L’homosexualité, figure d’amour toujours en controverse

Une brève introduction

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Peinture de Manet

   Pratique courante et répandue parmi toutes les populations de la terre, même dans les couvents, autant pour les hommes que pour les femmes, l’homosexualité est toujours incomprise et combattue. Pourtant, les neurosciences nous enseignent que cette préférence sexuelle est aussi naturelle que l’hétérosexualité. Il s’agit, dans les cas connus, de sécrétions hormonales. Et au pouvoir du cerveau, nul ne peut se soustraire. Dès lors, le rejet de l’homosexualité est une affaire de morale religieuse et/ou culturelle. Or, la condamnation morale de l’homosexualité est destinée à effrayer, à soumettre et à dominer la conscience des croyants. A titre d’exemple, le christianisme issu du messianisme de Paul de Tarse a codifié la vie des chrétiens moralement contre le message du Jésus Christ où l’on ne trouve aucune trace de jugements moraux relatifs aux mœurs sexuelles ; à plus forte raison à l’homosexualité.

   Si cette pratique sexuelle est toujours, implicitement, rejetée, la raison sous-jacente ne peut être que celle-ci, du moins dans le cadre des religions dites révélées : c’est la négation du plaisir : faire l’amour par devoir pour la reproduction de l’espèce humaine et non seulement pour le plaisir comme cela se passe dans l’accouplement homosexuel. Telle est l’une des Causes de la condamnation par le christianisme de ce genre de pratique sexuelle.

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I) Le rejet universel de l’homosexualité dans le monde (répugnance, scrupules culturels etc.)

      A titre d’exemple, dans beaucoup de pays arabes, la pratique de l’homosexualité est fort répandue. Et pourtant, dans des pays comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite etc., on pratique toujours la chasse aux homosexuels sur les sites de rencontres spécialisés. A cet effet, les autorités politiques utilisent de plus en plus des logiciels sophistiqués pour pister les adresses emails de ceux qui les visitent. Ceux-ci qui sont pris sont, au mieux, condamnés en prison, au pire, à la mort par pendaison ou par décapitation. Tel est, par exemple, le cas de Daesh en Syrie ou en Irak. En effet, dans les zones occupées par l’Etat islamique, les homosexuels sont constamment chassés, lapidés, décapités, voire brûlés vifs. En un an, une vingtaine d’homosexuels ont été torturés et exécutés dans la zone tenue par l’EI en raison de leur orientation sexuelle. Des hommes ont été lapidés, jetés dans le vide, décapités, certains auraient été brûlés vifs, parce qu’ils préféraient les hommes aux femmes. Et ce sont des foules en liesse qui assistent à ces froides exécutions. Le groupe Etat islamique se montre sans pitié et justifie ses crimes par une application rigoriste de la Charia.

   Dès lors, concernant la répugnance relative à la pratique de l’homosexualité, tout n’est qu’hypocrisie ou, plutôt, scrupule culturel. Ce n’est pas la pratique homosexuelle qui est contre nature. C’est la culture et ses valeurs qui sont contre nature. Comme le reconnaît Nietzsche, ce n’est pas la nature qui juge nos mœurs ; on juge celles-ci suivant notre manière d’être ou d’aimer sur le plan des valeurs culturelles et religieuses et jamais au regard de la nature ; de notre nature biochimique qui n’émet aucun jugement de quelque nature que ce soit sur ce point.

   Toutefois, on n’a pas encore vu des hommes et des femmes descendre dans la rue pour dénoncer la pratique anale courante chez les couples hétérosexuels. Tout se passe comme si l’on éprouvait de la répugnance à voir deux individus du même sexe s’embrasser ou s’accoupler. La norme devient alors l’hétérosexualité, quelles que soient les formes variées de la recherche du plaisir.

II) Le vivant recherche le plaisir comme par nécessité et non forcément la procréation

Or, et tel le deuxième point de mon analyse, Epicure, dans sa Lettre à Ménécée, pose ceci : Le vivant recherche le plaisir… quelle que soit la forme du plaisir en question, comme il l’écrit à juste titre : « c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse. Car il est le premier des biens naturels. Il est au principe de nos choix et refus, il est le terme auquel nous atteignons chaque fois que nous décidons quelque chose, avec, comme critère du bien, notre sensibilité. Précisément parce qu’il est le bien premier, épousant notre nature, c’est toujours lui que nous recherchons. »  Cette analyse a conduit Platon, dans le Banquet, à une analyse rationnelle, la première sans doute dans l’histoire de l’Humanité, à rendre compte des préférences sexuelles sans aucun jugement de valeur. Parmi tous les discours composés en l’honneur d’Eros, dieu de l’amour, je retiendrai celui d’Aristophane. Par tant d’un mythe, celui-ci explique les différentes sortes d’attirance sexuelle et leurs causes effectives. Ainsi, d’après le Discours d’Aristophane sur l’origine des préférences sexuelles, il en résulte qu’à l’origine, il y avait trois catégories d’êtres humains qui constituaient, chacun, un seul être. Elles représentaient les premiers parents de l’ensemble de l’humanité en sa totalité. Du fait de son orgueil à se hisser au rang du divin et à devenir comme des dieux, Zeus demanda de les scinder en deux parties complémentaires. La suite est bien connue. En effet, cette origine mythique permet à Aristophane de définir une typologie des attirances sexuelles possibles en rapport avec la coupure instaurée par Zeus.

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       Ceux qui constituaient un « androgyne » deviennent homme et femme, mâle et femelle selon le partage que nous connaissons, et ils sont perpétuellement en quête de leur moitié complémentaire : le comique précise sournoisement que c’est l’origine même de l’adultère car nul n’est jamais persuadé d’avoir enfin trouvé sa bonne moitié (et il y a là matière à comédie !). Les femmes qui sont une coupure de double femme recherchent leur moitié parmi les femmes et ce sont les lesbiennes : l’évocation de ce penchant, qui découle objectivement du dédoublement des trois sexes initiaux, est faite sans commentaire, sur un ton neutre et détaché et les commentateurs soulignent qu’il s’agit là de la seule allusion au saphisme de toute la littérature classique grecque ! De fait, c’est, une fois encore, le troisième penchant qui est valorisé : celui qui résulte de la scission du double mâle, l’attachement homosexuel masculin. Aristophane réfute le jugement de ceux qui y voient de l’impudicité ou un défi aux normes naturelles. Au contraire, pour lui, cette recherche et l’accouplement effectif qui éventuellement en résulte sont des preuves éclatantes de « hardiesse » et un renforcement — un redoublement — de « virilité » pour ceux qui s’y livrent car les mâles qui s’engagent dans de telles relations sont les meilleurs, eux qui vont en priorité se vouer à la carrière politique, à l’illustration et à la préservation des valeurs publiques. Ils sont d’ailleurs toujours soucieux de transmettre, par le biais de leur affection réciproque, aux jeunes garçons qu’ils aiment le sens des valeurs et du devoir : l’homosexualité conserve son caractère traditionnel d’initiation du jeune homme à ses futures responsabilités de guerrier comme de citoyen.

     Elle ne s’oppose pas au mariage et à la procréation d’enfants, qui viennent en leur temps sous l’effet de la coutume, bien que certains (l’allusion concerne bien sûr le couple que forment Pausanias et Agathon) préféreraient certainement « passer leur vie côte à côte en y renonçant ». Toujours est-il que, de la scission imposée en guise de punition, découle pour les êtres séparés de leur moitié, quand « le hasard met sur le chemin de chacun la partie qui est la moitié de lui-même », « un extraordinaire sentiment d’affection, d’apparentement et d’amour » qui est le travail d’Éros, médecin et guérisseur de l’humanité, et qui les transcende. En ce sens, on peut définir l’amour, quelle que soit sa forme, comme la nostalgie inaltérable du retour à l’union perdue.

Plus tard, Freud, dans son essais sur la théorie de la sexualité, se souviendra de cette première théorisation rationnelle des préférences sexuelles en proposant une origine qui n’est pas fondamentalement différente de celle de Platon, ni non plus originale.

    En effet « Freud, dans les temps modernes, va reprendre l’explication du phénomène de l’homosexualité dans le cadre de la psychanalyse. A l’instar d’Aristophane du Banquet, il démontre qu’il s’agit d’un phénomène relevant de tendances purement biologiques. Dans la recherche du partenaire, il met en avant l’objet sexuel qui suscite une inclination naturelle spécifique. Il établit trois catégories d’individus, au niveau des comportements sexuels, qu’il appelle des « invertis ». D’abord, « les invertis absolus » recherchent comme partenaires sexuels, uniquement des individus du même genre de sexe qu’eux-mêmes. Ils n’éprouvent du plaisir que dans les actes sexuels avec eux. A l’inverse, ils manifestent une indifférence royale (Freud parle d’ « aversion sexuelle ») par rapport aux individus de l’autre genre de sexe. Ensuite, « les invertis amphigènes » (hermaphrodisme psychosexuel) »[1] caractérisent les individus non exclusifs en matière de recherche de partenaires sexuels. Ils éprouvent autant de plaisir avec les hommes qu’avec les femmes. Ce qu’on appelle aujourd’hui la « bisexualité » est plus répandue qu’on ne veut l’admettre. Maurice T. Maschino pense, d’après les témoignages recueillis au cours de ses enquêtes sur les mœurs sexuelles en France, que dans les couples les maris font usage des deux orifices (vagin et anus) de leur épouse pour varier les sources de plaisir ; ce qui s’apparente à une forme de bisexualité[2]. Dans certains milieux musulmans, des filles, pour préserver leur virginité jusqu’au mariage, préfèrent accorder leur orifice anal à des partenaires occasionnels. Enfin, il y a les « invertis occasionnels ». Il est courant que des individus s’adonnent à cette pratique sexuelle quand ils sont amenés à vivre pendant longtemps dans un milieu homogène. C’est le cas des internats exclusifs de filles ou de garçons, la prison, les monastères etc. En l’absence de l’objet sexuel normal, pour ceux qui ont des tendances hétérosexuelles, l’individu du même sexe, au-delà de toute considération morale, peut servir d’expédient pour calmer les besoins impérieux du corps.

       Toutefois, quelle que soit la forme de l’inversion sexuelle, Freud conçoit que les invertis ont des jugements contrastés au sujet de leur penchant sexuel. C’est en ce sens qu’il écrit : « Les invertis se comportent différemment quant au jugement qu’ils portent sur eux-mêmes et sur leur particularité sexuelle. Pour les uns, l’inversion est une chose aussi naturelle que, pour l’être normal, l’orientation de sa libido. Ils réclament le droit pour l’inversion d’être mise sur le même plan que la sexualité. D’autres sont en révolte contre le fait de leur inversion et l’éprouvent comme une compulsion morbide ».[3] Ce sentiment de révolte contre des penchants psychobiologiques sexuels tient au fait que de tels individus ignorent qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de les assumer : ils dérivent de leur nature même, de leur personnalité profonde.

     Néanmoins, Freud reconnaît que, du fait de la norme sexuelle, c’est-à-dire l’hétérosexualité reproductrice et conservatrice de l’espèce humaine, l’inversion est perçue, considérée et jugée comme une perversion, voire une conduite dégénérescente. La raison de ce jugement est donnée par Freud lui-même : « l’inversion fut, d’abord, considérée comme le signe d’une dégénérescence nerveuse congénitale. Cela s’explique par le fait que les premières personnes chez lesquelles les médecins ont observé l’inversion étaient des névropathes, ou du moins en avaient toutes les apparences. Cette thèse contient deux affirmations qui doivent être jugées séparément l’inversion est congénitale, l’inversion est un signe de dégénérescence » (Ibidem, p. 21).

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   Concernant la dernière thèse, Freud s’attache à réfuter l’abus de langage fort répandu en son temps. On considérait comme facteur susceptible de dégénérescence « toute manifestation pathologique dont l’étiologie n’est pas évidemment traumatique ou infectieuse » (p. 21). On ne peut parler, reconnaît Freud, de dégénérescence s’il n’y a pas d’altérations graves dans la fonction et les activités de l’individu et si d’autres déviations n’ont pas cours dans sa conduite ordinaire. En ce sens, les invertis ne peuvent être considérés comme des gens atteints de dégénérescence, hormis l’impérialisme de l’opinion, des dogmatisme religieux de bon aloi ; d’autant plus qu’on remarque même chez certains d’entre eux « un développement moral et intellectuel (qui) peut même avoir atteint un très haut degré » (p. 22). En outre, ils ne sont pas atteints d’autres formes de déviations qu’on pourrait qualifier de graves. Dès lors, il faut rejeter ce terme de « dégénérescence » quant aux pratiques sexuelles – inverties, au moins pour deux raisons : d’abord, en vertu de l’ancienneté de telles pratiques dans les civilisations de l’antiquité, grecque et romaines, entre autres ; ensuite, parce que l’inversion sexuelle se pratique chez des peuples non européens qu’on ne qualifie pas pour autant de dégénérescents.(In Bio-anthropologie de la sexualité-Homosexualité et Hédonisme féminin- Edilivre, Paris 2014).

Dans cet ouvrage, j’ai démontré qu’« Au cours des années 1990, des chercheurs anglais dans le domaine des sciences du vivant, selon Bryan Sykes[4], ont réussi à identifier le gène qui ordonne le développement de l’embryon sur la voie de la production du mâle. Le gène en question porte le joli nom de SRY, soit la « région de détermination du sexe » (« sex determining region »). Autour de huit semaines après la fécondation, il émet des signaux chimiques qui modifient les glandes sexuelles en vue de devenir des testicules au lieu des ovaires qu’elles étaient initialement destinées à fabriquer. Selon ce généticien des populations, au cours des premières semaines, on ne remarque aucune différence sensible entre les embryons XY et XX. Les deux sont même encore porteurs de canaux à la fois femelles et mâles. Il faut attendre la septième semaine de la gestation pour constater l’amorce de la différenciation chez le fœtus mâle. En d’autres termes, « le gène directeur, porté sur le chromosome Y, est aiguillé sur « mâle », mais juste l’espace de quelques heures. La protéine du SRY, fabriquée suivant les ordres précis du gène sexuel, se détache de la chaîne de production et s’en va activer d’autres gènes sur divers chromosomes » (p.99-100). Les auteurs britanniques de cette découverte, en l’occurrence, Peter Goodfellow et Robin Lovell-Badge, pour démontrer l’irréfutabilité de celle-ci, ont effectué une expérience décisive. Ils injectèrent à des œufs fécondés de souris femelle un élément de d’ADN qui contenait le gène SRY. Quand elle mit bas, ils cherchèrent, parmi les petites souris, celles qui ressemblaient à des mâles qui portaient deux chromosomes XX tout autant que le gène SRY. Sur un grand nombre, une seule remplissait toutes les conditions attendues. Car elle se comporta comme une souris mâle tout à fait normale. Il en résulta que le gène SRY avait modifié le sexe de cette souris vedette. Elle avait même d’énormes testicules, comme pour lever tout doute au sujet de sa virilité. Mieux encore, ils l’enfermèrent dans une cage avec des femelles. Sans hésiter, elle s’accoupla à plusieurs reprises avec elles (quatre fois pendant une semaine) ; même si de telles souris mutantes, c’est-à-dire possédant des chromosomes X sont stériles. Nonobstant ce, la découverte du gène SRY laisse entier le mystère de la manière dont il procède exactement pour fabriquer du mâle au lieu de la destination femelle initiale de nous tous.

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    Quant au fœtus femelle, c’est aux environs de la douzième semaine de gestation que la transfiguration sexuelle femelle s’amorce. En effet, les gonades unisexes se mettent en place en vue de sa production et/ou procréation que cet auteur décrit de la manière suivante : « Les parties avant forment la trompe de Fallope tandis que le reste donne naissance à l’uté­rus et au vagin. À l’extérieur, les mêmes tissus qui, chez le mâle, se développent en pénis forment le clito­ris, tandis que les tissus environnants enflent pour devenir les grandes et les petites lèvres plutôt que le scrotum. Tous ces changements anatomiques sont en place à la vingtième semaine de grossesse, tandis que le sexe de l’enfant à naître est visible à l’échographie » (p.101).

   Cette précocité remarquée chez le fœtus mâle semble avoir pour finalité immanente de faire barrage à la programmation féminine à laquelle il vient d’échapper comme par accident. Donc, selon Bryan Sykes, « un seul gène présent sur le chromosome Y, dès qu’il était activé, enclenchait une cascade d’autres gènes, encore inconnus, qui détournaient l’embryon de son évolution naturelle, de son développement en femme, pour l’orienter sur une autre voie, celle qui mène à un enfant de sexe masculin. »[5] Ces données biologiques qui démontrent que le masculin est un accident génétique nous ont conduit à formuler la boutade suivante : « L’homme est en réalité une femme manquée ». En ce sens aussi, on comprend tout à fait la remarque pertinente de Jean-Jacques Rousseau quand il écrit : « Le mâle n’est mâle qu’en certains instants, la femelle est femelle toute sa vie, ou du moins toute sa jeunesse[6] ».

       Certes, ces faits génétiques, qui insistent sur l’accident de parcours du développement de l’embryon vers la procréation de filles en conduisant (par accident ?) à la naissance d’un enfant mâle, n’autorisent pas à penser nécessairement la nature des inclinations sexuelles ultérieures des individus. Toutefois, comme Simon Levay[7] l’a montré, chaque individu est déterminé par des processus hormonaux sexuels commandés par une forte propension de son cerveau. Car en ce qui concerne le caractère « congénital » de l’inversion sexuelle, on en débat encore de nos jours, notamment, depuis la publication de Simon Levay sur l’origine génétique – ou supposée comme telle- de l’homosexualité. De quoi s’agit-il ? Sans approfondir les recherches de ce savant, ce qui n’est pas l’objet principal de notre analyse ici, on peut dire que l’intention de Levay est honorable, sincère et bonne : il veut contribuer, par un éclairage génétique sur les structures du cerveau qui modèle, en partie du moins, le comportement humain, y compris sexuel, à combattre les opinions du vulgaire sur les homosexuels. Ce savant fonde ses analyses de ce phénomènes sur deux études différentes : d’abord, il s’appuie sur les travaux de Geoffrey Raisman et son équipe de l’Université d’Oxford, effectuées dans les années 1960 sur les animaux. Il s’agit de rechercher, dans le cerveau, la cause du dimorphisme sexuel. Ces recherches et, bien d’autres semblables, l’ont amené à constater qu’il y avait une nuance de taille de l’organisation synaptique dans les zones de l’hypothalamus, en particulier, dans un conglomérat de cellules dit du noyau de l’aire préoptique. Cette découverte a conduit ces savants à affirmer que le volume du noyau de l’aire préoptique est plus important chez les mâles que chez les femelles. En conséquence, la recherche neuro-anatomique amène à établir, d’une part, des différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes et, de l’autre, entre le cerveau des hétérosexuels et celui des homosexuels.

     Ensuite, encouragé par ces premiers résultats, Simon Levay s’emploie à examiner, dans les années 1990, quelques cerveaux humains pour voir s’il existe une différence de taille de cette zone (neurones de l’aire préoptique médiane) selon l’attirance sexuelle des individus. A cette fin, il se livre à l’examen de l’hypothalamus de dix-neuf homosexuels, victimes du Sida et seize hétérosexuels parmi lesquels six sont également décédés de la même maladie. Nous passons sous silence la minutie de ses mesures et de ses examens. La lecture qu’il donne du résultat de ses recherches est la suivante : « L’interprétation la plus simple de ces résultats est d’admettre que la région Xq28 du chromosome X contient un gène dont dépendent les préférences sexuelles des hommes. Cette thèse est celle qui montre le mieux que l’homosexualité humaine est soumise à des facteurs héréditaires, et c’est aujourd’hui la plus convaincante, parce que les chercheurs ont directement examiné l’information génétique, l’A.D.N. Toutefois, les résultats devront être confirmés. Plusieurs découvertes de gènes associés à des traits de la personnalité ont été réfutées, et le gène qui semble lié à l’homosexualité n’a pas encore été isolé »[8]

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     Cette dernière nuance qui, à nos yeux, doit toujours faire la différence entre les expériences scientifiques concrètes et l’interprétation de leurs résultats dans laquelle le scientifique ne peut faire l’économie d’une certaine philosophie, fruit de sa vision du monde, a permis à William Byne d’apporter quelques nuances de taille. Dans un article sur les « les limites des preuves biologiques de l’homosexualité »[9], il pense qu’on n’est pas encore loin du préjugé vulgaire selon lequel les homosexuels masculins sont efféminés et les saphistes, masculinisées. Dès lors, on confine l’homosexualité dans un schéma immuable en raison de son caractère inné ou génétique et on proscrit du même coup toute liberté du choix des partenaires sexuels. II conteste même la validité de l’hypothèse de Simon Levay en montrant qu’il est, sans doute, fallacieux de déterminer les choix des partenaires sexuels sous le seul angle de la dimorphie[10]. Mieux, ils sont polymorphes. On peut admettre, selon William Byne, dans l’état actuel des recherches et du fait de leurs caractères lacunaires qui ne permettent pas d’avoir des données précises et exactes, voire, en un sens, du fait de l’insuffisance des connaissances qu’on peut en tirer, que ce ne serait pas scientifiquement raisonnable de se fonder sur elles pour déterminer exactement l’orientation sexuelle des individus. Ces études n’apportent pas encore une information incontestable sur les mécanismes génétiques de transmission de l’homosexualité, ainsi qu’il l’explique lui-même dans cette Revue : «  Toutes les données sur l’existence de caractères biologiques innés responsables de l’homosexualité sont discutables : les études génétiques pâtissent de la confusion inévitable entre l’acquis et l’inné, qui entrave les études de la transmission héréditaire des caractères psychologiques. Les travaux sur le cerveau reposent sur des hypothèses douteuses, d’après lesquelles le cerveau des hommes n’est pas identique à celui des femmes[11]. Les mécanismes biologiques qui ont été proposés pour expliquer l’homosexualité masculine ne s’appliquent généralement pas à l’homosexualité féminine … » (Ibidem, p. 36.)

     En fait, la pertinence de cet article réside dans la volonté du scientifique de montrer que l’homme échappe, en partie, en tant que sujet libre, aux purs mécanismes ou déterminismes rigides du fonctionnement biochimique de son corps. Même s’il est mû par l’influence de ses hormones, il a suffisamment de ressources spirituelles pour les réguler et prendre ainsi une distance raisonnable par rapport à leur pouvoir en lui. Les recherches biologiques doivent contribuer à montrer que le tempérament, tout autant que l’environnement familial, ne sont pas forcément décisifs dans le choix des partenaires sexuels, entre autres phénomènes ou conduites humains. Selon William Byne, « les réponses aux questions sur le débat de l’origine de l’homosexualité se ne trouvent peut-être pas dans la biologie du cerveau, mais dans les cultures que ces cerveaux ont créées » (p.41). C’est justement dans ce sens qu’il nous est possible de replacer les travaux de Margaret Mead sur certaines populations de l’Océanie ».

III) Le point de rupture entre la culture romaine et la culture moraliste du christianisme appelée à Rome (II e siècle après J.C.) « la secte juive »

    Puisque l’homosexualité est une pratique universelle chez tous les vivants sans exception, comment comprendre qu’elle soit, malgré tout, partout ou presque partout condamnée si sévèrement ? Il n’y a qu’une seule réponse : l’Ancien Testament qui a nourri les trois grandes religions venues de l’Orient et qui se sont répandues sur toute la planète. Il s’agit du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam. Le Lévitique est la source morale de la condamnation de l’homosexualité dans ces trois religions. En effet, il y est écrit ceci :

– Lévitique XXVIII/22 : « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est un abomination.« 

-Lévitique XX/13 : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux.« 

     Il va de soi que ces énonciations sont sans équivoques dans la condamnation de l’homosexualité.  D’où l’énonciation implicite du principe universel suivant : l’acte sexuel repose sur la nécessité de la procréation et de la survie de l’espèce humaine.

Or, l’histoire romaine, à titre d’exemple parmi tant d’autres, des amours fortes dans la pratique homosexuelle. Je retiendrai deux exemples d’amour passion homosexuel.

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Buste de l’empereur Hadrien

   D’une part, les Mémoires d’Hadrien (chez Gallimard, Paris 1977) est un roman  de l’écrivain français Marguerite Yourcenar, publié en 1951. Ces pseudo-mémoires de l’empereur romain Hadrien ont connu un extraordinaire succès international et assuré à son auteure une grande notoriété.

     Le livre se présente comme la longue lettre d’un empereur vieillissant à son petit-fils adoptif de 17 ans et éventuel successeur, Marc-Aurèle. L’empereur médite, rappelant à sa mémoire ses triomphes militaires, son amour de la poésie et de la musique, sa philosophie, et sa passion pour son favori, le jeune Bythinien Antinoüs .

      Antinoüs est un jeune homme originaire de Bithynie, qui a vécu au IIe siècle   ap. J-C., plus connu comme favori et amant de l’empereur romain Hadrien. Il meurt âgé de 20 ans environ, noyé dans le Nil, dans des circonstances qui restent mystérieuses. Divinisé par Hadrien, Antinoüs est représenté par un grand nombre d’œuvres d’art qui en font l’un des visages les plus célèbres de l’Antiquité.

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Hadrien et Antioüs

   Aucun texte ne mentionne le lieu ni la date de sa rencontre avecHadrien. Selon toute vraisemblance, elle a lieu à l’hiver 123 ou au printemps 124, lors de la visite de l’empereur à Claudiopolis. Il devient alors le favori d’Hadrien. Sa présence dans l’entourage impérial n’est mentionnée officiellement qu’en 130, lors du voyage d’Hadrien en Égypte. En octobre, probablement le 25, il trouve la mort noyé dans le Ni, dans la région d’Hermopolis Magna, dans des circonstances mystérieuses. Plusieurs explications sont avancées dès l’Antiquité. Hadrien lui-même évoque un simple accident, mais plusieurs auteurs y voient un sacrifice rituel où Antinoüs aurait servi de victime volontaire, soit pour prolonger les jours d’Hadrien, soit pour des pratiques divinatoires.

     Hadrien est très affecté par la mort de son favori. De leur côté, les Egyptiens divinisent le jeune homme : ils voient dans les noyés du Nil les serviteurs d’Osiris. Une ville est même fondée sur le fleuve, Antinoupolis. Hadrien encourage le développement de la nouvelle religion en multipliant les œuvres d’art à l’effigie du jeune homme. Les Grecs  reconnaissent également en Antinoüs un avatar d’Hermès. En 131-132 sont fondés les Antinoeia, jeux réservés aux éphèbes mêlant épreuves gymniques et concours musicaux.

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Ensuite, l’œuvre de Suétone nous enseigne un autre exemple célèbre dans la Vie des douze Césars (Gallimard, Coll. « Folio », Paris 1976, p.332).

   Néron se débauchait avec les jeunes gens libres et dévergondait les femmes mariées. Même les religieuses, comme les Vestales, n’échappaient à ses assauts sexuels. Pire encore, il fit émasculer un enfant qu’il désirait transformer en femme et il ordonna qu’il lui fut emmené en grand cortège avec son voile rouge et sa dot, conformément aux cérémonies de mariage classique. Par la suite, Néron traita ce transsexuel comme sa femme. Cette conduite insolite inspira la remarque satirique suivante à ses adversaires : « Quel bonheur pour l’humanité si Domitius son père avait pris une telle femme (p.322). Ce jeune enfant, Sparus, fut paré en impératrice que Néron promenait partout dans l’empire, porté en litière comme l’empereur lui-même. Même en public et à tout moment, il le couvrait de baisers lascifs et provocateurs pour signifier qu’à l’empereur tout est permis. En ce sens, il se comportait comme s’il était au-dessus des lois. C’est pourquoi, Néron ne se privait nullement d’avoir des relations sexuelles incestueuses avec sa mère Agrippine. En effet, il la prenait dans sa litière et tous se montraient en public les vêtements en désordre et tâchés par les traces de leurs frasques sexuelles.

     Néron aimait aussi se faire posséder, c’est-à-dire sodomiser par son affranchi Doryphore. Pendant l’acte sexuel, il poussait des gémissements semblables à ceux des jeunes filles vierges avec lesquelles leurs partenaires sexuels faisaient l’amour violemment sans égard pour leurs douleurs

IV- Le silence inquiétant de nos soi-disant philosophes face aux protestations violentes contre la loi « le mariage pour tous »

Sens et non sens d’un silence

     Quand bien même les questions de société, qui secouent aujourd’hui la France à l’occasion de la réalisation d’une promesse de campagne présidentielle de Monsieur François Hollande, en l’occurrence, « le mariage pour tous », ne sont pas essentiellement l’objet de notre investigation, nous ne saurions les passer sous silence. Nonobstant ce, aborder ce problème ici tient à deux faits précis : le silence de nos philosophes, comme ceux que Laurent Joffrin a appelés, en son temps « les néo réacs »[12] et l’incompréhension de l’homosexualité. D’abord, nos philosophes contemporains dont, en particulier, la dernière catégorie, sont prompts à réagir sur la place publique (les médias) concernant les problèmes de société. C’était le cas lors des manifestations des jeunes des banlieues parisiennes et des violences qu’elles avaient générées au cours de l’automne 2005. Ce fut également le cas – mais ceci ne constituait même pas un problème de société comme tel – à propos des comportements indignes (devant le monde entier, ils portaient atteinte à l’image de leur pays en ce domaine) des joueurs de football français pendant la Coupe du Monde de 2010 (du 11 juin au 11 juillet) en Afrique du Sud. Comme d’ordinaire, les médias, en l’occurrence les télévisions, les radios, voire la presse écrite, leur lieu de prédilection pour vaticiner, leur avaient ouvert tout l’espace public afin qu’ils puissent déployer toute l’amplitude de leur vanité et philistinisme. Ainsi, au sujet de ces faits, ils leur avaient déployé le tapis rouge pour qu’ils puissent tenir des péroraisons de toutes sortes ; ou, plutôt, des balivernes et autres inepties, fruits d’une ignorance crasse, pire, de leurs préjugés ou de leur haine contre une frange de la population française en raison de sa différence spécifique.

     Il est vrai que ni le diplôme (Doctorat), ni le titre (Agrégation) ne rendent forcément intelligent et ne confèrent nullement la faculté de penser avec élévation et grandeur d’âme. A la limite, on peut être un bon et pertinent « ouvrier de la philosophie » comme Nietzsche qualifie ce genre d’esprit ; c’est-à-dire un excellent interprète même de la pensée d’un philosophe sans pour autant réussir à en faire émerger de la nouveauté qui fasse progresser, dans la lumière de la raison, la nature des phénomènes. Ceux d’entre les philosophes, comme Platon, Aristote, Plotin, Descartes, Spinoza etc., ingénieux et monumentaux et dont la pensée nous nourrit encore, n’avaient ni doctorat ni agrégation. Ce n’est pas non plus la cooptation incestueuse, pernicieuse, nécessitant toujours des interventions hiérarchisées, des soutiens avec leur lot de connaissance des maîtres des universités, voire d’implication humaine à des postes universitaires qui fait des étincelles. Or, à l’instar de ces grands génies, nous continuons à penser que c’est l’acquisition de la culture savante qui, seule, nourrit le mieux notre esprit, l’éclaire, l’élève et lui permet d’accéder à la lumière de la pensée originale, autonome et universelle ; une pensée pour demain et non pas une pensée noyée dans le psittacisme ambiant et contemporain, totalement stérile, vain et creux.

       Des philosophes haineux, quelle injure pour l’intelligence humaniste suprême de cette discipline de la raison qu’est la philosophie, mère de toutes les sciences, qui nous éclaire si bien l’esprit qu’elle ne manque de le magnifier ? Le philosophe ne se définit-il pas comme l’Ami de l’humanité, en son essence indistincte ? Faire preuve d’« ethnicisme », n’est-ce pas démontrer que l’on souffre de ce que nous avons appelé la « racinite aiguë »[13], qui ronge la cervelle de ce genre d’individus et les aliène, ainsi, profondément ? En réalité, nous avons bien montré, dans ce travail de sociologie française participative, que ce que l’on appelle ordinairement le « racisme » est bien une grave pathologie physico-psychique difficilement soignable. Car un homme sain d’esprit, un être humain puissant et heureux ne peut être affecté par de tels sentiments propres aux vils et aux âmes faibles, aux souffreteux dénués de vertu ou énergie morale, de courage, de force et de noblesse d’âme. Or, nous avons remarqué que les publics visés par l’un de ces « néo réacs » ont toujours été les mêmes, en l’occurrence, les Noirs et les Arabes. Telle est l’une des preuves de l’imbécillité intellectuelle contemporaine consistant dans la volonté d’un particulier de s’en prendre à la partie faible d’une société donnée.

   Ce faisant, l’un de ces soi-disant philosophes que nous appelons les philosophes « textuels » ou, selon Nietzsche, les « histrions de la philosophie », voire les « ouvriers de la philosophie », incapable d’une pensée authentique et originale, fait preuve d’une pensée inconsciente de sa propre ignorance des cultures des populations dont ces jeunes gens, cibles de sa haine, sont issus. Pire, il oublie trop vite qu’au début du XXème siècle, Charles Maurras et les Maurrassiens de « L’Action française », les extrêmes droites catholiques françaises avaient usé de tels procédés pernicieux des esprits faibles pour manipuler l’opinion débile de leurs contemporains afin de livrer à l’opprobre et aux gémonies une frange de la population française d’origine orientale, avec leur idéologie de « l’Antisémitisme d’Etat, de « Nationalisme contre révolutionnaire » etc. Certes, tout philosophe qu’il prétend être, il n’ignore pas que, selon Hegel, il n’y a pas de leçons à tirer de l’histoire des hommes. Les nécessités qui contraignent les politiques à satisfaire les besoins du bas-ventre de leurs peuples les conduisent à négliger les horreurs du passé, même récentes comme celles de la Deuxième Guerre Mondiale. C’est en ce sens qu’il écrit : « On recommande aux rois, aux hommes d’État, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que peuples et gou­vernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer.

    Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, forme une situation si particulière, que c’est seulement en fonction de cette situation unique qu’il doit se décider… »[14] Or, c’est un tel oubli qui explique le recommencement perpétuel des tragédies humaines. Mieux, la situation confortable dont il jouit aujourd’hui lui fait tout oublier, y compris les souffrances abominables de certains des citoyens français. Dès lors et en ce sens, il est possible de parler de parti pris de ce soi-disant philosophe dans la dénonciation des faits de société. De nos jours, malgré le tintamarre des manifestations contre la loi autorisant « le mariage pour tous », il est totalement inaudible, à l’instar de ses pairs à la mode suivant les vanités du monde présent. En revanche, nous l’avons déjà dit, il réagit illico quand il s’agit de problèmes sociaux qui confirment ses préjugés et son ignorance des autres humanités françaises.

    Sur ce point, on peut tout à fait s’accorder ave Nietzsche quand il affirme que nous sommes entrés dans une période du philistinisme absolu ; un temps où le paraître l’emporte sur l’être, où les savoirs individuels ne sont rien d’autre que l’ignorance déguisée des autres, individus, groupes ou peuples. Pour nous exprimer comme lui, nous dirons que notre monde contemporain a basculé dans l’ère des histrions de la philosophie, quel que soit le grade universitaire ; ce niveau n’étant rien d’autre qu’un oripeau qui tâche de couvrir le vide intérieur, le creux, la vanité de ce genre d’intellectuels. Par là, on s’aperçoit que Jean-Paul Sartre, malgré ses erreurs de jeunesse, nous manque grandement en tant qu’authentique philosophe engagé dans la défense des causes humaines, la dénonciation des injustices commises par les Exécutifs à l’égard des citoyens, sans parti pris. Car, nous semble-t-il, si l’on fait preuve de culture savante, qui est censée porter l’intelligence des individus à la plus ample ouverture possible de l’esprit humain, et permettre une meilleure connaissance des êtres humains, on ne peut pas prendre position par rapport aux controverses sociales et civiques que de façon maligne et intéressée. On comprend que Nietzsche se désole de la perte du souci de cette culture savante qui confère à notre esprit sa finesse de jugement, son empathie de l’autre, voire sa grandeur ; et qu’il dénonce notre époque comme dénuée de jugement supérieur, de culture savante, comme il l’écrit à juste titre : « j’ai le sentiment toujours plus net que le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent. Jusqu’ici tous ces extraordinaires promoteurs de l’humanité que l’on nomme des philosophes et qui se crurent rarement eux- mêmes des « amis de la vérité », mais des fous déplaisants et de dangereuses énigmes, placèrent leur tâche, leur rude, involontaire, inéluctable tâche, dans cette ambition : devenir la mauvaise conscience de leur temps […]

    En face d’un monde d’« idées modernes » qui aimerait confiner chacun dans un coin et dans une « spécialité »[15], un philosophe serait contraint – s’il pouvait y avoir des philosophes aujourd’hui – de placer la grandeur de l’homme, la notion même de « grandeur », dans l’étendue et la diversité de l’esprit, dans une totalité faite de multiplicité : il fixerait même le rang et la valeur d’un homme d’après l’ampleur et la diversité de ce qu’il peut supporter et assumer selon la portée qu’il sait donner à sa responsabilité. Aujourd’hui le goût du temps et les vertus du temps débilitent et amenuisent la volonté »[16], entre autres, celle des savoirs universels.

       Puisque cet homme, de même que ses pairs, se définit comme un philosophe dans la Cité, on aurait aimé qu’il prît position sur les questions sociétales qui secouent la France de la fin 2012 et du début 2013. Il aurait été, sans doute, en mesure d’éclairer l’intelligence des plus excités parmi les opposants au « mariage pour tous » et, ainsi, de les amener à la raison, à la bonne intelligence mutuelle. Hélas ! Il semble que ce ne soit pas ses sujets de prédilection, ses thèmes favoris qui le mettent en transe à la télévision quand il en cause avec haine et superbe ignorance. Ou, plutôt, et dans cette perspective, on serait alors en droit de se poser la question suivante : aurait-il peur des réactions violentes des plus excités parmi les catholiques dans les manifestations s’il venait à prendre position contre eux, comme il sait le faire dans d’autres situations ? Pourtant, Jean Jaurès recommande à tout homme et, en particulier, aux philosophes la devise suivante : « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ». (Extraits de Bio-anthropologie de la sexualité-Homosexualité et Hédonisme féminin- Edilivre, Paris 2014)

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     Finalement, dans un passage de mon ouvrage sur la Bio-anthropologie de la sexualité, je fais les remarques suivantes : « Tout se passe comme si les peuples non chrétiens, qui n’ont pas été élevés dans cette morale judéo-chrétienne ni nourrie par celle-ci, ont fait preuve de plus de bienveillance à l’égard des homosexuel(les). Si tel est le cas, on est en droit de se demander ce que signifie, au fond, le progrès des mentalités dont nos contemporains semblent se gargariser en permanence. Nous nous en tiendrons ici à un seul exemple. Suzanne Fonay Wemble[17] a montré comment chez les Germains, avant la christianisation de ces peuples à partir du Vème siècle de notre ère, la femme jouissait de statuts et de privilèges si éminents que sa personne était quasiment intouchable ; ce qui ferait mourir de jalousie nos femmes contemporaines qui ont l’apparence d’être réellement libres. En effet, écrit-elle, « les hommes coupables de harcèlement encourent de lourdes punitions. Le pacte de la loi salique prévoit par exemple que l’impudent qui presse la main d’une femme devra payer seize solidi, et trente cinq solidi s’il lui pose la main sur l’épaule. Le code alémanique va jusqu’à punir celui qui accuse injustement une femme de sorcellerie ou d’empoisonnement : il doit acquitter une amende de quatre-vingts solidi s’il s’agit d’une femme libre, de quinze solidi dans le cas d’une servante ». Dès lors, où le progrès des mentalités dont les peuples contemporains sont si fiers ?

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Deux Ephèbes

 

Conférence du mercredi 17 février 2016 (Université de Grenoble Mendès-France)

[1] Trois essais sur la théorie de la sexualité (Idées/Gallimard, Paris 1962, p.19)

[2] La plupart du temps, c’est même l’hétérosexuel qui se comporte sexuellement, le plus souvent, comme un pur androgyne. C’est lui qui est assoiffé de varier les formes et sources de plaisir en copulant autant avec le féminin, auquel il est censé donné sa préférence sexuelle, qu’avec le masculin. C’est ce qu’Annick Cojean a bien montré dans son ouvrage Les proies – Dans le harem de Kadhafi (Grasset, Paris 2012). Ce denier était atteint d’hypersexualité ou satyriasis. Ses fameuses « Amazones » n’étaient rien d’autres que de très jeunes filles qu’il faisait appréhender par ses sbires en vue de les déflorer et de se servir de leur sang pour effectuer des sortilèges. Toutefois, cette hyperconsommation de très jeunes vierges ne l’empêchait nullement d’élever de jeunes garçons dont il se servait de la même manière. Autant dire qu’il avait érigé la bisexualité au rang éminent de mœurs sexuelles de prédilection.

[3] Opus cit. p.p 19-20

[4] La malédiction d’Adam – Un futur sans hommes (A .Michel, Paris 2004)

[5] Opus cit. p.94

[6] Emile, Livre V (La Pléiade/Gallimard, Paris 1998, p.697)

[7] « L’Homosexualité a-t-elle une origine génétique ? «  In Revue « Pour la Science », Edition française de « Scientific American », Juillet 1994, Mensuel N) 201, p.106

[8] « Pour la Science » : 35.

[9] Opus Cit. p. 36

[10] Le Bordas donne la définition suivante du dimorphisme sexuel : « Ensemble de caractères sexuels secondaires, permettant, dans une espèce donnée, de distinguer les sexes… »

[11] En raison de l’esprit magique des contemporains par rapport aux découvertes scientifiques et aux vérités qu’elles sont censées établir de façon définitive, on oublie que même dans le champ des sciences dites exactes, plutôt de la matière, il y a des risques d’interprétations erronées, arbitraires parfois par des idéologies extrémistes, pour porter la haine sur des groupes humains donnés. Déjà, au XIXème siècle, la phrénologie de Gall prétendait localiser dans les différentes circonvolutions du cerveau des fonctions mentales extrêmement complexes telles « le talent poétique », « l’esprit métaphysique » et même des qualités morales comme « la bonté », « la fermeté », etc. C’est, du moins, l’analyse qu’en a faite G. Lantari-Laura dans son Histoire de la phrénologie. Cette phrénologie, plus fantaisiste et imaginaire que scientifique, a donné lieu à toutes les interprétations racistes possibles au XIXème siècle. On en a tiré prétexte pour montrer que le cerveau de l’homme blanc était plus volumineux que celui des autres peuples de la terre ; ce qui justifiait sa supériorité militaire et sa suprématie. Les Nazis, au XXème siècle, ont agi de la même façon à l’égard des peuples non aryens.

[12] « Le Nouvel Observateur du 29 novembre 2005. Nous en avons fait une longue analyse dans notre essai de géopolitique : Pourquoi l’Afrique si riche est pourtant si pauvre ? Tome I – De la faillite des élites de l’Afrique subsaharienn e- (Editions le Manuscrit, Parsi 2010)

[13] In La solitude du mutant, Eloge de la bi-culture – (Thot, 2001)

[14] La raison dans l’histoire, p. 35, Coll. 10/18, UGE

[15] Il est vrai qu’avec la spécialisation, on perd de vue l’esprit d’ensemble ou de l’universel, qui a toujours caractérisé l’intelligence philosophique. Aujourd’hui, on se perd dans un univers des sciences et de la philosophie où l’on ne s’entend plus à force d’être enfermé dans des visions du monde si parcellaires, si étroites, si partiales. Chacun parle le langage de son maître à penser ou de sa spécialisation scientifique. Ce faisant, on perd de vue l’esprit de l’universel qui a tant fait briller les grands philosophes d’antan. Dès lors, la recherche des connaissances scientifiques encyclopédiques, de la culture d’un esprit ouvert (à) et curieux de tout n’est plus l’apanage du commun des gens. S’agit-il d’un idéal suranné de ce que Claude Bernard appelle « l’esprit philosophique » ? Un esprit qui, dans le domaine des sciences, ou des savoirs humains en général, met au service de notre intelligence, quelque finie qu’elle soit par essence, des outils pour comprendre ce qui est essentiel en chacun de nous ; et pour mieux en débattre d’intelligence à intelligence en vue de s’éclairer mutuellement.

[16] Par-delà le bien et le mal, § 212, Idées/Gallimard, Paris 1971, p.p. 149-150.

[17] In Histoire des femmes Tome II par Georges Duby-Michelle Perrot – Sous la direction de Pauline Schmitt Pantel – (Plon, Paris, 1991)

2 réflexions sur “L’homosexualité, figure d’amour toujours en controverse

  1. pierrebamony dit :

    Bonjour Pierre,

    Bravo pour cette réflexion et pour sa diffusion.
    Pourra-t-on un jour considérer ces choses simplement, sans haine, sans peur ? En se rappelant comme tu le fais que la sexualité est liée au plaisir, au plaisir partagé.

    J’espère que tu vas bien.

    Amitiés.

    Olivier Delahaye

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