Questions IV – Comment voyez-vous l’avenir de l’Afrique noire dans la mondialisation économique en cours ?

L’Afrique, passé et futur du genre humain

Je vais répondre cette ultime question suivant deux axes :

1- Ce qu’il faut dépasser pour changer la nature des choses de manières essentielle : la question des mentalités culturelles, conditions du progrès

2- Les changements nécessaires au progrès et au développement de l’Afrique noire

    De manière générale, les cultures des peuples noirs sont fondées sur le bel accueil de l’étranger, quel qu’il soit. Inversement, par rapport à cet état d’esprit qui leur a couté bien de misères au cours de leur histoire, c’est partout l’hostilité des autres êtres humains envers leur personne jugée de manière injuste ; et même par rapport à leurs cultures. A l’inverse, cet amour de l’autre, l’étranger, a généré un sentiment d’hostilité terrifiante à l’égard de leurs frères, de leurs semblables par la couleur de la peau. Ce sentiment d’hostilité réciproque se fonde sur la croyance que le frère a autant de moyens occultes que moi de me nuire s’il le veut. Ce n’est pas le cas de l’étranger qui ignore qui je suis réellement au-delà de ce que je lui laisse paraître de ma personne.

       C’est pourquoi jamais les peuples noirs n’ont chassé, de manière globale, des étrangers originaires d’autres continents, même quand ils se comportent chez eux comme des maîtres, des dominateurs qui manifestent au grand jour leur sentiment de racisme tels les Orientaux, notamment des Libanais en Côte d’Ivoire que Félix Houphouët-Boigny avait accueillis en masse de bon cœur ou par humanisme pendant la guerre civile du Liban dans les années 1975 à 1990. Il en est de même des Chinois de nos jours. Pire, des pays africains n’hésitent pas à chasser leurs frères africains quand ils rencontrent des difficultés économiques ou politiques. Ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, du Nigéria ou de l’Afrique du Sud, etc.

      Je le répète, le frère est donc méprisé et combattu sur tous les plans : forces obscures, manipulations et crimes politiques etc., quand il est porteur d’un projet qu’il voudrait réaliser dans l’intérêt de ses frères, de son pays ; ou tout simplement pour créer des emplois, donner du travail aux chômeurs. On voit d’un mauvais œil, à travers son projet, la réussite du semblable du fait de la jalousie «tueuse ». Donc, on s’emploiera à faire échouer son entreprise ou, au pire, à le tuer lui-même sans effusion de sang. Ce phénomène s’explique par l’usage de forces occultes du cerveau. Le sorcier lui-même parle de son sang qui est le siège d’entités invisibles nocives qui le dominent et l’inclinent à faire le mal, parfois malgré lui. Grâce à l’énergie de ces forces, un sorcier peut pénétrer dans le corps ou l’être tout entier de sa proie pour provoquer une cachexie, terme scientifique de ce fait. Il s’agit d’un trouble profond de toutes les fonctions vitales de l’organisme sans étiologique physique. Il s’accompagne de fatigue générale et entraine la mort de la personne visée. Tous les peuples comptent parmi eux des individus qui possèdent de tels pouvoirs occultes ou énergie négative du cerveau.

   Au sujet de la jalousie pernicieuse et perverse par rapport à l’entreprise d’autrui et, donc, au désir de lui nuire, je m’en tiendrai à un exemple. Un burkinabé vivant en Allemagne, avait décidé de prendre sa retraite à Koudougou, sa ville natale. Il ne revenait pas chez lui les mains vides. Il avait mobilisé de grands moyens financiers et matériels pour construire une ferme laitière afin de pouvoir satisfaire les besoins de la population de cette ville en termes de lait ; surtout de lait frais au lieu du lait en poudre ou en boîtes de conserve qu’on consomme couramment. Il avait acheté des vaches laitières et pu commencer à faire fonctionner son entreprise. Un jour, s’étant absenté pour s’occuper de son troupeau à la lisère de la ville, des individus malveillants, haineux et jaloux du succès de son affaire y mirent le feu. Quand il comprit qu’il s’agissait d’un acte libéré, il retourna précipitamment en Allemagne sans avoir pu vendre son bétail ni son fonds de commerce, puisque tout avait été consumé par le feu. Il n’est jamais revenu chez lui. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un panneau indiquant l’endroit où se produisait le lait frais. Des faits comme celui-ci, j’en connais un grand nombre à travers des pays de l’Afrique de l’Ouest. Malgré ces données odieuses, on entend des chefs d’Etat souhaiter que leurs concitoyens de la diaspora rentrent chez eux pour investir sans prendre des précautions pour protéger et leurs biens et surtout leur vie. Sans ces précautions, ce serait les envoyer à l’abattoir sur l’autel des mondes d’Erebos.

  Donc, il faut absolument, par-delà le sentiment familial, l’attachement à la communauté, au clan, à la tribu, que les Africains s’efforcent de modifier leur perception vis-à-vis de leurs semblables en les accueillant de bon cœur, comme ils savent accueillir l’étranger. Se changer en changeant de monde et le monde, c’est-à-dire les réalités humaines locales sous l’angle de la pensée objective, est la condition nécessaire pour amorcer ensemble le développement économique et le progrès dans tous les domaines des activités. Sans cette nécessaire mutation des mentalités, toutes les transformations qu’on pourrait entreprendre ne serviraient à rien sur place : ce serait toujours le retour récurrent de l’entropie dont les mentalités sont pétries. La preuve : le passage et la bonne gestion de Mathieu Kérékou à la tête du Benin, les réformes saines en termes économiques et sociales des Capitaines Jerry Rawlings (Ghana) et de Thomas Sankara (Burkina Faso) n’ont pas été suivies d’effet durable. Le désordre, la corruption et la mauvaise gestion des affaires de l’Etat ont repris de plus belle par leurs successeurs après leur passage. En ce sens, les militaires au pouvoir, s’ils sont patriotes et aiment leurs peuples, se mettent au service de ceux-ci, valent autant que les civils. Le pouvoir civil n’est pas forcément la marque de l’exercice conforme et de l’application rigoureuse de la démocratie en Afrique noire. C’est même, jusqu’ici, l’échec permanent de la mise en application souveraine de la démocratie.

     Ainsi, comme je l’ai déjà souligné ci-dessus, il est manifeste que, d’ordinaire, les peuples africains sont prêts à dérouler le tapis rouge pour accueillir l’étranger, surtout s’il a la peau claire, même si celui-ci vient pour les exploiter, pour s’accaparer leurs richesses à leur détriment. En fait, tout se passe comme si les peuples africains consentent eux-mêmes à être exploités, humiliés ; à être soumis à la rudesse de l’autre, à son mépris, à sa domination. Dans mon livre, j’ai mentionné l’observation et la révolte de Ryszard Kapuscinski, un journaliste polonais, qui avait parcouru le continent africain pendant de longues années et dans tous les sens en vue d’apprendre à connaître les peuples de ce continent. Voici ce qu’il ce rapporte de la soumission des Africains aux étrangers même quand ils sont exploités, spoliés, humiliés. « « Quand on lève les yeux, on voit sur les pentes des collines surplombant la vallée, à l’ombre des manguiers, sous les parasols transparents des acacias et des palmiers déchiquetés, des Arabes qui bivouaquent. Ce sont des marchants d’or venus du Sahara, du Niger, de N’Djamena et de Nubie. Vêtus de djellabas blanches, coiffés de turbans couleur de neige joliment enroulés, ils sont assis à l’entrée de leurs tentes. Désoeuvrés, ils boivent du thé, fument des narguilés décorés. De temps en temps, un Noir éreinté, tout en muscles, s’extirpe du fond du ravin grouillant de monde. Il s’accroupit devant un Arabe, sort une boule de papier, la déplie. Sur son fond froissé gisent quelques pépites de sable doré. L’Arabe les observe avec indifférence, les pèse, les compte. Il dit un prix. Le Noir, le Camerounais tout barbouillé, maître de cette terre et de cette rivière, car c’est tout de même son pays, son or, n’a pas à discuter, à surenchérir. L’Arabe suivant lui proposerait la même somme dérisoire, et ainsi de suite. C’est un monopole » (In Ebène – Aventures africaines Trad. Véronique Patte- Plon, Coll. « Feux croisés », Paris 2000, p. 268).

L’Afrique, un continent toujours en souffrance

    Donc, en vertu de ces faits, qui peut, avec raison et en fonction de l’histoire des peuples noirs, oser contester un tel état de fait permanent ?

    Je le répète : jamais aucun autre peuple de la terre n’a autant souffert que les Noirs au cours de l’histoire moderne de l’Homo sapiens. Les Juifs, qui ont connu une infortune semblable à celles des peuples noirs, comme je l’ai montré dans mon livre, ont réussi à mettre un terme à leurs souffrances millénaires ; surtout en Israël, leur pays grâce à leur puissance dans le monde. Grâce à leur Organisation internationale créée aux Etats-Unis d’Amérique, l’AIPAC, soit l’American israel Public affairs Committee, qui est le plus puissant lobby juif au monde, ils sont devenus libres et souverains. Plus personne n’osera désormais les humilier comme auparavant.

     Pour ce qui est des Noirs, tout le monde tâche d’empêcher qu’ils s’unissent réellement craignant qu’une telle unité ne bouleverse la donne dans le monde. Par le « Pacte colonial » ou encore par la France-Afrique dans la zone francophone (mais il n’y a pas que ceux-ci), on ne cesse de les spolier et les prix de leurs matières premières sont fixés à leur insu. Car les élites politiques et économiques elles-mêmes sont infoutues de créer des industries de transformation pour générer une plus value de leurs matières premières. Il en est de même des produits agricoles d’exportation comme le cacao, l’hévéa : on en parle depuis les fameuses indépendances, mais rien ne se réalise concrètement. C’est le cas du projet de transformation des produits bruts du café et du cacao sur place dont parlent de longue date les élites politiques du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Sans doute, attendent- elles la fin du monde pour s’activer et réaliser effectivement de tels projets de transformations des matières premières, entre autres !

    Enfin, il convient d’envisager autrement l’assistance matérielle et financière que les actifs apportent aux proches, en dehors des parents en cas de dénuement. Celle-ci ne doit pas constituer un investissement à perte ni continuer à créer des parasites dans la société. Même les sociétés traditionnelles n’ont jamais toléré la présence en leur sein de parasites. Au contraire, elles incitaient les individus à devenir matériellement autonomes, c’est-à-dire à se suffire matériellement à eux-mêmes par leurs propres efforts, leur investissement dans le travail personnel. Il y avait alors de la place pour chacun et pour tous quant à la création de parcelles à mettre en valeur. Les particuliers avaient, ainsi, la possibilité de participer librement aux dépenses communes. Donc, de nos jours, l’assistance que les actifs apportent aux plus démunis, comme les écoliers, élèves et étudiants etc., doit être provisoire ; jamais définitive. Autrement, elle devient nuisible aux uns et autres : aux actifs, d’abord, qui ne peuvent, par leurs seuls efforts ou moyens financiers, résoudre les problèmes de tous, satisfaire à leurs besoins vitaux ; ensuite, aux nécessiteux eux-mêmes qui, ayant à manger tous les jours à leur faim, en viennent à ne plus penser à travailler pour devenir, à leur tour, autonomes. Beaucoup de gens sont contraints de le faire dans les villes, mais presque jamais dans les villages, de peur d’être tués par l’effet de la sorcellerie des uns ou des autres du fait de leur manque supposé de générosité, voire d’assistance à autrui soit les frères ou sœurs au sens général, qui seraient dans le besoin. Donc, la confiance en l’autre, le frère africain est alors toujours très problématique pour la raison suivante. Il s’approche d’un individu fortuné soit pour l’escroquer ou pour en tirer quelque bénéfice matériel, soit pour lui nuire aisément en étant très proche de lui. En raison d’une telle intimité, il peut l’empoisonner, ou le tuer par les moyens  sorcières du meurtre sans effusion de sang, etc.

L’Afrique, un continent qui échappe toujours à ses dirigeants et au destin de ses peuples

2 – Les changements nécessaires au progrès et au développement économique de l’Afrique noire

    Je l’ai déjà dit et je le répète, les Noirs sont, de manière générale, réduits à l’impuissance. Il suffit de remarquer comment les pays d’Asie du Sud-Est s’en sortent fort bien. Ils ont acquis leur liberté au prix de longues guerres acharnées, comme le Viet Nam (1945 à 1975), soit 30 ans d’atrocités. Ils ne craignent aucun autre pays puissant de la Terre. Ils ne sont aliénés par aucun « Pacte colonial » à l’instar des pays de l’Afrique noire. Ils sont souverains et libres. Ils brillent dans la maîtrise des données économiques, le développement et les progrès technologiques contemporains.

     Dès lors, sans perdre leur âme de peuples bienveillants envers l’étranger, l’Afrique noire s’en sortirait tout aussi bien que les pays d’Asie comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud et bientôt le Viet Nam etc., si ses enfants disent Non, eux aussi, à toute forme de domination, d’humiliation, de soumission aux puissances étrangères. Avec celle-ci, on doit désormais instituer ou négocier une nouvelle forme d’échange fondée sur l’égalité des partenaires, soit un partenariat équilibré. A cet effet, on peut compter sur les générations de demain pour changer fondamentalement et durablement la nature des choses dans chaque pays, chaque communauté, chaque clan, chaque tribu. Car l’organisation de la population israélienne en tribus n’a pas empêché son triomphe dans le monde. A défaut d’obtenir une mutation essentielle des mentalités de la majorité des peuples noirs contemporains, il faut miser sur une éducation d’excellence et performante comme en Chine en vue de faire en sorte que la lumière, c’est-à-dire la figure essentielle de l’intelligence des générations africaines de demain soit, enfin, effectivement possible.

     Sans cette transformation heureuse et fondamentale, le statut quo d’Etats sous-développés, qui caractérise les pays de l’Afrique noire parce que leurs présidents dilapident constamment leurs richesses produites en endettant leurs peuples par leur gourmandise égoïste, à leur insu. Pire, au lieu de dépenser cet argent public volé dans les caisses de l’Etat dont les peuples pourraient tirer profit de quelque miettes, ils préfèrent acheter des châteaux en France pour eux seuls et leur famille comme ce pitre fameux Jean-Bedel Bokassa, soi-disant empereur de Centre Afrique, qu’on a vite fait d’oublier aujourd’hui. Et ses semblables contemporains subiraient le même sort, tôt ou tard. Les pays africains risquent, donc, de connaître la désagrégation totale, puis la régression sous la pression des forces terroristes de DAESH, figure du danger imminent de la zone sahélienne sans la présence des armées françaises ; présence que certains désapprouvent sans pouvoir les remplacer dignement pour défendre les intérêts en danger de leurs pays respectifs.

    On est en droit de se demander ce que font ces pléthores de militaires de chaque pays pour que les chefs d’Etat et leurs « armées mexicaines » se laissent humilier tous les jours par une poignée de terroristes. Même un immense pays comme le Nigéria et ses pléthores de militaires, est souvent humilié par ces groupes terroristes au Nord du pays. Ce ne sont pas les militaires qui sont victimes de ces attaques fréquentes, mais la société civile dont les femmes et les enfants. Hélas, les chefs des Etats de l’Afrique de l’Ouest ne sont pas encore tout à fait conscients de ce danger qui pourrait provoquer l’émergence d’un état de nature dans cette zone et qui balayerait ces chefs d’Etats eux-mêmes sans tergiverser un instant. A la place, les terroristes construiraient des petits califats dont ils deviendraient les chefs pour le pire quant au sort des peuples de l’Afrique noire. La désorganisation de l’Etat somalien par des groupes terroristes, les Chebabs, pays devenu aujourd’hui ingouvernable, est un exemple manifeste pour les chefs des Etats de l’Afrique subsaharienne. Aucune réconciliation ne doit être envisagée avec ces groupes terroristes qui recherchent le pouvoir, rien que le pouvoir ; la religion n’étant qu’un prétexte. Aucun dieu n’a jamais dit à qui que ce soit de tuer les autres êtres humains pour la seule raison qu’ils sont différents ou qu’ils ont une religion différente. Il est possible d’éviter un tel scénario catastrophique. Car il faut conserver les Etats tels qu’ils sont reconnus par l’ONU pour envisager le changement profond de ce continent.

     C’est en ce sens que les pays de l’Afrique noire peuvent, eux aussi, avoir leur place au soleil des économies dynamiques, à la seule condition de se débarrasser de leurs scories, de leurs failles et faiblesses. Il importe qu’adviennent de nouvelles élites politiques et économiques patriotes et courageuses, comme Thomas Sankara, aimant leurs peuples pour changer la physionomie des choses. Avec elles, ce serait alors la possibilité de la naissance d’une nouvelle vision du monde, d’une gestion rationnelle des biens publics de leur Etat en vue du développement et du progrès de leurs peuples. Elles n’auraient pas besoin d’aller bien loin pour trouver tout ce qui est nécessaire à une économie novatrice. Car tout se trouve déjà sous leurs pieds : il suffit de creuser le sol. A cet effet, elles peuvent se fonder sur l’exemple de l’empereur Mutsuhito avec son ère Meiji, soit le « gouvernement éclairé » (1868-1912). En fait, devant les menaces régulières des pays occidentaux dont les Etats-Unis d’Amérique, celui-ci favorisa l’entrée organisée et volontaire du Japon dans l’ère industrielle. Bien que son pays fut soumis aux pressions étrangères, il s’agissait pour le Japon de se moderniser au plus vite, afin de traiter d’égal à égal avec les Occidentaux pour éviter de tomber sous leurs dominations. Mais, les Japonais, devenus les égaux des Occidentaux, n’ont pas, pour autant, rejeté leurs traditions qu’ils continuent à vivre pleinement dans l’espace privé.

    Il pourrait en être, ainsi, de ces élites africaines éclairées et libres de demain dont je parle : signer un nouveau partenariat avec les pays du Nord pour acheter leurs Brevets en vue d’un développement endogène visant non pas à la concurrence féroce et stérile des produits usinés dans le monde : le marché n’est pas extensible à l’infini, on le sait bien. Ces élites et la nouvelle donne qu’ils institueraient viseraient à atteindre l’autarcie des pays africains dans tous les domaines. En revanche, ils établiraient un usage rationnel et équitable des matières premières nécessaires au fonctionnent des industries du Nord comme une nouvelle modalité d’échange avec le reste du monde. A cet effet, il importe, désormais, de créer une économie de complémentarité, soit l’échange des biens et des richesses des uns et des autres, comme je le soutiens dans mon livre. J’entends sous cet angle qu’il faut désormais renoncer à l’économie de la concurrence qui est stérile, égoïste et mortifère, dans l’intérêt des générations futures auxquelles les Humains contemporains ne pensent pas beaucoup. Ainsi, les vagues d’émigration des jeunes africains ou des adultes avec leurs enfants prendront rapidement fin, tout autant que les noyades dans la Méditerranée. Et les Africains seront désormais respectés au même titre que les autres peuples de la terre.

     L’Europe, le premier partenaire économique de l’Afrique – elle le resterait aussi longtemps que possible -, doit penser sérieusement à cette solution au lieu de livrer à la vindicte populaire les émigrés. Ceux-ci sont devenus la thématique démagogique récurrente des campagnes politiques dans toutes les élections ; ce qui permet à de petites personnes d’accéder à des places dans des partis politiques pour vivre de l’argent public. Car l’Afrique veut la paix avec le reste des Humains sachant que notre Commune Terre est un Bien indivis et non pas une propriété de quelques peuples que ce soit ou de quelques individus égoïstes, entre autres, les grandes fortunes financières du monde. En France, certains individus doivent leur grande fortune à l’Afrique noire, notamment francophone, en réussissant à tromper sciemment la naïveté des chefs d’Etat de cette zone du monde. Pour autant, sans aucune reconnaissance du ventre, ils continuent à manifester leur mépris par rapport aux Noirs en ce pays. Comme on le constate aujourd’hui, la pollution est devenue un mal universel : nul être humain n’est à l’abri de ses effets morbides ou cancérigènes. De même, la santé de notre commune Terre, qui nous a fait émerger sur sa surface, par l’usage équitable de ses richesses, est un Bien pour nous tous, membres du genre humain.

     Je soutiendrai que les peuples de l’Afrique noire aspirent à une telle philosophie du partage des biens que la Terre nous offre gratuitement et que nous gaspillons continûment par orgueil, vanité et démesure. Car il faut se rendre à l’évidence que nul être humain n’est au-dessus d’un autre quant au destin de chacun qui doit sortir de la vie par la mort quelque jour prochain. Et nul être humain ne mourra en emportant ses richesses avec lui dans cet état de mutation biologique. Par finir, celles-ci appartiennent à la terre seule, reviendront à la terre seule, même si les vivants en tirent quelque jouissance ou profit éphémères.

L’Afrique, un contient futur de l’humanité universelle ?

FIN

        En chemin vers la transcendance du genre humain : rupture et discontinuité avec l’ancien monde

I – La maldonne du genre humain : conflits, guerres, cruauté et maltraitance verbale : quand l’animal triomphe en l’être humain 

     Les membres du genre humain n’ont jamais pu se supporter sur la terre qui les a faits émerger du néant. Aussi loin qu’on puisse remonter dans son passé, son histoire nous montre à quel point la cruauté l’a toujours emporté chez lui sur la conduite morale ou raisonnable. Son premier mouvement vers l’autre, son semblable se perçoit sous deux angles antithétiques. D’une part, le désir du plaisir sexuel en agressant l’autre ou en le violent, pourvu que par l’intermédiaire de son corps, il trouve son contentement absolu, son accomplissement par l’apaisement des troubles de son corps. D’autre part, la cruauté comme son premier mouvement vers le monde extérieur à lui-même en tant que particulier et qu’il aurait hérité de la nature-mère des forces obscures ou matière noire, l’impulse au meurtre. Car ôter ce qui représente un éventuel danger pour sa sécurité vitale s’est inscrite dans les structures élémentaires de son essence, en tant que genre humain, comme la loi générale de sa manière d’être, voire de se comporter sur la terre dans ses rapports avec ses congénères, c’est-à-dire ses semblables.

   On comprend aisément que son histoire soit une voie sacrée de la mort. Car il a toujours semé la mort autour de lui tant au milieu de ses semblables que dans les espaces vitaux des autres êtres vivants. A titre d’exemple : d’après le récit biblique, Caïn est supposé être le fils aîné d’Adam et Eve, les premiers parents du genre humain. Et son frère cadet s’appelle Abel. Caïn est paysan et son frère berger. Selon ce légendaire ou mythique récit, un jour, les deux frères apportent chacun une offrande à leur Dieu : Caïn lui offre des fruits de la terre, et Abel présente des premiers-nés de son troupeau de moutons et leur graisse. Dieu préfère ostensiblement l’offrande d’Abel. Or dieu perçoit la colère et la tristesse de Caïn que sa préférence a suscité en lui. C’est pourquoi il lui enjoint de bien agir et de savoir dominer son penchant au mal suscité par la jalousie ou le péché. Toutefois, malgré cette mise en garde de son dieu, Caïn échoue dans la maîtrise de soi en se laissant emporter par les forces du mal au plus profond de lui. Ne pouvant plus demeurer serein, un peu plus tard, il invite son frère à sortir dans les champs. En un lieu éloigné de tout, Caïn se jette sur lui et le tue. Suivant ce récit, c’est le premier meurtre du genre humain auquel la Bible donne un écho mytho-historique en reconnaissant, ainsi, que le désir de meurtre est inscrit dans l’essence de l’être humain, puisque dès sa sortie des mains du dieu de la Bible, il est déjà voué au mal indéracinable des profondeurs de ses entrailles.

    En ce sens, la raison est, en lui, un épiphénomène que sa conscience aliénée par l’influence de la famille, de la communauté, du clan ou de la tribu met toujours en arrière-fond de soi quand il s’élance vers le monde des autres, soit la sphère privée de ses semblables ou non. A vrai dire, il n’a jamais rien compris ni de lui-même ni de ses semblables. La preuve : il tente par tous les moyens de se distinguer d’eux en se hissant sur un piédestal et, en ce lieu qu’il suppose céleste, il les rejette du côté de l’animalité comme la vexation suprême de l’autre, l’humiliation ou la blessure de son narcissisme en tant qu’être humain. En vertu de cette posture, il considère que lui seul – il s’agit de la posture mentale des peuples de la terre entre eux, des individus entre eux, etc.,- doit mériter d’être reconnu comme l’accomplissement  absolu de ce qu’est l’humanité. Les autres semblables, même s’ils appartiennent tous sans exception au même tronc commun, il supporte mal qu’ils lui soient justement semblables. C’est ainsi que les peuples, les uns autant que les autres, s’efforcent de rejeter les autres dans l’appartenance à une espèce animale non humaine quelconque ; et ceci aussi longtemps qu’on remonte dans l’histoire des peuples. D’abord, ce sont les voisins qui sont rejetés du côté de l’animal par le refus du partage de leur humanité exclusive. Mais les voisins ne sont pas en reste d’un comportement similaire : ils agissent de la même manière en s’attribuant le statut exclusif d’être les Humains par excellence. C’est en ce sens que, depuis le début du XXe siècle environ les Européens – plus tard, tous les autres peuples et individus s’y sont mis – ont pris l’habitude de qualifier les Noirs de singes ou descendants de singes. Ce qu’ils ignorent, peut-être, c’est que les Noirs, notamment les Africains ont aussi un sentiment de rejet similaire de l’autre dans la sphère de l’animalité. Même si, par pudeur ou par respect de l’être humain, ils se font discrets au sujet de leurs préjugés par rapport à autrui étranger à leur continent, notamment l’homme blanc, il n’en demeure pas moins qu’ils qualifient ce dernier porc avec toute l’abjection que cet animal peut inspirer. Mieux, ils se considèrent comme éloignés de l’animal par la dimension de leur sexe. Dès lors, ils n’ont plus rien de comparable avec le singe malgré les considérations laudatives (malin, intelligent, etc.,)  que les Humains lui attribuent par ailleurs. Ils jugent qu’ils sont au-dessus de lui par leur évolution propre qui les distingue de cet animal en leur attribuant le sexe d’un être supérieur dans le genre humain. On comprend, par ces considérations, pourquoi le masculin, de par le monde, s’affirme comme viril face à un autre en empoignant la protubérance sous son bas ventre. Ce geste signifie qu’il est fort, puissant et d’une virilité supérieure à son adversaire. Telle est la faiblesse du masculin et sa vanité même : il n’existe que par son genre sexuel en vertu duquel il s’affirme comme sujet humain.

   En outre, les Africains susurrent que si les autres êtres humains les considèrent comme des singes ou descendants de singe en raison de leurs origines de la terre africaine-mère de l’Humanité – il est vrai que les Chinois prétendent, contre la vérité scientifique universellement admise désormais, qu’ils seraient des descendants d’un aïeul asiatique – alors tous les êtres humains le sont aussi puisqu’ils en proviennent tous par dérivation –mais c’est un épiphénomène -. Donc, ils ont tort de se le cacher ou de le nier. C’est pourquoi traiter un Noir de singe, c’est traiter soi-même comme tel sans se rendre compte qu’on insulte soi-même, etc.

     Toutefois, il est temps de délaisser cette figure de vivants qui se prétendent humains pour lever les yeux au ciel afin d’admirer la beauté de l’Humanité en cours de transfiguration, d’accomplissement de soi-même. Il est temps de passer d’une pensée ou d’une vision du monde humain sous ce règne de la conflictualité à l’Humanité de complémentarité dans l’échange des biens et des besoins et dans la reconnaissance réelle de la fraternité universelle.

L’espoir céleste et terrestre de l’universelle Humanité de demain !

II – Deivos et transfiguration dans la singularité humaine : l’éthique philosophique du genre humain en devenir

  a)  La vision philosophique des êtres humains

     Dans l’humanité, il y a deux deux pôles antitéhtiques suivant notre inclination au bien ou au mal. Ils prennent également une double figuration : le « deivos » et la pesanteur. Le « deivos » qui dérive du grec, désigne le lumineux au sens où celui-ci est une image de l’Anthropos du ciel. Et comme tel, il confine au divin. Les philosophes, dans leur ensemble, les artisans de la paix sur terre, les prophètes de l’amour manifestent plus intensément la plénitude du « deivos ». Leur être est incandescence, ignition d’une figure de perfection qui confine au divin. Leur esprit est élévation, désir plénier du bien de l’être humain. Ils ont toujours eu pour mission d’éclairer l’Humanité et de la conduire vers son accomplissement ultime dans le ciel du bien intra-mondain.

    Cependant, la pesanteur semble être dotée de force d’inertie remarquable qui triomphe éminemment dans l’Anthropos et au sein de ses réalités instituées. Selon le Robert, « la pesanteur désigne la qualité de ce qui a du poids ». Elle est une chose lourde qui empêche la célérité de la transfiguration des réalités humaines par le progrès de l’esprit, le triomphe de la raison sous sa double dimension morale et savante. Comme elle est dénuée d’ouverture à la compréhension intellectuelle de l’essentiel des phénomènes, elle obstrue le progrès de l’espèce humaine, enchaîne sa destinée dans le bas-fond de son être et sous l’empire du cerveau du ventre ou digestif. Nous avons qualifié de « la lie de l’Humanité » l’une des figures de la pesanteur comme force d’inertie et du mal en ce qu’elle est aveugle par rapport à la lumière de l’esprit.

b) Une réflexion sur le processus de transformation de soi par la volonté éclairée de transcendance

     Tout être humain, sur notre commune Terre, doit, par-delà la fange qui gît en chacun de nous et menace de nous perdre dans la recherche de la qualité de nos liens avec nos semblables, les êtres humains divers, obéir à une vocation souveraine qui guide nos pas en ce monde. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un cheminement humain dans l’éclat de l’aura de notre singularité. Si, suivant les conditions difficiles de cette voie, un être humain goûte à l’enchantement de cette vocation, il prendra acte des conditions inconnues par lui et invisibles aux yeux des autres qui l’acheminent à la beauté de cette vocation. Celle-ci fertilisent sa vie et ses rapports avec les autres. Car ce qu’on appelle la vérité, c’est l’essence des choses qui, en nous, sans être nécessairement visible, conduit nos pas incertains vers l’imprévisible absolu. En cette errance existentielle, il peut advenir à chacun de nous de savourer, dans la chaleur de l’amitié, l’espace d’un soir, d’un moment partagé, d’un instant vécu, les joies les plus chaleureuses et les plus profondes que rien ne promettait. Nos échanges peuvent ouvrir les nostalgies d’antan qui font fleurir des pans de notre humanité. Elles fertilisent, à leur manière, notre désir de vivre intensément dans le creuset de l’humanité où nos différences s’épousent harmonieusement en se dissolvant comme la synthèse des couleurs d’un tableau de maître. Telle est l’expression de notre vérité profonde, vérité singulière, originalité comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry : « La vérité, ce n’est pas ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers développent de solides racines et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la vérité des orangers. Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non telles autres favorisent  dans l’homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d’activité sont la vérité de l’homme »[1].

    Vu sous cet angle des réalités humaines, chacun de nous, sans assurance aucune, s’achemine vers le sommet, la qualité de l’aura de sa plénitude, soit sa propre grandeur quelle que soit la figure de celle-ci. Car même si nous sommes tous les membres du genre humain, il n’en demeure pas moins que, telles les branches d’un même arbre, nous sommes différents en tant que singularités dans la fusion de notre unité qui se passe de langage logique. C’est ainsi que chacun de nous rejoint l’amour/amitié qui est le privilège du genre humain. C’est comme notre sol qui peut reconnaître chacun de nous dans son unicité telle la terre qui reconnaît le grain de blé. Notre but commun sur cette terre où nous sommes de passage pour rejoindre nos origines dans le Cosmos, les étoiles éternelles dans les galaxies infinies comme un océan sans bornes, n’est pas en nous, chacun en particulier, mais hors de nous. Et l’expérience profonde de sa contemplation nous unifie dans l’aura et l’amour/amitié. Ainsi, nous ne pouvons plus manquer d’éprouver la grande joie qui s’exalte dans notre élan vers la plénitude. Nous découvrons alors des pans de l’inconnu qui était ensommeillé en nous dans l’attente d’être éveillé par notre émerveillement face à l’indicible des choses, même ordinaires ou triviales. Tel est aussi le sens de notre recherche, c’est-à-dire la quête de la vérité, de notre intime vérité qui nous ressource pleinement.

    A ce niveau de notre élévation vers l’aura et la beauté de notre humanité qu’un grand nombre de nos semblables ne sait pas voir faute d’émerveillement devant notre complexité inouïe, nous sortons alors de l’état de notre conscience où l’enchaînaient les vaines grandiloquences guerrières d’antan, le marécage de la haine et les idoles cannibales qui sacrifient les individualités, généralement belles, sur l’autel de la patrie ou de la nation. Mais, au fond, appartenons-nous réellement à une quelconque entité de ce genre ? Quelle terre nous appartient-elle en fait ? A quel pays sommes-nous redevables en vertu de notre naissance aléatoire sur un territoire donné ? Combien de temps avons-nous à séjourner en cette vie d’emprunt et sur cette terre pour gaspiller l’essentiel de son sens et de son cours dans la revendication de notre appartenance à tel ou tel territoire ? Car pendant que nous le faisons, la terre a vite fait de nous happer, de nous réduire au néant éternel en nous plongeant dans les gouffres de ses entrailles. Aussi, tous ceux qui ont eu la faiblesse d’esprit de défendre la tromperie des gouvernants d’un pays donné en vue d’une expansion territoriale, d’une conquête de terres ou de contrées lointaines par les guerres, déjà, ne sont plus à cause de leur dissolution par et dans l’ypérite, entre autres genres de moyens d’anéantir les êtres humains : disparus, niés dans leur entité physique, oubliés par les survivants, ou même les contemporains qui, pourtant, s’accrochent encore à la vénération de leur mémoire silencieuse.

      Pour nous guérir et nous délivrer de ces maladies que les cultures nous inculquent depuis notre enfance comme on distille du poison dans un corps passif offert à l’action de l’autre, il nous suffit de prendre conscience du seul but qui nous lie les uns aux autres par l’amour/amitié comme un acheminement qui conduit notre être authentique en l’humanité à la lumière, qui se manifeste en nous sous l’éclat du jour. Tel est le pôle horizontal non pensé qui nous rend heureux en diffusant  notre joie profonde comme par nécessité et instantanément aux autres.  A tous nos semblables. C’est l’écho proche ou lointain de notre universelle fraternité : le dissemblable individuel dans le semblable du genre humain. Ce sont nos passerelles vers les autres quelque peu dérisoires fragiles ou éphémères qu’elles soient. Alors, notre cœur fait émerger des cantates insoupçonnées en nous en éclairant notre patrimoine spirituel comme nos vies lactées dans la pleine de notre intériorité. Notre force, somme toute, modeste, sera de réparer, de construire ou de consolider notre belle argile humaine tant abîmée par le mode d’être des Anciens fondée sur les guerres, les conflits, les dialectiques philosophiques, les oppositions de tous ordres. Alors nous serions comme des bienheureux, sous cette condition de libération de notre souveraine liberté, c’est-à-dire des enfants éternels du présent indéfini dans notre forme singulière de bien-être comme un enchantement dans l’espace d’un concert musical, d’une scène de théâtre, etc.


[1] Terre des hommes (Gallimard, Paris 1939, p.159)

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