
Qui peut contester Platon quand il affirme que les âmes des êtres humains, après leur chute sur la terre, sont en errance, sans destination précise ni choix ni direction donnée, jusqu’à leur incarnation dans un corps ? Un corps d’emprunt ? Que celui-ci est le choix d’une expérience pré-empirique dont nul ne se souvient vraiment après la traversée du Léthée ou fleuve de l’oubli des expériences antérieures ?
Les conjoints, dans le cadre d’un couple humain, se rencontrent généralement de manière fortuite. Mais ils se choisissent : ils décident d’un commun accord de se marier ou d’inaugurer ensemble une existence en ce monde. Mais, pour combien de temps ? Ils n’ont jamais la clé de cette réponse en eux-mêmes, c’est-à-dire au niveau de leur conscience claire et lucide. Parfois, leur rupture les surprend. Parfois aussi, des circonstances adventices les acheminent, malgré eux, à cette issue. Parfois, enfin, comme le pense Douglas Kennedy, l’agressivité gratuite des femmes inclinent les conjoints à regarder ailleurs pour trouver une autre compagne et fuir l’enfer des querelles stériles quotidiennes. Elles sont l’expression de déplaisirs confus générés par la vie les problèmes d’hormones propres aux femmes après quarante ans. Mais elles ne se rendent pas compte qu’elles poussent inconsciemment leur conjoint dans les bras d’une autre ; surtout autour de la quarantaine ou de la cinquantaine. Dans ce cas, la distance entre les conjoints devient alors trop grande pour être comblée d’une manière ou d’une autre. Le froid d’un hiver intérieur s’installe qui exacerbe les sentiments d’hostilité réciproque, devenus mortifères pour la vie du couple. Il en résulte, dans certains cas, les violences conjugales.
Lire la suite : Vagues méditations sur le couple humainToutes les leçons du monde s’avèrent alors inefficaces pour apaiser les choses ou pour réparer les plaies ouvertes dans les sentiments en déliquescence. Comme à bout de force, au terme d’une impasse, ni l’un ni l’autre ne désirent plus rien faire pour que ça marche entre eux. Pire, inconsciemment ou consciemment, ils se souhaitent la mort ou un sort funeste quelconque pour avoir la paix dans le foyer. Mais, rien ne prouve que ce serait, pour autant, la sérénité. Peut-être est – ce le rêve éveillé de chacun d’un grand nombre de couples, qui voit des nuages blancs flottant dans le ciel comme des cygnes blancs ondoyant sur le sombre, lisse ou souvent « gorgonesque » fleuve de la Vie !
Toutefois, pendant les jours heureux d’une vie de couple soit pendant le temps de leur construction, les conjoints s’apportent mutuellement mûrissement et maturation ; sans s’en rendre compte. Ils se modèlent. Ainsi, l’une peut apprendre à l’autre à regarder le monde d’en bas et l’aider à le comprendre en lui évitant de prendre le chemin du pédant avec les œillères propres à ce genre de personne humaine, malgré le savoir censé corriger ce type de travers. Dans ce cas, on comprend que le mariage ait été une sagesse pour les deux ; et même une forme de folie de l’avoir accepté. Il y a à l’œuvre un esprit de finesse qui a rendu possible le fait de se sculpter mutuellement, comme l’œuvre d’une pédagogie implicite que la nature a, pour ainsi dire, adéquatement façonnée pour ces conjoints en quête de sens ou d’équilibre. Car la vie est vague, immense, imprécise pour chaque être humain. C’est le choix d’un mode d’existence qui lui confère quelque signification en ce monde. Comme le reconnaît Sartre, la vie n’a pas de sens en soi-même ; c’est notre choix, en tant que sujet humain, qui lui confère le sens que nous considérons comme le nôtre et non celui d’aucun autre sujet humain en assumant toutes les responsabilités qui lui sont inhérentes ou qui en incombent : droits et devoirs.
Même quand les conjoints sont aux antipodes par leur travail, leur centre d’intérêt, leur choix d’études, etc., il y a toujours des passerelles qui les relient. Dans la recherche d’un point de jonction et, donc, de vie commune, l’une peut rechercher l’autre en se hissant sur la pointe des pieds pour tendre sans cesse vers le lieu de travail de l’autre, où il se tient pour penser ou pour lire. Sur la pointe des pieds, elle tâche d’atteindre cet endroit de retrait, d’arriver là, près de lui, où des moments furtifs d’humanité sont établis. Mais ces efforts étaient-ils toujours vains ? Étaient-ils parfois comblés en atteignant la conjonction des esprits ou des âmes ? Des sentiments et des émotions ? Des pensées et des désirs ?
Mon Dieu, comme les sujets humains sont complexes, étranges, inconnaissables et impénétrables ? Mais elle ne perdait pas espoir comme une superbe mouche muette qui volette parmi les gens et les fleurs et les livres. Car, parfois, le monde intellectuel est un univers clos, un domaine où il n’est toujours pas aisé d’accéder ; encore moins où il serait facile pour tout le monde de trouver sa voie. Qu’importe ! Qu’il s’agisse du ciel ou de la terre tel que le tableau de Raphaël l’illustre : il a peint symboliquement l’esprit de Platon montrant le ciel du doigt, figure des réalités et des vérités éternelles, et de son disciple Aristote désignant la terre (le bas) comme le lieu de toutes les expériences empiriques, des savoirs matériels. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agi seulement d’une vision du même monde qui nous contient et ne nous sépare que par la mort…
Poèmes fantaisistes pour partager mes moments avec toi ou pour m’immiscer dans les tiens
-1 –
Des profondeurs des instants furtifs,
Entre le silence ou l’absence de l’être aimé,
On se prend à s’interroger sur tout.
Est-ce l’effet de doutes métaphysiques transitoires
Ou bien l’expression intime de nos failles
Ou de nos fêlures ?
Ces vides, ces interstices invisibles où
Suintent les douleurs de l’authentique
Expérience existentielle,
Ne peuvent être suturées par les
Superbes pouvoirs de la raison.
-2-
Quelque part entre la vision et le verbe,
Entre le flux souillé et obscène, parfois, de nos mots,
Et la première étoile dans le ciel ténébreux ;
Les grands phalènes autour du fantôme des fleurs,
Fruits de rêveries instantanées,
S’étend le clair-obscur espace où moi et non moi
Se cherchent ; continûment.
-3-
Cependant me rappelle,
De l’autre lointaine rive marine,
La longue Sagesse de l’Amour qui,
Même s’il ne sait se dire verbalement – les mots dits
Sonnent souvent faux et creux -,
Vit, palpite toujours au fond de mon moi
Ineffable. L’homme paraît un monstre froid,
Mais il est illuminé par la force discrète de l’amour.
-4-
Cette Sagesse de l’Amour, attentive au vent,
Qui emporte les pensées intimes au loin,
Se tient dans l’espace clair
Entre mon rêve et le silence de l’absence.
Alors, je vois tous les biens évanescents
Comme les douleurs et les joies qui
Habillent les mots.
-5-
Mais ils sont brillants dans les pensées
Telles les gentianes dans l’herbe de ton Combeau,
Souvenirs de temps heureux :
Bleues, inviolées, mais fécondes et prêtes à s’ouvrir.
Dans ce vallon et son ciel bleu foncé,
L’éclat du soleil illumine
Ces énormes montagnes étincelantes :
Comme le rêve d’un printemps radieux.
C’est la place claire entre le rêve et le silence
De mon exil volontaire sous les tropiques.
Ouagadougou le 16-4-2022 (fin d’un après-midi orageux)

Il est des heures où les cieux eux-mêmes semblent se liguer contre notre volonté de paix intérieure
