Quelques réflexions sur « Aguirre la colère de dieu », un film de Werner Herzog (1972)

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Puissant fleuve, Figure d’un dieu de la forêt amérindienne ?

Par Marie-Thérèse Grosse 

Introduction

   Le film s’ouvre sur le voyage d’un groupe de personnes constitué de militaires, de porteurs et même de femmes. Ils marchent à travers une dense forêt tropicale, certains ont une monture de cheval. Ils transportent des animaux, des canons et même une vierge Marie. La falaise qu’ils descendent étant très abrupte, une cage contenant des poules, ainsi qu’un canon chute.

L’expédition est menée par Gonzalo Pizarro au Pérou.

   Quand ils descendirent au pied de la falaise, ils se heurtent à un torrent infranchissable.

On apprend que la seule trace de cette expédition est le journal tenu par le moine (Gaspar de Carvajal), porteur de la bonne parole de cette expédition. Mais quel est leur but, quelle est leur destination ?

     Ces Hommes sont à la poursuite de l’Eldorado, la ville mythique, construite entièrement en or.

 

Les Indiens autochtones, servent à la fois de guide, dans cette forêt dense et impénétrable, et d’esclaves. Ils sont enchaînés, de peur qu’ils ne s’enfuient. Ils vont succomber comme des mouches au virus du rhume apporté par les envahisseurs espagnols. Lorsqu’ils meurent, ils ne valent pas la peine de les « enterrer chrétiennement ». Un homme noir a été inclus à l’expédition dans le seul but de faire peur aux tribus autochtones qui vivent dans la forêt.

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Prime rencontre de Christophe Colomb et des Amérindiens

I- L’expédition démarre le 25 décembre 1560 et s’achève tout au plus 4 mois plus tard

     L’expédition se divise en deux au premier jour de l’an. Le fleuve étant infranchissable un détachement constitué de trois radeaux va naviguer sur le fleuve. Guzman représentera la cour d’Espagne, Inez de Atienza mènera l’équipée, secondé par Aguirre. Ils sont également accompagnés de Don Pedro de Ursua et de sa bien-aimée. Le fleuve tumultueux va bloquer l’un des radeaux contre l’autre rive, où il n’est pas possible de mettre pied à terre. Quelques hommes vont tenter de les sauver. Mais, durant la nuit, l’attaque d’autochtones va en tuer six d’entre les convoyeurs : entre autres, les deux rameurs amérindiens ainsi qu’un Espagnol manquent à l’appel au petit matin.

Aguirre offre à sa fille un petit animal.

   Le 8 janvier, le niveau du fleuve monte de 15 pieds durant la nuit. Les radeaux sont partis. Un Indien maintenu en chaînes s’est noyé.

     Aguirre, le personnage énigmatique et comploteur de ce convoi, compte continuer le voyage, alors qu’Ursua veut retourner au campement de Picarro. Aguirre prend le pouvoir par la force et poursuit la route, Ursua étant devenu son prisonnier.

   Inez, la femme d’Ursua, a pourtant tenté d’apaiser les esprits et s’est adressée au moine afin qu’il lui vienne en aide. Celui-ci lui réplique pourtant : « Pour le bien du Seigneur, l’Eglise a toujours été du côté du plus fort ».

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Représentants d’un peuple amérindien d’Amazonie

II- Figure du dieu dans ce film

   Le héros de ce film, voire le vrai Dieu est le fleuve. Il a le pouvoir de vie et de mort sur les Hommes. Il sépare les deux rives, empêche donc les Hommes d’accéder à l’Eldorado. Mais par son existence même, il fragilise les Espagnols. Car sur le fleuve, ils deviennent des proies faciles pour les Indiens. En quelque sorte, il offre les Espagnols aux Indiens, en guise de cadeau rituel. Le fleuve va déployer son pouvoir en inondant les Terres. Par là, il rend les berges inaccessibles. Les Espagnols sont pris au piège.

   La nature, de façon générale, est hostile : on le voit au début du film quand la cage contenant les poules se fracasse contre la falaise, tuant les bêtes innocentes en les précipitant dans le vide.

       Les Hommes partent à la recherche de l’Eldorado, cette ville mythique, entièrement faite en or.

D’un côté, les Hommes s’engagent dans cette profonde jungle et hostile, avec la certitude de mettre la main sur cet Eldorado. Ils croient ou ils rêvent d’être capables de se mesurer à la nature et de dominer les peuples autochtones. D’un autre côté, leur apparente assurance a des limites car ils sont, tout de même, obligés de se munir d’armes, d’un Noir pour faire effrayer les Indiens et de la Vierge Marie.

     Bien qu’ils traversent une forêt luxuriante, a priori source de nourriture, l’expédition transporte avec elle poules et porcs. L’Homme à la recherche de l’Eldorado est un aventurier qui a, toutefois, besoin de se rassurer avec le confort de ce qu’il connaît pour braver l’inconnu.

     « L’Homme est un loup pour l’Homme » selon la célèbre maxime de Plaute. En effet, cet auteur latin a été le premier a usé de cette expression dans sa comédie Asinaria  La Comédie des Ânes, vers 195 av. J.-C, II v 495) : « Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit » soit : « Quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme »). En d’autres termes, cette formule initiale signifie que l’homme prend pour un loup l’homme qu’il ne connaît pas. En réalité, Plaute vise la peur de l’inconnu et non la violence des humains.

   En somme, les Indiens, esclaves et guides pour l’expédition, paieront le prix de cette situation qu’on leur a imposé : à travers le virus du rhume, mais aussi de la montée des eaux du fleuve, ils mourront en masse.

III- Le délire d’un conquérant

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Klaus Kinski ou Aguirre

   Finalement, il se dégage un air de folie de ce récit. Que ce soit via l’Empereur autoproclamé, qui sur son radeau luxueux va désigner les Terres qui entrent dans son champ de vision comme siennes.

     Or la nature ne s’appartient qu’à elle-même. L’empereur n’est ici qu’un imposteur, une marionnette.

     L’équipage est également pris d’hallucinations : il voit un bateau à la cime des arbres.

   La plus grande folie est celle d’Aguirre qui, conduit par son avidité, va tuer quiconque ose se mettre en travers de son chemin. La quête de l’or, du pouvoir le rend fou. Une recherche de la pureté raciale, va également, à la fin du film, le mener dans un projet fou : fonder une dynastie pure en se mariant et en procréant avec sa propre fille.

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   En somme, Werner Herzog dénonce, dans ce film, la démesure des Européens dans la conquête et l’occupation du Nouveau Monde découvert, par erreur, par Christophe Colomb et sa suite d’aventuriers aussi avides les uns autant que les autres.

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Werner Herzog en action

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