L’organisation du travail agricole chez les Lyéla du Burkina Faso

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Présentation

     Chez les Lyéla, les conditions de vie difficiles génèrent des incidences qu’on peut qualifier, en apparence du moins, d’heureuses : elles obligent à des solidarités également ordinaires, notamment au niveau du travail. En raison des outils du travail dont l’efficacité est grandement limitée, des besoins croissants de chaque famille, du nombre assez élevé des membres d’une cour, la société recourt forcément au principe de solidarité dans le travail qu’elle a érigé au rang d’une règle sociale nécessaire. Celle-ci permet de pallier les insuffisances de la rentabilité individuelle et, du même coup, de créer un tissu de cohésion sociale. En ce sens, il est indéniable que les équipes de travail renforcent et conservent les liens interindividuels même si elles n’évitent pas toujours les rivalités, voire des formes d’hostilité comme, entre autres, les tentatives d’empoisonnement des plus courageux d’entre eux.

1- La division sexuelle du travail : organisation éco-sociale de la famille selon le modèle traditionnel

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     Le partage du gwara, dans le cadre strictement traditionnel, n’est pas aussi rigide qu’une première perception peut le laisser croire. En réalité, lors de nos investigations dans les années 1990, nous avons découvert, contrairement aux analyses de Barral à Tiogo, que la répartition des champs domestiques est nettement plus souple, selon les chefs de famille (kélé k’ébal), les clans ou les villages. Cependant, ce qui est une réalité permanente, c’est que le gwara est attribué par le chef de cour entre les différents hommes mariés. Dans certains cas, qui relèvent de nécessités spécifiques ou de l’éthique des familles, des portions peuvent être accordées aux hommes célibataires ; alors, ils cultivent leur lopin de terre et usent de son fruit selon leur gré. Ils peuvent s’en servir éventuellement pour se procurer une femme en cas de défaillance ou d’incapacité matérielle du chef de l’enceinte familiale. Ce qui est aussi une réalité permanente, c’est le fait que les femmes, en général, n’ont aucune part à ce partage du gwara. On explique cette mise à l’écart par le fait que les épouses aident leur mari. Toutefois, il advient, quand l’espace du gwara est largement suffisant pour les besoins des hommes mariés, qu’on leur en accorde des portions dans la mesure où il s’agit essentiellement de se nourrir.

     Dans leur champ de brousse ou go-kélè, les femmes sèment, outre le mil blanc comme les hommes, l’arachide, des pois de terre, des haricots blancs etc. Elles cultivent leur champ aidées par leurs filles, leurs petits enfants et surtout leurs gendres. Leurs propres fils (les nabia : frères nés du même père et de la même mère), incorporés dans l’activité de l’enceinte familiale, peuvent, sur leur temps de loisir et avec l’autorisation du kélé k’ébal (chef de cour), leur venir également en aide pendant la période des travaux champêtres. On peut comprendre, dès lors, que toute femme, dans ce contexte, désire ardemment avoir un ou des enfants, de préférence des fils. Même si la société fait obligation aux jeunes personnes d’apporter de l’aide aux femmes âgées sans enfants – à condition qu’on ne la considère pas comme douée d’une sorcellerie mortifère qui l’ait inclinée à détruire sa propre progéniture -, il n’y a pas un mouvement spontané qui pousse à cette tâche généreuse.

     L’appel à des équipes masculines ou féminines de travail est une pratique courante chez les Lyéla. Celui-ci s’effectue soit à titre gracieux, soit moyennant finance. Les femmes usent, selon leur gré, du fruit de leurs lopins de terre, à condition que cela ne nuise pas à la subsistance familiale. Elles vendent donc une partie de leurs productions agricoles. Ainsi, l’homme autant que ses enfants issus des différentes épouses, bénéficie indirectement du fruit du travail de ses femmes. C’est à la suite de l’épuisement des greniers de celles-ci que les hommes ouvrent les leurs. Les greniers des femmes doivent d’abord servir à nourrir la famille jusqu’au début des semailles, c’est-à-dire, en mai-juin. Ensuite, ceux des époux sont censés alimenter toute la famille jusqu’aux nouvelles récoltes, en l’occurrence, en octobre-novembre. Dans certains cas, et exceptionnellement, le mari peut aider chacune de ses épouses à cultiver son champ. Toutefois, une telle initiative est plutôt mal vue de la communauté familiale dès lors que chacun a ses occupations spécifiques.

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La place de l’agriculture chez les Lyéla du Burkina Faso

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Présentation

      L’analyse de la vie agricole chez les Lyéla obéit à une double nécessité dans l’économie de ces recherches, entreprises depuis plus de vingt ans au milieu de cette population du Burkina Faso, pays sahélien de l’Afrique de l’Ouest. D’abord, même si nous n’ignorons pas que leurs modes culturaux et leur organisation du travail sont comparables, dans les grandes lignes, à ceux de leurs voisins immédiats du Burkina Faso en particulier, et du Sahel, en général, un tel examen s’avère incontournable pour comprendre des pans entiers de leur réalité sociale.

     Au niveau de l’agriculture – et nous nous en tiendrons seulement aux aspects qui intéressent notre hypothèse – la dimension apparente de la vie est nécessairement imbriquée dans la structure invisible. Le cultural prend son sens dans le cultuel. Les croyances inclinent chaque cultivateur à y puiser l’essence de sa dynamique dans le travail et la rentabilité elle-même de la production agricole y trouve sa justification. Ensuite, le travail de la terre vise, de façon sous-jacente, à tenter de nouer les liens de l’ensemble des membres, par-delà les générations, non d’un clan mais de plusieurs. L’organisation des équipes de travail répond à ce souci. Quelle que soit la catégorie de chacune d’elles (jeunes, adultes, femmes etc.), le but est le même : résorber les différences, atténuer les conflits interindividuels ou, comme autrefois, entre les villages et entre les clans, favoriser les facteurs indispensables de la vie communautaire.

   En outre, la répartition des produits de la terre entre les diverses composantes d’une cour oblige à une équité du chef de famille sans laquelle une concession est susceptible de basculer dans la rupture. En ce sens, l’agriculture apparaît comme la réalité fondamentale des liens sociaux, le cœur qui rythme les accords et les désaccords, la compénétration du visible et de l’invisible.

   C’est pourquoi, l’essentiel de nos analyses sur ce chapitre s’en tiendra aux enquêtes conduites sur le terrain lors de nos recherches successives, notamment initiales sur le terrain. Ce qui implique que nous laisserons de côté les modifications qui ont pu y intervenir, avec la collaboration dynamique des nombreuses O.N.G. occidentales qui opèrent, entre autres, dans cette zone du Burkina Faso.

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