De l’inanité des élites politiques malgaches depuis l’indépendance et de leur volonté de mépriser et de tuer les aspirations de leur peuple : l’humiliation du peuple au quotidien

(In Pierre Bamony : Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre ?  Tome 2 La Malédiction du pouvoir politique. Quel espoir des peuples de demain ? ( Editions Le Manuscrit, Paris, 2011, Chapitre II : Le cas de Madagascar – Le procès des élites malgaches : une superfétation devenue dangereuse pour le peuple)

Extraits

 

« II- Madagascar, un océan de misère insoutenable

     Madagascar aurait pu être qualifié de « perle de l’Océan indien » pour diverses raisons : d’abord, l’exceptionnelle humanité des Malgaches (douceur accueillante, bienveillance, sérénité, bonté etc.) ; ensuite, les immenses ressources naturelles de cette île (parcs, réserves, ressources du sous-sol et du sol etc.) ; enfin, ses côtes aux charmes indicibles (Mer d’Emeraude d’Antsiranana, Nosy Be, Mahjunga, Sainte-marie, Toliarana etc.). Hélas ! Madagascar ne saurait être, pour le moment, qualifié de « perle de l’Océan Indien », mais, au regard des conditions de vie de ses peuples, d’ « enfer de l’Océan Indien ». L’on comprendra mieux le sens de ce qualificatif à la suite de l’analyse critique des données recueillies sur place que je vais entreprendre.

     Dès l’aéroport d’Ivato, aussitôt après les formalités policières et douanières, on est littéralement envahi par une nuée de personnes proposant leur service (porteurs) moyennant quelques pièces d’argent. Tout le long de la route qui relie Ivato à Antananarivo, la misère se déploie sous les yeux ébahis du touriste qui a de la sympathie pour ce peuple. Dans les marais, hommes, femmes et enfants pataugent dans la boue afin de nettoyer les rizières ou pour recueillir des herbes afin de nourrir les porcs. Dans ces zones marécageuses (des marais fétides), de nombreuses personnes vivent dans des taudis délabrés, qui tiennent à peine debout sur des monticules humides. Dans les lacs pollués, rendus insalubres par les déjections de cette ville, les gens démunis de tout n’ont d’autre choix que de s’y laver. Ils y nettoient aussi les haillons qu’ils portent en guise de vêtements, au milieu d’une nuée d’enfants et d’adolescents abandonnés à eux-mêmes. A Antananarivo, à moins d’être indifférent[1], à la douleur humaine, on est assailli par des mendiants, des mères de famille en guenilles portant des bébés crasseux sur les genoux, assises à la sortie des tunnels de la ville[2] tendant la main aux généreux passants. De partout, on ne peut éviter de voir des enfants en haillons, des adolescents, des femmes abandonnées, qui fouillent les poubelles de la ville en quête de quelques déchets précieux, de quelques restes d’aliments ; bref, ces gerbes de toute la misère du monde, qui vous prend à la gorge et vous donne la nausée. La crasse des enfants, autant que celle de leurs parents de même condition, à force de fouiller les détritus et poubelles, sont eux-mêmes transformés en poubelles vivantes, en immondices ambulants. Accrochés aux pentes des collines, au bord des routes, à tout ce qui reste d’espaces libres, dans cette ville où automobilistes et piétons fourmillent dans les sens, des cartons déchirés ou suspendus tiennent lieu d’habitations à ces miséreux erres.

     Aussi, et en raison de la faim qui les tenaille, ces êtres humains sont prêts au pire pour manger. Selon la famille de notre chauffeur malgache, R. Rafitoson, c’est cette nécessité de se nourrir qui explique la violence extrême dans la ville. On comprend, alors, que tous les guides de voyage recommandent vivement aux touristes de prendre garde à leurs effets et de ne pas exposer le moindre signe de richesse (montre, bijoux, sac, téléphone portable, appareil de photo etc.) lorsqu’ils se promènent en ville. Il y a même des quartiers, à l’instar du Bronx de New York, dans les années 1960 à 1980 environ, où nul étranger ne peut mettre les pieds. C’est là aussi, selon Pierre Marque, que l’on peut louer les services de « loubards » pour voler ou tuer quelqu’un. La situation générale du pays n’est guère mieux. On s’en rend vite compte quand on entreprend de parcourir ce beau pays à la découverte de ses peuples et de ses charmes naturels, comme je vais tâcher de le montrer de manière aussi précise et détaillée que possible.

       D’abord, ce qu’on appelle routes bitumées sont, par portions, un lointain souvenir de goudron. A titre d’exemple, entre Antananarivo et Mahjunga, des parties entières de goudron sont semées de nids de poule. Il en est de même de la partie qui va d’Ansohihy à Ambanja. Mais, la pire de toutes ces routes bitumées, en dehors des portions récemment goudronnées, c’est celle qui va d’Ambilobe à Antsiranana et de Mahavanona à Joffreville. Sans doute, cette dernière voie, qui évoque un lointain souvenir d’une splendeur passée, a été goudronnée depuis l’époque coloniale, comme on dit, puis oubliée jusqu’à nos jours. L’état des routes, à Antsiranana, est égal à celui qui va à Joffreville, autrefois ville de villégiature pour la communauté française. D’après le témoignage des personnes interrogées comme R.Rafitoson, Pierre Marque, Jaffar de Nosy-Be, les portions de routes nationales bitumées l’ont été pendant le premier mandat de Marc Ravalomanana ; mais, celui que ses compatriotes surnomment à juste titre le président « Mégalomanana » n’avait pas entrepris ces travaux publics par intérêt public, par amour pour ses peuples ou par patriotisme ; il l’avait fait pour son intérêt personnel : permettre à ses camions de ravitailler la capitale en un délai plus court et, donc, de moins s’abîmer sur des routes défoncées. Aujourd’hui, ce sont des adultes, femmes et enfants qui, à mains nues, bouchent les nids de poule, moyennant quelques pièces d’argent quémandées aux passagers des véhicules qui passent.

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     Ensuite, dans le Nord, en particulier, les vieilles villes coloniales sont abandonnées par l’administration d’Antananarivo. C’est le cas, entre autres, de Mahjunga, de Hellville à Nosy-Be, d’Antsiranana, de Joffre-Ville etc. Dans cette dernière petite bourgade, porte de la forêt d’Ambre, les vestiges coloniaux sont en ruines. Pourtant, elle comprend quelques perles comme les maisons créoles. La première école normale de Madagascar, construite du temps de l’occupation française, à l’instar de l’état de la route, est totalement en ruine. Elle aurait pu être rénovée en hôtel pour recevoir les nombreux touristes qui visitent la forêt d’Ambre ; ce qui, par l’embauche des gens habitant autour de ce Parc naturel, aurait permis de nourrir des familles et les tirer ainsi de l’extrême misère. Mieux, on pourrait bâtir un marché d’artisanat (les Malgaches figurent parmi les plus habiles artisans de la zone subsaharienne ; d’où la richesse de l’artisanat du pays) pour vendre aux nombreux étrangers de passage.[3] Mais, ce serait trop demander aux élites politiques et économico-financières de ce pays. Même le gîte construit par le W.W.F dans la forêt d’Ambre tombe en ruine faute d’entretien. Il en est de même d’Hell-Ville où tout l’habitat évoque l’époque de la présence française ; autant dire qu’aucun bâtiment public, hormis le lycée, n’a été construit depuis ce temps. Même ce riche patrimoine tombe en ruine parce qu’on ne se soucie guère ni de l’entretien ni de la rénovation. Pourtant, d’après une commerçante indo-pakistanaise (malgache d’origine), la ville reçoit 70% de taxes diverses. Et l’on se demande, dit-elle, ce que les autorités politiques en font ! Il est vrai que, poursuit-elle, dans cette ville chacun veut sa part de gâteau, et, comme cela ne suffit pas, ces gens (maire, préfet, sénateur…) n’hésitent pas à recourir à la corruption, quitte à obliger les opérateurs économiques, les commerçants honnêtes, à leur verser le montant des taxes payées au fisc local. Tout ceci donne le sentiment d’un Etat de non-droit, qui reflète aussi la négligence, l’indifférence de l’Administration centrale d’Antananarivo par rapport à ces villes décadentes.

       Les belles villes de Mahjunga et d’Antsiranana ne brillent guère par leur état physique. Les premières zones occupées, comme le port de Mahjunga, édifiées par les Français, évoquent un lointain souvenir de la splendeur des maisons coloniales. Aujourd’hui, même habitées, ces bâtisses sont toutes délabrées comme si, dans ce pays, rien n’a été construit depuis l’indépendance (1960). Pourtant, vu le site de cette ville, on aurait pu en faire un joyau. Il en est de même d’Antsiranana. Outre le site géographique, qui figure parmi l’un des plus pittoresques au monde (il évoque le paysage de Rio de Janeiro au Brésil) et des plus beaux de ce pays, cette ville coloniale reflète encore la présence française. Mais, comme partout ailleurs, l’œuvre française est laissée à l’abandon ; ce qui donne l’impression d’une ville en ruine en raison de la passivité des autorités locales ou de l’administration centrale d’Antananarivo. Il est vrai que la capitale est loin d’ici. Pourtant, si le magistrat de cette ville était avisé, il pourrait mettre les vieilles bâtisses coloniales à la disposition des artistes malgaches ou européens, avec la possibilité de les rénover en guise de loyer. On pourrait aussi les confier à de jeunes architectes afin d’exercer leur talent.

       Puis, ce qui saut aux yeux du voyageur attentif, en parcourant ce pays, c’est le délabrement de l’habitat paysan. Il est d’autant plus inévitable que les gens ont construit leur maison le long et tout près des routes. Quel que soit le style de l’habitat des peuples, le constat est le même : la pauvreté et l’étroitesse de l’espace habitable. Hormis l’espace qui sépare Antananarivo d’Ankazobe, où l’on voit l’habitat merina plutôt confortable, toutes les constructions de fortune ressemblent à un entassement des bidonvilles à la périphérie des grandes villes contemporaines. La différence entre les unes et les autres consiste dans l’établissement indéfini de ces cabanes à travers tout le pays, alors qu’elles sont plus concentrées aux alentours des cités contemporaines. Tantôt les habitations sont fabriquées de branchages de raphia qui tiennent à peine debout, et qui abritent à peine ses occupants des vents, de la chaleur et des intempéries. Tantôt il s’agit de vieilles tôles rouillées et trouées, assemblées en une structure branlante. En outre, en raison de l’étroitesse de l’espace intérieur, les familles nombreuses vivent dans la même pièce ; autant dire qu’il n’y a point de place pour l’intimité des parents.

     Face à cet habitat misérable, je n’ai pu m’empêcher d’interroger un guide, Mohamed Azhar Ben Mohamed, sur les raisons qui contraignent ces gens à vivre dans ces taudis. Il me répondit : « Ce sont les nomades Antandroy qui vivent dans ces bicoques. Ils s’installent partout, notamment dans le Nord-Ouest à la recherche de pierres précieuses et achètent des zébus en vue des funérailles grandioses. A leur mort, les familles tuent les zébus pour se nourrir et rendre hommage à la mémoire du défunt. Pendant ce temps, le corps est déposé en un lieu et ne sera enterré que lorsque le dernier zébu sera consommé. Aussi, comme ils sont nomades, ils n’ont d’égard ni à la qualité de leur habitat, toujours provisoire, ni non plus à leur qualité de vie, à une existence confortable. Ils s’abrutissent au travail dans ce seul but. » Mais, son explication ne me satisfaisait pas du tout. D’une part, on ne peut concevoir que, seuls les Antandroy occupent tout l’espace qui s’étende d’Ankazobe à Mahjunga et de cette ville à Antsiranana. D’autre art, j’ai eu l’occasion d’échanger avec un membre de ce peuple. Il vivait dans un abri de fortune avec son épouse et survivait en cassant des pierres pour la maçonnerie ou en allant chercher des saphirs à Ilakaka. Au cours de notre conversation, j’en suis venu à lui demander s’il comptait un jour retourner dans sa région d’origine. Il me répondit en ces termes : « Je ne peux retourner chez moi. Désormais, je vais vivre ici car ma mère repose en cette terre. Je dois prendre soin de sa tombe et accomplir mes devoirs rituels vis-à-vis des ancêtres. »

     Ce ne serait donc pas la possibilité d’un retour sur leurs terres natales qui expliquerait l’état misérable de leur habitat. La raison est à chercher ailleurs. En effet, les Malgaches sont de bons bâtisseurs. A Hell-Ville (Andoany), les européens, qui ont plus de moyens financiers, ont fait bâtir par des artisans malgaches, avec les matériaux de construction traditionnelle, en l’occurrence, les bambous, de très belles résidences ou de très beaux hôtels ou restaurants. Par exemple, à Andiana le restaurant « Le Belvédère » et la demeure des propriétaires sont des bâtisses élégantes, construites en bambou. A Andoany même, la « Galerie Ankony », situé dans la rue principale de la ville, est du même acabit. Sans aller jusqu’à rechercher de telles demeures princières pour loger les peuples malgaches –quoiqu’ils le méritent bien-, le village d’Ampancorina, sur l’île de Nosy Komba, les gens ont bâti des maisons plus simples avec les mêmes matériaux, mais plus confortables et plus solides. En fait, c’est Jaffar qui me fit comprendre que les peuples malgaches n’ont d’autres choix que de vivre dans ces habitats misérables. Il fit rapidement le calcul du prix des branches de raphia qui honorent les maisons confortables. Le coût dépasse de loin les maigres moyens financiers du paysan malgache. Car l’impératif de survivre au quotidien l’emporte sur le souci d’un habitat décent.

     Enfin, Jaffar de Nosy-Be me fit comprendre que le problème numéro un des Malgaches est, incontestablement, celui de la santé. Les hôpitaux sont dans un état de délabrement déplorable et démunis de tout. Les médecins sont désemparés par le manque de moyens (matériels et médicaments). En outre, les distances et le mauvais état du réseau routier ne facilitent aucunement l’accès aux malades ou blessés graves. Les services de secours d’urgence sont cantonnés à Antananarivo ; mais ils marchent au ralenti faute d’entretien et d’essence. Ceci contraste singulièrement avec La Réunion où les habitants sont bien soignés et leur durée de vie beaucoup plus longue. En revanche, à Madagascar, l’espérance de vie, au regard des problèmes de santé, se situe entre 54 et 58 ans. Ainsi, lorsque la phytothérapie traditionnelle rencontre des limites, le patient n’a plus d’autre recours que d’attendre la mort. Il en est tout autrement de la bourgeoisie ou des différentes élites politico-économico-financières qui bénéficient d’une évacuation sanitaire à l’étranger (France ou Afrique du Sud) afin d’y être soignés. Les autres, moins fortunés, ont accès aux meilleures cliniques de la ville. Dès lors, j’ai compris pourquoi ces gens-là sont insensibles et aveugles par rapport à la souffrance de leurs propres peuples.

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     Madagascar, qui est l’un des pays les plus riches du monde, est aussi considéré aujourd’hui comme l’un des pays les plus « pauvres » du monde, au sens où la population, c’est-à-dire l’ensemble des paysans qui travaillent pour se nourrir, mais aussi pour nourrir les villes[4], est dans un état de dénuement total : 70% de la population malgache vit en dessous du seuil de pauvreté, avec un P.N.B (Produit national brut) de 250 dollars par habitant. La mortalité infantile (en-dessous de cinq ans) est de 157 pour mille. Le taux d’alphabétisation des adultes est de 45,8% environ. En outre, seuls 45% de la population à accès à l’eau potable. Dès lors, la situation sanitaire à Madagascar est très préoccupante. Cet état actuel des choses est dû à la détérioration, voire à la précarisation de la situation socio-économique ; notamment depuis les années 1980. Selon le rapport de l’O.M.S, « Rapport mondial sur le développement humain »[5], la mortalité maternelle, infantile et juvénile est particulièrement importante : un décès maternel pour cent naissances vivantes. On note même 12,1% de mortalité infantile avant un an et 19% de mortalité avant 5 ans. La mortalité maternelle est due essentiellement aux complications obstétricales et aux avortements provoqués. Ce rapport souligne aussi les pathologies épidémiques comme la tuberculose liée à l’insalubrité des conditions de vie, la lèpre, le paludisme (première cause de mortalité sous sa forme neurologique). Mais, c’est surtout l’expansion des M.S.T (Maladies sexuellement transmissibles) qui inquiète les experts étrangers. Il s’agit de la blennoragie ou gonorrhée et de la syphilis qui touchent 30% de la population.

     Pourtant, les Malgaches eux-mêmes ont tendance à minimiser la portée de ces maladies. Dès lors, les comportements sexuels à risque constituent un potentiel énorme de diffusion majeure du virus du Sida. Comme l’Etat ne se préoccupe guère de l’état de santé de la population, rien n’est fait dans le sens d’une prévention contre ce virus. Toutefois, dans les zones touristiques, comme Toliara, Antsiranana, Mahjunga, Toamasina et surtout Nosy Be, chaque européen déambule accompagné d’une très jeune fille malgache. Malgré les affiches contre le tourisme sexuel des mineurs, la prostitution infantile (garçonnet et fillette) continue de plus belle, dans l’indifférence totale des élites politiques d’Antananarivo. On justifie même ce type de prostitution par le fait qu’il n’y a pas de limite d’âge pour l’activité sexuelle. Chez l’ensemble des peuples malgaches, cette activité commence, chez les filles, à partir du moment où elles ont leurs menstrues (12 à 14 ans). Chez les Merina, selon R. Rafitoson, les garçons peuvent même commencer la vie sexuelle dès l’âge de 14 ans. Donc, les uns et les autres aussi bien que les autres peuvent être mères et pères dès 16 ans. C’est ce qui explique également le nombre impressionnant d’enfants et la très grande jeunesse de la population malgache. Selon Pierre Marque[6], sur les 18 à 20 millions d’habitants que compte Madagascar, plus de la moitié de la population a points de 18 ans. C’est aussi un pays où l’on compte environ 60% de femmes pour 40% d’hommes.

Des paradoxes inhérents aux peuples malgaches

     Avant de poursuivre cette analyse, il importe d’examiner les mobiles qui m’ont conduit à m’intéresser au cas de Madagascar. L’une des raisons pour lesquelles j’ai effectué ce long voyage dans les mers australes (La Réunion, puis Madagascar), tenait au fait que je désirais y chercher une source d’inspiration dans le cadre d’un projet d’écriture. En m’aventurant dans une autre forme d’écriture, je pensais donner congé, pour quelques temps, du moins, aux contraintes de la recherche scientifique, aux activités anthropologiques et philosophiques. Je pensais que l’imagination et la fiction étaient une sorte de repos pour l’esprit. Mais, je n’avais pas pris en compte le facteur aléatoire[7], que des axiomatiques mathématiques autant que les découvertes de la physique quantique, mettent en évidence. En réfutant les déterminismes classiques et l’ambition de la philosophe et/ou de la raison grecque de tout maîtriser, de tout savoir, de tout déterminer, ces sciences, qui sont proches du réel nouménal, démontrent que nous sommes comme les particules de la matière, soumis à l’indéterminisme, à l’aléatoire. Effectivement, je n’aurais jamais pensé que je rencontrerai un Français « Malgache » en la personne de Pierre Marque, qui s’intéresserait autant que moi-même aux problèmes de la misère des Malgaches. Aussi, mes cahiers prévus pour cueillir mes sources d’inspiration servirent à prendre des notes en vue de comprendre pourquoi Madagascar est dans cet état social et économique si catastrophique. Ce souci humain et intellectuel m’amena à entrer librement en contact avec les Malgaches de divers niveaux sociaux et de diverses régions. Je livrai avec eux des discussions libres et sans crainte que l’on me renvoie à mon statut d’étranger à ce pays. Heureusement, à Madagascar, comme en France et au Burkina-Faso, la liberté d’opinion est totale.

   D’ailleurs, suis-je réellement un étranger dans ce pays ? Ayant totalement adhéré à la pensée des premières élites noires (Kouamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Frantz Fanon… et aujourd’hui le Président Kadhafi qui a repris le flambeau), qui avaient prôné et défendu le principe de l’unité des peuples africains, je m’accorde le privilège de me comporter comme un libre citoyen de tout pays, partout en Afrique subsaharienne. Suis-je originaire de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Ghana ? Je n’en sais rien et que m’importe ? Je me déclare le premier citoyen des Etats Libres de l’Afrique. Et si quelque ensemble organisé des Etats pouvait m’accorder la carte d’identité des Etats Libres-Unis de l’Afrique, je la prendrais immédiatement. Car, sans me compter parmi l’élite noire contemporaine, je juge qu’en tant que simple individu, originaire de ce continent, j’ai, comme les autres, une responsabilité morale, des devoirs d’être humain par rapport aux africains et aux Malgaches d’aujourd’hui et de demain. En ce sens, nous devons, chacun suivant ses moyens, son statut, repenser les données de ce continent humilié durant plusieurs siècles (et qui l’est encore), construire un meilleur avenir pour les générations futures. Les nationalismes, dans cette Afrique en miettes, ont montré leurs limites depuis les années 1960. Ils sont stériles, égoïstes et rétrogrades.

     La première réflexion qui me fit m’interroger sur les problèmes de Madagascar fut celle d’un ami français, relative à la bonne intelligence entre les différents peuples malgaches : « Le problème majeur de ce pays, les raisons de son retard économique et du blocage politique présent ont la même cause : le racisme des Mernes. Ils font preuve d’un racisme féroce à l’égard des autres peuples malgaches, notamment des côtiers. Vrai ou faux ? » demanda-t-il à R. Rafitoson, notre ami chauffeur Merina lui-même et qui répondit timidement : « Si l’on excepte l’hypocrisie des gens des hauts plateaux (les Merinas) qui ne veulent pas l’avouer publiquement, on pourrait dire qu’il en est ainsi ». Cet ami continua à parler de leurs poids économique, de leur influence insidieuse dans la politique, de leur présence massive dans la haute administration etc. Par la suite, je compris moi-même, par mes observations et mes enquêtes sur le terrain, l’effectivité, la réalité obsédante de ce problème entre les peuples et les composantes humaines de ce pays. Car, pendant mon séjour à Antsiranana, ce problème revint à plusieurs reprises dans les conversations. Rafitoson, un ami, semblait quelque peu agacé par ces récriminations contre les Merina. Dès lors, lorsque je fus seul avec lui, il fit la remarque suivante : « C’est vrai que les Merina sont plus intelligents que les autres (côtiers). D’ailleurs, une étude internationale a montré que les Malgaches (sous entendu les Merina) figurent parmi les dix premiers peuples les plus intelligents du monde. Mieux, ils sont devant les Français par deux rangs ».

     Je ne sus d’où il tirait cette étude dont il ne put me donner la référence. Je lui fis remarquer que les faits, sur ce point précis, semblent prouver le contraire : la France est une grande puissance économique et les Français ont édifié l’une des plus belles civilisations au monde. Des élites brillantes (philosophes, hommes de lettres, artistes, inventeurs, chercheurs…) ont émergé de leur sein. Il en est autrement de Madagascar qui est, aujourd’hui, incapable de nourrir ses habitants, ni de prendre soin de leur santé, malgré la belle intelligence supposée de sa population ou de ses élites (Mérina). Je compris qu’il s’agissait en fait de ce que j’ai appelé le « narcissisme des nations » dans le premier tome de ces enquêtes. Rafitoson poursuivit ses justifications : « En fait, les côtiers sont jaloux de notre réussite.[8] Nous travaillons beaucoup plus qu’eux[9]. Tu as vu toi-même dans les hôtels et ailleurs, la protestation des patrons contre la lenteur de leurs personnels et leur travail bâclé. Ce sont des mangeurs de kat, ces feuilles qu’ils mâchonnent à langueur de journée et qui les rendent indolents. De même, lorsque des membres de leur groupe, qui occupent de hautes fonctions à Antananarivo, se rendent chez eux, ils exigent la compagnie d’une jeune fille vierge. Les jeunes filles Antandroy, par exemple, se marient à l’âge de douze ou treize ans. Ces mêmes Antandroy n’envoient pas leurs enfants à l’école et sont polygames.

     A Antsiranana je rencontrai une dame dont j’ai déjà parlé : Mme Evelyne Tusevo, professeur de droit en France, membre de la famille royale d’Ambilobe. Son père fut ministre du temps de Philibert Tsiranana. Ayant feuilleté le premier tome de mes enquêtes sur les problèmes économico-politiques des pays africains et malgaches, que j’avais emmené là-bas, elle se mit à m’entretenir longuement de la faillite de son pays d’origine. Selon elle, ce sont les Merina qui ont tous les pouvoirs à Madagascar, notamment les pouvoirs politiques et économiques : « Quand Tsiranana a accédé au pouvoir, les Merina se sont dit : « et pourquoi pas nous ? » Il en fut de même de Ratsiraka et du professeur Albert Zafi. Quand ils purent enfin prendre le pouvoir (Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina), ce fut la catastrophe. D’ailleurs, quand les côtiers prennent le pouvoir, ils sont manipulés par les Merina ». Ces derniers propos seront confirmés à Nosy-Be par toux ceux que j’ai pu y rencontrer. D’abord, selon A.Andriamanohy, les Malgaches sont des peuples passifs ; des éternels assistés car ils ne sont pas égaux devant l’Etat. Les élites des côtes sont les marionnettes des Merina. D’ailleurs, dit-il : « quand nous étions au pouvoir avec Ratsiraka, nous n’avons rien fait pour les Malgaches. Toutes nos initiatives étaient contrôlées, voire rejetées quand elles ne s’accordaient pas avec leurs intérêts. C’est ce qui crée la paralysie des institutions. Même l’armée, composée de côtiers et de Merina, penche du côté du pouvoir merina. Elle ne peut rien faire pour sauver Madagascar de cette situation bien confuse. »[10] C’est lui qui m’informa que les Merina seuls sont directeurs de banque à Madagascar. D’ailleurs, quand on aborda ces sujets, il y avait à sa table, l’un de ses amis Merina, directeur d’une Banque, la « Bank of Africa », je crois. Celui-ci était visiblement gêné par la nature de notre conversation et finit par quitter la table.

     Quant à Jaffar de Nosy-Be, il était plutôt radical dans ses prises de position. Il rejette l’histoire officielle enseignée dans les écoles et consignée dans les manuels scolaires et universitaires. Selon lui, c’est l’histoire des Merina et non pas celle de l’ensemble des peuples malgaches, comme les Sakalava, supposés premiers occupants de Madagascar. Plus tard, je compris que sa révolte était justifiée : en visitant les lieux historiques, comme le Rova ou les tombeaux d’Ambohimanga, on se rend à l’évidence de cette réalité. Les guides répètent inlassablement les mêmes discours concernant l’avènement des rois Merina, oubliant totalement l’histoire des autres peuples de Madagascar. Même les photos dévoilent la couleur sombre des reines, hormis celle de Ranavalona 1ère, qui est manifestement de type asiatique. On jaunit même la reproduction de ces photos, comme celle de Ranavalona III, qui était pourtant bien noire. Ces quelques observations ironiques montrent, à l’évidence, qu’il y a une volonté de manipulation de l’histoire dont je comprendrai les raisons plus tard, par la rencontre d’élites Merina à Antananarivo. Je pris alors conscience du fait qu’à Nosy-Be, quelques extrémistes Sakalava soient tentés de refaire l’histoire de Madagascar à leur manière et dans l’intérêt de celle des rois Sakalava. C’est le cas de Jacques Zeny[11], qui créa son propre musée, gardien de la mémoire des rois Sakalava, avec quelques vestiges, des photos, une lecture différente des faits par rapport à celle que l’on me fera entendre à Antananarivo. Jaffar, autant que Jacques Zeny, insistèrent aussi sur le fait que tous les directeurs des grandes administrations sont des Merina. Ils m’en donnèrent la preuve par la visite du bureau du P.I.C (Pôles Intégrés de Croissance), une création de Marc Ravalomanana. Toutes les embauches, dans ce bureau, ont été faites depuis et à Antananarivo. C’est également Zeny Jacques qui me parla du « Club 48 », qui regrouperait les familles bourgeoises, les élites, les opérateurs économiques Merina ; en somme, le cœur du pouvoir qui tient le pays d’une main de fer. D’après Rafitoson, il s’agit de familles de notoriété publique : les Ranjeva, les Ratsirahonana, les Razakaboana, les Andriatsitorina etc. Ce serait un club de sang princier (nobles) à la peau claire et aux cheveux lisses ; en somme, tous ses membres se réclament de descendants des rois Merina.

     C’est à Antananarivo que j’ai pu entendre des propos contrastés sur ces faits. Pierre Marque eu l’idée d’organiser des rencontres chez lui et c’est ainsi que j’ai pu approcher des membres de l’élite merina de cette ville. Ainsi, je fis la connaissance du sociologue Rakotoniaina Lala Jean et de bien d’autres élites de l’intelligentsia et de la haute administration malgaches, surtout merina. Je me propose, d’abord, de synthétiser les analyses de ce dernier. Selon lui, il ne faut pas juger les peuples malgaches avec les yeux et la conscience des Occidentaux[12]. On peut être riche de cent zébus et pourtant demeurer dans une cabane et habillé d’un simple pagne. Nous avons édifié une civilisation végétale au sens où l’on vit en harmonie avec la Nature et dans la modestie. L’argent n’a aucune valeur ; l’amitié, la cohésion, la spiritualité ont seules une valeur inestimable. Ainsi, 4 à 25% de Malgaches vivent de l’économie de subsistance et seulement 1% de Malgaches suivent le mode d’existence à l’occidental ; 15% des gens sont dans le circuit de l’économie occidentale. Je lui fis remarquer qu’en dépit de la véracité de son propos, je ne peux concevoir qu’une partie des Malgaches puisse vivre dans l’opulence ostentatoire comme le montre un quartier d’Antananarivo appelé « le petit Neuilly ». « Le peuple se contente de peu », dit-il. Toutefois, reconnaît-il, en raison du dynamisme des peuples Malgaches, il importe aujourd’hui de trouver une solution économique afin de contourner, voire de dépasser la crise récente.

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     Concernant les élites politiques et la situation économico-financière du pays, il se montre très dur. Ses analyses sont sans concession par rapport à la veulerie de celles-ci. Selon lui, la duperie des élites politiques malgaches formées en France, ne date pas d’aujourd’hui. Ainsi, pendant la période des travaux forcés, les colons français tâchaient de nourrir les gens : ils les pourvoyaient en viande et en riz ; mieux, ils les transportaient des lieux de rassemblement aux lieux de travail. Quand le temps fut venu de les payer, les colons retiraient une partie de leur salaire, comme une contribution aux impôts. Quand il s’est agi de nommer des Malgaches responsables[13] des travaux, ces derniers s’empressèrent de détourner, déjà, les aliments fournis par les colons et affamaient donc leurs propres frères. Pendant ce temps, ils alimentaient la contestation[14] contre les Français accusés de forcer les Malgaches aux travaux inhumains. C’est en ce sens qu’on peut dire que les pratiques politiques, qui paralysent le pays, sont anciennes, mais camouflées. Pourtant, ces mêmes élites ont accepté le « Pacte colonial » et se sont engagées à servir les intérêts de l’Etat français au détriment de leurs propres peuples. Ainsi, en 1972, Ratsiraka s’est vendu à l’Union Soviétique. En 2002, Ravalomanana s’est vendu, lui aussi, aux Américains et vendu tout le pays aux étrangers. Ces élites politiques Malgaches sont des chevaux que les puissances étrangères éperonnent constamment.

   Quant au continent africain, c’est aujourd’hui un véritable terrain de football pour les Chinois. C’est par la colonisation française que les peuples étrangers ont pu s’installer à Madagascar : les Indiens à l’ouest (d’ou le métissage avec les femmes malgaches) ; les Chinois à l’est. Mais ceux de Formose étaient mieux intégrés que les Chinois de Pékin qui nous envahissent aujourd’hui. A Tamatave (Toamasina), il y a beaucoup de métis chinois et cela s’explique par le fait que les Malgaches sont des peuples récepteurs : ils consentent volontiers à s’enrichir de gènes étrangers. Ces métis sont une sorte de porte d’entrée pour la Chine contemporaine. Ces derniers apportent aux Malgaches l’art de comptabiliser l’argent en millions de dollars. Ce faisant, ils ôtent aux Malgaches toute initiative. Ces Chinois, en général, ont une double nationalité : ils se naturalisent Malgaches tout en conservant leur nationalité d’origine. Entre l’immixtion des Chinois et les multinationales, le paysan malgache est pris au filet : il n’a plus de droits, de patrie, d’économie réelle. Les Chinois travaillent avec les Chinois malgaches et ils les privilégient par rapport aux autres malgaches. En outre, les importations massives de produits chinois appauvrissent les petits commerces malgaches. Plus tard, on peut craindre le pire. Aussi, parle-t-on, à propos des Malgaches, de « katmi » (ou quatre misères).

   A propos de l’histoire, je n’ai pas retenu grand chose parce que les propos de M. Rakotoniaina n’étaient pas toujours très clairs, ni ses analyses faciles à suivre rigoureusement. Mais, contre la manipulation historique d’une minorité d’élites en Imérina, il fait remarquer que la royauté merina n’a pas surgi ex nihilo. Elle doit aux peuples voisins son fondement. Ainsi, les traditions claniques viennent des Betsimisaraka ; et la hiérarchie monarchique du Royaume Sakalava. Ce sont, d’ailleurs, deux femmes, Rangita, surnommée la « crépue », en raison de ses origines africaines, et Kafohy, la « naine », à cause de son origine asiatique, qui ont fondé la royauté et la société des Merina, « la naine »[15]. Tous les Merina de sang princier descendent de ces deux femmes. C’est ce qui explique que, pendant longtemps, la société était matriarcale. Nous n’avons pas de patrie, mais une « matrie », si ce mot existait. Les enfants étaient rattachés à leurs oncles maternels. Cette tradition pris fin avec l’avènement de l’esclavage sur l’île : les oncles maternels n’ont pas hésité à vendre leurs neveux et, quand ceux-ci recouvraient la liberté et revenaient chez eux, ils poignardaient leurs oncles dans le dos pour se venger de leur trahison. Et telle fut la cause du changement des traditions etc. Au regard de ces faits, il se montre très dur par rapport au « club 48 ». Selon lui, il s’agit d’une tendance politique, qui s’apparente tout à fait à l’idéologie nazie. Cette élite minoritaire se considère comme composée d’êtres supérieurs : ils ont la puissance intellectuelle, les pouvoirs économiques et politiques. « Selon moi, il s’agit ni plus, ni moins d’un club raciste »[16].

     J’ai toujours considéré que le sentiment humain qu’on appelle racisme relève soit de l’ignorance soit d’une faiblesse de l’esprit. Généralement, selon Spinoza, l’ignorance relative à autrui tient au fait que ce genre d’individus est incapable d’accéder à la pensée rationnelle. Autrement, en vivant sous l’angle de la connaissance rationnelle, ils considèreraient que « l’homme est un dieu pour l’homme »[17]. Ils vivent encore comme les enfants, sous l’empire de la connaissance du premier genre. Il s’agit d’une connaissance inadéquate de la nature des choses (II, 40, sc.2) ; et de la connaissance inadéquate des lois de la Nature. Dès lors, ce genre de connaissance se contente de traduire les conditions naturelles de notre existence en pseudo-savoirs, dans la mesure où nous n’avons point d’idées adéquates des phénomènes. En somme, ce genre de connaissance est structuré par l’enchaînement des idées inadéquates et des affects-passions qui en découlent.

   Ensuite, il s’agit d’une pathologie ou d’une faiblesse de l’esprit. Tout genre de complexe (infériorité, supériorité) dérive de ce genre de mal-être en soi. Pour ce qui est du complexe de supériorité, un esprit sain n’a pas besoin de s’affirmer supérieur. S’il l’est, comme l’autorité, qui élève naturellement quelqu’un et lui permet de dominer la fascination du pouvoir sur autrui, cela se saurait de façon évidente. Celui-là même qui se met dans une telle posture doit manquer d’assurance, voire éprouver, au fond de soi, quelque sentiment d’infériorité. Le lion a-t-il besoin de s’affirmer supérieur devant les autres animaux ? Il s’impose de fait par sa puissance physique. En outre, concernant cette minorité orgueilleuse et prétentieuse mérina d’Antananarivo, il s’agit d’une véritable irresponsabilité, d’un enfantillage au regard de la grande misère des peuples de ce pays. Ces idées rétrogrades, ces élucubrations stériles, cette idéologie surannée copiée sur d’autres peuples ne la grandit nullement. Si elle était à ce point supérieure, cela se saurait dans le monde entier : elle aurait sauvé son pays de l’effondrement social, du désastre économique. Ainsi, les philosophes et les scientifiques, qui sont des êtres de lumière et qui ont apporté à l’Humanité beaucoup de savoirs de toutes natures et dans diverses dimensions de ses réalités, lesquels l’ont éclairée, ne se contentent pas d’affirmer qu’ils sont intelligents. Ils le prouvent justement par les productions de leur suprême intelligence. Or, dans le cas de cette minorité d’élites mérina en question, il n’en est rien.

   En outre, ces hommes, qui sont profondément prisonniers de leurs préjugés culturels locaux, lesquels, comme tout préjugé humain, ne reposent sur aucune donnée effective, hormis le simple plaisir de se complaire à soi-même par de telles affirmations farfelues, manquent de connaissance fondée sur l’essence de l’intelligence humaine. Le terme « intelligence » provient du latin intelligentia, ou faculté de percevoir, de comprendre.L’intelligence est un dérivé d’intellegere, qui signifie discerner, saisir, comprendre. Cette faculté, qui élève l’Homme au-dessus des autres vivants, a deux dimensions que cette élite mérina semble ignorer. D’une part, on peut reconnaître, en l’être humain, l’existence d’une intelligence pragmatique et/ou pratique. Elle permet à tout un chacun de s’adapter à son lieu de vie, ce qui est commun à tout le monde ; ou d’être performant, voire habile dans la gestion des affaires, de quelque nature qu’elles soient. Elle exige quelque compétence, comme le savoir-faire ; et de ce point de vue, elle est de l’ordre de l’organon, voire d’une forme de technique, qui permet de réussir dans des entreprises de type commercial, économiques, industriel, voire politique[18]. Une telle intelligence, selon Descartes, apparaît comme la spécificité du genre humain. C’est en ce sens qu’il écrit : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ». Sans doute, l’élite mérina de Madagascar parlerait essentiellement d’une telle intelligence, qui est le lot que la nature lui aurait accordé par rapport à d’autres peuples malgaches ; encore que, hormis l’affirmation de principe et la tromperie relative à quelques données fragiles, comme le pourcentage de réussites aux concours et examens des élèves et étudiants mérina à Madagascar, rien ne le prouve. Nonobstant une telle intelligence n’est pas forcément la plus enviable, ni la plus remarquable que l’espèce humaine possède. Il y a, en outre, et essentiellement l’intelligence fine ou théorique ; celle que les philosophes et, de nos jours, les scientifique ont en partage ; et qui leur a permis de penser et de comprendre le monde physique, voire d’édifier les mondes humains (entre autres, l’invention de la science politique qui a rendu possible l’organisation civile par les hommes d’action). Elle est la quintessence même de l’Homme. La quintessence de l’intelligence est donc la forme la plus raffinée en nous. C’est pourquoi, Descartes apporte des précisions dans sa définition de l’intelligence humaine, en ce sens que le niveau élevé de celle-ci démontre, en effet, que : « la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ». Mieux encore, selon Descartes, « car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien ». C’est par elle seule qu’il lui est possible de s’élever à la compréhension des phénomènes abstraits, d’en saisir toute la substantifique essence voilée aux yeux des individus ordinaires. C’est aussi grâce à elle que l’univers prend sens au regard des intelligences savantes. Mieux, elle donne la clef du fonctionnement effectif du monde et des mondes, humain ou matériel. Visiblement, sur cette dimension de la quintessence de l’intelligence humaine, nos élites mérinas d’Antonanarivo semblent muettes. Elles en ignorent l’existence ; ce qui donne lieu, chez elles, à cette tentation de s’élever au rang de modèle d’intelligence, non seulement pour les peuples malgaches, mais également pour l’humanité tout entière ; ou presque.

   Donc, cette élite, supposée plus intelligente que les autres malgaches, ne sert strictement à rien, si ce n’est de paraître dans le microcosme d’Antananarivo. Si les membres de celle-ci étaient, (je vise ici cette minorité mérina d’Antananarivo) à ce point supérieurs ou plus intelligents que les autres, comme ils le prétendent de façon ostentatoire là-bas, alors on pourrait leur faire les remarques suivantes, au nom du peuple malgache souffrant : vous auriez fait de ce beau pays un pays de cocagne, un eldorado[19]. Sans vous en rendre compte, vous vous contentez de vivre dans un univers mental stérile, inculte, enfermé sur soi dans la consommation exclusive d’un matérialisme trivial[20]. Sans la salutaire culture savante qui vous aurait éclairés. A Antananarivo, vous vous cloisonnés dans votre petit univers fictif des fils de je ne sais quels cieux. et pour vous distinguer de vos racines africaines, vous qui vous dites descendants des rois Merina, vous avez inventé un mythe grossier pour vous rattacher à la Bible, et même à la culture indo-européenne. Vous vous dites descendants d’un certain Thor[21], troisième fils d’Abraham, dont on ne trouve guère de traces dans aucun livre sacré hébraïque. Ce fils aurait émigré dans le Caucase où il prit racine et d’où ses descendants seraient allés peupler l’Asie, lieu de provenance des Merina (Malaisie, Java). N’est-ce pas s’enfermer dans des fictions, des rêveries absurdes ? Bien au contraire, comme tous les pouvoirs sont entre vos mains, il sied d’assumer, aujourd’hui, la responsabilité totale de cette débâcle économique, politique, sociologique etc., que connaît Madagascar.

     Nonobstant, la croyance en l’intelligence supérieure des Merina est fortement ancrée dans les esprits, au même titre qu’une croyance religieuse. Je m’en suis rendu compte lors d’une soirée de discussion sur les problèmes de Madagascar. C’était chez Pierre Marque. Il y avait un haut commis de l’Etat, membre d’un Cabinet ministériel de la transition, qui n’a pas souhaité que je mentionne son nom dans ces données. Il y avait également Charles Ratsifaritana, astronome, professeur à l’Université d’Antananarivo et Henri Rasoloarijoana, un malgache de la diaspora, ancien professeur dans une Université des Etats-Unis, expert international et potentiel candidat à la Présidence du pays. J’interrogeai d’abord le haut commis et l’astronome sur cette légende concernant la supériorité des Merina, puisque tous sont des membres de ce peuple. Ils me firent remarquer qu’il ne s’agit pas d’une légende mais d’un fait incontestable. Les raisons sont les suivantes : d’abord, les établissements scolaires d’Antananarivo sont continûment en concurrence, du moins, les grands lycées de cette ville, pour figurer parmi les meilleurs. L’Université d’Antananarivo a un meilleur niveau que celui des universités des régions côtières. Et on s’aperçoit qu’au niveau des concours et examens, les candidats merina sont toujours les meilleurs. Toutefois, je leur fis remarquer que cet argument n’est pas solide et ne démontre rien. D’une part, les jeunes d’Antananarivo sont privilégiés par rapport à leurs compatriotes de l’intérieur du pays. En France, Pierre Bourdieu avait démontré le même décalage entre les étudiants de Paris et les étudiants provinciaux. Car, écrit-il : « les étudiants ont des connaissances d’autant plus riches et plus étendues que leur origine sociale est plus élevée[22] ». Mais il n’en conclut pas pour autant que les Parisiens, issus de milieux aisés², sont plus intelligents que ceux de la province ; ce qui aurait été contradictoire puisque lui-même, issu de la province, fit de si brillantes études à Paris qu’il accéda, comme professeur, au Collège de France. Par rapport à cette analyse, l’astronome reconnut, du bout des lèvres, qu’il y a de brillants individus qui viennent des côtes. Mais, de brillants individus n’impliquent pas que tous les côtiers le sont.

     Ensuite, le succès aux concours et examens n’est pas non plus un argument valable. Il en est de même des succès aux examens à l’Université. En effet, s’il est vrai que ce sont les Merina qui ont le monopole de la culture, de l’administration, le facteur humain joue un rôle important : rien n’empêche les membres des jurys, les correcteurs de concours et examens, les enseignants, de favoriser un élève en fonction de son patronyme ou en raison de son origine. Personne ne peut contester ce fait ; surtout dans le contexte de valorisation d’un peuple par rapport aux autres composantes de Madagascar. Dès lors, la sélection perfide et injuste jouant à tous les niveaux, il n’est pas étonnant que les Merina prétendent être plus intelligents que les autres.

     Comme cette problématique devenait récurrente, j’ai dû changer de sujet de conversation ; d’autant plus que l’objet de notre rencontre était d’échanger autour d’une possible solution aux problèmes que traverse ce pays. Et tel était aussi le souhait de Charles Ratsifaritana qui me fit sortir d’une conversation à deux sur l’astrophysique. Quand je lui fis remarquer que les élites malgaches devraient être humiliées par rapport au fabuleux travail du Père Pedro qui fournit de nombreux logements à leurs compatriotes démunis ainsi que du travail, il me répondit : « Personnellement, je ne me sens pas humilié car, suivant mes modestes moyens, je porte assistance aussi aux gens démunis. Sans une volonté politique on ne peut résoudre les problèmes de la pauvreté à Madagascar ». A ce sujet, je posai la question au haut commis afin de savoir ce qu’il pensait des récents accords politiques. Il me répondit ceci : « Je n’y crois pas du tout, car un groupe pléthorique[23] ne peut contracter un accord sérieux. En outre, nous les Merina, nous ne sommes pas sincères ; nous sommes très hypocrites et nous n’avons pas confiance les uns aux autres. Les Vazaha (Blancs) font semblant de se chamailler et les Malgaches font semblant de s’unir ». Il n’est pas le seul à douter de la sincérité des politiciens malgaches.

     Dans cette affaire, même les journalistes n’y croient pas. Telle est l’opinion de Jean Razafindamba, dans l’Express de Madagascar (vendredi 13 août 2010) qui, devant tant de farces, s’interroge en ces termes : « La sincérité des politiciens[24] est-elle proportionnelle au volume de ses intérêts politiques ? Au diable donc la vérité qui n’est d’aucune vertu tant et aussi longtemps qu’elle ne fasse souffler les bons vents dans la direction de ses propres intérêts politiques. Voilà les leçons que les jeunes générations ont retenues : suivez la voie de votre portefeuille même si elle est en conflit ouvert avec celle de votre conscience et celle de vos principes moraux ». Et il explique que l’une des causes de cet état de fait est liée à « la profondeur de l’ignorance collective » « proportionnelle au nombre des années » avec le nivellement progressif de l’éducation scolaire et universitaire et de « la pyramide sociale ».

     Puis, je demandai à ce haut commis anonyme s’il y a un homme à Madagascar sur lequel on puisse compter pour sortir ce pays de la crise. Il me répondit par la négative, car tout le monde est corrompu. Selon sa formule : « La corruption à Madagascar est comme l’air qu’on respire ; et elle tient tout le monde dans les filets de sa puissance agréable ». J’insistai en invoquant le nom d’Andry Rajoelina ; mais il me répondit spontanément : « Il ne peut rien faire pour le pays et n’a pas les capacités pour le diriger. Il se laisse influencer par ses conseillers, qui ont plus de poids que mon ministre de tutelle ». Selon lui, Andry Rajoelina n’est pas exempt de corruption ; il est sensible à l’attrait de l’argent et, selon les rumeurs, son milieu immédiat (certains membres de sa famille) serait mêlé au trafic du bois de rose.

     Quant au professeur Henri Rasoloarijaona, futur candidat à la présidence, il fait des conférences informatives devant des milieux amis d’Antananarivo. Mais les journalistes refusent de publier ses interventions sans contrepartie financière. Tout est monnayable à Madagascar. Enfin, il participe à la création d’une Banque, à un projet de création d’usine. En somme, suivant son projet, il s’agit de gagner de l’argent à l’étranger, d’abord et, ensuite, de le rapatrier en son pays pour aider ses compatriotes ; une manière comme une autre de préparer son accession à la présidence de Madagascar.

Des paradoxes inhérents aux peuples malgaches

     Avant de poursuivre cette analyse, il importe d’examiner les mobiles qui m’ont conduit à m’intéresser au cas de Madagascar. L’une des raisons pour lesquelles j’ai effectué ce long voyage dans les mers australes (La Réunion, puis Madagascar), tenait au fait que je désirais y chercher une source d’inspiration dans le cadre d’un projet d’écriture. En m’aventurant dans une autre forme d’écriture, je pensais donner congé, pour quelques temps, du moins, aux contraintes de la recherche scientifique, aux activités anthropologiques et philosophiques. Je pensais que l’imagination et la fiction étaient une sorte de repos pour l’esprit. Mais, je n’avais pas pris en compte le facteur aléatoire[25], que des axiomatiques mathématiques autant que les découvertes de la physique quantique, mettent en évidence. En réfutant les déterminismes classiques et l’ambition de la philosophe et/ou de la raison grecque de tout maîtriser, de tout savoir, de tout déterminer, ces sciences, qui sont proches du réel nouménal, démontrent que nous sommes comme les particules de la matière, soumis à l’indéterminisme, à l’aléatoire. Effectivement, je n’aurais jamais pensé que je rencontrerai un Français « Malgache » en la personne de Pierre Marque, qui s’intéresserait autant que moi-même aux problèmes de la misère des Malgaches. Aussi, mes cahiers prévus pour cueillir mes sources d’inspiration servirent à prendre des notes en vue de comprendre pourquoi Madagascar est dans cet état social et économique si catastrophique. Ce souci humain et intellectuel m’amena à entrer librement en contact avec les Malgaches de divers niveaux sociaux et de diverses régions. Je livrai avec eux des discussions libres et sans crainte que l’on me renvoie à mon statut d’étranger à ce pays. Heureusement, à Madagascar, comme en France et au Burkina-Faso, la liberté d’opinion est totale.

     D’ailleurs, suis-je réellement un étranger dans ce pays ? Ayant totalement adhéré à la pensée des premières élites noires (Kouamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Frantz Fanon… et aujourd’hui le Président Kadhafi qui a repris le flambeau), qui avaient prôné et défendu le principe de l’unité des peuples africains, je m’accorde le privilège de me comporter comme un libre citoyen de tout pays, partout en Afrique subsaharienne. Suis-je originaire de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Ghana ? Je n’en sais rien et que m’importe ? Je me déclare le premier citoyen des Etats Libres de l’Afrique. Et si quelque ensemble organisé des Etats pouvait m’accorder la carte d’identité des Etats Libres-Unis de l’Afrique, je la prendrais immédiatement. Car, sans me compter parmi l’élite noire contemporaine, je juge qu’en tant que simple individu, originaire de ce continent, j’ai, comme les autres, une responsabilité morale, des devoirs d’être humain par rapport aux africains et aux Malgaches d’aujourd’hui et de demain. En ce sens, nous devons, chacun suivant ses moyens, son statut, repenser les données de ce continent humilié durant plusieurs siècles (et qui l’est encore), construire un meilleur avenir pour les générations futures. Les nationalismes, dans cette Afrique en miettes, ont montré leurs limites depuis les années 1960. Ils sont stériles, égoïstes et rétrogrades.

     La première réflexion qui me fit m’interroger sur les problèmes de Madagascar fut celle d’un ami français, relative à la bonne intelligence entre les différents peuples malgaches : « Le problème majeur de ce pays, les raisons de son retard économique et du blocage politique présent ont la même cause : le racisme des Mernes. Ils font preuve d’un racisme féroce à l’égard des autres peuples malgaches, notamment des côtiers. Vrai ou faux ? » demanda-t-il à R.Rafitoson, notre ami chauffeur Merina lui-même et qui répondit timidement : « Si l’on excepte l’hypocrisie des gens des hauts plateaux (les Merinas) qui ne veulent pas l’avouer publiquement, on pourrait dire qu’il en est ainsi ». Cet ami continua à parler de leurs poids économique, de leur influence insidieuse dans la politique, de leur présence massive dans la haute administration etc. Par la suite, je compris moi-même, par mes observations et mes enquêtes sur le terrain, l’effectivité, la réalité obsédante de ce problème entre les peuples et les composantes humaines de ce pays. Car, pendant mon séjour à Antsiranana, ce problème revint à plusieurs reprises dans les conversations. Rafitoson, un ami, semblait quelque peu agacé par ces récriminations contre les Merina. Dès lors, lorsque je fus seul avec lui, il fit la remarque suivante : « C’est vrai que les Merina sont plus intelligents que les autres (côtiers). D’ailleurs, une étude internationale a montré que les Malgaches (sous entendu les Merina) figurent parmi les dix premiers peuples les plus intelligents du monde. Mieux, ils sont devant les Français par deux rangs ».

     Je ne sus d’où il tirait cette étude dont il ne put me donner la référence. Je lui fis remarquer que les faits, sur ce point précis, semblent prouver le contraire : la France est une grande puissance économique et les Français ont édifié l’une des plus belles civilisations au monde. Des élites brillantes (philosophes, hommes de lettres, artistes, inventeurs, chercheurs…) ont émergé de leur sein. Il en est autrement de Madagascar qui est, aujourd’hui, incapable de nourrir ses habitants, ni de prendre soin de leur santé, malgré la belle intelligence supposée de sa population ou de ses élites (Mérina). Je compris qu’il s’agissait en fait de ce que j’ai appelé le « narcissisme des nations » dans le premier tome de ces enquêtes. Rafitoson poursuivit ses justifications : « En fait, les côtiers sont jaloux de notre réussite.[26] Nous travaillons beaucoup plus qu’eux[27]. Tu as vu toi-même dans les hôtels et ailleurs, la protestation des patrons contre la lenteur de leurs personnels et leur travail bâclé. Ce sont des mangeurs de kat, ces feuilles qu’ils mâchonnent à langueur de journée et qui les rendent indolents. De même, lorsque des membres de leur groupe, qui occupent de hautes fonctions à Antananarivo, se rendent chez eux, ils exigent la compagnie d’une jeune fille vierge. Les jeunes filles Antandroy, par exemple, se marient à l’âge de douze ou treize ans. Ces mêmes Antandroy n’envoient pas leurs enfants à l’école et sont polygames.

   A Antsiranana je rencontrai une dame dont j’ai déjà parlé : Mme Evelyne Tusevo, professeur de droit en France, membre de la famille royale d’Ambilobe. Son père fut ministre du temps de Philibert Tsiranana. Ayant feuilleté le premier tome de mes enquêtes sur les problèmes économico-politiques des pays africains et malgaches, que j’avais emmené là-bas, elle se mit à m’entretenir longuement de la faillite de son pays d’origine. Selon elle, ce sont les Merina qui ont tous les pouvoirs à Madagascar, notamment les pouvoirs politiques et économiques : « Quand Tsiranana a accédé au pouvoir, les Merina se sont dit : « et pourquoi pas nous ? » Il en fut de même de Ratsiraka et du professeur Albert Zafi. Quand ils purent enfin prendre le pouvoir (Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina), ce fut la catastrophe. D’ailleurs, quand les côtiers prennent le pouvoir, ils sont manipulés par les Merina ». Ces derniers propos seront confirmés à Nosy-Be par toux ceux que j’ai pu y rencontrer. D’abord, selon A.Andriamanohy, les Malgaches sont des peuples passifs ; des éternels assistés car ils ne sont pas égaux devant l’Etat. Les élites des côtes sont les marionnettes des Merina. D’ailleurs, dit-il : « quand nous étions au pouvoir avec Ratsiraka, nous n’avons rien fait pour les Malgaches. Toutes nos initiatives étaient contrôlées, voire rejetées quand elles ne s’accordaient pas avec leurs intérêts. C’est ce qui crée la paralysie des institutions. Même l’armée, composée de côtiers et de Merina, penche du côté du pouvoir merina. Elle ne peut rien faire pour sauver Madagascar de cette situation bien confuse. »[28] C’est lui qui m’informa que les Merina seuls sont directeurs de banque à Madagascar. D’ailleurs, quand on aborda ces sujets, il y avait à sa table, l’un de ses amis Merina, directeur d’une Banque, la « Bank of Africa », je crois. Celui-ci était visiblement gêné par la nature de notre conversation et finit par quitter la table.

     Quant à Jaffar de Nosy-Be, il était plutôt radical dans ses prises de position. Il rejette l’histoire officielle enseignée dans les écoles et consignée dans les manuels scolaires et universitaires. Selon lui, c’est l’histoire des Merina et non pas celle de l’ensemble des peuples malgaches, comme les Sakalava, supposés premiers occupants de Madagascar. Plus tard, je compris que sa révolte était justifiée : en visitant les lieux historiques, comme le Rova ou les tombeaux d’Ambohimanga, on se rend à l’évidence de cette réalité. Les guides répètent inlassablement les mêmes discours concernant l’avènement des rois Merina, oubliant totalement l’histoire des autres peuples de Madagascar. Même les photos dévoilent la couleur sombre des reines, hormis celle de Ranavalona 1ère, qui est manifestement de type asiatique. On jaunit même la reproduction de ces photos, comme celle de Ranavalona III, qui était pourtant bien noire. Ces quelques observations ironiques montrent, à l’évidence, qu’il y a une volonté de manipulation de l’histoire dont je comprendrai les raisons plus tard, par la rencontre d’élites Merina à Antananarivo. Je pris alors conscience du fait qu’à Nosy-Be, quelques extrémistes Sakalava soient tentés de refaire l’histoire de Madagascar à leur manière et dans l’intérêt de celle des rois Sakalava. C’est le cas de Jacques Zeny[29], qui créa son propre musée, gardien de la mémoire des rois Sakalava, avec quelques vestiges, des photos, une lecture différente des faits par rapport à celle que l’on me fera entendre à Antananarivo. Jaffar, autant que Jacques Zeny, insistèrent aussi sur le fait que tous les directeurs des grandes administrations sont des Merina. Ils m’en donnèrent la preuve par la visite du bureau du P.I.C (Pôles Intégrés de Croissance), une création de Marc Ravalomanana. Toutes les embauches, dans ce bureau, ont été faites depuis et à Antananarivo. C’est également Zeny Jacques qui me parla du « Club 48 », qui regrouperait les familles bourgeoises, les élites, les opérateurs économiques Merina ; en somme, le cœur du pouvoir qui tient le pays d’une main de fer. D’après Rafitoson, il s’agit de familles de notoriété publique : les Ranjeva, les Ratsirahonana, les Razakaboana, les Andriatsitorina etc. Ce serait un club de sang princier (nobles) à la peau claire et aux cheveux lisses ; en somme, tous ses membres se réclament de descendants des rois Merina.

     C’est à Antananarivo que j’ai pu entendre des propos contrastés sur ces faits. Pierre Marque eu l’idée d’organiser des rencontres chez lui et c’est ainsi que j’ai pu approcher des membres de l’élite merina de cette ville. Ainsi, je fis la connaissance du sociologue Rakotoniaina Lala Jean et de bien d’autres élites de l’intelligentsia et de la haute administration malgaches, surtout merina. Je me propose, d’abord, de synthétiser les analyses de ce dernier. Selon lui, il ne faut pas juger les peuples malgaches avec les yeux et la conscience des Occidentaux[30]. On peut être riche de cent zébus et pourtant demeurer dans une cabane et habillé d’un simple pagne. Nous avons édifié une civilisation végétale au sens où l’on vit en harmonie avec la Nature et dans la modestie. L’argent n’a aucune valeur ; l’amitié, la cohésion, la spiritualité ont seules une valeur inestimable. Ainsi, 4 à 25% de Malgaches vivent de l’économie de subsistance et seulement 1% de Malgaches suivent le mode d’existence à l’occidental ; 15% des gens sont dans le circuit de l’économie occidentale. Je lui fis remarquer qu’en dépit de la véracité de son propos, je ne peux concevoir qu’une partie des Malgaches puisse vivre dans l’opulence ostentatoire comme le montre un quartier d’Antananarivo appelé « le petit Neuilly ». « Le peuple se contente de peu », dit-il. Toutefois, reconnaît-il, en raison du dynamisme des peuples Malgaches, il importe aujourd’hui de trouver une solution économique afin de contourner, voire de dépasser la crise récente.

     Concernant les élites politiques et la situation économico-financière du pays, il se montre très dur. Ses analyses sont sans concession par rapport à la veulerie de celles-ci. Selon lui, la duperie des élites politiques malgaches formées en France, ne date pas d’aujourd’hui. Ainsi, pendant la période des travaux forcés, les colons français tâchaient de nourrir les gens : ils les pourvoyaient en viande et en riz ; mieux, ils les transportaient des lieux de rassemblement aux lieux de travail. Quand le temps fut venu de les payer, les colons retiraient une partie de leur salaire, comme une contribution aux impôts. Quand il s’est agi de nommer des Malgaches responsables[31] des travaux, ces derniers s’empressèrent de détourner, déjà, les aliments fournis par les colons et affamaient donc leurs propres frères. Pendant ce temps, ils alimentaient la contestation[32] contre les Français accusés de forcer les Malgaches aux travaux inhumains. C’est en ce sens qu’on peut dire que les pratiques politiques, qui paralysent le pays, sont anciennes, mais camouflées. Pourtant, ces mêmes élites ont accepté le « Pacte colonial » et se sont engagées à servir les intérêts de l’Etat français au détriment de leurs propres peuples. Ainsi, en 1972, Ratsiraka s’est vendu à l’Union Soviétique. En 2002, Ravalomanana s’est vendu, lui aussi, aux Américains et vendu tout le pays aux étrangers. Ces élites politiques Malgaches sont des chevaux que les puissances étrangères éperonnent constamment.

     Quant au continent africain, c’est aujourd’hui un véritable terrain de football pour les Chinois. C’est par la colonisation française que les peuples étrangers ont pu s’installer à Madagascar : les Indiens à l’ouest (d’ou le métissage avec les femmes malgaches) ; les Chinois à l’est. Mais ceux de Formose étaient mieux intégrés que les Chinois de Pékin qui nous envahissent aujourd’hui. A Tamatave (Toamasina), il y a beaucoup de métis chinois et cela s’explique par le fait que les Malgaches sont des peuples récepteurs : ils consentent volontiers à s’enrichir de gènes étrangers. Ces métis sont une sorte de porte d’entrée pour la Chine contemporaine. Ces derniers apportent aux Malgaches l’art de comptabiliser l’argent en millions de dollars. Ce faisant, ils ôtent aux Malgaches toute initiative. Ces Chinois, en général, ont une double nationalité : ils se naturalisent Malgaches tout en conservant leur nationalité d’origine. Entre l’immixtion des Chinois et les multinationales, le paysan malgache est pris au filet : il n’a plus de droits, de patrie, d’économie réelle. Les Chinois travaillent avec les Chinois malgaches et ils les privilégient par rapport aux autres malgaches. En outre, les importations massives de produits chinois appauvrissent les petits commerces malgaches. Plus tard, on peut craindre le pire. Aussi, parle-t-on, à propos des Malgaches, de « katmi » (ou quatre misères).

   A propos de l’histoire, je n’ai pas retenu grand chose parce que les propos de M. Rakotoniaina n’étaient pas toujours très clairs, ni ses analyses faciles à suivre rigoureusement. Mais, contre la manipulation historique d’une minorité d’élites en Imérina, il fait remarquer que la royauté merina n’a pas surgi ex nihilo. Elle doit aux peuples voisins son fondement. Ainsi, les traditions claniques viennent des Betsimisaraka ; et la hiérarchie monarchique du Royaume Sakalava. Ce sont, d’ailleurs, deux femmes, Rangita, surnommée la « crépue », en raison de ses origines africaines, et Kafohy, la « naine », à cause de son origine asiatique, qui ont fondé la royauté et la société des Merina, « la naine »[33]. Tous les Merina de sang princier descendent de ces deux femmes. C’est ce qui explique que, pendant longtemps, la société était matriarcale. Nous n’avons pas de patrie, mais une « matrie », si ce mot existait. Les enfants étaient rattachés à leurs oncles maternels. Cette tradition pris fin avec l’avènement de l’esclavage sur l’île : les oncles maternels n’ont pas hésité à vendre leurs neveux et, quand ceux-ci recouvraient la liberté et revenaient chez eux, ils poignardaient leurs oncles dans le dos pour se venger de leur trahison. Et telle fut la cause du changement des traditions etc. Au regard de ces faits, il se montre très dur par rapport au « club 48 ». Selon lui, il s’agit d’une tendance politique, qui s’apparente tout à fait à l’idéologie nazie. Cette élite minoritaire se considère comme composée d’êtres supérieurs : ils ont la puissance intellectuelle, les pouvoirs économiques et politiques. « Selon moi, il s’agit ni plus, ni moins d’un club raciste »[34].

madagascar

     J’ai toujours considéré que le sentiment humain qu’on appelle racisme relève soit de l’ignorance soit d’une faiblesse de l’esprit. Généralement, selon Spinoza, l’ignorance relative à autrui tient au fait que ce genre d’individus est incapable d’accéder à la pensée rationnelle. Autrement, en vivant sous l’angle de la connaissance rationnelle, ils considèreraient que « l’homme est un dieu pour l’homme »[35]. Ils vivent encore comme les enfants, sous l’empire de la connaissance du premier genre. Il s’agit d’une connaissance inadéquate de la nature des choses (II, 40, sc.2) ; et de la connaissance inadéquate des lois de la Nature. Dès lors, ce genre de connaissance se contente de traduire les conditions naturelles de notre existence en pseudo-savoirs, dans la mesure où nous n’avons point d’idées adéquates des phénomènes. En somme, ce genre de connaissance est structuré par l’enchaînement des idées inadéquates et des affects-passions qui en découlent.

   Ensuite, il s’agit d’une pathologie ou d’une faiblesse de l’esprit. Tout genre de complexe (infériorité, supériorité) dérive de ce genre de mal-être en soi. Pour ce qui est du complexe de supériorité, un esprit sain n’a pas besoin de s’affirmer supérieur. S’il l’est, comme l’autorité, qui élève naturellement quelqu’un et lui permet de dominer la fascination du pouvoir sur autrui, cela se saurait de façon évidente. Celui-là même qui se met dans une telle posture doit manquer d’assurance, voire éprouver, au fond de soi, quelque sentiment d’infériorité. Le lion a-t-il besoin de s’affirmer supérieur devant les autres animaux ? Il s’impose de fait par sa puissance physique. En outre, concernant cette minorité orgueilleuse et prétentieuse mérina d’Antananarivo, il s’agit d’une véritable irresponsabilité, d’un enfantillage au regard de la grande misère des peuples de ce pays. Ces idées rétrogrades, ces élucubrations stériles, cette idéologie surannée copiée sur d’autres peuples ne la grandit nullement. Si elle était à ce point supérieure, cela se saurait dans le monde entier : elle aurait sauvé son pays de l’effondrement social, du désastre économique. Ainsi, les philosophes et les scientifiques, qui sont des êtres de lumière et qui ont apporté à l’Humanité beaucoup de savoirs de toutes natures et dans diverses dimensions de ses réalités, lesquels l’ont éclairée, ne se contentent pas d’affirmer qu’ils sont intelligents. Ils le prouvent justement par les productions de leur suprême intelligence. Or, dans le cas de cette minorité d’élites mérina en question, il n’en est rien.

     En outre, ces hommes, qui sont profondément prisonniers de leurs préjugés culturels locaux, lesquels, comme tout préjugé humain, ne reposent sur aucune donnée effective, hormis le simple plaisir de se complaire à soi-même par de telles affirmations farfelues, manquent de connaissance fondée sur l’essence de l’intelligence humaine. Le terme « intelligence » provient du latin intelligentia, ou faculté de percevoir, de comprendre. L’intelligence est un dérivé d’intellegere, qui signifie discerner, saisir, comprendre. Cette faculté, qui élève l’Homme au-dessus des autres vivants, a deux dimensions que cette élite mérina semble ignorer. D’une part, on peut reconnaître, en l’être humain, l’existence d’une intelligence pragmatique et/ou pratique. Elle permet à tout un chacun de s’adapter à son lieu de vie, ce qui est commun à tout le monde ; ou d’être performant, voire habile dans la gestion des affaires, de quelque nature qu’elles soient. Elle exige quelque compétence, comme le savoir-faire ; et de ce point de vue, elle est de l’ordre de l’organon, voire d’une forme de technique, qui permet de réussir dans des entreprises de type commercial, économiques, industriel, voire politique[36]. Une telle intelligence, selon Descartes, apparaît comme la spécificité du genre humain. C’est en ce sens qu’il écrit : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ». Sans doute, l’élite mérina de Madagascar parlerait essentiellement d’une telle intelligence, qui est le lot que la nature lui aurait accordé par rapport à d’autres peuples malgaches ; encore que, hormis l’affirmation de principe et la tromperie relative à quelques données fragiles, comme le pourcentage de réussites aux concours et examens des élèves et étudiants mérina à Madagascar, rien ne le prouve. Nonobstant une telle intelligence n’est pas forcément la plus enviable, ni la plus remarquable que l’espèce humaine possède. Il y a, en outre, et essentiellement l’intelligence fine ou théorique ; celle que les philosophes et, de nos jours, les scientifique ont en partage ; et qui leur a permis de penser et de comprendre le monde physique, voire d’édifier les mondes humains (entre autres, l’invention de la science politique qui a rendu possible l’organisation civile par les hommes d’action). Elle est la quintessence même de l’Homme. La quintessence de l’intelligence est donc la forme la plus raffinée en nous. C’est pourquoi, Descartes apporte des précisions dans sa définition de l’intelligence humaine, en ce sens que le niveau élevé de celle-ci démontre, en effet, que : « la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ». Mieux encore, selon Descartes, « car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien ». C’est par elle seule qu’il lui est possible de s’élever à la compréhension des phénomènes abstraits, d’en saisir toute la substantifique essence voilée aux yeux des individus ordinaires. C’est aussi grâce à elle que l’univers prend sens au regard des intelligences savantes. Mieux, elle donne la clef du fonctionnement effectif du monde et des mondes, humain ou matériel. Visiblement, sur cette dimension de la quintessence de l’intelligence humaine, nos élites mérinas d’Antonanarivo semblent muettes. Elles en ignorent l’existence ; ce qui donne lieu, chez elles, à cette tentation de s’élever au rang de modèle d’intelligence, non seulement pour les peuples malgaches, mais également pour l’humanité tout entière ; ou presque.

   Donc, cette élite, supposée plus intelligente que les autres malgaches, ne sert strictement à rien, si ce n’est de paraître dans le microcosme d’Antananarivo. Si les membres de celle-ci étaient, (je vise ici cette minorité mérina d’Antananarivo) à ce point supérieurs ou plus intelligents que les autres, comme ils le prétendent de façon ostentatoire là-bas, alors on pourrait leur faire les remarques suivantes, au nom du peuple malgache souffrant : vous auriez fait de ce beau pays un pays de cocagne, un eldorado[37]. Sans vous en rendre compte, vous vous contentez de vivre dans un univers mental stérile, inculte, enfermé sur soi dans la consommation exclusive d’un matérialisme trivial[38]. Sans la salutaire culture savante qui vous aurait éclairés. A Antananarivo, vous vous cloisonnés dans votre petit univers fictif des fils de je ne sais quels cieux. et pour vous distinguer de vos racines africaines, vous qui vous dites descendants des rois Merina, vous avez inventé un mythe grossier pour vous rattacher à la Bible, et même à la culture indo-européenne. Vous vous dites descendants d’un certain Thor[39], troisième fils d’Abraham, dont on ne trouve guère de traces dans aucun livre sacré hébraïque. Ce fils aurait émigré dans le Caucase où il prit racine et d’où ses descendants seraient allés peupler l’Asie, lieu de provenance des Merina (Malaisie, Java). N’est-ce pas s’enfermer dans des fictions, des rêveries absurdes ? Bien au contraire, comme tous les pouvoirs sont entre vos mains, il sied d’assumer, aujourd’hui, la responsabilité totale de cette débâcle économique, politique, sociologique etc., que connaît Madagascar.

     Nonobstant, la croyance en l’intelligence supérieure des Merina est fortement ancrée dans les esprits, au même titre qu’une croyance religieuse. Je m’en suis rendu compte lors d’une soirée de discussion sur les problèmes de Madagascar. C’était chez Pierre Marque. Il y avait un haut commis de l’Etat, membre d’un Cabinet ministériel de la transition, qui n’a pas souhaité que je mentionne son nom dans ces données. Il y avait également Charles Ratsifaritana, astronome, professeur à l’Université d’Antananarivo et Henri Rasoloarijoana, un malgache de la diaspora, ancien professeur dans une Université des Etats-Unis, expert international et potentiel candidat à la Présidence du pays. J’interrogeai d’abord le haut commis et l’astronome sur cette légende concernant la supériorité des Merina, puisque tous sont des membres de ce peuple. Ils me firent remarquer qu’il ne s’agit pas d’une légende mais d’un fait incontestable. Les raisons sont les suivantes : d’abord, les établissements scolaires d’Antananarivo sont continûment en concurrence, du moins, les grands lycées de cette ville, pour figurer parmi les meilleurs. L’Université d’Antananarivo a un meilleur niveau que celui des universités des régions côtières. Et on s’aperçoit qu’au niveau des concours et examens, les candidats merina sont toujours les meilleurs. Toutefois, je leur fis remarquer que cet argument n’est pas solide et ne démontre rien. D’une part, les jeunes d’Antananarivo sont privilégiés par rapport à leurs compatriotes de l’intérieur du pays. En France, Pierre Bourdieu avait démontré le même décalage entre les étudiants de Paris et les étudiants provinciaux. Car, écrit-il : « les étudiants ont des connaissances d’autant plus riches et plus étendues que leur origine sociale est plus élevée[40] ». Mais il n’en conclut pas pour autant que les Parisiens, issus de milieux aisés², sont plus intelligents que ceux de la province ; ce qui aurait été contradictoire puisque lui-même, issu de la province, fit de si brillantes études à Paris qu’il accéda, comme professeur, au Collège de France. Par rapport à cette analyse, l’astronome reconnut, du bout des lèvres, qu’il y a de brillants individus qui viennent des côtes. Mais, de brillants individus n’impliquent pas que tous les côtiers le sont.

   Ensuite, le succès aux concours et examens n’est pas non plus un argument valable. Il en est de même des succès aux examens à l’Université. En effet, s’il est vrai que ce sont les Merina qui ont le monopole de la culture, de l’administration, le facteur humain joue un rôle important : rien n’empêche les membres des jurys, les correcteurs de concours et examens, les enseignants, de favoriser un élève en fonction de son patronyme ou en raison de son origine. Personne ne peut contester ce fait ; surtout dans le contexte de valorisation d’un peuple par rapport aux autres composantes de Madagascar. Dès lors, la sélection perfide et injuste jouant à tous les niveaux, il n’est pas étonnant que les Merina prétendent être plus intelligents que les autres.

   Comme cette problématique devenait récurrente, j’ai dû changer de sujet de conversation ; d’autant plus que l’objet de notre rencontre était d’échanger autour d’une possible solution aux problèmes que traverse ce pays. Et tel était aussi le souhait de Charles Ratsifaritana qui me fit sortir d’une conversation à deux sur l’astrophysique. Quand je lui fis remarquer que les élites malgaches devraient être humiliées par rapport au fabuleux travail du Père Pedro qui fournit de nombreux logements à leurs compatriotes démunis ainsi que du travail, il me répondit : « Personnellement, je ne me sens pas humilié car, suivant mes modestes moyens, je porte assistance aussi aux gens démunis. Sans une volonté politique on ne peut résoudre les problèmes de la pauvreté à Madagascar ». A ce sujet, je posai la question au haut commis afin de savoir ce qu’il pensait des récents accords politiques. Il me répondit ceci : « Je n’y crois pas du tout, car un groupe pléthorique[41] ne peut contracter un accord sérieux. En outre, nous les Merina, nous ne sommes pas sincères ; nous sommes très hypocrites et nous n’avons pas confiance les uns aux autres. Les Vazaha (Blancs) font semblant de se chamailler et les Malgaches font semblant de s’unir ». Il n’est pas le seul à douter de la sincérité des politiciens malgaches.

     Dans cette affaire, même les journalistes n’y croient pas. Telle est l’opinion de Jean Razafindamba, dans l’Express de Madagascar (vendredi 13 août 2010) qui, devant tant de farces, s’interroge en ces termes : « La sincérité des politiciens[42] est-elle proportionnelle au volum de ses intérêts politiques ? Au diable donc la vérité qui n’est d’aucune vertu tant et aussi longtemps qu’elle ne fasse souffler les bons vents dans la direction de ses propres intérêts politiques. Voilà les leçons que les jeunes générations ont retenues : suivez la voie de votre portefeuille même si elle est en conflit ouvert avec celle de votre conscience et celle de vos principes moraux ». Et il explique que l’une des causes de cet état de fait est liée à « la profondeur de l’ignorance collective » « proportionnelle au nombre des années » avec le nivellement progressif de l’éducation scolaire et universitaire et de « la pyramide sociale ».

   Puis, je demandai à ce haut commis anonyme s’il y a un homme à Madagascar sur lequel on puisse compter pour sortir ce pays de la crise. Il me répondit par la négative, car tout le monde est corrompu. Selon sa formule : « La corruption à Madagascar est comme l’air qu’on respire ; et elle tient tout le monde dans les filets de sa puissance agréable ». J’insistai en invoquant le nom d’Andry Rajoelina ; mais il me répondit spontanément : « Il ne peut rien faire pour le pays et n’a pas les capacités pour le diriger. Il se laisse influencer par ses conseillers, qui ont plus de poids que mon ministre de tutelle ». Selon lui, Andry Rajoelina n’est pas exempt de corruption ; il est sensible à l’attrait de l’argent et, selon les rumeurs, son milieu immédiat (certains membres de sa famille) serait mêlé au trafic du bois de rose.

   Quant au professeur Henri Rasoloarijaona, futur candidat à la présidence, il fait des conférences informatives devant des milieux amis d’Antananarivo. Mais les journalistes refusent de publier ses interventions sans contrepartie financière. Tout est monnayable à Madagascar. Enfin, il participe à la création d’une Banque, à un projet de création d’usine. En somme, suivant son projet, il s’agit de gagner de l’argent à l’étranger, d’abord et, ensuite, de le rapatrier en son pays pour aider ses compatriotes ; une manière comme une autre de préparer son accession à la présidence de Madagascar.

3-Retour en France : nécessité d’une investigation supplémentaire sur l’histoire de Madagascar

   La lecture de l’article de J. Lombard (« Le royaume Sakalava »), le livre de A. Grandidier (Madagascar et ses habitants, de E.de Flacourt (sous la direction de C. Allibert) – (Histoire de la Grande Ile de Madagascar), ou encore Les Africains (œuvre collective), voire L’histoire de l’Afrique noire d’hier à demain de Joseph Ki-Zerbo, on peut avoir une idée plus précise de l’histoire nationale des Malgaches.

   Comme Joseph Ki-Zerbo l’a écrit, les peuples de Madagascar ont une double origine : l’Afrique et l’Indonésie, ou plus exactement l’Océan Indien (Malaisie, Indonésie, Polynésie). Ce pays n’a cessé, depuis le IIIe siècle avant J.C., jusqu’à la grande expansion arabe du VIIe siècle, d’accueillir des migrants. Ensuite, à partir du XVe siècle, le pays vit arriver de nombreux marins européens, qui s’installèrent et firent souche par des mariages avec des femmes autochtones. D’où cette palette diversifiée de la population malgache.

   On ne peut aborder l’histoire complexe de Madagascar, même sous forme synthétisée, comme j’entends le faire ici, sans tenir compte des grands peuples, qui sont la richesse culturelle et humaine de ce pays. En tout premier lieu, les Betsileo se situent au Sud du pays Merina. Ce peuple a créé quatre principautés : l’Amidrano, l’Isandra, le Manadriana et le Lalangina. Andria Manalimbe, deuxième successeur de Rolambo, porta le royaume de l’Isandra à son apogée au XVIIIe siècle. Après avoir battu le Lalangina, il s’employa à édifier en de nombreux points, des pierres mâles (vatolahy) par lesquelles il montre des prises de possession. Comme d’autres rois de ce pays, Andria Manalimbe créa un conseil de princes de sang, composant ainsi la classe des nobles, et d’esclaves royaux. Il établit des relations, non seulement avec la côte, mais aussi avec les européens traitants. Mais, sous la pression de son peuple, il finit par les expulser de son royaume. Les produits d’exportation étaient composés essentiellement de riz et d’artisanat. Quant au Lalangina, il était sous la menace continuelle de Tanala à l’est. De ce fait, il perdit une partie substantielle de son organisation dynamique et vigoureuse. Ce royaume était divisé en quatre provinces gouvernées par des seigneurs. Des intendants royaux étaient chargés de surveiller les agissements des seigneurs. Le royaume échangeait des esclaves avec les rois Sakalava en échange de fusils ; d’où la création d’une petite armée. On imposait aux habitants des corvées estimées à partir de l’unité foncière.

   Le roi Andrianonindranarivo au XVIIIe siècle releva le royaume de Lalangina par son sens de l’organisation. Ainsi, sous son règne, l’agriculture fut encouragée et développée de façon substantielle. Il fit aménager des canaux de drainage à cet effet. Il fit chasser les gens oisifs, les vagabonds ou les réduisit à l’esclavage. Il créa même, avant les temps contemporains, des genres de municipalités gérées par des chefs élus. Il créa également une législation qui n’avait rien à envier, par sa rationalité et ses principes justes, aux lois contemporaines. En effet, il institua l’égalité des droits de succession pour les garçons et les filles. Il créa une hiérarchie au niveau de la justice et de l’armée, abolit la peine de mort, voire l’esclavage qu’on imposait aux parents d’un condamné. Cependant, après sa mort, le Lalangina, qui subissait les assauts continus des Tanala et qui était en conflit avec l’Isandra, sombra dans le déclin. Son successeur, Raindratsara partagea le royaume entre ses trois épouses, ce qui provoqua la balkanisation du territoire et des conflits dont les rois Merina surent profiter pour l’affaiblir et le soumettre.

   Le pays Betsimisaraka, sur la côte Est, s’ouvrit assez tôt aux navigateurs. Le Nord du pays semble avoir eu des influences judaïques car, selon divers témoignages historiques dont ceux d’Etienne de Flacourt[43] , ils reconnaissent, dans leurs traditions, des personnages bibliques comme, par exemple, dans l’ordre chronologique, Noé, Abraham, Isaac, Moïse et David etc., excepté Jésus Christ et Mahomet. Ils étaient divisés en clans patriarcaux avec lesquels les marins et autres aventuriers européens avaient établi des contacts marchands, dont la traite esclavagiste constituait l’essentiel. Certains d’entre eux finirent par s’établir dans le pays, notamment dans des zones comme l’île Sainte Marie, Foulpointe, Antongel etc. Ils se marièrent avec les femmes autochtones et créèrent ainsi des principautés métis (mulâtres), comme celle de Zena Malata. Dans cette dernière principauté, Ratsimilana accéda à la tête des Betsimisaraka du Nord contre ceux du Sud pendant le règne de Ramanana. Mais, après maintes péripéties guerrières, dans ce pays, entre groupes opposés, c’est le chef Ratsimilaho qui, en dernier ressort, réalisa une grande confédération Betsimisaraka ; même si celui-ci accorda aux trois régions la possibilité de garder leur autonomie. Comme d’autres grands rois de Madagascar, il fit un mariage politique avec Matavy, fille du roi Sakalava du Nord-Ouest. Par ce moyen, il signa un traité de commerce avec lui. Mais, après sa mort en 1751, n’ayant eu de dignes successeurs, le royaume périclita et fut bientôt envahi et dominé par les aventuriers et marins européens.

   Dans le Sud de Madagascar, notamment le Sud-Est, les peuples subirent l’influence des Arabes. Ces derniers se marièrent avec les autochtones dont une population métissée fut issue, à l’instar des Antaimoro. Ceux-ci créèrent un royaume important autour de la ville sainte d’Ivato. Les Antalaotra, originaires des Comores, sous la conduite du sultan fondateur, Ramalararo, étaient considérés comme la classe religieuse et intellectuelle et bénéficiant de nombreux privilèges. Les membres de cette caste étaient à la fois des devins, des astrologues, des scribes. Certains devins furent même admis à la cour de l’Imerina. En revanche, les pays Massikoro et Bara, jusqu’au XIXe siècle, vécurent en multiples clans, qui étaient en conflit continuels ; ce qui expliquait que les hommes marchaient en étant toujours armés. Quant aux Antandroy, ils vivent sur un territoire aride au milieu de buissons épineux et avec un taux d’humidité assez élevé. C’est ce qui explique la rudesse de ce peuple et le caractère élémentaire de leur organisation. Cependant, ils étaient réputés être des guerriers redoutables par leurs méthodes de razzia.

     La région Nord-Ouest de l’île est occupée essentiellement par les Sakalava. C’est le pays qui a été le plus fortement influencé culturellement par l’Afrique. Ce fut aussi le pays des grandes principautés[44]. Sans vouloir suivre toutes les péripéties historiques des origines des Sakalava et l’édification de leurs royautés[45], on peut retenir le plus significatif d’entre les princes Sakalava, en l’occurrence Andriandahifotsy, fondateur du royaume. Celui-ci étendit son royaume vers l’Est et vers le Nord. Il fut le premier, semble-t-il, de toutes les royautés malgaches à diviser le lignage princier en Volamena ou « descendants de l’or », c’est-à-dire les fils de la première épouse, elle-même princesse ; et en Volafotsy ou « descendants de l’argent » ; il s’agit des fils de ses autres femmes. Il établit des liens avec Frot-Dauphin où il envoya des ambassadeurs et reçut triomphalement en 1671 Desbrosses, un célèbre négociant français. Andriandahifotsy fit de son royaume un Etat bien structuré. Il était dirigé par un conseil qui comprenait les strates suivantes : des conseillers royaux (Ranitampanjaka), les ministres royaux (Mana-tany), le ministre de la guerre et des relations avec l’extérieur, le ministre de l’intérieur (Fahatelo). La cour elle-même rassemblait les princesses et les princes, les vassaux. Dans ses prises de décision, le roi consultait aussi les anciens (Ampiasa), le médecin, le devin attaché au service du roi. Autour de lui, il y avait aussi un écrivain arabe, un baide, un héraut et un bouffon. Ce roi s’éteignit en 1680, par excès d’alcool fourni par des marins anglais. Son successeur Andriamanetriarivo étendit le royaume vers le Nord et acquit des armes auprès de traitans européens. Sous son règne, le Menabe était devenu une grande puissance ; ce qui le poussa à attaquer, mais sans succès, les pays Betsileo et Merina. Il mourut en 1718 et n’eut point de successeur brillant.

     Cependant, son frère Andriamanetriarivo avec lequel il était en conflit, préféra se lancer vers le Nord et conquit un vaste pays qui s’étendait jusqu’à la plaine Betsiboka. Après avoir pris contact avec les Antalaotra, il les obligea, par la suite, à reconnaître son autorité. Il fonda ainsi le royaume de Boïna. Ses successeurs choisirent Marovosy comme résidence royale. A l’inverse, les Antalaotra se rassemblèrent sur la rive Est de Betsiboka. Ce fut à son embouchure que fut créé le port de Mahajunga en 1745. Le royaume de Boïna connut l’avènement de la reine Ravahiny (1778-1808). Elle présentait des similitudes avec la reine merina Ranavalona 1ère (1828-1861). Elle était contemporaine du roi merina Andrianampoinimerina. On lui attribuait une dureté dans l’application de la justice. Elle avait le monopole de la nomination des chefs arabes (ils étaient au nombre de trois) de Mahajunga. Elle changeait d’époux à sa guise. Les Antalaotra, qui avaient monopolisé le commerce de cette ville devaient s’acquitter de taxes importantes. Mais, au début du XIXe siècle, les royaumes Sakalava commencèrent leur déclin[46] ; ce qui donna du ressort aux royaumes périphériques pour rejeter le joug des rois Sakalava. Tel fut le cas de Nosy-Be et de Lambango. Pendant ce temps, l’expansion Merina se consolidait.

   Comme l’histoire officielle de Madagascar, du fait du monopole des Merina sur l’éducation en ce pays, se réduit essentiellement à celle de l’Imerina, celle-ci est donc bien connue de tous. Certes, de nos jours, elle est en partie ignorée par une majorité de Mlagaches (le taux de scolarisation est très bas en ce pays) ; ce qui donne lieu à toutes les manipulations possibles de la part d’une minorité d’élites Merina. Au sujet de l’origine de ces derniers, de leur installation et expansion sur les hauts plateaux, Joseph Ki-Zerbo écrit : « L’Imerina qui s’appelait d’abord l’Ankova (d’où le nom Hova) c’est-à-dire le cœur du pays, est situé au centre Nord des hautes terres médianes de Madagascar. Des émigrants d’origine malaise s’y installèrent vers le XVIIIe siècle après avoir stationné un moment autour de la baie d’Antongil sur la côte Nord-Est. Ils y rencontrèrent des autochtones Mazimba qui furent vaincus, dit la tradition, parce qu’ils ignoraient le fer. Et l’un des premiers rois Merina Andriamanelo (1540-1575), installé à Alasora, disposait d’armes en fer qui lui permirent d’éliminer les chefs des clans vaincus et de les remplacer par des parents ou d’en faire des vassaux. Un de ses successeurs, Ralambo (1575-1610) agrandit le domaine royal au Nord-Est de la future Tananarive, et au-delà de l’Ikopa. Il établit une structure féodale seigneuriale, doublée d’un embryon d’administration et désigna d’avance comme successeur Andrianjaka, le cadet de ses fils en raison de sa bravoure exceptionnelle et de sa piété filiale… Andrianjaka fit honneur à sa réputation en confirmant et étendant le royaume surtout vers le Nord. Il enleva la redoutable place forte naturelle d’Analamanga aux autochtones et installa son « Rova » (maison royale en bois) dans le site qui devait devenir Tananarive. »[47]

   Je m’en tiendrai schématiquement aux grandes figures qui ont fait la grandeur de l’Imerina et entreprit l’unification de la grande île. Ainsi, selon diverses sources, comme Les Africains (œuvre historique collective), le vrai fondateur du royaume de l’Imerina est, sans conteste, Andrianamponimerina (1787-1810). Il naquit en 1740 et reçu le surnom de Ramboasalama (le chien bien portant). Il réussit l’unification de l’Imerina par la diplomatie, l’habileté fondée sur les alliance matrimoniales et aussi par les opérations militaires. Ainsi, selon Les Africains, pour conquérir le royaume d’Ambohidvatrimo, il n’avait pas hésité à recourir à l’aide des guerriers Sakalava, même s’il ne peut en venir à bout aisément. Car les Maravotana étaient ses principaux et redoutables ennemis. Quand il devint roi d’Ambohimanga, il s’employa à consolider les frontières de son royaume avant de conquérir le royaume d’Antananarivo. Il poursuivit sa conquête vers le Nord-Est du pays de Sihananka. La vassalisation de ce royaume lui permit d’avoir accès au Betsileo. Le Lalangina consentit à devenir son protectorat. Cependant, par rapport aux Sakalava, il employa plutôt la diplomatie. En effet, il n’osa pas attaquer de front les royaumes de Menabe et de Boïna qui étaient encore très puissants. En outre, ces royaumes contrôlaient les voies d’accès aux ports, donc à l’acquisition d’armes. Son invitation de la reine Ravahiny, souveraine du Boïna, et la réception triomphale de celle-ci dans sa cour, avaient pour but de sceller un pacte d’amitié avec le royaume de celle-ci. Cependant, le royaume de Menabe, encore très puissant, notamment sous le règne de Ramitiaho, refusa d’établir des liens avec le roi Merina.

   Andrianamponimerina sut imposer son autorité à tous les clans merina et aux autres peuples voisins par une audacieuse et subtile organisation de son royaume. D’abord, le roi se considérait comme l’intermédiaire entre les ancêtres et le peuple et il était le successeur de ceux-ci, chargé d’une mission sacrée. Selon Les Africains « Andrianomponimerina a douze femmes légitimes et autant d’autres n’ayant pas le rang d’épouses. Elles représentent des alliances utiles, mais sont chargées en outre de la supervision administrative de certaines contrées. »[48] En matière de législation, il interdit le pariage entre castes et institua l’endogamie chez les Merina. La dilapidation des revenus de la couronne était sévèrement punie.[49] Mais, en même temps, il prenait soin de son peuple : il voulait que tout le monde ait de l’eau et du riz. Autant les grands que les petits devaient en bénéficier. Il disait : « la mer est la limite de ma rizière ». Il insistait sur la moralité, l’ordre public, l’utilité générale, l’entraide ; et il voulait ainsi que chacun puisse contenter la faim. En revanche, il ne tolérait pas la paresse. Dans les concours de travail, les moins courageux devaient payer un prix aux meilleurs d’entre eux.

   Je retiendrai, ici, quelques lois extraites de ses discours et rapportées par Les Africains : « 781 – voici la forêt : j’en fais le grand héritage indivis, le moyen de subsistance des orphelins, des femmes seules, de tous les malheureux… qui que ce soit qui y aille, ne les empêchez pas : tous pourront prendre et agir à leur gré. 757 – Les hommes coupables de ces crime, fussent-ils grands personnages, fussent-ils chefs de caste, fussent-ils mes parents…, je les mettrai à mort ; je réduirai leurs femmes et leurs enfants en esclavage et je confisquerai leurs biens. 802- Il n’y a pas d’autre ennemi de mon royaume que la disette, car on ne peut pas, quand on a faim, penser à l’Etat : les grands, alors, cherchent à dévorer les petits, et les petits à voler… S’il y a des gens qui ne travaillent pas, je vous invite ô sujets, à cultiver leurs terres… vous en prélèverez les récoltes, mais leur rendrez leurs terres quand ils seront décidés à travailler. »[50] Selon les auteurs de cet ouvrage, ce roi « ressemble à nos Malais… Le « portrait » qu’on en a fait au XIXe siècle en lamba et brandissant une sagaie, est une pure œuvre d’imagination » (196) On retiendra qu’Andrianamponimerina a ouvert à ses successeurs la voie à une possibilité d’unité du pays.

   Parmi ses plus brillants successeurs, on se souviendra que le roi Radama Ier (1810-1828), lequel avait été désigné comme l’héritier du trône par son père Andrianamponimerina avant sa mort. Dans les grandes lignes de son règne, on retiendra qu’il se convertit à la culture occidentale en apprenant les langues européennes, s’habilla à la française (période de Napoléon 1er). Il édifia un pouvoir absolu, se prenant pour Dieu. Son conseil comportait des représentants des différentes provinces et couches sociales. Il constitua une armée de près de 14.000 hommes. Par rapport aux puissances européennes, il s’appuya sur les Anglais qui voulaient bouter hors de Madagascar les Français présents à Fort-Dauphin, Sainte Marie, Tamatave, Foulpointe etc. Aussi, l’Angleterre s’empressa de reconnaître la souveraineté du roi malgache par un accord du 23 octobre 1817. Et, le 14 février 1822, Radama 1er proclama sa souveraineté sur l’ensemble de Madagascar. Il permit l’ouverture d’écoles, remplaça l’écriture arabe par l’alphabet latin. Un atelier de forge fut créé par l’Anglais Cameron et l’architecte français Cros édifia le palais royal. Des manufactures furent fondées et une école de tissage créée. Au regard de ces innovations, de ces progrès, on peut dire que le règne de Radama 1er fut « l’ère des lumières » malgaches. Car il en fut autrement sous le règne de Ranavalona 1ère (1828-1861). On retiendra que ce fut une femme à poigne, méchante qui aimait confisquer systématiquement les biens de ses sujets sous de fallacieux prétextes. Par ailleurs, comme l’influence des puissances occidentales, notamment française et anglaise, devnue trop obsédante, par instinct de conservation ou par nationalisme, elle interdit le baptême chrétien aux enfants. En outre, les Chrétiens furent traqués, empoisonnés, parfois brûlés vifs ou précipités du haut des falaises. Dans son discours du 1er mars 1835, elle dit, à l’intention des Européens, ceci : « J’ai à vous dire que je ne prierai pas les ancêtres des Européens, mais Dieu et mes ancêtres. C’est grâce à cette coutume que les douze rois ont régné et que j’ai régné moi-même. Vos propres ancêtres ont respecté cette coutume. Quiconque pratique la nouvelle religion, je le mettrai à mort, Ô peuple ! Parce que je suis l’héritière des douze rois. »[51] Les autres rois et reines commencèrent le crépuscule de la royauté des Merina. D’abord, qu’est-il arrivé à Radama II (1883-1896) ? Le Français Duchene, après sa victoire sur les armées de résistance malgache contraignit cette dernière à la reddition (30 septembre 1895). Et, après avoir fait le contrat de protectorat suivant la volonté de la France, par celle-ci il congédia l’armée malgache. Ensuite, le général Gallieni contraignit Ranavalona III à signer la loi d’annexion du 6 août 1896. Puis, la reine et le premier ministre, son époux, furent exilés à Alger où ils trouvèrent la mort. Enfin, commence alors, pour Madagascar, une nouvelle ère sous la férule de l’occupant français et la longue lutte pour obtenir l’indépendance et l’avènement du malheureux règne, pour les peuples malgaches, des élites malgaches.

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4- De l’essence de la conscience malgache

   A la suite de mes discussions avec des malgaches de divers milieux rencontrés en leur pays, et la poursuite de mes investigations en France afin d’éclaircir les zones opaques de leurs informations, j’en suis venu à proposer une hypothèse d’approche de la mentalité malgache. Nonobstant je tiens à préciser immédiatement qu’il s’agit d’une vision, d’une analyse philosophique et perspectiviste, au sens nietzschéen du terme, de ce phénomène humain en soi complexe, comme tout fait humain. Je n’ai nullement la prétention d’ériger cette analyse rapide en une donnée scientifique, sachant moi-même le risque que l’on court par une telle audace. On peut considérer la conscience malgache telle qu’elle m’apparaît à l’expérience, comme homo-hétérogéno-complexe ; la partie complexe de cette conscience renvoyant à la mentalité des Malgaches aux prises avec les cultures occidentales. Rien n’autorise à parler d’une occidentalisation achevée de leur conscience. Si elle prétend être occidentalisée, elle ne l’est que par l’adoption d’un matérialisme de mauvais aloi, dangereux pour leur pays.

   D’abord, si l’on tient uniquement au point de vue de cet ensemble de peuples doux, accueillants, sereins et patients, on pourrait parler de l’innocence de la conscience homogène. D’une part, l’homogénéité de cette conscience tient à sa situation géographique. Les peuples de Madagascar se caractérisent tous par le fait qu’ils vivent sur une île. Chacun d’entre eux a appris à reconnaître le miroitement de soi dans sa réalité homogène initiale. Elle se vit en soi, occupe densément le soi et/ou l’espace culturel édifié. En ce sens, une telle conscience se suffit à elle-même par le contentement qu’elle trouve en soi ; mais elle n’est pas du tout égoïste, ni non plus autiste. Elle n’est pas qu’un polype d’images creuses, ni non plus un univers de fictions. Autrement, une telle conscience serait pathologique. En fait, elle se sauve d’un tel risque, à la manière de Robinson Crusoé, qui évite la déréliction du vide, de l’isolement total sur une île, en s’inventant un monde apparent, pourtant traversé de réel pensé par la présence proche ou lointaine de l’altérité. Ainsi, dès le départ, cette conscience homogène est, en soi et initialement, densément riche et très saine par son insertion dans son espace naturel, dans son oekoumène (ensemble des     milieux propres à la permanence des collectivités humaines) et à la fois dans sa structuration culturelle. Elle vit en harmonie avec soi-même dans la mesure où ses croyances la sécurisent totalement, en établissant une communication très forte entre l’apparence physique et l’apparence invisible. Les structures de l’univers inapparent et/ou métaphysique effleurent la peau ou la mince dimension de ce qui est tangible. En ce sens, et pour elle fondamentalement, la parousie de l’essence de l’être humain qu’est le corps-peau est inessentielle. Mieux, même matérielle et palpable, elle est pénétrable, accessible par la médiation d’individus privilégiés dont la psyché est doublement habitée : elle est habitée par la conscience ordinaire, gouvernante du réel trivial et habituel, et elle est aussi compénétrée par une dimension que les entités de l’ailleurs, celui des ancêtres, invisibles mais toujours proches, viennent habiter pour se manifester aux vivants transitoires. Par ce procédé, il y a épisodiquement, dévoilement de l’immanence transcendante, j’entends l’univers en retrait des ancêtres bienheureux.

   Mais cette conscience homogène, au regard des vivants transitoires contient toujours une dimension d’hétérogénéité. Je l’ai montré ci-dessus : les peuples malgaches sont comme un compendium de la belle diversité, au regard de notre commune Mère, la Nature-Terre, de l’Humanité ; ou, si l’on préfère, des peuples. En raison de leur bienveillance naturelle, de leur amitié objective de l’autre, ils ont toujours accueillis les altérités mondiales comme des sources infinies de richesses au point de vue génétique. Ils s’enrichissent ainsi de l’apport des autres : culture et toutes sortes d’art, gènes, croyances religieuses etc. Mais la conscience homogène initiale, qui a suffisamment d’assurance pour ne pas être ébranlée par l’altérité, est assez forte pour digérer même toute contribution allogène. Dès lors, elle peut ainsi s’enrichir doublement : d’une part, par ses liens d’amitié, d’alliance ou, au contraire, de conflit avec les peuples voisins. Car les confrontations guerrières, objets de décisions politiques, n’ont jamais empêché la vie de se reproduire dans l’hétérogène, malgré et au-delà des conflits culturels. En ce sens, elle se montre toujours plus forte que les haines que ces vivants transitoires peuvent se vouer. De ce point de vue, les peuples malgaches, depuis des siècles, se sont mutuellement conjoints sans heurts du point de vue de la Nature et/ou de la vie. D’autre part, cette même saine ouverture à soi et aux autres a été et est toujours une disposition à recevoir du différent proche ou lointain. Mais il n’est pas de nature non plus à ébranler cette conscience homogène de soi vivante et forte. Bien au contraire, par ces données nouvelles, elle ne cesse de s’enrichir. Dès lors, ce qui aurait pu être une malheureuse immixtion pour les humanités ordinaires, c’est-à-dire celles qui sont dénuées d’élévation gracieuse au-dessus de leur nature biochimique et, donc, toujours engluées dans l’instinct de conservation et de défense de soi, parce que de telles humanités sont psychiquement fragiles, est au contraire, pour la conscience homo-hétérogène, une mixtion heureuse à la fois dans sa dimension génétique et culturelle. D’un point de vue génétique, elle a généré cette belle et harmonieuse miscégénation, qui a donné lieu au type physique singulier du malgache. Et du point de vue culturel, la langue malgache est une forme achevée de syncrétisme linguistique. Cette langue hybride appartient à des groupes de langues asiatiques, c’est-à-dire malayo-polynésiennes, qu’il s’agisse du Malais (Malaisie), de l’Indonésien (Indonésie), du Tagalop (Philippines), du Tahitien (Tahiti) ou du maori (Nouvelle Zélande) ; en somme, des langues universelles pratiquées par des peuples éloignés dans l’espace, sont apparentées ou parentes dans le malgache ; du moins, elles y ont des similitudes tant au niveau de la syntaxe que du vocabulaire. A cette riche complexité homogénéisante, s’ajoutent des éléments bantou (Swahili), des mots arabes, des racines sanscrites et des termes empruntés à deux langues européennes, le français et l’anglais. En ce sens, bien que composite, la langue malagache est unique sur une île unique par un peuple uni dans sa pratique quotidienne, son modus vivendi.

   Ensuite, la conscience malgache, qui caractérise les élites peut être appréhendée sous l’angle d’une hétérogéno-complexe. Celles-ci semblent avoir perdu la boussole culturelle, qui a toujours été salutaire pour le premier genre de conscience, celle du peuple. Elle vit essentiellement dans l’oubli du passé-présent. Et cette sorte d’existence fictive apparaît comme un ailleurs creux. En d’autres termes, c’est son « no mans’land ». En effet, s’étant déraciné par la longue fréquentation de l’école, et engagé dans la conquête du réel hétérogène, en l’occurrence, les cultures occidentales, elle se perdit en chemin. Elle mène alors une existence errante, entre deux stances : celle de la conscience initiale des peuples malgaches, et celle, mal-aisée, de la conscience occidentale. Nonobstant ces stances lui sont devenues également étrangères. En cette posture malaisée, elle est soumise à la tentation de créer ex-nihilo une apparence de conscience qui sera sienne. Mais, c’est une conscience malheureuse parce qu’elle n’est à l’aise nulle part. En ce sens, le fait qu’elle se complaise un peu trop dans la consommation d’un matérialisme de mauvais aloi (alors que la conscience initiale et homogène est marquée par la mesure, le mépris de ce qui est ainsi prisé par cet autre versant de soi-même, sa secrétion enlaidie par sa défiguration au contact des réalités hétérogènes) par lequel elle vit dans l’illusion d’un contentement possible. En fait, elle n’y parvient pas. C’est une conscience malheureuse, insatisfaite : la surconsommation de biens matériels (bureaux, voitures….) n’est pas le fait d’une transcendance de l’état de contentement de soi.

     Dès lors, à son sujet, on peut parler de conscience hybride au sens où, chez elle, les éléments composites et disparates ne parviennent pas à constituer un tout harmonieux où chaque élément hétérogène aurait été bien conjoint aux autres pour constituer une heureuse imbrication. Cette conscience hybride devient dangereuse pour soi-même et pour les autres, en l’occurrence, les peuples malgaches dont elle a fini par oublier jusqu’à l’existence ou à la présence tangible elle-même, à force de vivre dans un champ de conscience stérile et ailleurs, toujours ailleurs. Elle est dangereuse pour soi-même, d’abord, à force d’être en quête continue de biens matériels essentiellement, par exemple, accéder au pouvoir pour s’approprier les caisses de l’Etat malgache, soit une dépense vaine d’énergie, mais mortifère pour les peuples malgaches, a fini par l’installer dans un champ psychique vide créé par une conscience creuse, elle-même aliénée totalement par la fiction. Telle est la raison pour laquelle elle ne peut plus se détacher du désir de l’excès ; ce qui a pour conséquence de l’engluer dans la fixation de la « plenexia », c’est-à-dire l’exacerbation impérieuse des désirs toujours renaissants ; à l’instar de l’hydre de la mythologie grecque dont les multiples têtes repoussent aussitôt tranchées. Elle est dangereuse aussi pour soi-même, dès lors qu’étant constituée d’éléments initiaux devenus inapparents (la conscience authentique) et d’éléments de réalité étrangère mal assumés, mal équilibrés, mal conjoints, elle est comme contrainte de se transformer pour avoir un semblant de chez soi. Ce faisant, elle devient syncrétique. Sa perception des choses, des réalités humaines, devient globale, certes, mais cela reste confuse, par sa manière spécifique d’exister en cet entre-deux fictif. Elle échoue donc à fusionner ces données hétérogènes pour donner naissance à une dimension spatio-temporelle propre à elle, qui aurait quelque consistance. C’est en ce sens que je puis dire que cette conscience est l’expression la plus accomplie de l’ « hérodisme » : cette affirmation de soi étrangère à soi-même ; cette manière de devenir allochtones dans son propre pays.

   Ensuite, elle est dangereuse pour le peuple malgache. Etant devenue hérodienne, elle conduit à des comportements alogiques. En effet, on ne saurait comprendre que des citoyens d’un pays consentent à piller les richesses produites par le pays et le travail des paysans, voire à détourner systématiquement, pour son propre compte, l’argent étranger destiné aux efforts de développement du pays. Dans son aveuglement, elle agit comme si cet art malicieux de prévarication des biens du pays pour les cacher à l’étranger pourrait s’opérer à l’insu du monde. Le monde étranger le sait et laisse faire ; parce qu’il est, lui aussi, complice de ces détournements et de l’infortune des peuples malgaches. Et on ne saurait non plus comprendre qu’elle s’amuse à créer le désordre politique dans le pays afin d’empêcher toute forme de développement. Pire, j’ai vu moi-même toutes les structures industrielles génératrices d’emplois et de richesses fermer les unes après les autres en raison essentiellement de la mauvaise gestion. Pire encore, et au regard des faits historiques que j’ai rapidement évoqués ci-dessus, cette conscience syncrétique n’hésite pas à vendre les terres et leurs richesses aux étrangers, moyennant quelques valises pleines de dollars, en expropriant les peuples de leurs terres. Un tel agissement ne peut être le fait que d’une pure folie, parce l’opacité de cette bulle dans laquelle ces élites malfaisantes sont enfermées leur tient lieu de conscience débile. En tant qu’elle est inauthentique et, par essence vaine, elle les empêche de percevoir l’avenir. Ce faisant, elles sont donc incapables de regarder, de comprendre même la conscience authentique initiale : celle du peuple. Ces élites en question sont, existent et vivent dans le seul présent, en tant qu’il est tissé d’instances éphémères qui les rongent et les détruit par ce qu’elles contiennent de contentement inessentiel.

     Les peuples occidentaux et, aujourd’hui les Chinois (Hans), pillent encore les richesses naturelles de la partie africaine de la terre afin de construire et enrichir leurs propres pays. Mieux encore, les Etats-Unis, qui pensent aux générations futures, s’engagent aujourd’hui à chercher ailleurs les matières premières dont leur machine économique a besoin pour fonctionner. Ce faisant, ils s’abstiennent ainsi de toucher aux ressources du sous-sol de leur propre pays. N’est-ce pas là une belle leçon de prévision ? Or, Madagascar a tous les atouts pour se préparer, en principe, à un avenir radieux, si ses peuples parvenaient à se délester des causes de leur débâcle, j’entends les élites politiques et économico-financières de ce pays. Car ile n’est pas insultant de considérer ce genre d’individus comme des nationaux-étrangers au sens où ils aiment plus l’étranger (les pays étrangers) que leur propre pays. »

[1] Quand, au sujet de cette misère insoutenable qu’on voit à tous les coins de rue d’Antananarivo, je posai la question  suivante à mon ami Pierre Marque : « Comment peut-on vivre dans cette ville avec une telle misère à tous les coins de rue ? », il me répondit : « on finit par s’y habituer et par ne plus la voir ». J’ai alors conclu que les élites malgaches devaient aussi être aveugles par rapport à la douleur de leurs peuples ; pire, à celle des citadins qui souffrent sous leurs pieds.

[2] Outre la pollution des pots d’échappement dans ces tunnels, Antananarivo est réputée comme la deuxième ville, après Mexico, la plus polluée du monde.

[3] A titre de tourisme local bien réussi, on peut citer Ampancorina sur l’êle de Nosy Komba. Outre le bel artisanat (peinture, broderie, sculpture etc.), les gens du village ont construit des bungalows pour recevoir les touristes. Ceux-ci sont intégrés dans l’habitat local et font corps avec les gens du village. Quelques-uns tiennent des restaurants, des bars. Ils ont même créé une petite réserve que l’on peut visiter moyennant un droit d’entrée. En outre, les pirogues, qui appartiennent aux habitants du village, permettent plusieurs fois par jour de promener les touristes dans la baie ou de les conduire à Hell-Ville. Ce moyen de transport constitue une source substantielle de revenu. Et les villages donnent l’impression de vivre confortablement.

[4] Le paysan malgache s’acharne au travail, mais il ne dispose pas de moyens efficaces et opératoires pour obtenir un meilleur rendement. Autrement, et telle est l’idée spontanée qui m’est venue à l’esprit, en parcourant ce vaste pays, Madagascar serait en mesure de nourrir toute la population du continent africain.

[5]Le rapport établi par Claude Bohan concerne essentiellement la situation sanitaire à Madagascar, en général, et à Ambanja en particulier. C’est ce qui explique que la malnutrition modérée et sévère (si l’on excepte certaines zones côtières, plutôt privilégiées par la nature, comme le pays Sakalava ou comme l’Est du pays) touche respectivement 40% et 9% des enfants âgés de 0 à 5 ans. Leurs parents sont également touchés par cette malnutrition. D’ailleurs, « La Vérité » (journal malgache) du jeudi 12 août 2010 fait écho de la « crise alimentaire » sur l’île. Ce journal observe, en effet, que « dans le cadre de son action à Madagascar, la France s’investit toujours davantage dans la lutte contre la malnutrition et en fait une priorité absolue en 2010. La population de Madagascar, et en particulier celle d’Antananarivo, fait face à une crise alimentaire grave. Le taux de malnutrition est en augmentation constante tandis qu’un nombre croissant de familles n’a plus les moyens de se nourrir. L’appel d’urgence lancé en mai dernier par le Système des Nations-Unies dressait un tableau catastrophique de la situation. La F.A.O (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) vient à son tour d’alerter les partenaires techniques et financiers présents à Madagascar de la probabilité d’une crise alimentaire sans précédent dans le Sud ». Ces informations, qui n’émeuvent guère la classe politique, enfermée dans son égoïsme, posent un paradoxe : Madagascar, territoire plus grand que la France et le Bénélux réunis, a le plus grand espace cultivable. Les rapports de Pierre Marque soulignent que seuls 15 à 20% des terres arables sont cultivés ; elles sont fertiles et les pluies sont abondantes.

[6] L’usage de ces documents, dans le cadre des enquêtes présentes, se fait avec le consentement de l’auteur lui-même,         qui me les a confiés en vue de contribuer à l’enrichissement et à la précision de mes analyses sur l’état des lieux à Madagascar.

[7] Dans son ouvrage, Le cygne Noir – La puissance de l’imprévisible, Nassim Nicolas Taleb démontre que tous les réels (matière et réalité humaines) sont traversés de part en part par les phénomènes aléatoires. Ce ne sont plus simplement des abstractions mathématiques. Et il le montre à travers des événements historiques.Il révèle que des événements hautement improbables structurent notre vie. Il en est de même en économie où, écrit-il, « il n’y a généralement pas d’experts pour les choses qui changent et nécessitent de ce fait des connaissances, alors qu’il semble y en avoir pour celles qui ne changent pas. En d’autres termes, les professions qui s’occupent de l’avenir et fondent leurs études sur la non répétition du passé ont un problème d’experts ». (Editions Les Belles Lettres, Paris, 2008, p.200)

[8] Cette remarque me parut paradoxale car Rafitoson bien que Merina, se trouvait alors dans une situation bien précaire. Dès lors, la réussite des Merinas me parut encore narcissique.

[9] Plus tard, je posai la question à Jaffar de Nosy-Be sur cette dernière remarque. Il reconnut que son compatriote Merina avait raison sur ce point. Entre autres, il dit, pour rendre compte de cet état des choses, que « la nature du pays Sakalava est providentielle : elle   est à tout le monde. Personne n’a besoin de faire d’effort pour se nourrir. Ce qui dispose à une douceur de vivre et à une forte paresse. La vie des habitants de Nosy-Komba prouve cet état de fait. En revanche, comme les hauts plateaux sont plus austères et arides, les gens travaillent durement pour tirer leur subsistance du sol. Sur ce plan, ils sont plus pauvres que nous. »

[10] On dit aussi que ce sont les Merina qui avaient porté au pouvoir le Professeur Albert Zafy (1992-1997) en lui imposant des limites à ne pas dépasser. Il n’a strictement rien fait pour le pays parce qu’on paralysait ses initiatives. Quand il s’est avisé de devenir autonome et libre par rapport au pouvoir des Merina, on provoqua sa chute. Mais, en réalité, les choses sont plus complexes que cet aperçu rapide. Les élites politiques malgaches ne cessent de s’ « entretuer » pour avoir accès au pouvoir et, donc, aux caisses de l’Etat pour s’enrichir. Tel est l’essentiel de leurs enjeux politiques.

[11] Par les efforts de cet homme de sauvegarder la mémoire des rois sakalava, je compris le sens de l’opinion selon laquelle les Malgaches ne se font pas confiance ; pire, ils seraient individualistes. Autrement, on ne comprendrait pas que A. Andriamanohy, qui possède chez lui un riche musée, ne s’associe pas avec Zeny Jacques pour créer un musée de l’histoire de leur peuple. Bien au contraire, ils s’ignorent. A. Andriamanohy se moque même de la pauvreté du musée de son compatriote, qui serait un vil artifice en vue de récolter de l’argent auprès des touristes. C’est ce qui a fait dire à Mme Evelyne Tusevo que les côtiers ne sont pas solidaires et c’est ce qui explique leur faiblesse par rapport aux Merina.

[12] Tantôt, il me regardait comme un Occidental, et tantôt, comme un Africain, quand il citait des exemples relatifs aux pays africains.

[13] Lala Jean reconnut qu’il n’avait plus la mémoire des dates des événements dont il parle. Cependant, on peut faire l’hypothèse que cette délégation des responsabilités date du temps du Gouverneur général Olivier (1924-1929). Selon Joseph Ki-Zerbo, celui-ci « se signala par son instance sur la promotion sociale, facteur-clé de l’essor économique » (Histoire de l’Afrique Noire – D’hier à demain – Hatier, Paris 1978, p.612)

[14] Cette attitude se poursuit encore aujourd’hui dans le domaine politique. Telle est l’observation d’une étudiante d’Antananarivo qui a dû abandonner ses études faute de moyens financiers. Selon elle, lors des événements politiques qui ont secoué le pays, c’est sur le petit peuple qui manifestait que les forces de l’ordre ont tiré alors que les hommes politiques étaient à l’abri, avec leur famille, dans leurs demeures. Une fois le changement politique effectué, ils récupèrent le mouvement par la force. C’est pourquoi, 70 à 80% de Malgaches se désintéressent aujourd’hui de la politique.

[15] Du point de vue du peuplement de l’île, Joseph Ki-Zerbo fait une analyse semblable à celle de Lala Jean. Selon lui « C’est sans doute des groupes assez composites d’Asiatiques, d’Africains et de métis qui abordèrent l’île par le nord et le nord-ouest pour essaimer ensuite vers l’intérieur et vers le sud jusqu’à la dépression du lac Alaotra et à la vallée du Mangoro » (Ibidem, p.593)

[16] Selon Rafitoson, cette élite a même une loge maçonnique à Antananarivo exclusivement réservée aux personnes à peau claire et aux cheveux lisses. Il s’agit en fait d’une déviation perverse locale de la franc-maçonnerie.

[17] Ethique IV, cor.2 (Edit. du Rocher, Paris 1974, p.240)

[18] C’est pourquoi, dans le Menon (Garnier Flammrion-Traduction Emile Chambry-, Paris 1967, 98 a), Platon démontre que la science de l’homme politique s’apparente davantage à une opinion vraie qu’à une réelle et/ou vraie science. Autrement, les grands hommes politiques de la Grèce antique, comme Périclès, auraient enseigné cette science à leurs propres progénitures. Or, il n’en a rien été. Donc, l’agir de l’homme politique repose sur l’habileté, le savoir-faire (toujours pratique), une sorte de vertu qu’il assimile à un talent qui serait inspiré des dieux, à la manière des devins ; ce qui les conduit à accomplir une mission donnée en ce monde. Mais ils sont fondamentalement dénués de toute science. Et telle est la raison qui rend compte que les hommes politiques ont tendance à corrompre le peuple au lieu de le guider moralement et, ainsi, de l’éclairer et de l’améliorer.

[19] Comme l’a fait remarquer un avocat de Nosy-Be, jamais encore un ingénieur malgache, qui a fait ses études en Europe ou en Amérique, n’a songé à inventer des outils de travail plus appropriés pour soulager la pénibilité au travail de nos paysans ; voire pour obtenir de meilleurs rendements. Depuis des siècles et jusqu’à nos jours, ils sont toujours penchés sur leurs outils rudimentaires. On se demande alors à quoi servent les études d’ingénierie. Il est vrai qu’aucun d’entre eux ne veuille sortir de son bureau climatisé d’Antananarivo pour aller au contact de la réalité du terrain. C’est, d’ailleurs, ce que disait Dumont, dans les années 1962 : une longue formation professionnelle à l’étranger finit par créer une séparation des cadres africains avec leur milieu d’origine. « Les postes en brousse, c’est bon pour les Blancs », écrit-il (L’Afrique noire est mal partie, Seuil, coll. « Politique », Paris, 1962, p. 76).

[20] Selon Lala Jean, les intellectuels et les élites de ce pays ne sont rien. Ils n’ont plus l’intelligence remarquable du peuple. Leur réussite consiste dans le fait d’avoir un ordinateur portable ou un téléphone portable dernier cri, un beau bureau, une belle secrétaire servant de ma^tresse et un imposant 4X4. Selon l’un des avocats rencontrés à Nosy-Be, à Antananarivo, on s’empresse d’acheter un 4X4 dès sa sortie en France.

[21] Il s’agit en fait de l’un des plus grands dieux mythologiques nordistes.

[22] Les héritiers – Les étudiants et la culture – (Les Editions de Minuit, Paris 1985, p.30)

[23] En effet, à peine cet accord signé, les élites politiques sont entrées en conflit afin de désigner un premier ministre. Selon l’Express de Madagascar (lundi 16 août 2010) : « La chasse est ouverte. La signature de l’accord politique entre Andrey Rajoelina, Président de la Haute Autorité de transition et près de 90 chefs de partis, laisse la voie à des tractations en coulisse ». On parle même de 200 partis politiques à Madagascar.

[24] En Côte d’Ivoire, par ironie, on les appelle les « politichiens »

[25] Dans son ouvrage, Le cygne Noir – La puissance de l’imprévisible, Nassim Nicolas Taleb démontre que tous les réels (matière et réalité humaines) sont traversés de part en part par les phénomènes aléatoires. Ce ne sont plus simplement des abstractions mathématiques. Et il le montre à travers des événements historiques.Il révèle que des événements hautement improbables structurent notre vie. Il en est de même en économie où, écrit-il, « il n’y a généralement pas d’experts pour les choses qui changent et nécessitent de ce fait des connaissances, alors qu’il semble y en avoir pour celles qui ne changent pas. En d’autres termes, les professions qui s’occupent de l’avenir et fondent leurs études sur la non répétition du passé ont un problème d’experts ». (Editions Les Belles Lettres, Paris, 2008, p.200)

[26] Cette remarque me parut paradoxale car Rafitoson bien que Merina, se trouvait alors dans une situation bien précaire. Dès lors, la réussite des Merinas me parut encore narcissique.

[27] Plus tard, je posai la question à Jaffar de Nosy-Be sur cette dernière remarque. Il reconnut que son compatriote Merina avait raison sur ce point. Entre autres, il dit, pour rendre compte de cet état des choses, que « la nature du pays Sakalava est providentielle : elle   est à tout le monde. Personne n’a besoin de faire d’effort pour se nourrir. Ce qui dispose à une douceur de vivre et à une forte paresse. La vie des habitants de Nosy-Komba prouve cet état de fait. En revanche, comme les hauts plateaux sont plus austères et arides, les gens travaillent durement pour tirer leur subsistance du sol. Sur ce plan, ils sont plus pauvres que nous. »

[28] On dit aussi que ce sont les Merina qui avaient porté au pouvoir le Professeur Albert Zafy (1992-1997) en lui imposant des limites à ne pas dépasser. Il n’a strictement rien fait pour le pays parce qu’on paralysait ses initiatives. Quand il s’est avisé de devenir autonome et libre par rapport au pouvoir des Merina, on provoqua sa chute. Mais, en réalité, les choses sont plus complexes que cet aperçu rapide. Les élites politiques malgaches ne cessent de s’ « entretuer » pour avoir accès au pouvoir et, donc, aux caisses de l’Etat pour s’enrichir. Tel est l’essentiel de leurs enjeux politiques.

[29] Par les efforts de cet homme de sauvegarder la mémoire des rois sakalava, je compris le sens de l’opinion selon laquelle les Malgaches ne se font pas confiance ; pire, ils seraient individualistes. Autrement, on ne comprendrait pas que A. Andriamanohy, qui possède chez lui un riche musée, ne s’associe pas avec Zeny Jacques pour créer un musée de l’histoire de leur peuple. Bien au contraire, ils s’ignorent. A. Andriamanohy se moque même de la pauvreté du musée de son compatriote, qui serait un vil artifice en vue de récolter de l’argent auprès des touristes. C’est ce qui a fait dire à Mme Evelyne Tusevo que les côtiers ne sont pas solidaires et c’est ce qui explique leur faiblesse par rapport aux Merina.

[30] Tantôt, il me regardait comme un Occidental, et tantôt, comme un Africain, quand il citait des exemples relatifs aux pays africains.

[31] Lala Jean reconnut qu’il n’avait plus la mémoire des dates des événements dont il parle. Cependant, on peut faire l’hypothèse que cette délégation des responsabilités date du temps du Gouverneur général Olivier (1924-1929). Selon Joseph Ki-Zerbo, celui-ci « se signala par son instance sur la promotion sociale, facteur-clé de l’essor économique » (Histoire de l’Afrique Noire – D’hier à demain – Hatier, Paris 1978, p.612)

[32] Cette attitude se poursuit encore aujourd’hui dans le domaine politique. Telle est l’observation d’une étudiante d’Antananarivo qui a dû abandonner ses études faute de moyens financiers. Selon elle, lors des événements politiques qui ont secoué le pays, c’est sur le petit peuple qui manifestait que les forces de l’ordre ont tiré alors que les hommes politiques étaient à l’abri, avec leur famille, dans leurs demeures. Une fois le changement politique effectué, ils récupèrent le mouvement par la force. C’est pourquoi, 70 à 80% de Malgaches se désintéressent aujourd’hui de la politique.

[33] Du point de vue du peuplement de l’île, Joseph Ki-Zerbo fait une analyse semblable à celle de Lala Jean. Selon lui « C’est sans doute des groupes assez composites d’Asiatiques, d’Africains et de métis qui abordèrent l’île par le nord et le nord-ouest pour essaimer ensuite vers l’intérieur et vers le sud jusqu’à la dépression du lac Alaotra et à la vallée du Mangoro » (Ibidem, p.593)

[34] Selon Rafitoson, cette élite a même une loge maçonnique à Antananarivo exclusivement réservée aux personnes à peau claire et aux cheveux lisses. Il s’agit en fait d’une déviation perverse locale de la franc-maçonnerie.

[35] Ethique IV, cor.2 (Edit. du Rocher, Paris 1974, p.240)

[36] C’est pourquoi, dans le Menon (Garnier Flammrion-Traduction Emile Chambry-, Paris 1967, 98 a), Platon démontre que la science de l’homme politique s’apparente davantage à une opinion vraie qu’à une réelle et/ou vraie science. Autrement, les grands hommes politiques de la Grèce antique, comme Périclès, auraient enseigné cette science à leurs propres progénitures. Or, il n’en a rien été. Donc, l’agir de l’homme politique repose sur l’habileté, le savoir-faire (toujours pratique), une sorte de vertu qu’il assimile à un talent qui serait inspiré des dieux, à la manière des devins ; ce qui les conduit à accomplir une mission donnée en ce monde. Mais ils sont fondamentalement dénués de toute science. Et telle est la raison qui rend compte que les hommes politiques ont tendance à corrompre le peuple au lieu de le guider moralement et, ainsi, de l’éclairer et de l’améliorer.

[37] Comme l’a fait remarquer un avocat de Nosy-Be, jamais encore un ingénieur malgache, qui a fait ses études en Europe ou en Amérique, n’a songé à inventer des outils de travail plus appropriés pour soulager la pénibilité au travail de nos paysans ; voire pour obtenir de meilleurs rendements. Depuis des siècles et jusqu’à nos jours, ils sont toujours penchés sur leurs outils rudimentaires. On se demande alors à quoi servent les études d’ingénierie. Il est vrai qu’aucun d’entre eux ne veuille sortir de son bureau climatisé d’Antananarivo pour aller au contact de la réalité du terrain. C’est, d’ailleurs, ce que disait Dumont, dans les années 1962 : une longue formation professionnelle à l’étranger finit par créer une séparation des cadres africains avec leur milieu d’origine. « Les postes en brousse, c’est bon pour les Blancs », écrit-il (L’Afrique noire est mal partie, Seuil, coll. « Politique », Paris, 1962, p. 76).

[38] Selon Lala Jean, les intellectuels et les élites de ce pays ne sont rien. Ils n’ont plus l’intelligence remarquable du peuple. Leur réussite consiste dans le fait d’avoir un ordinateur portable ou un téléphone portable dernier cri, un beau bureau, une belle secrétaire servant de ma^tresse et un imposant 4X4. Selon l’un des avocats rencontrés à Nosy-Be, à Antananarivo, on s’empresse d’acheter un 4X4 dès sa sortie en France.

[39] Il s’agit en fait de l’un des plus grands dieux mythologiques nordistes.

[40] Les héritiers – Les étudiants et la culture – (Les Editions de Minuit, Paris 1985, p.30)

[41] En effet, à peine cet accord signé, les élites politiques sont entrées en conflit afin de désigner un premier ministre. Selon l’Express de Madagascar (lundi 16 août 2010) : « La chasse est ouverte. La signature de l’accord politique entre Andrey Rajoelina, Président de la Haute Autorité de transition et près de 90 chefs de partis, laisse la voie à des tractations en coulisse ». On parle même de 200 partis politiques à Madagascar.

[42] En Côte d’Ivoire, par ironie, on les appelle les « politichiens »

[43] Sous la direction de C.Allibert – Histoire de la Grande Ile de Madagascar, (Karthala, Paris 1995)

[44] Elles se constituèrent dès le XVIIe siècle

[45] L’on sait qu’à partir du XVe siècle, la presque totalité de la côte Ouest était soumise à l’influence des royaumes Sakalava. Ces royaumes s’étendirent vers le Sud (Toliara) et même jusqu’au Nord de Mahajunga. Etablis dans les cercles politico-religieux du Menaba (Morondava) et du Boeni (Mahajunga), les rois Sakalava, comme leurs pairs Merina, usèrent des alliances ou, éventuellement de conquêtes, pour soumettre à leur autorité, les chefferies tout autant que les royaumes autochtones.

[46] Cependant, à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle, contre la volonté de Galliéni d’annexer Madagascar pour le compte de la France, ce furent les Sakalava, ravitaillés en armes par la contrebande hindoue, qui reprirent la relève de l’Imerina dans la résistance à l’occupant. Ils donnèrent du fil à retordre aux armées françaises.

[47] Histoire de l’Afrique Noire – D’hier à demain (Hatier, Paris 1978 p.599)

[48] Jaguar, Paris 1990, tome II

[49] Les autorités politiques malgaches contemporaines devraient s’inspirer de cette loi pour faire le ménage en leur milieu.

[50] Ibidem, p.87

[51] In Joseph Ki-zerbo : Histoire de l’Afrique – D’hier à demain (Hatier, Paris 1978, p.603)

Une réflexion sur “De l’inanité des élites politiques malgaches depuis l’indépendance et de leur volonté de mépriser et de tuer les aspirations de leur peuple : l’humiliation du peuple au quotidien

  1. timia dit :

    Merci pour cet écrit, difficile à lire car chaque mot résonne comme une douleur cérébrale d’une migraine atroce. On est là mais la douleur paralyse, on est là mais impuissant mais on reste là avec l’espoir que cela change. 1990-2014, 24 ans ! 24 ans; j’ai vieilli et je suis de plus en plus triste de ce rendez -vous manqué de Madagascar avec son avenir. Les écoles, les lycées, les Universités sont dans un état lamentable. J’ai vu un professeur d’Université travaillant dans des conditions incroyables de délabrement.
    1990, en bas de l’hôtel, des enfants portent d’autres enfants plus jeunes et mendient. 2014, en bas du même hôtel, des enfants portent d’autres enfants plus jeunes et mendient. Parfois je me demande si ce sont les mêmes, refusant de grandir, figés dans une misère de marbre.

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