De la discience et de la révélation de Diaboado Tankoano, prêtre-devin, relatives aux phénomènes de la sorcellerie en Afrique noire / Burkina Faso

Une figuration des forces du mal, visage du sorcier ?

Présentation

  L’esprit du monde contemporain, qui fait de la croyance aux phénomènes matériels son seul credo, est devenu une nouvelle religion, une espèce de confession dont l’irrationalité dépasse, du moins, égale l’obscurantisme des temps anciens. Cette foi dans la machinerie matérielle, reconnu comme le critère de toute rationalité, oublie que la conception rationnelle des choses n’est pas capable, dans l’absolu, de nier l’esprit. Mais son combat contre cette dimension de l’homme confine, de nos jours, à une inclination sentimentale, pseudo-scientifique même qui exerce une suprématie souveraine sur les intelligences les plus faibles en les entraînant dans toutes les formes d’adhésion.

    Mais, a-t-on fini de découvrir les secrets enfermés dans les méandres de l’âme humaine ? Et si la véritable explication de l’opacité de la matière gisait dans la complexion de l’homme lui-même ? Comprendre comment fonctionne l’énergie qui compose la structure de la matière et de l’esprit, sous une autre modalité que les seules ratiocinations matérialistes, n’est-ce pas faire un pas en direction d’une intelligence différente de notre mystérieuse nature, par-delà les préjugés dangereux des savoirs positifs et les a priori des cultures ? Tels sont quelques enjeux que ces investigations anthropologiques s’emploient à dévoiler chez les Lyéla du Burkina Faso en montrant une autre perception des phénomènes.

     Ceux-ci sont un ensemble de clans considérés comme l’une des populations autochtones de ce pays sahélien enclavé de l’Afrique de l’Ouest. Ce peuple, sans véritable puissance militaire, ni pouvoir politique central, a su, malgré sa faiblesse (dépourvu d’armées), son dénuement matériel, résister pendant des siècles à tous les peuples envahisseurs locaux ou étrangers. Qu’est-ce qui explique une telle énergie de défense de soi dans le temps ? Mes recherches prouvent qu’une telle énergie résulte de leur forme d’organisation sociale fondée sur le développement des pouvoirs psychiques.

     Selon leur conception de la réalité humaine, les frontières qui séparent les règnes de la nature (matière/esprit) sont souples et peuvent être franchies par des moyens « surnaturels ». L’inorganique est vivant parce que tout est Pan-vie. Les fluides de la parole, alliés à la puissance psychique, deviennent un tissu de significations inépuisables. L’objet de la puissance est, dans ce contexte socio-culturel, l’action par laquelle un sujet humain est capable d’user des pouvoirs de son esprit, en soi incommensurables, pour transformer une force physique en une puissance invisible ; en somme, pour accéder aux métamorphoses de la désintégration de l’union de l’âme et du corps. L’on peut ainsi dénouer les rets de l’existence par l’appréhension de la dimension profonde de l’être humain qu’est l’énergie psychique ou âme, là même où se tiennent les secrets de la vie et de la mort de tout un chacun.

 A- Les sorciers ou kialma et de leurs diverses formes : des intraterrestres, des « aliens » potentiels ou des êtres « tératogènes » physico-psychiques ?

   Ce terme d’« intra-terrestres » ou « endo-terrestres » est, tel quel, nouveau dans le langage de l’anthropologie, en particulier africaniste. Il nous semble donc nécessaire de commencer par le définir avant de le conceptualiser, voire de préciser sa nature exacte dans l’économie de ces recherches. Il faut entendre par «intra (ou endo) terrestres », dans le cadre des conceptions de la religion naturelle des peuples africains subsahariens, des êtres non humains, même si certains ont une apparence assez voisine de celle du genre humain, qui vivent sous des modalités différentes de ces derniers et dans des dimensions voisines. Les Lyéla (voir «Une autre conception de l’univers des réalités  phénoménales humaines et intra-terrestres : approche psychopragmatique de la matière et de l’immatériel chez les Lyéla du Burkina Faso») les appellent les «univers superposés». Leur mode d’existence spécifique, hérité des mutations des espèces vivantes à travers l’évolution de la terre, les rend non transparents par rapport à nous. A l’inverse, ils ont le pouvoir de nous voir en permanence. Cependant, leur invisibilité n’est telle que pour les yeux ordinaires. Car la nécessité de l’adaptation du genre humain l’a contraint, par un changement des potentialités du cerveau, à limiter ses facultés essentielles et vitales aux sens trompeurs, mais opératoires, efficaces pour la survie des de l’espèce humaine dans un environnement naturel qui lui a toujours été hostile. Dès lors, les peuples subsahariens en question, et en vertu de la plasticité de notre cerveau, apte à développer les pouvoirs que le monde extérieur et les nécessités vitales lui imposent, ont pu déployer des aptitudes, des connaissances, des qualités, bref, une science qui est susceptible d’éveiller des zones inactivées du cerveau qui ont été négligées par l’évolution de l’espèce humaine ; tout comme ils ont développé des possibilités pour percevoir ce genre d’êtres vivants singuliers. Ces moyens, somme toute, naturels, puisqu’il s’agit de mélanges d’extraits de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, donnent un accès immédiat à la perception extrasensorielle et, donc, à la vision des intra-terrestres qui occupent les divers espaces visibles et invisibles de la terre sous des modes d’existence différents du nôtre.

      En fait, l’existence des intra-terrestres n’est pas, en soi, étonnante. En effet, de nos jours, et dans un tout autre ordre d’intelligibilité des phénomènes, la physique quantique, grâce aux instruments technologiques perfectionnées d’approche de la matière élémentaire, découvre des particules, comme les neutrinos par exemple, qui sont aussi vieilles que le cosmos lui-même. On pense qu’elles existent depuis l’origine de l’explosion cosmique. Vues à partir de notre échelle de vies humaines éphémères, elles semblent indestructibles ou éternelles. Si l’Homme est un élément du Cosmos ou un grain de poussière de l’univers-et il ne peut en être autrement- rien n’empêche qu’il puisse exister d’autres espèces vivantes sur terre, mais sous des formes de vie différentes de la nôtre. L’astrophysique contemporaine, elle-même, démontre que l’univers (tendre vers l’unité) est un tout unifié. Mais il fonctionne survivant des conditions pluralistes comme s’il était mû par une finalité interne unifiée. L’univers, qui est comme inter-relié, interdépendant dans l’ensemble de ses parties (galaxies), voire interconnecté, comprend une infinité d’êtres différents du genre humain, qui n’est ni le plus parfait, ni le plus nécessaire, vivant dans son voisinage comme indiqué ci-dessus ; ou à des milliards de milliards de milliards de kilomètres de la terre. Dans les processus d’évolution, les intra-terrestres, suivant l’enseignement de Diaboado Tankoano, entre autres prêtres théurgiques consultés à cet effet, lequel a reçu le pouvoir de les percevoir, sont comme des mutants dont l’essence, le corps sont virtuellement apparents. Contrairement à l’espèce humaine, qu’ils surpassent infiniment-leur mutation est de haute qualité et de haute densité de force- ils sont en mesure, à tout moment, d’activer leur potentialité spirituelle dans des actions, à nos yeux, extraordinaires. Car les intra-terrestres sont des entités de lumière ; du moins leur manifestation nocturne s’y apparente. Et la durée de leur vie est très longue au point qu’elle nous apparaît, quand nous en faisons l’expérience, comme l’expression même de l’immortalité (même s’ils ne sont pas éternels comme la matière elle-même) dans les diverses dimensions (superposées ou parallèles, suivant les types de conception des peuples) et fluctuations de l’espace-temps qu’ils occupent.

Cérémonie d’extraction des pouvoirs du mal dans le corps d’une fillette en Côte d’Ivoire

    Concernant nos investigations anthropologiques chez les Lyéla Burkina Faso, dans les années 1990, l’enseignement d’Edasso Bépio Bado, prêtre théurgique à Kion confirma les révélations que Beyon Bagoro (maître du Djandjou, célèbre théurgie en Côte d’Ivoire, Ghana, Burkina Faso) nous avait faites au cours des années 1980. Selon l’un et l’autre, il y a plus de sorciers dans les familles que d’individus dénués de la puissance sorcellaire (bi-vision). Nous savons, grâce à Beyon Bagoro, qui ne cachait rien de ce qu’il savait du monde des kialè que, dans notre propre famille, nous sommes seulement un très petit nombre, parmi ses membres, à être privés du pouvoir de la perception extrasensorielle. En effet, en 1980 à Bianouan, lors d’une investigation auprès de lui sur la question du pouvoir des sorciers, un jour, il nous fit mander dans sa maison et nous dévoila le secret sur la nature de la puissance sorcellaire de chacun d’eux. Il nous instruisit également du mode de fonctionnement de chacune de leurs puissances sorcellaires : celle qui se transforme en épervier, la nuit, dès l’abandon du corps-peau pour aller faire le mal loin de Bianouan ; celle qui a la faculté d’entrer sous terre pour créer un espace où elle peut se livrer à son aise à divers maléfices sorcellaires ; celle qui est douée d’une faculté susceptible de prendre la figure d’un puissant cavalier, armée de façon impressionnante et qui met ses pouvoirs au service du collège des Kialè, dans la capture des ywelsè (âmes) ; celle qui prend la forme de diverses montures animales comme le chat, le porc, le chien etc.

    Au terme de cet entretien, il nous enjoignit de garder scrupuleusement le silence sur ces révélations privées. Car tant qu’un sorcier n’est pas pris en flagrant délit de pratiques sorcellaires, il n’est pas sorcier, dès lors que le non-sorcier ne peut le savoir. Ce dernier ne peut donc l’accuser de quoi que ce soit ; ce qu’il ne serait pas, d’ailleurs, en mesure de prouver, soit de façon visible, soit sous la forme des pratiques nocturnes. Et s’il ne parvient pas à le faire, il se livrerait lui-même aux tentatives de prédation des « gens de la nuit ». Même quand la substance sorcellaire de ce genre d’individus est prise aux pièges des djinns d’une théurgie, comme ceux de Djandjou, par exemple, il niera1 aussi longtemps qu’il le peut, puisqu’il est désormais dévoilé et livré à la honte publique. Car être reconnu sorcier est la pire ignominie qui puisse s’abattre sur quelqu’un, du fait du rejet implicite, par la société, de la personne du kiolo que tout le monde abhorre.

      Plus tard, c’est-à-dire en juillet 1998, ces informations ont été complétées par un autre jeune prêtre théurgique du nom de Koudougou Semporé, originaire de Sabou. Il nous révéla, entre autres, deux réalités sur l’essence des kialè : d’abord, ceux-ci se distingueraient les uns des autres en fonction de la nature spécifique de l’esprit ou substance ensorcelante qui les meut et les dispose à fonctionner selon son caractère propre. Nous retiendrons seulement le fait que, quelles qu’elles soient, ces âmes ou ces puissances spirituelles n’ont point la beauté de l’Homme : elles ont des formes extraordinairement étranges, laides, complètement à l’opposé des nôtres dont certaines font penser, d’après les explications de ce jeune prêtre théurgique, aux corps des acariens. En dépit de leurs facultés propres, grandes, moyennes, petites, et même si elles meuvent la volonté de leurs hôtes humains, ces puissances supra-sensibles sont néanmoins servantes de l’âme humaine. Ensuite, la puissance de chacune d’elles se quantifie ou s’estime en termes de nombre de paires d’yeux dont elles sont douées. Il y a tout un échelonnement de ce type d’yeux, de quatre à trente deux qui indiquent leur puissance substantielle, voire la hiérarchie2 qu’elles occupent dans le collège des kialè. Celles qui ont le plus de paires d’yeux, selon Koudougou Semporé, sont regardées comme les plus puissantes en raison de l’amplitude de leur vision et, donc, de leur capacité à surveiller les faits et gestes de leurs victimes potentielles. Elles sont chargées, par les autres, de l’accomplissement des missions délicates, difficiles et éloignées dans l’espace. L’exécution de ces tâches de caractère exceptionnel les place automatiquement au sommet de la hiérarchie des kialè : elles sont respectées et très appréciées comme telles.

     Ces révélations confirment bien ce qu’Evans-Pritchard a remarqué chez les Azandé et qui se dit ordinairement chez les Lyéla. D’abord, cet auteur montre que les sorciers azandé opèrent en association lorsqu’ils se livrent à leurs pratiques de destruction de vies humaines ou ce qu’Evans-Pritchard appelle « les festins vampiriques ». Mais, l’association qui donne lieu à une hiérarchie n’est pas de même nature que chez les Lyéla. Car chez les Azandé, elle est liée à l’âge, comme dans le monde visible, du moins, suivant les remarques de cet auteur : « il y a des rangs et un commandement chez les sorciers. Un homme doit atteindre à l’expérience en recevant l’enseignement des sorciers plus âgés, avant d’être qualifié pour tuer ses voisins. La venue de l’expérience marche de front avec le développement de la substance ensorcellante. On dit aussi qu’un sorcier ne peut tuer complètement un homme de sa propre initiative, mais qu’il doit présenter des propositions au rassemblement de ses compagnons, que préside un sorcier en chef. Ils débattent la question entre eux » [1972 : 73]. On peut retenir ici que chez les Azandé, comme chez les Lyéla, en raison de la difficulté à tuer aisément un adulte, la question de sa mort est très souvent débattue en assemblée de « gens de la nuit ». Nous l’avons vu précédemment, l’on doit tâcher de trouver le moindre indice qui serait de nature à justifier une telle mise à mort bio-physicopsychique. En revanche, concernant l’individu accédant à la hiérarchie chez les sorciers, les Lyéla pensent qu’il n’est pas nécessaire qu’il soit âgé. Seule la nature de la substance sorcellaire d’un individu, c’est-à-dire de l’énergie psychique extrasensorielle maligne qui l’habite et le dispose avec aisance et vélocité à capturer plus de vies humaines (bio-psychés), qui incline les autres à décider de facto de son statut de chef au milieu de ses congénères. Mieux, elle s’impose d’elle-même parmi les autres sorciers et obtient ainsi leur reconnaissance. Hormis cet aspect particulier, les résultats des recherches d’Evans-Pritchard montrent les mêmes manifestations du phénomène de la sorcellerie partout semblable en Afrique subsaharienne.

Pratique universelle de la sorcellerie comme une force d’attraction du mal

    Ensuite, comme nous venons de le montrer ci-dessus, la société des kialè (délinquants essentiellement) est donc organisée de manière hiérarchique. En effet, les kialma ou sorciers qui ont réussi à tuer le plus d’êtres humains sont hissés au sommet de la puissance sorcellaire du fait de la fréquence des occurrences de manducation auxquelles leurs rapts de substances vitales donnent lieu. Tous les sorciers envoûtés par les djinns de théurgie l’avouent. En outre, ils révèlent qu’il n’est pas aisé de tuer un être humain en raison d’un système ou d’un réseau de relations extrêmement complexe, non seulement au niveau des vivants, mais aussi à celui des vies silencieuses (morts), des djinns protecteurs des particuliers ou de la collectivité, voire des divers êtres spirituels ou entités extrasensorielles. Tout cet ensemble de réalités multiples et diverses par leurs essences propres collabore pour constituer la complexité de la réalité de la vie d’un sujet humain. D’où le fait que les sorciers bio-psychophages se contentent souvent de rapts des vies les plus aisées à atteindre : celles des membres de leurs propres familles. Car le monde spirituel ou extrasensoriel semble également avoir des lois qui interdisent les actes crapuleux hors de cette sphère privée. Même dans ce cadre et malgré les difficultés particulières inhérentes à toute existence humaine, parvenir à détruire une vie humaine procure une sorte de volonté de puissance et de jouissance immense. Ainsi s’expliquent le cercle vicieux d’un état d’extase psychique résultant de la faculté de mise à mort aisée des victimes, et l’admiration que les kialè portent aux plus grands tueurs d’entre eux.

    Outre la multiplicité et la singularité des yeux dont ils sont doués, leurs pratiques de la conservation en vie (physique) momentanée de leurs victimes paraissent énigmatiques. En effet, l’ensemble des prêtres théurgiques qui nous ont instruit au sujet de la dimension supra-sensible de l’être humain ou domaine de la structure invisible, tout autant que la conception courante et unanime sur le procédé de l’annihilation de l’âme humaine par les sorciers, reconnaît que l’être physique, dépouillé de son essence vitale immatérielle, continue d’exister. Si pour les yeux ordinaires il vit, même s’il n’est pas malade, pour les yeux « nyctosophes », selon le mot de Dominique Zahan [1870 : 158], il survit seulement. Car ce qui le maintient encore en vie tient à la préservation de son foie par les sorciers. Dès que celui-ci est annihilé ou « vampirisé » par ceux dont il est victime, il meurt aussitôt après. C’est donc l’état de la substance vitale, transparente en elle même, que les sorciers et les prêtres théurgiques voient immédiatement et clairement. En effet, ces derniers ont aussi cette bi-vision ; cependant, leur propre âme sorcellaire est seulement d’essence différente de celle des premiers.

B- De la nature de la discience (sorcellerie) et de sa perception psychique extrasensorielle

         L’idée que les sorciers ont seuls le privilège de s’appeler « voyants » est très répandue en Afrique subsaharienne. En effet, dans un contexte culturel différent de celui des Lyéla, en l’occurrence, les Fang du Gabon et du Cameroun étudiés par André Mary, on distingue volontiers les voyants et les non-voyants. L’état de compréhension qu’il a pu atteindre de ce monde s’est fait à partir du culte Bwiti Fang. La précision qu’il apporte sur ce point est la suivante : « la puissance de dévoilement de la vision d’éboga non seulement nous fait « voir » ; entre autre les sorciers qui menacent notre vie ou celle de nos proches ; mais elle nous condamne à « être vu »… La donnée nouvelle c’est que « voir » c’est aussi s’exposer à « être vu » ».

     Une telle transformation des pouvoirs de l’énergie psychique (éveil des zones du cerveau en sommeil), de nature à conduire à la vision des phénomènes et/ou des réalités extrasensorielles, explique que tous les prêtres théurgiques que nous avons sollicités à cet effet ont refusé de nous initier à cette singulière vision des choses (yir nam ou -pluriel- yira nam : la faculté du voir ou du percevoir suprasensible). Nous aurions alors la perception du réel fonctionnement et des actes des mondes invisibles aux sens ordinaires anémiés, voire des pouvoirs exceptionnels et étranges qui leur sont inhérents. En devenant ainsi nous-mêmes témoin de choses non autorisées dans le champ de la structure apparente (jusqu’ici nous sommes seulement instruits par ceux qui ont les facultés d’être membres de cette catégorie d’êtres humains et qui nous ont dévoilé les phénomènes non visibles, en raison de leur puissance intrinsèque), nous serions désormais condamné à ne pas écrire tout ce que ces recherches de tant d’années (plus de vingt ans) révèlent des hyper-mondes et des hypo-univers de l’énergie psychique extrasensorielle. Nous aurions été réduit au silence comme tout le monde, c’est-à-dire à l’instar de tous ceux qui participent des univers superposés. En effet, par nos origines, nous appartenons à une famille liée elle-même à un kwala. Dans ce cas, briser la loi de l’omerta, comme cela se passe dans un autre contexte humain, en l’occurrence, le fonctionnement des mafias, ce serait courir le risque d’une bio-psychophagie certaine. A titre d’exemple, en juillet 2002, un jeune prêtre théurgique de la région de Réo, Mathurin Bationo1, nous avait un jour proposé de nous prêter « un œil » de la faculté du voir extrasensoriel.

       Mais, aussitôt, il nous mit en garde en ces termes : « par ce biais, entre autres choses que vous percevrez désormais du monde auquel vous êtes étranger de naissance, vous découvrirez le secret de la capture de la vie neurovégétative et de la mise à mort de quelqu’un sans effusion de sang, c’est-à-dire de l’âme humaine. En d’autres termes, vous verrez, par la puissance de la vision extrasensorielle, la manière dont celle-ci est soumise à la manducation psychique par le moyen d’un pouvoir théurgique unique au monde qui opère la transsubstantiation de la dimension animale en nous ; ce qui te permettra de comprendre que les divers règnes animaux, qui nous constituent, ne sont pas aussi étanches que cela. Ils se compénètrent intimement et constituent même une conjonction voilée par la vie apparente. Cependant, si vous vous avisez de dire ou d’écrire quoi que ce soit sur ce secret absolu de la vie, en raison de l’unicité de son caractère parmi le genre humain, ce qui reviendrait à le révéler au monde entier, vous êtes mort. Les « gens de la nuit » (cercles des sorciers bio-psychophages) le sauraient sur le champ. Où que vous pourriez vous cacher sur la surface de la terre, ils unieraient leurs puissances pour vous rechercher. Ils vous trouveraient forcément (ils ont des moyens illimités à cet effet) et ils vous détruiraient sur le champ. Moi-même qui suis prêtre d’une puissante théurgie et qui ai le pouvoir de vous « ouvrir les yeux », je connais bien ce secret, mais je n’oserai jamais tenter une telle mésaventure en le dévoilant au monde des non-initiés comme vous. Car je sais à quel point ces « gens de la nuit » sont très puissants. Si j’ai le pouvoir d’en tuer quelques-uns qui s’en prendraient à moi, je ne puis guère résister à toute une armée de sorciers hostiles. Donc, si tu es suicidaire, je te donne cet « œil » puisque tu as décidé de violer notre monde par ta soif de tout savoir, de tout comprendre et de tout découvrir… Dans la vie des peuples, le silence sur le fonctionnement des forces, par exemple, militaire, est une excellente  vertu ».

Un fétiche, outil et média de l’adoration des forces d’Erebos

     D’où la sage prudence des prêtres théurgiques et de certains de nos amis sorciers qui, pendant des années, c’est-à-dire durant toute la période de nos recherches en pays lyel (1978-2006), se sont employé à nous dissuader de franchir le pas. Car de l’autre côté, disent-ils, c’est le feu (min), c’est le danger absolu pour des personnes de notre genre (uniscient). Or, un tel refus systématique d’accès aux réalités des mondes extrasensoriels est, du même coup, la cause de notre frustration absolue, en l’occurrence, le fait de devoir être toujours en dehors des mondes que nous voudrions explorer tout en préservant notre vie transitoire. En revanche, un chercheur étranger au contexte socio-culturel de ces peuples africains subsahariens, comme le Père Eric de Rosny, peut se faire initier sans aucun risque pour sa vie ou pour l’intégrité de son corps-peau, à condition de ne pas entrer dans le cercle du jeu malin et redoutable de la sorcellerie des bio-psychophages. Enjeu de l’échange de vies humaines (les bio-psychés), on devient très vite prisonnier de l’extase éprouvée dans la mise à mort d’un être humain, sans effusion de sang, à la manière du plaisir ressenti par les chasseurs des grands fauves ou de tout autre genre d’animaux sauvages.

     Certes, parmi les peuples gourmantché, il existe des prêtres théurgiques qui ont acquis la science d’une bi-vision singulière. Il s’agit d’un produit extrait d’essences de plantes mélangées à des substances animales et minérales etc. Lorsqu’on le consomme, son énergie va s’emparer de celle de la psyché humaine et la transformer en lui transmettant la puissance de la perception extrasensorielle, qui nous plonge ainsi immédiatement dans la vision des réalités imperceptibles par les sens ordinaires. Selon notre jeune ami prêtre gourmantché, Diaboado Tankoano, détendeur d’une telle substance, on peut voir sans être nécessairement vu par toutes les personnes douées d’énergie psychique extrasensorielle moins puissante. Il s’agit, en l’occurrence, de toutes celles qui n’ont pas touché à l’acte sacrificiel de transmutation psychique maligne par la manducation de la bio-psyché, c’est-à-dire cet acte qui permet d’accéder au statut de « monstre psychique ».

Ce jeune prêtre nous a fait comprendre ainsi le sens d’une telle initiation et nous a conduit à élaborer de nouveaux concepts plus simples et plus éclairants relativement à ces phénomènes dits de sorcellerie. Selon lui, lorsqu’on absorbe ce produit qui va éveiller des états du cerveau en sommeil, on devient Bando, c’est-à-dire celui qui sait en tant qu’il a des acquis, de l’expérience, des savoirs qu’il ignorait auparavant. Cette science singulière elle-même s’appelle Bamma. Par l’absorption du Bamma, on devient « savant » ou expérimenté.

      En réalité, comme Jacques Ninio l’a montré dans son ouvrage2, notre cerveau, soumis à l’apprentissage des données conformistes nécessaires à la vie et à l’adaptation au vivre avec autrui dans une société donnée, est comme contraint d’hypotrophier un nombre considérable de facultés. De même, au cours de la longue histoire du genre humain, les nécessités de survie l’ont amené à développer essentiellement les facultés seules qui étaient nécessaires à la survie dans un contexte très hostile et très souvent mortifère. Cependant, ces pouvoirs du cerveau anémiés ne sont pas pour autant entièrement détruits. Ils sommeillent seulement en nous. C’est ce qui explique que certaines personnes, parmi nous, naissent avec des dons singuliers qu’on appellent génies ou gens pourvus de pouvoirs énergiques supranormaux. De nos jours, les neurosciences s’emploient à tâcher de comprendre la nature de ces phénomènes extraordinaires par le truchement de leurs moyens technologiques. Or, sans le concours de tels appareillages qui sont fort chers, des peuples de l’Afrique subsaharienne proposent une approche moins complexe et peu coûteuse.

   Ainsi, selon Diaboado Tankoano, tout être humain peut devenir Bando. Dans cette perspective et pour simplifier, nous avons convenu d’appeler ceux qui sont devenus Bando, par l’absorption du Bamma, les « discients » (du terme grec dikha, de dis, qui veut dire « deux fois » et de science). Nos entendons par « discience », un ensemble de connaissances sur la nature réelle des phénomènes, matériels et immatériels, par-delà leur apparence tronquée suivant la structuration des sens ordinaires. Elle ouvre l’accès à l’illumination de la vision transfiguratrice dont l’une des modalités incline à chercher à agir sur l’univers par les moyens surnaturels, quels qu’ils soient, mais en dehors de toute action matérialiste suivant les modalités et la logique de la raison mécaniciste et de sa technologique complexe. A l’inverse, tous ceux qui n’ont pas une telle énergie psychique extrasensorielle peuvent être appelés « uniscients », au sens où ils ne connaissent que les phénomènes de la réalité triviale des sens ordinaires et anémiés. Ces derniers n’ont qu’une vision partielle et unique de la perception de la complexité des phénomènes de la vie humaine et de la Matière. Les autres, en l’occurrence, les « discients », qui deviennent psychiquement ainsi très différents de nous, ont une amplitude et une profondeur de perception qui nous rend étrangers, de facto, à eux, c’est-à-dire à leur univers de perception des réalités fondamentales ou voilées. En d’autres termes, en devenant Bando, par l’absorption du Bamma, ils accèdent à la vision d’une infinité de faits à la fois dans des détails étonnants, comme le microspope nous livre les vivants élémentaires non perceptibles autrement, surtout non visibles par le biais de nos cinq sens ordinaires hypotrophiés.

    Cependant, selon Diaboado, l’état de Bando (discient) ne peut échapper à la perception ou à la vision des personnes dont l’énergie psychique extrasensorielle est très puissante. Il s’agit, en d’autres termes, des sorciers bio-psychophages. Aussi, et dans le contexte des familles et des cultures des peuples de l’Afrique subsaharienne, avant toute prise de la substance donnant la discience (Bamma), il est recommandé de commencer par consommer un autre produit qui a une double vertu : d’abord, protéger l’âme initiée aux vraies réalités des phénomènes supra-naturels et de la vie humaine contre les attaques scabreuses des gens naturellement douées de la puissance de l’énergie psychique maligne ou sorciers dits « mangeurs d’âmes ». En effet, ceux-ci craignent que toute intrusion étrangère non autorisée ne dévoile un jour leurs secrets bien gardés entre eux ; d’autant plus que l’état de Bando permet seulement de voir, mais non d’acquérir des pouvoirs au même titre que les sorciers bio-psychophages qui, seuls, peuvent voyager sans obstacle à travers l’espace terrestre. Néanmoins, de l’état de Bando, on peut accéder au statut de sorcier en absorbant d’autres genres de produits qui confèrent cette sorte de puissance psychique extrasensorielle particulière.

    Ensuite, il s’agit d’affermir cette âme dans son entrée en ce monde extrasensoriel dont la vision peut être effroyable et terrifiante quand on n’en a pas été témoin depuis son enfance. Et l’on doit apprendre à taire ce que l’on voit, telle la perception des entités différentes de l’espèce humaine et qui le côtoient constamment sans être vues par un nombre considérable de ses membres. Toutefois, ces êtres non-humains vivent et existent seulement sous des modalités différentes de celle de l’espèce humaine. Car, selon les enseignements de Diaboado Tankoano, la vie, en créant cette dernière espèce de vivants en Afrique, en a généré d’autres parallèlement au genre humain suivant des formes d’existence dite mystérieuses pour les sens ordinaires.

Un prêtre et son autel de fétiche

     Dès lors, le silence est de rigueur sur ce que l’on voit surgir ainsi des profondeurs du monde avec des yeux autres que la vue sensible. Autrement, on risque de s’attirer beaucoup d’ennuis. Car l’on voit les êtres humains dépouillés de leur belle apparence, c’est-à-dire tels qu’ils sont anatomiquement. On voit même ce qu’ils ont dans l’estomac, comme les aliments ou les boissons qu’ils viennent de consommer. Il en est de même de tous ceux qui, même bien portants, vont bientôt mourir. Néanmoins, l’on doit nécessairement garder le silence sur leur sort, même s’il s’agit de nos proches qui courraient le danger d’un accident imminent. C’est la possession d’une telle perception extrasensorielle (Bamma) qui a conduit le Père Eric de Rosny3 à parler de la bi-vision de la violence souterraine aux sociétés dont on devient témoin en s’initiant aux mystères de la vie et aux réalités humaines invisibles aux sens ordinaires.

    Percevoir, au-delà du voile sensible commun, la vraie nature des choses et rester muet pour que ces choses gardent toujours leurs mystères aux yeux des sens ordinaires, tel est le prix à payer pour atteindre les abysses de la vie. Et tel est aussi le sens et la nature de ce qu’on appelle couramment la sorcellerie, du moins dans les pays africains subsahariens, et ses pouvoirs réels, ses multiples formes, ses divers visages, ses différents degrés de puissance, ses divers niveaux de connaissance, comme nous tâchons de le faire comprendre chez les Lyéla.

    Car les prêtres instructeurs lyéla nous ont surtout appris que l’efficacité des kialè réside donc dans leur capacité à garder le silence4 sur leurs pratiques. Comme le non-sorcier ignore tout du monde souterrain des kialè ou structure invisible, on enseigne, chez les Lyéla, l’art de maîtriser la parole. Elle doit l’être non seulement en dehors de chez soi, par exemple, pendant toutes les réunions publiques, mais même dans l’espace public de la cour qu’on habite. En effet, pendant le jour et selon le mode de fonctionnement de la structure visible, les kialè comptent, parmi eux, des rapporteurs qui sont à l’affût des faits et gestes des gens, qui enregistrent leurs paroles. Puis, la nuit, sur la place des cérémonies sorcellaires, ils transmettent les diverses informations collectées à leur collège. On se fonde sur elles, quand elles sont de nature à dévier la conduite des particuliers par rapport aux Nia (Testaments oraux) du kwala, pour entreprendre des actions de nuisance contre les intérêts de leur auteur, ou même en vue d’un rapt de sa substance vitale. En ce sens, on comprend mieux le sens de l’enseignement de Joseph Bado de Sienkou : dès la prime enfance, les familles s’attachent à corriger les individus qui font preuve d’une telle disposition. On se méfie des rapporteurs, de tous ceux qui ont « la langue pendue », c’est-à-dire déliée, comme d’une peste. Nul n’ignore, y compris de nombreux individus parmi les non-sorciers, qu’ils sont un pont entre le jour et la nuit.

    Cependant, les rapporteurs ne sont les seuls à remplir un tel office de nuisance : des membres de chaque famille, qui sont membres du collège des kialè, jouent également ce rôle de transmetteurs de messages, quand il s’agit de nuire à quelqu’un. Néanmoins, qu’il s’agisse de rapporteurs du kwala (dabia), du terroir-village (autel de terre) ou des membres de sa propre famille, on utilise une stratégie identique : s’arranger pour accéder à l’intimité d’une victime potentielle pour mieux la surveiller. C’est pourquoi, chez les Lyéla, le pire ennemi apparaît sous la figure de l’intime, du membre de la famille qu’on aime le plus. Comme la victime, si elle est unisciente, qu’on cherche à piéger ignore les intentions réelles de tels prochains, elle se livre sans retenue à leur indiscrétion. Cette stratégie du compagnonnage, du familier permet d’étudier les habitudes de l’individu, autant le jour que la nuit. Dès que ses faiblesses ont été décelées et livrées au collège des gens de la nuit, on passe à l’attaque. En vertu de la préparation d’un tel crime, la victime a peu de chance de pouvoir s’en sortir. En ce sens, les Lyéla reconnaissent que les coups mortifères des femmes contre leurs époux sont imparables en raison de la transparence quotidienne de ceux-ci par rapport à leurs conjointes.

    Toutefois, l’éclat des kialè, leur caractère redoutable, effroyable5 même, en vertu de la violence scabreuse qui les meut essentiellement, réside dans leur vision de type panoramique sur la vie des individus, membres d’un kwala, suivant l’instruction de Koudougou Semporé, un puissant jeune prêtre théurgique de Sabou. Comme il l’avoue lui-même, cette singulière vision encercle tout et n’épargne personne, y compris eux-mêmes. Cependant, le mode d’observation et/ou de surveillance de la vie des autres est différent selon qu’on est doué ou non de ce pouvoir psychique supra-normal qu’est l’essence sorcellaire. En effet, le non-sorcier est ignorant des pratiques souterraines et invisibles des kialè de sa famille, de son kwala, voire du village. C’est ce qui fait sa faiblesse notoire et sa fragilité fondamentale. Il ne peut se cacher pour accomplir un acte délictueux. Même s’il pense innocemment le faire à l’insu de ce monde, on feint de garder un silence coupable sur ce qu’il a fait.

     En réalité, le jour comme la nuit, il est vu et exposé aux yeux des « nyctosophes ». Ainsi, un non-sorcier qui commet un adultère, par exemple, avec la femme d’un frère de kwala, même si un tel acte s’est passé hors de l’espace villageois, il est observé par les yeux des kialè dont la puissance sorcellaire leur permet d’être témoins de la scène. Lorsque la partenaire est elle-même kialkê(sorcière), elle s’empresse d’aller livrer le secret de ces amours coupables aux kialè dukwala de ce dernier. Quand cette personne mourra, on s’empressera de dire que le kwala l’a tué. On omet alors de dévoiler que les yeux du kwala sont, en fait, des yeux des kialè, gardiens du kwala-Nia ou Testaments de l’autel du clan. Yomboué Vincent Négalo nous l’a déjà enseigné : le kwala par lui-même ne blesse pas, ne porte de tort à personne, ne tue pas. Mais les vivants, par l’intermédiaire des kialè chargés de conserver l’intangibilité des paroles des ancêtres (Nia) sont les véritables auteurs de la violence sociale. Néanmoins, les morts des dabia (frères de clan) qui leur sont imputables, sont toujours causées au nom du kwala pour que la réalité et le fond de ces phénomènes souterrains demeurent cachés à la conscience des non-sorciers. C’est à cette condition que l’on maintient tout le monde dans le droit chemin du respect de la morale socio-politico-religieuse. Dès lors, et en principe, reconnaît-il, s’il y a de l’arbitraire, celui-ci est le fait de sorciers délinquants, crapuleux et jaloux.

Sorcellerie ou vénération des forces de la nature ?

    Quant à ceux qui savent tout, conduisent ou régulent la réalité sociale, en l’occurrence les kialè eux-mêmes, ils exercent une surveillance mutuelle sur la vie des uns et des autres. Même à titre de gardiens, qui tirent un avantage certain du système social, ils ne sont pas au-dessus des kwala-Nia (Paroles fondatrices de l’autel du kwala). Celui d’entre eux qui commet une faute voit sa substance vitale aussitôt appréhendée par les autres et détruite selon leur mode spécifique d’annihilation de la vie humaine. Dans le monde des gens de la nuit, l’ordre n’est pas toujours très lisible ni aisément intelligible pour le non-sorcier.

1Tout le monde sait à Réo que ce jeune homme aurait été enlevé pendant son enfance (il était alors à l’école primaire de son quartier) par des génies sylvestres. Il fut considéré comme disparu par ses parents suite à de nombreuses et infructueuses recherches dans la région de Réo et d’ailleurs, voire jusqu’en Côte d’Ivoire. Car il est établi que quelques Mossi viennent kidnapper des enfants lyéla pour aller les soumettre à des travaux de serfs dans les plantations de caféiers et de cacaoyers en zone côtière. Pendant sa disparition du milieu des vivants, il nous raconta qu’il venait de temps en temps rendre visite à ses parents et entendre leurs causeries dont il leur restituerait les objets ultérieurement pour leur prouver qu’il fut l’hôte des génies sylvestres. Cependant, sa présence en famille était imperceptible suivant la nature même des êtres qui l’avaient élu. Pendant de longues années, il fut instruit de leurs savoirs avant d’être restitué à sa famille.

   1Dans le contexte culturel des Bamiléké du Cameroun, on assiste, selon Charles Henry Pradelles de La Tour, à un refus d’aveu semblable. Il donne l’exemple d’une femme prise en flagrant délit de pratiques sorcellaires qui les niera jusqu’à sa mort : « la première femme se leva et dit : « qu’est-ce qui m’a fait si mal ? » Son mari furieux l’accusa publiquement d’être ndip. Elle plaida son innocence, mais personne ne la crut. Elle dut repartir dans sa famille. Quelques temps après, le hibou, affaibli par ses blessures, se montra le soir près de la concession. Les enfants le signalèrent à leur père qui le tua avec son bâton. On apprit plus tard qu’au même instant la sorcière était morte dans sa famille. » (1997 : 74-75).

2 Cette hiérarchie au niveau de la structure invisible apparaît comme un facteur de rupture avec l’égalité absolue entre individus, égalité imposée ou voulue ou recherchée au niveau de la structure apparente. Sur ce point, il n’y apas de continuité entre les deux champs de réalité.

La lutte impitoyable de l’Inquisition (église catholique) contre les sorciers/sorcières au Moyen-âge

2L’empreinte des sens

3Les yeux de ma chèvre (Plon, Paris)

4 Maurice Duval insiste beaucoup sur ce point dans ses propres recherches portant sur les Nuna de Bougnounou. Selon lui, ce silence social quasiment imposé confine à une forme de domination en vertu du pouvoir exercé par les prêtres du kwéré. Nous dirons que ce culte du silence entre dans le jeu mortifère des kialè.

5Les membres de ceux-ci sont eux-mêmes frappés de terreur la nuit. Chez les Lyéla, on dit toujours qu’un kiolo est plus peureux la nuit qu’un non-kiolo. En fait, ils savent bien ce qu’ils font subir à leurs victimes et ils sont assez vulnérables aux yeux des autres quand ils ne sont pas dans leur état de puissance psychique de la nuit.

In Pierre BAMONY

Des pouvoirs réels du sorcier africain

-Révélations des forces supranaturelles de la sorcellerie (discience) et de son influence ambivalente sur les consciences et l’ordre socio-politique chez les Lyéla du Burkina Faso-

(Paru chez L’Harmattan en 2009)

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