DES SCIENCES ANTIQUES COMME INSPIRATRICES DES SCIENCES MODERNES ET CONTEMPORAINES : LES SCIENCES MÉOPOTAMIENNES, BABYLONIENNES ET ÉGYPTIENNES

L’origine de la science vient des données empiriques, des techniques élémentaires jusqu’à son élévation au niveau de la raison qui lui confère sa forme élégante
Une brève introduction
Le genre humain a toujours pensé son environnement depuis l’acquisition de sa conscience, comme en témoignent les fresques préhistoriques. Mais c’est seulement quelques siècles avant l’ère chrétienne, tout au plus un millénaire, qu’a commencé à se former une véritable pensée scientifique, au croisement de diverses traditions et de l’influence des grandes civilisations. C’est le cas de la civilisation mésopotamienne, de l’égyptienne, de la chinoise, de l’indienne et, plus tard, de la grecque. Mais on peut s’en tenir à trois d’entre elles pour montrer, schématiquement, l’intrication de leurs apports et de leurs influences propres au progrès du genre humaine à travers le temps dans le domaine des sciences. Il s’agit notamment de la Mésopotamie, de l’Égypte ancienne et de la Grèce.
I- Des sciences premières et fondamentales mésopotamiennes et babylonienne s
C’est le sumérien qui devient pour la première fois une langue écrite, vers 3300 av. J.-C. Cette écriture fut utilisée au début pour le commerce. Des pictogrammes représentaient des objets et petit à petit, le besoin s’est fait sentir d’étendre le système. L’étape suivante, qui fut le début de l’établissement d’une véritable langue écrite, fut d’associer les sons à des pictogrammes et enfin de ne les associer qu’à des sons, offrant ainsi l’équivalent écrit d’une langue parlée. L’invention de l’écriture est une chose très importante pour la préservation et la transmission des idées. Le support d’écriture en Mésopotamie était l’argile présente sous de nombreuses formes, en tablettes bien sûr, mais aussi en forme de cylindres ou de prismes
C’est sur des tablettes d’argile babyloniennes qu’on trouve la trace des premières mathématiques. Les quatre opérations de base se faisaient à l’aide de tables et la résolution de problèmes pratiques à l’aide de mots détaillant toutes les étapes. Bien que ces méthodes n’étaient pas pratiques à l’usage, elles avaient le mérite de fonctionner et de permettre de résoudre des équations allant jusqu’au troisième degré. Pas plus qu’en Égypte il ne semble y avoir eu de théorisation de ces algorithmes. On ne donnait que des exemples empiriquement constitués, certainement répétés par les élèves et les scribes. À ce titre, il s’agit donc d’un savoir-faire empirique, transmis comme tel, et non d’une science mathématique rationnelle. Cependant, cette algèbre ne sera pas étendue et il faudra attendre les travaux des mathématiciens musulmans pour développer cet aspect des mathématiques.

Toujours pour le commerce, il était nécessaire de nommer les animaux et les plantes. Mais ils ne se limitèrent pas à une simple énumération, ils les classifièrent et cela dépassait le domaine simplement marchand. C’est ainsi que des centaines d’animaux et plantes sont classifiés en « règnes » (les poissons, les crustacés, les serpents, les oiseaux ou encore les quadrupèdes).
Les Mésopotamiens connaissaient plusieurs maladies et avaient des remèdes pour chacune d’entre elles. Des textes et manuels médicaux avaient même été écrits, mais il semblerait que l’expérience du médecin était la plus importante. Les remèdes, à base de drogues végétales comme des racines mais aussi de minéraux comme le sel, côtoyaient la magie. À cette époque, on pensait par exemple que certaines plantes devaient être cueillies à certaines dates, administrées un certain nombre de fois (des chiffres comme le 3, le 7 et leurs multiples étaient très prisés). La récitation d’incantations faisait aussi partie du remède. Tout cela s’explique très logiquement par le fait qu’en ces temps, on pensait que les maladies étaient d’origine divine. Ainsi, si l’on désirait soigner le malade, il fallait apaiser les dieux.
Des cartes géographiques sont également réalisées, comme celle de la ville de Nippour (qui fut même utilisée par les archéologues explorant les vestiges de la cité). Une carte du monde fut même retrouvée, plaçant Babylone au centre et les distances représentées par la durée du voyage et non par les distances réelles.
II-Sciences égyptiennes
L’Égypte ancienne, tout comme la Mésopotamie, est issue de la lointaine civilisation du Néolithique. Son existence et son maintien s’étendent sur plus de 3 000 ans. La civilisation égyptienne est liée à un lieu géographique unique qui la fonde entièrement : la vallée du Nil. C’est le Nil qui, par sa crue, apporte l’eau et le limon, c’est-à-dire la vie. L’irrigation/ drainage, technologie sophistiquée pensée à l’échelle du pays tout entier, permet le contrôle de l’inondation. L’existence d’une alternance entre années de bonnes et de mauvaises crues nécessite le stockage et la redistribution à l’échelle du pays, donc, dès 3000 av. J.-C., donc l’écriture. L’État s’organise à partir de nombreux fonctionnaires (scribes, prêtres, militaires) formés dans des écoles (l’école d’élite du kep fournit même un enseignement de haut niveau). Certains fonctionnaires, dans les Maisons de Vie, sont de véritables chercheurs pluridisciplinaires, en mathématiques, en astronomie, en médecine. Les scribes ne se cantonnent pas à l’empirisme, ils procèdent à une certaine conceptualisation des problèmes.
En mathématiques, le nombre pi est utilisé, depuis le Moyen Empire et probablement bien avant sous l’Ancien Empire, pour calculer l’aire du cercle : on lui attribue la valeur de 4 × (8 / 9) × (8 / 9), soit 3,16, ce qui donne sur pi une précision de 0,6 % (voir la Quadrature du cercle). Les pyramides sont orientées par rapport à la course du Soleil (équinoxe) avec une précision de quelques minutes d’arc. C’est à Alexandrie, justement, que viendront se former les scientifiques grecs, et Euclide passera sa vie en Égypte, Thalès et Pythagore y étaient venus, Platon aussi semble-t-il. Mais les Égyptiens ne développent les sciences que dans une perspective pratique (construction architecturale, administration), et ne s’engage pas dans un examen « scientifique » du monde. De surcroît, ce n’est qu’avec les Grecs qu’apparaîtront les démonstrations. Certains auteurs[3], sans remettre en question l’idée d’une rupture nette entre science égyptienne et science grecque, soulignent qu’on ne peut dénier aux sciences égyptiennes toute conceptualisation sans en avoir fait la démonstration par l’examen détaillé des textes. Ces thèses sont encore assez peu reconnues par la communauté des historiens des sciences[4].

Alchimie des sciences des astres ou de l’astronomie
L’ingénierie égyptienne atteint une impressionnante efficacité : les Égyptiens ne mettent que trente ans à construire chacune des grandes pyramides. Le nombre d’ouvriers nécessaires, le volume de pierres à amener, le transport depuis les carrières, l’infrastructure nécessaire à la réalisation (rampes), la quantité de nourriture à apporter aux ouvriers, tout est calculé. La précision de la technique de taille des pierres, aussi, est réellement impressionnante et on ne comprend toujours pas comment les 20 000 ouvriers de la pyramide de Khéphren (que nous connaissons désormais par les fouilles) sont parvenus à rendre parfaitement jointifs des blocs aussi énormes en les montant là où ils se trouvent. Les temples, les obélisques et les tombeaux sont tout aussi impressionnants. Les scribes calculaient vite et bien, les ouvriers travaillaient vite et bien. Contrairement à une croyance tenace, l’esclavage n’existait pas en Égypte[5] : ces ouvriers, détenteurs d’une haute technicité, sont particulièrement choyés[6] par les pharaons.
Du fait de la pratique de l’embaumement, les médecins égyptiens ont une connaissance approfondie de l’intérieur du corps humain. Ils ont identifié et ont décrit un grand nombre de maladies dont ils ont trouvé ainsi les traces. Ils sont compétents en médecine cardiologique, gynécologique, des yeux, des voies intestinales et urinaires. Ils pratiquent avec succès des opérations. Ils sont les plus réputés de leur époque et on fait largement appel à eux, y compris depuis l’étranger. Comme pour les mathématiques, ils ont enseigné leur savoir oralement et au moyen d’un certain nombre de papyri (papyrus Ebers, papyrus Edwin Smith, papyrus Carlsberg). Ce n’est pas un hasard si les médecins grecs, comme leurs collègues mathématiciens ou astronomes, sont venus se former dans la Maison de Vie de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie.
L’astronomie égyptienne, outre la cartographie du ciel, maîtrise la description précise du mouvement du Soleil et le calcul exact des éphémérides. Le zodiaque, dont nous avons hérité, n’est autre que le calendrier des saisons égyptiennes[7]. Le calendrier pratique de 365 jours 1/4 est différent du calendrier administratif civil de 365 jours, le moment le plus important en est le lever héliaque de Sothis (Sirius), qui coïncide avec le début de la crue du Nil (le Verseau). Il s’agit bien d’astronomie, sans aucune arrière-pensée liée à l’astrologie, pratique qui sera introduite sur le tard par les Grecs.
La science égyptienne a nourri la science grecque à Alexandrie. Les Égyptiens sont, via les Grecs, l’une des sources de la science moderne.
Dans l’Égypte antique, de nombreux fonctionnaires, comme les scribes, les prêtres, les militaires sont formées dans des écoles. Certains de ces hauts fonctionnaires dans les Maisons de Vie, sont de véritables chercheurs pluridisciplinaires en mathématiques, en astronomie, en médecine, etc.
Mieux, la géométrie égyptienne, comme on le reconnaît volontiers dans les temps contemporains et par les milieux compétents ou savants, est en réalité la plus ancienne des géométries. En outre, elle est correcte. Elle comprend tout ce dont la géométrie moderne est faite. En ce sens, il n’est pas exagéré de reconnaître qu’elle est la mère de toutes les géométries recensées à ce jour. Les Anciens égyptiens ont inventé la géométrie autant que les outils nécessaires aux usages qu’ils en faisaient. C’est le cas du compas, de l’équerre, des règles, etc. Certes, l’Égypte a compté de grands géomètres. Toutefois, aucun grand de savants n’a pu passer à la postérité comme les savants grecs. Or ceux-ci ont tiré l’essentiel de leurs sciences de la géométrie de l’Égypte, mère d’un grand nombre de sciences modernes et contemporaines.

III-Sciences grecques
Les sciences grecques héritent du savoir babylonien et, directement à Alexandrie, des connaissances scientifiques égyptiennes. Elles s’organisent autour des centres d’échanges que sont les grandes villes des colonies grecques, qui entourent alors le bassin méditerranéen. Les sciences grecques entretiennent un lien étroit avec la spéculation philosophique : la logique est née de la question de la cohérence du discours ; la physique de celle du principe de toutes choses.
Il n’y a d’ailleurs pas de frontière nette entre la science et la philosophie. La plupart des savants sont à la fois scientifiques et philosophes, pour la simple raison que la science n’est pas encore formalisée. Tout comme la philosophie, elle utilise exclusivement la langue naturelle pour s’exprimer. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard avec Galilée que la science se formalisera, et commencera à se détacher de la philosophie. Cependant, on distingue deux grands mouvements de pensée, engendrés par deux écoles dont les influences s’entrecroisent :
– le monisme, ou idée de l’unité du monde pris dans sa totalité, historiquement introduit par les Milésiens, propose une vision d’un monde s’organisant à partir d’un principe générateur (en découlent quelques aspects de la pensée atomiste et du matérialisme).
-le formalisme, historiquement introduit par l’école pythagoricienne, propose une vision mathématique d’un Cosmos ordonné par les nombres, où la composante mystique est bien plus explicite puisque le nombre est une sorte d’idée du dieu (l’atomisme découlerait également du pythagorisme, dès lors que le nombre devient une entité corporelle).
Les deux courants portent en eux un attachement très fort à l’expérience. On parle de science « contemplative » pour désigner l’attitude antique des scientifiques grecs. L’astronomie en est l’exemple parfait.

L’étonnement ou l’émerveillement face aux phénomènes de la nature est le père de la philosophie, première de l’histoire de l’humanité
Les Grecs sont considérés comme les fondateurs des mathématiques, car ils ont inventé ce qui en fait l’essence même : la démonstration. Thalès est parfois considéré comme le premier philosophe qui eut l’idée de raisonner sur les êtres mathématiques en eux-mêmes, sans plus s’aider de figures empiriques. L’arrivée de la preuve mathématique est certainement liée à l’installation de la démocratie et à la nécessité de démontrer la véracité de son discours, mais c’est avec Euclide qu’elle apparaît comme une composante intrinsèque de la pensée mathématique. On notera aussi que les mathématiques grecques sont avant tout de la géométrie et de l’arythmique. Sur les treize livres des Éléments d’Euclide, qui constituent une somme des connaissances mathématiques du IIIe siècle av. J.-C., neuf sont consacrés à la géométrie et quatre à l’arithmétique. Il est donc essentiel de comprendre que, pour les Grecs, le calcul ne fait pas partie des mathématiques. C’est l’affaire des comptables — les « logisticiens » suivant le mot grec — et les Grecs sont d’ailleurs de très piètres calculateurs. Le calcul sera avec l’algèbre l’une des grandes avancées des mathématiques arabes.
On peut retenir parmi les savants Grecs les plus connus, dans l’ordre chronologique, Thalès, Pythagore, Hippocrate, Aristote, Euclide, Archimède.
Conclusion
Comme on peut le constater par soi-même, au fond, depuis la plus haute antiquité, l’essentiel des sciences a été inventé par les premiers Humains conscients de soi-même et des univers dans lesquels notre planète est elle-même plongée. C’est pourquoi le sens de la sagesse l’Ecclésiaste I,9 (Ancien Testament) paraît d’une vérité incontestable. Le genre humain n’invente rien de nouveau : il amplifie, perfectionne, développe seulement ce que l’on sait depuis des millénaires. La science dont on s’émerveiller aujourd’hui tient son éclat de la technologie. D’où la maxime de l’évidence de sa maxime suivante : « Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire ; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise : Vois ceci, c’est nouveau ! Cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés… » Ainsi, notre cerveau a déjà programmé, avant nous, contemporains du XXIe siècle, tout ce que nous sommes déterminés à connaître, à vivre sur la terre avant notre disparition totale et définitive de sa surface.

Les trous sont-ils des objets de la science ou de la raison spéculative ?
