Question II – Y a-t-il des raisons qui empêchent qui empêchent les pays africains contemporains de se développer économiquement, c’est-à-dire de progresser à la manière du monde occidental comme l’Europe de l’Ouest, les Etats-Unis d’Amérique ou le Canada ?

Une figure africaine d’Erebos, puissance de la nuit et de la matière noire dans le monde physique

La réponse à cette question complexe, Madame Taqui, nécessite une longue analyse. Je vais insister sur 3 données fondamentales

1 – Le culte d’Erebos ou les forces de la nuit et du mal très répandu en Afrique noire : son refus du progrès et de la réussite des individualités noires

   D’abord, il y a une réalité singulière aux peuples noirs, comme l’avait reconnu de son vivant le maréchal Mobutu Sese Seko. C’est ce que rapporte Bernard Lugan dans son ouvrage Mythes et manipulations de l’histoire africaine. Un jour, cet ancien chef d’Etat du Zaïre avait dit ceci : « Les Blancs ne voient que l’Afrique du jour, la réalité, c’est l’Afrique de la nuit ». En effet, la vision des phénomènes physiques et para-physiques est perturbée par le culte d’Erobos. Je m’explique : ce qu’on a coutume de nommer la sorcellerie, spécifique aux peuples noirs, est le facteur culturel permanent, authentique et actuel, obsédant et omniprésent qui domine les esprits et les actions des gens. Ce faisant, il est le plus grand frein au changement heureux des réalités locales dès lors qu’il s’agit d’une donnée culturelle structurante des mentalités à la manière dont une religion révélée conditionne la vision culturelle du monde par l’empreinte des formes de croyance. J’ai longuement analysé ce phénomène unique chez les humains dans mon livre. Il fascine par les croyances multiples qui en résultent. « La force du mal », soit la réalité de la nuit, dérive de l’adoration triomphale d’Erebos. J’ai emprunté ce concept à Hésiode. Dans sa Théogonie, il est question d’une divinité primordiale et infernale née du Chaos ou Erebos qui personnifie les ténèbres, l’obscurité des Enfers.

    C’est pourquoi nul ne peut regarder le visage gorgonesque et nocturne de ce qu’on nomme couramment la sorcellerie en Afrique noire s’il n’est lui-même destiné à supporter cette énergie noire répandue dans le Cosmos, origine des forces de désordre, de dysharmonie et de catastrophe sociales. Pour ceux qui connaissent la théorie des Cordes, cette perception des phénomènes humains et non humains se comprend aisément. Puisqu’il y a des dimensions parallèles inhérentes au Réel originaire, qui sont habités par des entités physiques visibles et invisibles, tout se passe comme si, dans les ténèbres, tous les ordres de réalités se combinent d’une infinité de manières. Elles sont terrifiantes au sens où elles se manifestent de façon impitoyable et mortifère par rapport à la vie humaine.

     Aussi, en Afrique noire, les individus qui sont doués de la «bivision » pathologique (trouble de la conscience normale ou mauvais usage de certaines vertus du cerveau) utilisent ces puissances nocturnes pour nuire à autrui : tuer, meurtrir, empoisonner par jalousie pernicieuse pour triompher par rapport aux autres. On comprend pourquoi les sociétés traditionnelles se ferment à toute forme de progrès (devenir plus heureux) et de développement à l’occidental considéré comme une anomalie qui viendrait mettre en cause l’empire de ceux qui tirent les ficelles de ce type d’organisation fondée sur le nihilisme total, absolu et sans espoir de salut. Il s’agit notamment de la gérontocratie, de l’organisation mafieuse des groupes de sorciers malfaisants menés souvent par les femmes, des féticheurs et des marabouts, etc. Ce sont, donc, ces pouvoirs spirituels ambivalents répandus partout – ils peuvent être bons, mais surtout mauvais -, que les individus ou les familles acquièrent pour protéger leur vie et celle de leurs membres. Mais, plus essentiellement, on en use pour les détruire par facilité de tuer autrui sous les cieux africains sans effusion de sang. Car dans l’univers d’Erebos, soit les ténèbres ou la matière noire en astrophysique, toutes les énergies (du mal pour ce qui est des réalités humaines) se mêlent, se combinent et se recombinent pour créer d’autres puissances émergentes sous forme d’entités visibles ou invisibles, mais réelles. Grâce aux facultés singulières du cerveau humain, des individus doués d’une vision singulière que j’appelle la sur-aperception,  rendent possible la coalescence des forces suprasensibles néfastes et les vertus du cerveau qu’on appelle les forces de l’esprit. Celles-ci, à l’instar des amphétamines, prennent possession de certaines facultés des individus et les induisent, dans le cas du sorcier, à des comportements essentiellement mortifères et entachés de désordres sociaux et anti-vitaux. C’est pourquoi le sorcier nuit à la société, qu’il le veuille ou non, voire à l’harmonie de la société, des familles et des communautés. Il est redouté et rejeté à la fois en vertu du mal qu’il crée en permanence au milieu des êtres humains. On peut lire plus de détails sur ce point dans mon ouvrage.

    Et si ce phénomène est à ce point omniprésent et transversal de tous les peuples noirs, c’est parce qu’au-delà des crimes (sacrifices humains[1]) que ces croyances font commettre partout et depuis toujours, y compris dans l’état présent du monde, il est source de surpuissance spirituelle personnelle, de réussite sociale, politique immédiate. Mieux, la sorcellerie, sous toutes ses formes, favorise l’ascension rapide dans le monde du travail ou, plutôt, dans tous les secteurs des activités humaines. Dès lors, le pragmatisme comme modalité ou philosophie de l’existence des Africains imprègne tellement les esprits qu’aucune entreprise ne peut être envisagée sans le recours incontournable aux services d’un marabout ou d’un féticheur comme si personne ne peut aucunement réussir par ses propres efforts ou par sa propre intelligence. Or aucune puissance adventice ne peut avoir nulle influence sur ce don inné qu’est notre intelligence personnelle. Comme le montre Marlot Makosso Magagni, dans son livre La criminalité fétichiste au Gabon – Une étude sociologique de l’impuissance politique– L’Harmattan, Paris 2021), les pratiques culturelles traditionnelles sont marquées à tous les niveaux des peuples de l’Afrique noire par une violence souterraine fondées sur le culte du meurtre sans effusion de sang. Cet auteur dénonce les horreurs du recours régulier des élites politiques aux pratiques de la sorcellerie pour devoir triompher aux élections, quelles qu’elles soient. Et ce qu’il écrit au sujet du Gabon se vérifie dans tous les pays de l’Afrique noire. Ainsi, après avoir défini ce qu’il conçoit sous ce terme de sorcellerie, il s’emploie à dénoncer la stupidité de ces pratiques qui se fondent sur des croyances imbéciles et qui démontrent l’incapacité des élites politiques à affronter la réalité par leurs propres efforts. C’est en ce sens qu’il écrit : « Par criminalité fétichiste, nous entendons cette forme de meurtre avec prélèvement d’organes appelés significativement « pièces détachées ». En fait, ces pratiques criminelles sont donc courantes dans tous les pays de l’Afrique noire. En effet, à toutes les échelles, on s’emploie à éliminer les meilleurs d’entre les membres des familles et des communautés en empêchant, ainsi, l’Afrique noire de briller par l’éclat de son intelligence sur le plan mondial. L’Afrique noire compte des individualités brillantes par l’éclat de leur intelligence. Les médias locaux n’en parlent guère. Aussi préfèrent-elles vivre et travailler à l’étranger. Sur place en Afrique noire, du fait de l’hostilité des forces du mal, elles ne peuvent guère bien réussir, à moins que quelque individualité ait été choisi par le Premier Etre pour accomplir sur terre une mission quelconque.

     Donc, l’absence du développement et du progrès à l’occidental en Afrique noire résulte essentiellement de ce paradoxe : à l’intelligence et aux compétences des individus qui militent pour le bien de la majorité dans leur pays par des projets innovants s’oppose farouchement la nuit des pratiques sorcellaires des cultes du monde ou des échelles de réalité d’Erebos. Tel est l’un des facteurs majeurs du manque de réussite économique du continent africain parce que la conscience de tout le monde, depuis la tendre enfance, est obnubilée par le culte et l’adoration d’Erebos, soit la manipulation des forces du mal. L’énergie d’Erebos est censéerésoudre les problèmes immédiats des uns et des autres. En réalité, c’est le facteur principal de l’entropie en tant que générateur de désordre permanent au cœur des sociétés de l’Afrique noire.

Des fétiches et leur autel en Afrique noire

2 – Le gaspillage des richesses des peuples noirs par leurs élites politiques et économiques. Je donnerai quelques exemples pour étayer mes analyses

Ensuite, tout le monde connaît les problèmes majeurs et récurrents relatifs à la mauvaise gestion des biens et des richesses des Etats par les élites politiques et économiques de l’Afrique noire. Ce n’est pas leur intelligence qui est en cause, mais un manque notoire de gestion rigoureuse et rationnelle, voire de patriotisme et d’amour de leurs peuples. En d’autres termes, les Africains n’aiment guère leurs frères ni non plus leur pays. C’est pourquoi je qualifie ces élites d’Hérodiens au sens où ils vendent les richesses de leurs pays respectifs, de leur continent aux étrangers par le biais desquels ils tirent de considérables bénéfices pour leur propre compte ou celui de leur famille, de leur clan, de leur tribu. Ils ont toujours été intéressés de tirer profit de l’occupation du continent africain par les puissances étrangères (économiques et militaires) plutôt que de défendre les valeurs traditionnelles de leurs peuples, de leur patrie comme les Vietnamiens l’ont fait face aux Occidentaux pendant 30 ans. Mais ils en sont sortis maîtres de leur propre destin. Ce faisant, ces élites de l’Afrique noire se comportent comme si elles n’ont plus de patrie malgré leurs discours politiques mensongers. Ce sont des Africains inauthentiques. Autrement, ils ne soumettraient pas leurs peuples à la misère perpétuelle, n’épuiseraient pas les richesses de leurs territoires pour le compte des étrangers. Je donnerai quelques exemples pour le prouver.

     Le fait de revenir chez soi surdiplômés à la suite d’études brillantes en Occident ne change rien à faire si l’on n’aime pas son pays ni ses frères ni le continent africain. Dans mon livre précité, j’ai montré comment l’avènement du régime révolutionnaire de Mathieu Kérétou en 1972 avait ouvert une ère nouvelle, rompant avec les deux traits caractéristiques de la période précédente : l’hégémonie politique des soi-disant « évolués » et l’instabilité institutionnelle chronique. Le régime instauré par Kérékou inaugura une longue période (17 ans) de stabilité politique, malgré les tentatives de coups d’Etat opérés par des mercenaires français sur commande et sous la férule de Robert Denard dit Bob Denard. Ce régime fut surtout une réussite économique. Son gouvernement militaire et lui-même avaient fait preuve de patriotisme en oeuvrant dans le sens absolu de leur pays, le Benin, et des peuples de ce pays. Ce qu’on peut retenir au-delà des aléas qui ont émaillé son régime pendant les 17 ans de sa présidence consiste en ceci : même si sa gestion n’a pas réellement transfiguré la nature de l’économie de son pays, à tout le moins, elle fut bonne et rigoureuse concernant les finances et le respect des biens publics. Malheureusement, dès l’arrivée des régimes politiques civils, sous la conduite des élites dites éclairées du fait qu’elles étaient diplômées des grandes Ecoles des pays occidentaux, le Benin a vu ses caisses pleines se vider en l’espace de quelques années. Telle est l’attitude spécifique des Hérodiens.

En Afrique noire, cet argent jeté par les fenêtres appartient aux peuples africains

      On voit bien la différence entre les unes et les autres des élites politiques et économiques des pays de l’Afrique noire : Mathieu Kérékou a digéré son pays par patriotisme et pour le bien-être des peuples du Benin, avec le souci, malgré ses moyens financiers et économiques limités, d’amorcer le développement du Benin. En revanche, les prétendus « évolués » ou élites intellectuelles surdiplômées de l’Occident, n’ont fait preuve d’aucun patriotisme jusqu’ici. Leur mode de gestion est fondé sur le détournement des richesses produites pour leur compte personnel et par l’abus des bien sociaux. Aussi, les richesses des pays africains sont dilapidées par narcissisme, égoïsme inqualifiable ou pour le compte de leur famille, de leur clan, de leur tribu comme si les membres de ceux-ci sont les peuples de leur pays. Or, aucun pays ne peut réussir économiquement, à l’instar les Asiatiques, si ses dirigeants oublient le patriotisme, c’est-à-dire le fait que les richesses d’un pays appartiennent absolument à tous les citoyens, sans exception, de ce pays. Donc, elles n’appartiennent aucunement ni aux étrangers, amis des élites politiques et économiques qui s’en gavent avec eux sans vergogne, ni à des familles, ni à des clans, ni à des tribus seuls. Un tel pays n’a pas d’avenir. Et les peuples africains ne doivent pas se transformer en serfs, figures d’esclaves, de leurs élites politiques et économiques du temps présent.

    J’ai montré aussi les bienfaits du patriotisme rigoureux d’un pays à travers l’exemple de Thomas Sankara au Burkina Faso. Grâce à sa conscience aigüe du patriotisme, malgré l’extrême pauvreté de son pays, en l’espace de quatre ans, il prouva qu’un pays africain peut compter sur ses seuls moyens réels de vivre bien et non pas forcément de bien vivre. Avec le concours de l’ensemble des peuples de ce pays, il combattit la corruption de manière impitoyable, construisit des écoles et des dispensaires dans chaque village. Beaucoup de routes vitales furent bitumées ; il mit tout le monde au travail pour l’autonomie de chacun. Mieux, Thomas Sankara avait fait construire, par le travail bénévole de son peuple, la première et unique voie ferrée postindépendance de l’Afrique de l’Ouest. Celle-ci reliait Ouagadougou à Kaya au nord du pays. Hélas, après la mort de ce capitaine révolutionnaire, son successeur, Blaise Compaoré, qui était visiblement dénué de sens patriotique, négligea l’unique patrimoine des peuples de son pays. Depuis lors, la nature a repris son droit sur les résultats du travail des êtres humains. Il n’y eut non plus aucun homme d’affaires pour louer la voie et l’exploiter dans le sens du développement commercial et de l’élargissement des moyens de transport de ce pays. Voyons quelques exemples à l’appui.

     C’est donc le mode de gestion empirique sous la forme de gabegie structurante des biens et des richesses publics, leur détournement systématique vers les pays du Nord ou les banques étrangères[2] – les élites politiques et économiques africaines agissent ainsi comme si elles n’aiment pas du tout leur pays d’origine -, qui peut faire penser que l’Afrique noire refuse le développement selon les critères du monde occidental. Car c’est une gestion désastreuse continue dans ces pays. En effet, dans les pays occidentaux, les Etats-Unis d’Amérique, la France, l’Allemagne, le Canada etc., aucun chef d’Etat n’est propriétaire exclusif des finances publiques, de la Caisse de l’Etat comme en Afrique noire. Dans les pays de la zone subsaharienne, ce qui intéresse les chefs d’Etat, une fois élus, c’est l’appropriation des finances publiques comme si leur pays était leur bien propre. Je l’ai amplement prouvé en m’appuyant sur des documents solides dans mon livre. Même les fils des chefs d’Etat, futurs héritiers de leur père, peuvent faire preuve de comportement fantasque avec les biens publics de leur pays. Tel est le cas de Teodorin Obiang, fils de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la République héréditaire de la Guinée Equatoriale depuis 1982. Selon un article du « Canard enchaîné » (mercredi-11août 2021), Teodorin Obiang, vice-président de son pays, a été étonné que la cour de cassation de Paris confirme sa condamnation pour abus de détournement, de confiance, de biens sociaux. En d’autres termes, il est accusé par l’ONG française « Anticorp » de détournement de fonds publics, c’est-à-dire de confiscation de l’argent de son peuple ; ce que cette ONG appelle « des bien mal acquis ». Qu’on qu’en juge par les richesses que ce jeune homme détenait au détriment de son peuple : un hôtel particulier, situé dans l’avenue Foch, 16e arrondissement de Paris, soit l’un des plus riches et des plus chers de cette ville, avec du marbre et des robinets couverts d’or. Il est évalué à 100 millions d’euros. Ses tableaux et ses voitures de luxe sont estimés à plus de 150 millions d’euros etc. Pour son malheur, la Grande Bretagne lui a retiré sa collection de biens qui ont appartenu à Michael Jackson et lui a interdit de poser désormais les pieds sur le sol britannique. De même, les Etats-Unis d’Amérique l’ont contraint de renoncer à 30 millions de dollars d’avoirs sur leur territoire dont sa villa de Malibu. Et la Suisse l’a obligé à vendre sa collection de voitures de luxe estimée à 22 millions d’euros. Tous ces biens matériels pour les plaisirs d’un seul individu, citoyen d’un pays pauvre, cela dépasse l’entendement. Pendant ce temps, qu’a-t-il fait pour son peuple qui, malgré les pétrodollars, souffre de pauvreté et de manque de soins médicaux ? Combien d’entreprises, d’usines, d’industries de transformations des matières premières, de start-ups a-t-il créé pour donner des emplois aux chômeurs de son pays ? Ou même des écoles pour la jeunesse de son pays ? Qu’a-t-il fait exactement de bien pour son pays et pour le progrès ou le développement de celui-ci ? Il est clair que ces chefs d’Etat de l’Afrique noire doivent s’accuser de culpabilité en raison de la régression économique, sociale, du manque de progrès à tous les niveaux de chacun des pays de cette zone du monde. C’est presque un acheminement vers le sous-développement.

      On peut parier que ces informations de cet hebdomadaire français ne pourraient être diffusées dans son pays afin que son peuple continue à vivre dans l’ignorance des méfaits de leurs dirigeants. Il en est de même d’un grand nombre de pays africains dont les élites politiques censurent les informations les concernant quand celles-ci ne sont pas élogieuses ni laudatives. Cet homme et bien d’autres (l’article du « Canard enchaîné » évoque le cas des Bongo au Gabon, de Sassou Nguesso au Congo qui pourraient, tôt ou tard, être rattrapés par la Justice française) volent les richesses de leur peuple pour aller se pavaner en Occident comme si, en ces pays, quelqu’un de sérieux prêtait attention à leur jeu de seigneur. Nul n’a rien à faire de ces hommes-là parce qu’un grand nombre sait qui ils sont : de pauvres petites créatures qui sont prêtes à tendre la main vers l’Occident quand des drames comme la pandémie de la Covid-19 se passent chez eux. Pire, depuis qu’il est au pouvoir en son pays, il ne de se livrer à des dépenses excessives, qui finissent par creuser des trous abyssaux dans les caisses de l’Etat qu’il considère comme ses biens propres. Qu’on en juge à travers ces quelques exemples que j’ai rapportés dans mon livre.

       Le président Sassou Nguesso serait lui-même directement co-responsable du gaspillage des richesses du Congo qu’il s’approprie seul ou avec son clan (nous l’avons déjà montré ci-dessus), comme si elles étaient siennes ou comme si on avait trouvé des champs pétrolifères dans les champs de ses parents. Même dans ce cas, ils n’auraient pas constitué des biens privés en ce sens que le sous-sol appartient ou doit l’être à tous les peuples de ce pays. Ainsi, le « Canard enchaîné » dévoile aussi, à la suite d’un article du « Sunday Times », comment ce président use plus que de raison, pour son propre plaisir, de la richesse du Congo ou des Congolais. En effet, « lors de la dernière session des Nations Unies, en septembre 2005, la délégation du Congo-Brazzaville conduite par Sassou Nguesso a loué dans deux palaces new-yorkais pas moins de 51 chambres pendant une semaine. Dont une suite présidentielle à 8500 dollars la nuit. Selon le « Sunday Times », qui a révélé l’affaire, le tout a coûté 280.000 dollars, payés pour l’essentiel en liasses de billets de 100 dollars. Effectivement, un audit des finances congolaises ne serait pas du luxe ». Selon le même hebdomadaire (mercredi 10 janvier 2007), le président de ce petit pays pétrolier semble se complaire effectivement dans le faste, c’est-à-dire le goût de luxe excessif, même si ces signes ostentatoires de richesses personnelles se font sur le dos des peuples de son pays. Ce journal écrit que « Denis Sassou Nguesso a dépensé 308.000 euros lors de deux visites… à New York. Cet ex-marxiste, qui dirige l’un des pays les pauvres (espérance de vie : 48 ans) a loué 44 chambres de palace et bu quelques bouteilles de champ’ à 600 euros. A la santé de son pays ».Quel dommage pour l’intérêt général des pauvres Congolais, qui voient les richesses du sous-sol de leur pays s’évaporer dans les plaisirs exclusifs de celui qui est censé représenter et défendre leur intérêt ? En outre, après de telles gabegies, il a encore le culot d’aller pleurer misère auprès des pays du Nord. En effet, au cours de la même année, il a demandé le soutien de son « ami Chirac » pour obtenir que son pays, dont il pillerait allègrement les richesses en continu,  reçoive le malheureux label des « pays pauvres très endettés ». Cette demande n’est pas anodine : s’il pouvait l’obtenir, son pays bénéficierait de l’annulation d’une partie de sa dette qui s’élève à « 9 milliards de dollars, la plus importante d’Afrique par habitant » ; et ainsi d’avoir de nouveaux crédits auprès de la Banque Mondiale qui viendraient endetter un peu plus des générations futures de Congolais. Ce qui lui permettrait, sans doute aussi, de pouvoir puiser un peu plus dans les Caisses de l’Etat congolais.

     Pire, malgré sa gestion trop particulière des richesses pétrolières et des recettes considérables qu’elles génèrent chaque année, cet homme n’en a pas encore assez. Son attitude dans les affaires du pétrole appartenant aux peuples congolais, révélée par un numéro du « Canard enchaîné », confirme tout à fait mon hypothèse de départ sur le désastre économique en Afrique subsaharienne, en l’occurrence, l’égoïsme rédhibitoire et l’incurie en matière de gestion économique des élites africaines subsahariennes. Cet article dévoile aussi le bien-fondé de mes analyses quant aux liens quasi incestueux entre hommes politiques français et élites politiques africaines subsahariennes. Plus exactement, il confirme le fait que j’ai montré, à plusieurs reprises, que la force de la Françafrique est telle, dans ces misérables pays, que sans une révolution, avec tout ce qu’un tel événement peut comporter de violence, de brutalité, l’espoir d’une mutation profonde de la situation politique et économique semble sérieusement compromis. D’une part, « Le Canard  enchaîné » parle du « pétrole congolais en vente clandestine » (Mercredi 20 septembre 2006) ; et c’est le président Sassou N’Guesso qui en serait l’inspirateur et même l’organisateur, à l’insu de ses concitoyens. Selon ce journal, « quatrième producteur d’Afrique avec 250000  barils-jour, le Congo-Brazzaville utilise donc une officine clandestine pour commercialiser une partie du pétrole que Total, Agip et autre poids lourds pompent dans ses gisements…Et personne à Paris, ne semble s’offusquer de cette situation… » Ce mode de pillage des richesses pétrolières de ce pays dure, d’après ce journal, depuis très longtemps. Les opérateurs économico-financiers français et leurs complices locaux, ces coupables des difficultés de leur pays, s’en donnent à cœur joie et sans aucun scrupule, aucune moralité. Et c’est « Elf comme modèle français » qui a initié ce vol, ce pillage des richesses des pays africains subsahariens producteurs de pétrole, comme le fait remarquer « Le canard enchaîné » : « pendant des années, le Congo, à court d’argent, a hypothéqué ses réserves pétrolières en vendant à l’avance sa production. Les créanciers se montrant de plus en plus pressants, Sassou et ses amis ont organisé leur insolvabilité. Des mauvaises créances ont été rachetées par des fonds anglo-saxons très portés sur la spéculation et baptisés « fonds Vautours ».

De l’argent sans valeur sur le plan des échanges monétaires internationaux

     Or, au regard du nombre d’habitants de ce petit pays (342000 km² pour environ 5, 381 millions habitants, selon les données de 2019), avec tant de richesses produites chaque année dont essentiellement le pétrole, chaque Congolais devrait bénéficier d’une aide de l’Etat d’un montant de 40 à 50000 f cfa par mois pour vivre. Hélas, leur président préfère dépenser toute cette richesse pour lui, sa famille et ses courtisans seuls en endettant chaque année les pauvres peuples de ce pays. Mais chaque fois qu’il touche le fond des caisses de l’Etat, il se hâte de demander une remise de dette pour pouvoir quémander de l’argent frais aux investisseurs étrangers qui se gavent, pour ainsi dire continûment, des richesses de tous les Congolais à leur détriment.

   Heureusement pour les peuples africains que leurs défenses immunitaires les protègent en leur évitant de mourir en masse comme en Occident. Autrement, même par humanisme, qui viendrait à leur secours dans ce cas de figure où le monde entier est affecté par la même pandémie ? La preuve : en ce mois d’août 2021, selon les informations de l’OMS, le score de la vaccination atteint à peine 4,3% pour le continent africain alors qu’elle monte à 62,2% dans l’Union européenne. Ce constat signifie que, pour atteindre l’immunité collective, c’est-à-dire mondiale, il faut compter plusieurs années avant d’atteindre les 90% de vaccinés dans des zones du monde peu favorisées comme l’Afrique noire. Pourtant, selon des sources de « ONE.org », « mouvement qui fait campagne pour en finir avec l’extrême pauvreté et les maladies évitables d’ici 2013 », les pays riches ont déjà suffisamment de doses excédentaires pour pouvoir vacciner la population entière du continent africain. Mais personne n’en fait rien. Peut-être attendent-ils que la Covid-19 extermine les habitants de ce continent pour s’en approprier ? La question mérite d’être posée.

    Bref, ces élites politiques et économiques de l’Afrique noire seraient grandes et dignes d’admiration si elles sortaient leurs peuples de la famine, des pandémies, comme la Civid-19 et ses divers variants, de la pauvreté, de la misère insoutenable et de l’humiliation ; si elles créaient des usines, des entreprises, des start-ups, des industries de transformations des matières premières, entre autres, pour donner du travail à la jeunesse de leur pays respectif, notamment aux diplômés chômeurs.

     Tout compte fait, ce sont les pays occidentaux qui pourraient aider les peuples africains à se libérer progressivement de leurs hérodiens qui nuisent grandement à leur progrès et à leur développement à la manière des Occidentaux et des pays de l’Asie. Ce serait encore des ONG de ces mêmes pays qui pourraient gérer le retour à leurs destinataires, en l’occurrence les peuples africains, du montant « des biens mal acquis » sous forme, par exemple, de coopératives destinées à gérer en commun de mini-entreprises. Autrement, les élites prédatrices se hâteraient de voler cet argent pour leur propre compte. On l’a déjà vu au Nigéria avec la restitution, par la Suisse des bien « Biens mal acquis » de l’autocrate Sani Abacha : 321 millions de dollars évaporés dans les méandres tropicales de la haute Administration de ce pays.

     Dans mes investigations anthropologiques et philosophiques, j’ai créé le concept d’état « duonique » qui est différent de l’inconscient freudien que j’appelle la zone de l’animalité humaine. Il s’agit d’un second état de la conscience qui se joue de nous durant notre vie ici-bas. J’ai montré qu’il caractérise très bien ces élites africaines. En effet, elles croient agir conformément à la nature des choses alors qu’elles sont absolument illusionnées par rapport à la conscience claire et lucide. C’est qui explique qu’elles ne vivent pas dans le réel concret : soit la vie quotidienne de leurs peuples. Leur conscience est, en quelque sorte, voilée par l’atmosphère de leur palais où tout n’est que grandeur, calme, beauté, luxe et volupté. La preuve : Teodorin Obiang tombe de haut face à sa condamnation et à son rejet par le monde occidental. L’Occident peut, donc, aider le continent africain dans le sens d’une bonne intelligence mutuelle, de la coopération égalitaire et dans l’intérêt de tous, à se libérer de cette engeance d’hommes qui conduisent leurs pays respectifs à la régression totale : économique, industrielle, sociale, sanitaire etc. ; et qui jettent des ténèbres sur l’avenir de leurs jeunesses en les contraignant au chômage, à la fuite vers l’Europe pour aller mourir en Méditerranée.  

     Or, personne parmi ces élites dirigeantes ne s’en inquiète le moins du monde, hormis celles du Sénégal qui condamnent les passeurs. Du moment qu’ils sont heureux dans leur palais, alors tout va bien pour leur pays. Je parle de ceux qui se sont approprié leur pays comme un bien personnel. On comprend pourquoi ils sont accrochés au pouvoir et figent les Etats qu’ils dirigent dans l’immobilisme, voire l’inertie. Demain sera comme aujourd’hui ; et hier comme demain. A cet effet, les Républiques soi-disant démocratiques sont devenues héréditaires dans certains pays francophones comme le Togo, le Gabon, Le Tchad sous la férule de la France-Afrique, cette hydre créée par l’Etat français pour avoir une mainmise permanente sur la zone francophone en la ruinant. Bientôt, sans doute, on pourrait ajouter à cette liste le Cameroun, le Congo Brazzaville etc. Telle est la superbe invention des élites politiques de certains pays de l’Afrique noire. Une telle aberration institutionnelle, qui est un paradoxe absolu, montre bien que ces gens-là ne comprennent rien aux principes politiques qu’ils ont copiés du monde occidental. C’est même une insulte à leur intelligence. A titre d’exemple. Les élites politiques des pays africains subsahariens ont la faiblesse de croire en la sincérité de leurs conseillers occidentaux, que les journalistes français nomment ironiquement les «gourous ou marabouts blancs » ou que « Le Canard enchaîné » appelle les « Afro-profiteurs ». Et pourtant, elles ne manquent pas d’être entourées par ce genre de personnages. Même quand ceux-ci sont de moralité douteuse, des chefs d’Etat de quelques pays africains, francophones notamment, n’hésitent pas à les accueillir comme des individus d’exception. C’est le cas de cet ancien professeur de droit de l’université d’Aix-en-Provence, recherché par la justice de son pays. Au Togo, où il s’est réfugié, il fait la pluie et le beau temps. Il fut, pendant longtemps, le principal conseiller de l’autoproclamé général Etienne Gnassingbé Eyadema, dictateur du Togo. Il poursuivit cette même mission auprès du fils Eyadema en faisant bricoler la constitution du pays qu’il avait inspirée ou rédigée du temps du père de ce dernier, pour qu’il soit autoproclamé, lui aussi, président de ce pauvre petit pays. Selon un article du « Canard enchaîné » (mercredi 10 mai 2006), on a la nette impression que ce Charles Debbasch oeuvre en ce pays avec la complicité tacite du gouvernement français, voire des autorités universitaires françaises. Du moins, c’est ce qu’écrit ce journal : « alors qu’elle pleure misère, l’université sait pourtant se montrer généreuse quand il le faut. La preuve : depuis près de trois ans, elle assure un revenu confortable à l’un de ses éminents membres, qui s’est réfugié au Togo pour échapper à la prison en France.

     Ancien collaborateur de Giscard à l’Elysée, Charles Debbasch est devenu, à la fin des années 80, l’un des proches du dictateur Eyadema, qu’il a conseillé jusqu’à sa mort. Brillant juriste, ancien doyen de la Faculté d’Aix-Marseille-III, Debbasch a ensuite bricolé un montage juridique qui a permis au fils du général Gnassingbé Faure Gnassingbé de prendre la succession de son père et de se maintenir au pouvoir avant d’être élu au terme d’un scrutin entaché de violences.

       Tout en prodiguant des conseils avisés à ses amis dictateurs, Debbasch était aussi président de la Fondation Vasarely… Mais, après la mort de l’artiste, en 1997, ses héritiers accusent cet excellent juriste d’avoir détourné plus de 400.000 euros et, surtout, de s’être livré à un pillage de ses œuvres. En 2002, Debbasch est condamné en première instance à 2 ans de prison (dont 1 ferme) et 150.000 euros d’amende. Condamnation confirmée en appel le 11 avril 2005… mais ce grand ami de l’Afrique a déjà trouvé refuge, depuis trois ans, au Togo ». « Ce grand ami de l’Afrique » ! Il faut croire que les élites politiques africaines subsahariennes sont de pauvres créatures, qui ont besoin de s’entourer de tels individus crapuleux, lesquels causent des dommages incommensurables à leurs peuples, comme les violences exercées par les chiens de garde de Faure Gnassingbé contre le peuple togolais. Celui-ci avait osé refuser le coup d’Etat effectué par Faure Gnassingbé, par l’intermédiaire d’une mascarade d’élections présidentielles. Ainsi, à l’inverse des chefs d’Etats de l’Afrique subsaharienne, des Etats comme l’Inde, la Chine, le Brésil, entre autres, où les élites politiques font preuve de maturité politique, de liberté, de patriotisme et d’autonomie, n’ont guère besoin de tels précepteurs intéressés pour se gouverner, ni leurs gouvernants pour conduire le destin de leur pays. 

Mécanisme de l’escroquerie financière internationale

     En revanche, l’alternance politique se passe mieux dans les pays anglophones, qui n’ont pas une puissance tutélaire sous la figure de la France-Afrique. La preuve : Selon un article de RFI en ligne (22-09-2021), Joe Biden  a apporté son soutien à l’alterance démocratique à la Zambie qui vient de changer de président à l’occasion d’élections libres et transparentes. En effet, « Lors de son discours à l’ONU, le président américain Joe Biden a loué les valeurs démocratiques, meilleur rempart selon lui contre l’autoritarisme. Il a ensuite cité plusieurs exemples, notamment la Zambie, pays d’Afrique australe qui a vu cet été une nouvelle alternance politique avec l’élection de l’opposant Hakainde Hichilema. Une victoire qui, pour Biden, n’aurait pas eu lieu sans la jeunesse zambienne, à qui le président américain a réservé une mention spéciale.

   Rappelant sa participation au scrutin présidentiel, Joe Biden a félicité la jeunesse zambienne pour son engouement pour le changement. « Le monde démocratique existe partout. Il est incarné par les militants anti-corruption, les défenseurs des droits de l’homme, il est incarné également par la jeunesse zambienne qui, pour la première fois, a utilisé le pouvoir de son bulletin de vote, se rendant massivement aux urnes pour dénoncer la corruption et tracer une nouvelle voie pour son pays », a déclaré le chef de l’État américain ».

 A l’inverse de la zone anglophone qui respecte globalement les règles de fonctionnement de la démocratie, tous les chefs d’Etat de l’Afrique noire francophone sont assis sur des poudrières que les jeunes générations d’aujourd’hui ou de demain pourraient allumer pour se libérer de la tutelle de leurs élites politiques et économiques qui a trop duré : 60 ans dans l’immobilisme et le mépris de leurs souffrances quotidiennes, de leur vie, en somme. Car il ne suffit pas d’avoir la peau noire pour se proclamer un authentique Africain. Comme Thomas Sankara nous en a donné la leçon et la preuve, il faut être patriote, aimer le peuple, travailler pour lui, être attentif à ses misères en tâchant d’en atténuer les effets néfastes.

3 – Les causes externes des échecs économiques de l’Afrique noire

   Enfin, le « Pacte colonial », scellé entre les pays occidentaux et les premières élites politiques et économiques de l’Afrique noire, notamment francophones, est l’un des freins majeurs au développement normal des pays africains. Qu’est-ce donc que ce « Le Pacte colonial », dénoncé par un grand nombre de penseurs de la gauche française, que les premiers responsables politiques africains ont dû être obligés de signer dans les années 1960 ? Au fond, il est injuste et aliène, jusqu’à nos jours, le destin des peuples de leurs pays respectifs. Il obère considérablement la situation économique de ces ex-contrées dites colonisées. Car ce fameux Pacte est, par essence, inique, répétons-le. Il stipule que ces pays, alors sur le point d’être dits indépendants par rapport aux métropoles européennes, n’auraient aucune autonomie économique par rapport aux ex-puissances d’occupation. En d’autres termes, les nouveaux pays ainsi aliénés doivent produire pour enrichir l’économie des pays du Nord. Pire, toute l’économie réelle et toutes les richesses du sous-sol doivent servir à l’enrichissement de ces mêmes pays tutélaires. C’est de cette manière que Napoléon 1er a condamné la première République noire du monde, en l’occurrence Haïti, à détruire son environnement, à se ruiner totalement et définitivement pour payer en or sa liberté conquise et son indépendance le 1er janvier 1804. Les Haïtiens ont dû payer ce tribut financier pour indemniser ses colons, maîtres d’esclaves, de 1825 à 1946. Ces sommes sont équivalentes à 21 milliards de dollars. C’est ce qui a plongé cet Etat dans des problèmes inextricables dont il n’est pas près d’en sortir quelque jour prochain.

    Prenons un exemple contemporain pour montrer comment les élites politiques des pays de l’Afrique noire s’emploient à piller systématiquement les richesses de leurs peuples dans l’intérêt de l’étranger. En 1992, à la première élection réellement démocratique, Pascal Lissouba est élu président du Congo Brazzaville. Face au pillage des richesses du pétrole de son pays par la Compagnie pétrolière française ELF, il avait eu l’outrecuidance de renégocier le prix du pétrole du Congo. En effet, Elf/Aquitaine/France-Afrique, par la signature d’un contrat inique avait imposé l’achat du baril de pétrole à un prix dérisoire, qui défiait toute concurrence ; sans oublier les tankers de pétrole brut détournés par cette même compagnie dans l’intérêt des élites françaises et congolaises sous la férule de la France-Afrique. Ainsi, quand le prix du baril de pétrole était à 18 dollars sur le marché mondial, Elf l’achetait à 3 dollars à ce pays. Elf ou la France-Afrique dût provoquer une pseudo-guerre civile qui coûta la vie à des milliers de civils congolais et contraignit Pascal Lissouba à l’exil. A sa place, l’Etat français imposa Sassou Nguesso par la force en 1997. Il est depuis lors le président de ce pays par le biais d’élections toujours douteuses en raison de ses résultats connus d’avance. Donc, pour la partie précieuse et rentable des matières premières comme le pétrole, celui du Congo servait davantage à enrichir la métropole déjà riche et à appauvrir les peuples du Congo déjà pauvres. Mais ceci est un exemple parmi tant d’autres qui montre comment l’Afrique francophone doit se libérer de l’empire et de l’avidité de la France-Afrique si elle veut se développer réellement.

Une scabreuse affaire pour les Africains dans leur ensemble

   Toutefois, il ne faut pas se voiler la face : les pays occidentaux sont coresponsables du désastre présent au niveau de la situation économique générale du continent africain. Et ceci depuis le XIXe siècle. D’abord, j’ai montré ci-dessus comment Napoléon Bonaparte s’était acharné à ruiner l’Etat libre d’Haïti. Mais il a fait pire. En effet son intention était très claire, comme il l’a lui-même déclaré : « Ma décision de détruire l’autorité des Noirs à Saint-Domingue (Haïti) n’est pas tant fondée sur des considérations de commerce et d’argent que sur la nécessité de bloquer à jamais la marche des Noirs dans le monde »[3]. Qu’elle prétention et quelle vanité de la part d’un individu, un simple particulier de considérer sa décision personnelle comme une ordonnance qui régirait tout l’univers ? Ce sont de telles raisons obscures ou d’inconscient collectif d’humilier en permanence les Noirs qui ont conduit les politiques et les armées à refuser que des Noirs défilent avec les troupes « 100% blanches » sur les Champs Elysées le 24 aout 1944. Pourtant, ils venaient de donner en masse leurs vies pour sauver l’honneur de la France du joug des Nazis. Avec le général Leclerc, ils ont, en grande partie, libérer la France et Paris. Cependant, nul n’était disposé à honorer leur bravoure et leur courage pendant la Première autant que la Deuxième Mondiale. Il fallait les cacher aux caméras de télévision pour éviter qu’ils ne soient vus, surtout aux Etats-Unis d’Amérique, comme troupes triomphantes au même titre que toutes les autres. Cette humiliation qu’on avait voulue dissimuler au public, surtout aux faits de l’histoire, a été dévoilée par l’historien Olivier Wieviorka dans son livre Histoire du débarquement en Normandie : Des origines à la libération de Paris 1941-1944 (Seuil, Paris 2007). Un journaliste du « Parisien.fr rend compte de ce fait de la manière suivante : « Ce sont les autorités militaires britanniques et américaines qui avaient alors estimé que, pour des « raisons de propagande » et pour « soutenir le moral des Français », il valait mieux que ce soit un régiment « 100 % blanc » qui défile derrière de Gaulle et Churchill ce jour-là.

    Le journal « The Independent », sous le titre « Libération : la vérité cachée », cite les révélations de l’historien français, retrouvées dans les archives militaires britanniques et américaines, qui n’occupent que deux pages de ce livre (qui en compte 416) mais qui « éclairent d’un nouveau jour l’un des événements mythiques de l’histoire de France ».

«Présenter une division d’infanterie blanche », Wieviorka produit deux documents sur ce saisissant racisme anglo-saxon. D’abord une lettre du général américain Bedell-Smith, chef de l’état-major allié, qui écrivit le 28 janvier 1944 au général Eisenhower : « Il est hautement souhaitable que la division française soit composée de personnel blanc ». Deuxièmement, une lettre du général britannique Morgan, un des responsables de la préparation du jour J : « J’ai dit clairement aux Français que nous n’accepterions qu’avec la plus grande réticence autre chose que de vrais soldats français. Il est dommage que la seule unité française blanche soit une division blindée »[4].

     Ensuite, on se souvient comment les grandes puissances occidentales ont dépecé le contient africain à la fois pour prendre possession de ses richesses, pour affaiblir les pouvoirs politiques locaux (empires et royautés comme celui du Dahomey) et pour soumettre les peuples de ce continent à leur arbitraire, à leur volonté de domination. En effet, au moment où la fameuse colonisation (c’était une occupation des territoires de l’Afrique noire malgré l’organisation en empire ou en royautés) n’était pas encore considérée comme un but en soi, la Conférence de Berlin (1884-1885) fut perçue comme le moment où les puissances coloniales européennes se décidèrent de se réunir pour se partager le continent africain. Ce fut la première fois qu’une rencontre diplomatique européenne porta exclusivement sur la question de l’Afrique. Celle-ci contribua à définir les règles communes pour de futures acquisitions territoriales par les pays d’Europe au total mépris des peuples noirs qui occupaient les territoires en question. Les différents pays bénéficiaires du partage du continent africain considéré comme un ensemble de territoires sans habitants furent l’Allemagne, la Belgique, l’Espace, la France, l’Italie, les Pays-Bas, Portugal, Le Royaume-Uni.

     Pourtant, je le répète, le continent africain est la future zone émergée de repli pour l’Humanité de demain sur notre Commune Terre. C’est en ce sens qu’on doit sortir de la vision dialectique de la philosophie du XIXe siècle. Désormais, au regard des catastrophes communes en cours, il convient de penser le genre humain non pas en termes de conflictualité, mais de complémentarité à tous les niveaux des réalités humaines. Sous cet angle, il se sauverait en totalité ou mourrait dans son ensemble.

    Pour concevoir ou comprendre que l’Occident a une part majeure dans le désastre de l’Afrique, il sied de se détacher de notre vision présente du monde. Sa responsabilité réside dans le fait suivant : les délocalisations des industries des pays du Nord vers les pays du Sud, pour des raisons de coût élevé de la main-d’œuvre, se sont opérées dans un sens unique : de l’Occident vers la Chine. Or celle-ci est un pays situé à l’autre bout du monde au regard de la zone géographique occidentale. Ce transfert de la production technologique pose aujourd’hui un triple problème : 1) le coût de transport des produits usinés de la Chine vers les pays industrialisés devient un problème majeur d’écologie en raison de la pollution que les monstres des mers, soit les porte-conteneurs, génèrent à grande échelle ; 2) la dépendance industrielle des pays occidentaux par rapport à la Chine, future maîtresse du monde en termes de produits industriels finis ; 3) l’impérialisme de la Chine dans le domaine de la production des matériaux nécessaires au développement de la technologie et des industries stratégiques des pays occidentaux commence à les agacer.

     Dès lors, et désormais, cette position (l’usine du monde) devient un atout majeur de chantage de la Chine par rapport à l’Occident. Or les pays du Nord, notamment l’Europe, auraient pu éviter ces écueils en délocalisant leurs usines de productions industrielles en Afrique du Nord et subsaharienne. Ils auraient eu un double avantage : 1) les matières premières sont à portée de la main, donc sans frais énormes de transport ; 2) la main-d’oeuvre est la moins chère du monde. Hélas, par instinct de racisme atavique ou de conscience duonique, les pays industrialisés ont négligé le continent africain et tous ses avantages pour la bonne marche des affaires économiques et financières du monde. De nos jours, en raison de divers problèmes qui se posent à l’Humanité, indépendamment de sa volonté, l’Occident se rend compte qu’il ne peut plus opérer un changement majeur dans l’inversion du cours des événements en vertu du coût financier énorme s’il entreprend de transplanter ailleurs de gigantesques usines de productions industrielles : soit en Occident même, soit en Afrique. Or les élites politiques des pays de l’Afrique noire prenaient ces pays industrialisés du Nord comme modèle. Sur ce point aussi, elles ont aussi eu tort.

Figure du règne de l’étranger sur le continent africain

     Pourtant, si l’on met de côté la prégnance des préjugés qui empêche de juger avec raison, c’est-à-dire de façon critique et sereine les phénomènes humains, on peut dire qu’en tout temps, les peuples noirs d’Afrique ont beaucoup contribué, de diverses manières, à l’éclat économique, aux progrès culturels des autres peuples de la terre. Je l’ai déjà souligné dès le début de ces analyses. Mais ils n’ont rien reçu en retour ; ou si peu. Et s’il y avait réellement un Tribunal de l’Histoire du genre humain, et que tous les peuples de la terre devaient être jugés, soumis à son verdict, on verrait que les peuples africains n’ont jamais causé de tort à un peuple étranger à leur continent. Leur violence, incontestable, est toujours endogène : les Africains contre les Africains, ce qui fait les affaires des étrangers par rapport à ce continent. Tous les crimes abominables, que les hommes ont commis les uns à l’égard des autres autant dans le passé lointain que récent, ne l’ont été par aucun peuple noir. L’occident judéo-chrétien ne cesse de parler d’amour. Mais que de crimes commis en son nom ? En revanche, jamais aucun autre peuple de notre Commune Terre n’a été aussi malmené que les peuples africains. Ces peuples de l’Afrique noire ne sont-ils pas si haïs, méprisés, ignorés, humiliés, vilipendés, insultés de par le monde, y compris même chez eux, pour la seule raison qu’ils sont différents des autres populations humaines de la terre ? N’est-ce pas une question de « la dictature de la couleur de la peau » qui expliquerait cet état de fait multiséculaire ?

     Car de par le monde, on continue de les empêcher de s’unir pour constituer un pôle de puissance économique aussi grand que les autres zones de développement économique remarquable, comme la Chine. Tout se passe comme si cet ensemble de peuples est le seul sur la terre à connaître un tel sort qu’on lui fait subir en permanence : à savoir la volonté unie du monde pour faire en sorte qu’il ne soit pas éclairé pour espérer parvenir à une réelle unité solide et forte, au développement d’une économie rationnelle florissante. Sans doute, les élites politiques et économiques africaines elles-mêmes sont-elles responsables et coupables de cet état de fait qui condamne leur immense continent à demeurer le dernier des zones d’expansion économique et financière les plus dynamiques au monde. Il est temps qu’elles se réveillent du sommeil profond de leur conscience de sujets humains pour faire en sorte qu’advienne une nouvelle ère qui libérerait leurs peuples qui servent de serfs au service exclusif du confort et du bien-être des Autres êtres humains.


[1] De nos jours (2021), un auteur gabonais comme Toussaint Marlot Makosso Magagni, dans un récent ouvrage intitulé La criminalité fétichiste au Gabon – Une étude sociologique de l’impuissance politique (L’Harmattan, Coll. « Etudes africaines », Paris 2021), souligne la permanence des pratiques sorcellaires au niveau de l’Etat. Du moins, il s’agit du recours régulier des élites politiques aux pratiques de la sorcellerie pour devoir triompher aux élections, quelles qu’elles soient. Et ce qu’il écrit au sujet du Gabon se vérifie dans tous les pays de l’Afrique noire. Ainsi, après avoir défini ce qu’il conçoit sous ce terme de sorcellerie, il s’emploie à dénoncer la stupidité de ces pratiques qui se fondent sur des croyances imbéciles et qui démontrent l’incapacité des élites politiques affronter la réalité par leurs propres efforts. C’est en ce sens qu’il écrit : « Par criminalité fétichiste, nous entendons cette forme de meurtre avec prélèvement d’organes appelés significativement « pièces détachées ». L’impuissance politique, quant à elle, est la posture qui fait que pour conjurer le sort, afin de se libérer des échecs successifs et cuisants lors de joutes électorales, des hommes politiques en mal de popularité se voient obligés d’emprunter les chemins tortueux d’un fétichisme d’un autre âge, caractérisé par des assassinats avec prélèvement d’organes. Cette forme de criminalité a pour levier la compétition et la lutte politique. Au Gabon, cette lutte pour l’accès au pouvoir et sa préservation, est aussi bien physique que symbolique. Elle a pour relent des considérations anthropologiques et fétichistes, car l’homme politique commanditaire du crime et l’exécutant du crime appartiennent le plus souvent à la même sphère familiale, au sens large et africain du terme ».

[2] Un article de RFI montre que les mœurs relatives au système de détournement de l’argent public et son placement dans les paradis fiscaux est une tradition des élites politiques et économiques de l’Afrique noire ; quitte, pour faire fructifier leurs intérêts privés, à ruiner leur propre pays d’origine. En effet, cet article rapporte ceci : « Après les Panama Papers en 2016, les Paradise Papers en 2017, les Mauritius Leaks en 2019 et les Luanda Leaks en 2020, voici les Pandora Papers. Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) révèle avoir découvert que 336 responsables politiques dans le monde auraient dissimulé des fonds dans des sociétés offshores et des paradis fiscaux afin d’échapper aux impôts. Parmi les responsables politiques incriminés, 43 sont des Africains.  

    Quarante-trois responsables politiques sur les 336 cités viennent d’Afrique. Dix d’entre eux sont du Nigeria, pays le plus représenté, suivi par l’Angola avec neuf responsables politiques incriminés et cinq pour la Côte d’Ivoire. Mais il y a aussi le Tchad, le Gabon, le Congo-Brazzaville…

Beaucoup de pays concernés possèdent des ressources pétrolières importantes, et l’on sait, grâce aux précédentes investigations, que ces dernières constituent un puissant vecteur de corruption et d’évasion fiscale.

    Néanmoins, les Pandora Papers n’en sont qu’à leur début. Des révélations vont être faites dans les jours qui viennent. Elles porteront entre autres sur la fortune de Denis Sassou-Nguesso, le président congolais déjà abondamment cité dans les enquêtes précédentes du consortium international.

On retrouve aussi le chef de l’État gabonais, Ali Bongo, ainsi que Zacharia Deby, le frère de l’actuel président tchadien, ou encore Patrick Achi, le Premier ministre ivoirien lui aussi dans le collimateur. Le consortium affirme que M. Achi contrôlait, jusqu’en 2006, une société offshore aux Bahamas. Des personnalités zimbabwéennes, sud-africaines et ghanéennes devraient compléter le tableau dans les prochains jours.

(In https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211004-pandora-papers-le-pr%C3%A9sident-k%C3%A9nyan-%C3%A9pingl%C3%A9-avec-42-autres-politiques-africains, Publié le : 04/10/2021)

[3] In https://selonwalter.com

[4] In https://www.leparisien.fr/politique/en-1944-les-anglo-saxons-ne-voulaient-pas-de-noirs-dans-le-defile-07-02-2007-2007748316.php

Par Jean Robin Le 7 février 2007 à 00h00

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