça fait rêver. En Arcanie, le revenu moyen des avocats est presque trois fois plus bas… »
La faute de Sébastien Debourg peut être sanctionnée par la réprimande publique. C’est une sanction morale. Mais, cela est, en réalité, une sanction sévère. Il peut aussi être condamné à verser quelque chose au tire du préjudice subi par ses victimes. Mais, pour ce qui le concerne, sa sanction ne devrait pas dépasser quelques centaines de bigors pour préjudice moral ; ou plus si les juges se montrent plus sévères par mauvaise humeur. Car les lois de la misarchie ne plaisantent pas avec l’obligation de respecter autrui. La preuve : certains primo-arrivants, qui voulaient imposer leur mode de vie par la violence, ont fini par être expulsés.
1) Un emploi de temps singulier
L’une des surprises de Sébastien Debourg réside dans le fait d’avoir affaire de jeunes adolescents qui ont un travail normal comme les adultes. Si, en France ou en Europe occidentale, le travail des enfants ou de jeunes adolescents est prohibé, il en est tout autrement en misarchie. Le principe de la liberté des individus est toujours partout valable, c’est-à-dire dans tous les secteurs d’activités. C’est sa surprise qu’il raconte ci-dessous quand il a eu affaire un jeune adolescent, gérant d’un hôtel qu’on lui a recommandé. Droit dans les bottes de ses croyances culturelles qui lui dictent ses réactions les plus ordinaires, il eut tendance à mépriser ou à négliger ce jeune garçon, pourtant attentif à lui rendre service.
-« Que puis-je pour vous ?
-Rien, rien lui répondis-je. Est-ce que tu sais où je peux trouver un responsable. Il faut sonner ?
-Je suis de permanence. A votre service.
Je pense à une blague, mais il a pris un air tellement sérieux que je n’ose pas mettre en doute sa fonction. Je lui demande si je peux conserver la chambre quelque temps, au moins une semaine. Il vérifie quelque chose, m’affirme qu’il n’y a aucun problème. L’adolescent me fait confirmer ma réservation par apposition des phalanges, avec une nonchalance si professionnelle que je ne doute plus de ses fonctions. C’est un signe de barbarie supplémentaire de cette civilisation : les enfants ne sont pas seulement échangés contre leur volonté ou victimes occasionnels de sévices sexuels, ils sont aussi exploités dès leur plus jeune âge. Mais je me souviens de mon procès en cours et je suis décidé à ne plus intervenir pour protéger qui que ce soit dans ce pays »
Dans ses échanges avec ce jeune avec ce jeune garçon, il va de surprise en surprise :
-« Est-ce normal, dans ton pays, de travailler si jeune ?
– Je ne suis pas si jeune, j’ai quatorze ans !
-Dans mon pays, à cet âge-là, on doit aller à l’école.
-Oh oui ! Nous aussi, hélas ! »
Son interlocuteur lui apprend que jusqu’à vingt-cinq ans, on doit étudier au moins douze heures par semaine et qu’après seulement, on fait ce qu’on veut. Dès qu’il aura atteint cet âge, il va n’étudier quelques heures par semaine, pendant au moins quatre ou cinq ans puis il se reposera. Car son travail de deux matinées par semaine, en plus de ses études, l’épuise ; surtout à cause de la mauvaise humeur de certains de ses clients. Contrairement à la France où les enfants restent le plus longtemps possible chez leurs parents et sous la surveillance de ceux-ci, en misarchie les jeunes désirent devenir vite autonomes financièrement afin de prendre un logement personnel pour vivre leur vie en dehors du regard de leurs parents par rapport auxquels ils se sentent libres. Mais il ne peut pas travailler à plein temps à quatorze ans ; ce qui n’est possible qu’a quinze ans. Or, en Arcanie, le plein temps, c’est seize par semaine. Toutefois, les gens peuvent travailler davantage s’ils le désirent. On y arrive par le système des heures supplémentaires. Sébastien lui apprend qu’en France, il en est tout autrement : trente-cinq officiellement. Mais un grand nombre de gens travaillent généralement plus : trente-neuf, voire quarante heures par semaine.
2) Zones urbaines, du sauvage au selfixed
A l’image de toutes les grandes villes du monde, il est impossible de gérer, de manière optimale, l’occupation de l’espace habitable. D’où le débordement de certaines populations dans des endroits qu’ils jugent convenables à leur goût comme espaces où ils peuvent s’installer. En Arcanie, il y en a de toutes sortes. Devant l’étonnement de Sébastien Debourg par rapport à de telles zone quasi insalubre, un habitant entreprend de lui expliquer.
-« D’un geste, Sébastien Debourg lui montre les alentours.
-Tout ça, tout autour.
-Oh ça, me dit-il, c’est une fin de ZOS.
-Une ZOS ?
-Une « zone d’occupation sauvage ». Un endroit où tout le monde peut construire sa cabane.
Toutefois, à Nehushtân, il y a un quota de ZOS dans le registre de la ville. La limitation tient au fait que lorsqu’il ay trop de ZOS, elles dégénèrent en ZOL ou en CLA. En fait, ce sont des sortes de districts. Les ZOL sont des « zones d’occupation libre ». Quant aux CLA, ce sont, en fait des « campings libres autogérés ». Ce sont des habitations précaires du genre tentes-caravanes ou encore des petites baraques en tôles.
S’il y a des zones d’habitations précaires, cela signifie naturellement que, comme partout ailleurs dans le monde, il y a des pauvres et, donc, forcément des mendiants. Mais à Nehushtân, l’on a institué système ingénieux pour apporter de l’aide aux pauvres. C’est un système de versement d’une certaine somme au mois ou à la semaine, selon la générosité des donateurs, comme il est expliqué ci-dessous.
-« Soyez généreux, Sortez au moins votre flashette pour réfléchir.
-Je regarde mon appareil pour découvrir, effaré, que sur l’écran est inscrit : Accord pour verser à M. Léon Dauclot un bigor par mois » , suivi des mentions « oui » et « non ».
Si je pose mon index sur le oui, je devrais vous verser un bigor tous les mois ?
-C’est ça, confirme Dauclot. Je vous en mets deux ? Deux petits bigors mensuels, pour mes enfants ? Pour rester propre ?
-Il appuie rapidement sur sa flashette. Cette fois, la somme demandée sur mon écran est de deux bigors par mois.
-Dites, remarque-je, avec ce système, vous devez pouvoir accumuler pas mal de bigors, non ?
-N’allez pas croire ça, mon bon monsieur. Hélas ! Il y a les pingres qui annulent les versements futurs, dès qu’ils se sont éloignés de cent mètres. Et puis, il y a les regardants, ceux qui mettent « annulation automatique » dès que mon maigre gagne-pain dépasse un plafond qu’ils jugent suffisant. Mais je ne dis pas çca contre vous. Vous êtes pas ce genre, n’est-ce pas ? Allez, vous allez bien me laisser un hebdo, un petit bigor hebdomadaire pour le pauvre monde. Un bel homme comme vous, c’est votre jour de générosité. Un p’tit hebdo ? »
Toutefois, en misarchie, l’on cherche des moyens pour résoudre les problèmes de la pauvreté d’une certaine tranche de la population. Le système d’associations sous ses diverses et nombreuses figures aident à rendre invisible la pauvreté dans toutes les parties du pays, sauf dans la capitale où il y a une nombreuse population. En revanche, l’on n’aime pas du tout les riches appelés les capitalistes. Aussi, ceux qui veulent à tout prix accumuler, s’enrichir, exploiter les autres, ont intérêt à tenter leurs chances ailleurs.
5- Un mode de travail singulier : multiples activés salariées, valorisation de la création d’entreprises sous diverses formes ; rejet du patronat et des capitalistes
1) Vie et initiation aux traditions arcaniennes d’un primo-arrivant en misarchie
En misarchie, l’étranger est pris en charge gratuitement. En fait, cette charge financière provient d’un fonds commun étatique. Mais cette gratuité n’est nullement une aumône : elle doit être compensée par un travail salarié de celui-ci. Puisque les diverses et multiples possibilités de travail s’offrent aux individus en grand nombre, l’on trouve facilement un travail à sa convenance. Cependant, n’importe quel individu peut exercer n’importe quel genre de métier. Car le niveau d’études secondaires ou universitaires, le diplôme universitaire (informaticien, sociologue, scientifique, philosophe, historien, etc.) n’est pas un frein à l’exercice de n’importe quel genre de métier : un universitaire ou un intellectuel peut tout à fait exercer son talent dans les métiers du bâtiment, de l’agriculture, de la pêche, du commerce ou du paramédical.
D’où la surprise de Sébastien Debourg au moment où il s’est mis à chercher du travail. Car tout professeur d’université qu’il est, on lui propose des métiers dits féminisés, comme le démontre le passage ci-dessous :
-« Pourtant, nous avons des emplois disponibles très variés : infirmier, sage-homme, couturier, secrétaire…
-Mais cela ne me convient pas du tout, je vous assure.
-Justement, il faut vous sortir un peu de vos cadres habituels. N’y voyez pas d’offense, mais j’ai bien vu à qui j’avais affaire. Je sais que les métiers que je vous propose sont assez féminisés en dehors de la misarchie. En exercer un pendant quelque temps pourrait vous aider à vous libérer de vos préjugés de genre. Vous êtes primo-arrivant. Je vous assure que cela vous ferait un bien fou. Croyez-moi, j’ai l’habitude. Cela pourrait même vous libérer sexuellement. Pourquoi pas un poste d’entretien dans un hôpital ? C’est un métier qui demande beaucoup d’empathie, qui pourra vous faire ressentir une vraie chaleur humaine et qui ne nécessite qu’une formation assez courte. Je peux vous organiser quelque chose en apprentissage. » (p.252)
En fait, la femme chargée de lui trouver un travail lui fait comprendre le défaut majeur de sa mentalité d’origine en matière de l’exercice d’un travail. Du fait qu’il a été professeur d’université pendant vingt ans l’a fondamentalement formaté, dévoyé, transfiguré psychologiquement et mentalement. En effet, il n’exerce pas un métier, il « est » ce métier de professeur d’université. Tout se passe comme s’il refuse d’avoir le statut, en misarchie, qu’on appelle « transitionnel », soit quelqu’un qui se meut entre deux métiers. Toutefois, elle finit par céder au fait qu’il « est » son métier. Elle sélectionne des académies les plus performantes et les plus dynamiques de la ville afin qu’il puisse choisir lui-même celle qui lui sied le mieux. Il opte pour l’académie Affoué Kouad, qui porte le nom de sa fondatrice. Après l’entretien d’embauche, elle propose des conférences à l’essai ; ce qui lui déplaît aussi, jugeant qu’il est suffisamment compétent et expérimenté pour être professeur à plein temps.
Elle lui propose alors le thème suivant, qui montre bien que les Arcaniens n’ont pas une bonne opinion de l’Occident capitaliste :
– « Pourquoi pas plutôt : « Entre hypocrisie et fiction : les valeurs d’égalité et de liberté en régime capitalo-despotique » ? Comme Sébastien Debourg est ébahi par un tel thème de conférence, elle lui suggère un autre thème :
– « L’animisme dans l’Outre-Occident actuel » ? Ce thème dérive de la manière dont les Arcaniens jugent la vie économique de l’Occident capitaliste.
« On raconte que vous croyez à des esprits régulateurs, qui habitent vos marchés et vos supermarchés. On dit aussi que, selon vos mythes fondateurs, des esprits vivants naissent des organisations, qu’ils prennent possession de l’âme de vos chefs et leur volonté ».
En fait, toutes ces données sur l’Occident résultent des travaux d’un ethnologue de l’académie Affoué Kouad, qui a étudié en immersion en Outre-Occident pendant de longues années. Et ses thèses font autorité en Arcanie en jetant la lumière sur cette parie de la terre. Car leurs savants dans les diverses disciplines sont incapables de s’étudier sous l’angle de l’objectivité. Tout le monde baigne dans l’auto-admiration, la laudation de soi, etc. Selon lui, les Outre-Occidentaux assimilent les organisations de personnes à des êtres vivants, dotés d’une vie propre. Ce serait l’influence directe de leur religion dominante, le catholicisme. Selon cette idéologie religieuse, en effet, l’ensemble des croyants forme un tout vivant, parfaitement analogue à un corps vivant – le corps du Christ. C’est ce qui explique que les autres types d’organisations sont calqués sur ce modèle. Les « entreprises », les « nations », les « familles » seraient traitées comme des sortes de calques de divinités vivantes, dans lesquelles ils se subsument tous. D’ailleurs, Sébastien Debourg reconnaît lui-même que la jurisprudence européenne et américaine la plus récente reconnaît certains droits fondamentaux aux entreprises en tant que telles. Car celles-ci dépassent les individus qui les composent. Donc, elles ont des intérêts, une volonté propre. Or, selon le savant arcanien, une volonté, sans cerveau ni corps s’apparent donc bien à une mystique. Tout se passe comme si le chef d’entreprise exprime l’intérêt et la volonté de l’entreprise, comme le chef de l’État exprime la volonté générale du peuple. En d’autres termes, lorsque le chef parle, ce n’est pas vraiment lui qui parle, mais c’est l’entité supérieure, en laquelle il s’est fondu et dont il est le chef, qui s’exprime.
Au regard de ces croyances des Outre-Occidentaux, l’on propose à Sébastien Debourg un autre thème de conférence : « De la foi abstruse en Outre-Occident » ; ce qui le plonge davantage dans l’embarras.
Les interlocuteurs entreprennent de lui explique le contexte dans lequel le terme d’abstrus est bien approprié. « Nos abstrus pratiquent un art de la divinisation basé sur les mathématiques. Ce sont des sortes des numérologues. A certains coins de la rue, tu trouveras leurs roulottes où, pour quelques bigors, ils te feront tourner de gros ordinateurs pleins de chiffres et te diront la conjoncture future et l’évolution prévisibles des marchés ». Ainsi, en Arcanie, les abstrus sont des « néoclassiques » ou des « économètres ». D’ailleurs, « d’après l’Atlas, les« économètres » ou « abstrus », professeraient une sorte de religion laïque, un peu comme certains bouddhistes. Ils prêcheraient une vision hypostasiée de l’être humain, compris comme rationnel, libéré de toute soumission, de tout dressage, de toute empathie. Une sorte de surhomme à la recherche d’une maximalisation systématique de ses gains, dégagé de ses incohérences, de sa compassion, de ses ignorances et de tout instinct grégaire ». Même si les choses ne se passent pas exactement de la même en Outre-Occident, il n’en demeure pas moins que les abstrus se fondent généralement sur pleins d’hypothèses parfaitement irréalistes en prétendant prédire l’avenir dans le champ de l’économie, qui n’est guère une science mais une matière de spéculation creuse et vaine, voire oiseux.
Ce faisant, l’erreur des abstrus tient au fait qu’ils ont tendance à négliger tous les apports de la psychologie, les habitudes, les obéissances irrationnelles, l’empathie, les réflexes conditionnés. En somme, ils négligent tout presque ou tout de la nature humaine pour ne s’en tenir qu’à leurs prédictions. Tout se passe comme en Grèce antique où aucune décision importante ne peut être prise sans avoir consulté la Pythie. Les décideurs contemporains ne font pas mieux. Ce sont des continuateurs de cette ancienne et puissante tradition. Ils veulent s’assurer de l’oracle des initiés (la Bourse, les sondages, les économistes, etc.). C’est le cas des élites politiques qui, inversement, accordent peu de pouvoir au peuple dont ils demandent pourtant les suffrages pour être élus ou réélus. Elles préfèrent suivre les recommandations ou les prévisions des abstrus puisqu’ils croient en la force magique des devins.
2) Associations de travailleurs, entrepreneurs et golden Shares
En misarchie, il existe diverses figures de manière d’entreprendre. Mais l’exigence du respect de la liberté et de l’égalité individuelles doivent être de rigueur au quotidien. Toutefois, les formes les plus courantes se déclinent en ces termes : « AT » et « GS ». De manière générale, l’association peut être d’usagers, une association de travailleurs (une « AT »), voire une association mixte, qui organise une sorte de partage du pouvoir entre usagers et travailleurs. Toutefois, pour les activités économiques, de production ou de services, les gens organisent le plus souvent en associations de travailleurs ou AT. On trouve dans le secteur économique des « coop » ou « coopératives. Celles-ci visent le juste caractère égalitaire de la répartition du pouvoir. Car parler d’une association de travailleurs égalitaires ou d’une coopérative de travailleurs revient au même. Dans une coop, le pouvoir des travailleurs est réparti selon le principe d’un travailleur égale une voix. L’origine des diverses associations de travailleurs suivant le principe du respecte de la liberté et de l’égalité d’autrui résulte d’une volonté de supprimer tout ce qui peut porter à atteinte à ces deux principes fondateurs de la société arcanienne.
C’est en ce sens qu’on peut comprendre le sens de l’explication suivante : « Au début, les théoriciens ont voulu abolir le patronat et donner tout le pouvoir aux travailleurs, sur une base strictement égalitaire. Mais… ça n’a pas vraiment favorisé la création d’entreprises. Tout le monde n’est pas prêt à mouiller sa chemise pour construire une entreprise, surtout s’il faut la partager dès les premières embauches. Les réalos l’ont très vite emporté. Pour eux, il fallait inciter les gens à créer leurs structures, à se lancer dans la production, dans le commerce… C’est pourquoi ont été fondées, aux côtés des coops, des associations qui peuvent déroger aux principes démocratiques et favoriser les fondateurs ».
Tel est le cas de l’académie de Affoué Kouad où Sébastien Debourg a été embauche pour des conférences à l’essai sur des thèmes relatifs aux données de la vie de son pays d’origine. Son entreprise est qualifiée de « GS ». La « GS ou « Golden Share », c’est la part spéciale, privilégiée, réservée aux fondateurs de l’entreprise et qui leur donne un droit de vote préférentiel. C’est la proportion de droit de vote accordée aux fondateurs d’une entreprise. En effet, le fondateur peut voter plus que les autres membres de son entreprise aux assemblées générales. Dans les petites entreprises, la GS est tellement forte qu’elle devient le parton qui a tout le pouvoir. Ceci a pour effet pervers de nier la démocratie économique. Toutefois, pour éviter de tels abus, qui nuisent à l’égalité, la loi impose qu’après dix ans, le coefficient d’une GS est réduit d’un par an, jusqu’à ce que le vote du fondateur devienne le même que celui de n’importe quel salarié. Ainsi, dans le cas de l’académie de Kouad, qui a été fondée il y a dix ans, au bout de trois ans, la part d’Affoué commencera à décliner.
3) Ce qu’il est advenu du capital : la dette de l’entreprise aux travailleurs (DET)
En Arcanie, on considère une entreprise comme un ensemble de biens matériels et immatériels, mis au service d’un eorganisation, d’un ensemble d’activités humaines. Or la propriété, selon la loi en vigueur en misarchie, d’un bien doit être accordé à celui qui utilise ce bien, selon le principe qui pose : qui use acquiert. Ainsi, les utilisateurs de l’entreprise sont d’abord ses travailleurs. Il est donc logique qu’ils en deviennent les propriétaires. Et le pouvoir est accordé aux seuls travailleurs. Mais ce droit est modulé dans la durée selon qu’ils sont fondateurs, apporteurs de capitaux ou non. L’objectif reste toujours le même : « un travailleur, une voix ». De manière générale, la part de propriété et le droit de vote sont liés. On calcule d’abord le droit de vote auquel un travailleur a droit. Puis on fait en sorte qu’il acquiert une part équivalente de l’entreprise. Ainsi, si un travailleur a droit à un 1% des droits de vote, il devient, à terme, propriétaire de 1% de l’entreprise.
Cette participation à la propriété a une conséquence que l’on explique de la manière suivante : « Chez nous, tout apport s’analyse comme un prêt consenti à l’entreprise. Mais il est vrai que la DET est un peu à part. Les apports faits par des tiers, comme les agences de Caisse ou les particuliers, ne donnent aucun pouvoir sur l’entreprise. Ils ont vocation à être totalement remboursés. Les apports des travailleurs forment la dette de l’entreprise ou DET. Elle a plutôt vocation à être partagée. Les nouveaux travailleurs achètent des parts de la DET aux anciens, jusqu’à ce que l’égalité soit atteinte. Les deux cents mille bigors que j’ai mise dans l’entreprise sont une part de DET que je vais vendre aux autres travailleurs, au fur et à mesure que mon pouvoir sur l’entreprise se réduira » (p.409). Mais les parts de DET ne sont jamais perdues. En effet, si le travailleur démissionne ou s’il est licencié, sa part de DET devra lui être intégralement et immédiatement remboursée. Il récupère alors sa mise. Avec sa participation minimale, le travailleur se sera constitué un patrimoine. En revanche, si les parts d’une entreprise sont régulièrement réévaluées selon sa valeur réelle, les salariés en place peuvent accepter de nouvelles embauches sans difficulté. Car la part qu’ils cèdent aux nouveaux leur sera payée au juste prix, selon sa valeur réelle. En outre, si ces embauches permettent le développement de l’entreprise, cela augmentera la valeur des parts ; ce qui bénéficiera à tous. Donc, en Arcanie, dans les entreprises, on fait toujours en sorte que les bénéfices aillent aux travailleurs. C’est ce qui fait dire aux Arcaniens que le capitalisme a bien été aboli en misarchie, tout en conservant la liberté d’entreprise, l’esprit d’entreprise qui ne vise nullement l’exploitation du travailleur par des dirigeants, des patrons qui ne pensent qu’à s’enrichir et à appauvrir les travailleurs de leurs entreprisses.
4) De l’accueil des migrants
Contrairement aux autres contrées de la terre où l’on fait la chasse aux migrants (ils sont devenus les ennemis N° 1 des États contemporains ; et l’on fait même de leur présence dans un pays un thème privilégié de propagande et de démagogie électorales pour acquérir des pouvoirs : députés, maires, président de la République, etc.), en misarchie, on se désole d’accueillir la partie riche de ces pays. C’est ce qui est souligné dans le passage suivant du livre.
– « Oui. C’est terrible ! Les pays d’où viennent les primo-arrivants perdent leurs habitants les plus dynamiques. Nous ne sommes pas fiers de prendre ainsi la richesse humaine des autres ». Certes, Sébastien Debourg insiste sur le fait que le flux massif des primo-arrivants devraient poser un problème de logement, comme partout ailleurs. Ils résolvent ce problème en permettant leur installation dans des ZOS (Zones d’occupation sauvage), qui sont insuffisamment équipés et peu confortables, reconnaît-on. Néanmoins, ils nuancent aussi ce fait en faisant remarquer :
-« Heureusement, cette période transitoire est généralement courte. Et pour tous ceux qui le souhaitent, il y a toujours des places d’hôtel Cheap. C’est un spartiate, bien sûr. Mais avec le pécule d’arrivée, on peut tenir assez longtemps. Et heureusement qu’il y a des primo-arrivants pour faire de la mixité sociale et du dynamisme dans les Cheap. Laisser les no-life et les addictions entre eux, ça pourrait vite les enfermer dans des sortes de ghettos… » (p. 466).
Comme Sébastien Debourg semble obsédé par le problème des migrants, comme s’il se trouve encore en France où l’on nous bassine les oreilles à longueur de journée, via les élites politiques qui n’ont pas, apparemment, d’autres os à ronger, d’autres problèmes cruciaux du peuple à résoudre que le sempiternel thème de l’immigration, les Arcaniens s’emploient à lui éclairer l’intelligence aliénée par ses croyances culturelles, de la manière dont les choses se passent sur ce point. Selon eux, les sommes consacrées à l’accueil des populations migrantes sont vites récupérées. En effet « Les immigrants sont des personnes qui ont été capables de tout quitter, parfois de traverser des épreuves terribles, pour changer de vie. C’est une sacrée sélection. L’énergie qu’il faut pour migrer… Nous accueillons l’énergie de ceux qui n’ont rien à perdre et tout à construire. Nous leur devons une part importante de notre richesse. D’ailleurs, si tu regardes un peu l’histoire, tu verras que ce sont les pays d’immigration qui ont toujours concentré les richesses du monde » (p.466). Voici quelques exemples que les Arcaniens lui donnent pour étayer leur vision heureuse et humaniste du monde. Ainsi en est-il de Syracuse, peuplée de colons grecs ayant émigrés ; les villes franches du Moyen-Âge ouvertes à tous les vents pour leur permettre de se développer ; les Etats-Unis construits sur l’énergie de migrants ayant fui la misère, parfois la famine… On dit que la famine en Irlande fut une chance pour l’Amérique ; sans oublier l’exemple français : on sait que Paris a rayonné comme jamais entre les XVIIIe et XIXe siècle, lorsque les misérables du centre de la France sont allés s’y refugier. Et c’est ainsi que sa population a explosé, etc. En misarchie, le principe humaniste fondamental est le suivant : « L’altruisme a ses limites. Nous n’allons tout de même pas fermer nos portes à la richesse humaine qui vient chez nous. Heureusement, certains arrivants renvoient dans leur pays d’origine de l’argent pour aider leurs familles restées sur place. Cela permet une certaine aide au développement de ces pays. C’est toujours ça » (p.467). C’est une bonne leçon d’humanisme et d’accueil de l’Autre pour toutes ces pseudo élites politiques qui vivent et prospèrent toujours sur l’éternel thème de l’immigration, en France, en Europe ou ailleurs dans le monde.
6- La Misarchie comme la figure possible d’une organisation politique de citoyens libres et égaux
1) Considérations générales sur la misarchie
Le principe du mode de vie, de manière générale, des habitants de l’Arcanie est simple : le système sociopolitique général a pour objectif de permettre à chacun de développer librement sa manière propre de vivre. Donc, il y est bien question de la défense d’un certain individualisme. Toutefois, cette modalité d’existence n’empêche nullement le plaisir de vivre avec les autres, comme le choix de vie en communauté, en association, etc. Car « les individus s’assimilent les uns aux autres aux autres, voire à des collectifs, et ils apprécient d’être entourés de leurs semblables. Tous les regroupements communautaires sont donc permis, même ceux qui peuvent paraître un peu extrémistes, comme dans certaines cotex. Cependant encore, au nom de la protection de la paix et de la liberté individuelle, nous avons tout de même fixé certaines limitent de taille aux cotex et nous leur avons imposé quelques fondamentaux » (p. 493). Car en Arcanie, l’on craint la violence des polices et des prisons ; et celle des individus ou encore celle des associations de malfaiteurs. Aussi, comme dans les autres pays de la terre, l’on a conservé une police, des prisons tout en tâchant par divers moyens d’en minimiser la gravité, les dangers et les dérapages. Par ailleurs, on craint, de manière générale, en misarchie le pouvoir et l’oppression des États tout en appréciant certains services gratuits financés par l’impôt. A ce titre, les Arcaniens ont trouvé un certain compromis en maintenant les services gratuits, mais en supprimant l’État pour lui préférer une pluralité de services et la séparation nette des districts collecteurs, des districts financeurs et des pourvoyeurs de service. Ils craignent aussi les bureaucraties à cause de leur pesanteur et de la penchant au despotisme. En ce sens, lorsque c’est possible, les services gratuits ou subventionnés sont réalisés par des prestataires autonomes mis en concurrence.
En matière économique, leur innovation et leur ingéniosité sont remarquables et fidèles à leurs principes fondamentaux de liberté et d’égalité des individus. En effet, ils ne croient pas à l’efficacité des pseudo-lois de l’offre et de la demande (ce sont des croyances) pour fixer leurs prix. Il en est de même de la fixation autoritaire des prix par une autorité quelconque. Dès lors, l’on laisse les entreprises fixer elles-mêmes leurs prix. Certes, ceci revient à laisser faire le marché, même s’il est inefficace. Toutefois, ils ont mis en place toutes sortes de mécanismes correcteurs. Par exemple, ils favorisent les négociations entre associations d’usager ou de consommateurs et les associations de producteurs.
2) Des élections
Les élections sont-elles, dans tous les pays où la démocratie a cours, suivant l’adage populaire, « des pièges à cons ! » En misarchie aussi, il y a des élections dont Sébastien Debourg et Affoué, sa nouvelles patronne débattent. Selon celle-ci, il ne peut pas y avoir de révolution misarchiste sans remporter la légitimité électorale. Un coup de force armée peut permettre de renverser la semi-démocratie, mais il conduit au despotisme. Donc, il faut conquérir la légitimité des urnes, tout en sachant qu’elle ne suffit pas à changer la nature des choses. Car une poignée d’élus ne peut pas transformer les choses. Au fond, la misarchie a toujours été l’aboutissement de mouvements sociaux, populaires, économiques, intellectuels, culturels même. Autrement, et de manière générale, les élus ont un penchant à trahir la confiance de leurs électeurs. Car ils sont vite corrompus par le pouvoir.
En misarchie, dans le cas des élections qui ont lieu pendant le séjour de Sébastian Debourg, tout est prêt pour bouleverser les événements si un autre parti que celui agréé par la plus grande majorité des Arcaniens gagne les élections. En effet, ils vont déclencher la grève générale en invitant tout le monde à descendre dans la rue. Les nouveaux élus ne pourront, donc, pas trahir, même s’ils le voulaient, puisqu’ils seraient auparavant éconduits par la révolte du peuple. Le programme devra être respecté. Et dans cent jours, la misarchie sera mise en place.
Puisque le parti de la misarchie l’a largement emporté, leur chef tient un discours qui mérite d’être mentionné et dont voici l’essentiel : « Environ 43% de nos concitoyens ont voté aujourd’hui contre notre mouvement. Ces concitoyens n’ont jamais été nos ennemis. Aujourd’hui, ils ne sont même plus nos adversaires. Par la misarchie, le pouvoir leur sera remis, comme il le sera à tous. Ils sont les habitants de nos districts, les sociétaires de nos associations. Ils sont nos frères et nos no sœurs, égaux et libres. Leurs différences et leurs opinions seront partout respectées, comme toutes les différences et toutes les opinions. L’exploitation capitaliste et l’État-nation vont disparaître, dans le respect de la sécurité pour tous. Aujourd’hui, je ne remercie pas ceux qui ont voté pour nous, car ils ont voté pour eux. Mes remerciements vont aux services d’ordre de la coalition et aux services de police, déployés partout en Alterbriie pour maintenir la force du droit. Ils sont et seront nos premiers remparts contre les milices réactionnaires et les mafias capitalistes. Vive la liberté ! Vive l’égalité ! Vive la révoltions misarchiste ! » (p.517-518).
III – Nécessité de créer une Intelligentsia unie des États (I.U.E) pour éclairer cette zone obscure du pouvoir de domination des peuples par les pouvoirs politiques exécutifs
Il faut rêver, pour mettre un terme à cette malheureuse et douloureuse comédie humaine sur la scène des États et des pays, il faut que les peuples s’accordent, malgré la possible hostilité des élites politiques et économico-financières, sur la création d’une assemblée planétaire des membres éclairés des peuples qu’on pourrait appeler, par exemple, l’Intelligentsia unie des États (I.U.E). D’autant plus que la terre des Humains traverse, après le siècle des horreurs innommables précédent, est encore en situation d’inclination vers des désastres pires que tout ce qui précède. On le voit au fait qu’avec l’avènement des ploutocraties contemporaines, le droit naturel pur et aveugle s’impose progressivement par rapport aux droits internationaux institués. Les ploutocrates ont rendu inefficaces les fonctionnements des Organisations internationales d’équilibre précaire, comme l’ONU. Celle-ci est désormais réduite au même rang d’inaction et d’incapacité que son ancêtre, en l’occurrence, la Société des Nations (SDN ou SdN). Elle était bien une organisation internationale, qui avait été établie par le traité de Versailles en 1919 pour résoudre les grands problèmes et les grands conflits entre les pays et leurs peuples. Puisqu’elle a été incapable d’y parvenir, elle fut dissoute en 1946. De même, l’état présent de la planète terre est en proie à la domination et à la monstration des soi-disant Grandes puissances qui ne cessent de montrer les muscles les unes autres par l’intermédiaire de leurs quincailleries militaires. Et la fameuse ONU est totalement réduite à l’impuissance. La preuve : de nos jours, dans un état général de non loi ni de droits internationaux, il y a des pays qui agissent comme des États voyous, c’est-à-dire sans respect des droits ni de la souveraineté des autres pays, pourtant, reconnus par l’ONU.
Alors, pourquoi ne pas rêver de l’impossible ? La I.U.E., prendrait la figure de ce que le baron d’Holbach, au dix-huitième siècle, a appelé l’« éthocratie » ou le gouvernement fondé sur la morale. Une telle structure mettrait fin, au niveau de chaque État, au règne des dévots de la courtisanerie ; personnages politiques auxquels il vouait un mépris altier, comme il l’écrit à juste titre : « Ne nous parlez plus de l’abnégation des dévots pour la Divinité, l’abnégation véritable est celle d’un courtisan pour son maître ; voyez comme il s’anéantit en sa présence. Il devient une pure machine, ou plutôt il n’est plus rien : il attend de lui son être. » La philosophie des Lumières juge une telle attitude comme la pire servitude ou servilité dont l’âme humaine est capable. Les dévots politiques s’humilient jusqu’à perdre leur âme, à dissiper leur être. Pour parvenir à cet état de négation de soi, un travail de longue haleine s’avère nécessaire. Car il n’est pas donné à tout le monde d’être un dévot politique et l’analyse de la personnalité de ce genre d’êtres humains est, hélas, universelle et toujours d’actualité, tant qu’il y aura des marionnettes du pouvoir de l’Anneau sanctuarisé. Le philosophe poursuit le portrait des dévots politiques et autres ministres en ces termes : « Et quelle vie de sacrifices permanents : s’éduquer dès son plus jeune âge à vaincre son orgueil et à s’abaisser l’âme. S’attacher à ne jamais avoir d’avis (personnel) pour mieux épouser celui du Prince ; se dresser à ne jamais rien laisser paraître de ses sentiments et des « piqûres » administrées par le maître. »[77]
Contrairement à cette attitude courtisane vile, certains de ces dévots qu’on appelle ministres, suivant les principes du corps politique souverain tel que Rousseau l’a bien pensé, en tant que membres de ce corps, ceux-ci ne sont rien d’autre que ses serviteurs. À ce titre, ils devraient être imprégnés du devoir de servir le mieux possible le peuple, qui est le réel « magister », et non pas le représentant de celui-ci, en l’occurrence le président ou le Premier ministre dans le cadre du fonctionnement des institutions démocratiques européennes. Car le mot « ministre » est défini par Le Littré de la manière suivante : « celui qui est chargé d’une fonction, d’un office ; celui dont on se sert pour l’exécution de quelque chose ». D’un point de vue étymologique, le terme ministre dérive d’un mot latin « minus » soit « inférieur », qui est formé à l’imitation du « magister », c’est-à-dire « maître », soit le peuple souverain en tant que source initiale et légitime du pouvoir politique bien avant sa corruption sous l’impulsion des élites politiques. Donc, ministre signifie « serviteur » avec, parfois, le sens de premier serviteur du peuple, c’est-à-dire de tous les citoyens, par exemple, français et dans le sens des principes de la philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau. D’autant plus que les rédacteurs de la Constitution française de l’an I ou de 1793 – il s’agit de celle qui a été élaborée par la Convention -, instituant un régime républicain, très démocratique et décentralisé, est essentiellement fondée sur les principes politiques du Contrat social de Rousseau. Il a même été adopté par un référendum populaire en juillet 1793.
Donc, et à l’inverse de ces vils êtres, cette instance éthocratique se composerait des êtres de lumière, qui seraient indifférents aux attraits de la chose politique et de toutes sortes d’inclination à défendre des intérêts particuliers d’un clan, d’un peuple, d’un État, même de celui dont ils sont citoyens, d’une communauté ou d’une famille. C’est justement en ce sens qu’ils seraient regardés comme des êtres de lumière. Car l’Intelligentsia unie des États devrait proposer une vision du monde qui, tout en prenant appui sur les réalités et les données contemporaines, proposerait, dans les grandes lignes, la physionomie du futur. Il s’agirait, en d’autres termes, de dessiner la stratégie de demain pour l’ensemble des peuples de la Terre ; d’autant plus que la bonne et intelligente gestion de celle-ci incombe désormais à toute l’humanité présente et future. Et tel est le sens de la remarquable réflexion d’Antoine de Saint-Exupéry, selon laquelle nous n’héritons pas de la terre de nos parents, mais nous l’empruntons à nos enfants[78]. D’ailleurs, dans l’ensemble de son œuvre, ce grand écrivain n’a eu de cesse de prôner une morale du devoir et de l’action fondée sur la croyance en la grandeur éthique de l’être humain.
L’I.U.E serait composée de groupes d’intellectuels alternant tous les cinq ans et ayant le sens de la volonté générale, c’est-à-dire du détachement de la volonté personnelle de tout intérêt particulier. Ils représenteraient tous les continents et seraient au nombre de trois dans les disciplines suivantes : la philosophie, les sciences de la matière, comme la physique (astrophysique et physique quantique) et la biologie ; les sciences humaines, comme la socio-économie et la finance, mais à la seule condition que cette dernière soit désormais considérée comme l’auxiliaire de l’économie réelle, la politologie avec ses deux branches suivantes : les relations internationales et les droits politiques. Tout ceci constituerait un ensemble de douze membres. Ce nombre restreint permettrait plus d’efficacité dans leurs pensées, leurs décisions et leurs actes. La signification fondamentale de leur pensée les inclinerait à se situer toujours dans le sens de l’universel. Au regard de la souveraineté des États, ce serait une instance de proposition ; à moins que les peuples ne décident eux-mêmes d’agir autrement : à savoir de lui conférer un pouvoir supra-étatique de coercition en lui conjoignant un supra-organe de contrainte politique ou de tout autre genre de force légitime. Ce serait aussi la manière pour les peuples, par le choix de cette supra-élite éclairée essentiellement vouée à leur unique service, de se prendre en charge, de s’autogérer et de devenir réellement souverains. Ils se réapproprieraient ainsi le fondement de leur pouvoir que les élites politiques exercent à leur seul profit. Le pouvoir souverain ne leur serait plus étranger, mais réintègrerait leur essence même. Ce serait, en dernier ressort, le moyen d’éviter qu’ils soient, tôt ou tard, sacrifiés, à l’instar des mondes humains passés, sur l’autel des vanités et de la folie des élites politiques et économico-financières. Et si les peuples, dans cette appropriation de leur puissance légitime et souveraine, songeaient à accorder une place éminente aux femmes dans la conduite des affaires, alors le déséquilibre des phénomènes humains impulsé par le pouvoir exclusif du masculin depuis plus de quatre mille ans, rentrerait dans l’ordre ; et retrouverait à nouveau son équilibre. Ceci serait un gage de longévité de la vie humaine sur la terre, d’une part. Surtout, d’autre part, ce serait la manifestation évidente que les membres du genre humaine, à travers toutes ses branches, en soi mortifères, auraient atteint l’état de l’Humanité vertueuse. Autrement, l’apocalypse inaugurée par les œuvres et les artifices du pouvoir masculin se produirait inévitablement et continûment au cours de ce qui resterait encore à vivre comme durée de cette espèce de vivants encombrants pour la Vie et la Santé de la Terre, Mère de tous les Vivants.
Car, au regard de l’histoire de l’espèce humaine, il est vain d’entreprendre la mutation des institutions (politiques, économiques et financières) par la révolution. Celle-ci agit toujours comme de puissantes énergies des eaux qui rompent de grands et solides barrages. Et son effet relève d’une émotion éphémère. La révolution détruit immédiatement tout sur son passage et ne construit rien. À tout le moins, elle édifie laborieusement ce qui a été anéanti. Dans de tels phénomènes humains, les peuples retrouvent, très vite, leurs habitudes ataviques (dépendances, routines, instinct de survie, etc.) et leur besoin incurable de chef et/ou de dominant. Et les élites (politiques, économiques, financières), qui émergent de ces soubresauts de l’histoire, reconstituent, très vite aussi, les choses comme elles étaient auparavant ; et elles s’empressent de construire des forteresses (lois) pour défendre leurs privilèges et leurs intérêts contre les convoitises, les tentatives d’appréhension des peuples. À titre d’exemple, les effets à long terme de la Révolution française de 1789 et de la Révolution soviétique d’octobre 1917 prouvent amplement le sens de nos analyses présentes et le fait qu’il ne faut pas trop croire que les révolutions résoudraient les problèmes de l’humanité ; à moins d’ignorer l’essence de celle-ci, toujours en quête de servitude volontaire. En effet, dans un cas comme dans l’autre, les privilèges que les révolutionnaires avaient abolis ont été transférés à d’autres acteurs politiques. Eux aussi se sont empressés de construire, quasiment à l’identique, le visage des régimes politiques précédents, fondés sur la domination des peuples et l’art de les soumettre à toutes formes de servitude, de les pressurer, de les user au travail pour leur compte exclusif ; comme toujours.
L’un des actes fondateurs de la paix entre les êtres humains consisterait à instaurer une Carte d’identité génétique pour éviter les agressions inutiles des uns contre les autres en vertu de leur supposée origine étrangère dans un “mare nostrum” donné.
PIERRE BAMONY
LYON LE 9 SEPTEMBRE 2025
Texte est destiné à la publication si un éditeur y est intéressé
[1] L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[2] C’est nous qui soulignons ce passage pour montrer la force de l’habitus qui domine et pèse, ici et maintenant, sur la conscience du genre humain. Il remplit tout le champ de sa perception, de sa vision des choses ; et il ne peut faire autrement que de se soumettre aux exigences de l’impératif du vivre.
[3] La raison dans l’histoire, (UGE. Coll. 10/18, Paris, p. 35)
[4] De l’Impuissance du Puissant– Acheminement vers les causes réelles de l’extinction du genre humain (Editions Universitaires Européennes, Londres, Berlin, 2023)
[5] In Pierre Bamony : Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre Tome 2 – La malédiction du pouvoir politique- Quel avenir pour les peuples de demain ?
[6] Suétone : Vie des douze Césars (Gallimard, Coll. « Folio », Paris 1976, p.332)
[7] J.R.R.Tolkien : Le Seigneur des Anneaux, tome I. La communauté de l’Anneau (Edit. Gallimard, Paris 2002, p.103)
[8] Calliclès, disciple de Gorgias, dans l’ouvrage de Platon du même nom, défend la thèse que l’homme de pouvoir doit se livrer à tous les plaisirs sans retenue. Il doit même laisser libre cours à l’épanchement de tous ses désirs et les satisfaire sans exception. Tel est l’heureux sort dévolu aux êtres humains nobles. Suivant la portée de cette thèse, la tempérance, prônée par Socrate comme la condition du bonheur en ce monde, paraît incongrue par rapport à l’éthique des âmes bien nées. C’est en ce sens qu’il déclare : « Pour ceux qui ont eu la chance de naître fils de roi, ou que la nature a faits capables de conquérir un commandement, une tyrannie, une souveraineté, peut-il y avoir véritablement quelque chose de plus honteux et de plus funeste que la tempérance ? Tandis qu’il leur est loisible de jouir des biens de la vie sans que personne ne les en empêche, ils s’imposeraient eux-mêmes pour maîtres la loi, les propos, les censures de la foule ! … Et cela, quand ils sont les maîtres de leur propre cité ? « (Garnier Flammarion, Paris 1967, p.p.237-238)
[9] Entités issues des mondes dits parallèles In L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[10] In L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[11] Le livre de Sébastien Bohler (Le bug humain : pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher Paris, Robert Laffont 2019, 267 p) est fort instructif sur ces données de l’existence humaine.
[12] Ibidem
[13] In L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[14] In Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[15] In -Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[16] Ibidem
[17] Il suffit de se reporter aux complaintes du Sequoia représentant les arbres contre le genre humain et les ravages de ses membres dans le règne Végétal. A l’origine, quand ce genre de vivants était encore faible, courant le risque de l’extermination presque – nous l’assurons -, c’étaient les arbres qui les recueillaient dans leurs seins et dans les épaisses ombres de leurs immenses branches. Leur sang coule toujours dans leurs racines. C’est pourquoi le Végétal, seul, est la source de leur équilibre mental – la sérénité -, et de leur salvation. (In L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[18] La guerre des dieux orientaux et les raisons du triomphe de Yahvé en ce monde (Texte inédit)
[19] In Pierre Bamony : De l’Impuissance du Puissant– Acheminement vers les causes réelles de l’extinction du genre humain (Editions Universitaires Européennes, Londres, Berlin, 2023)
[20] ( Atelier Recto Verso, Lyon , 2009)
[21] In Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[22] Ibidem
[23] In L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[24] Ibidem.
[25] Friedrich Hayek : Droit, législation et liberté (PUF, Coll. « Quadrige », Paris 1995, p. 118)
[26] In Wikipédia https://fr.wikipedia.org › wiki › Quatrième_République…
[27] Discours de la méthode suivi des Méditations métaphysiques, Première partie – (U.G.E, coll. « 10-18 », Paris 1951)
[28] Le sommeil et le rêve (O. Jacob, coll. « Points », Paris 1992, p.123)
[29] Si l’on prend le cas de l’actuel président américain, M. Barack Obama, on comprend tout à fait le sens de mes analyses. Celui-ci tente de proposer une autre forme de gouvernement fondé sur la compréhension des peuples américains, d’humaniser la fonction présidentielle mue essentiellement et depuis longtemps, c’est-à-dire depuis la naissance de cet ensemble d’Etats au XVIIIe siècle (La Déclaration d’indépendance est ce texte politique par lequel les Treize Colonies britanniques d’Amérique du Nord ont fait sécession par rapport au Royaume-Uni, le 4 juillet 1776, qui est aussi fondateur de la naissance de ce pays) par la violence et la volonté de puissance dominatrice. Une frange de la population américaine, qui n’y est guère habituée-la lie de l’humanité- est désemparée et réclame le retour à la gouvernance virile qui la soumet, l’humilie, la spolie, la ruine même sans réaction aucune de sa part. La forme de gouvernance, qui lui sied davantage, s’apparente à celle de George W. Bush, qui a passé son double mandat à se jouer de la naïveté de son peuple, à le faire rêver par des fantasmes de domination de toute la terre par l’Amérique, comme si celle-ci était encore une zone vierge à coloniser.
[30] Garnier Flammarion, Paris, 1983, p. 134.
[31] Entretiens – Lettres à Lucilius – Préface de Paul Veyne – (Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris 1993)
[32] Même des individus de haut niveau intellectuel peuvent être classés dans la lie de l’humanité, dès lors que les préjugés de toute nature (religieux, « raciaux», de milieux ou statuts) en viennent à gouverner toute la conscience. Alors, ils sont conduits à faire preuve d’intolérance, de violence, de fanatisme, d’aveuglement et d’obscurantisme dans leur comportement, leurs opinions, leurs actes vis-à-vis d’autrui. Et tels sont les individus de la lie humaine les plus dangereux, les plus insensibles à la bonne intelligence mutuelle entre particuliers.
[33] De la vie heureuse, IX, 3, p.239 in Entretiens – Lettres à Lucilius
[34] La solitude du mutant- Eloge de la biculture (Grenoble, Thot, 2001, 426 p)
[35] Au cours de ce même siècle, il y a eu en Allemagne une autre grande figure d’un enfant noir qui a été professeur de philosophie pendant des années dans trois universités allemandes, soit Halle, Iéna, Wurtemberg. Il fut le deuxième plus grand philosophe africain après Saint Augustin. (In Simon Mougnol : Afer Amo – Un Noir, professeur d’université en Allemagne au XVIIIe siècle – L’Harmattan, coll. « Logique-sciences-Philosophie des sciences », Paris 2010)
[36] IN Dieudonné Gnammankou : Abraham Hanibal – l’aïeul noir de Pouchkine – (Présence Africaine, Paris 1996)
[37] Françoise Chandernagor : L’Allée du Roi (Julliard, paris 1993) et Frédéric Couderc : Prince Ebène (Presses de la Renaissance, Paris 2003)
[38] Claude Ribbbe : Le Chevalier de Saint-George (Perrin, Paris 2004)
[39] Alpern B. Stanley (2014) : Les Amazones de la Sparte noire – Les femmes guerrières de l’ancien royaume du Dahomey– (L’Harmattan, Paris)
[40] En réalité, il en est tout autrement des dimensions réelles de ce contient. Car sur une carte basée sur la projection de Mercator, comme Google Maps, la Russie apparaît beaucoup plus étendue que l’Afrique, alors qu’elle est en réalité près de deux fois moins grande (17,1 millions de km², contre 30,4 millions de km² pour le continent africain. Autant dire que celui-ci peut contenir à la fois les Etats-Unis d’Amérique (9,867 km2), la Chine (9600000 km2, selon l’ONU) et de l’Europe de l’Ouest (2 270 714 km2). Il n’en demeure pas moins que l’on continue de maintenir, malgré tout, cette fausse représentation géographique de la planète terre.
[41] Ces Noirs qui ont fait la France (Calmann-lévy, Paris 2009)
[42] Raffael Scheck : Une saison noire – L’armée allemande et le massacre des soldats noirs – Mai-Juin 1940 (Tallandier, Paris 2006). C’est, selon cet historien états-unien, surtout à l’approche du triomphe dans Nazis, avec A. Hitler et sa propagande haineuse envers les Juifs et les Noirs, que l’on n’a pas hésité à les tuer partout où ils séjournaient sur le sol français. Pourtant, c’étaient des volontaires ou des mercenaires engagés dans les armées françaises. Drôle de reconnaissance d’un pays pour certains de ses soldats – noirs – du fait qu’ils étaient noirs !
[43]Histoire de l’Afrique contemporaine – De la Deuxième Guerre Mondiale à nos jours, (Payot, Paris, 1978).
[44] Puisque la notion de « race » n’existe pas chez le genre humain, il a été amené à corriger le terme « racisme » en cours chez tous les peuples de la terre. On peut le traduire par la posture mentale d’un individu qui souffre de la présence ou de la proximité d’un autre humain différent de lui. (In Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024).
[45] On voit bien, ici, les invraisemblances de ce livre que l’on prétend qu’il serait révélé par un dieu quelconque et dont le monde de la sphère de l’influence du judaïsme et des religions qu’il a secrétées regarde comme une vérité sans contestation possible. En effet, on appelle Cham, fils de Noé, du nom d’un territoire qui deviendrait la terre promise par le dieu des Hébreux. Cette même terre, attachée au destin de Cham le maudit, devient une terre de malédiction destiné à être soumise à l’esclavage perpétuel, etc.
[46] Cette terre, qui correspondrait aujourd’hui à la Palestine, n’a rien à voir avec les Noirs du continent africain. Ce qui démontre le mensonge de cette fable tient au fait que les Hébreux, autrefois, aujourd’hui, les Juifs ne reconnaissent nullement les Noirs comme étant descendants d’un quelconque personnage biblique, comme Noé. Autrement, ils bénéficieraient du même culte de la sacralité du sang de la mère qui, seul, confère la judaïté à un être humain.
[47] La Bible de Jérusalem, (Desclee de Brouwer, Paris, 1975, Genèse 9-22 à 27)
[48] Histoire de l’Afrique noire – D’hier à Demain – (Hatier, Paris 1978, p.218)
[49] In Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[50] Le Savant a réfuté ce genre d’argutie dans un lumineux ouvrage que peu de gens lisent, hélas, pour s’instruire par rapport aux mensonges des propagandes politiques. Hervé Le Bras : Il n’y a pas de grand remplacement (Grasset, Paris 2022)
[51] Bio-anthropologie de la sexualité
Première Partie
– Au cœur de la question de l’homosexualité : entre nature, controverses et théologie de la christophanie
Suivi de la deuxième Partie
Bio-anthropologie de l’hédonisme féminin : le passage de la polyandrie à la polyandrogynie est-elle conforme aux lois de la vie ? (Edilivre avril 2014)
[52] In Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[53] In Pierre Bamony : Bio-anthropologie de la sexualité – Homosexualité et Hédonisme féminin – (Edilivre, Paris 2014)
[54] Hervé Le Bras : Il n’y a pas de race blanche (Grasset, Paris 2025)
[55] In https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/22/allemagne-deux-morts-dans-une-attaque-au-couteau-a-aschaffenbourg-un-suspect-arrete_6510163_3210.html
[56]https://www.la-croix.com/Monde/Trois-blesses-Londres-attaque-terroriste-assaillant-tue-2020-02-02-1301075894
[57]https://www.la-croix.com/international/royaume-uni-charles-iii-sort-de-son-silence-pour-denoncer-les-violences-et-appeler-a-l-unite-20240810
[58] Essais (Gallimard, Paris, 1957)
[59] Denis Guedj : Le théorème du Perroquet (Seuil, Paris, 1998, p.79)
[60] « Le Canard enchaîné »- mercredi 2 juillet 2025.
[61] De l’Impuissance du Puissant– Acheminement vers les causes réelles de l’extinction du genre humain (Editions Universitaires Européennes, Londres, Berlin, 2023)
[62] Il y a une nuance à apporter ici : cette guerre d’extermination est le seul fait du masculin. La part du féminin y est infiniment moindre.
[63] Bryan Sykes : La malédiction d’Adam – Un futur sans hommes. (Albin Michel, Paris 2004, p.159).
[64] Nous avons longuement conduit une réfutation de cette de l’histoire masculine dans un précédent ouvrage (In Pierre Bamony : Eve, Filles d’Eve : le Féminin intemporel- Vanité du soi-disant sexe fort- (Paris, Thélès, janvier 2008, 264 p.)
[65] La Nouvelle Bible déchiffrée – Manuel biblique pour tous – (Edit.L-IB, Valence – France, p.52)
[66] On a l’impression d’assister à un joyeux jaillissement des phénomènes dans le firmament muet ; une surabondance, une plénitude d’être, une béatitude qui se plait à jeter de la beauté dans l’univers et par lequel il y a absolument commencement du Temps et de l’Espace, selon la pensée commune.
[67] L’un des fonds essentiels de ce savoir consiste, pour le couple, à prendre conscience de soi comme pouvant accéder à la liberté dont il ignorait auparavant le sens. En effet, intrinsèquement et originellement, l’Homme n’est pas libre. La liberté n’est pas première en lui ou alors ce serait une liberté dans le bien, ce qui n’est pas encore véritablement liberté. A l’origine, elle est encore de l’ordre de l’hypothétique. Elle ne devient effective, ne passe de la simple puissance au stade de l’acte qu’à partir de l’interdiction divine et de la violation de celle-ci par le couple humain. Dans son Commentaire sur la Torah (Verdier, Lagrasse 1987), le théologien Juif Jacob Ben Isaac Achkenazi De Janow permet une telle interprétation, comme il l’écrit à juste titre « Les anges, eux non plus, n’ont pas le pouvoir de faire ce que bon leur semble ; ils sont pure intelligence et penchant au bien : ils sont forcés d’être bons. Etant donné qu’aucune créature au monde ne peut faire ce qu’elle veut, Elohim a voulu créer une créature qui puisse agir comme elle le désire. En cela, l’homme est semblable au Saint, béni soit-Il, qui peut faire ce que bon Lui semble. Avant de goûter à l’arbre de la connaissance, l’homme pouvait faire ce qu’il voulait, mais sa nature le poussait à faire le bien et non le mal. Aussitôt après avoir goûté l’arbre de la connaissance, il a commencé à faire le bien et le mal. Pour cette raison, l’arbre s’appelle l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Et c’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, n’a dit d’aucune créature qu’elle soit créée à son image, excepté l’homme, au sujet duquel il est écrit : « Créons l’homme à notre image »-Gen 1 :26-)(p.48).
[68] Pourtant, c’est sur ce personnage que l’histoire masculine va bâtir son idéal. La doctrine religieuse lui confère une personnalité qui n’était pas la sienne, des pouvoirs dont il était dénué. D’où les mensonges du passé, religieux ou non.
[69] « T enfanteras des fils… » est l’exact reflet des croyances traditionnelles des peuples sémites selon lesquelles le fils est le fruit superbe de la procréation. Autrement dit, le scribe prêt à Dieu des intentions et des sentiments anthropomorphiques : Dieu aurait lui-même, comme les peuples sémites, de la préférence pour la prépondérance des fils par rapport aux filles. Il est vrai que le texte du Premier Livre de la Genèse enferme Dieu dans cette préférence en accordant à Adam un rang éminent qu’il ne mérite pas, en réalité.
[70] Diodore de Sicile : Histoire universelle – Trad. Monsieur L’abbé Terrasson de l’Académie française – (Edit. de Bure l’Aîné, Paris MDCC .XXXVII)
[71] Nous avons montré, dans un article, sur les Amazones historiques, qu’il en était ainsi des femmes guerrières du royaume du Dahomey (Afrique de l’Ouest), qu’il s’agit là d’une donnée permanente de l’organisation des Amazones. Il y a comme une volonté inhérente en la personne de ces femmes de surpasser les hommes dans leurs performances propres et les plus outrées. Aussi, et partout où il est question de femmes guerrières, elles s’infligent des formes d’endurance hors-normes. Les guerrières du Dahomey s’imposèrent des entrainements qui les acheminaient vers l’insensibilité par rapport aux pires douleurs, aux pires souffrances. Inversement, elles étaient impitoyables par rapport aux membres du genre masculin. Quand elles en avaient l’occasion, elles n’hésitaient pas les massacrer sauvagement. (In Pierre Bamony : Mythes et légendes des Amazones : des guerrières mythiques à l’histoire des farouches et impitoyables amazones du royaume du Dahomey (Afrique de l’Ouest). Première, deuxième et troisième partie- Sciences-Cerveau-Transversalité des Savoirs humains.
[72] Amazones et femmes de guerre dans l’Antiquité (Clermont-Ferrand, Paléo, Coll. « Histoires », 2012)
[73] Les Amazones : mythes, réalités, images (Les Cahiers du GRIF, vol 14,N°1, 1976, p. 10-17)
[74] Ceci milite en faveur de l’idée que la tradition des gardes féminines avait dû se perpétuer au cours de l’histoire des peuples de cette zone.
[75] Diane Ducret : La Chair interdite (Alvin Michel, Paris 2014)
[76] In Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[77] Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans (Allia, Paris 2010)
[78] Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes (Gallimard, Paris 1972)
