Antigone et la liberté

Antigone et la liberté.

Ecrit par : Pauline Khalifa, en TL, au Lycée Saint-Marc 2015, à Nivolas-Vermelle.
Quel être humain n’a jamais désiré ardemment la liberté ? Qui n’a jamais voulu être un être libéré de ses chaînes physiques et morales ? Dès que la notion du sujet a été définie clairement par René Descartes, de nombreux questionnements sont apparus à propos de la place de l’être humain, substance res cogitans et notamment la question sur la liberté individuelle demeure toujours un sujet de discussions philosophiques. Qu’est-ce que la liberté ? Si nous prenons l’étymologie de ce mot, nous obtenons deux termes : « libertas », à savoir « état de l’homme libre » et « liber » au sens de « l’homme qui demeure libre ». La liberté semble ainsi désigner un état d’âme, une attitude humaine. Si nous nous reposons sur la définition de la Déclaration des droits de l’Homme de 1791, nous apprenons que : « La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » Ainsi, nous pouvons présumer que le sujet humain est libre. La liberté englobe les faits, les gestes, les actions de l’Homme dans la mesure où ceux-ci ne nuisent pas à celles des autres. La liberté désigne le pouvoir de la volonté humaine de choisir ses fins, de prendre ses décisions et d’agir par soi-même sans être déterminé, ni influencé par quelconque facteurs intérieurs, voire déterminismes extérieurs. De cette façon, la liberté englobe plusieurs autres faits tels que le discernement du bien et du mal, les responsabilités, le devoir, la législation. La liberté semble être véritablement un mot à sens large et, de ce fait, encore aujourd’hui, des questions diverses se posent aux sujets de terme. En effet, il est difficile d’user de sa liberté mais également de voir ses limites, car en étant réaliste, la liberté ne peut exister sans oppositions à celles-ci. De plus, elle est constamment en relation avec des facteurs contraignants, ce qui prouve sa complémentarité mais également sa nécessité d’être. Cette union déterminante crée un équilibre humain garantissant la liberté de chacun, quel qu’il soit.
Le personnage d’Antigone a longtemps été un sujet d’étude et son mythe a été réécrit par de nombreux auteurs. Elle a été citée par Eschyle dans sa tragédie Les Sept contre Thèbes qui présente la lutte des deux frères d’Antigone, Etéocle et Polynice pour des affaires politiques et de conquêtes. Finalement, la mort des deux frères oblige le régent de Thèbes, Créon, à nommer un vainqueur et à déshonorer le second. Polynice est déclaré traître à son pays et Etéocle reçoit les honneurs. A partir de ce fait, Antigone va désobéir à son oncle, Créon, en offrant les hommages funéraires interdits à son frère, Polynice, et elle est ainsi punie. Antigone est également présente dans la tragédie de Sophocle en étant son héroïne éponyme et elle a inspiré d’autres auteurs comme Jean Cocteau ou encore Jean Anouilh. Antigone est un personnage majeur dans la notion de la liberté car elle est aussi bien son symbole, sa représentation humaine mais également son contraire, c’est-à-dire, une femme oppressée et fataliste et ce sont les raisons pour lesquelles elle est capable de soulever des interrogations beaucoup plus vastes et d’ordres philosophiques. En effet, bien qu’elle soit un simple personnage, une création issue de l’imagination d’un auteur qui connaît lui aussi la liberté de la façonner à l’image qu’il désire, mais également en fonction des obligations réelles de sa société et de la vie courante, elle demeure toutefois un reflet de notre réalité quotidienne, un sujet de dénonciation mais également de réflexion personnelle. Un auteur est libre de construire ce qu’il souhaite néanmoins, il est constamment tiraillé entre les devoirs, les obligations ou encore les règles de sa vie, les soucis de l’autocensure ou de la censure d’autrui, de la bienséance et de l’éthique. Dans ce cas, comment espérer créer un personnage entièrement libre alors que son créateur ne connaît pas cette attitude presque utopique ? Le fait que l’auteur connaisse des limites montre véritablement que sa création n’est pas libérée totalement de diverses entraves tout comme lui. En effet, elles sont liées non pas uniquement à ses aventures, à ses intrigues mais également à sa création, à son identité même. Dans ce cas, le personnage peut être analysé comme une sorte de miroir, d’être de papier, loin de nous par de nombreux éléments mais aussi proche par sa symbolique et ses enjeux philosophiques ou littéraires. En vertu de ces faits, pouvons-nous attester qu’Antigone est aussi si libre qu’elle ne parait ?
Pour répondre à cette interrogation, nous allons nous reposer sur la version originale de Sophocle puis sur la réécriture d’Anouilh.

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