Troisième Partie : Le temps n’existe pas en réalité. Nous sommes prisonniers de l’espace qui nous contient

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Une représentation picturale de ce phénomène appelé temps

(In Pierre Bamony  : Le génie du cerveau humain et ses merveilles Tome 1 – De l’anthropologie quantique comme science ultime de l’Homme, L’Harmattan, mai 2015).

   Albert Jacquard, remarque que « la statue de Chronos n’est plus isolée ; elle fait partie d’une trinité indissociable, espace-objet-Temps » (In Voici le temps du monde fini (Seuil, Paris 1991, p.31). Selon lui, la quantification de l’origine de l’univers entreprise par les astrophysiciens rend encore floue la notion de temps. Certes, celle-ci, admet-on dans ces milieux avisés, se peaufine, se précise avec le perfectionnement des instruments d’observation. Que le Big-Bang ait eu lieu il y a 20 milliards d’années, puis 17 milliards, puis 15 milliards, puis aujourd’hui, 13,7 milliards d’années, montre manifestement qu’il s’agit toujours d’une spéculation ou d’une abstraction mathématique. Dans ces mesures, on présuppose implicitement l’avant du Big-Bang. Qu’y avait-il avant les 13,7 milliards d’années ? Cette question suppose que l’origine absolue de l’univers équivaut à un horizon qu’on ne peut atteindre. On retombe subrepticement dans les interrogations métaphysiques et philosophiques que la techno-science a toujours voulu évacuer de son champ d’investigation. Cet échec montre, par ailleurs, que la vision philosophique initiale des phénomènes apparaît comme indépassable puisque c’est la même raison, qu’elle a construite, qui est à l’œuvre dans les explications scientifiques contemporaines.

   A cette donnée qui évacue le temps comme phénomène absolu et indépendant de l’espace s’ajoutent les confusions des dernières théories de l’astrophysique relatives à la connaissance que nous pouvons avoir de l’Espace ou de l’univers en sa totalité. D’une part, les instruments d’observation dévoilent que l’univers visible, comme les galaxies et les étoiles qui brillent, constitue en réalité une toute petite partie (0,5%) du contenu total, c’est-à-dire de la masse et de l’énergie de l’univers ; et dont 4% seulement sont composés de matière baryonique (électrons, protons, neutrons) : ce qui revient à un total de 27% du contenu de l’univers. Cet ensemble de données astrophysiques renforce ce que nous avons appelé l’Inscience humaine de l’univers. Tel est le sens de l’analyse de Trinh Xuan Thuan. Dans un entretien avec Patrice Van Ersel au sujet de l’origine de l’univers, il affirme que « la majeure partie du contenu de l’univers (73%) est formée d’une mystérieuse matière noire dont l’origine nous échappe totalement. » (In Le monde s’est-il créé tout seul ? A.Michel, Paris 2008, p.35).

   Ensuite, même les religions ne nous offrent pas une perception claire du temps. Selon que l’on soit israélite, chrétien, musulman ou hindou, on vit des sphères temporelles totalement différentes ; des calendriers qui n’ont aucun rapport les uns avec les autres. D’où la question suivante : si la notion de temps avait quelque réalité objective, aurait-on alors affaire à sa quantification si émiettée, arbitraire et si diverse ? Ainsi, le temps biblique commence avec la création des phénomènes et de l’Homme par Dieu. Dès lors, le temps se réduit à l’histoire du peuple hébreu, puis juif. Par exemple, selon le Talmud (Sanchédrui 94a), la durée du monde est estimée à 6000 ans ; et la fin des temps serait fixée à 2240 ans après J-C. Ces 6000 ans sont eux-mêmes divisés en trois périodes successives : 2000 ans de Tohu (avant le don de la Torah), 2000 ans de Torah et 2000 ans de temps messianiques.

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Relativité des conceptions du temps

   Quant à la conception chrétienne, laquelle s’est imposée à la terre entière en raison du triomphe et de l’expansion de la culture européenne de par le monde, elle se fonde sur le calendrier grégorien. En substance, il s’agit d’un calendrier solaire conçu à la fin du XVIe siècle après J-C pour corriger l’imperfection du précédent appelé Julien. On l’attribue au pape Grégoire XIII qui serait le vrai instigateur. Avec le grégorien, nous sommes dans l’ère chrétienne, c’est-à-dire « après Jésus-Christ ». S’agissant de l’ère préchrétienne qui se conçoit également en référence à Jésus-Christ, elle est décomposée en sens opposé. Ce calendrier donne un temps moyen de 365 jours. Mais pour obtenir un nombre entier de jours de l’année, on manipule les données mathématiques : on y ajoute tous les quatre ans (année dont le millésime peut être divisé par 4) un jour intercalaire, comme le 29 février.

   Le calendrier musulman ne fait pas mieux : il se fonde aussi sur l’histoire de Mahomet. Mais, à l’inverse du précédent qui est solaire, ce calendrier est lunaire. La durée de l’année est d’environ 354,37 jours alors que l’année civile est de 365,25 jours. Car ce dernier est différent du calendrier religieux : il alterne les mois de 29 et 30 jours en faisant commencer l’année par un mois de 30 jours, etc. Toutefois, avant l’émergence et le triomphe de l’Islam dans cette zone du monde (Moyen et Proche-Orient), ces peuples se référaient à un calendrier luni-solaire, sans doute d’origine araméenne ou babylonienne. Il comptait 12 mois de 30 ou 29 jours. Mais on y intercalait quelques mois complémentaires.

   D’après Louis Renou (In Etudes Védiques et paninéennes, tome I, Imprimerie nationale, Paris 1980), entre autres auteurs spécialistes de l’hindouisme, l’Inde est entrée dans le 52e siècle, selon le calendrier hindou. Celui-ci a été divisé par les anciens astronomes et mathématiciens hindous en quatre âges : le Krutayuga (1,7 million d’années), le Tretaryuga (2 millions d’années) le Dwaparayuga (864000 ans) et le Kaliyuga correspondant à l’ère où nous vivons et qui doit durer 432000 ans. Cette ère, le Kaliyuga, est essentiellement marquée par un affaiblissement des valeurs morales, un désir effréné d’enrichissement égoïste, l’inversion des valeurs les plus hautes comme l’altruisme, la bienveillance, la solidarité, etc. C’est aussi le temps des mariages des individus du même genre chez l’espèce humaine ; ce qui crée le désordre et le chaos. Mais il reste encore 381000 ans avant la fin du monde, au sens ordinaire du temps : il s’agit à la fois de cataclysmes, du chaos universel et, donc, de la fin des mondes humains. Finalement, le Kaliyuga est l’ère de la décadence et de la dégénérescence de l’Humanité qui achève ainsi un cycle des temps.

      Nous avons déjà montré que l’un des plus éminents Pères de l’Eglise et théologien de toute la chrétienté, en l’occurrence, l’Africain Saint Augustin (354-430 après J-C.), a, sans doute, le mieux compris que le temps n’est pas une réalité en soi, c’est-à-dire indépendante de la matière ou de la conscience humaine où cette notion a une forme d’être. Selon ce philosophe théologien, ce qu’on a coutume d’appeler « temps » n’est rien d’autre qu’une représentation. Avec ses trois dimensions – passé, présent, futur -, il n’existe que par et dans l’âme humaine qui se souvient de son passé par l’effort de mémoire, qui est témoin de son présent par son agir essentiellement, et qui pressent sa projection dans le futur. Dès lors, c’est l’âme qui assure la continuité du temps par sa triple représentation et/ou présence en elle. Autrement, il n’ y a point de temps sans l’esprit ; ou plus exactement, il se dissout en nous.

   Ainsi, lorsqu’on évoque des événements de son passé, par exemple, l’enfance, nous n’avons plus affaire à des faits réels, pleins et concrets, mais, par la mémoire, à leurs images qui se sont gravées dans notre esprit comme des espèces d’empreintes fortes. Le temps comme passé est donc une pure fiction ; ou ; plus exactement, une pure représentation. De même, ce que nous appelons futur qui, en réalité, n’est pas, n’est rien d’autre qu’une préméditation, une projection de nos actions à venir ou à accomplir. Celles-ci perdent leur statut d’actions futures dès que nous nous engageons à les effectuer ; effectuation qui s’opère, elle-même, dans le présent. Augustin en arrive à la conclusion suivante : « il serait exact de dire : il y a trois temps {…} : un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. ( In Confessions, XI- trad. Khodhoss- Hatier, Paris, 1999).

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Le temps est-il une figure de l’Energie ?

   Nonobstant ce, comment comprendre que les transhumains, par leur science singulière liée à la nature quantique de leur cerveau, l’« orama yia to mellon », qui déchire l’épaisseur de l’Inscience, arrivent-ils à percevoir l’avenir des individus, au sens classique de ce terme ? A défaut de savoir pourquoi il n’y a que quelques individus parmi les êtres humains qui ont le privilège d’être dotés de cette faculté de vision suprasensible, nous pourrons tenter de comprendre comment la vie d’un individu se dévoile à eux dans toute sa transparence. Tout se passe comme si l’ensemble des événements, grands ou petits, était inhérent à l’existence d’une personne. De même que l’embryon contient en germe toutes les virtualités de la croissance de l’individu, de même la vie des particuliers recueille en soi les potentialités qu’ils sont appelés ultérieurement à actualiser et/ou à réaliser, dans le moment présent, compris comme état perpétuel des choses, qui se déroule de la même façon, c’est-à-dire toujours identique à soi-même. Puisque nous nous mouvons perpétuellement dans le voile épais de l’Inscience, et comme certains d’entre nous sont privés de la vision suprasensible, nous croyons aller dans une direction qui serait dessinée par nos projets que nous appelons notre futur. En ce sens, le corps vivant, dès sa conception, apparaît lui-même comme une masse d’énergie qui subit une expansion – grandir/croître – et une contraction – faiblir, vieillir par l’usure ou la déperdition de cette énergie -. Tel est le sens de ces deux processus, marquant une vie humaine en particulier, qui nous font croire à la notion de temps indépendant. On comprend, d’ailleurs, pourquoi les peuples africains, Asiatiques et ceux du Pacifique ne s’inquiètent guère de la question de l’âge des individus les uns par rapport aux autres. Ce qui importe à leurs yeux, c’est la qualité présente du corps dans son processus d’expansion/contraction. Mieux, ils ignorent totalement cette question contrairement aux peuples occidentaux qui s’en préoccupent au quotidien.

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Quelle idée précise peut-on se faire du temps ?

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