La SOCIOCRATIE comme une modalité harmonieuse du vivre ensemble au-delà du pouvoir politique exécutif traditionnel, prédateur des libertés individuelles et de celle des peuples

Mode de fonctionnement de la Sociocratie
Introduction
Au regard de la faillite des élites politiques à la tête de tous les pays, en particulier en France, qui s’emploient toujours à tromper les peuples pour pouvoir mieux les soumettre à leurs diktats, des philosophes, comme Auguste Comte au dix-neuvième siècle, ont constamment cherché à concevoir des théories qui libèrent les peuples du joug du pouvoir exécutif. C’est pourquoi, dès ses jeunes années, Comte n’hésite pas à écrire : « Le dogmatisme est l’état normal de l’intelligence humaine » comme forme de domination des sujets humains les uns sur les autres. En formulant cet axiome parmi ses Considérations sur le pouvoir spirituel, le jeune philosophe s’engageait à écrire un catéchisme, c’est-à-dire une manière de théoriser la possibilité de la Communauté humaine sous sa figure d’une meilleure coexistence possible. Les précédents ne manquaient pas. En effet, La Révolution avait vu proliférer les « catéchismes du citoyen » ; et la revue saint-simonienne dans laquelle le jeune Auguste Comte avait trouvé l’hospitalité pour sa première œuvre d’envergure, le Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, considéré plus tard comme l’« opuscule fondamental», ne s’intitulait-elle pas le Catéchisme des industriels ? Ainsi, lorsqu’en août 1852 parut le Catéchisme positiviste, il savait ce qu’il faisait. Il ne craignait pas le rapprochement avec les générations précédentes de catéchismes et de credo civiques ou philosophiques. L’ambition de Comte consiste à créer La Religion de l’Humanité, qui était une authentique religion, « la religion universelle » qui unifie tous les êtres humains sous la bannière d’un même principe philosophique fondamental dénué de l’esprit de discrimination.
Chez l’auteur du Système de politique positive, il suffit de s’y reporter pour savoir que « la Religion de l’Humanité » a d’abord surgi comme une simple philosophie destinée seulement à instituer une harmonie réelle et durable entre « toutes nos saines conceptions logiques et scientifiques ». Donc, une telle religion n’a rien à voir avec celles qu’on qualifie de « révélées » : celles-ci sont des nids de discordes entre les êtres humains ; de haine et de rejet du dissemblable. Un mouvement socio-politique qu’on peut qualifier de politique ou de communauté laïque en est issu. Il s’agit de la sociocratie qui, dans la mesure où elle est une sociolâtrie, soit le culte de la société régénérée, exclut toute analogie de fond avec la théocratie biblique, islamique, puritaine ou ultramontaine (pays situé au-delà des Alpes).
Sans doute, le régime public institué par la Religion universelle édifie-t-il la société comme une pyramide de classes au sommet de laquelle se trouve la classe des nouveaux prêtres positifs que sont les sociologues, ou spécialistes des idées générales et détenteurs des vérités universelles du monde extérieur comme de l’ordre humain. Mais si Comte ne cesse de réclamer et de proclamer la prééminence de ce Pouvoir spirituel, il n’en demeure pas moins qu’il reste fidèle au principe philosophique de l’égalité absolue des sujets humains. Le rôle éminent des sociologues, nouveaux grands prêtres, a seulement pour finalité d’éclairer l’intelligence humaniste des autres membres ou composantes de la société.
Pour le fondateur en personne de la Religion de l’Humanité ou la Religion universelle, cette dernière n’est rien d’autre que la contre-révolution, c’est-à-dire l’homme social ou « le principe social générateur ». En somme, la solution proposée par Auguste Comte pour sauver une organisation sociale harmonieuse des êtres humains des griffes des élites politiques prédatrices des libertés individuelles consiste à poser les fondements d’une « sociocratie », bien plus que d’une véritable théocratie, c’est-à-dire le gouvernement par un souverain divin ou considéré comme le représentant de Dieu, telle que l’église catholique l’a été pendant des siècles en Europe. Cette sociocratie peut aboutir à une conception de type communautaire, un passage étant opéré, de la légitimité de l’ordre divin à celle de l’ordre social lui-même, où l’homme est considéré comme partie d’un être collectif supérieur à lui-même (Comme principes d’organisation sociale). Une telle de son concept a totalement changé de forme au cours des temps présents. Cat l(individu n’est plus considéré comme un élément d’un ensemble englobant, d’une totalité presqu’étouffante pour la liberté individuelle. Bien au contraire, l’individu sous sa dimension de sujet pensant (Descartes) devient le socle de la sociocratie.

- LES FONDEMENTS ET L’ORGANISATION DE LA SOCIOVRATIE CONTEPORAINE
A – La conception philosophique de la sociocratie par Auguste Comte et son dépassement
Aujourd’hui, en Europe notamment, les citoyens, après avoir tout essayé en matière de régimes et de partis politiques en sont venus à désespérer du salut des pays et des peuples par les élites politiques, qui exercent complaisamment un pouvoir toujours vertical. Comme le reconnaît Nietzsche, « là où cesse l’Etat commence l’homme qui n’est pas superflu » (p.48). L’État est, ici, considéré comme pouvoir exécutif oppressant, un Léviathan (Thomas Hobbes) qui cache son jeu de domination absolu, qui règne à la fois sur le Législatif et sur le Judiciaire. Cet « homme », dont parle Nietzsche, peut être considéré soit comme l’ensemble du peuple éclairé, c’est-à-dire conscient d’être conscient de soi-même, soit comme les individus eux-mêmes dont l’existence est une réalité tangible et non pas une idée, un instrument de vote ou de production économique. C’est « l’homme » est souverain. Sur ce point, on voit émerger la volonté des particuliers de trouver une forme d’autogouvernement, comme palliatif à la défaillance des élites politiques, qui gouvernent les pays. Dans leurs initiatives, ils sont aidés par le concept formé à partir des travaux d’Auguste Comte (XIXe siècle), notamment le catéchisme positiviste[1], en l’occurrence, la « sociocratie ». Ce terme se compose de deux racines, latine et grecque : de societas ou société et de kratos ouautorité.
La manière dont les citoyens s’approprient et pensent ce concept vise, schématiquement, les finalités suivantes : atteindre, voire réaliser une gouvernance par consentement. En d’autres termes, ils partent de l’idée initiale qui pose que tous les individus jouissent d’une liberté souveraine et qu’ils sont doués de bon sens ou raison. Ils peuvent, s’ils le désirent, arriver à créer des micros-sociétés au sein même des sociétés politiques existantes, quelle que soit la forme des régimes politiques qui les gouvernent. Il s’agit d’organisations sociales au pouvoir horizontal, susceptible de s’autogouverner suivant des principes clairs et évidents pour tous : gérer leurs affaires par consentement, d’une part, créer des cercles de concertation, d’autre part ; puis, choisir des personnes pour occuper des postes de responsabilité, qui seront chargées de confier à chaque membre de l’équipe un travail précis à faire ; enfin, établir un système de double lien qui consiste en une circulation de l’information à tous les niveaux de la « hiérarchie » ou des responsabilités. Bref, il s’agit d’une organisation sociale fondée sur l’égalité des individus, notamment dans la prise des décisions. En d’autres termes, la sociocratie apparaît comme une gouvernance par libre consentement mutuelle. Elle se réfère à un mode de prise de décision et de gouvernement qui permet à une microsociété au sein des sociétés existantes de se comporter comme un organisme vivant, capable de s’autoorganiser. Telle est, d’ailleurs, la conception positive que lui a donné Gerard Endenburg, un ingénieur néerlandais en électrotechnique de culture quaker.
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B – La sociocratie positive contemporaine susceptible de se réaliser concrètement et de manière universelle au sein de toutes les sociétés
C’est pourquoi la sociocratie, telle qu’elle a été conçue par Endenbug, fait référence à la philosophie de ce mouvement religieux. C’est ce que montre un article de Wikipédia (Encyclopédie Libre) en faisant une brève histoire de cette communauté religieuse. « La Société religieuse des Amis (en anglais Religious Society of Friends) est un mouvement religieuse fondé en Angleterre au XVIIe siècle par des dissidents de l’Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus sous le nom de quakers, mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». Le mouvement est souvent nommé simplement Société des Amis. Le surnom de « quaker » apparaît le plus souvent dans la dénomination officielle, sous la forme Société religieuse des Amis (quakers) ». Cette citation insiste sur la notion d’ami(e)s, voisine des principes directeurs de l’esprit de cohésion qui régit les principaux fondamentaux inhérents à la nature de la sociocratie.
Ainsi, selon la conception de Gerard Endenburg, la sociocratie est un mode de gouvernance partagée[2] qui permet à une organisation, quelle que soit sa taille, de fonctionner efficacement selon un mode autoorganisé et caractérisé par des prises de décision distribuées à l’ensemble de la structure sociale. En ce sens, la sociocratie s’appuie sur la liberté et la co-responsabilisation des acteurs. Dans une logique d’auto-organisation faisant confiance au sujet humain, elle met le pouvoir de l’intelligence collective au service du succès des objectifs communs agréés. Donc, cette approche donne la possibilité d’atteindre ensemble un objectif partagé, dans le respect des personnes, en préservant la diversité des points de vue et des apports de chacun ; ce qui permet de prendre appui sur des relations interpersonnelles de qualité.
De manière générale et de façon appliquée, les systèmes sociocratiques ont ainsi tendance à privilégier des procédures jugées plus démocratiques car davantage de place est laissée à la délibération que l’élection ou le vote à la majorité simple ou absolue selon le mode de fonctionnement des régimes démocratiques institués que nous connaissons. L’une des curiosités de la sociocratie est la suivante : l’on se servir de certaines techniques mises au point par Gerard Endenburg qui fondent son originalité, soit l’élection sans candidat, et la prise de décision par consentement. À la différence de la démocratie qui peut concerner un ensemble de personnes n’ayant aucune relation fonctionnelle entre elles, la sociocratie positive concerne des individus réunis par des objectifs au sein d’une organisation et qui ont donc des relations de plus grande proximité.
Au regard d’une philosophie de cette organisation sociale, qui confère à tous ses membres clairvoyance et responsabilité, il devient évident que la sociocratie n’a aucun rapport avec le fonctionnement aberrant de nos soi-disant démocraties. Les élites politiques sont élues par un certain nombre des citoyens d’un pays qui leur confère une légitimité reposant sur le peuple souverain, celles-ci agissent par après comme le pays, le peuple et l’ensemble de ses composants leur appartiennent en propre. Ils décident selon leur gré sans demander l’avis du peuple dans son ensemble ni non plus celui de ceux ont pour leur accorder leur légitimité. D’où l’arbitraire et les compromissions qui régissent leurs actions politiques. D’où aussi le divorce entre elles et le peuple. A cet effet, il nous suffit de faire une brève synthèse de l’histoire récente des réalités des mondes humains pour mieux le comprendre, voire pour décider ensemble de faire advenir une nouvelle organisation sociale fondée sur de nouveaux paramètres telle que la sociocratie.

Principes de la Sociocratie
II – Et si, dans les discours démagogiques des élites politiques rien n’a changé ? Quelles que soient les époques prises en compte, les peuples n’ont-ils pas toujours été victimes de leurs tromperies, mensonges et faussetés ?
1) Comment l’horreur économique, sous sa figure lugubre de l’ultralibéralisme, a-t-il réussi à soumettre les mondes humains à un sort funeste ?
Au cours de la décennie 1990-2000, j’ai passé le plus de mon existence à fréquenter les bibliothèques de Paris à rechercher des données contemporaines qui rendent compte de la situation des mondes humains toujours en crise économique. Or, qui dit crise économique dit crise sociétale. Ces investigations, dont je tire l’essentiel des faits ci-dessous, m’ont conduit à l’écriture d’un livre[3] passé inaperçu.
A) Élites politiques ou valets de l’économie ultralibérale
Les êtres humains, quels qu’ils soient, sont enclins à vivre dans un état de confort matériel qui correspond à leurs attentes de la vie ou de l’organisation socio-politique. C’est la force de l’habitude qui rend compte, entre autres, qu’ils sont similaires en tant membres du genre humain. A titre d’exemple, on peut prendre le cas de l’Europe que nous connaissons bien. Ainsi, selon la théorie du conflit social de Ralf Dahrendorf[4],c’est la distribution inégale de l’autorité qui est la cause des conflits sociaux, dans une communauté donnée, pour la raison suivante : chaque classe sociale, dans un pays donné, a une position opposée vis-à-vis de l’autorité. Car la classe dominante va s’efforcer de maintenir sa position, alors que la classe dominée va agir de manière à changer cette situation. Selon ce sociologue, « La fin d’une politique de classes, et peut-être des classes elles-mêmes. Signifie qu’il n’y a pas d’électorat naturel pour un programme de réformes. Les pays de l’OCDE sont dominés par une classe majoritaire qui représente 60%, 70%, 80% d’électeurs persuadés, dans leur ensemble, que leurs aspirations pourraient se réaliser si les choses continuent plus ou moins comme elles sont. Ils ne réclament aucune réforme importante : tout ce qu’ils veulent, au contraire, c’est de la sécurité, un peu de chance, un gouvernement qui leur remplisse les poches, et des comptes bancaires qui ne cessent de rapporter ». Sur ce point, il n’y a pas de surhomme ou d’être humain supérieur à un autre : tout le monde est déterminé par la recherche des plaisirs du bas-ventre. Les oripeaux de la culture n’y peuvent rien changer. Une telle analyse montre, d’un autre côté, que les thématiques des campagnes de démagogie sur le sujet devenu sempiternel dans les pays occidentaux, relatif à l’immigration sont vains par rapport à la satisfaction des besoins premiers des citoyens. Ils y perdent leur âme sans rien y gagner en retour.
Dès lors, le surgissement des ex-droites en Europe de l’Ouest ou les figures de nationalisme (toutefois, ils sont différents de ceux de l’Europe de l’Est qui ont conduit à des guerres civiles, comme en Yougoslavie, à des massacres terrifiants, etc.) est aisé à comprendre. En effet, avec l’empire du néolibéralisme ou de l’ultralibéralisme économique, les ouvriers, les techniciens, les ingénieurs, etc., paupérisés et déclassés se mettent à chercher des explications très simples à la cause supposée de leurs malheurs. Ils trouvent alors des coupables faciles ; et à leur portée : grâce à la démagogie des élites politiques qui cherchent par tous les moyens à trouver une place au soleil, voire une visibilité dans l’espace public, les désespérés et les déçus des élites politiques classiques vont s’en prendre aux immigrés, aux étrangers, aux gens de langue ou de religion différentes sur lesquels ils déchargent leurs frustrations. Ainsi en est-il des grandes manifestations populaires de l’hiver 1996-1997 en Serbie, en Bulgarie, la révolte armée du sud de l’Albanie, en mars 1997, etc. C’étaient des révoltes de gens ruinés notamment par la spéculation financière. Mais, pour toutes politiques des décennies de l’application brutale de l’ultralibéralisme, il s’agit d’un passage obligé de la fameuse modernité (en soi, il s’agit d’un alibi). En fait, il sert à faire en sorte que tout puisse ployer sous l’implacable niveau d’une stérile uniformité de modes de vie des terriens devenus similaires d’un bout à l’autre de notre commune Terre, Mère de tous les vivants.
Dans ce monde des réalités humaines uniformisées de nos élites politiques, une thèse est soutenue d’un bout à l’autre de notre planète : la démocratie est devenue comme l’horizon indépassable de tout régime politique contemporain. Ce faisant, elles ont vite fait d’oublier le célèbre aphorisme de Winston Churchill qui a dit un jour, à propos de ce régime politique : « La démocratie est le pire des systèmes … à l’exception de tous les autres ». A la faveur d’une telle représentation (en fait, il s’agit d’une croyance culturelle, sans plus), la démocratie a été imposée et elle s’est répandue partout dans le monde d’une manière extraordinaire. Ceci démontre, de façon évidente, que les êtres humains sont toujours prisonniers de leurs croyances (culturelles) : les tendances irrationnelles l’emportent souvent, dans ce cas de figure, sur la raison, le bon sens qui nous recommande de faire usage de notre conscience claire et lucide (zone de la rationalité) et non pas de notre conscience duonique (notre dimension trompeuse)[5]. Pourtant, un certain nombre d’intellectuels, au cours de cette même période, n’hésitaient pas à dénoncer ce régime politique comme une imposture, sous sa forme économique de néo ou ultralibéralisme. Mais en vain ! Or, si l’on prend le cas de la France, le nombre des licenciements, en moyenne, a dépassé, rien qu’en 1996, es 35000 par mois. Dans ce contexte, l’hémorragie sociale a atteint des proportions scandaleuses, notamment dans les industries de main-d’œuvre comme le textile, l’agroalimentaire, l’électroménager, l’automobile, etc. Il en était de même dans toute l’Europe de l’Ouest comme l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, où il y a eu des licenciements massifs ouvrant la voie au chômage, aux sous-emplois, aux salaires bloqués, aux budgets sociaux fortement réduits au nom du fameux principe de la compétitivité. Un tel état des faits a conduit nécessairement aux inégalités dans divers secteurs de l’économie.

Dès lors, dans ce cadre d’économie ultralibérale, pour satisfaire les appétits insatiables des investisseurs, soit les fonds de pension états-uniens, canadiens, japonais, etc., les Banques étaient érigées au rang d’une religion, c’est-à-dire le culte du triomphe de la finance internationale. Naturellement, les marchés financiers exerçaient une telle influence si colossale qu’ils imposaient leur volonté aux dirigeants politiques qui devenaient et deviennent toujours comme leurs garçons de course. Tout se passait comme si, à force de grossir par des rachats de grands groupes financiers, ils finissaient par prendre la forme de « Deux cents géants » financiers internationaux qui gouvernaient et gouvernent encore, de manière implacable, toute notre planète. Ils étaient à ce point intraitables par leur domination que les gouvernants des pays, quels qu’ils soient, finissaient par renoncer à une politique de budget autonome de leur État ; et consentaient à obéir à des logiques étrangères aux préoccupations sociales de leurs citoyens. Alors, on finit par admettre, comme une nécessité, une loi implacable venue des cieux et par s’interroger sur le fait suivant : qu’est-ce alors que la démocratie si ce n’est le démantèlement du secteur de l’État avec la complicité directe des élites dirigeantes ? Car celles-ci privatisaient tout (les marchés financiers que j’appelle l’industrie de la finance internationale, leur donnaient l’ordre d’agir ainsi). Dès lors, elles étaient contraintes de privatiser les activités rentables des sociétés publiques pour l’enrichissement d’une petite caste de privilégiés ; quitte à sacrifier le bien-être, le confort du peuple par rapport aux impératifs de l’économie financière, laquelle est privée de sentiments d’empathie au regard de ses misères quotidiennes. C’est ce qui a conduit Max Weber à qualifier ces réalités humaines de « désenchantement du monde ». Quant aux élites politiques elles-mêmes, elles se succèdent sans arrêt à la tête des États, mais elles sont incapables de changer la nature des choses pour satisfaire les attentes du peuple. Elles peuvent éventuellement modifier la forme de leurs discours sans rien changer au contenu puisqu’elles sont prisonnières de toute de ce qu’alors on appelait « la pensée unique », soit la croyance au bien-fondé de l’économique ultralibérale considérée comme la seule vérité /réalité qui vaille d’être mise en pratique comme forme adéquate de l’exploitation des richesses des pays.
b) La trahison des élites politiques et la mort lente des peuples
Dans un livre[6] qui explique que, d’une part, l’avènement chez les peuples de cette caste qu’on appelait empereurs, princes, rois et aujourd’hui chefs d’État, présidents, entre autres, d’autre part, le fait intangible des rapports entre les gouvernants et leurs peuples, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil de ce phénomène singulier qu’on appelle le Pouvoir. Les peuples ont été trompés dès le départ et, depuis lors, les faits restent immutables malgré les changements des oripeaux des cultures, des civilisations, des époques, etc. Les Gouvernants s’emploient à tromper leurs peuples par des discours lénifiants, des mensonges et faussetés, soit pour accéder au pouvoir, soit pour le conserver aussi longtemps que possible. La preuve : au cours du temps présent, les élites politiques ne cachent presque plus leur cynisme en s’empressant, à peine élus, de renier les promesses faites pendant leurs campagnes électorales. L’une de leurs faiblesses que nous appelons l’art de la démagogie tient au fait que nos élites, de manière générale, demeurent sans arrêt sous le poids de l’influence pernicieuse des groupes de pression, voire l’expansion généralisée de la corruption au milieu d’elles. Est-on, dans ces conditions, étonné de constater la montée des extrêmes droites qui y voient l’opportunité d’accéder au pouvoir ? D’ailleurs, c’est de bonne guerre : la faiblesse des uns fait le bonheur des autres. Car c’est un monde impitoyable, cynique.
En réalité, le fonctionnement essentiel tant des élites politiques et économiques que des marchés financiers, consiste à tout réduire au court terme, comme le profit immédiat. En conséquence, les unes autant que les autres sont incapables de prévoir l’avenir des peuples ; à plus forte raison le futur des jeunes générations qui finissent par se désintéresser du monde politique et son immoralité au regard de leurs attentes du pouvoir créateur des adultes censés faire advenir des conditions de vie meilleures que celles de leurs parents en réduisant les inégalités ; voire en colmatant la fracture sociale ; hormis naturellement la condition des nantis et des privilégiés de la société. C’est ce qui a conduit Ignacio Ramonet[7] à se questionner sur le centre, la source du pouvoir aujourd’hui ; et par quels acteurs il est effectivement exercé. C’est en ce sens qu’il écrit : « Qui détient, au-delà des apparences, la réalité du pouvoir ? Poser de telles questions, c’est constater que, le plus souvent, les gouvernants, élus après d’homériques batailles électorales, se retrouvent impuissants face à des forces redoutables, d’envergure planétaire. Celles-ci ne constituent nullement, comme l’imaginent certains romans d’anticipation, une sorte d’état-major clandestin complotant dans l’ombre pour conquérir le contrôle politique de la Terre. Il s’agit plutôt de forces œuvrant à leur guise grâce à la stricte application de la vulgate néolibérale. Qui obéissent à des mots d’ordre précis : libre échange, privatisations, monétarisme, compétitivité, productivité. Et dont le slogan pourrait être : « Tous les pouvoirs aux marchés ! » et rien aux élites politiques qui croient encore qu’elles auraient un quelconque pan de ce pouvoir qui, hélas, leur a échappé avec leur plein consentement. Car les marchés ou industrie de la finance internationale ont leurs spécialistes en la personne de jeunes informaticiens surdoués qui interprètent au quotidien leur rationalité économique comme la diffusion de la « pensée unique » à travers la planète entière selon laquelle les marchés financiers sont l’incarnation de la réalité plénière, de la vérité que le monde présent doit croire. Or, qui serait si imbécile pour croire que l’économie, cette branche contemporaine de la spéculation pure, vaine, creuse et inutile aurait une quelconque rationalité ? L’économie n’est pas une science ; c’est le produit de l’imagon[8].
Or les citoyens, qui ont encore du bon sens, sont en quête de sens et de valeurs par-delà les réalités factices des médias, entre autres. Mais ces citoyens lucides perçoivent clairement que dans nos démocraties contemporaines, ils n’ont pas vraiment leur place. Car, comme le dit bien Ignacio Ramonet, ces citoyens libres et conscients de la marche du monde « se sentent englués, poissés par une sorte de visqueuse doctrine qui insensiblement, enveloppe tout raisonnement rebelle, l’inhibe, le trouble, le paralyse et finit par l’étouffer. Cette doctrine, c’est la « pensée unique », la seule autorisée par une invisible et omniprésente police de l’opinion » (p. 113). Or, sans une vertu singulière, on finit par tomber dans les croyances culturelles ou opinions générales que les choses sont telles qu’elles doivent être. Il ne saurait en être autrement. Cet auteur la qualifie, d’ailleurs, de « fureur idéologique de moderne dogmatisme » avant de la définir ainsi : « Qu’est-ce que la pensée unique ? La traduction en termes idéologiques à prétention universelle des intérêts d’un ensemble de forces économiques, celles en particulier, du capital international ».

La répétition constante dans les médias, dont les grands groupes appartiennent aux mêmes détenteurs du pouvoir financier, de cette nouvelle « bible » du puissant dieu « Sauronite »[9] fantasmagorique était si envahissante des espaces publics que c’en était scandaleux. Autant dire qu’elle était également chantée, priée par les élites politiques de droite – ces dernières se réclamaient, d’ailleurs, comme les légitimes défenseurs de ce concept – que de gauche. Les unes autant que les autres lui ont donné une telle légitimité à travers le monde qu’elle a fini par imposer le silence à toute personne rationnelle tentant de penser autrement les phénomènes humains. Elle l’intimide par tous les moyens, elle étouffe même toute tentative de pensée différente, toute réflexion libre en brisant toute résistance ; de sorte que la pensée unique triomphe toujours par son obscurantisme. Il n’est pas étonnant que quelques brillants esprits contemporains, malgré cet état de fait, regardent de plus en plus la démocratie comme un régime politique miné par le verbiage des élites politiques qui répètent à l’envi cette pensée unique jusqu’à saturer l’espace public des médias. D’autant plus qu’au fond, tout pouvoir politique apparaît, aux yeux des citoyens lucides et éclairés par la culture savante comme le supplétif ou l’exécutant, les garçons de course ou les laquais des réels maîtres de notre monde présent : les marchés financiers ou les détenteurs de l’industrie financière[10]. La démocratie l’est aussi de l’intérieur, entre autres, par la désinvolture des élites politiques elles-mêmes qui trahissent leurs engagements, c’est-à-dire leur programme de campagne électorale, leurs promesses par rapport au peuple aussitôt qu’elles sont élues. Au fond, que voulaient-elles ? Uniquement être élues pour vivre de l’argent public comme les aristocrates sous l’Ancien Régime qui vivaient uniquement du travail et de la sueur du peuple laborieux. On eût dit que nous sommes en train de revenir à l’atmosphère des livres de Charles Dickens (entre autres Oliver Twist) ou d’Émile Zola (L’Assommoir). En ce sens, sous des formes différentes, les réalités humaines ne connaissent guère de progrès au sens noble du terme, c’est-à-dire le progrès de l’esprit. Elles se modifient seulement en apparence en vertu des beaux oripeaux des cultures, des civilisations ou des modes du confort de vie.
2) Le Léviathan pris en défaut de tyrannie et de volonté de domination mondiale
Partons de La théorie de la philosophique politique de Thomas Hobbes pour expliquer le sens des analyses ci-dessous. Selon la thèse de cet auteur, le pouvoir absolu de Léviathan a pour objectif principal de garantir la paix et l’ordre par une puissance centrale forte. Toutefois, il reconnaît également des droits individuels fondamentaux, notamment le droit de défendre sa vie et de jouir de sa liberté (cette liberté s’exerce dans le silence des lois), qui ne peuvent porter atteinte au pouvoir du souverain. Il existe, certes, un contrat social qui établit un accord entre le souverain et les citoyens. Il se présente comme suit : en tant que souverain auquel vous avez volontairement cédé tous vos droits, je vous protège de l’état de nature, et en tant que citoyen, vous m’obéissez.
Ce qui semble curieux dans cette conception politique de Thomas Hobbes réside dans le fait que le Léviathan, qui représente l’État, ne peut pas se tromper ni errer parce qu’il est le fruit d’un contrat social où tous les individus renoncent à leurs droits individuels pour assurer la paix et la sécurité. Le Léviathan, une fois établi, est une entité artificielle qui représente l’intérêt collectif et agit en fonction de ce qui est jugé nécessaire pour maintenir l’ordre et la survie. D’autant qu’il n’a rien à craindre de qui que ce soit. Car c’est la peur qui engendre des désordres et des monstres. Une telle théorie semble accorder une sorte de clairvoyance divine au Léviathan en passant sous silence les failles, les faiblesses, l’orgueil, la tentation de domination absolue en piétinant les plus petits ou les plus faibles : individus ou États, comme nous le montrerons ci-dessous.
Si l’on considère le système de l’économie néolibérale, qui a pris racine et son envol aux USA et, ce faisant, en conférant à ce pays une figure de Léviathan contemporain, on ne peut raisonnablement soutenir qu’il ne peut ni errer ni se tromper. A ce titre, on sait que les capitaux peuvent submerger un pays aussi rapidement que possible pour générer des bulles financières en vue d’en tirer un grand profit financier. Mais ils peuvent également fuir aussi vite que possible. C’est le cas de l’amère expérience du Mexique en 1994. En effet, les capitaux, essentiellement états-uniens, ont envahi ce pays en provoquant une croissance factice inimaginable. Était-ce intentionnel de la part des Etats-Uniens ? Nul n’a jamais pu bien comprendre les raisons réelles de ce qui a failli être la débâcle financière du Mexique ; voire du XXe siècle. Dans tous les cas, selon Ramonet, « Le Mexique n’a échappé à la faillite totale que grâce à l’octroi d’une aide internationale massive de plus de 50 milliards de dollars (dont 20 milliards par les États-Unis) ; l’aide la plus importante jamais accordée à un pays. Si importante qu’on se demande si elle cherchait à sauver le Mexique (dont le pétrole passait sous le contrôle des Etats-Unis qui prenaient ainsi une revanche sur le président Lazaro Cardenas, lequel en 1938, avait nationalisé les compagnies pétrolières américaines…), ou si elle visait plutôt à sauver le système financier international » (p.76-77).
Cependant, les questions demeurent quant à la logique, à la rationalité du système financier international. N’a-t-il pas atteint un si haut niveau de non-sens ? Tout indique qu’il semble obéir au principe du chacun pour soi. Car il est tellement privé d’un arbitre de son jeu absurde puisqu’il n’y a plus de règles aucunes qui organisent son fonctionnement. La seule vérité qui vaille, comme valeur suprême à rechercher absolument, c’est le maximum de profit financier. Donc, s’il y a encore des maîtres de ce nouvel espace de la géo finance internationale, ce sont les gestionnaires de fonds de pension, voire des fonds communs de placements. D’ailleurs, ce sont eux que les spécialistes de l’économie contemporaine ou, plutôt, l’industrie financière internationale appelle complaisamment « les marchés » ; soit les défenseurs de l’économie fictive par rapport à l’économie réelle, celle qui a encore une âme. Dans ce jeu absurde de dupés par les puissants, les firmes globales se sentent bien à l’aise en se livrant à toutes sortes d’opérations sans contrôle.

Selon le viel adage des nations : « L’union fait la force »
En s’accordant une entité supranationale factice, elles s’octroient le privilège d’agir avec une plus grande liberté dès qu’il n’existe pas encore d’institutions internationales à caractère politique, économique ou de droit international pouvant réguler des comportements propres à l’état de nature, comme Hobbes le décrit dans le Léviathan. En effet, Hobbes décrit l’état de nature comme « un état de guerre de chacun contre chacun, où la vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, brutale et brève ». Il s’agit d’un état où il n’y a ni lois, ni règles, ni institutions pour réguler la vie humaine, et où les individus sont gouvernés par leurs propres passions et leurs désirs (Chapitre XIII).
Désormais, les mondes ou les réalités humaines sont livrés à une expansion chaotique qu’on nomme la mondialisation. Notamment celle de l’économie, figure de la domination européenne de toutes les contrées humaines à la surface de la terre depuis le XVe siècle environ. Elle impose partout la même finalité, soit la lutte contre l’État providence, voire contre toute figure de l’État ; ce qui sonne la fin du pouvoir politique et de la société avec ce que celle-ci comporte de solidarités, d’aides mutuelles, etc. Une telle expansion terrestre d’un seul et même mode de gestion des biens de la terre est grandement facilitée par la puissance envahissante des médias, du Nord, de la communication, du commerce et de la technologie (Internet).
La mondialisation de l’économie (elle a, par un effet, pervers, tué les marchés nationaux), a été un formidable leurre pour déposséder les États de leurs moyens juridiques pour contrôler les puissants flux capitaux ; ou pour défendre les intérêts de leurs citoyens. D’autant plus que cette fameuse mondialisation de l’économie s’est servie des élites politiques des pays pour vendre son concept opératoire. La preuve : les dirigeants contemporains, rêvant encore de détenir une supposée autonomie politique exigent des citoyens des efforts d’adaptation à cette nouvelle modalité censée être économique. Se sentant pieds et poings liés par des forces supranationales qui les dépassent infiniment, elles tentent de faire bonne figure en manipulant les citoyens. Subrepticement, les responsables politiques, en courbant l’échine devant leurs maîtres des « marchés financiers » n’ont eu de cesse de transférer, pendant des décennies, les décisions capitales comme celles qui concernent l’éducation, la culture, les investissements, etc., du domaine public aux champs du privé. Dans ce système globalisé, quatre impératifs s’imposent à tous les pays de notre commune Terre, Mère de tous les vivants : on élève tout au rang du planétaire, tout ce qui devrait être permanent (en fait, il n’y a rien de permanent, puisque les choses humaines ne durent jamais longtemps) ; tout concourt à être immédiat tendant, comme par nécessité, à la dimension de l’immatériel.
En somme, entre les lois implacables de la Banque Mondiales et du Fonds monétaire international dans les pays du Sud, victimes des programmes d’ajustement structurel, comme les licenciements des fonctionnaires, les coupures effroyables et impitoyables dans les budgets de l’éducation, de la santé, du logement, etc., et au Nord, la fermeture des usines, les délocalisations qui entrainent dès lors le chômage massif de leurs personnels, Le Léviathan du monde présent est privé de cœur qui batte à l’unisson de celui des humains. C’est un monstre froid et lugubre qui condamne la Terre, Mère et tous ses enfants (humains, animaux non humains) à la destruction totale, quelque jour prochain. Sur ce point, Paul Valéry a raison d’écrire « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles : nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins, descendus au fond inextricable des siècles, avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs dictionnaires… Nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie »[11] humaine. Même si les puissants de ce monde présent des Humains ne cessent de nous seriner au quotidien au sujet de leurs prouesses techno-scientifiques, de leurs quincailleries militaires, il n’en demeure pas moins que personne ne survivrait à la mise à feu de celles-ci.
En outre, les citoyens des pays du Nord comprennent de plus en plus que les calamités, de quelque nature que ce soit, qui nous accablent tous, ne trouvent pas de solution dans les progrès des sciences, ni non plus de remèdes dans les raisonnements logiques sur les réalités humaines. D’où la tentation d’aller chercher des solutions d’apaisement ou des moyens de bien-être dans les univers des croyances religieuses, des médécines dites parallèles. Seraient-ce des figures de néo-obscurantismes ou des formes de « l’opium du peuple » ? Or la déraison – soit la dimension de l’irrationalité -, se nourrit d’ignorance ou de crédulité ; ce qui conduit, comme par nécessité, aux passions humaines fortes, à la foi en toutes sortes de mythologie ; bref à la foi naïve, aux adorateurs des puissances sataniques, aux religions, aux superstitions. C’est le triomphe absolu de la conscience duonique. Alors, la voie est toute tracée pour élites politiques, qui sont des marchands d’illusion, de mensonges et de faussetés pour s’y engouffrer en vue de tirer profit de situations obscures ou de fragilités sociétales. Elles n’hésitent pas à vendre aux masses aveugles ou ignorantes de « vieilles lunes » en la figure de mythes primitifs ou primaires en guise d’arguments politiques ou de campagnes électorales comme, par exemple, la terre (mais laquelle ?), la langue, le sang (mais lequel ?), voire la religion. C’est l’exaltation passionnée, entre autres, de vertus identitaires qui renvoient aux mythologies surannées. Ce sont des figures de violences qui en viennent à se multiplier dans les villes ; et empoisonnent la sérénité de ceux qui y habitent.

Les fondamentaux de la Sociocratie
Au regard de ces phénomènes de nature pathologique, peut-on faire l’économie (il s’agit des philosophes, des intellectuels, des scientifiques, etc.,) d’une réflexion à long terme et en profondeur qui engage non pas une branche préférentielle du genre humain, mais toutes les branches de cette espèce de vivants singuliers qui croit être au faîte de sa divinisation ? Si crise il y a de nos jours, ne faut-il pas la voir dans leur incapacité intellectuelle, mentale, conceptuelle à mesurer même la dimension des réalités humaines contemporaines et leurs soubassements possiblement chaotiques ? Alors, à défaut de gens éclairés qui nous instruisent, ne faut pas rechercher des modalités d’existence fondée sur la capacité du vivre ensemble et en bonne intelligence comme la sociocratie ? Et sans égard, comme le font les petits esprits qui sont aliénés par leurs croyances culturelles d’une quelconque supériorité des individus en raison de la dictature de la couleur de leur épiderme ?
III- La sociocratie comme une organisation sociale radicalement opposée au règne du pouvoir vertical institué par les élites politiques
De manière générale, les Gollums ou élites politiques aliénées psychologiquement par la surpuissance de Sauron, selon la légende tolkienne, sont piégées par et dans leur folie en pensant le moins possible la destinée des peuples, la survie de tous. L’on comprend tout à fait, dans ce sens, la réflexion de Blaise Pascal qui considère que le monde politique n’est rien d’autre qu’un « hôpital de fous »[12]. Pourtant, ils savent que sans les peuples, c’est-à-dire les individus concrets, ils ne sauraient non plus exister. Mieux, ils ne seraient rien et leur pouvoir se réduirait à un contentement psychologique ; autant dire vain. C’est en ce sens que la sagesse des nations a raison quand elle affirme ceci : « Le pouvoir rend aveugle, bête et imbécile. Il enferme dans la gangue incassable du contentement de soi ». Dès lors, il est temps que les peuples de la terre se réveillent et se débarrassent des politiques qui n’agissent pas en adéquation avec leurs aspirations profondes et authentiques ; leur désir profond de vivre heureux sur notre commune Terre, en toute sérénité.
En effet, c’est à eux qu’appartient tout pouvoir réel. Il est temps qu’ils en prennent conscience et fassent cesser les manipulations, la prévarication, le pillage de leurs biens (matériels et spirituels) par une poignée d’êtres humains qu’on nomme élites politiques, et qui constituent, en réalité, une oligarchie prédatrice à la tête de tous les pays de notre commune Terre, Mère de tous les vivants.
De telles entreprises citoyennes contemporaines apparaissent d’autant plus nécessaires que, depuis l’attentat du 11 septembre 2001, les États du monde ont décidé de rogner les libertés individuelles en faveur d’une supposée sécurité. La sécurité recherchée, désirée et voulue par l’exécutif est devenue, en définitive, la réelle insécurité du citoyen. Car c’est l’intelligence humaine qui crée des artifices en guise de sécurisation ; c’est encore elle qui inventera des ressources incommensurables pour déstabiliser ces mêmes moyens de sécurité. La thématique de l’insécurité est devenue, de nos jours, un sujet majeur de programme et de propagande politique ; au même titre, d’ailleurs, que le thème de l’immigration, comme si cette thématique, en guise de programme politique, résoudrait les problèmes quotidiens des peuples. D’ailleurs, dans leur amalgame bien calculé inhérent à leur démagogie, l’une est généralement conjointe à l’autre. Ceci démontre, à l’évidence, l’incurie des élites politiques contemporaines, notamment des pays du Nord (Europe et États-Unis), s’agissant d’inventer de nouvelles perspectives économiques pour tâcher de répondre aux attentes et aux besoins des peuples.
En effet, au nom de l’insécurité, des États déclarent et mènent des guerres pernicieuses contre d’autres, pour manifester davantage leur puissance. Au nom de l’insécurité, les polices du monde ne cessent de traquer, de faire la guerre aux individus. Et pour rechercher certains particuliers indélicats, on ne manque pas de recourir aux technologies génétiques. Les individus sont tellement fichés à tout moment, même par des organismes privés, qu’on en vient à réduire au silence les lois qui protègent leur liberté. Ils ne cessent d’être contrôlés au quotidien. Dans les démocraties occidentales, nous sommes tous fichés, parfois à notre insu et/ou de façon obligatoire, par l’établissement d’une pièce d’identité, du passeport biométrique. C’est le triomphe de la molécule génétique ou de l’ADN, c’est-à-dire des empreintes génétiques. Nous sommes fichés pour nos sympathies envers les plus pauvres, les sans-papiers, les sans-domiciles fixe, pour notre charité chrétienne, pour nos luttes politiques, légitimes même en vue d’une plus grande justice sociale. Nous, citoyens, sommes devenus tous potentiellement délinquants parce que, au regard de la Constitution française qui en donne le droit absolu, nous avons l’audace de penser. Et les philosophes contemporains, s’il en reste encore, qui sont censés défendre la cause des citoyens, comme autrefois, se taisent devant cet état de fait. Ils préfèrent même aller manger dans la paume des puissants de ce monde. Ceci est une conduite avilissante, inconcevable même, au regard de la grande et belle mission de tout philosophe : défendre tout être humain, ainsi menacé dans sa liberté, sa vie, sa sécurité. Car de nos jours, on assiste au règne de l’oppression malicieuse qui a commencé en 2001, en particulier : elle signe la fin des libertés individuelles ; et les soi-disant philosophes contemporains, en raison de leur couardise, ont disparu de la lumière de la raison.
D’où la nécessité de la sociocratie, au sein des États contemporains – elle est fondée sur le respect rigoureux des lois et des droits fondamentaux de ceux-ci -, qui nous réconcilie les uns avec les autres ; qui nous sécurise en nous acheminant, d’abord, au bien-vivre personnel en soi, ensuite, avec les autres. Car nous devons savoir que, en tant vivants, nous sommes tous des créatures éphémères qui ne devons pas perdre notre précieuse vie dans le malaise des conflits perpétuels les uns contre les autres, entre autres, en raison de cette infection de la maladie mentale qu’on appelle ordinairement le « racisme ». Il est temps de nous approprier notre vie en cultivant les vertus positives qui réjouissent notre cœur en nous réconciliant avec autrui. Car les désordres sociaux, les guerres, les haines, les troubles sempiternels ne sont pas causés par nous-mêmes en tant libres citoyens de la Terre, Mère de tous les vivants, voire de la République, mais uniquement, essentiellement par nos élites politiques qui les engendrent en vue d’accéder au pouvoir ou pour y rester aussi longtemps qu’il est possible.

Qui est le peuple ?
[1] (Paris, Garnier-Flammarion, 1966, 315 pages) – Chronologie, introduction et notes par Pierre Arnaud
[2] Ce terme de gouvernance partagée regroupe plusieurs modes de structuration des prises de décisions et de leur mise en œuvre dans une organisation ou un collectif, visant à réduire ou à supprimer la concentration des pouvoirs entre les mains d’un petit nombre de personnes, pour les répartir parmi celles qui réalisent le travail.
[3] Pierre Bamony : To Eskhaton, le triangle de la mort (Grenoble, Thot 2000, 559 p.)
[4] In Classes et conflits de classes dans la société industrielle, introduction par Raymond Aron. (Paris : Mouton, 1972)
[5] IN Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[6] De l’Impuissance du Puissant– Acheminement vers les causes réelles de l’extinction du genre humain – (Éditions Universitaires Européennes, Londres, Berlin, 2023)
[7] Géopolitique du chaos (Gallimard, col. Folio actuel, Paris 1999, p.104)
[8] In Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024)
[9] Nous avons appelé la fasciation que l’argent exercice sut les Humains la « Sauronite ». En effet, celle-ci n’est-elle pas sa maladie, son affection de longue durée ? Sa pathologie inguérissable ? C’est pourquoi sa petite tête – elle est déjà dévastée –, etc., (In Pierre Bamony : L’HORRIQUE DU GENRE H. – Jugement dernier et extermination de l’espèce humaine (Éditions du Net, Paris septembre 2023)
[10] In Pierre Bamony : To Eskhaton, le triangle de la mort (Grenoble, Thot 2000, 559 p.)
[11] « La crise de l’Esprit », nrf 1919, repris dans Variété (Gallimard, Pléiade, Œuvres, I, p.988 à 991, Paris, 1924)
[12] Dans ce passage de ses Pensées, Pascal se demande comment de grands philosophes tels que Platon ou Aristote aient pu perdre leur temps à écrire des livres sur la politique, soit cette affaire humaine, en soi, insensée. Il leur trouve une excuse en remarquant que c’était, sans doute, pour se divertir. C’est en ce sens qu’il affirme :
« C’était comme pour régler un hôpital de fous ; et s’ils ont fait semblant d’en parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensaient être rois et empereurs. Ils entraient dans leurs principes pour modérer leur folie au moins mal qu’il se pouvait » (Pascal, Pensées, éd. Brunschwicg, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1976, fragment 331, p. 144)
