Introduction : Les voies de la connaissance du cerveau sont-elles impénétrables ?

L’attrait du cerveau humain pour la beauté serait-il le fruit du fonctionnement du neuromine ?
Les neurosciences exercent aujourd’hui une fascination insensée sur les gens, savants ou non. Cet émerveillement a particulièrement cours dans les études de médecine où l’on accorde un prestige singulier aux neurobiologistes, bref, au corps global des études qu’on appelle les neurosciences. Une telle considération tient au fait que l’exploration du vaste champ du cerveau est encore (ou toujours) inachevé, voire inconnu. Car cet organe sommital du genre humain est un immense réservoir de secrets dont la connaissance pourrait éclairer les êtres humains sur ce qu’ils sont eux-mêmes. Il s’agit du dévoilement sur des pans de la méconnaissance profonde des pouvoirs immenses et occultes, latents, mystérieux même de notre cerveau. De telles découvertes pourraient surhumaniser les êtres humains, leur permettre, par le truchement des recherches en technoscience, de réaliser effectivement certains des pouvoirs, entre autres, de « l’Homme augmenté » ; à moins de penser, comme beaucoup de savants sensés, qu’il s’agit, là, d’une mystification ou d’une imposture humaine de plus, voire d’un rêve insensé comme Icare de la mythologie grecque. Il est question précisément de lever le voile sur les méandres de la structure élémentaire inhérente aux plissements complexes des neurones ; ce qui confère à notre cerveau sa complexification inouïe. Car les tenants de ces théories pensent que les secrets de leur transcendance y gisent par-delà les limites indépassables de leur nature biologique.
Sur ce point (les rêveries du « Transhumanisme »), l’Anthropos a-t-il jamais cessé de rêver de devenir dieu ? Voire de détrôner les dieux en prenant leur place dans les cieux ? Ainsi et par ce truchement, il pourrait accéder au statut d’immortalité. Cet orgueil démesuré du genre humain est la source de l’ire des dieux contre lui. En effet, les mythologies constitutives de la trame de son histoire sont pleines de ces rêves extravagants de l’homme-dieu en ce sens que le statut de dieu est ce qui confère la qualité de l’immortalité par excellence. A titre d’exemple : dans le Banquet[1] de Platon, Aristophane rapporte le mythe des premiers Humains sur la terre sous la figure des Androgynes. Ils étaient à la fois masculins et féminins. Leur forme sphérique leur conférait une puissance exceptionnelle dans leur déplacement dans l’espace. En effet, en tant que telle, cette figure sphérique se mouvait par culbute, en roulant sur elle-même. Au regard de leur surpuissance par rapport à d’autres êtres vivants, l’ambition ou l’éternel sentiment d’orgueil des Humains – ce qui pourrait les perdre quelque jour prochain par leur extermination définitive du fait de leur propre volonté aveugle – donc la prétention de ces premiers êtres humains les amena à vouloir devenir égaux aux dieux en se lançant à l’ascension de leur demeure (les cieux) pour les combattre et, si possible, les supplanter. Alors, Zeus, le roi des dieux, les punit de leur témérité, non pas en les détruisant de la surface de la terre, mais en les affaiblissant. En effet, il coupa chacune de ces entités humaines en deux moitiés : l’une mâle, l’autre femelle. La raison sous-jacente – Platon est le premier philosophe à penser, sous l’angle de la raison, la norme des préférences sexuelles chez les êtres humains ; et, ainsi, combattre les préjugés à l’égard des homosexuel(les) – de cet acte divin tient au fait qu’une telle faiblesse a un avantage énorme pour les dieux. En les divisant, Zeus multiplie les occurrences des cultes que ces êtres humains rendraient aux dieux.
On retrouve un mythe similaire de la colère des occupants des cieux dans l’Ancien Testament. Le mythe de la Tour de Babel est bien connu dans le monde entier pour y insister outre mesure. Disons rapidement que Yahvé, le dieu des Hébreux, outré que les Humains entreprennent de construire une haute Tour pour l’atteindre, les punit en confondant leur langue censée être universelle, c’est-à-dire compréhensible par tous. Au lieu de parler une seule et même langue comme auparavant, ce qui leur permettait de poursuivre l’édification de la Tour de Babel, ils se sont mis à parler plusieurs langues. Donc, puisque qu’ils ne se comprenaient plus désormais, ils cessèrent, ainsi, la poursuite de leur ouvrage, etc. Ainsi, la sécurité de Yahvé était sauvée.
L’autre versant de la fascination des neurosciences réside dans la croyance ou l’espoir que ces investigations approfondies de l’exploration du cerveau humain permettraient de trouver des traitements efficaces pour lutter contre les diverses figures de pathologies dégénératives, comme La maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, etc. Mieux, on pourrait aussi mettre fin aux aberrations génétiques qui touchent le cerveau de certains nouveau-nés, entre autres, l’autisme. Plus encore, les recherches neurologiques – ce sont des spécialités médicales consacrées aux diagnostics et au traitement des maladies du système nerveux – permettraient, dans un proche avenir, d’affiner les opérations du cerveau afin de délivrer l’humanité de ses impuissances relatives aux dysfonctionnements du cerveau humain.
Or un tel espoir est trop grand, c’est-à-dire irrationnel en raison de la complexité du cerveau humain. En vertu de cette complexité quasi infinie de cet organe sommital de notre personne, de l’entité vivante que nous sommes tous, nous avons été amené à assimiler son enchevêtrement ou son intrication, telle la figure des dimensions d’une galaxie en miniature, à celle de l’univers tel que nous le connaissons. La preuve : la trépanation dans l’Égypte antique (3000 ans av. J.-C.) existait en tant que pratique médicale chirurgicale visant à percer le crâne pour traiter des traumatismes, des céphalées ou des lésions osseuses. En effet, des études récentes sur des crânes anciens égyptiens suggèrent même des tentatives de traitements de lésions cancéreuses ou des blessures graves au niveau cérébral[2]. Une telle donnée historique démontre manifestement qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil des investigations relatives à la connaissance du cerveau et, donc, à sa maîtrise potentielle. Celui-ci demeure toujours un organe inouï pour être déchiffré aisément, malgré les perfectionnements des outils technoscienfiques.
Ainsi, les travaux sur le cerveau datent de l’antiquité. Malgré cet intérêt constant pour ce sommet de notre entité, il nous suffit de nous intéresser à l’archéologie des savoirs relatifs à cet organe unique en son genre (nous le considérons comme le Père de toutes nos facultés et de toutes nos sciences, positives ou occultes[3]), on s’aperçoit qu’en dépit des efforts du genre humain et des techniques inventées pour le connaître, on n’a guère avancé. Nos recherches contemporaines tentent de mieux le connaître en le miniaturisant à l’extrême, comme on le fait dans le domaine de l’industrie technique ou électronique. Ce faisant, on manque de le connaître et de le comprendre comme une totalité indivisible qui nous connaît mieux que nous même en tant qu’individu particulier. Il ne saurait en être autrement puisque nous avons largement démontré qu’une immense partie de notre cerveau reste encore inexploré alors qu’il est de nature à nous éclairer sur les zones occultes de la science ou des savoirs relatifs à nous-mêmes. C’est cette partie des recherches sur le cerveau que nous avons appelée la science neuronique.
Qu’est-ce que la science neuronique ? Celle-ci est la plus puissante arme de défense de soi que la nature ait donnée aux vivants. Mais, chez l’être humain, elle gît dans son cervelle à l’état d’inactivité chez certains individus et de pleine activité chez d’autres. Autrement, chez tous les autres êtres vivants, elle se manifeste comme une perception supra – sensorielle, c’est-à-dire comme une lecture prédictive des actes à venir, soit la dimension des réalités humaines ou animales virtuelles. Elle appréhende toute la réalité future et passée dans une sorte de présent éternitaire, comme le Cosmos lui-même, en tant que totalité éternelle. En outre, le Cosmos contient tout dans la dimension du présent qui est toujours gros de toutes les potentialités. Chez les Humains, descendants d’Homo sapiens, quand elle se développe ou quand elle a été éveillée, cultivée, réactivée, la science neuronique permet d’accéder à une perception des réalités totales – c’est le cas les mondes parallèles dont la théorie des cordes a démontré l’existence possible -, comprenant le passé, le présent et le futur, en se transformant en conscience radiante. C’est, selon l’étymologie même du mot radiant (XIIIe siècle), ce qui rayonne, brille ou éclaire les phénomènes du type psychique tels que les représentations ou les pensées, les sentiments, les émotions, etc. Ainsi, elle confère la capacité immédiate de savoir ce qu’est un individu, y compris dans et à travers ses virtualités ; Aristote dirait ses potentialités. (Voir Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la…)
Par ailleurs, concernant la raison qui incline le cerveau à l’attrait du beau, tout indique que les recherches sur ce sujet sont plus récentes, même si une telle inclination, voire une telle curiosité n’a jamais été absente de l’expression de nos sentiments, de nos facultés ou de note volonté de savoir l’origine de l’aventure du genre humain sur notre Terre, Mère de tous les vivants. Puisqu’il y a un nombre considérable de laboratoires de recherches en neurobiologie et neurosciences dans le monde, nous nous en tiendrons aux travaux du professeur Samir Zeki, neurobiologiste, pionner et fondateur de la neuroesthétique du laboratoire de neurobiologie de l’université Collège London au Royaume-Uni[4]. Contrairement à la question philosophique de la cause ou de l’objet de l’attrait du beau par le cerveau (par exemple : la beauté se situe-t-elle dans l’œil de celui qui regarde ou bien dans l’objet lui-même ?), les travaux de Semir Zeki soutiennent qu’en réalité la cause de l’attrait du cerveau pour le beau se situe dans une zone à l’avant de cet organe sommital humain, soit le cortex orbitofrontal médian. En effet, d’après les expériences des scientifiques de ce laboratoire, cette région cérébrale est activée lorsque leurs cobayes jugent qu’une œuvre d’art ou qu’un morceau de musique est belle ou beau. Tout indique que cette expérience résout, en apparence, un pan du questionnement philosophique. D’après les résultats de leurs expérimentations, les causes de l’attrait de la beauté se trouvent bien dans l’organe (œil, oreille) de celui qui regarde un bel objet ou écoute un beau morceau de musique suivant les grilles de son sens esthétique.
Sans entrer dans les détails des limites philosophiques de cette thèse neuroscientifique, si l’on admet comme absolument irréfutable le fait que le cerveau est l’origine de tous nos savoirs, de tous nos pouvoirs, alors cette découverte, si l’on peut dire, n’est qu’un minime aspect de tout ce dont il est capable. D’où cette autre hypothèse : par et au-delà (de) l’attrait de la beauté d’une femme/fille ou d’un masculin pour cette dernière, le cerveau ne vise-t-il pas, en réalité, à se reproduit lui-même, le beau n’étant qu’un leurre pour arriver à sa fin ? C’est ce que nous allons tâcher de démontrer en examinant, auparavant, quelques thèses majeures et classiques sur l’irrésistible inclination humaine pour le beau, entre autres, la philosophie de Platon, sans doute, le plus grand de « ces extraordinaires pionniers de l’humanité », comme Nietzsche[5] les appelle, avec raison, dans l’un de ses ouvrages.
I – L’attrait du beau dans l’œuvre de Platon
Il est expédient de reconnaître que Platon est le plus grand génie philosophique de tous les temps qui, dès l’Antiquité, a été le premier et le seul à accorder une importance majeure à l’esthétique comme une démarche essentielle d’une enquête rationnelle explicite. Mieux, chez lui, il s’agit d’une pensée profonde du beau digne de figurer par les thématiques éminentes des investigations philosophiques dès lors que, la Philosophie, en tant que Science première, doit s’occuper de connaître, sans exclusive et à fond, tous les sujets qui constituent l’ambition de savoir le plus de choses possibles concernant le genre humain ; tout autant que la nature, son lieu de vie. En ce sens, l’interrogation sur le beau contient une importance essentielle et exemplaire de l’enquête et des investigations des philosophes.
Toutefois, la recherche platonicienne sur le sens du beau est de l’ordre du fondement des phénomènes à travers ses ouvrages qui traitent ce genre de thématique. Car le fond de la question qu’il se pose à ce sujet est le suivant : qu’est-ce qui se tient comme réalité ou comme vérité au-delà des apparences physiques qui font rayonner le beau ? Ne doit-on pas transpercer les formes, soit les belles apparences séductrices, sous l’angle uniquement du plaisir physique ou sensuel, pour rechercher la cause ou l’origine effective de la beauté de leur apparaître ? D’ailleurs, n’est-ce pas ce qui constitue l’unique objet d’attraction du monde sensible ?
C’est la question de l’origine de la beauté qui est abordée dans l’un des livres de jeunesse de Platon, en l’occurrence l’Hippias majeur[6]. Il s’agit d’un dialogue entre le grand sophiste Hippias majeur et le jeune Socrate. Puisque les sophistes ne sont pas toujours rigoureux dans la manière de traiter les sujets de quelque nature qu’ils soient, Socrate, se considérant comme ignorant, entre autres faits en raison de son jeune âge, espère trouver des réponses claires auprès de ceux qui font office de philosophes, tel que lui, à propos de la nature du beau. Or selon la vision philosophique de Platon, on a toujours affaire à l’exigence du savoir qui éclaire l’intelligence et permet le discernement s’agissant de l’essence des phénomènes. Concernant le beau, dès le début de ce dialogue, Socrate fait part à Hippias majeur de son embarras après des échanges qu’il eut à entendre dans un milieu où l’on débattait de ce thème ; mais qui lui ont paru peu éclairants, voire imprécis et vagues sur le beau. Il espérait être davantage instruit par les explications de ce sophiste. C’est en ce sens qu’il s’explique devant Hippias majeur : « C’est ce que je ferai, s’il plaît à Dieu, Hippias. Mais, pour le moment, réponds à une petite question que j’ai à te faire à ce sujet ; tu m’y as fait penser fort à propos. Tout dernièrement, excellent Hippias, je blâmais dans une discussion certaines choses comme laides et j’en approuvais d’autres comme belles, lorsque quelqu’un m’a jeté dans l’embarras en me posant cette question sur un ton brusque : « Dis-moi, Socrate, d’où sais-tu quelles sont les choses qui sont belles et celles qui sont laides ? Voyons, peux-tu me dire ce qu’est le beau ? » Et moi, pauvre ignorant, j’étais bien embarrassé et hors d’état de lui faire une réponse convenable. Aussi, en quittant la compagnie, j’étais fâché contre moi-même, je me grondais et je me promettais bien, dès que je rencontrerais l’un de vous autres savants, de l’écouter, de m’instruire, d’approfondir le sujet et de revenir à mon questionneur pour reprendre le combat. Aujourd’hui tu es donc venu, comme je disais, fort à propos. Enseigne-moi au juste ce que c’est que le beau et tâche de me répondre avec toute la précision possible, pour que je ne m’expose pas au ridicule d’être encore une fois confondu. Il est certain que tu sais fort bien ce qu’il en est et, parmi les nombreuses connaissances que tu possèdes, c’est apparemment une des moindres » (pp.21-22).

Serait-ce une figuration du canon de la beauté selon Hippias majeur, soit une belle jeune fille vierge ?
Or si l’on s’en tient aux données de la vie courante, il va de soi que la clarté, la précision sur la nature des phénomènes dont nous avons une expérience ordinaire, sont une nécessité. La raison est la suivante : chacun des êtres humains a une propension à juger les choses, entre autres faits, ce qui est beau et ce qui est laid, sans se soucier de savoir de quoi il s’agit précisément. Car si l’on nous demande en quoi consiste, par exemple, cette beauté qui nous attire tant et dont nous admirons certaines données à travers des êtres humains – une belle femme/fille, un beau masculin – ou non ; et que, par ailleurs, nous constatons qu’une telle beauté semble manquer à d’autres, il en résulte de notre part une ignorance qui est, d’ailleurs, proportionnelle à l’assurance dont nous faisons preuve en exprimant nos goûts. Quand bien même nous donnons quelque raison de notre plaisir – la contemplation du beau étant source de volupté – il est manifeste que nos définitions du beau ne pourront jamais concorder avec celles des autres ni s’imposer d’elles-mêmes par rapport à celles d’autres subjectivités humaines. En conséquence, tout indique que, dans ce cas de figure, nous parlons des phénomènes sans les connaître réellement.
En effet, les espaces publics de discussion sont, la plupart du temps, des lieux où on s’attache à faire triompher ses jugements ou, plutôt, ses opinions – l’art de l’argumentation y est souvent absent ; c’est seulement le mouvement spontané de l’esprit qui y triomphe – dans ce type de débat. D’autant plus que dans ce genre de monde humain, où il ne saurait y avoir de recherche de critères universels relatifs au fait qu’une personne ou une chose est belle, il s’agit d’un sentiment sensuel qui conduit à juger qu’une fille/femme est belle ou qu’un masculin est beau. Ce qui importe dans ce type d’attrait, c’est la sensualité, c’est-à-dire, au fond, un banal ou un vulgaire désir sexuel comme une figure possible de compensation du regard séducteur porté sur un tel sujet humain. Celui-ci ne s’embarrasse jamais de vouloir savoir, mais de désirer jouir. Dans un tel cas de figure, l’on s’en tient uniquement à la belle apparence des personnes, donc à l’attrait physique comme si celui-ci est source de plus grand ou de plus beau plaisir sensuel ou sexuel. Donc, ce qui explique que nous jugeons telle personne belle tient essentiellement au désir implicite de la posséder sexuellement. Il n’a nul intérêt de savoir ce qui fait que cette personne est belle par-delà cette illusion du beau. Le vieil adage du genre humain dit bien que la beauté est relative puisqu’elle dépend des critères culturels des peuples, de certaines caractéristiques physiques ou morales, de la personne en question, de la préférence sexuelle, etc.
C’est pourquoi la réponse de Hippias majeur à Socrate est une absurdité : « Sache donc, Socrate, puisqu’il faut te dire la vérité, que le beau, c’est une belle fille ». Certes, pour le commun des gens, Hippias majeur ne peut craindre d’être réfuté dans la mesure où une telle réponse est susceptible d’être consensuel. En effet, la beauté féminine, notamment celle d’une belle fille vierge évoque, dans l’esprit de la plupart des masculins, l’idée qu’ils se font de la beauté à travers les belles représentations dans la peinture ou la sculpture, notamment antique et classique. Il n’en demeure pas moins que cette réponse ne résout nullement l’énigme du beau. Il y a bien une différence essentielle entre le fait que telle chose est belle et ce qu’est le beau en soi. Car la belle chose renvoie, par-delà soi-même, à ce qui lui confère la beauté, c’est-à-dire ce sans quoi elle ne serait nullement belle. De manière plus subtile dans les remarques de Socrate, il y a un ordre des questions qu’il importe de respecter. En effet, il convient de distinguer la question de savoir ce qu’est le beau et celle de savoir ce qui est beau.
Le discernement entre les choses belles – d’où la question suivante : toutes les belles choses ne sont-elles pas belles par la radiance de la Beauté en soi ? – et le beau lui-même défini par ce qui les rend belles sous-tendent, à l’évidence, que toutes sortes de choses peuvent être belles. En ce sens, et à titre d’exemple, une belle jeune fille tient sa beauté du beau en soi qui rayonne en elle. Par conséquent, elle ne saurait elle-même la définir.
C’est cette origine du beau en soi qui irradie toutes les belles choses formelles – les belles plastiques – que Platon, entre autres ouvrages, nous fait découvrir dans son livre Phèdre. C’est bien cette origine du beau en soi, qui illumine toutes les belles choses formelles – les beautés plastiques féminines ou masculines –, que Platon va nous faire découvrir dans ce livre par « Le mythe de l’attelage ailé ».
Précisons rapidement que l’usage des mythes dans l’œuvre de Platon a un sens profond. Car ceux-ci se donnent à penser sous la figure de la transcendance des limites inhérentes aux formes de raisonnement humain. Là où la raison dialectique se heurte à une aporie, Platon se réfère à un mythe soit qu’il construit lui-même soit qu’il emprunte aux archives des savoirs du genre humain. En effet, le mythe a rapport à l’origine, ou alors il est lui-même l’origine indépassable. En d’autres termes, chez Platon, les mythes sont des outils philosophiques pédagogiques. Ils servent à illustrer des concepts complexes comme l’âme, la justice, la connaissance par des récits singuliers lorsque la raison dialectique atteint ses limites. Ils rendent vraisemblable ce qui est difficile à démontrer rationnellement.
Tel est la nécessité de la référence au « mythe de l’attelage ailé » qui a pour ambition de rendre plus simple un champ du savoir singulièrement complexe et dont l’explication dépasse infiniment les moyens de compréhension ou d’argumentation de la raison dialectique qui confine souvent à la forme de la raison ratiocinante en ce sens qu’elle se perd dans l’art de raisonner de manière subtile et trop abstraite ; voire de s’égarer dans des considérations interminables. Elle se plaît alors à ergoter sur des détails sans nécessairement parvenir à sa fin : donner la preuve de ce qu’elle veut démontrer.
Dans ce mythe, comme dans un certain nombre d’autres, il s’agit de démontrer que l’attrait du beau conduit à des réalités essentielles qui sont la source des Sciences premières, pures et éternelles, en tant qu’elles tirent leur origine première et ultime de la « Plaines des Idées éternelles ». Le mythe montre comment, notre âme (celle des Humains comme celle des dieux) a pu contempler, à la suite d’une ascension plus ou moins aisée selon la nature de son attelage, cette « Plaine des essences éternelles », sources de toutes les sciences auxquelles la raison humaine peut accéder. Voici, résumé, l’essentiel du passage de ce texte : « Comparons l’âme aux forces réunies d’un attelage ailé et d’un cocher. Les coursiers et les cochers des dieux sont tous excellents et d’une excellente origine ; mais les autres sont bien mélangés. Chez nous autres hommes, par exemple, le cocher dirige l’attelage, mais des coursiers, l’un est beau et bon et d’une origine excellente, l’autre est d’une origine et d’une nature bien différentes : il s’ensuit que chez nous l’attelage est pénible et difficile à guider (246 a-b) ».
L’âme est, donc, comparable à un attelage céleste pourvu d’ailes : le cocher symbolise la raison qui gouverne, et l’attelage est tiré par deux chevaux. La mission de cet attelage est de s’élancer vers le lieu supra-céleste, « la Plaine de la Vérité éternelle », pour contempler la beauté des réalités idéales, comme la Justice en soi, la Sagesse et le Savoir en soi qui sont des réalités éternelles, immuables et intangibles. Car la Vérité est la seule nourriture appropriée de l’âme, et celle qui n’a pas été initiée à la contemplation des réalités supra-célestes n’a pour toute nourriture que l’opinion et l’apparence. Les attelages des dieux sont équilibrés et faciles à conduire, si bien qu’ils sont orientés directement vers le sommet de la voûte céleste dans un mouvement ascensionnel uniforme. Pour l’âme humaine, en revanche, ce mouvement devient difficile parce que l’attelage est mal apparié. La rétivité et le mauvais caractère de l’un des deux chevaux rompt l’harmonie et contrarie la bonne marche de l’attelage : l’un, noble et obéissant, au pelage blanc, aspire au ciel et représente le cœur ; l’autre, noir, massif et à l’encolure épaisse, est attiré par la terre et représente la partie désirante de l’âme.

Une figure imaginaire de l’attelage de d »âme humaine
Il s’ensuit que nous connaissons l’essence des réalités, parce que, dans une vie antérieure, notre âme a pu contempler l’océan des réalités essentielles, figures premières des sciences, de toutes les connaissances qui nous sont accessibles. En ce sens, « savoir, c’est se ressouvenir » de l’origine des connaissances aperçues ou contemplées antérieurement avant l’incarnation de notre âme dans un corps. D’ailleurs, son incarnation dans la matière est une forme de malédiction puisqu’elle est infectée par la pesanteur, les impuretés du corps. En d’autres termes, le corps est un brouillard qui empêche l’âme de percevoir avec netteté le ciel des Idées. Et son travail consiste, dès lors, à écarter les barreaux de la chair que le corps ne cesse d’interposer entre elle et les Idées : c’est le phénomène d’anamnèsis au sens où, nous l’avons déjà dit précédemment, toute connaissance est une réminiscence, ou encore une conversion par laquelle l’âme réoriente son regard vers les réalités véritables. Connaître, c’est toujours reconnaître ce qu’on avait vu dans une vie antérieure. Aussi, comme le montre Socrate, sur terre, L’amant loyal tend à se rapprocher de l’idée absolue de beauté à travers l’être aimé, et cherche en lui des caractéristiques reflétant l’idée de Bien qu’il honore.
Sur l’accès aux Idées éternelles, antérieur à toute forme de vie telle que nous la connaissons (une dangereuse mixité du corps et de l’esprit), nous n’avons pas le même sort que les dieux. D’abord, en raison de la docilité de l’attelage des dieux, ceux-ci ont pu s’approcher de la Sphère éternelle des Essences et, ainsi, ils ont pu se « repaître » à loisir de celles-ci. Telle est la cause de leur éternité, de leur perfection, de leur Science. En revanche, il en est tout autrement de l’attelage des Humains. Étant conduit par un attelage chancelant du fait de sa rétivité, les âmes humaines n’ont pu que les apercevoir de loin. D’où leur manquement en tout, leur défaillance, leur imperfection, etc. Toutefois, selon la qualité initiale de celles-ci, certaines sont plus dotées que d’autres en fonction de la clarté de leur vision. C’est ce qui explique, d’ailleurs, le sort des êtres humains sur la terre : les uns exercent des fonctions nobles (philosophie, science, etc.), les autres occupent des métiers vulgaires (le travail de la terre et les métiers manuels en général).
Ensuite, quant aux âmes de qualité, puisqu’elles ont pu se nourrir suffisamment des Essences éternelles, elles peuvent créer ou procréer dans le Bien : en tant que philosophes, scientifiques ou artistes, elles produisent de belles et admirables œuvres pour les êtres humains ; mais celles-ci demeurent malgré tout, des imitations imparfaites des Essences éternelles. Elles peuvent aussi procréer dans le Bien. Car elles sont attirées par la beauté qui illumine les belles personnes qu’elles rencontrent et non pas par les personnes elles-mêmes en tant que telles. Aussi, quand elles procréent, leur progéniture est à la fois belle et bonne ; elle comprend les plus belles vertus transcendantes de l’humanité. Dès lors, il y a dans la passion amoureuse quelque chose de divin : cet amour, comme l’affirme Platon, est exempt de « jalousie et de mesquine malveillance », accompagné du « plaisir le plus délicieux », dévoué et payé de retour ; voire fidèle. Si l’amant ne recherche que cette idée pure à travers la beauté de l’aimé(e), son amour devient un effort continuel de dépassement de lui-même. Cette contemplation l’élève, en même temps que l’être aimé, vers l’éternel, c’est-à-dire la « Plaine des essences éternelles ».

Le cerveau humain, fondation et fondement de tous les savoirs et de toutes les cultures du genre humain ?
Cette problématique philosophique est devenue, de nos jours, un objet majeur des recherches neurobiologiques, comme nous verrons quelques aspects dans l’économie des investigations présentes.
II- La conception de l’attrait du cerveau humain pour la beauté dans le champ des neurosciences – Une vision fragmentée de l’essence du cerveau en tant que totalité absolue –
Sans vouloir nous attarder sur ce chapitre de l’objet de nos investigations présentes – ces données étant archi-connues dans divers champs du savoir qui convergent généralement vers les sciences neurobiologiques -, nous voulons simplement montrer que la question de l’attrait du beau par notre cerveau n’y est pas étrangère. Nous avons démontré dans nos recherches relatives aux pouvoirs du cerveau humain que celui-ci étant une totalité close, soit une sorte d’« endovers », les études tout comme les connaissance effectuées ou acquises à son sujet, ne sont ni aisées ni jamais complètes. Aussi, les méthodes en cours dans les champs des neurosciences manquent de le connaître à vrai dire. Notre démarche méthodique est inverse de celles des neurosciences : nous nous fondons sur les effets, soit les pouvoirs, c’est-à-dire tout ce qui relève des phénomènes mystérieux, mystiques, extraordinaires produits par notre cerveau, pour remonter à leurs causes inhérentes à son être. Ainsi, nous parvenons à des résultats ou à des démonstrations qui confinent au déchiffrement de phénomènes dits occultes. Car il n’y a rien qui soit irrationnel : ce terme est l’échec du pouvoir d’explication de notre raison qui, alors, se contente de le qualifier ainsi. Dès lors, nous n’avons pas la prétention de connaître le cerveau humain – tout ce que nous savons à son sujet est de l’ordre de l’interprétation aussi pertinente ou subtile qu’il est possible – mais de lever le voile sur le sens de certaines de ses manifestions.
Car, quoi qu’il en soit, notre cerveau sait d’avance ce que nous voulons faire – nos expériences, nos expérimentations, etc. – puisque toutes nos facultés nobles (la raison, la conscience, l’intuition, l’Intellection, etc.,) en dérivent : elles sont ses créations propres. Il le sait par le truchement du « cervotron »[7] – nos concepts ne suffisent pas toujours à combler nos besoins en matière d’explication de nouvelles données du Savoir ; d’où la nécessité du recours à l’heuristique qui nous permet d’inventer de nouveaux concepts adéquats et riches -, soit l’exacte symétrie invisible du cerveau humain. Dès lors, cet organe sommital de l’être humain nous donne à connaître ce qu’il veut, ce qu’il nous autorise. Car il peut répondre à nos questions en donnant des résultats conformes au sens de nos interrogations. C’est ce que nous considérons comme nos sciences fondamentales. En ce sens – le genre humain l’a peu pensé auparavant -, notre cerveau est le Sens et la direction de tous les Savoirs possibles et inimaginables. Il les fait tout émerger de son sein et de ses méandres indéfinis. On en a un aperçu dans l’évolution de l’embryon : à partir du deuxième- troisième mois, il prend une forme hypertrophiée par rapport à tout le reste du corps, comme s’il prenait les commandes de son évolution physiologique jusqu’à son terme, c’est-à-dire normalement le neuvième mois.
Or, ayant la faculté omnisciente et omnipotente de nous observer en tous points – tout notre être ne lui est pas étranger – et en permanence, quoi que nous fassions, nous ne pouvons jamais lui échapper, puisque tout ce que nous faisons le concerne en tant que tel. Il comprend notre passé, notre présent et il est l’unique anticipateur de notre futur par le truchement de sa structure neuronique. Donc, tout ce que nous faisons ou voulons faire sur lui, il le sait d’emblée, c’est-à-dire avant notre conscience, nos pensées. En ce sens, s’il le désire, il peut tout à fait, par le biais du cervotron, nous induire en erreur, à l’insu de notre conscience, soit son débile pertuis sur le monde, etc.

Le cerveau nous observerait-il, à notre insu, l’observer au cours de nos expérimentations visant à l’explorer d’une certaine manière ?
Aussi, nous sommes condamnés à nous contenter de ce qu’il veut bien nous donner à observer et, donc, à connaître de son abyssal univers en tant dimension de l’espace insondable. Car le cerveau humain, avons-nous découvert dans nos recherches sur ses pouvoirs infinis, c’est l’équivalent, la copie même en miniature de l’univers tel que nous semblons le connaître, puisque les théories contemporaines de l’astrophysique parlent d’univers, mais aussi de multivers ; si bien que nous ignorons, à vrai dire de quoi il s’agit précisément…
Ainsi, puisqu’il s’agit de limiter nos références dans le champ quasi infini des sciences neurobiologiques, la lecture des travaux neuroscientifiques (c’est un choix arbitraire) des auteurs comme Jokela M[8]., Hu C. P., Huang Y. Eickhoff SB., Peng K, Sui J.[9], Senior C.[10], Ito A., Kawasaki I., Hayashi A., Ueno A., Yoshida K., Sakai S., Mugikura S., Takahashi S Fujii T., Abe N.[11], etc., permet de se faire une idée précise des recherches neurobiologiques contemporaines relatives à l’attrait du beau par cerveau humain ; étant entendu qu’il y a une vision assez similaire et traversable de ces sciences d’un point à un autre de notre planète. En effet, les méthodes d’études ou d’exploration de cet organe sont les mêmes ; ce qui donne une interprétation universelle de ces phénomènes. Il y a même un facteur dominant dans ce genre d’investigations : il s’agit de comprendre ce qui se passe dans le cerveau d’un masculin lorsque celui-ci, précisons en tant qu’hétérosexuel, voit une belle femme/fille ; naturellement dans le cadre d’une expérimentation neuroscientique.
Alors, l’équipe expérimentatrice interroge le cerveau, par le truchement des outils technoscientifiques – il ne saurait en être autrement -, pour déceler ses réactions conséquentes. Selon les données recueillies, il en résulte que le cortex orbitofrontal réagit avec force aux visages attrayants ou beaux. Il en est tout autrement quand les visages ne présentent aucun attrait physique, c’est-à-dire quand ils sont disgracieux ou ingrats. D’autres expérimentions montrent ceci : au cours d’une IRMF réalisée sur des sujets masculins qu’on expose à des visages de belles femmes ou de filles, ces visages séduisants ont un fort effet sur le noyau accumbens qui est une structure clé du cerveau. Celui-ci est située dans le striatum ventral. En tant qu’agent essentiel dans cette zone du cerveau humain, les neurobiologistes le considèrent comme le centre principal du système de récompense – il libère la dopamine en fonction de belles ou bonnes actions comme les effets de la réussite -, d’émotions, de motivation, de plaisir, etc. Une telle activation de cette zone du cerveau ne s’opère guère s’agissant d’une exposition à des visages moyens ou privés d’attrait quelconque. Or, de manière générale, il nous est impossible de savoir, avec assurance, qu’une seule de ses zones est l’unique facteur des manifestations en question : l’attrait du beau. Car notre cerveau est une totalité hermétique qui fonctionne parfaitement et toujours en vertu de la loi de la Combinaison : à savoir la sollicitation ou la mise en branle de toutes ses fonctions, de toutes ses sphères, de tous ses nano-êtres vivants qui constituent son être immanent à sa substructuration. Autrement, une seule zone du cerveau ne permet pas, à elle seule, d’expliquer adéquatement l’un de ses fonctionnements sans la synergie nécessaire, la collaboration de l’ensemble complexe des autres acteurs mis en activité pour obtenir quelques données ou résultats de données ; voire pour atteindre un objectif.



Quelques aperçus de l’extrême complexification du cerveau humain !
Nonobstant ce, on peut comprendre autrement, dans le cadre d’une nouvelle vision des phénomènes, c’est-à-dire au-delà des explications rationnelles en cours dans nos sciences, l’attrait qu’exerce le beau sur le cerveau humain. Car c’est l’un de ses mystères – et notre cerveau en a encore d’innombrables -, mais qui se dévoilent progressivement ; à la condition que l’on consente à transgresser les savoirs constitués, qui nous aveuglent souvent. Nous l’avons reconnu : l’inclination de notre cerveau pour le charme du beau ne peut s’expliquer uniquement par une zone de celui-ci, voire par une particule, un neurone en particulier, une cellule, une onde, etc., mais par la dynamique d’une combinaison de facteurs concordants visant une finalité, en l’occurrence, l’attrait de la beauté chez l’être humain ; ou d’une œuvre d’art. Tout se passe comme si le cerveau, tout autant que le cervotron, son double similaire, possède une puissance d’attraction ou une force d’attirance qu’on peut appeler le neuromine[12]. Ce concept est composé de deux termes : le neurone qui est la cellule fondamentale de notre système nerveux ; et de mîn (en lyélé, langue des peuples lyéla du Burkina Faso) qui signifie feu au sens d’une énergie composite explosive. Puisque chaque cerveau est pourvu du neuromine, il s’ensuit qu’il irradie le visage de chaque être humain, miroir de son cerveau. En fait, le neuromine agit telle une aura ou un faisceau d’énergie qui converge instantanément le regard des uns vers les autres en se concentrant sur cette face visible du cerveau qu’est le visage, surtout le beau visage des uns ou des autres. C’est un saisissement comme un émotion vive et soudaine. Une telle réaction du cerveau est nulle ou quasi nulle quand il s’agit de visages disgracieux ; ou d’une personne laide. Il n’en demeure pas moins que ce genre de personnes n’échappe nullement au phénomène de l’attraction du beau. Pour quelle raison cette indifférence ? Parce qu’un tel être humain manque essentiellement de charme ou d’attrait suffisant pour provoquer la séduction qui conduirait à l’accouplement et, donc, à la procréation des membres de l’espèce humaine. Sans autre forme d’explication ! Aussi, faut-il considérer le neuromine comme une fonction essentielle ou première du cerveau humain. Il est si riche qu’il rendrait compte d’une infinité d’autres figures de fonctionnement du cerveau en tant que source inépuisable de liens qui construisent et qui constituent, de fait, le fondement même du genre humain. Car celui-ci est, en soi-même, fondation des formes multiples, diverses de possibles sociabilités.
Dans ce processus de surgissement de soi à la lumière ou à la préhension d’autrui, la personne de l’être humain ne prend forme dans son entièreté que par après. En d’autres termes, elle ne se dévoile à la préhension d’autrui que progressivement telle la lumière qui découvre une forme dans l’obscurité. En ce sens, le neuromine agit instantanément dans les rencontres fortuites des êtres humains au quotidien. Aussi est-il est aussi un facteur de sociabilité humaine. De manière générale, le neuromine émerge subitement comme commandé par les combinaisons du cerveau. Ce phénomène commence à s’expérimenter dès le bas âge : l’enfant reconnaît le beau et l’admire, c’est-à-dire tend vers l’objet plaisant de son attention ; même s’il ignore ce que tout cela signifie, en fait. Ainsi, chaque être humain subit spontanément – ceci ne relève pas d’un choix ou d’un acte délibéré de notre volonté – cette propension de son cerveau, soit l’attrait du beau sur les visages ou dans les œuvres d’art, tout au long de sa vie.
De manière générale, dans le champ d’investigations de la neurobiologie, l’explication des phénomènes impliquant la perpétuation des espèces (vivantes), naturellement, suivant les caractéristiques humaines et leur perception par le cerveau, l’on n’hésite pas à mettre en avant la sélection naturelle : la fameuse influence du darwinisme dans toutes les sciences du vivant ou même sociales/sociologiques. Puisque tout le monde est comme conditionné, par les études scientifiques, à fournir des explications des phénomènes du monde vivant suivant ce paradigme, on a la nette impression que tout le monde se répète ou dit la même chose, fermant, ainsi, des ouvertures à l’invention du nouveau en termes d’explications rationnelles et scientifiques ; voire d’invention de nouveaux concepts heuristiques. Cette vision unifiée du vivant s’explique par un enjeu de taille : optimiser le succès reproductif. En effet, et la vie quotidienne des Humains le prouve manifestement, les féminins autant que les masculins optent pour des modalités différentes afin de paraître aussi attirants et beaux qu’il est possible. Toutefois, le choix des critères d’attractivité dépend du monde des cultures à travers l’espace terrestre. Ce sont généralement ces données qui déterminent et conditionnent l’attractivité des belles personnes recherchées. Il n’en demeure pas moins qu’au-delà de ces spécificités endogènes, l’explication issue du darwinisme pose que les personnes les plus attirantes ont plus de chance ou de possibilités d’accéder plus aisément aux facteurs d’un meilleur succès reproductif. D’ailleurs, de telles explications uniformes ou universelles démontrent manifestement qu’au-delà de l’attrait du beau, la finalité du cerveau était, jusqu’ici, fort bien occultée. Par ailleurs, tout se passe comme si ces explications du type darwinien ne s’appliquent pas réellement dans le mode de reproduction du végétal.
En effet, comme Vincent Albouy l’a montré dans l’un de ses ouvrages[13], les plantes entomophiles procèdent autrement pour se reproduire. Dans ce processus singulier et ingénieux, la reproduction sexuelle se fait à distance en se servant d’intermédiaires : le pollen est transporté par des insectes, comme les abeilles, les papillons, entre autres. Pour attirer leurs pollinisateurs, elles développent des stratégies ingénieuses telles que les couleurs vives, les parfums odorants, voire la production de nectar. Car leur pollen est collant afin de mieux adhérer aux membres (trompe, pattes, ailes, etc.,) des insectes en question. Dans ce type de reproduction sexuelle, on ne parle plus de la sélection naturelle qui consiste à conférer à certains individus, dans le règne animal, des chances ou des possibilités aux plus aptes ou aux plus forts capables d’avoir accès à une cour de femelles pour assurer leurs descendances, etc.
Dès lors, au-delà (de) et malgré la forme répétitive de ce type d’explication neurobiologique, il en résulte que le cerveau humain recherche spontanément et en permanence, dans les sociétés humaines, les plus belles personnes (la fascination de la belle apparence physique) en vue de la reproduction sexuelle comme intention implicite. Donc, par-delà l’attractivité des belles plastiques ou apparences belles, la finalité, c’est, en dernier ressort, reproduire ou se reproduire. Cependant, c’est bien notre cerveau qui est aux commandes de ces complexités de la recherche du beau. C’est même un phénomène universel chez le genre humain, comme l’explique, à sa manière, un interlocuteur interrogé à ce sujet. En effet, au cours de nos recherches présentes, nous avons eu l’occasion d’interroger un jeune adulte burkinabè à Koudougou, Madi Kaboré, sur ce qu’il entend par la « beauté » d’une personne. Sa réponse est la suivante : « une belle fille, par exemple, nous apparaît comme un plaisir. Car son visage harmonieux exerce une attraction spontanée qui est un plaisir des yeux, tout autant que la laideur leur indiffère. En effet, ce sont les yeux qui voient grâce à son pouvoir de converger tout l’espace du visage dans la même direction. Puisque certaines qualités intérieures, comme la belle âme, la belle vertu, le cœur bon, la bienveillance, etc., de la fille, belle ou non, leur est invisible, nos yeux ne s’en préoccupent guère. Ils préfèrent s’enivrer de la seule beauté physique en s’attachant à l’harmonie du visage qui séduit, sans tenir compte des détails qui concourent à la beauté de la figure d’une telle personne.
A ce sujet, on peut se poser la question suivante : pourquoi notre cerveau aime-t-il tant le beau ? En effet, les religions, comme l’Islam dont je suis un pratiquant fidèle, nous enseignent que les êtres humains sont des créatures de Dieu. Or cet Être éternel et infini est le bien, le bon, le beau. Aussi, il est tout à fait raisonnable de penser qu’il a façonné notre cerveau de telle sorte qu’il ait une tendance naturelle à rechercher ces valeurs sublimes. D’où la propension de notre cerveau à aimer le beau à travers les belles personnes. Il ne le poursuit pas nécessairement : le beau s’offre à lui au hasard des rencontres quotidiennes. De même, tout être humain, à moins d’être handicapé, perturbé par quelque perversion de sa conscience morale, est enclin à aimer le beau, le bon, le bien ; voire la perfection à travers la propreté. Nous recherchons ce qui est propre et rejetons ce qui est sale ou laid, puisque Dieu a donné à notre cerveau ce pouvoir extraordinaire, etc. » Tout se passe, dans une telle explication des phénomènes humains, comme si les personnes laides, disgracieuses ou sales ne sont pas des créatures de Dieu. Mais, ceci est un autre débat, un autre sujet d’investigations. (Nous avons juste corrigé la forme des propos de notre interlocuteur sans toucher au fond de sa pensée)
Quoiqu’il en soit, tous ces phénomènes de l’attrait du beau conduisent, comme par nécessité, à la recherche du plaisir sexuel, aux différents types de relations, permanentes ou éphémères ; mais essentiellement aux mariages en vue de la procréation. Or qui dit naissance d’un être humain, dit aussi l’avènement d’un cerveau. En somme, le cerveau humain (nous avons convenons de parler de notre cerveau puisque nous ignorons, en réalité, celui des autres espèces vivantes. Si nous le faisons, nous nous contentons de projeter sur lui les modalités de fonctionnement de notre propre cerveau ; ce qui résulte de la pesanteur de l’anthropomorphisme) manipule en illusionnant l’espèce humaine pour l’amener, coûte que coûte, à le reproduire. Donc, la domination et l’empire des plaisirs sexuels, entre autres, par la sécrétion des hormones animales, ne sont rien d’autre que l’intermédiaire indispensable et incontournable entre l’autoproduction du cerveau et le leurre des agents de celui-ci, soit les membres de l’espèce humaine.
III- L’autoproduction de soi sempiternel du cerveau humain : comment individus et sociétés vivent-ils sous l’empire de la mystification de leur cerveau ?
Certes, la société, le groupe ou la famille ont une influence considérable sur les prétendus désirs d’enfants de l’individu. Mais, au fond, il n’est nullement acteur dans cette impulsion de sa propre nature. Le particulier pris dans les mailles des sourdes décisions de son groupe est un objet manipulé par des forces obscures qui le dépassent, qui le meuvent essentiellement en raison d’un impératif majeur de l’espèce qui a le souci de se conserver soi-même par-delà la valeur et le bonheur du particulier. Car son importance, sa valeur pour la famille et pour la société elle-même réside dans sa soumission aux injonctions des différentes strates de commandements : la famille, le groupe, la société, etc. C’est en ce sens que se conçoit fort bien la remarque suivante de Schopenhauer : « tout amour a donc pour fondement un instinct visant uniquement l’enfant à procréer » (p. 1297)[14].
Une telle remarque nous conduit à penser autrement les phénomènes humains ou le vivant en général. Car il importe de changer de paradigme[15] dans le champ des sciences dures (physique, biologie, etc.) et de l’esprit (sociologie, psychologie, histoire, etc.). En effet, ce que ni les philosophes ni les scientifiques n’ont perçu, jusqu’ici, est le fait suivant : au-delà de la forte prégnance du groupe et de la famille sur l’individu quant à la nécessité ou à l’impérativité de procréer pour perpétuer l’espèce humaine, on a occulté l’origine effective de ce phénomène qui réside, en réalité, dans l’influence du cerveau sur la totalité du vivant. Nous l’avons montré dans certains de nos travaux sur les pouvoirs du cerveau humain[16] : c’est le cerveau qui, en dernier ressort, gouverne tout dans les comportements des espèces vivantes. Nous avons ainsi découvert que le cerveau est aussi vieux que l’univers lui-même. Car l’espèce singulière que nous sommes, on le sait, sommes des descendants d’Homo sapiens. En tant que tels, nous avons en partage, dans la structure élémentaire de notre nature, les mêmes composants de l’Energie du Cosmos. Il s’agit, entre autres, parmi les éléments mis à jour par la physique quantique et l’astrophysique, des protons, des électrons, des neutrons. Ces derniers, reconnaissent les physiciens, sont contemporains de l’origine de l’univers, si origine il y a. Ils sont comme l’univers lui-même, atemporels ; l’âge supposé de l’univers n’étant rien d’autre qu’un repère pour l’Anthropos, une organisation de son être dans le monde. Aussi, si l’espèce humaine disposait de moyens adéquats pour explorer les méandres de l’univers de son cerveau, il y découvrirait tous les Vestiges, la Mémoire, la Bibliothèque, toutes les traces du passé du Cosmos, si passé il y a, répétons-le, puisque nous ne savons absolument rien de ce fait majeur et originaire. En ce sens, le cerveau aspire à une espèce d’immortalité dans et à travers le temps, à défaut de l’éternité comme celle du Cosmos qui l’a engendré afin qu’il le reconnaisse et fasse son histoire après coup ; du moins, tant que l’espèce humaine serait épargnée par la fatalité des fins ultimes des phénomènes qui prennent corps avec l’apocalypse annoncée par toutes les sciences contemporaines.
Aussi, dans la frénésie de la perpétuation des espèces vivantes, ce n’est pas tant la pression de la société, du groupe ou de la famille sur l’individu qui est en cause, qu’essentiellement, le « vouloir-vivre » du cerveau. Celui-ci se manifeste alors comme une supra-puissance cosmique à travers les espèces vivantes depuis l’amibe, la bactérie, les variétés d’acariens sur les corps vivants jusqu’aux mammifères. A travers la pression de la sexualité, la recherche du plaisir et autres formes d’extase dans l’accouplement, le cerveau ne veut rien d’autre que se dupliquer perpétuellement. Comme l’écrit Bernard Dugué avec raison, « avant que le jeu ne se déroule, il faut qu’il y ait des êtres individués, capable de se répliquer à l’identique. Le mystère de la vie et de son évolution résiste à l’entendement »[17]. Il n’y a plus de « mystère » si l’on reconnaît que c’est le cerveau qui est l’acteur, le « moteur » principal du jeu de la vie, de ses spéciations à l’infini et de son devenir dans l’espace. Le cerveau, à travers les espèces vivantes, quelles qu’elles soient, incline fortement les individus à se reproduire en le dupliquant. Donc, chaque procréation le reproduit à l’infini quasiment, le nombre des individus le multiplie, d’une certaine façon, incommensurablement, en transmettant le patrimoine génétique par la continuité et la généralisation d’une information dans la durée présente et future. Une telle reproduction en masse des individus le fait, du même coup, perdurer.
Dans cette perspective, les époques de guerres sont ennemies du cerveau ; et les périodes de paix celles de son expansion aveugle à travers et dans l’intemporel. Dès lors, le sens et l’instinct de perpétuation des espèces ne sont rien d’autre que le jeu du cerveau, sa libre et dynamique expansion. Puisque l’espèce humaine elle-même et ses diverses cultures, qui manipulent le particulier, manigancent perpétuellement des plans pour faire tomber celui-ci dans le piège de la reproduction, sont, en réalité, l’œuvre du cerveau, on comprend mieux qu’il est si difficile d’échapper à son emprise. Il nous suffit d’un aperçu général des comportements sexuels au quotidien pour comprendre le sens de celle-ci. Puisque la morale, œuvre de la culture de l’être humain, n’a aucun sens sur le plan de la nature, il n’est pas étonnant que le cerveau secrète des hormones de plaisir à tout moment pour susciter l’attrait réciproque des individus. On comprend tout à fait la transgression des règles et des interdits moraux et sociaux, tels que les actes incestueux. On le remarque bien dans le règne animal. L’impulsion sexuelle fait même voler en éclats les barrières de la nature pour faire triompher le chaos de l’attraction sexuelle, comme on le remarque chez les bonobos. Le cerveau, dans tous les cas de figure, s’«amuse » perpétuellement à sécréter des hormones de plaisir pour qu’il y ait accouplement. Or qui dit accouplement dit possibilité de fécondation et de reproduction. Le cerveau n’a cure des conséquences morales, génétiques de tels actes, comme l’amour incestueux entre frères et sœurs, pères et filles, mères et fils. Autrement, on ne comprendrait pas qu’en dépit de sa conscience du danger qu’il encourt, l’amour-passion, qui n’est rien d’autre que la rage de la procréation, par exemple, d’un homme pour la femme de son voisin prenne des risques majeurs pour parvenir à ses fins : l’accouplement. Dans cet attrait incontrôlé, il peut y perdre son honneur d’époux, de père, ou, pire, sa vie même s’il est pris en flagrant délit par le mari de son amante. Il est totalement ignorant du fait qu’il est le jouet de l’empire de son cerveau. D’autant plus que celui-ci l’abandonne quand il juge qu’il a atteint son but par la frénésie et la répétition des actes sexuels : se reproduire.
Cette puissance du cerveau à vouloir se dupliquer à tout prix, qui s’apparente à un véritable empire, au sens latin de imperare signifiant « commander en maître » en tant que « pouvoir souverain », a même triomphé de la haine des hommes à l’égard des uns et des autres. Il a permis que la nature, qui aime le différent pour sa vitalité, triomphe de la culture, qui préfère le semblable. Telle est la raison qui rend compte du métissage à grande échelle au cours des temps modernes. A titre d’exemple : les Etats-Uniens blancs s’étaient farouchement et violemment opposés aux relations sexuelles entre les femmes, filles issues de leur rang et les Noirs en vertu du fait qu’ils sont des esclaves. Or, hormis les Amérindiens (Natifs ou premières nations), du point de vue de l’essence historique, on ne peut pas dire que les uns valent mieux que les autres. Les Noirs, aux Etats-Unis en construction, étaient déchus de leur rang d’êtres humains suivant des considérations culturelles et religieuses, front commun des croyances culturelles aveugles et aliénantes. D’un autre côté, la majorité des Blancs états-uniens étaient issus d’aventuriers, de vagabonds, de prisonniers comme beaucoup de Britanniques en Australie, en Nouvelle Zélande ; de délinquants, de voyous, des exclus et/ou des rejets des sociétés européennes, etc. Pourtant, ils n’étaient pas plus dignes en matière de qualité humaine que les autres, soit les Natifs, les Noirs, les Hispaniques, etc.
Dans tous les cas de figure, le cerveau n’a cure des statuts et des situations socio-culturels des êtres humains. Il est beaucoup plus inventif que les hommes quand il s’agit d’arriver à sa fin : acheminer les individus à l’accouplement pour pouvoir se dupliquer. Même quand les mâles noirs couraient le risque d’être châtrés, pire d’être pendus ou de subir tout autre châtiment corporel avilissant, ils bravaient tous les obstacles pour posséder une femme interdite et pour engendrer ; même si, initialement et consciemment leur but était l’accès au plaisir sexuel et non à la procréation. En fait, ils étaient trompés par leur cerveau.
C’est ce qui se passe également dans la vie courante. Les êtres humains, de façon générale, ont tendance à rechercher, comme objet sexuel, un individu beau : une belle fille/femme, un beau masculin ou jeune masculin. Leur inclination se fonde sur une fausse croyance : l’illusion qu’en possédant un individu beau, pure apparence plastique par nature éphémère, ils seraient en mesure d’atteindre le nirvana sexuel. En d’autres termes, ils s’imaginent que la possession de la beauté leur procurerait la félicité suprême. Il en est de même des adultes qui recherchent frénétiquement la possession des jeunes filles ou des jeunes gens. En cela, ils se trompent tous car ils ne réalisent pas qu’ils sont sous l’empire de l’illusion de leur cerveau. En fait, il n’y a pas, dans l’absolu, de lien de nécessité entre l’expertise en amour et la beauté d’un individu. Schopenhauer, qui aborde ces phénomènes sous l’angle du « vouloir-vivre » animant toute espèce vivante, conçoit que l’erreur des individus dans la recherche de la beauté comme source potentielle de jouissance infinie n’est rien d’autre qu’un complot de l’espèce humaine elle-même – nous dirons une ruse de notre cerveau qui commande à tous, y compris à celle-ci -.
Ce philosophe observe en effet : « Si tel est bien le caractère de cette passion, il est tout naturel que chaque amante après avoir enfin assouvi son désir, éprouve une prodigieuse déception et s’étonne de n’avoir pas trouvé dans la possession de cet objet si ardemment convoité plus de jouissance que dans n’importe quelle autre satisfaction sexuelle : aussi ne se trouve-t-il guère plus avancé qu’auparavant. Le désir était en effet à tous ses autres désirs ce que l’espèce est à l’individu… Mais la satisfaction n’en est profitable qu’à l’espèce seule et ne pénètre pas dans la conscience de l’individu, qui, animé par la volonté de l’espèce, a travaillé avec dévouement à une fin qui n’était pas du tout la sienne. Aussi chaque amant, après le complet accomplissement du grand œuvre, trouve-t-il qu’il a été leurré. Car elle s’est évanouie, cette illusion qui a fait de lui la dupe de l’espèce ». En ce sens, et en ce sens seulement, nous pouvons dire que l’individu souffre de la malédiction du génie de l’espèce ou, plus exactement, de la malice de son cerveau.
Cependant, comme nous l’avons déjà démontré dans un ouvrage récent (Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ?), les cervotrons des individus peuvent décider de briser les carcans des arrangements familiaux, religieux, voire culturels. C’est une figure de transcendance des phénomènes humains qui nous tiennent prisonniers de nos croyances culturelles structurantes, fondamentalement aliénantes. Et c’est heureux de dévoiler ce jeu du cervotron. Ainsi, un masculin peut aller jusqu’au bout du monde pour rencontrer une femme qui, vivant au milieu de géniteurs potentiels, se trouve dans une position d’attente d’un individu particulier qui viendra d’ailleurs pour se lier (à) ou pour procréer avec elle. Nous pouvons citer le cas du père (d’origine kényane) de Barack Obama, qui, dans ses jeunes années, s’était rendu aux Etats-Unis pour poursuivre des études universitaires. Il y rencontra la femme avec laquelle il a donné vie à ce fils prodige qui devint Président des Etats-Unis de 2008 à 2016. C’est un exemple parmi tant d’autres dans le monde. Tout se passe, dans un tel cas de figure, comme si les cervotrons le savaient bien avant la réalisation d’un tel fait. Sur ce point, la physique quantique nous enseigne que les particules, qui se heurtent, s’attirent ou se repoussent. Mais elles ne s’interrogent pas sur les causes de leur rencontre ponctuelle, de leur rejet des unes ou de leur attrait pour les autres. Rien ne semble gouverner un tel contact. Du moins, les raisons immanentes à ce phénomène échappent à la volonté de savoir de notre conscience. On pourrait seulement soutenir que ce que l’on appelle couramment « amour », hormis les phénomènes hormonaux bien réels qui visent les plaisirs charnels d’ordre animal, à la limite, la procréation et rien d’autre, l’amour est une inclination du cerveau humain – soit le cervotron – pour la contemplation du beau dans l’âme, le cœur ou la plastique d’un être humain. Il s’y attache de manière singulière, sans raison apparente, jusqu’au possible mariage. Toutefois, il suffit que les effets de ces raisons se dissipent dans l’aera mentis de l’un ou de l’autre pour provoquer la dissipation des charmes conséquents et, donc, l’annihilation de ce phénomène.
Nonobstant ce, cette puissance aveugle à l’œuvre dans la nature, sous l’impulsion du cerveau et sous celle des espèces vivantes, conduit à des aberrations monstrueuses. En effet, la plupart des individus, même s’ils peuvent échapper aux pressions sociales, familiales ou à celles du groupe, sont incapables de résister aux injonctions des hormones du désir conduisant au plaisir ; autant dire à l’emprise du cerveau. Cependant, et en un autre sens, en fixant des bornes aux capacités reproductrices du féminin, la nature a trouvé, malgré soi, une forme de raison. Et le cerveau, en dépit de sa rage d’expansion, ne peut dépasser cette limite. Nous l’avons dit : un seul masculin, s’il en avait la liberté, est capable de féconder plus d’un millier de femmes dans une année alors que celle-ci ne peut procréer qu’une fois par an. Cette remarque est fort bien illustrée par Bryan Sykes à propos du satyriasisme, soit l’exagération, l’obsession morbide du désir sexuel chez le masculin, du grand empereur mongol Gengis Khan (1162-1227). L’empire de ce grand conquérant, à sa mort, s’étendait sur huit mille kilomètres environ, c’est-à-dire de la mer de Chine, à l’Est, au golfe Persique, à l’Ouest. Couvert de gloires militaires, le grand Khan ne semblait pas s’attarder outre mesure sur ces considérations apparentes. Il était plutôt obsédé par une même chose : coucher avec les plus belles filles/femmes de tous les territoires conquis. Tel était le seul bien, dans ces conquêtes, qui avait du prix à ses yeux. D’où, aujourd’hui, sur une vaste zone des territoires d’Asie et d’Orient, une distribution, une propagation impressionnante du chromosome Y de Gengis Khan. Du moins, c’est ce qu’écrit Bryan Sykes[18] : « le chromosome de Khan s’est multiplié à une vitesse stupéfiante, de un à seize millions en l’espace de trente générations. Il a été comblé de tous les avantages, faisant ses débuts les reins d’un conquérant sexuellement vorace et irrésistible » (p. 245).
En réalité, le problème de l’humanité – nous disons bien de l’humanité et non pas de toutes les autres espèces vivantes qui sont, sans exception, victimes de celle-ci -, réside dans le fait fondamental que la nature a, pour ainsi dire, accordé au seul féminin le pouvoir d’enfanter. Est-ce un plan heureux de celle-ci ? Certes, lorsqu’on observe les êtres humains dans leurs comportements, notamment sexuels, on se rend à l’évidence que le féminin l’emporte, en sagesse, sur le masculin. Dans le cas du couple, elle est presque toujours moins infidèle que le masculin dont l’organe sexuel fonctionne comme un chaudron en perpétuelle ébullition entre ses jambes. Cependant, cette sagesse dont fait preuve le féminin est souvent mise en échec par les ruses sexuelles du masculin. A titre d’exemple, tous les peuples de la terre ont toujours géré une situation singulière qui est celle des jeunes mères, souvent isolées et sans ressources financières pour assumer les charges de leurs progénitures. Diverses raisons rendent compte de ce phénomène dont la plus fréquente est naturellement la recherche du plaisir sexuel. Mais, de façon générale, en Occident, on peut dire, avec raison, que l’état de mère isolée est l’échec d’une ambition de compensation du manque d’un amour maternel. Sur ce sujet, nous retiendrons deux exemples. D’abord, certaines filles, issues elles-mêmes de mères célibataires et dans une situation sociale permanente de précarité, se retrouvent placées soit en institution, soit ballotées de parents de substitution en parents de substitution. Or la mission de ceux-ci n’est pas de donner de l’amour, mais des soins pour lesquels ils sont payés. Aussi, pour briser le cycle infernal de misère sociale et psychologique, il advient qu’elles ambitionnent ou, plutôt, qu’elles rêvent de fonder un couple stable. Malheureusement, elles vont d’illusion en illusion avec des conjoints supposés, mais qui sont instables et immatures tout en procréant.
Ensuite, comme cela se conçoit fort bien, elles rêvent d’un grand amour. Et elles sont vite trompées par des garçons mal intentionnés qui ne désirent qu’une chose : les posséder sexuellement, puis s’en aller chasser ailleurs. Certains d’entre eux tirent profit de la grossesse de leur victime, voire de la naissance de l’enfant pour vivre à ses dépens en partageant la pension allouée à la mère pour assurer les soins de son enfant. Ainsi, en France, selon l’Insee de 1987, on dénombre 1 076 000 foyers composés d’un seul parent. Ces filles/femmes seules élèvent environ 1 521 320 enfants[19]. D’où l’extrême fragilité psychologique de ces « mères » comme le reconnait l’un des rédacteurs de Parents au singulier : « elles sont dans leur fonction maternelle, beaucoup plus mères potentielles que mères actuelles, obéissant à des certitudes primaires, tyranniques certes, qui ont précisément pour fonction l’étayage un peu magique de leur moi chancelant » (Dominique Favre, psychologue, p. 146).
En définitive, nos recherches sur les pouvoirs du cerveau humain nous ont conduit à découvrir l’étrangeté du fonctionnement essentiel de cet organe. En effet, dans l’état de guerre ou de paix, le cerveau ne peut se contredire ou même aller contre ses intérêts immédiats ; il connaît le long terme ou le futur proche et lointain, mais il ne s’en préoccupe pas. Aussi, il prend toujours acte des forces de détermination ou de conditionnement culturels des êtres humains ; tout autant que de l’état des choses en cours (état de guerre ou de conflit général ou particulier), des manifestations générales qu’il a lui-même générées en tant que circonstances singulières. Alors, il se contente de suivre ou de gérer la situation jusqu’à ce qu’un jour les valeurs morales, par exemple celle de la paix, l’acheminent progressivement vers sa dimension de la bonne intelligence mutuelle des êtres humains.
Tel est la structure fondamentale de sa gestion aporétique des phénomènes humains. Car son mode de gouvernance des êtres humains est toujours et essentiellement dichotomique. Et telle est aussi la raison de sa finitude. D’une part, il comprend en soi quelque chose comme une mer de sérénité, qui est l’état de paix toujours instable, précaire, éphémère. D’autre part, parallèlement à celui-ci, mais conjoint à cette dimension, il contient également l’état d’ébullition permanente que les Humains génèrent régulièrement en raison même de leurs sentiments contradictoires, soit l’expression des intérêts irréconciliables inhérents à leur nature sociale. De tels conflits exacerbés existent bien à l’état de virtualité. Mais leur l’état idéal est la vie solitaire de tout être humain. Cependant, dès qu’il franchit le seuil de la vie en communauté, celle-ci produit l’état d’ébullition des sentiments contradictoires de l’Humain : ils émergent immédiatement pour générer l’incompréhension quasi absolue d’autrui ; ce qui est une figure de pathologie permanente et sans médication de quelque nature que ce soit jusqu’au terme de la vie de tout individu humain ainsi affecté. Dès lors, pour l’ensemble des phénomènes humains, toujours complexes en soi, notre cerveau les dirige et nous avec eux, dans un sens sans parvenir à les réconcilier ou à les accorder de toutes les façons.

Le cerveau humain, source de la lumière de notre vie terrestre !
Donc, les Humains ne sont rien d’autre que des objets que manipule à son aise notre cerveau : il se joue de nous jusqu’à la vie de notre existence, comme les jeux fascinants de l’amour conduisant à la reproduction sexuelle : nous ne décidons rien ; il décide pour nous, mais nous croyons agir suivant l’intentionnalité de notre volonté qui est, elle-même, en son pouvoir. En ce sens, puisqu’il n’y a pas de libre arbitre contrairement à la conception de certains philosophes, comme Descartes, entre autres, du Moyen-âge jusqu’au XXe siècle, la liberté est, donc, un beau concept, une superbe illusion, une croyance aveugle qui nous tient, pourtant, comme un prisonnier dans un cachot.
Koudougou (Burkina Faso) le 1er-juin -2026
[1] Garnier-Flammarion, Paris 2019
[2] In Richard-Alain Jean : « Autour du cerveau, Chirurgie, Pharmacologie, Théodynamie », dans Histoire de la médecine en Égypte ancienne (Cherbourg 19 juin 2023, ISSN 2270-2105)
[3] In Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ? (Éditions Vie, Berlin décembre 2024) Cf Chapitre VIII : Une autre compréhension du cerveau humain par la production effective de son activité I- L’univers abyssal du cerveau humain : ses sciences et ses pouvoirs cachés.
[4] Semir Zeki : Inner Vision An Exploration of Art and the Brain (Oxford Université Press, 18 novembre 1999)
[5] Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, § 212
[6] Éditions et traduction M. Croiset (Les Belles Lettres, Paris 1920)
[7] C’est le schéma métamorphique du cerveau humain en tant que la partie ou la dimension duale abstraite et invisible de celui-ci. C’est, en quelque sorte, le clone du cerveau humain puisqu’il est en tous points identiques à soi tout en étant autre. (In Pierre Bamony : Essai sur le Réunification de la Philosophie et de la Science – De la Philosophie des profondeurs … et de la théorie du tout ?(Éditions Vie, Berlin décembre 2024, pp.113-114)
[8] In Référence /Jokela M. Attractivité physique et succès reproductif chez l’humain : données issues des États-Unis de la fin du XXe siècle. Evol. Hum. Behav. 2009 ;30 :342-350. doi : 10.1016/j.evolhumbehav.2009.03.006. [ DOI ] [ Article gratuit PMC ] [ PubMed ] [ Google Scholar ]
[9] Hu C.-P., Huang Y., Eickhoff SB, Peng K., Sui J. À la recherche de la beauté commune dans le cerveau : une méta-analyse d’études IRMf sur les beaux visages humains et l’art visuel. [(consulté le 11 février 2019)] ; Disponible en ligne : https://www.biorxiv.org/content/biorxiv/early/2018/06/25/081539.full.pdf .
[10] Senior C. La beauté dans le cerveau de celui qui la contemple. Neuron. 2003;38:525–528. doi : 10.1016/S0896-6273(03)00293-9. [ DOI ] [ PubMed ] [ Google Scholar ]
[11] Ito A., Fujii T., Abe N., Kawasaki I., Hayashi A., Ueno A., Yoshida K., Sakai S., Mugikura S., Takahashi S., et al. Différences de genre dans l’activité du cortex préfrontal ventromédian associées à l’évaluation des visages. Neuroscience. 2016;328:194–200. doi: 10.1016/j.neuroscience.2016.04.047. [ DOI ] [ PubMed ] [ Google Scholar ]
[12] In Pierre Bamony : Des pouvoirs réels du sorcier africain-forces surnaturelles et autorités politiques chez les Lyéla du Burkina Faso – (L’Harmattan, Paris 2009, 452 p)
[13] Vincent Albouy, Pollinisation : le génie de la nature, Versailles éditions Quae coll. « Carnets de sciences », 2018, 183 p.
[14] Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) XVII, (PUF, Paris 1)
[15] Selon Thomas Kuhn, historien américain des sciences, la démarche scientifique ne repose pas seulement sur des méthodes explicites et formulables. Elle repose aussi, à un moment donné de l’évolution des sciences – ce qu’on peut nommer la « raison constituée » -, sur des croyances, des valeurs, des habitudes intellectuelles propres à une communauté scientifique d’une discipline scientifique donnée. Dès lors, l’histoire des sciences n’est pas seulement l’affaire de la logique, mais aussi de la sociologie ; voire de phénomènes illogiques, irrationnels.
Le concept paradigme signifie « modèle », selon Kuhn. En d’autres termes, ce terme désigne l’ensemble des présupposés, souvent inconscients car profondément intériorisés, avec lesquels un chercheur aborde ses problèmes. Aussi l’auteur entend contester la prétendue neutralité de la démarche scientifique ; voire son objectivité ou sa rationalité pure.
C’est en ce sens qu’il écrit : « Les paradigmes [Façon de traiter les problèmes partagés par une communauté de chercheurs] ne sont absolument pas corrigibles par les moyens de la science normale [La science en tant qu’elle obéit aux normes d’une époque donnée, au modèle dominant].
En revanche, nous l’avons déjà vu, la science normale conduit finalement à la reconnaissance des anomalies et des crises. Et celles-ci se résolvent non par un acte de réflexion volontaire ou d’interprétation, mais par un événement relativement soudain et non structuré qui ressemble au renversement de la vision des formes. Les scientifiques parlent alors d’« écailles qui leur sont tombées des yeux» ou d’un « éclair » qui a « inondé de lumière » une énigme jusque-là obscure, les rendant aptes à voir ces éléments sous un jour nouveau qui, pour la première fois, permet sa solution ». (In Structures des révolutions scientifiques (1962, Trad. par L. Meyer, Paris coll. Champs, Flammarion, p.172).
[16] Pierre Bamony : Le génie du cerveau humain et ses merveilles. Tome I De l’anthropologie quantique comme ultime survie de l’homme Tome II : Anthropologie quantique et technoscience (L’Harmattan, Paris 2015)
[17] Le sacre du vivant Essai post-darwinien sur l’essence de la vie et son évolution (Ed. Le Temps Présent, Coll. « Science conscience » Agnières 2014, p. 14)
[18] La Malédiction d’Adam – Un futur sans hommes – (A. Michel, Paris 2004)
[19] Parents au singulier – Monoparentalités : Échec ou Défi ? (Autrement, Séries Mutations – N° 134 – Janvier 1993)
