De la notion de transitionnalité

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Etat psychique trouble ?

Jean-Michel CAILLOT-ARTHAUD

     De la notion de transitionnalité 06/10/2002 Cette idée de transitionnalité évoque d’abord un auteur, D. W. WINNCOTT (1896.1971) qui dans le panorama de la psychanalyse occupe une place à part, dans le cadre de la psychanalyse infantile, par son originalité, son non-conformisme, sa position en marge des deux écoles représentées à son époque par Anna FREUD et Mélanie KLEIN. En effet, en tant qu’analyste, il s’efforce d’élaborer l’ensemble de son observation afin de les articuler au corps de ce qui fonctionne dans la circulation des idées, comme doctrine issue de l’oeuvre de S.FREUD et de ses continuateurs, en faisant aussi des emprunts théoriques à d’autres écoles, comme celle de C. G. JUNG. D.W.WINNICOTT illustre à merveille une oeuvre et une pensée qui ont le souci de ne jamais exclure le concret. En lisant l’oeuvre de D.W.WINNICOTT, dans un premier temps, on se laisse passivement entraîner dans cet univers si particulier situé à l’ombre de la vie, et si activement, qu’on se laisse aller aux réminiscences instinctives aux souvenirs, si surprenants soient-ils, et si on s’y abandonne. Le lecteur sera récompensé de son effort et ne pourra qu’être enrichi de cet échange instauré entre lui et lui-même. La notion de transitionnalité serait cet objet abstrait de connaissance, ce concept, cette représentation qui serait une manière de lier les deux parties composant un discours dont on ne voit plus la trace, mais dont l’objet matériel (pouce, bout de couverture, ours en peluche) fortement investi par le jeune enfant lui assurant la transition entre la première relation orale à la mère et la relation d’objet. Cette notion ne peut manquer alors d’évoquer ce qui permet le recours à des objets, à des espaces, ce qui est un phénomène normal permettant à l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard la transition entre la première relation orale à la mère et la véritable relation d’objet nécessaire à l’expression de la vivance de l’être humain. C’est aussi l’évocation pour D.W.WINNICOTT d’un espace statique invariant dans l’espace.

 

 

   Cet espace statique, plus ou moins grand appartenant aux traces mnésiques constituées lors de la prime enfance se rencontre au cours d’un travail thérapeutique, au cours d’une formation, face à une situation nouvelle à vivre, de nouveau stimulé, afin de supporter la frustration et de ne plus être soumis au dilemme de ce qui est conçu subjectivement et perçu objectivement. L’espace transitionnel et ce qui est de l’ordre du transitionnel est, pour D. W. WINNICOTT, octroyé par la mère à l’enfant, par l’école à l’élève, par la société au citoyen.

     C’est donc face au complexe qui est une attitude de répétition que le sujet va revivre, reformuler, à son insu, face à certaines situations, et c’est avec une marge très réduite que l’individu va opter au regard d’une situation à vivre dans laquelle il a été placé. Sa capacité à répondre à cette situation se trouve être traitée soit de façon névrotique soit psychotique, soit perverse, et c’est bien à partir du symbolisme de la construction, dans le complexe d’OEdipe que le désir, ou son traitement s’introduit dans l’ordre humain. Plus précisément, c’est une structure dans laquelle il est possible de quitter la situation duelle, imaginaire pour aller vers « je, tu, nous » médiatisé par une structure ternaire symbolique qui introduit une référence à un tiers et qui introduit la référence aussi à un passé avec tout ce que cela implique comme tradition se nouant à l’intérieur du pacte symbolique, qui peut être marqué par la dette, la perte. C’est bien là que surgit le drame existentiel du désir avec les effets qui s’en nouent et surtout repérables au niveau du langage. C’est bien la structure symbolique qui permet à chacun de savoir et de dire à l’autre qui il est. Finalement, cette dimension ne peut manquer d’introduire le thème qui unit, le contrat narcissique, la promesse de l’alliance, base de toute société.

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Gérer le quotidien malgré ses problèmes propres

     Pour D.W.WINNCOTT, la place où se situe l’expérience culturelle est l’espace potentiel entre l’individu et son environnement. Ce dernier se manifeste dans le jeu à travers le message maternel chez l’enfant, à travers le message institutionnel d’une institution comme l’école, l’administration, la famille, le message politique, le message militant. Chez l’enfant, l’adulte, le vieillard, le jeu se situe au niveau de la dépendance culturelle. Pour tout individu, l’usage de cet espace est déterminé par les expériences de la vie qui prennent place aux premiers stades de l’existence individuelle. Bien sûr, la première expérience dotant l’individu de cet espace est la mère ou ce qui la représente (institution, politique) qui lègue ainsi à l’individu tout au long de sa vie temporelle, cet espace de négociation des tensions, lui assurant notamment la possibilité de changer tout en s’adaptant. Dés l’« origine, le bébé a des expériences des plus intenses dans 1’espace potentiel entre l’objet subjectif et 1’objet perçu objectivement, entre les extensions du moi et du non-moi. Cet espace potentiel se situe entre le domaine où il y a des objets et des phénomènes qui échappent au contrôle omnipotent.

   Tout bébé trouve, là, sa propre expérience favorable ou défavorable et là, la dépendance est maximale, car l’espace potentiel ne se constitue qu’en relation avec un sentiment de confiance de la part du bébé, à savoir une confiance à travers laquelle il peut s’en remettre à la figure maternelle, ou aux éléments du milieu environnant ; cette confiance venant ici témoigner de ce que la fiabilité est en train d’être introjectée. « Si l’on veut étudier le jeu parmi la vie institutionnelle, parmi la vie culturelle de l’individu, on doit envisager le destin de l’espace potentiel entre n’importe quel bébé et la figure maternelle humaine que l’amour rend capable d’adaptation » dit D.W.WINNICOTT. La continuité de l’expérience aide à la contiguïté de l’espace transitionnel, formé par et avec ces deux dimensions volumiques et multidimensionnelles que sont contiguïté et continuité. L’espace transitionnel peut être chez le sujet, ou non, prévalent. Si oui, on constate chez le sujet une aire vitale, dans la vie mentale, qui est appelée à être en cours de développement.

  1. W.WINNICOTT définit l’idée d’environnement par trois paramètres : le holding, le handling, l’object presenting. Il faut remarquer l’utilisation, dans la formulation de l’auteur, de la forme en ing qui peut se traduire de façon « en train de ». Retenons simplement que la langue anglaise comprend ces formes expressives dans le présent. Il faut trouver, là, la mise en forme d’une tentative de traduction de l’idée de devenir, et ce qui est en cours, en train de se passer pour le sujet qui reçoit l’autre, la mère, l’école, la société. Le HOLDING pour D. W. W. est la manière dont l’enfant, puis l’adulte, puis le vieillard est porté comme être social en relation avec l’autre. Le HANDLING est, pour D. W. W., la manière dont l’enfant puis l’adulte, puis le vieillard est traité comme être social. L‘OBJECT PRESENTING est, pour D. W. W., la manière dont l’objet est en en train d’être présenté à l’enfant, puis à l’adulte, puis au vieillard comme être social en relation avec l’autre par l’environnement, par la société. A travers l’utilisation de la forme en ING, il faut voir également la tentative de l’auteur de traduire l’idée de passage, de cheminement, de jeu trouvé-créé propre à une expression unique à chaque enfant, adolescent, adulte, vieillard.

     Si l’environnement, ainsi défini, peut offrir de bonnes conditions, alors chaque moment de la vie de l’enfant, de l’adolescent, l’adulte, du vieillard devient un exemple de vie créatrice, mise en mémoire. Car si tout objet est trouvé, rencontré, accepté, il revêtira un caractère, une dimension, une signification propre à chaque enfant, adolescent, adulte, vieillard. Si l’environnement offre ainsi une telle chance, un tel possible, alors l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard peut utiliser l’objet rencontré, trouvé-créé, qui l’entoure et ainsi « par-avec-pour » lui et l’objet s’inscrire dans la dimension culturelle. Si l’environnement n’offre pas cette chance alors l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard ne rencontre pas cette aire culturelle à travers laquelle il peut avoir accès au jeu dialectique, à une expérience culturelle. ll n’y aurait ainsi pas de lien avec l’héritage culturel et surtout pas de contribution en tant qu’acteur au lot culturel avec la reconnaissance nécessaire à tout être vivant en société.

     Celui qui est privé affectivement et effectivement, est notoirement agité et marqué par une certaine incapacité à jouer et montre un appauvrissement très net de la capacité à faire des expériences dans le champ culturel. Cette observation conduit à l’étude de l’effet de la privation affective qui se traduit notamment au niveau du traitement de la perte de ce qui est accepté comme fiable. Une étude de ces effets de la perte à n’importe quel moment de la vie ne peut manquer de nous conduire à prendre en considération cette aire intermédiaire, où l’espace potentiel entre le sujet et l’objet est fondamentale et nécessaire. Dans le cas de la perte physique de l’objet ou de sa représentation, alors l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard ne peut plus faire confiance à l’environnement. Cela signifie pour le sujet alors une perte dans la capacité à jouer dans l’environnement et une perte dans la capacité à s’approprier les symboles, bien utiles pour traduire une réalité d’un moment culturel. Dans certaines circonstances culturelles repérables et uniques, l’espace potentiel se trouve rempli par les produits de l’imaginaire, et de l’imagination créatrice. Dans des circonstances matérielles difficiles tant que l’état minimum de sécurité n’est pas atteint, cette utilisation créatrice des objets, des représentations fait défaut et cet état de rétablissement d’un certain bien-être n’est pas atteignable.

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     Dans le cas de faillite prématurée de la sécurité, de l’environnement, il y a un danger que cet espace potentiel s’emplisse et qu’il soit injecté par la manifestation de quelqu’un d’autre que le bébé, l’adolescent, l’adulte, le vieillard. A travers son œuvre, D.W.WINNICOTT a tenté d’attirer l’attention sur l’importance tant dans la théorie que dans la pratique d’une troisième aire. Cette aire est celle du jeu qui s’étend jusqu’à la vie créative, lieu à partir duquel toute la vie durant l’expression culturelle de l’homme peut naître, prendre forme expressive et dire la différence entre chaque être humain, être de culture. C’est un passage vécu de la vie quotidienne, visité grâce à l’existence de cette aire que se trouve mise à jour l’opposition si souvent rencontrée et sans cesse répétée entre, d’une part, la réalité psychique intérieure ou personnelle et, d’autre part, la réalité du monde existant, dans lequel vit l’individu, monde alors qui peut être objectivement perçu. D. W. WINNICOTT a localisé cette aire importante d’émergence à l’espace potentiel entre l’individu et l’environnement. Espace qui, au départ, à la fois unit et sépare le bébé et la mère, quand notamment l’amour de la mère, de la société, de l’environnement se révèle et se manifeste par la communication d’un sentiment de sécurité. C’est ce qui donne à l’être humain (bébé, enfant, adolescent, adulte, vieillard) un sentiment de confiance dans l’environnement afin de se sentir en sécurité.

     D.W.W.INNICOTT souligne que cet espace potentiel est un facteur largement variable d’un individu à l’autre, alors que la localisation qui prend en compte la réalité personnelle ou psychique ou personnelle et la localisation représentée par le monde existant, sont relativement constantes. La première est plutôt déterminée par la partie biologique et la seconde est plutôt propriété commune depuis l’origine. L’espace potentiel ainsi défini entre la mère et l’enfant, entre l’adolescent, l’adulte, le vieillard et la société, entre l’individu et le monde dépend de l’expérience qui conduit à la confiance. Cette dernière revêt un caractère sacré, dans sa dimension unique pour l’individu. Car c’est à partir de cet espace virtuel, mais culturel sûrement qu’il fait l’expérience de la vie créatrice.. L’exploitation démesurée de cette aire conduit à l’émergence d’une condition pathologique car l’individu est littéralement enrichi d’éléments qui ne peuvent que le persécuter et dont il est très difficile à se débarrasser. D .W.WINNICOTT dit : « Je crois, ou tout au moins je l’espère avoir commencé à répondre à la question posée à savoir : où est la localisation de l’expérience culturelle ?

     Dans le cas de faillite prématurée de la sécurité de l’environnement, s’il y a un danger c’est que cet espace potentiel peut s’emplir car ce que ce dernier injecte peut être injecté par quelqu’un d’autre que le bébé, l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard, dans le cas d’une société qui n’accepterait pas que quelque chose puisse lui échapper. D.W.WINNICOTT dit qu’il a tenté d’attirer l’attention sur l’importance tant dans la théorie psychanalytique que dans la pratique des sciences humaines au sujet de cette troisième aire. Dans notre espace culturel, cette dernière pourrait être illustrée par l’aire du jeu qui s’étend jusqu’à la vie créatrice qui oriente, de près ou de loin, toute notre vie culturelle. Dans le contexte d’une thérapie, la recherche de ce vécu de phase constructive de cette troisième aire peut être approchée, revécue et ainsi mettre en évidence l’opposition entre ce qui, d’une part, est la réalité psychique intérieure et personnelle et, d’autre part, ce qui est la réalité du monde existant dans lequel l’individu vit, échange, monde qui peut être objectivement perçu. D.W.WINNICOTT localise cette aire importante dans ce qu’elle aide à donner comme expérience dans l’espace potentiel entre l’individu et l’environnement. Cet espace qui, au départ, unit et sépare, le bébé et la mère, l’enfant et la famille, l’adolescent et l’école, l’adulte, le vieillard et la société. Dans le cas de « mère enfant », c’est bien l’amour de la mère qui se révèle et se manifeste au sein de ce qu’elle offre dans sa communication d’un sentiment de sécurité et qui donne en fait au bébé un sentiment de confiance dans l’environnement. D.W.WINNICOTT dit que cet espace potentiel est un facteur largement variable d’un individu à l’autre rencontré à n’importe quel âge dans son devenir, lorsque l’expression de la réalité psychique ou personnelle et la perception du monde existant sont relativement constantes. La première localisation releve plus d’un élément biologique et la seconde est davantage mise à jour par l’exploitation de la propriété commune acquise au fil du temps.

         Quelques exemples de situation donnée à vivre à nos contemporains que l’on peut qualifier d’expérience d’accès à la transitionnalité qui peut être l’analyse d’un moment de formation vécu par un individu. Dans l’interaction individu-formation-société, c’est bien, le contenu de la formation qui est constituante de tâche aveugle et qui trouve sa complémentarité dans un entre-deux constitué par deux pôles : l’histoire sociale du receveur de formation et le but donné par la société à la formation. C’est cette complémentarité qui permet l’expression d’une dynamique latente relationnelle en associant l’espace du réel et de l’imaginaire en un espace d’ambiguïté qui rend possible la mise en place de frontières, de limites. Ces limites font appel à l’espace potentiel et conduisent à l’émergence d’un espace qui ne peut manquer le passage d’un état d’identification à travers lequel le receveur de formation est agi par un processus de compréhension mutuelle ; il devient ainsi un individu qui vit un processus aux différents niveaux, individuel, groupal, sociétal. Le receveur de formation est ainsi conduit par le contenu de la formation face à tout, rien, quelque chose, soit trois éléments qui se suffisent à eux-mêmes à exprimer tous les possibles démontrables tant au niveau quantitatif d’un total, qu’au niveau qualitatif de la matière, de la forme, de la substance. C’est bien en ce lieu que se situe la rencontre du receveur de formation avec lui-même, avec l’essence de l’autre. Le receveur de formation est alors dans le temps de l’expression, dans le temps de l’être, dans le temps du non-être, dans le temps du corps, dans le temps d’un avoir-été, dans le temps d’un devenir.

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Bibliographie

D,W. WINNICOTT, De la pédiatrie à la psychanalyse (Petite bibliothèque PAYOT 1969 369 p.)

  1. W. WINNICOTT, Processus de maturation chez l’enfant (P.B.PAYOT 1974 259 pages)
  2. W. WINNICOTT, L’enfant et le monde extérieur (P.B.PAYOT 1975 177 pages)

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