Deuxième Partie. Barack Obama : Jeunesse, handicaps, recherche de sa voie et premiers pas vers la Présidence des Etats-Unis d’Amérique

Barack Obama, ses parents et son grand-père maternel

A- Origine modeste et engagement en faveur des personnes simples et modestes, sans oripeaux de quelque grandeur quelconque

   Contrairement à un grand nombre d’élites politiques dans le monde qui, même si elles sont issues de milieux très modestes, une fois parvenues au pouvoir, notamment exécutif, ne manquent de se prendre pour le nombril de l’univers, Barack Obama resta fidèle à ses origines de classes moyennes, voire humbles. A Harvard, il était entouré de camarades venant de la classe bourgeoise ou de l’aristocratie politique[1] blanche, déjà assurés du bel avenir qui les attendait. Ses grands-parents étaient de condition modeste[2], et sa mère, une intellectuelle sans moyens financiers optimaux. Malgré tout, ceux-ci, tout autant que sa mère, étaient contents de leur condition et de leur mode de vie. Aussi, par rapport à ses camarades de classe à Harvard, il s’est toujours senti différent d’eux. Même s’il entretenait des liens de qualité avec eux, il se conduisait suivant les données de sa classe socio-économique.

    Sa mère, Ann Dunham, en tant que femme engagée, avait des opinions très tranchées quant à l’injustice du monde, l’inégalité entre les Humains de par le monde, d’une part et, d’autre part, elle était aussi révoltée contre l’égoïsme d’un grand nombre d’individus. Aussi, elle ne manqua pas d’enseigner à son fils une sorte de philosophie de la vie pour lui permettre de prendre conscience de la force aveugle qui meut le monde humain. Elle souhaitait secrètement qu’il s’en inspire pour faire face, avec lucidité, aux réalités humaines brutales et cruelles le plus souvent. A propos de l’égoïsme des gens, elle lui fit un jour la réflexion suivante : « Tu sais, Barry, m’a-t-elle dit (c’était le surnom que  me donnaient mes grands-parents et, elle quand j’étais petit, souvent abrégé  en « Bar », mais prononcé « Bear »), il y a des gens dans la vie qui ne pensent qu’à eux. Ils se fichent de ce qui arrive aux autres, du moment qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Ils rabaissent les autres pour se sentir importants ». Mais elle ajouta, comme pour faire contrepoids aux comportements de cette catégorie de gens la réflexion suivante : « Et puis il y a des gens qui font l’inverse, qui sont capables de se mettre à la place des autres et qui veillent à ne jamais se comporter d’une façon qui pourrait leur faire du bien.

Alors, a-t-elle conclu en me regardant droit dans les yeux. Quel genre de personne veux-tu être ? » (p.23). Le fils, comme la mère, a choisi la voie de l’humanisme : se mettre au service des plus modestes d’entre les Humains pour tâcher d’apporter quelques solutions à leurs maux autant qu’il est possible et en fonction de ses moyens.

    Pendant ses années d’études secondaires et universitaires, il comprit le jeu stérile des élites politiques qui se donnaient en spectacle à la télévision. Dans le paraître inessentiel, les unes autant que les autres sont prises au piège de l’excès, de la surenchère de l’usage des artifices pour briller aux yeux du monde. Il eut alors le sentiment que la chose politique est stérile, vaine et inutile ; voire une espèce de scène de théâtre où les egos sans épaisseur, sans substance effective viennent se livrer à une monstration continue de leur personne ou de leur talent de personnages politiques. A ce moment-là, il jugea qu’il ne pouvait pas s’engager dans cette voie ; du moins, pas au cours de ces années-là où il cherchait davantage à se construire, à trouver un sens à son existence. Dans cette optique, par la richesse de ses lectures qui lui ont ouvert la conscience sur diverses problématiques humaines, il se passionna pour les exemples d’engagement syndicalistes comme l’histoire des suffragistes[3]. Il s’intéressa aussi à de grands personnages de l’histoire qui ont marqué fondamentalement leur temps par leur lutte pour défendre les intérêts de l’humanité comme Gandhi, Lech Walesa, Martin Luther King, John Lewis et Bob Moses, Fannie Lou Hamer et Diane Nash, etc. La connaissance de l’histoire de ces différents personnages s’inscrivait dans l’optique que leur exemple est une source d’inspiration éthique. Ils étaient comme des modèles humains dignes d’être imités pour sa propre gouverne.

Barack Obama et ses grands parents

   Au terme de ses études universitaires, son esprit était habité par de grands idéaux. Mais il ne savait par quoi commencer concrètement pour réaliser quelques-uns d’entre eux. En outre, il ne savait pas où s’installer pour tâcher d’amorcer un début d’accomplissement d’au moins l’un de ses idéaux, de ses projets ; ni à qui, à quoi s’accrocher au cours des années 1993. Toutefois, il finit par s’engager dans une initiative qui semblait satisfaire à ses attentes. Celle-ci s’appelait « l’organisation de communauté ». Selon lui, il s’agissait d’un « travail associatif, sur le terrain, consistant à mobiliser des citoyens ordinaires autour de certains projets à l’échelle locale. Après avoir papillonné d’un job à un autre, à New York sans jamais trouvé ce qui me correspondait, j’ai entendu parler d’un poste à Chicago, au sein d’une association d’églises qui s’étaient regroupés pour essayer de maintenir à flot les populations ravagées à la suite de a fermeture des aciéries. Rien de très spectaculaire mais ce serait un début » (p.33). Ce contact avec le réel humain, tangible et concret opération une certaine rupture dans son esprit par rapport à ses idéaux purement abstraits. Il allait devoir s’affronter aux difficultés des gens : les pauvres, les laisser pour compte que la très riche société états-unienne ne voulait pas voir.

    Or, à Chicago, le déclin de l’industrie avait conduit à une sérieuse mutation générale de la cité. En effet, les populations blanches, plus aisées, durent fuir les centres villes pour s’installer à la périphérie dans des zones plus agréables, plus calmes ou pour émigrer dans des villes plus dynamiques et plus riches ; en somme, là où les gens pouvaient encore trouver du travail. Ceci a eu pour conséquence la paupérisation d’une frange importante de la population silencieuse, isolée, démunie, abandonnée à son sort. Car elle n’avait pas le choix d’imiter d’initier une autre forme de vie faute de moyens financiers adéquats pour entreprendre une telle aventure. Dans un tel contexte de désolation humaine, Barack Obama dut se confronter, au quotidien, aux problèmes réels des gens ; contexte fort éloigné de ses démonstrations théoriques en politique, en économie, etc. C’est en ce sens qu’il écrit : « Je devais demander à des inconnus de se joindre à moi et de collaborer sur des projets concrets – réhabiliter un parc, désamianter des logements sociaux ou monter un programme du soir. J’ai connu des échecs et j’ai appris à me retrousser les manches afin de mobiliser tous ceux qui avaient placé leur confiance en moi. J’ai essuyé suffisamment de brimades et d’insultes pour ne plus en avoir peur ».

    Malgré ces déconvenues au quotidien, les déboires qui sont inévitables quand on s’avise de travailler avec ou pour des êtres humains, il prit conscience que ces confrontations l’ont rendu réaliste. Grâce à celles-ci, il grandit humainement, s’enrichit d’expériences diverses et variées, devint plus mature comme il le reconnaît lui-même : « J’ai fini par m’attacher aux hommes et aux femmes avec qui je travaillais : la mère célibataire qui vivait dans un quartier dévasté et qui s’était pourtant débrouillée, Dieu sait comment, pour envoyer ses quatre enfants à l’université ; le prêtre irlandais qui ouvrait grand les portes de son église tous les soirs afin que les gamins du coin aient une autre option que de traîner avec les gangs ; le sidérurgiste au chômage qui reprenait ses études pour devenir travailleur social » (p.34). Cette riche expérience, à travers la singularité de ces destinées humaines, ont fait de lui un homme qui a compris que travailler la matière humaine n’est pas une sinécure. C’est un combat de tous les instants, une remise en cause de soi parfois tragique, amère ou douloureuse. Mais, à tous ces êtres humains, parfois ingrats, au service desquels il se dévoua pendant un certain temps, il ne put s’empêcher de leur témoigner une reconnaissance certaine. Car, sans eux, il n’aurait sans doute pas pris conscience des devoirs des élites politiques par rapport à leurs électeurs. Ce qui est courant chez eux est le constat suivant : dès qu’ils ont été élus, ils ne tardent pas à les oublier et à négliger les promesses qu’ils leur ont faits.

     Les remarques suivantes expriment bien les leçons qu’il tira de son premier travail au service des êtres humains : « Grâce à eux, j’ai vu à quelles transformations on pouvait aboutir quand les citoyens demandaient à leurs dirigeants et aux institutions de leur rendre des comptes, même sur les questions les plus triviales, par exemple pour réclamer l’installation d’un panneau stop à un carrefour très passant ou des patrouilles de police plus fréquentes. Grâce à eux, j’ai pu résoudre les questions qui me taraudaient à propos de ma propre identité raciale. Car je me suis rendu compte qu’il n’existait pas une seule et unique façon d’être noir ; essayer d’être un type bien était déjà suffisant.

    Grâce à eux, j’ai découvert une communauté de croyances – j’ai compris qu’on avait le droit de douter, de remettre en cause, sans pour autant cesser d’aspirer à de meilleurs lendemains.

    Et comme j’entendais, dans les salles en sous-sols des églises ou sur les vérandas, exalter ces meilleures valeurs – l’honnêteté, le travail, la compassion – que m’avaient inculquées ma mère et mes grands-parents, j’en suis venu à croire en la force du lien commun qui unissait les gens » (p.p. 34-35).

     L’implantation de Barack Obama à Chicago, grâce à ce travail auprès des gens fort modestes – plus tard, il accepta de s’investir dans des activités bénévoles pour bien s’imprégner des réalités locales – prépara sa destinée dans le sens de l’engagement politique. Il eut, ainsi, l’occasion de fréquenter divers milieux humains et de s’enrichir de leurs diversités culturelles, de leurs singularités communautaires. Mieux, quand vint l’heure du passage au champ de l’action politique, il était déjà instruit des contraintes d’une candidature à la politique. Car aux Etats-Unis d’Amérique, le premier niveau de la démocratie consiste, par le porte à porte, à aller soi-même sur le terrain, au contact des électeurs pour solliciter leurs voix. C’est un exercice nécessaire sans lequel nulle élection politique n’est possible. Même si, parfois ou souvent, cet exercice s’avère très difficile – un candidat peut être rejeté sans ménagement du seuil du domicile de certains électeurs irascibles, racistes ou apolitiques -, il permet, néanmoins, aux candidats de bien connaître leurs électeurs, sources et fondement de la démocratie suivant son sens noble et premier. Obama nous donne un aperçu de sa propre expérience de candidat à une élection politique. « Dans mon rôle de candidat, je m’amusais énormément. A Chicago, je passais mes samedis à m’immerger dans divers quartiers – mexicain, italien, indien, polonais, grec -, à manger et à danser, à participer à des défis, à embrasser les bébés et à serrer les mamies dans mes bras. Le dimanches, j’allais dans les églises de la communauté noire…

   Peu à peu, cependant, je me suis mis plutôt à écouter ce que les gens avaient à dire. Et plus je les écoutais, plus ils se confiaient. Ils me racontaient ce que ça faisait d’être licencié du jour au lendemain après une vie entière de labeur, de voir sa maison saisie ou de devoir vendre la ferme familiale. De ne pas avoir les moyens de souscrire une assurance-maladie et de se retrouver obligé de couper en deux les cachets prescrits par le médecin pour que le flacon dure plus longtemps » (p.76).

Ann Dunham, une mère aimante

      Ces contacts rapprochés avec le peuple, les gens ordinaires qui sont déçus, non pas de la chose politique en soi-même, mais des acteurs, des élus, des élites politiques en général qui accourent vers eux, lors des élections, pour se livrer à des promesses aussi fantaisistes les unes autant que les autres sans assurance aucune qu’elles seraient suivies d’effets. Car aussitôt élus, ils hâtent de les oublier en laissant leurs électeurs dans leur sort misérable. Quant à Obama pendant toutes ses années de quête de son projet et de maturation de soi, la proximité avec les gens ordinaires lui a été salutaire au début de sa propre campagne électorale. En comprenant leurs attentes, en connaissant leurs problèmes au quotidien, il a été amené à modifier parfois ses discours de manière à leur conférer une tonalité qui soit en accord avec les besoins de ses électeurs. Tel est le sens de l’un de ses discours : « Au fond, la plupart des gens, peu importe d’où qu’ils viennent ou à quoi ils ressemblent, veulent la même chose. Ils ne cherchent pas à s’en mettre plein les poches. Ils n’attendent pas que quelqu’un d’autre fasse pour eux ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes.

   Ce qu’ils attendent, s’ils veulent travailler, c’est de pouvoir trouver un emploi qui leur permette de faire vivre leur famille. Ce qu’ils attendent, c’est de ne pas craindre de tout perdre simplement parce qu’ils tombent malades. Ce qu’ils attendent, c’est que leurs enfants aient accès à une bonne éducation, une éducation qui les prépare à cette nouvelle économie, et qu’ils puissent étudier à l’université s’ils ont fourni les efforts nécessaires pour y entrer. Ils veulent se sentir en sécurité face à la criminalité et au terrorisme. Et après une vie de travail, ils veulent pouvoir profiter de leur retraite dans le respect et la dignité.

Obama, son beau-père, sa mère et sa demi-soeur

    Voilà ce qu’ils veulent. Ce n’est pas grand chose » (p.77).

B- La dialectique conjugale

    De manière générale, on pourrait tout à fait considérer de « mixte » le mariage entre Noir états-unien et Noir d’origine africaine qui est devenu américain ou qui est issu de parents d’immigration récente. Ces différences entre les uns et les autres tiennent à des considérations historiques. On le sait : le Noir américain de souche souffre du fait qu’il est descendant d’esclaves. Et leurs compatriotes blancs le leur font sentir en permanence par toutes les formes d’humiliation possibles. Ils sont très souvent méprisés quel que soit le niveau intellectuel élevé qu’ils ont atteint dans les études universitaires, ou de leur réussite sociale ; voire la preuve manifeste de la qualité ou de la hauteur de leur intelligence. On n’apporte nulle attention à leur personne humaine comme telle. Cet état de fait est, certes, plus atténué dans les hautes sphères de la société états-unienne, tout autant que dans la haute administration étatique ou fédérale. En revanche, aucune courtoisie n’est pas de mise à leur égard quand on descend dans les basses sphères de la société. Le Noir de souche ou non est sujet en permanence à de multiples formes d’agressivité dont la plus manifeste est la violence des forces de l’ordre. En effet, le policier municipal ou fédéral peut agresser ou tuer un Noir comme bon lui semble sans encourir, pour cet acte meurtrier, de sanction punitive conséquente. Car il se sait protéger par les lois fédérales et municipales. De façon générale, aux Etats-Unis d’Amérique, les institutions juridiques et politiques étatiques ou fédérales sont inéquitables en leur essence même, comme Alexis de Tocqueville l’a bien démontré dans ses recherches sur la naissance des nations états-uniennes.

     En effet, dans un paragraphe du Chapitre II de son ouvrage, « Raisons de quelques singularités que présentent les lois et les coutumes des Anglo-Américains », il analyse les données qui ont conduit cet ensemble de jeunes sociétés à édifier et à fonder des institutions fondamentalement injustes moralement et humainement. De Tocqueville souligne que l’un des points fondamentaux qui a présidé à la création de leurs institutions politiques et sociales tient bien plus à la forte influence des Anglo-Américains et des puritains que de ce qui est d’origine anglaise. A propos de la législation civile et criminelle en cours dans ce Nouveau Monde, celle-ci n’a retenu que deux moyens d’action, comme l’écrit cet observateur remarquable de l’émergence de la société états-unienne : « la prison ou le cautionnement ». En effet, explique-t-il, « Le premier acte d’une procédure consiste à obtenir caution du défenseur, ou, s’il refuse, à le faire incarcérer ; on discute ensuite la validité du titre ou la gravité des charges.

   Il est évident qu’une pareille législation est dirigée contre le pauvre, et ne favorise que le riche.

   Le pauvre ne trouve pas toujours de caution, même en matière civile, et, s’il est contraint d’aller attendre en prison, son inaction forcée le réduit bientôt à la misère.

  Le riche, au contraire, parvient toujours à échapper à l’emprisonnement en matière civile ; bien plus, a-t-il commis un délit, il se soustrait aisément à la punition qui doit l’atteindre : après avoir fourni caution, il disparaît. On peut donc dire que pour lui toutes les peines qu’inflige la loi se réduisent à des amendes. Quoi de plus aristocratique qu’une semblable législation ? » (De la démocratie en Amérique, T.I, -GF-Flammarion, Paris 1981, p.p. 104-105). On comprend mieux pourquoi les prisons états-uniennes sont toujours pleines de Noirs. Ils sont si nombreux qu’on eût que les membres de cette communauté humaine sont presque tous des délinquants. Etant pauvres, de façon générale, ils ne pouvaient et ne peuvent toujours s’acquitter de la caution exigée quand ils sont accusés d’un délit. Même en sortant de prison, ils ne peuvent avoir gain de cause. La partie aisée de cette communauté, en raison du peu de sentiment de solidarité qui existait entre eux – chacun se bat pour sauver sa peau ou pour survivre dans un contexte socio-politique extrêmement mortifère et dangereux -, ne peut venir en aide financièrement aux victimes noires de l’iniquité de la législation scélérate pour ce qui est de la population noire ou des pauvres.  

     Aussi, dans ce contexte social général, le Noir, du fait même qu’il est Noir, est brimé, pourchassé, humilié, insulté dans sa personne et sa dignité plus qu’aucun autre sujet humain sur notre commune Terre. C’est l’une des raisons pour lesquelles les rapports entre les communautés noires aux Etats-Unis d’Amérique se situent sous l’angle de la volonté de domination ; voire de la recherche d’un sentiment de supériorité des uns par rapport aux autres. Ainsi, le Noir de souche, soit l’Américain-Africain légitime son appartenance à cette nation, plutôt à ces entités nationales d’immigrés qu’il a contribué à bâtir, quoi qu’en disent ses compatriotes blancs. En effet, ceux-ci se croient les seuls américains authentiques et considèrent que leurs ascendants sont les seuls à avoir édifié ce pays. De fait, ils dénient ce statut aux Noirs ou, plutôt, le minorent considérablement.

    Malgré toutes ces attitudes, tous ces faits qui rabaissent toujours le Noir états-unien, celui-ci ne manque de se penser si ce n’est supérieur[4] du moins plus légitimement américain par rapport aux Africains qui ont accédé au statut juridique d’Américains plus récemment, c’est-à-dire généralement au XXe siècle. Or, ces derniers mettent en avant l’idée selon laquelle ils sont plus libres que les premiers du fait qu’ils ne sont pas des descendants d’esclaves. Au regard du Blanc états-unien, cette nuance a son importance dans la considération qu’il peut témoigner à l’égard des uns et des autres. C’est pourquoi ces données de la réalité quotidienne états-unienne des Noirs impactent fortement les relations interindividuelles ou intercommunautaires[5].

    Dès lors, les mariages entre les deux catégories de Noirs Etats-Uniens conduit souvent à une dialectique de confrontation et de domination mutuelle. En effet, les rapports des conjoints, étant impactés par le poids des préjugés ordinaires des uns et des autres, créent généralement une incompréhension réciproque. Dans le cas de Barack Obama et de Michelle LaVaughin Robinson, l’amour mutuel des conjoints a considérablement atténué la complexité et la volonté de puissance ou de domination relativement courantes dans ce genre de mariage. Même si Obama n’y insiste pas outre mesure, il n’en demeure pas moins que leurs liens ont connu des frictions sérieuses ; mais pour d’autres raisons que la tentation de domination réciproque. C’était essentiellement la prise en charge égale et le partage égal des responsabilités dans l’assomption des tâches domestiques quotidiennes quand ils ont eu leurs filles. Or, ses activités politiques ont nécessité des absences certaines du foyer conjugal. Ceci a eu souvent pour effet d’exaspérer Michelle qui avait le sentiment d’être souvent la seule à faire face à ces responsabilités qui incombaient à tous les deux.

 Michelle LaVaughin Robinson

  Barack Obama rapporte, ainsi, sa rencontre avec Michelle : « Michelle LaVaughin Robinson exerçait déjà le droit quand nous nous sommes rencontrés. Elle avait 25 ans et elle était associée dans le Cabinet Sidley et Austin basé à Chicago, où je suis allé travailler l’été après ma première année de droit. Elle était grande, belle, drôle, pleine d’entrain, généreuse et d’une intelligence redoutable – et je suis tombé sous son charme au premier regard. Le Cabinet l’avait chargée de me prendre sous son aile, de s’assurer que je savais où se trouvait la photocopieuse et qu’on me faisait bon accueil. Cela voulait dire aussi que nous allions souvent déjeuner ensemble, ce qui nous permettait de discuter tranquillement de notre travail dans un premier temps, et bientôt de tout le reste.

   Au cours des deux années suivantes, pendant les vacances et quand Michelle venait à Harvard avec l’équipe de Sidley chargés de trouver de futures recrues pour le Cabinet, nous allions dîner ensemble et nous promener le long du fleuve Charles, parler de cinéma, de nos familles, des endroits du monde que nous avions envie de visiter.

   Bref, nous sommes devenus non seulement un couple, mais des amis l’un pour l’autre, et quand la fin de mes études à Harvard s’est profilée à l’horizon, nous avons timidement commencé à envisager la possibilité de nous installer ensemble » (p.p.41-42).

    Toutefois, les histoires d’amour chez les Humains commencent toujours par une rencontre forte ou nécessaire. Certes, les premiers moments qui peuvent être enchanteurs en raison de l’influence ou de l’effet des hormones dont la dopamine, qui remplissent de plaisir le désir d’être ensemble, fait occulter la nature des destinées qui se dessinent différemment pour le duo en question. Au moment où Barack Obama et Michelle s’étaient rencontrés, ils étaient en train de construire un projet de vie commune. Ils devaient alors aborder tous les sujets de l’existence humaine accessibles ou présents dans leur conscience actuelle éclairée par les données du moment. Mais ils ignoraient ce qui les attendait dans le futur proche ou lointain. En ce sens, comme tous les couples dans ce même cas de figure, l’un et l’autre ne pouvaient savoir réellement le sens de leur destinée. Sans doute, dans le plaisir d’être ensemble, ici et maintenant, de telles interrogations étaient-elles dénuées de sens !

   Aussi, pendant leur vie commune, Barack Obama sentit l’appel de sa destinée qui l’inclina à se mettre dans l’amplitude du monde en sortant du cocon de la vie de conjoint ; voire à se laisser emporter par les vents fougueux et dangereux qui l’emporteraient vers le large d’une réalité semblable à l’océan. Sans doute, dès la première occurrence de candidature politique, il a dû en discuter âprement avec Michelle dont le sens de l’existence l’orientait vers une riche carrière professionnelle dans son Cabinet, ou une vie de famille avec ses enfants qu’elle entendait éduquer le mieux possible et qu’elle tâeherait de conduire aussi au sommet des études universitaires. En revanche, elle avait peu d’appétence pour les carrières politiques. En un sens, elle leur témoignait même du mépris. Comme elle ignorait la suite, grandiose, de l’aventure politique de Barack Obama – lui-même l’ignorait au niveau de sa conscience claire et lucide – elle accepta, du bout des lèvres ou presque, sa première candidature à la législature de l’Illinois sous condition : ce point précis, Obama fait remarquer : « Je pense que tu en as envie, alors tu devrais le faire. Promets- moi simplement que je serai pas obligée d’aller  à Sprinfield » (p.47). Du moment qu’ils vivaient ensemble, même s’ils n’étaient encore mariés, un tel engagement nécessitait l’accord des conjoints en vue de faire face ensemble et du mieux qu’ils pouvaient aux responsabilités qu’une telle charge politique générait. C’est le cas, par exemple de l’ingrate et contraignante quête des voix des électeurs en passant par l’affront du porte à porte. C’est pourquoi elle ne manqua pas de lui dire un jour ceci : « Tout ce que je sais… c’est que je dois vraiment t’aimer beaucoup pour passer mes samedis matins à faire ça » (p.50).

     C’était, sans doute, le cas puisqu’ils décidèrent de se marier comme l’écrit Obama : « AU BOUT DE QUELQUES ANNEES, Michelle et moi nous somme mariés à la Trinity United Church of Christ le 3 octobre 1992, devant plus de trois cents personnes, amis, collègues et membres de nos familles respectives, tous joyeusement serrés sur les bancs de l’église » (p. 44). Les problèmes de couple, sévères, voire scabreux pour la vie et la stabilité du conjoint commencèrent après la naissance de leur première fille. Certes, Barack Obama s’était engagé auprès de Michelle à être présent afin qu’il puisse voir leur progéniture grandir en prenant grandement soin d’elle et en assumant aussi toutes ses responsabilités de père. Or, l’engagement politique s’apparente à une vocation à part entière tout aussi exigeante et prenante que la vie de couple ou de famille. Dès lors qu’il n’a pas le don d’ubiquité, il ne pouvait être présent à divers endroits à la fois : soit la prise en charge des tâches domestiques, soit la présence nécessaire auprès des électeurs sans laquelle il n’avait aucune chance d’être élu. Aussi, la plus grande et la plus lourde charge incombait à Michelle qui exerçait, de son côté, une activité exigeante et prenante dans ses activités professionnelles. D’où l’émergence des conflits entre conjoints qui ne parvenaient plus à se comprendre pour des raisons personnelles. Certes, celles-ci étaient justifiées, mais inentendables.

Barack Obama et  Michelle LaVaughin Robinson

   C’est en ce sens qu’Obama écrit : « Nous avons commencé à nous disputer fréquemment, tard le soir en général, quand nous étions tous les deux morts de fatigue. « Ce n’est pas pour ça que j’ai signé, Barack, m’a dit un jour Michelle. J’ai l’impression de tout faire toute seule.

    Ces paroles m’ont blessé. Quand je ne travaillais pas, j’étais là, à la maison – et quand j’étais à la maison, si jamais il m’arrivait d’oublier de nettoyer la cuisine après le dîner, c’était parce que j’allais devoir passer une bonne partie de la nuit à corriger des cours ou à peaufiner un rapport. Mais j’avais beau me défendre, je savais bien que je ne faisais pas ce qu’il fallait. La colère de Michelle renfermait une vérité plus rude encore. J’essayais de donner beaucoup à beaucoup de gens » (p.p.60-61).

      Or, à ces problèmes domestiques s’ajoutaient des difficultés financières. En effet, aux Etats-Unis d’Amérique, à toute famille de niveau intellectuel élevé ou social supérieur, il importe de d’épargner beaucoup d’argent en vue d’assurer des études supérieures de qualité aux enfants. Et dans le cas du couple Obama, il y avait bien une telle intention. Mais les moyens réels, conséquents leur faisaient défaut. Car leur salaire passait tout entier dans la satisfaction des besoins immédiats : assurer l’intendance, rembourser les emprunts, payer le personnel domestique, etc. C’est pourquoi Michelle comprit qu’en cas d’échec de son mari aux élections, leur situation financière s’empirerait. Mais son mari tempéra ce constat pessimiste par une réflexion optimiste et porteuse de perspective heureuse, comme il l’écrit à juste titre : « Si tu perds, nous serons encore plus dans le rouge. Et qu’est-ce qui se passe si jamais tu gagnes ? Comment on est censé entretenir deux foyers, un à Washington et l’autre à Chicago, alors qu’on a déjà du mal à s’en sortir avec un seul ?

   J’avais anticipé cette réaction : « Si je gagne, ma chérie, ça va attirer l’attention au niveau national. Je deviendrai le seul Afro-Américain au sénat. Comme je serai plus en vue, je pourrai écrire un autre livre, qui se vendra très bien, et ça nous permettra de couvrir les frais supplémentaires » » (p. 72).

    Cependant, dans ce cas de figure (trouver de l’argent pour éponger les dettes ou les débits par rapport à leur banque), les femmes, de manière générale, sont moins idéalistes que les hommes. Elles désirent du concret. N’étant pas habitée ni investie par la même destinée grandiose et fantastique que son mari, Michelle n’était pas de nature à se laisser persuader par ne promesse qui ne reposait sur rien de concret ni de précis. Elle ne pouvait pas non plus imaginer, voire concevoir qu’au-delà de leurs difficultés et problèmes ponctuels quelque chose d’heureux pouvait se profiler à l’horizon de leur futur. Le réel concret et immédiat l’envahissait tellement qu’elle ne croyait point à l’éventuelle élévation de son mari dans les hautes sphères politiques des Etats-Unis d’Amérique. Elle constatait seulement que, d’un point de vue financier, son engagement politique et les dépenses qu’il générait n’amélioraient  nullement leur situation présente. D’où son refus net de continuer à le suivre dans la voie et son désir d’ascension politique. Aussi, quand il lui annonça qu’il était toujours porté par quelque chose de grand en politique qu’il désirait accomplir coûte que coûte – elle ne voulait pas du tout en entendre parler -, Michelle lui répliqua ceci avec une sévérité certaine :

« Très bien, Barack… Mais c’est la dernière fois. Et ne compte pas sur moi pour faire campagne avec toi. D’ailleurs, ne compte même pas sur ma voix » (p.73).

      Michelle LaVaughin Robinson, une femme libre

 Plus tard, le problème du désaccord des conjoints en matière de destinée singulière de l’un et de l’autre tout autant que de choix refit surface dans leur vie lorsque Barack Obama émit l’hypothèse de sa possible candidature à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Comme d’ordinaire dans leur vie de couple, il ne voulait pas s’engager sans en débattre avec elle ; donc, sans son accord. Mais, le pragmatisme existentiel de Michelle l’inclina, au premier abord, à s’opposer catégoriquement à cette ambition de son mari. Et ceci pour deux raisons : d’une part, elle n’éprouvait aucun intérêt pour la chose politique ; d’autre part, sa conception de la vie est dénuée d’un ambition éclatante. Car elle préfèrait la vie d’un couple épanoui et quasi exemplaire et classique, c’est-à-dire replié sur les enfants et disposant de biens matériels confortables ; en somme, le modèle de vie des classes moyennes états-uniennes.

    Aussi, à la remarque de Barack Obama « je veux dire, si jamais nous décidons vraiment de nous lancer… », la réponse de Michelle fusa immédiatement :

  « Nous ? Je t’ai bien entendu dire nous ? Tu veux dire toi, Barack. Pas nous. C’est ton truc à toi. Je t’ai toujours soutenu parce que je crois en toi, même si je hais la politique. Je hais le fait que ça empiète sur notre vie de famille. Tu le sais parfaitement. Et maintenant qu’on est enfin dans une situation à peu près stable… même si ce n’est pas une vie normale, la vie que j’aurais voulu pour nous… et maintenant tu viens me dire que tu vas être candidat à la présidence ? » (p.103).

    Malgré l’opposition radicale apparente de sa femme, à la suite de longues discussions avec elle pour tâcher si ce n’est d’avoir son accord franc, du moins de trouver un compromis, un modus vivendi, Obama put faire voler en éclats tous les handicaps à sa candidature, dont celui de Michelle. Car ce qu’elle ignorait tient au fait que son mari était intérieurement animé par la flamme d’une destinée exceptionnelle et singulière. Les autres ne l’apercevaient pas d’emblée : il faut du temps et beaucoup d’efforts pour la deviner et en être convaincus. C’était justement le cas de Michelle qui était engluée dans son projet d’une existence étroite, limitée et sans envergure ni éclat. Au cours de ces années préparant à l’effectivité de la destinée de son mari, on ne peut dire qu’elle lui avait été d’un grand secours, d’un soutien solide, ferme et franc ; hormis l’assomption des tâches et des responsabilités ingrates de la famille[6]. C’est pourquoi, on peut l’affirmer aujourd’hui : si Barack Obama avait eu la faiblesse d’écouter Michelle qui désirait qu’il renonçât à son ambition, il ne serait jamais devenu président des Etats-Unis d’Amérique.

     Pourtant, dans la ligne droite de sa candidature à la présidence, l’épouse de Barack Obama put connaître une célébrité au niveau national. Ce fut aussi une fierté pour les Noirs états-uniens eux-mêmes comme l’écrit Obama : « Quant à Michelle, elle était encore plus populaire. Son parcours professionnel, l’image de grande sœur ou de meilleure amie qu’elle projetait, et le dévouement pragmatique avec lequel elle tenait son rôle de mère, semblaient faire d’elle l’incarnation de tout ce à quoi nombre de familles aspiraient et rêvaient pour leurs enfants.

   Toutefois, les réactions à ma candidature au sein de la communauté noire étaient compliquées – notamment à cause des craintes qu’elle suscitait. Rien, dans toute l’histoire des Noirs en Amérique, ne leur avait jamais donné à penser que l’un des leurs aurait un jour la possibilité d’être désigné comme candidat d’un grand parti à l’élection présidentielle – et encore moins de devenir président des Etats-Unis » (p.161).

       Cependant, lors la campagne présidentielle, certaines initiatives de Michelle aux côtés de son mari, comme le fait de tenir des discours pour montrer des aspects triviaux d’Obama, n’étaient pas toujours heureuses. Du moins, en raison des préjugés des Etats-Uniens sur la femme noire, c’est-à-dire ce qui la caractérise d’ordinaire comme sa dureté, sa tendance castratrice et dominatrice, certains de ses propos n’étaient pas bien accueillis par les publics, notamment le public blanc. Tout se passait comme s’il y avait de leur part une intention sous-jacente de l’éloigner des voies du candidat que l’on commençait à apprécier presque ; il s’agit notamment de ses partisans de tous bords et des diverses communautés humaines. On murmurait que des propos de Michelle le discréditaient involontairement ; et qu’ils seraient même de nature à nuire à son accession au pouvoir suprême. Dans son livre, Obama revient rapidement sur ces déconvenues de sa femme : « Michelle était… différente. Peu crédible dans le rôle de première dame des Etats-Unis. Elle avait l’air en colère », disaient-ils. Il lui arrivait d’essuyer des insultes, comme le jour où Fox News, sur un bandeau en bas d’un écran, l’avait surnommée « la baby mama d’Obama » pour la rabaisser à un rôle domestique. Et les médias conservateurs n’étaient pas les seuls à s’en prendre à elle. Dans une chronique du New York Times, la journaliste Maureen Dowd expliquait que lorsque Michelle, sous-prétexte de me taquiner, parlait de moi dan ses discours comme d’un père empoté qui laissait le pain moisir dans la cuisine et le linge sale traîner partout dans la maison (ce qui ne manquait jamais de déclencher une salve de rires complices dans le public), loin de contribuer à me rendre plus humain, elle m’« émasculait », nuisant à mes chances d’être élu » (p.182).

    Il faut dire que les considérations générales des Etats-Unien blancs sur les femmes noires sont souvent péjoratives. Et Michelle, quoi qu’elle fit pendant toute la campagne présidentielle, ne pouvait échapper à ces préjugés ordinaires. C’est, du moins, ce que rapporte Obama. En réalité, ce sont des stéréotypes, des clichés que l’on véhicule au sujet des femmes noires pour montrer, entre autres, que la femme idéale, d’un point de vue de sa plastique, est la femme blanche : « L’idée selon laquelle elles n’étaient pas conformes aux canons de la féminité en vigueur, que leurs fesses étaient trop grosses et leurs cheveux trop crépus, qu’elles étaient trop bruyantes, ou trop sanguines, ou trop insolentes avec leurs compagnons. L’idée selon laquelle non seulement elles les « émasculent », mais qu’elles étaient elles-mêmes trop masculines » (p.183). En fait, il n’y a point de nuances qui vaillent dans ces préjugés puisqu’on ne tient aucun compte de la plastique mince et fine de certaines femmes ou filles noires. Tout se passe, selon ces préjugés, comme si elles étaient façonnées dans un même moule.

    D’après Obama, Michelle a consenti à beaucoup de sacrifices en renonçant à une brillante carrière professionnelle. Elle avait aussi fait de brillantes études universitaires à cet effet. Car sa mission la plus sacrée, en tant que mère, était davantage de prendre soin de ses filles le mieux possible. Tel est également le sens de son ambition : faire en sorte qu’elles soient ultérieurement des personnes humaines les mieux accomplies possible. C’est aussi l’ardent désir de Barack Obama lui-même. Puisque sa destinée l’avait contraint à s’éloigner de leurs filles pendant de longues périodes, on comprend alors qu’il rend hommage à Michelle, femme libre, émancipée et indépendante, cultivée et désireuse de faire une brillante carrière professionnelle, d’être pour leurs filles une mère tendre, attentionnée, prévenante et aimante. Du moins, c’est ce qu’il écrit : « Plus d’une fois, Michelle avait décidé de ne pas donner suite à une opportunité professionnelle qui l’enthousiasmait, mais lui aurait imposé de passer trop de temps loin des filles. Même à son ancien poste, au centre hospitalier de l’université de Chicago, avec un patron compréhensif et la possibilité d’adapter son emploi du temps, il y avait toujours une petite voix qui lui soufflait que son travail en pâtissait ou les filles, voire les deux… Avec mon élection, elle avait été obligée de renoncer à un métier dont l’impact était réel pour en accepter un autre qui – du moins sur le papier – était loin de faire appel à toutes ses qualités » (p.368).

Parents et enfants Obama

C- Un président états-uniens profondément humaniste

    Quelle que soit la figure d’un régime politique, comme la démocratie, la royauté, la principauté, l’oligarchie et même la forme du pouvoir qu’on appelle empire, l’histoire nous enseigne que ce ne sont pas ces institutions elles-mêmes qui sont mauvaises. C’est toujours une question de l’idiosyncrasie de l’individu qui accède au pouvoir. Mieux, c’est le caractère du gouvernant qui est cause de la qualité supérieure ou de a médiocrité d’un régime politique. En d’autre termes, la capacité de celui-ci, par la vertu supérieure de l’essence de sa personne à résister aux attraits scabreux du monstre tapi au cœur du pouvoir politique, qui conférera à son mode singulier de gouverner en en faisant un bon ou un mauvais souverain. A ce titre d’exemple : aux Etats-Unis d’Amérique, après la présidentielle sereine et fondée sur l’unité du pays pendant les huit ans de Barack Obama, l’avènement de Donald Trump a signifié globalement le désordre, la division des peuples états-uniens dans leur ensemble. Ils étaient appréciés ou rejetés par leur président suivant la couleur de leur peau ou du choix de leur parti politique. Ce chaos social sous Trump était tellement profond que les effets heureux de la politique de Barack Obama ont été comme balayés par le mode brutal, irrationnel et primaire dans sa manière de gouverner. Or, Obama est un homme humaniste de cœur et d’intelligence ; et qui est aussi d’un bon niveau de compréhension des phénomènes humains, voire du sens fondamental du respect d’autrui.

      En revanche, le pouvoir  caricatural de Trump caractérisait la manière d’agir d’un cavalier qui monte sans ménagement un cheval fougueux ou sauvage. Car il pensait, sans doute, que l’Etat est semblable à une bête indomptée qu’il fallait enfourcher sans délicatesse ni sagesse ni douceur ni dignité. Aussi, son art de gouverner consistait essentiellement à faire preuve de monstration et d’ostentation sur la scène publique comme un empereur prenait des décisions politiques majeures devant une assemblée de sénateurs ou de dignitaires autorisés à assister à cette mise en scène théâtrale. En ce sens, il est permis d’affirmer qu’il n’avait tiré aucune leçon du mode de gouvernement de son prédécesseur. Pire, il chercha toujours à s’en distinguer parce qu’il n’a pas son intelligence et qu’il est dominé par ses préjugés racistes. C’est pourquoi, comme je l’ai souligné ci-dessus, la qualité d’un régime politique ou d’un souverain, d’un chef de gouvernement se fonde toujours sur l’idiosyncrasie de la personne qui gouverne. Ce n’est donc pas une bonne ou une mauvaise expérience de l’art de gouverner, comme ce n’est pas non plus l’essence des institutions qui est en cause.

     C’est fondamentalement le dysfonctionnement du caractère du particulier qui, en se laissant séduire par la fascination et l’attrait du phénomène chaotique ou entropique inhérent au pouvoir politique perd tout sens de la mesure, de la tempérance ; bref, de la raison en se livrant, pour ainsi dire, au rayonnement nocturne du pouvoir, ce qui finit par prendre la figure de la toute-puissance divine sur les Humains. A tout le moins, il s’installe sur son trône de Lucifer et se couvre des oripeaux de la domination totale. Il s’agit, dans ce cas de figure, de la suprématie de la figure de la folie ayant infecté l’esprit du gouvernant, surtout l’exécutif, sur les peuples qui ne sont rien d’autres que des sujets au sens de l’Ancien Régime, soit tous les habitants d’un royaume ; hormis les membres de ka classe aristocratique ou de la noblesse. Le titre de « sujets » signifie bien que les habitants du royaume étaient privés de dignité humaine.

      Or, au lieu d’enfourcher brutalement le pouvoir souverain,  comme son successeur Donald Trump, au contraire, Barack Obama avait acquiescé à ses principes fondamentaux du droit politique. Autant dire qu’il a eu la force morale de s’appliquer à respecter la volonté des peuples états-uniens ; et de tenir ses engagements pris devant eux. L’un des principes fondamentaux du régime démocratique consiste essentiellement dans la volonté du chef d’Etat à faire en sorte que l’égalité d’accès au bien-être matériel puisse se traduire dans les faits pour tout le monde autant que faire se peut. Une telle donnée exclut la fausse thèse qui soutiendrait qu’il y aurait plus de liberté pour les uns et moins de liberté pour les autres. Car, d’emblée, comme Rousseau l’a reconnu dès les premiers chapitres du Contrat social, tous les êtres humains naissent libres et égaux. En d’autres termes, on ne peut pas parler de liberté sans égalité et vice-versa. Ceci est un principe tiré de la nature humaine qui, de ce fait, se pose comme un principe inaliénable et conforme à l’université de cette nature même.

Barack Obama et sa femme Michelle

     Pour comprendre le sens de ces analyses, il convient de se référer à deux vers tirés des écrits d’un poète perse du XIIIe siècle, Sa’adi :

« Les êtres humains sont membres d’un seul corps

Car ils sont créés d’une seule et même essence » (p. 583).

     Partant de la philosophie humaniste dont témoignent ces deux vers au sujet de l’universelle égalité et liberté de tous les êtres humains, Obama a comme, pour ainsi dire, inscrit dans son action politique, en tant que souverain, la réflexion de sa grand-mère, vieille dame blanche du Kansas, pleine de bon sens, selon laquelle : « IL N’Y A PAS UNE AMERIQUE NOIRE et une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique. Il y a les Etats-Unis d’Amérique » (p.159). Or, ce qui mine fondamentalement la société états-unienne tient au caractère indépassable et quasi naturel de l’imprégnation des préjugés les uns par rapport aux autres et les uns sur les autres en fonction de la couleur de leur peau. Tout se passe alors comme si c’était un crime ou mal de naître Blanc, Noir ou Asiatique. Ce faisant, on feint d’oublier totalement que la nature a toujours généré de la différence chez les vivants et même dans toutes les structures élémentaires de la matière. On ne trouvera jamais ou presque jamais quelque chose qui soit absolument identique ou semblable à un autre. Car toutes choses comportent, en soi-même, des nuances qui introduisent de la distinction ou de la singularité en soi. Par rapport à ces données (les préjugés culturels) qui empoisonnent les relations interhumaines et interculturelles, dès sa première campagne présidentielle, Obama a clairement mis en avant son ambition de militer en faveur de l’unité des peuples états-uniens : dépasser les considérations préjudiciables courantes, haineuses, perverses, conflictuelles en tant qu’elles constituent les handicaps majeurs à la bonne intelligence mutuelle des Etats-Uniens, membres égaux d’une même entité, c’est-à-dire d’un même corps politique.

      Tel est le sens des passages suivants de son ouvrage : « Je voulais prouver aux Noirs, aux Blancs – à tous les Américains, quelle que soit leur couleur de peau -, que nous pouvions dépasser les anciennes logiques ; que nous pouvions rassembler une majorité apte à gouverner autour d’objectifs progressistes ; que nous pouvions replacer des questions telles que les inégalités ou le manque d’accès à l’éducation au cœur du débat national, puis obtenir des résultats concrets.

     Je savais que, pour accomplir tout cela, il fallait que j’emploie un langage qui parle à tous les Américains et que je propose une politique qui touche tout le monde – la meilleure éducation pour chaque enfant, une assurance-maladie de qualité pour chaque Américain. Il fallait que je considère les Blancs comme des alliés et non pas comme une entrave au changement et que j’inscrive mon combat plus large pour une société égalitaire, plus juste et plus généreuse.

  Privilégier l’intérêt commun revenait à minorer les effets prolongés de la discrimination et déchargeait les Blancs de tout devoir de responsabilité face à l’héritage de l’esclavage, des lois ségrégationnistes, et de toute remise en question de leurs propres préjugés ; le fardeau psychologique de tout cela pesait sur la communauté noire, censé ravaler en permanence une colère et une frustration légitime au nom de Dieu je ne sais quelle chimère idéaliste » (p.164).

     Toutefois, en dépit de cette ambition généreuse de rassembler les peuples états-uniens dans le même creuset d’une nation réconciliée, bref de cette philosophie humaniste qu’il mettait en avant avec force et sincérité, volonté et honnêteté, la pesanteur des préjugés l’emportait dans l’esprit des gens sur toute autre considération. Car ce que l’histoire a tissé, ce que les habitudes ont noué, la force de la pensée, l’idéal d’un nouveau monde, le monde de l’unification et de la bonne intelligence mutuelle n’étaient pas encore ni toujours entendables. L’on s’en tenait au statut quo de la population blanche privilégiée et de la population noire et latine opprimée, humiliée au quotidien et refoulés de la sphère de la réussite économique, du confort de la vie, des résultats du progrès technologique. La partie blanche états-unienne considérait que ces facteurs étaient réservés au bénéfice de leur seule jouissance. C’était leur privilège exclusif. Aussi, ce qu’Obama préconisait comme idéal du partage des fruits du travail de tous n’enchantait personne dans la communauté blanche. C’est pourquoi la partie la plus la plus excitée, la plus réactive et raciste, donc aveugle, agressive, violente et triomphante, fière d’avoir accès à l’exclusivité des avantages sociaux, ne manqua de l’agresser, de refuser de le saluer ou même de lui serrer la main pendant la dure période de sa première campagne présidentielle.

     Ce sont quelques-uns de ces actes violents, racistes, signes d’une société très divisée et repliée sur les membres des communautés, qu’Obama rapporte ainsi : « Il arrivait que nos organisateurs se heurtent à quelques manifestations isolées d’animosité raciale, parfois ouvertement exprimées même chez nos supporteurs potentiels (« Ouais, je crois que je vais voter pour le nègre », ont-ils entendu plus d’une fois). Mais, de temps à autre, cette hostilité allait plus loin que la remarque insultante ou une porte claquée au nez. L’une de nos sympathisantes les plus appréciées avait trouvé en se levant un matin, la veille de Noël, son jardin jonché de pancartes Obama déchirées et sa maison vandalisée, les murs recouverts de graffitis racistes. La bêtise, plus que la méchanceté, était souvent à l’origine de ce type de comportements, nos bénévoles ayant périodiquement droit aux commentaires auxquels est habituée n’importe quelle personne noire ayant vécu dans un environnement majoritairement blanc, des variations sur le thème : « A vrai dire, je ne le vois pas comme un Noir… Enfin, je veux dire, il est tellement intelligent » (p. 160). En fait, cette personne n’allait pas voté pour un Noir (quel sacrilège ? Quelle ignominie ?), mais pour un homme intelligent dont la couleur de peau semblait avoir été éclipsée par l’éclat de son intelligence.

     Quant aux Noirs des Etats du Sud, ils considéraient avec une certaine indifférence ce qu’Obama proposait comme idéal du possible vivre ensemble ; ce nouveau modèle ou, plutôt, ce projet d’une société états-unienne unifiée. Une telle attitude se comprend fort bien, selon Obama lui-même. En effet, comme il l’écrit à juste titre, cette population était lasse de toutes les vexations, les humiliations ordinaires, les tensions quotidiennes qui étaient ou qui sont encore le seul fait des Blancs. Entre l’arbitraire des forces de l’ordre ou qualifiées comme telles – le policier du Sud n’hésite pas à brutaliser ou à tuer le Noir qui a eu le malheur de croiser son chemin – et son rejet continu par la population blanche, etc., il était difficile aux Noirs du Sud des Etats-Unis d’Amérique de croire en un autre monde meilleur que le candidat noir leur proposait. Donc, les Noirs des Etats du Sud pensaient, à juste titre, que « le Rêve américain, quoi que recouvre cette notion, n’était pas pour eux ?

      De telles expériences m’aidaient à prendre la mesure de la lassitude que devait éprouver bon nombre de citoyens noirs de la Caroline du Sud confrontés depuis longtemps à pareille déchéance du regard désabusé avec lequel ils observaient notre campagne. Je commençais à comprendre qui était réellement mon adversaire… Je me battais contre le poids implacable du passé ; contre l’inertie, le fatalisme et la peur qu’il engendrait » (p.174).C’est pourquoi, en Caroline du Sud, l’hostilité des Blancs était manifeste, ostentatoire « à l’égard d’un candidat (…) répondant au nom de Barack Hussein Obama » (p.174).

     Certes, tout sujet humain de bon sens devrait savoir que la haine est une absurdité, véhiculée comme donnée interhumaine indépassable par la frange de la population qui figure dans l’infra-humanité, puisque haïr autrui, c’est comme si on se haïssait soi-même en tant membre singulier du même genre humain. Rien ne change à l’affaire même si on n’est pas conscient. Il en est ainsi du racisme qui, en tant que sentiment aveugle et irréfléchi, n’est rien d’autre que le sommet de l’idiotie. En d’autres termes, c’est un sentiment, pour dire autrement les choses, d’une idiotie affligeante. En réalité, pour autant que chacun des individus proclame haut et fort son appartenance au genre humain, il devrait, de ce fait même, exprimer la volonté de conquérir les territoires de l’Humanité où les intelligences, les esprits partagent le même sentiment de l’appartenance à la dignité, à la grandeur de la même l’Humanité sur notre commune Terre : soit cette espèce vivante singulière.

       Telle est fondamentalement la signification de l’idée la plus haute de l’humanisme. Hélas, il n’y a qu’une minorité des sujets humains qui y accède, comme Barack Obama. C’est pourquoi, du haut de cet humanisme, tel qu’il le prône, c’est-à-dire sa conception, sa représentation du monde sont regardées par un grand nombre de ses concitoyens comme de l’idéalisme pur. Un tel jugement sous-entend que le sens du pragmatisme, de l’autorité lui ferait défaut s’il accédait un jour au pouvoir suprême en ce pays. Or, le respect d’autrui inhérent à l’humanisme n’exclut pas forcément le sens de l’art subtile de commander. Obama lui-même a eu l’occasion de le prouver par rapport aux puissants lobbys des corps d’armée états-uniens à propos de la guerre en Afghanistan. Du moins, c’est ce qu’il écrit expressément : « Il s’agissait de lutter contre mes propres préjugés. L’image de moi qui avait émergé  au cours de la campagne – l’idéaliste qui s’opposait instinctivement à l’action, persuadé que tout problème sur la scène internationale pouvait être résolu par un noble dialogue –n’était pas tout à fait juste. Certes, je croyais en la diplomatie et, effectivement, je considérais la guerre comme un ultime recours. Je croyais en la coopération multilatérale pour affronter ces problèmes tels que le changement climatique, et je croyais que la promotion soutenue de la démocratie, du développement économique et des droits fondamentaux dans le monde servait nos intérêts à long terme en matière de sécurité nationale. Ceux qui avaient voté pour moi ou avaient travaillé pour ma campagne tendaient à partager ces convictions, et c’étaient ces profils qu’on avait le plus de chance de trouver dans mon gouvernement » (p. 286).

     Obama avait la conviction qu’un chef d’Etat doit tout faire pour éviter la division de son peuple, comme par exemple éviter d’attiser la colère de certains d’entre eux et de rendre les autres fautifs par rapport à des problèmes particulier de la société. Bien au contraire, il doit agir de telle sorte qu’il établisse un état d’esprit tout à fait imprégné de confiance mutuelle, notamment entre le chef d’Etat et le peuple ; et même la confiance de celui-ci et les membres de son Cabinet. C’est à cette condition, selon Obama, qu’un grand nombre de problèmes et de difficultés de la société et de l’Etat pourrait trouver des issues plutôt heureuses, comme il le reconnaît justement : « Si nous nous confiance, écrit-il, la démocratie fonctionnait, la cohésion sociale tenait, et nous pouvions résoudre d’importants problèmes comme la stagnation des salaires et la sécurité des retraites qui s’étiolaient » (p. 156).

Michelle Obama honorée à la Maison Blanche

     Une telle conception des faits humains relative à sa vision selon laquelle les mentalités humaines pourraient changer, voire progresser sensiblement par rapport aux croyances des individus si enracinées dans leur âme, voire dans leur pseudo-connaissances relatives aux uns et aux autres comme les préjugés, à la seule condition de s’ouvrir à la vérité des autres personnes. Aussi, regrette-t-il, qu’un grand nombre de ses concitoyens, manquant d’une ouverture à autrui, au sens de l’intérêt général, n’aient pas compris la nécessité de l’assurance-maladie qui a permis à 20 millions de personnes d’en bénéficier en améliorant, ainsi, leurs conditions de vie.

     Obama a fait preuve d’une telle ouverture d’esprit à autrui pour pouvoir comprendre les dysfonctionnements au sein de son équipe de conseillers à la Maison Banche ; et à tous les niveaux. Comme la parité homme-femme du personnel était quasi totale, les liens entre les uns et les autres dans la collaboration au travail au quotidien n’étaient pas aisés. Ils étaient même tendus souvent en raison de la volonté de domination des hommes par rapport aux femmes ; voire de leur tentation de les mépriser en leur refusant la prise de parole au cours des débats et des échanges portant sur des sujets politiques et sociétaux majeurs. Comme il le fait remarquer à une femme, Valérie, qui connaissait ces tensions entre masculins e féminins : « C’est difficile de détricoter le patriarcat en un seul dîner » (p. 656).

      En effet, il décrit ce qui se passait effectivement autour de lui à la Maison Blanche : « Mais, en écoutant ces femmes compétentes pendant plus de deux heures, j’ai compris que certains schémas de comportement, qui étaient une seconde nature pour plusieurs hommes de mon équipe – crier ou jurer pendant un débat, dominer une conversation en interrompant constamment les autres (surtout les femmes), reformulant en se l’appropriant un argument avancé une demi-heure plus tôt par une autre personne (souvent une femme) -, leur avaient donné le sentiment d’être rabaissées et ignorées, et ôté l’envie d’exprimer leurs opinions. Et bien que la majorité de ces femmes m’aient dit apprécier que je sollicite leur avis et de ne pas douter de mon respect pour leur travail, leurs histoires m’ont forcé à me regarder en face et à me demander dans quelle mesure mon penchant machiste – ma tolérance à une ambiance de vestiaire pendant les réunions, le plaisir que je retirais d’une bonne joute verbale – avait pu concourir à mon malaise » (p. 656).

      Un autre trait de la personnalité d’Obama, premier Président noir des Etats-Unis d’Amérique, tenait au fait qu’une telle haute charge ne l’avait guère changé, comme ce fut le cas de Nelson Mandela. Il avait pris soin de bien distinguer sa personne, simple et  humble sujet humain, et la fonction présidentielle qui peut être source de toutes les dérives les plus extravagantes, les plus abominables, voire les plus cruelles. Il l’écrit lui-même de manière explicite : « Le tralala de la présidence, la pompe, la presse, les contraintes physiques, je m’en serais bien passé » (p. 658). C’est cette fidélité à soi-même que ses conseillers les plus proches avaient remarqué : « CE N’ETAIT PAS LA PREMIERE FOIS que Valérie me faisait observer combien la présidence me changeait peu. Je comprenais qu’il s’agissait d’un compliment, une manière de me dire qu’elle était soulagée que je n’aie pas pris la grosse tête ni perdu mon sens de l’humour, ou que je ne sois pas devenu un sale type amer et colérique » (p.657).

Conclusion

    Je laisse la parole à Barack Obama lui-même, en guise de conclusion, pour nous livrer sa vision d’un idéal humaniste, tel qu’il l’entend, applicable aux Etats-Unis d’Amérique : « Malgré la fierté et la satisfaction que me procurait cette mission, je n’étais aussi euphorique qu’après l’adoption de la loi sur la santé. Je me suis pris à imaginer ce que seraient les Etats-Unis si nous pouvions rassembler le pays de telle façon que le gouvernement s’attaque avec autant de maîtrise et de détermination à l’éducation de nos enfants ou à l’hébergement des sans-abri, applique la même persévérance et les mêmes ressources à réduire la pauvreté, diminuer les émissions de gaz à effet de serre ou faire en sorte que toutes les familles puissent recevoir des soins. Je savais que ces idées étaient considérées comme  utopiques, jusqu’au sein de mon propre staff. Et le fait que nous soyons incapables de concevoir l’union de notre pays hors des situations où il fallait repousser une attaque ou vaincre un ennemi extérieur me montrait, combien ma présidence était en deçà de ce que j’aurais souhaité et l’ampleur du travail qu’il me restait à accomplir » (p.827).


[1] C’est ce qu’il dit lui-même : « JE NE VIENS PAS d’une famille politisée » (p.22)

[2] Au sujet de ceux-ci, il écrit notamment : « Mes grands-parents maternels étaient originaires du Midwest, de souche irlando-écossaise pour l’essentiel. On pourrait dire qu’ils étaient de gauche, surtout à l’aune des sensibilités de l’époque dans les petites villes du Kansas où ils avaient vu le jour pendant la Grande Dépression, et ils mettaient un point d’honneur à se tenir régulièrement au courant de l’actualité. Ca fait partie des devoirs de tout bon citoyen informé » me disait ma grand-mère , que tout le monde appelait Toot (diminutif de Tutu ou « Mamie » en hawaïen)… » (p.22).

[3] On dit aussi suffragettes. Il s’agit de la liste des personnalités féminines de par le monde qui ont milité pour le droit de vote des femmes. Il s’agit également des organisations qu’elles ont instituées ou qu’elles ont rejointes tout autant que les livres qu’elles ont écrits sur cette problématique.

[4] Ce genre de sentiment est une constante chez les Humains. A tous les niveaux de l’échelle sociale, dans tous les milieux, les individus qui sont objets de brimades cherchent d’autres par rapport auxquels ils ont le sentiment d’être supérieurs. Il en est ainsi dans le monde du travail, notamment dans le monde des ouvriers : un ouvrier qui est méprisé soit par son chef ou par ses supérieurs soit par ses camarades d’atelier, etc., aura nécessairement tendance à être violent dans son foyer. Il peut s’acharner sur sa femme par des violences conjugales chaque fois qu’il rentre du travail. Il peut aussi se montrer un père violent par rapport à ses enfants. Il croit qu’en soumettant les membres de sa famille, il se sent supérieur et retrouve, par ce biais, le sentiment de sa dignité en tant que sujet humain à part entière. C’est de la sorte qu’on peut comprendre l’un des aspects du concept de Schopenhauer et de Nietzsche. Selon ces philosophes, tout être vivant, surtout chez l’espèce humaine, manifeste toujours, par rapport aux autres, « la volonté de puissance ». Chacun aspire à dominer les autres par la force ou d’une autre manière. On peut donc comprendre qu’il en est ainsi des rapports entre les Noirs aux Etats-Unis d’Amérique selon le temps ou le statut suivant lequel ils s’y sont installés.

[5] Barack Obama lui-même dont le père, un Kényan, entra aux Etats-Unis d’Amérique en tant qu’étudiant, a eu quelques difficultés avec ses compatriotes noirs. Et ceci pour deux raisons : d’une part, son nom n’avait rien d’authentiquement états-unien : Barack Hussein Obama. De manière générale, la majorité des Noirs portent des noms d’origine anglo-saxonne, soit des maîtres de leurs ancêtres. D’autre part, ils jugeaient qu’il n’était pas suffisamment noir pour pouvoir représenter les Noirs au sommet de l’Etat. Effectivement, en tant que métis, il a une peau claire comme si c’était un crime d’avoir une telle coloration de peau. D’autant plus que le forte miscégénation des populations a engendré des individus de toutes sortes de nuances possibles de coloration de la peau. Aux Etats-Unis d’Amérique, on classe les individus en fonction de leur ethnie, donc de la couleur de leur peau. Ainsi, des individus en apparence blancs, sont considérés comme des Noirs et vice-versa.

[6] Plus tard, Obama rendra hommage à l’abnégation de sa femme,  à son consentement à assumer la dure réalité triviale de leur vie prise dans le tourbillon de l’activité politique. C’est en ce sens qu’il écrit : « Plus tard, allongé dans mon lit, incapable de fermer l’œil, j’ai pensé à Michelle, qui avait supporté mes longues absences, tenu, seule sur le front domestique et surmonté ses réticences à l’égard de la politique pour faire campagne à mes côtés de manière aussi efficace qu’intrépide » (p.202)

Une réflexion sur “Deuxième Partie. Barack Obama : Jeunesse, handicaps, recherche de sa voie et premiers pas vers la Présidence des Etats-Unis d’Amérique

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