La triple immixtion mortifère ou trident des régimes politico-économico-financiers des États contemporains[1]

Statue of Neptune fountain in Bologna Italy against blue sky : symbole de la puissance de tri

       Pour montrer la complicité scandaleuse, depuis les années 1980 environ (du moins en France), des élites politiques et des opérateurs économiques (ce qui signifie la mort de la morale ou de l’éthique en politique[1]), c’est-à-dire l’universalité de l’action politique contemporaine, on peut se référer, à titre d’exemple au prestigieux et fantastique imaginaire religieux hindou. En effet, dans les religions de ce peuple et, en raison du riche panthéon de ses dieux, il y a, entre autres, la figure du Dieu Shiva ou çiva et son trident (trisula). Le trident matérialise les trois fonctions de ce Dieu, lesquelles manifestent la trinité ou triade de son essence. Il s’agit, en l’occurrence, de la création, de la permanence et de la destruction. Ainsi, selon Véronica Ions, l’une des traditions bien connues de l’hindouisme a cristallisé le cycle de la vie, de la mort et de la renaissance en l’élevant à une dimension métaphysique et théologique. En effet, il est « représenté par la grande triade de Brahmâ (le Créateur), de Vishnu (le Conservateur), et de Shiva (le Destructeur) »[2]. Mais, sans insister outre mesure sur cette conception religieuse, qui varie de façon indéfinie selon les pensées et les théologies, on peut porter l’attention sur le trident de Shiva et montrer comment il symbolise le mode de fonctionnement général de notre monde ; c’est-à-dire démontrer quelle est la nature du trident des Etats (le pouvoir exécutif essentiellement) modernes et contemporains.  

      Ainsi, la création ambivalente, novatrice et mortifère à la fois symbolise le monde de la Finance internationale.  Celle-ci n’est rien d’autre qu’une machine infernale qui sert, par essence, à générer des fictions, des illusions de possibles contentements des désirs vains de l’Humanité par l’accumulation du capital et de la chrématistique. Comme cette Finance, déesse éminente du monde contemporain, circule sans cesse entre les mains de quelques possédants, de quelques privilégiés qui en jouissent jusqu’à l’écœurement, en la figure des élites économiques de tous genres, ou en celles des pays les plus riches de la planète, l’essentiel est d’abuser de la naïveté des peuples, qui ont la faiblesse de croire qu’ils pourraient, eux aussi, accéder à cet univers de la puissance de la chrématistique. Et c’est cette croyance, cet espoir immense qui permet à la minorité des privilégiés de continuer à faire montre de son insolence, de sa vanité puérile par rapport aux peuples et aux élites politiques. J’ai déjà eu l’occasion de montrer comment la misère crasse des peuples dits du Sud est, en partie, causée par la volonté et la voracité des pays (Etats) du Nord. Ceci prouve, à l’évidence, que ces derniers Etats trouvent toujours le moyen de s’enrichir sur le dos du pauvre, comme un expédient commode pour résoudre aussi des problèmes d’ordre économiques ou sociaux internes. Il semble, depuis le XIXe siècle, que les Etats occidentaux aient organisé l’exploitation des richesses des pays du Sud, en particulier, africains, de manière maffieuse. Ils constituent même une gigantesque Firme qui, par des discours lénifiants, parviennent à en dormir la conscience des élites politiques et économiques des pays du Sud, lesquelles se sont ainsi vendues à cette Firme, avec leurs peuples respectifs.

     A titre d’exemple de ce procédé d’escroquerie immoral : dans un article intitulé « La France dure d’oreille avec les pays pauvres », « Le canard enchaîné » (mercredi 17 mars 2010-5), s’appuyant sur les résultats d’un livre de Serge Michailof (Notre maison brûle au Sud, Fayard, Paris 2010), analyse le mauvais usage des fameuses « aides » au développement des pays du Sud. Je retiens les deux aspects suivants : d’une part, la France (il s’agit de l’Etat sous sa figure de l’exécutif), entre autres pays du Nord, n’hésite pas à intégrer des remise de dettes  dans son apport financier au développement de ces pays ; ce qui a pour effet de relever substantiellement son niveau de participation à cette « aide », comme le remarque cet article : «  en 2009, la France a inclus une promesse d’annulation des dettes de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo (1,5 milliard d’euros au total) pour gonfler  son budget d’aide aux pays du sud ». D’autre part, en raison des liens malins entre les affairistes français de tous genres, qui sévissent dans les pays africains et les élites politiques franco-africaines, il y a de nombreuses malversations qui rendent impossible la gestion rigoureuse des budgets alloués au développement. L’ensemble se dilue entre les affairistes politico-économiques français et les élites politiques locales.

        Déjà, Sylvie Brunel, dans son ouvrage, Le gaspillage de l’aide publique (Edit. du Seuil, Paris 1993), avait démontré à quel point l’aide de la France aux pays africains a été vaine : elle n’a servi ni au développement de ces pays ni non plus à l’amélioration des conditions de leurs habitants. En effet, sur une aide de 100fr[3] que le Fonds d’aide et de Coopération accordait respectivement à chaque Etat africain, une partie servait à se fournir, en France, des biens d’équipements ; et son taux estimé à 80%. De même, le Trésor français et l’aide multinationale faisaient des prêts à des taux encore plus élevés : les taux du premier se chiffraient à 100% et ceux du second variaient entre 150 et 300%. Et 20% de la supposée « aide » française se diluaient dans des organismes multilatéraux. Ainsi, une grande partie de cette « aide » restait en France sous forme de services, de salaires, d’études (vaines) et se multipliait sous forme de dettes pour les pays destinataires qu’on prétendait aider à se développer suivant le modèle français. D’après l’analyse de cette auteure, du temps de la splendeur de la Coopération technique française dans les pays francophones de l’Afrique noire, celle générait presque 4,9 milliards chaque année. Mais, l’Etat français (l’exécutif) ne dépensait que 3,9 milliards ; le reste étant supporté par les Etats africains pauvres. En effet, selon Sylvie Brunel, l’Etat français récupérait 3,5 milliards sous forme de placements divers, de comptes bancaires, de salaires et de dépenses des coopérants ou « expatriés ».

     Cette manière d’endetter les pays du Sud et, ainsi, de les empêcher de se développer, voire d’accéder à des conditions de vie décentes, même si, au fond, elle est trompeuse, peut prendre une figure plus active, ou volontaire. Ainsi, d’après l’auteur de Notre maison brûle au Sud, que cite « Le canard enchaîné », l’Etat français pousse parfois les pays africains à s’endetter. Et quand on en a tiré un grand bénéfice des remboursements des intérêts de cette dette volontaire, on se montre par après généreux et magnanime, en prétendant annuler la dette des pays en question ; ce qui est une double tromperie. Serge Michailof mentionne le cas de « la participation de la France, en 1980, à un délirant plan qui a durablement endetté ce pays », en l’occurrence, la Côte d’Ivoire. De même plus tard, à propos d’un autre pays africain subsaharien, infiniment plus pauvre que le précédent, cet auteur évoque une « tentative pour endetter lourdement le Niger (…) afin de préempter les recettes que [cet État] allait percevoir de la mise en exploitation de ses mines d’uranium ».

     Ceci dépasse l’entendement si l’on s’en tient à la manière dont l’Etat français[4] continue à dominer les élites politiques africaines contemporaines. La fameuse et monstrueuse Françafrique n’est pas morte pour le grand malheur des peuples africains. Ainsi, une enquête de J.A. (N° 2576 du 23 au 29 mai 2010) aborde la réalité de la nouvelle figure de la Françafrique et « les nouveaux réseaux : Elysée, Quai d’Orsay, business, communicants, blouses blanches et robes noires, francs-maçons… ». « La Françafrique n’est pas morte » conclut ce journal. De même, « Le canard enchaîné » (mercredi 2 juin 2010) revient sur l’engagement non tenu du candidat N. Sarkozy de mettre un terme à cette scabreuse affaire qui empoisonne les relations franco-africaines depuis cinquante ans ; une institution d’un autre temps, comme le remarque cet hebdomadaire : « Pourtant, cette promesse de liquider la Françafrique, sa diplomatie secrète et ses réseaux affairistes d’« autre âge », Sarko l’a bel et bien osée lorsqu’il était candidat à la présidence-Résultat, trois ans après ? Les relations de la France avec le continent noir reposent principalement sur trois hommes. Qui n’incarnent pas une franche rupture avec le post-colonialisme franco-africain. A commencer par Robert Bourgi, fils spirituel et proclamé du peu reluisant Jacques Foccart. Bourgi, conseiller de l’ombre, proche des clans Bongo (Gabon) et Wade (Sénégal), est devenu l’intime de Sarkozy. Deuxième pilier, Claude Guéant, est l’homme des missions délicates, des contacts privilégiés avec certains pays stratégiques : Libye, Angola, Algérie etc. Et avec les patrons des groupes français (Bouygues, Bolloré, Total, Areva) actifs en Afrique. Quant au denier arrivé, Dov Zerah, bombardé à la tête de l’Agence française de développement (AFD), grâce à Bourgi, il fut directeur de cabinet d’un ministre de la coopération très « françafricain », Michel Roussin ».

     Cet attachement des chefs d’État français (De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande) aux charmes de la domination de leurs ex-colonies[5], qui étaient, en fait, des territoires d’occupation, a deux raisons apparentes et une raison réelle qu’on n’avait pas encore décelée. D’abord, au cours des premières années des fameuses et fumeuses indépendances de ces pays, on avait insisté sur le fait que la France avait besoin de ces Etats appendices, qui lui étaient totalement soumis, à la fois pour s’imposer comme une grande nation sur la scène internationale et pour avoir des votes à l’ONU en faveur de ses propositions. Comme les chefs d’Etat subsahariens francophones avaient, eux aussi, besoin du soutien de la France pour exister, l’imbrication des intérêts de l’une et des autres s’était naturellement imposée. On sait, par exemple, que l’Etat français garantissait le maintien au pouvoir de ces chefs d’Etat dépendants et aliénés. Ainsi, les chefs d’Etat du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon etc., ne pouvaient craindre aucun coup d’Etat militaire. L’armée française, qui connaît mieux les points stratégiques de ces pays que les militaires locaux, veillait sur leur sécurité et leur maintien au pouvoir. Et les citoyens de ces contrées étaient constamment écoutés, surveillés par les agents des services secrets à l’Étranger, voire par beaucoup de coopérants ayant le statut d’agents doubles dont toutes les administrations étaient composées. Dès lors, Félix Houphouët-Boigny savait qu’il mourrait au pouvoir, en tant que superbe tête de pont et relais de la politique africaine de la France dans la zone francophone, comme on le disait ; et il n’avait de cesse de le répéter à ses peuples ou à l’intention des prétendants potentiels à sa succession. Il en fut de même d’Omar Odimba Bongo. Senghor du Sénégal est parti de lui-même du pouvoir sans avoir été aucunement inquiété par des coups d’État militaires.

        Ensuite, et « Le canard enchaîné » a eu, à maintes reprises, l’occasion de le souligner, les pays les plus riches de l’Afrique francophone servaient de tiroirs-caisses à des grands partis politiques français. A titre d’exemple, on sait que Félix Houphouët-Boigny, jusqu’à sa mort, fidèle partisan du gaullisme, n’avait pas hésité à financer les campagnes électorales de ce parti. Il en était de même d’Omar Odimba Bongo. D’ailleurs, à l’occasion des élections présidentielles françaises, presque tous les leaders des grands partis, y compris ceux de la gauche[6], même s’ils n’ont jamais été appréciés dans ces pays totalement « droitisés », se rendaient, en ces pays, pour faire la quête. Pourtant ces hommes et leurs partis politiques savaient que de telles transactions ou dons se faisaient au détriment des peuples africains dont les chefs d’État n’ont jamais eu à se soucier. Ainsi, selon le célèbre journaliste Pierre Péan, grand enquêteur et spécialiste de ces questions, dans son ouvrage, Affaires africaines, « … les dons gabonais aux partis politiques français » s’évaluaient au cours des années 1981 « à environ 20 millions de francs. Les chiraquiens en auraient reçu la plus grande part (un peu moins de 10 millions), les giscardiens arriveraient seconds, dépassant d’une courte tête les mitterrandistes… »[7]

      En réalité, au-delà de ces raisons objectives, le fond du problème et de ce scandale permanent réside, me semble-t-il, dans le fait suivant : les chefs d’Etat français (l’exécutif) ne sont pas seulement présidents de la France, mais essentiellement et surtout, chefs d’une vaste zone hors-métropolitaine, en l’occurrence, l’Afrique francophone. Comme les présidents de ces pays sont réduits, somme toute, au rang de gouverneurs de provinces, ils apparaissent, au fond, comme des valets et soumis aux diktats de leur chef commun, le président de la France. Une telle situation de fait confère un plus grand sentiment de jouissance du pouvoir. On sait que le chef de l’Etat français est reçu en ces pays comme un dieu ; et toutes les formes de plaisir sont mises à son service, d’après le regretté Omar Odimba Bongo, qui était au fait de tout sur ce point. C’est ce qui donnait à Jacques Foccart, qui n’était rien du tout sans la domination excessive qu’il exerçait sur les chefs d’Etats africains francophones, l’importance singulière qu’il avait eu jusqu’à sa mort. Même la gauche de Mitterrand n’a pas voulu se passer de ses services (il agissait dans l’ombre pour le compte de l’exécutif de gauche) ; et ainsi, elle a poursuivi de plus belle l’esprit de la Françafrique. Mitterrand pouvait ainsi jouir, pendant ses deux mandats, de la puissance de l’empire français (l’Union française) qu’il voulait absolument conserver. Cette jouissance du pouvoir politique, au-delà des frontières de l’Hexagone, cette volonté d’un Seigneur à décider des affaires de six cents millions d’être humains (la France et ses DO-TOM plus les pays africains francophones) se sont perpétuées telles quelles jusqu’à nos jours.

     Ainsi, et dans ce sens, un article du « Canard enchaîné », à propos de la renaissance et de la persistance de la Françafrique, remarque ceci : « Re-re-bonjour, la Françafrique » (mercredi 16 juin 2010). Dans un autre numéro (mercredi 9 juin 2010), qui illustre bien mon hypothèse présente, s’intitule : « Attaque en piqué de Sarko sur l’Afrique ». Cet hebdomadaire analyse comment le président français se montre grand seigneur par rapport à des hommes qui devraient être ses homologues et qui, au fond, ne sont guère que des subordonnés, puisqu’il gère leurs affaires à leur place ; ou du moins, cet hebdomadaire se livre avec délectation à un examen critique de ce que sont leurs régimes politiques respectifs et de qu’ils sont eux-mêmes, en réalité ; c’est-à-dire peu de choses. « Le canard enchaîné » (mercredi 9 juin 2010) rapporte les faits suivants : « Le sommet Afrique-France de Nice des 31 mai et 1er juin n’aurait pas été complet sans un numéro de Sarko en privé […] Le président s’est livré à un exercice de tir au pigeon sur ses distingués collègues (et invités) du continent noir. « Est-ce que je dois m’abstenir de me réconcilier et d’avoir des relations avec le président Kagame (Rwanda) parce que la démocratie n’y est pas aboutie ? » […] L’Erythrée, haut lieu de calme… Le Soudan, haut lieu de stabilité… Idriss Déby (Tchad), là aussi grand démocrate… On peut aussi parler de quelques problèmes au Sénégal… Blaise Compaoré (Burkina Faso), OK. Sassou Nguesso (Congo), parfait… Dadis Camara (président guinéen renversé) est un despote sanguinaire, et son remplaçant, un militaire sur lequel il y aurait beaucoup de choses à dire mais qui s’est engagé à organiser des élections… ».

    Le président des présidents africains se désole, avec raison, de la confusion politique qui règne en Côte d’Ivoire depuis près de dix ans. Car les élections présidentielles y sont constamment remises à plus tard pour des raisons aussi futiles qu’ineptes et creuses. Il souhaite seulement qu’en cas de nouvelle guère civile, l’armée française ne puisse s’en mêler. Pour ce qui est du fils Wade, Karim Wade, dont les desseins présidentiels ne sont plus un secret pour personne, M. Sarkozy observe ceci : « Quant à la succession dynastique, je ne veux pas me mêler des affaires internes au Sénégal, Karim Wade n’a pas le droit (moralement) de se présenter, mais il ne peut pas être non plus le seul Sénégalais qui n’a pas le droit de se présenter ».  

     Il faut croire que les élites politiques et économiques de l’Afrique subsaharienne, qui ont été formées, pour la plupart d’entre elles, dans les grandes écoles et universités françaises, européennes ou nord-américaines, manquent de jugement pertinent, de vigilance ou de conscience éveillée pour se laisser abuser ainsi par des discours lénifiants de leurs collègues des pays du Nord. Ou alors, il faut croire qu’elles se contentent d’une part immédiate de privilège qu’on daigne leur accorder, voire de richesse, somme toute minime, qu’on partage avec elles sur les richesses incommensurables de leurs propres pays. Or, tous ces avantages acquis sont dérisoires au regard des conséquences à long terme pour le budget de leurs États ou pour leur avenir. Et pourtant, elles renoncent au sens de l’honneur et du devoir vis-à-vis de leurs peuples ignorants ; ou, à tout le moins, non éclairés sur les conséquences futures des traitrises de leurs gouvernants. Bien au contraire, ces élites de l’Afrique noire, étant plus éclairées en raison leur niveau d’études, devraient être à même de mieux défendre les intérêts de leurs pays et de leurs peuples. Hélas, elles se contentent de jouir des plaisirs du moment, comme leurs prédécesseurs, qui ont vendu l’Afrique et les Africains aux étrangers extra-africains. En effet, de plus en plus de chefs d’Etats africains vendent les parties les plus riches des terres de leurs pays aux firmes étrangères, ou aux riches particuliers étrangers en vue d’une exploitation agricole à long terme ; et ceci à l’insu de leurs peuples. Ceux-ci sont souvent mis devant le fait accompli quand l’ordre est donné de les chasser des terres de leurs ancêtres[8]. Or de mémoire d’hommes, les terres africaines sont sacrées. Elles ne se prêtent pas, ni encore moins ne se vendent. Car c’est un sacrilège de les vendre. Tout au plus, en vertu de nécessités vitales, elles se prêtent à des amis éventuellement pour être mises en valeur au niveau agricole. C’est une saine transaction dans laquelle les deux parties sont également gagnantes puisque toutes les deux tirent profit des produits de cette mise en valeur.

     Ces faits sacrilèges et graves ont également été soulignés par les auteurs de Le temps de l’Afrique, en l’occurrence Jean-Michel Severino et Olivier Ray. Selon ces deux auteurs, « depuis le tournant du siècle, de grandes entreprises d’agrobusiness, des fonds spéculatifs et des fonds souverains s’intéressent aux terres africaines et à leur potentiel productif. Des terrains sans valeur aucune il y a quelques années encore sont aujourd’hui loués ou achetés par des lots de centaines de milliers, voire des millions d’hectares par des investisseurs étrangers…. Les acheteurs sont légion- au risque d’importer en Afrique l’insécurité alimentaire de sociétés plus affluentes. En 2004 et 2008, plus de 2, 5 millions d’hectares de terrains ont ainsi été alloués par les gouvernements d’Ethiopie[9], du Ghana, du Mali, du Mozambique, du Soudan, de la Tanzanie et de Madagascar à ces fermiers d’un nouveau genre »[10]. Dans le premier tome de cette enquête, j’ai déjà mentionné le cas de l’ex-président malgache,  Marc Ravalomanana, qui voulait, à l’insu de son peuple et sans l’accord de celui-ci-pourtant – il le sait, la terre malgache des ancêtres est sacrée et non cessible – vendre 1,3 millions d’hectares de bonnes terres, soit l’équivalent de la superficie du Liban, à Daewoo Logistics, pour produire du maïs et de l’huile de palme destinée à l’exportation vers la Corée du Sud.

      Or la question de la terre est très sensible dans cette zone de notre planète, tout comme ailleurs. A titre d’exemple, dans le premier volume de ces recherches, j’ai déjà montré comment Félix Houphouët-Boigny, pour développer l’agriculture de son pays, avait mis en avant le fait que « la terre appartient à ceux qui la mettent en valeur ». Une telle idée n’a pas manqué de créer des hostilités entre les premiers occupants des terres ou autochtones et les arrivants ou allochtones. On sait comment, quelques années après sa mort, son successeur, Henri Konan Bédié, pour une question de stratégie politique, avait développé le concept d’« ivoirité ». Il s’agissait alors de faire en sorte que son adversaire politique, M. Alassane Drame Ouattara, ne puisse briquer la présidence de ce pays, après avoir été le premier et dernier premier ministre de Félix Houphouët-Boigny. Cette machination politique s’était opérée sous le fallacieux prétexte qu’il aurait une nationalité ivoirienne douteuse. Ce problème, qui a fini par diviser les Ivoiriens en deux camps, a conduit à un coup d’Etat (M. Konan Bédié a été chassé du pouvoir par une coalition de jeunes militaires du Nord) et à la guerre civile. Car le successeur de Konan Bédié, M. Laurent Gbagbo, n’a pas trouvé mieux à faire que de poursuivre dans cette même logique mortifère et totalement imbécile de l’« ivoirité ». La stratégie politique s’est vite transformée en une chasse aveugle aux allochtones, dont les Burkinabé et les Maliens notamment, pour récupérer leurs parcelles de terre mises en valeur.

     On comprend mieux pourquoi je ne manque pas d’opposer les Hérodiens aux authentique africains non encore empoissés par le venin de la civilisation occidentale. Quand j’affirme que les Africains n’aiment guère les Africains – autrement cela se saurait dans les faits -, je parle en particulier des Hérodiens. Car en 2007, j’ai entendu moi-même l’amère observation suivante d’un chef bété de la région de Daloa : « auparavant, nous vivions en toute fraternité avec ces hommes originaires des pays de là-bas. Nous n’avions pas de problème majeur de coexistence. Nous avions établi avec eux des alliances matrimoniales. Ils étaient comme les membres de nos propres clans par toutes sortes d’échanges de biens qui avaient constitué des devoirs mutuels entre nous. Aujourd’hui, nos enfants d’Abidjan nous incitent à les chasser de nos terres, à les tuer même s’ils refusent de partir. Qu’est-ce qu’ils nous ont de mal pour agir ainsi à leur égard ? Nos enfants sont-ils devenus comme des Blancs qui ne reconnaissent plus leurs frères africains ? Mais, nous ne pouvons pas les chasser de chez nous sans raison. »

Mythe ou réalité des crises économiques ?

    Dans le même sens, les auteurs du Temps de l’Afrique rapportent un autre fait, qui s’est passé dans l’Est de la Côte d’Ivoire, et qui souligne la bonne intelligence des peuples africains authentiques par rapport aux Hérodiens corrompus, leur bon sens, voire leur attachement réel au terme de la fraternité comme valeur suprême de l’Afrique traditionnelle : « alors que la Côte d’Ivoire se déchirait avec pour trame de fond la question de l’ivoirité, un chef coutumier du sud-est du pays a illustré tout le pouvoir que certaines autorités traditionnelles ont su préserver. Au sommet de la crise, alors que l’on signalait des rixes violentes entre autochtones et allochtones dans les régions avoisinantes, le roi Nanan Boa Kouassi III a rassemblé les représentants des différentes communautés. Ensemble ils se sont mis d’accord pour préserver le fragile équilibre interethnique dans la région, chaque chef de village ou de canton acceptant de veiller sur les agitateurs de sa communauté. Dans un contexte de démission des pouvoirs nationaux de leur fonction de maintien de la paix et de déchainement xénophobe, il est probable que l’autorité morale du roi Nanan Boa Kouassi III et des chefs sur leur communauté a permis d’éviter l’embrasement de la région » (p.130).

     Pourtant, malgré ces problèmes qui se profilent à l’horizon du futur, par la vente des bonnes terres africaines aux Firmes étrangères, il n’en demeure pas moins que les chefs d’Etat de l’Afrique étaient très enchantés par le contentement immédiat d’un état de confort que la république française leur offre dans de grands hôtels, avec l’argent des contribuables. C’est ce qu’on a vu lors de cette grand-messe stérile qu’on vient de rebaptiser Afrique-France au lieu de France-Afrique, qui a eu lieu du 31 mai au 1er juin dernier à Nice. Si l’on en croit la réflexion du PDG de Total, tous les chefs d’Etat présents à cette grand-messe « avaient visiblement l’air d’être heureux d’être là[11] »[12] – s’agit-il d’une mordante ironie qui ne dit pas son nom ? – (J.A. N° 2578-du 6 au 12 juin 2010) pour célébrer ensemble la main mise de l’Etat français sur les peuples africains et sur leurs fabuleuses richesses. M. Christophe de Margerie reconnaît explicitement l’apport considérable du continent africain dans les gains annuels impressionnants de son entreprise (2009, un résultat net de 7, 8 milliards d’euros ; 14 milliards en 2008 pour un chiffre d’affaires de 131,3 milliards d’euros -180 milliards en 2008).

     La logique de l’enrichissement permanent d’une minorité au détriment de la majorité, facilité par les élites politiques ou, plutôt, l’illogique du capitalisme barbare, agit toujours de la même manière sur toute la surface de la terre. Ce capitalisme absurde n’est rien d’autre qu’un régime, anti-économie réelle, de production et de consommation. Comme on le sait pertinemment désormais, il cherche toujours le profit fondé sur la chimère et les illusions de la fictive chrématistique. Ce profit sans limite a pour effet de séparer les êtres vivants et singulièrement l’espèce humaine de la nature, seule pourvoyeuse de biens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins primordiaux et vitaux. Pire, il établit une logique de domination sur ces êtres vivants, en général, et particulièrement celle d’une élite politico-économique minoritaire sur la majorité des habitants d’un pays, convertissant toutes choses en marchandises, soit transformant les salariés en purs instruments de production de richesses au seul bénéfice de la minorité maligne en question. Ainsi, depuis l’éclatement de la crise financière de 2008, les élites politiques des pays du Nord se sont empressées de trouver des milliards de dollars ou d’euros pour sauver les banques frauduleuses, parfois aux méthodes maffieuses, irrationnelles et immorales de la débâcle. Pour tromper la vigilance des contribuables et les contraindre à payer, tôt ou tard, le gaspillage de l’argent public causé par les Banques, elles ont prétendu et répété qu’il s’agissait de sauver l’économie réelle et les emplois. Et les peuples ont eu la naïveté de les croire sur parole.

       Or après avoir sauvé les banques avec l’argent public (il est inconcevable que l’on puisse accepter l’idée de sauver les biens privés – l’argent des banques et des déposants – avec l’argent public, les biens publics), on s’aperçoit que le délitement de l’économie réelle se poursuit dramatiquement, que les emplois réels et sûrs continuent leur évaporation. Jamais les élites politiques ne se sont donné un temps de réflexion pour penser les causes de la débâcle.  Pire, elles n’ont pris aucune sanction contre les auteurs (les banquiers et autres opérateurs économiques frauduleux) de cette crise financière. Elles ont agi dans l’immédiat pour sauver leur honneur, leur côte de popularité. Aucune élite politique de quelque pays que ce soit n’a demandé de compte aux auteurs réels de cette catastrophe. Malgré cet état de fait, les drames et les tragédies de la crise (en réalité, il n’y a de crise que pour la composante majoritaire des peuples), ses conséquences psychologiques, humaines, sociologiques et économiques, la minorité privilégiée et financièrement sauvée par ses complices politiques et qui, ainsi, n’a de compte à rendre à personne, continue à vivre dans la luxure et la volupté, à l’abri des malheurs des salariés, dans de grands palaces de tous les pays.

L’éternelle escroquerie des peuples sous couvert des problèmes économiques qui n’existent que dans la tête des élites politiques et économiques du monde présent

       Quand le temps des comptes est venu pour tâcher de stabiliser la situation économico-financière fragilisée sérieusement et susceptible de durer encore longtemps, à qui demande-t-on de payer la facture ? A la majorité des peuples ; aux pauvres et à la classe moyenne qu’on va pressurer dangereusement. L’élite politique et la classe économico-financière, premières responsables de cet état de choses ne songent guère à baisser leurs salaires, à diminuer leur train de vie par décence pour la partie souffrante de la population. Je vous le demande : qu’est-ce qui a changé par rapport à l’exploitation des paysans du Moyen-âge européen ? Quand les peuples mouraient de faim, sans parler des pathologies innombrables par manque d’hygiène, les cours royales, les demeures bourgeoises, les fortins des classe nobles continuaient à danser de plaisir, à forniquer, à consommer des mets divins, à boire des nectars délicats et fins, à vivre dans l’excès et la démesure. C’est en ce sens que Rousseau fait, à juste titre, une remarque pertinente qui reste encore, de nos jours, vrai. Elle prouve ainsi le fait que rien ne change au fond, par-delà les mutations inessentielles et apparentes : « Bien loin qu’un roi fournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d’eux, et selon Rabelais un roi ne vit pas de peu ».[13]

     Ainsi, en Europe du Nord, avec la faillite de la Grèce, il est de mise d’accuser les Grecs de tous les maux de la terre. D’abord, les élites des Etats du Nord reprochent aux Grecs, sans nuance aucune, de vivre au-dessus de leurs moyens, d’avoir des salaires trop élevés, d’exercer plusieurs tâches à la fois, de ne pas payer d’impôts et d’avoir un niveau de corruption scandaleux etc. Or si les salaires des actifs grecs ont considérablement augmenté en quelques décennies, avec l’apport financier des pays du Nord, comme aides au développement économique de la Grèce, cela ne relève guère des Grecs eux-mêmes. Il s’agit davantage de la démagogie des élites politiques qui, pour se faire élire et réélire, n’ont cessé de flatter le peuple avec l’argument d’une augmentation des salaires et des autres prestations sociales. Les unes autant que les autres n’ont pas hésité à faire dans la surenchère. Ensuite, ce sont surtout les élites politiques et économiques de la Grèce qui ont tiré grandement profit de la manne des pays du Nord. Du moins, telle est l’analyse, en général des journaux grecs et étrangers. Enfin, et au regard des mesures drastiques et injustes prises par le gouvernement de Papandréou, pour satisfaire aux diktats des Etats du Nord et du F.M.I, lesquelles pénalisent davantage les petites gens (fonctionnaires, agriculteurs et artisans), dès lors, on se demande pourquoi l’exécutif n’a pas demandé aux élites politiques et économiques grecques, qui ont détourné et placé à l’étranger la plus grande partie de cette manne financière européenne, de rembourser ou, plutôt, de rapatrier en Grèce cet argent afin de partager, de façon équitable, l’effort présent de la recherche d’équilibre de l’économie grecque ; et celle de la réduction des déficits budgétaires. Ces élites coupables sont, en apparence et jusqu’ici, à l’abri de toute réclamation importune. Il se pourrait que les autres peuples de l’Europe subissent un sort similaire à celui des Grecs. D’ailleurs, pourquoi les élites politico-économiques de ces pays et de bien d’autres se gêneraient-elles de pressurer leurs peuples pour enrichir la minorité aisée s’il n’y a aucun appel à l’insurrection politique ? A la révolte légitime ? Ou à la rénovation politique en vue de plus de justice, de respect et d’égalité ? Les peuples contemporains ne sont-ils pas paralysés par les discours lénifiants et démagogiques de leurs élites, voire par l’usage de la violence légitime (militaire, police, gendarmerie) de l’exécutif ?

       Dans tous les pays de notre commune Terre, on assiste à une telle domination du peuple (la populace selon le mot de mépris de certaines élites politiques et économique de quelques pays du Nord, comme les États-Unis d’Amérique) par la minorité politico-économique financière. Comme au XIXe siècle, on voudrait que les peuples s’usent au travail afin de ne point avoir droit à une retraite. Au cours de ce siècle, on quittait le travail au soir de sa vie. Dans le cas de la France, les heureuses lois du Front Populaire qui ont rendu une certaine dignité aux conditions de vie dans le travail, puis le projet de société élaboré par la résistance, et fondé sur la protection des lois sociales, sont insidieusement ruinées par les exécutifs successifs depuis les années 1990. La grandeur de ce pays qui se fondait, entre autres, sur la qualité du niveau de l’éducation du primaire à l’Université, sur les lois sociales et sur la qualité de vie, est en train de voler en éclats dans l’indifférence totale du peuple. Et telle est la raison pour laquelle l’élite politique s’octroie le droit de ruiner totalement les lois sociales, celles du droit à l’éducation, au travail ; bref toutes les lois de la protection des citoyens, dans l’intérêt exclusif de la minorité aisée. Celle-ci a, ainsi, encore le culot de pérorer sur la place publique (médias) que le peuple vit au-dessus de ses moyens. Il faut toujours faire plaisir aux détenteurs du pouvoir économique, aux possédants des moyens financiers, aux bourgeois ou aux riches ; même si cette minorité de privilégiés est apatride et ne peut guère donner une majorité aux partis politiques pour gouverner. Que le peuple puisse, un tant soit peu, vivre à l’aise économiquement est impardonnable aux yeux de la minorité qui détient les leviers de tous les pouvoirs aujourd’hui, c’est-à-dire économiques, politiques, financiers, médiatiques et, donc, des groupes de pression de tous genres.

     La deuxième dimension du fameux trident de Shiva est la permanence et la préservation. Selon la mythologie hindoue, Shiva est le premier principe créateur qui est, en son essence, à la fois l’unité, la dualité. D’abord, Shiva en tant que potentialité, possède l’aspect statique de l’Etre suprême ; mais il représente aussi la puissance en sa dualité avec Shakti. Cette mixité « Shiva-Shakti » acquiert un aspect dynamique et donne naissance à l’impulsion de la création. Autrement dit, hors cette mixité, Shiva est pensé et conçu comme l’Esprit immobile de l’univers. Et, selon Olivier Lacombe, même les traités d’expression de l’art comme la peinture, la sculpture, l’architecture hindoues doivent servir « le culte et la méditation ; ils enjoignent aux imagiers de construire de telle sorte leurs images qu’elles induisent au cœur du fidèle les dispositions nécessaires à l’oraison par l’expression de cette sorte de beauté propre au divin [Shiva] qui consiste en bienveillance, calme et charme. »[14] A l’inverse de Shakti, qui est l’énergie dans son activité de manifestation créatrice, en tant que cause ultime matérielle et ultime tant au niveau de l’esprit que de la matière de tout l’univers, Shiva symbolise toutes les forces de l’univers en équilibre ; plus exactement en état d’inactivité, voire de potentialité qui ne crée rien et se contente de conserver ce qui est. Ainsi, Shiva, non associé à Shakti, est l’Essence immuable des phénomènes.

     On retrouve d’ailleurs une telle conception de la permanence de l’Etre, par l’action divine, dans la conception judéo-chrétienne de la temporalité. Ce sont surtout les philosophes du Moyen-âge comme Thomas d’Aquin, de la Renaissance comme Maître-Eckart, voire au XVIIe siècle comme Descartes qui ont accordé une place éminente à l’action continue du créateur pour conserver la Création dans son état. Selon cette conception, Dieu prend ainsi constamment soin de sa créature privilégiée qu’est l’espèce humaine. Il ne l’abandonne pas ; mieux, il lui donne, par son action continue, la possibilité d’être et d’exister. Il la maintient, par sa création continue, dans l’Etre, parce qu’à chaque instant, Dieu soutient sa créature dans la Temporalité et, par conséquent, l’existence. Si, donc, le Dieu de Saint Thomas d’Aquin et des théologiens et philosophes qui se réclament de sa pensée, donne vie aux créatures et les conserve, c’est-à-dire les formes substantielles composées de forme et de matière, actualisées dans l’existence par l’acte créateur divin, il n’y a rien de tel chez Descartes. La créature n’a qu’un seul rapport : celui qu’elle entretient avec son créateur. Ainsi, du point de vue thomiste, Dieu conserve l’homme, et la permanence substantielle de l’homme assure la continuité de sa pensée. Mais du point de vue cartésien, Dieu conserve, en chaque instant, une pensée dont aucun être peut franchir l’instant présent sans que la création continue de Dieu ne le renouvelle. C’est en ce sens que Descartes écrit : « Dieu est la cause de toutes choses créées, non seulement en ce qui concerne leur conservation ou leur durée dans l’être. C’est pourquoi il doit toujours agir sur son effet d’une même façon pour le conserver dans le premier être qu’il lui a donné. »[15]

    Si Dieu, selon Descartes, rend possible la permanence des phénomènes en les recréant sans cesse, de quoi le monde économico-financier est-il cause de nos jours ? De la permanence de l’idée de domination ? Aussi loin qu’il est possible de remonter dans le passé de l’espèce humaine à travers les traces que son histoire a laissées, on se rend à l’évidence qu’elle a sanctuarisé une dyade intemporelle et immuable ; ou, plutôt, une dyade qui prend la figure d’avatars trompeurs. On a affaire à un état de choses qui incline à croire qu’il s’agirait d’une institution pérenne de la nature : le riche s’oppose au pauvre (ou pays riches/pays pauvres) ; mais le riche a naturellement besoin de ce dernier pour être reconnu dans son statut de privilégié. Il en est de même du maître et de l’esclave, du supérieur et de l’inférieur, du vainqueur et du vaincu, du plus fort ou du plus puissant et du plus faible dans la figure du dominant et du dominé. Même si les occurrences de l’histoire, ou plus exactement, les aléas résultant des bouleversements peuvent inverser la dyade, il convient de dire qu’ils opèrent un changement de forme et non de fond, d’accident et non d’essence. La dyade se retrouve, très vite, dans sa structure fondamentale et figée. C’est en ce sens qu’il est permis de parler de permanence ou de conservation de cette dimension du trident. Or au niveau des réalités humaines contemporaines où des membres, voire des branches du genre humain n’avaient jusqu’ici accumulé et produit autant d’argent, de biens matériels et d’excès, on voit bien que ces phénomènes récents accentuent cette dyade.     

     Dès lors, ce qui est de l’ordre de l’aléatoire ou des accidents de l’histoire, dans la forme toujours transitoire, éphémère de cette dyade, on remarque, de nos jours, que toutes les actions de l’élite politico-économico-financière tendent à l’institutionnaliser, voire à le sanctuariser pour préserver son statut de classe privilégiée. On ne cesse de produire des lois qui tendent toutes à cette fin, à savoir obtenir une pérennisation d’une situation éphémère par sa forme. Car des individualités s’élèvent continûment de la dimension malheureuse de la dyade vers son pair privilégié pour y générer toutes sortes d’anomalies et de désordres qui sont eux-mêmes créateurs de nouveaux avatars et autres transfigurations au statut toujours précaire, temporaire, comme le montre la troisième dimension du trident de Shiva.

     Même si certaines traditions religieuses hindoues, comme le shivaïsme, représentent Shiva comme « le Bienveillant Seigneur », il n’en demeure pas moins que, d’une façon générale, le mythe shivaïste le regarde comme un puissant Dieu destructeur. Sa danse cosmique est le signe même de la fin des mondes. « Cette danse est censée représenter la destruction à laquelle le monde est soumis périodiquement. On y voit aussi l’image des âmes qui se libèrent de l’illusion (maya) ou, le dieu piétinant dans sa danse un démon appelé Apasmarapurusa (« génie de l’oubli »), le triomphe de la connaissance sur l’ignorance, etc. », selon l’Encyclopædia Universalis 2004. C’est ce que montre aussi John Bowker, dans son bel ouvrage sur les Religions du monde. Il insiste sur la place singulière de Shiva dans le fabuleux imaginaire des Hindous en tant que, par-delà toutes les transfigurations et représentations variées à l’infini de ce Dieu, il est l’Un par lequel tous les étants dérivent nécessairement. C’est en ce sens qu’il écrit : « Shiva devient ainsi l’Un qui renferment toutes les pluralités constituant l’expérience de la vie, l’Un qui les crée, les préserve et les détruit, combinant de ce fait les trois fonctions distribuées habituellement aux trois dieux de la triade : cette conception fait de Shiva la source et l’origine de toutes choses, y compris des autres formes divines. Shiva est le créateur non créé qui est présent dans tout l’univers et qui, par sa danse des cinq actes cosmiques (pancakritya), fait tourner la roue de la création et de la destruction. Shiva et ainsi Nataraja, le Seigneur de la danse… »[16]

      Mais pour quelles raisons Shiva doit-il opérer ou provoquer la fin des temps de mondes ? En fait, une nécessité s’impose à lui : pour devenir meilleur, il est expédient d’éliminer ce qui se révèle comme moins bon en soi. Il s’agit, en l’occurrence, du mal et de l’ignorance qui finissent par engourdir, comme l’eau s’éprend de la glace, l’intelligence, la beauté, la bonté, la grâce, bref la quintessence dans et de l’Humanité. En ce sens, en procédant à la destruction des vieux mondes engourdis, figés dans une sorte d’inertie qui les ronge et les mine de l’intérieur, Shiva apparaît moins un destructeur qu’un transformateur. Il apparaît alors comme celui qui, après avoir éradiqué ce qui n’est plus en adéquation avec le Bien en nous ou dans le monde, nous (et lui) permet, par la transfiguration, de progresser. Dans le langage spirituel hindou et relativement au cheminement intérieur, au progrès spirituel de l’individu, même si les transformations auxquelles il invite tout être sont douloureuses, Shiva ne perd pas pour autant son essence (avatar) du Dieu « bon et bienveillant ». C’est en ce sens que Madeleine Biardeau écrit : « Tandis que Vishnu est à de multiples reprises identifié avec le sacrifice qu’il représente… Siva est au contraire – sous le nom qu’il porte alors de Rudra (« Terrible »), Siva, signifiant au contraire « bienveillant ») – la personnification de ce que le sacrifice a d’impur et de dangereux… »[17] Ainsi, les formes de Shiva semblent bienveillantes. Même sous leur aspect sévère qualifié parfois de terrible, elles invitent néanmoins aux changements, dissipent l’ignorance, détruisent tout ce qui est mauvais dans l’être humain et dans le monde.

   Il en est tout autrement de la triade ou du trident politico-économico-financier qui règne sur la planète terre aujourd’hui. Contrairement à Shiva, qui opère dans la destruction, une transfiguration, voire une véritable transcendance des phénomènes, la dernière dimension du trident des Etats contemporains est un monde obscur. Il est obscur au sens où, au lieu de travailler à tâcher de faire baisser le niveau mondial de l’ignorance, donc au progrès et à l’élévation de l’esprit humain, parce qu’un tel état de fait les arrange au plus haut point, cette dimension nocturne du trident des Etats contemporains s’emploie énergiquement à enfoncer les consciences dans l’ombre souterraine de la nature biochimique de l’espèce humaine. Plus le crétinisme se répandra parmi les êtres humains, plus il leur sera aisé de dominer et de gouverner les consciences. Car les citoyens qui pensent encore et, du haut de l’intelligence humaine, osent leur dire non avec raison, paraît un péché capital ; un péché contre leur dictature sur des consciences qu’ils exercent sur le monde humain. Ainsi, leur destruction n’est pas un jeu divin au sens noble du terme : transformer la nature des choses de mal en bien. Il s’agit toujours de leur part, et dans leurs actions effectives, de catastrophes réelles pour les peuples, jusqu’ici soumis à leurs diktats. Cette réalité est incarnée par leurs armes de destruction massive effectives, en dehors des mensonges d’Etat, figure d’expédient pour détruire un Etat plus petit et faible militairement. C’est le monde des intrigues voilées, comme cela est manifeste par l’action des commissions parlementaires, par exemple aux Etats-Unis, qui s’emploient à torpiller toute loi qui vise le bien du peuple, sa protection, son bien-être moral et matériel. Ces intrigues opèrent comme si elles étaient assimilables à des chapelles ardentes où les firmes et autres lobbys de la finance, des industries mortifères, comme les armes ou l’agro-alimentaire, laquelle emploie toute son énergie à empoisonner les consommateurs depuis au moins les années 1950 ; bref, là où l’univers de l’économie réelle ou fictive vient imposer ses lois particulières en vue des profits de quelques particuliers.

     Ces organisations du monde de l’économie et de la Finance parviennent aisément à leur fin en achetant les faveurs de certains parlementaires corruptibles. En France, en particulier, et en Europe en général (Parlement européen), il suffit de lire les journaux (« Le Monde », « Le Canard Enchaîné », « Libération », « Le Nouvel Observateur », « Der Spiegel », « Le Times » de Londres, « El Pais » etc.) pour se convaincre de ce qui se passe au quotidien dans ces chapelles ardentes de la corruption des consciences qui font preuve encore de probité, de droiture, d’honnêteté. En ce sens, de quelque manière que l’on considère les données du monde contemporain, il s’agit, en dernier ressort, pour les puissances de l’argent, de broyer les salariés et de faire plier la volonté des peuples à demeurer les seuls propriétaires des biens du monde humain en vue de la domination désordonnée et mortifère des richesses de notre commune Terre, Mère de tous les vivants.

L’abandon des pauvres dans la misère malgré la prospérité de certains pays de la terre

   Donc, cette dimension du trident des États contemporains s’apparente au labyrinthe de Gollum. C’est un monde souterrain où tout ce qui s’y opère, se dit, se fabrique au détriment de peuples doit rester dans le silence et l’ombre de ces lieux. Dans ces grottes ou cavités des profondeurs de la terre, les services secrets, les espionnages de tous genres se livrent tout entiers et à loisir à la mise au point des organons efficaces de la destruction de l’humanité. Et les peuples n’ont pas leur mot à dire dans ce qui se trame concernant le destin commun. Comme autrefois, au cours des fins des mondes humains, ce furent de telles intrigues secrètes, patiemment élaborées par des manœuvres secrètes et aveugles, actes des élites politiques des civilisations antérieures, qui ont signé la mort des hommes. Et puisqu’il est impossible d’obtenir des élites politiques contemporaines quelque transparence sur ces officines, ces cavernes obscures d’où germent continûment tous les maux de l’humanité, les mondes présents cesseront aussi, à l’insu et malgré les peuples ; à moins d’inventer un système de vigilance éthique qui préserve l’intérêt de tous, peuples, particuliers, voire représentants du trident des Etats.

    A cette fin, il faut que les peuples s’accordent, malgré la possible hostilité des élites politico-économico-financières, sur la création d’une assemblée planétaire des membres éclairés des peuples qu’on pourrait appeler, par exemple, l’Intelligentsia Unie des Etats (I.U.E). Elle prendrait la figure de ce que le baron d’Holbach, au dix-huitième siècle, a appelé l’«éthocratie » ou le gouvernement fondé sur la morale. Une telle structure mettrait fin, au niveau de chaque Etat, au règne des dévots de la courtisannerie ; personnages politiques auxquels il vouait un mépris altier, comme il l’écrit à juste titre : « Ne nous parlez plus de l’abnégation des dévots pour la Divinité, l’abnégation véritable est celle d’un courtisan pour son maître ; voyez comme il s’anéantit en sa présence. Il devient une pure machine, ou plutôt il n’est plus rien : il attend de lui son être. » La philosophie des Lumières juge une telle attitude comme la pire servitude ou servilité dont l’âme humaine est capable. Les dévots politiques s’humilient jusqu’à perdre leur âme, à dissiper leur être. Pour parvenir à cet état de négation de soi, un travail de longue haleine s’avère nécessaire. Car il n’est pas donné à tout le monde d’être un dévot politique et l’analyse de la personnalité de ce genre d’êtres humains est, hélas, universelle et toujours d’actualité tant qu’il y aura des marionnettes du pouvoir de l’Anneau sanctuarisé. Le philosophe poursuit le portrait des dévots politiques en ces termes : « Et quelle vie de sacrifices permanents : s’éduquer dès son plus jeune âge à vaincre son orgueil et à s’abaisser l’âme. S’attacher à ne jamais avoir d’avis (personnel) pour mieux épouser celui du Prince ; se dresser à ne jamais rien laisser paraître de ses sentiments et des « piqûres » administrées par le maître. »[18]

     A l’inverse de ces vils êtres, cette instance éthocratique se composerait des êtres de lumière, indifférents aux attraits de la chose politique et de toutes sortes d’inclination à défendre des intérêts particuliers d’un clan, d’un peuple, d’un Etat, même de celui dont ils sont citoyens, d’une communauté ou d’une famille. C’est en ce sens aussi qu’ils seraient regardés comme des êtres de lumière. Car l’Intelligentsia Unie de États devrait proposer une vision du monde qui, tout en prenant appui sur les réalités et les données contemporaines, proposerait, dans les grandes lignes, la physionomie du futur. Il s’agirait, en d’autres termes, de dessiner la stratégie de demain pour l’ensemble des peuples de la terre ; d’autant plus que la bonne et intelligente gestion de celle-ci incombe désormais à toute l’humanité présente et future. Et tel est le sens de la remarquable réflexion d’Antoine de Saint-Exupéry selon laquelle nous n’héritons pas de la terre de nos parents, mais nous l’empruntons à nos enfants.[19] D’ailleurs, dans l’ensemble de son œuvre, ce grand écrivain n’a eu de cesse de prôner une morale du devoir et de l’action fondée sur la croyance en la grandeur éthique de l’être humain.

     L’I.U.E serait composée de groupes d’intellectuels alternant tous les cinq ans et ayant le sens de la volonté générale, c’est-à-dire du détachement de la volonté personnelle de tout intérêt particulier. Ils représenteraient tous les continents et seraient au nombre de trois dans les disciplines suivantes : la philosophie, les sciences de la matière comme la physique (astrophysique et physique quantique) et la biologie ; les sciences humaines comme la socio-économie et finances, la politologie avec ses deux branches suivantes : les relations internationales et les droits politiques. Tout ceci constituerait un ensemble de douze membres. Ce nombre restreint permettrait plus d’efficacité dans leurs pensées, leurs décisions et leurs actes. La signification fondamentale de leur pensée les inclinerait à se situer toujours dans le sens de l’universel. Au regard de la souveraineté des Etats, ce serait une instance de proposition ; à moins que les peuples ne décident eux-mêmes d’agir autrement ; lui conférer un pouvoir supra-étatique de coercition en lui conjoignant un supra-organe de contrainte politique ou de tout autre genre de force légitime. Ce serait aussi la manière pour les peuples, par le choix de cette supra-élite éclairée essentiellement vouée à leur unique service, de se prendre en charge, de s’autogérer et de devenir réellement souverains. Ils se réapproprieraient ainsi le fondement de leur pouvoir que les élites politiques exercent à leur seul profit. Le pouvoir souverain ne leur serait plus alter, étranger mais réintègrerait leur essence même. Ce serait, en dernier ressort, le moyen d’éviter qu’ils soient, tôt ou tard, sacrifiés, à l’instar des mondes humains passés, sur l’autel des vanités et de la folie des élites politiques économico-financières. Et si les peuples, dans cette appropriation de leur puissance légitime et souveraine songeaient à accorder une place éminente aux femmes dans la conduite des affaires, alors le déséquilibre des phénomènes humains impulsé par le pouvoir exclusif du masculin depuis plus de quatre mille ans, rentrerait dans l’ordre ; et retrouverait à nouveau son équilibre. Ceci serait un gage de longévité de la vie humaine sur la terre. Autrement, l’apocalypse inaugurée par les œuvres et les artifices du pouvoir humain se produirait inévitablement.

     Car, au regard de l’histoire de l’espèce humaine, il est vain d’entreprendre la mutation des institutions (politiques, économiques et financières) par la révolution. Celle-ci agit toujours comme de puissantes eaux qui rompent de puissants barrages. Et son effet relève d’une émotion éphémère. Elle détruit tout sur son passage et ne construit rien. Dans de tels phénomènes humains, les peuples retrouvent, très vite, leurs habitudes ataviques (dépendances, routines, instincts de survie etc.) et leur besoin incurable de chef ou de dominant. Et les élites (politiques, économiques, financiers), qui émergent de ces soubresauts de l’histoire, reconstituent, très vite aussi, les choses comme elles étaient auparavant ; et elles s’empressent de construire des forteresses (lois) pour défendre leurs privilèges et leurs intérêts contre les convoitises, les tentatives d’appréhension des peuples. A titre d’exemple, les effets à long terme de la Révolution française de 1789 et de la Révolution soviétique d’octobre 1917 prouvent amplement le sens de mes analyses présentes et le fait qu’il ne faut pas trop croire que les révolutions résoudraient les problèmes de l’humanité ; à moins d’ignorer l’essence de celle-ci, toujours en quête de servitude volontaire. En effet, dans un cas comme dans l’autre, les privilèges que les révolutionnaires avaient abolis ont été transférés à d’autres acteurs politiques. Eux aussi se sont empressés de construire, quasi à l’identique, le visage des régimes politiques précédents fondés sur la domination des peuples et l’art de les soumettre à toutes formes de servitude, de les pressurer, de les user au travail pour leur compte exclusif : comme toujours.

La majorité est condamnée à créer de la richesse pour la minorité maligne


[1] Auparavant, le politique avait encore le pouvoir d’impulser l’orientation de l’action économique dans le sens de l’intérêt du peuple qui, autrement, lui ôterait sa confiance lors des élections. Et l’économique était encore sagement sous le joug du politique dès lors que tout dépendait de ses décisions au sens où l’obtention de tous les marchés éminents dépendait de lui seul. Un tel fonctionnement salutaire de l’action politique a pris fin quand le politique a consenti à se vendre aux acteurs de l’économie ; et quand on a décidé de vendre aux particuliers, c’est-à-dire aux privés les biens publics, comme les entreprises d’Etat, fondées, financées et soutenues par l’argent public, en l’occurrence, les contribuables d’une époque donnée, sans aucune contrepartie. En France, on sait, par exemple, que les Autoroutes ont été construites avec l’argent public. L’Etat s’était engagé à les rendre aux contribuables pour un usage gratuit au terme d’un certain nombre d’années d’exploitation payante. Lorsqu’elles ont été entièrement remboursées, le même Etat, avec d’autres auteurs, s’est empressé de les vendre à un vil prix aux secteurs privés ; lesquels se plaisent aujourd’hui à augmenter les tarifs sans contrôle raisonnable. Selon le « Service • dossier Lesechos.fr • Le 28 février 2006 » « en juin, le coup d’envoi à la privatisation des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, des Autoroutes du Sud de la France et de Sanef était donné. L’appel d’offres lancé le 18 juillet avait alors séduit 18 candidats. L’Etat en a finalement choisi trois : le tandem Eiffage-Macquarie remporte les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), le consortium emmené par l’espagnol Abertis rachètera, lui, la Société des autoroutes du nord et de l’est de la France (Sanef) et Vinci met définitivement la main sur les Autoroutes du Sud de la France (ASF) ». Dès lors, les pouvoirs effectifs ont changé de mains et, jusqu’à nos jours, on ne jure que par l’efficacité du privé ; ce qui reste à prouver quand on voit aujourd’hui, comment ces vautours sans morale ni patrie s’acharnent à détruire méthodiquement tout ce que les peuples avaient mis beaucoup de temps à construire le mieux possible. Les politiques sont donc devenus des valets, des pantins des opérateurs économiques dans tous les pays de la terre. Quelle décadence ?

[2] Le grand livre des mythologies– Préface de Jacquetta Hawkes- (Encyclopédie Bordas, Paris 1982, p. 77)

[3] Le franc avait encore cours à cette époque.

[4] Il s’agit essentiellement des différents régimes politiques ou exécutifs qui se sont succédé en France sous la Cinquième République. Le peuple français n’est pas en cause dans mon propos puisqu’il subit ces faits ; et la partie éclairée de l’élite intellectuelle française de gauche les a vigoureusement dénoncés jusque dans les années 1990.

[5] Dans mes recherches, j’ai toujours préféré le terme « occupations » ; il n’y a que deux pays qui ont été colonisés en Afrique : l’Algérie et l’Afrique du Sud.

[6] Précisons qu’il s’agit essentiellement du Parti socialiste, qui n’a pas n’a craint de recevoir des valises pleines d’argent liquide d’Omar Odimba Bongo lors de la campagne présidentielles de 1981. Selon Pierre Péan, ce fut, d’abord, une petite valise, puis une très grande pendant la période du deuxième tour. C’est ce qui fait dire à certains hommes politiques français que, grâce à l’influence de la Françafrique, certains chefs d’Etat africains francophones, indirectement, faisaient et défaisaient les chefs d’Etat français et leurs gouvernements, par les financements occultes conséquents des partis politiques.

[7] Fayard, Paris, 1983.

[8] Pourtant, l’on sait que les pays étrangers, notamment l’Europe, ne veulent plus d’Africains nulle part. Même chez eux, les élites politiques, qui les ignorent royalement depuis des décennies, les chassent à présent de leurs terres. Où voudraient-elles que leurs citoyens s’en aillent pour chercher un refuge et vivre en paix ?

[9] Cette attitude marque l’incohérence des élites politiques de l’Afrique subsaharienne. En effet, depuis des décennies, voire du temps du règne du Négus Hailé Selassié, la famine a toujours été chronique en ce pays. Et sans l’assistance généreuse des pays occidentaux, une grande partie de la population de ce pays aurait été décimée depuis des lustres. Au regard de ce grave problème de survie des peuples d’Ethiopie, pourquoi les élites politiques éthiopiennes, si elles avaient un tant soit peu de commisération à l’égard de leurs propres peuples, ne mobilisent-elles pas de moyens adaptés pour permettre aux paysans de ce pays de mettre en valeur leurs propres terres au lieu de les vendre aux étrangers qui en useront dans leur seul intérêt ou dans celui de leur propre pays ? C’est en ce sens que se justifie le terme Hérodiens pour qualifier les élites politico-économiques des pays africains subsahariens.

[10] Odile Jacob, Paris 2010, p. 260 ;

[11] C’est moi qui souligne ce passage pour montrer comment les « palassopathes » et/ou les «  palassophilies », caractérisant certains d’entre eux, sont incurables ; et pour ce faire, ils voudraient bien rester au pouvoir jusqu’à leur mort, même si ce pouvoir est plutôt fantoche.

[12] Dans le même numéro de cet hebdomadaire, on retrouve le même esprit d’intéressement non aux Africains eux-mêmes, mais à ce que le sous-sol de leurs pays est susceptible de contenir comme richesses pour le bénéfice des entreprises des pays du Nord. Dans les réunions de partenaires entre Français et Africains, le mépris l’emporte sur l’esprit d’égalité ; ce qui revient à dire que ces derniers ne sont jamais des partenaires au sens absolu de ce terme. En effet, ce journal rapporte l’anecdote suivante : « l’Afrique est mûre et la France est prête », s’est écrié Alain Joyandet, le secrétaire d’Etat français à la Coopération et à la Francophonie, pour résumer l’enchaînement de rencontres franco-africaines » Ceci signifie très clairement qu’auparavant, elle ne l’était point encore. A une telle arrogance, un tel mépris, un interlocuteur africain répond : « il faut changer les mentalités des investisseurs étrangers ; l’Afrique n’est pas qu’un continent qui offre des ressources naturelles, leur à lancé Archer Mangueira. Vous devez contribuer à former des hommes et des femmes qui rebondiront ailleurs et participeront à la diversification de nos économies ». Il convient de le faire savoir plutôt aux chefs d’Etat africains afin qu’ils défendent et préservent les intérêts de leurs pays respectifs et de leurs peuples.

[13] Du contrat social, livre I, chapitre IV, Garnier-Flammarion, Paris 1966, p.45 ;

[14] L’absolu selon le Védânta – Les notions de Brahman et d’Atman dans les systèmes de Cankara et Râmanondja (Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris 1966, p.243

[15] René Descartes : Réponses aux cinquième objections in, Descartes ; Œuvres philosophiques, tome II (Edit.F.Alquie, classiques Gernier, Paris 1999, p.814

[16]Religions du monde, (Marabout/Hachette, Paris 2005, p.p. 106-107)

[17] Clefs pour la pensée hindoue (Seghers, Paris, p.p.137-138

[18] Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans (Allia, Paris 2010)

[19] Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes (Gallimard, Paris 1972)


[1] On trouvera l’essentiel de ces analyses dans mes recherches de géopolitique qui ont conduit à la publication des livres suivants : La réalité dévoilée des causes de l’échec économique des pays africains – Essai de géopolitique – Tome I (KDP/Amazon, mai 2021

      – La malédiction du pouvoir politique – Quel avenir pour les peuples de l’Afrique noire ? – Essai de géopolitique (Tome II-  (KDP/Amazon, Mai 2021)

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